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Une nouvelle forme de colonialisme ?


Publié le 19 février 2022

L’Afrique dans le viseur 

 

Lorsque l’on vous dit Afrique, à quoi pensez-vous ? Probablement aux grandes étendues sauvages et complètement dépeuplées d’humains. Si cela est en partie la réalité, cette vision idéalisée de la nature africaine vient tout droit des pays occidentaux et empêche d’appréhender véritablement ce continent. Pour Guillaume Blanc, auteur du livre L’invention du colonialisme vert, le problème est que la plupart des médias nous retransmette l’image d’une Afrique naturelle, remplie de faune, de flore et de panorama, mais pas d’homme.  

A cause de cette vision, les habitants du continent sont mis à l’écart et les espaces sauvages à préserver deviennent alors plus importants que les résidents de ces parcs. Parfois cela justifie même des politiques d’expulsion des autochtones, considérés comme insensibles à cette biodiversité. Les organisations de conservation et les ONG estiment que la sécurité maximale dans les parcs ne peut être assurée que s’ils sont vidés de ses habitants. Pour cette raison, en Éthiopie, sept villages ont été dépeuplés en 1979 pour faire revenir la végétation et en faire ainsi des parcs naturels. 

Partout en Afrique il y a maintenant un patrimoine mondial qui sert aux Occidentaux à montrer qu’ils font tout pour préserver l’environnement. Mais dans le même temps, ce mouvement écologique cache de la violence. En fait, les parcs naturels sont la proie d’intérêts transnationaux et le mot d’ordre est préservation des espaces naturels au détriment des populations locales.  

Finalement, Guillaume Blanc souligne que « le colonialisme vert c’est l’entreprise qui consiste à naturaliser l’Afrique par la force c’est-à-dire que plutôt que de résoudre la crise écologique comme elles le font en Europe les institutions […] s’efforcent de naturaliser l’Afrique c’est-à-dire de déshumaniser la nature. » 

 

 

La fin de l’influence occidentale ? 

 

Tout cela soulève la question du mode de vie des pays dits « développés » et de la vision occidentale dominante. Cette dernière tend à s’imposer dans le monde entier comme le montre par exemple le développement de Dubaï avec ses gratte-ciels au Moyen-Orient. C’est ce qu’on appelle le diffusionnisme géographique, soit une conception selon laquelle un centre dominant, le Monde occidental, constitue le lieu d’élaboration des progrès scientifiques, techniques, économiques, politiques et culturels, qui se diffusent plus ou moins graduellement vers le reste du Monde au détriment des autres cultures. Et cela passe aussi par la colonisation. En effet, au XXème siècle, les populations colonisées ont par exemple commencé à adopter nos vêtements. Le mythe de l’Occident, de cette toute puissance, a donc relégué au second plan les valeurs définissant l’originalité des cultures locales des différents pays. 

Il semble qu’aujourd’hui les choses changent puisque l’on voit réapparaître, dans la plupart des pays du monde, l’affirmation des cultures propres à chacun. Les autres pays sont désormais capables et souhaitent affirmer leurs propres valeurs et leurs propres cultures comme en témoigne les tensions entre la Chine et les États-Unis. Le mode de vie occidental fait moins rêver … 

Par ailleurs, la crise du coronavirus a affaibli aussi ce soft power occidental basé sur les circuits longs et les délocalisations. La plupart des pays sont désormais convaincus qu’il faut davantage privilégier la production locale pour ne pas connaître de pénuries. 

 

 

Par Alise DURAND

 

Sources : 

L’invention du colonialisme vert, Pour en finir avec le mythe de l’Éden africain, Guillaume Blanc 

L’influence de l’Occident mise à mal par l’épidémie, Courrier international 

 

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