Qu’est-ce qui est jaune et qui attend?

Les Gilets jaunes sont des plus nombreux à Toulouse

En jetant un coup d’œil au classement des personnalités préférées des Français, on remarque surtout des célébrités très consensuelles, des Omar Sy, des Jean-Jacques Goldman. Des individus qui n’ont jamais fait la moindre vaguelette. Au contraire, au rang des personnalités les plus détestées, uniquement des personnes très politisées, à l’instar d’Alain Delon ou de Nicolas Sarkozy. L’absence d’idée politique claire rassemble les Français : de là vient l’immense popularité du mouvement des Gilets Jaunes.

Le mouvement dès le départ, se réclame apolitique, dépourvu d’organisation syndicale, de toute façon socialiste. Sur les plateaux, on invite des Gilets Jaunes qui martèlent et qui s’égosillent à qui mieux mieux : le mouvement est a-po-li-tique. Il est apolitique. Il est surtout apolitisé. Car les personnes qui ont initié le mouvement n’ont que faire des luttes de pouvoir entre les partis, et les piètres tentatives de quelques hommes politiques délavés pour incarner le mouvement se sont soldées par une cuisante indifférence. Des personnalités de droite dure surtout, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan. La gauche, poltronne ou pudique, s’est tue. La rumeur qui émanait des ronds-points n’exigeait pas l’augmentation du nombre de tranches fiscales.

Etranglée entre des obligations présentielles en Assemblée et une inexpérience en communication, il n’est pas étonnant qu’une néo-classe politique entière soit en lévitation au-dessus de la vraie France, celle que décrit Jacline Mouraud dans sa vidéo virale sur Facebook. Les revendications ne peuvent plus emprunter les voies traditionnelles pour remonter à Paris. Ajoutez à ce blocage des commentaires au mieux maladroits, au pire franchement méprisants (« nous avons été trop subtils »). L’erreur a été de croire que ces députés LREM porteraient la voix du milieu d’où ils viennent. Ils portent finalement la voix de celui qui les a adoubés, j’ai nommé le Président de la République. Face à un problème aussi profondément politique, la colère des Français s’est cristallisée autour d’un mouvement qui a eu l’intelligence, (ou la chance ?) de ne pas y répondre politiquement, au sens traditionnel, au sens de la création d’un parti. La création d’une liste « Gilets Jaunes » pour les européennes signe la fin de la particularité, de la popularité, du plébiscite presque, que suscitaient ces casseurs bien-aimés de radars inquisiteurs.

Cette fin est aussi signée par une distanciation des classes moyennes et moyennes supérieures. Elles soutenaient ce mouvement, libéral et anti-taxes, comme 80% des Français. Ecrasées par la fiscalité, ça faisait longtemps qu’elles n’avaient pas senti qu’une manifestation « traditionnelle », d’ordre économique, leur parlait. N’ayan

Un manifestant gilet jaune réclamant le RIC samedi 15 décembre à Paris.

t jamais eu la culture du conflit social, elles se sont reposées pour défendre leurs intérêts sur la frange pauvre qui a occupé les autoroutes. Mais les semaines passant, les actes s’enchainant les uns après les autres, le beauf, au côté exotique de prime abord, est assez rapidement devenu gênant. Sur la forme, être assimilés à ces moyens-pauvres, voire pauvres, n’est plus attirant. Le mouvement a également trouvé une panacée appelée RIC, dont les moyens-riches n’ont que faire. Le fond ne les intéresse donc plus non plus.

Les Gilets Jaunes sont la conséquence directe du dégagisme qui a animé toute la campagne présidentielle 2017. En lieu et place d’hommes politiques expérimentés, apparatchiks roublards, des « barons » de partis, vieux hommes blancs, nous avons eu une brochette de nouveaux visages. Drapés dans le manteau immaculé du renouvellement, ils se sont révélés incapables de relayer le ras-le-bol croissant, assourdissant même, d’une grande partie des Français. Le manteau immaculé n’était que la fourrure du blanc mouton qui marche, qui marche toujours.

Anna MÉDAN

Le Brésil dans la tourmente

Le Brésil dans la tourmente

Depuis plusieurs mois, le monde dérivait déjà vers les contrées les plus lointaines et les plus haineuses des mouvements d’extrême droite. Ce mois-ci, le Brésil, qui doit élire son prochain président, n’échappe pas à la tendance. Les chaînes d’infos ne parlent que de ça, ou plutôt de lui : Jaïr Bolsonaro, soutenu par le parti démocrate-chrétien brésilien et candidat à la présidentielle. Cet ancien militaire a recueilli près de 46% des voix au premier tour de l’élection le 4 octobre, ce qui lui a presque valu d’être élu au premier tour. Il affrontera le 28 octobre prochain le candidat de gauche, Fernando Haddad, héritier controversé de l’ancien président Lula, dont les différents mandats avaient été placés sous le signe de la corruption.
La corruption dans le pays justement, c’est ce qui révolte les brésiliens et semble expliquer leur vote en faveur de Bolsonaro. Depuis plusieurs années le pays est plongé dans une grave crise économique et politique, principalement due, selon le peuple, à l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva. En effet, les affaires de pots-de-vin, d’entrave à la justice et de contrats illégaux au sein même du gouvernement explosent dans le pays depuis la fin de la dictature militaire en 1985.

 

Le changement… c’est maintenant ?

Pour les brésiliens, Jaïr Bolsonaro semble être la seule solution possible pour enclencher un vrai changement, bien que pour le monde entier, ses prises de positions virulentes à l’égard des femmes et des homosexuels ainsi que sa nostalgie pour la dictature militaire, constituent de vraies raisons de s’inquiéter pour l’avenir du pays. Les dirigeants occidentaux s’alarment d’ailleurs d’une possible « gangrène » aux pays voisins, qui pourraient dans les prochains mois ou dans les prochaines années voir les candidats d’extrême droite monter en puissance au sein des gouvernements. Mais comment Bolosonaro peut-il bien avoir un tel impact politique et une telle aura auprès du peuple brésilien, pourtant déjà si blessé et torturé par le passé ?

 

L’insécurité, un sujet récurrent au Brésil

Comme la plupart des programmes des candidats d’extrême droite dans le monde, celui du brésilien se tourne principalement sur la sécurité intérieure. Alors que le pays est rongé par les trafics de drogues et d’armes, qui mettent en péril de nombreuses vies innocentes même dans les plus grandes villes, le candidat entend bien remettre de l’ordre dans les affaires du pays. L’ancien militaire propose notamment de donner l’accès au port d’arme à « tous les gens bien », mais aussi de renforcer la sécurité judiciaire en faveur des policiers, qui seraient moins inquiétés en cas d’utilisation de leurs armes de service sur un suspect.
De plus, n’ayant jamais été soupçonné ni pointé du doigt pour des affaires de corruption, le candidat se vante de pouvoir remettre de l’ordre au sein du gouvernement, ce qui séduit les brésiliens, trop souvent victimes de la corruption pratiquée sur l’échiquier politique. Il promet ainsi de reconstruire un « gouvernement décent », plus à l’écoute et apte à comprendre les problématiques du peuple. Alors que le pays compte près de 60000 homicides par an, le slogan du candidat « Un bon bandit est un bandit mort ! » fait mouche auprès des brésiliens, qui selon un sondage, seraient plus de 50% à avoir la même pensée.

Sur le plan économique, difficile cependant de pouvoir dessiner précisément le programme de Bolsonaro. Alors qu’il avouait publiquement en avril dernier ne rien connaître à l’économie, il promet cependant des mesures « chocs », inspirée très fortement de la vision ultra-libérale de l’économiste Paulo Guedes. L’une de ces grandes propositions serait de privatiser à tout va afin de réduire la dette brésilienne de plus de 20% (ce qui semble malgré tout quasiment impossible).

 

Et la planète dans tout ça ?

Sur le plan environnemental, le programme n’est guère plus précis. Alors que la forêt amazonienne représente plus de 60% du territoire, Bolsonaro n’a aucune intention de la protéger ni de s’inquiéter du changement climatique. Triste nouvelle pour l’Amérique du Sud donc, qui pourrait bien voir une fois de plus les intentions économiques passer au-dessus des questions planétaires de protection du climat…

 

Un candidat adulé par les uns, détesté par les autres

Il reste cependant à rappeler que les brésiliens sont nombreux à ne pas soutenir le candidat d’extrême droite. Depuis plusieurs mois, les femmes défilent dans la rue pour protéger leurs intérêts. Le candidat, qui ne cache pas son antiféminisme, son homophobie, son racisme envers les brésiliens noirs (nombreux par ailleurs, et faisant déjà l’objet d’une réelle discrimination au sein du pays) ou les autochtones, semble bien vouloir respecter le mythe de l’homme blanc raciste, peu ouvert d’esprit et partisan d’un modèle patriarcal. Il a d’ailleurs été poignardé en pleine manifestation de campagne par un ancien militant du parti de gauche PSOL au chômage, qui se serait senti « directement menacé » par le discours du candidat d’extrême droite (et on le comprend).

Le monde entier se tourne donc vers le Brésil pour ces 15 prochains jours, espérant un miracle de la part du peuple brésilien. Le candidat, qui ne cache pas son admiration pour Trump (décidément…), pourrait bien souffler un froid glacial sur l’Amérique du Sud et les gouvernements occidentaux frémissent déjà à l’idée de faire affaire avec des gouvernements d’extrême droite.

Environnement: Transition en panne ?

Environnement: Transition en panne ?

Mardi 28 août 2018, Nicolas Hulot annonçait sa démission, au grand étonnement des journalistes et auditeurs, faute d’une annonce préalable. L’ancien Ministre de la Transition écologique et solidaire dénonçait un manque d’ambition du gouvernement dans le domaine de l’écologie et plus largement un manque de soutien général pour la cause environnementale, pourtant urgente à l’heure actuelle. Nicolas Hulot énonçait alors un bilan écologique déplorable sur les grandes préoccupations, comme la réduction des gaz à effets de serre non amorcée, ou un modèle agricole nocif pour la nature. La raison principale à cette stagnation résiderait dans les contradictions des priorités économiques, financières et environnementales.

Devant ces contradictions pointées du doigt par Nicolas Hulot, devons-nous croire que nous sommes entrés dans une impasse écologique ?

La réponse est non. Nous avançons certes suivant une méthode bien connue des Européens, appelée les « petits pas », sans pour autant signer l’arrêt définitif des progrès écologiques. Si le gouvernement semble être à l’heure actuelle en panne sur la question, le secteur privé semble sérieusement commencer à se mettre « en marche ». Les grandes entreprises industrielles françaises, qui par leurs tailles et activités ont de lourdes responsabilités dans l’empreinte écologique semblent préparer la transition en mettant sur le marché des biens de consommation plus écologiques.

Le géant du stylo à bille se met au recyclage

C’est le cas du géant industriel français Bic, roi du stylo à bille présent sur les 5 continents et dans 162 pays, qui s’est récemment associé avec Terracycle, entreprise spécialisée dans le recyclage afin de lancer ensemble un programme de collecte et de recyclage d’instruments d’écriture pour la fabrication de nouveaux produits d’usage courant tels des pots à crayon, des corbeilles à papier, ou encore des arrosoirs.

Renault en transition ?

L’industrie automobile, longuement critiquée pour son impact écologique développe désormais les modèles de voiture électrique. Renault, par exemple, prévoit de faire de la France un pôle d’excellence dans ce domaine et lance un investissement d’1 milliard de dollars prévu à cet effet. Le constructeur envisage de produire 8 modèles électriques et 12 modèles électrifiés d’ici à 2022, de quoi offrir plus de choix au consommateur afin de l’encourager à acheter des véhicules électriques et participer à la réduction des gaz à effets de serre.

S’habiller à proximité 

Parmi les industries les plus polluantes, figure l’industrie textile qui émet l’équivalent d’environ une tonne de gaz à effets de serre chaque année. Une des raisons à cela est qu’avant d’être livré en magasin, le vêtement a déjà fait plusieurs fois le tour du monde. Faire attention à l’origine du vêtement est ainsi déjà un premier pas. Les labels France Terre Textile et Origine France garantissent que l’article a été produit à 75% en France pour le premier et 83% pour le second. Nous pourrons par exemple citer quelques marques fabriquant leurs vêtements en France comme les fameuses chaussettes alsaciennes « Labonal », les marques de prêt à porter « Rue de L’abbesse », « Mamouchka », les jeans de la marque 1083, le fabricants de pulls en matière recyclée « plus de pulls », « Le slip français » pour les sous-vêtements,…

La transition écologique est un processus qui nécessite nombreuses recherches et innovations afin de transformer notre économie et notre quotidien. Nous ne pouvons effectuer en une année les changements qui auraient sans doute dû être amorcés bien avant la prise de conscience écologique générale. Continuons ainsi d’encourager ces entreprises qui innovent et participent à l’élaboration des solutions de demain et ne baissons pas les bras, car l’heure est grave.

Le véganisme : entre radicalisation et paradoxes

Le véganisme : entre radicalisation et paradoxes

Vitrines brisées, façades taguées de rouge, magasins vandalisés…depuis quelques mois, certaines boucheries et poissonneries sont victimes d’une mystérieuse série d’attaques. Les auteurs présumés, des adeptes du mouvement vegan, n’ont qu’une revendication : « stop au spécisme ». Mais le spécisme, qu’est-ce que c’est ? Une idéologie selon laquelle, le fait que l’être humain soit supérieur aux animaux justifierait le massacre de ceux-ci et leur présence dans nos assiettes. Si le fond mérite débat, la manière dont il est mené interroge.

Une montée en puissance du mouvement

Profitant d’une vague de surmédiatisation, le mouvement vegan mobilise les foules et s’en prend davantage aux petits commerces et aux monuments publics. Ce militantisme n’a pour but, à défaut de ternir l’image de ceux qui, libre d’adopter ce régime alimentaire et de se passer de tout élément animal, de terroriser et d’imposer ses vues sous couvert de bon sentiment. Il faut, selon les extrêmes, passer à l’action quitte à écoper d’une condamnation pour « apologie du terrorisme ».

Les défenseurs les plus radicaux de la cause animale rentrent parfois dans une logique extrémiste. En effet, l’usage de plus en plus croissant des réseaux sociaux a facilité sa dérive vers l’extrême.

« Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? Pas moi, j’ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice », ces quelques mots postés quelques jours après l’attaque terroriste du Super U de Trèbes ont suscité l’actualité en mars dernier, ce message posté quelques jours après l’attaque terroriste du Super U de Trèbes, a été suffisant pour condamné son auteur, une militante pour la cause animale à sept mois de prison avec sursis. Mais cela ne s’arrête pas là.

Depuis peu, les choix individuels d’une minorité tentent de s’imposer par la voix politique. En Belgique, DierAnimal prône une vision éthique et durable dont l’humain n’est pas le centre d’intérêt unique. Encore plus surprenant, le Parti des Animaux a remporté, en mars 2017, 5 sièges à l’Assemblée Nationale.

D’où vient le véganisme ?

Le mouvement, créé par le Britannique Donald Watson dans les années 1940 se voulait au départ pacifique. « Le véganisme est la doctrine selon laquelle les humains doivent vivre sans exploiter les animaux ». Ses adeptes adoptent un mode de vie à part entière : ils ne consomment aucun produit d’origine animale autant sur le plan alimentaire que vestimentaire et sanitaire (vêtements, médicaments etc).

Une radicalisation du mouvement qui prend de l’ampleur

Tous défendent la même idéologie mais les actions de sensibilisation divergent. Les sympathisants du mouvement se déchirent principalement en deux courants : les pragmatiques adeptes des petites actions, et les seconds, qui estiment que tous les moyens sont bons pour mettre fin à la domination des humains sur les animaux.

L’association la plus connue reste L214. Celle-ci fait reposer son action sur deux axes : la publication de vidéos chocs enregistrées dans des abattoirs tournées clandestinement et une négociation avec les élus et le monde industriel pour obtenir des avancées concrètes. Désormais considérée comme trop modérée et trop minimaliste, d’autres mouvements adoptent des méthodes plus radicales. Très connue en Angleterre et un peu moins dans l’hexagone, l’Animal Front Libération, née en 1970 est connue pour ses actions violentes (lettres piégées, sabotages, incendies) et va jusqu’à se définir comme mouvement ecoterroriste. En 1982, ils sont les initiateurs de l’envoi de lettres piégées aux quatre grands partis du Royaume uni ainsi qu’au Premier Ministre Margaret Tatcher. Mais l’ALF appartient au passé.

Encore plus contemporaine, l’association 269 Libération animale est connue pour ses actions assez excessives, et dont les pratiques sont à la limite de la légalité. « Quant aux bouchers, leur sort est réglé avec la même logique, vous participez à un système injuste, vous en subissez les conséquences » estime Tiphaine Lagarde, la présidente.

Un mouvement encore fragile

Ces deux associations ont pourtant le même but mais pas les mêmes moyens, ce que reproche Brigitte Gothière, président de L214 : « Nous nous attaquons à des pratiques, et à un système, pas à des personnes. Avec les vitrines, une ligne a été franchie ». Ce mouvement encore assez peu adopté population ne serait-il pas plus performant en adoptant un plan et des moyens uniques ? Et si possible, en toute légalité ?

N’est-il pas également surprenant que certaines associations arrivent à une lutte violente pour défendre un point de vue qui se veut, à la base, non violent ?

Au-delà d’une radicalisation croissante et de nombreuses divergences, les adeptes doivent faire face à d’autres critiques. Selon Marianne Celka dans Vegan Order, une minorité supporterait mal un fait paradoxal : le capitalisme actuel, dévoreur de chair animale dénoncé par les militants de l’anti-spécisme propose désormais des produits vegans : burgers, chili con carne etc. Certains vivent donc la hype végan comme une trahison aux idéaux de base. Tiphaine Lagarde admet d’ailleurs que le mouvement comporte beaucoup de dérives. La société commence à réagir. Mais concrètement il n’y a pas d’effet : les abattoirs fonctionnent toujours à plein régime, les grands groupes de l’exploitation animale annoncent des chiffres d’affaires en hausse”.

Le mouvement vegan doit donc faire face à de nombreuses critiques, non pas pour ses convictions mais pour les moyens menés. Les actions réalisées par certaines associations ne font que ternir l’image des adeptes, souvent stéréotypés et considérés comme à part. En France, pas moins de 4% des Français déclarent pratiquer un régime vegan dont 47% de moins de 6 mois selon une enquête du cabinet Harris. S’il est difficile d’évaluer leur nombre, la manière dont ils occupent le terrain médiatique laisse augurer que ce mouvement n’en est qu’à ses débuts.

 

Poutine versus l’abstention

Poutine versus l’abstention

Ils ne seront pas moins de 100 millions à être appelés aux urnes demain. C’est en effet ce week-end que les électeurs russes vont décider de la personne la mieux à même de diriger la fédération pour les six années à venir. Vladimir Poutine, occupe ce poste depuis 2000 (1) ; et devrait sans surprise rempiler pour un 4e – et probablement dernier – mandat. Si Poutine est assuré de rester au kremlin lundi prochain, on aurait tort de considérer que ce dernier prend ces élections à la légère. Parce que le président russe n’est pas seulement capable de foutre deux droites à un ours, il est également doté d’une certaine aptitude à l’abstraction, et d’un chouilla de jugeote ! Ainsi les services du kremlin s’emploient à booster la participation.

Comment gagner une élection russe ?

La question n’est pas aussi simple qu’elle ne le laisse entendre : Comment gagne-t-on une élection russe quand on s’appelle Vladimir Poutine ? Atteindre 50 % des voix au premier tour ? C’est tout sauf un enjeu, pour un président dont la popularité est de nouveau au beau fixe après un léger cou de mou durant la présidence Melvedev. Ce regain de confiance dans l’opinion est à porter au crédit de sa politique étrangère. Les russes sont en effet une majorité à soutenir l’action du président Poutine en en Crimée, mais aussi en Syrie. La victoire annoncée de Bachar Al Assad est un succès diplomatique supplémentaire pour Poutine.

Réunir une majorité de suffrage est d’autant moins un enjeu pour le président russe que ce dernier a pris soin d’écarter tous ses concurrents sérieux (pour rappel, Alexei Navalny son principal opposant a été frappé inéligibilité en décembre dernier du fait de sa condamnation pour corruption). Ainsi personne ne s’étonnera de ce que les candidats en lice pour la présidentielle russe n’aient aucune chance d’inquiéter l’ami Vladimir ! On y retrouve bien sûr, comme pour les précédentes élections, un « « challenger » » désigné par le parti communiste, en la personne de Pavel Groudinine, un député de Moscou qui s’est rapidement éloigné de Russie Unie, le parti de Poutine, pour se rapprocher du PC. Ce dernier est crédité de 10 % des voix. On y retrouve aussi une kyrielle de candidats plus ou moins exotiques ; chacun d’eux ayant une probabilité assez faible de dépasser 5 % des suffrages.

Certains voudraient se convaincre de ce que le président russe ne fait pas grand cas de la manière dont il sera réélu en se fiant à sa campagne électorale… ou plutôt à son absence de campagne. Il est vrai que Vladimir Poutine n’a participé à aucun débat télévisé organisé pour ces présidentielles, ne débat pas avec ses autres concurrents, apparaît à peine dans sa propre campagne.

Cependant d’aucun rétorquera que ne pas faire campagne quand on s’appelle Vladimir Poutine participe justement d’une stratégie électorale. Ainsi le président se place moralement au-dessus de ses adversaires en lice pour les élections : ne pas faire campagne à leur manière, c’est s’exempter de se mettre à leur niveau.

Poutine s’intéresse à la campagne, mais pas de la manière dont on pense. Il est probable que le président ne cherche pas dans ces élections à battre le record de suffrages exprimés en sa faveur. Il sait que sa popularité a suffisamment remonté pour lui permettre de gagner 10% de voix par rapport à 2012, où il n’avait obtenu “que” 63% des suffrages.

Enfin si certains oblasts (2) n’offrent pas le plébiscite attendu par le Kremlin, il suffira d’ « améliorer » les scores, comme pour les précédentes élections, en prenant quelques libertés avec les statistiques. Après tout, la majorité de la population n’a pas fait la majeure Big Data de TBS : ils n’y verront que du feu ! (3)

Poutine et la participation

Si l’on cherche le véritable objectif de Vladimir Poutine pour les élections de dimanche prochain, il serait peut-être de meilleur aloi de se détourner des scores, et d’aller regarder du côté de la participation.

Il apparaît en effet que la seule chose qui puisse entacher l’éclatante victoire de Vladimir dimanche prochain soit un taux de participation en deçà de la moyenne des autres présidentielles. Deux raisons crédibles premettent de l’envisager. La première est l’appel au boycott des urnes qu’a lancé publiquement Alexei Navalny en décembre dernier, alors que celui-ci se voyait confirmer le fait qu’il ne pourra pas participer aux élections. La seconde tient à ce que les électeurs de Vladimir Poutine – lesquels quoique nous Occidentaux puissions en penser sont majoritaires dans le pays – ne se mobilisent pas massivement dimanche prochain, puisque la victoire est acquise au président.

Le véritable enjeu pour Vladimir Poutine est donc de prouver urbi et orbi qu’en plus d’être le président incontesté de la fédération de Russie, il est capable de créer un un véritable engouement de la part des Russes quant à sa réélection, et par la même d’infliger un revers à Navalny qui compte sur une hausse significative de l’abstention. Partant de ce postulat, tout est bon pour les équipes de Poutine pour faire augmenter cette participation.

Regroupement des élections

Il est probable que certains électeurs n’éprouvent pas l’intérêt de voter pour une élection présidentielle dont l’issue est d’ores et déjà écrite, cependant il n’y a pas que les élections présidentielles en Russie ; il a aussi les élections locales ! Ainsi nombre d’oblasts ont subitement décidé de placer leur referendums locaux – lesquels ont par nature plus de chance de concerner plus directement les électeurs – le jour de l’élection présidentielle.

Racollage anti-abstention

Quoi de mieux que taper dans le racolleur pour pousser à l’action ? Depuis le début de l’année les russes ont eu le droit à plusieurs campagnes de communication dans les différents médias les incitant à voter.
La palme du racollage revient sans conteste à l’édition russe du magazine Maxim, qui vise donc spécifiquement un lectorat masculin tout juste en âge de voter. Dans sa dernière édition le magazines avait publié deux photos de mannequin seins nus dans un bureau de vote, avec la légende “Bienvenue dans le monde des adultes !”

Un opportun regain des tensions internationales

On a rarement fait mieux que l’union sacrée pour fédérer un peuple derrière son prédisent. Très récemment le royaume uni, qui accuse le kremlin d’avoir orchestré l’empoisonnement d’un ancien espion sur son territoire, a renvoyé plusieurs diplomates russes soupçonnés d’être des espions. On peu noter que le kremlin a habilement instrumentalisé ces sanctions ; d’une part en promettant des représailles et d’autre part en appelant les russes à faire corps derrière l’exécutif. Ce regain de tension international arrive à point nommé pour mobiliser l’électorat russe.

(1) La constitution russe interdit au président d’effectuer plus de deux mandats consécutivement. C’est pourquoi Vladimir Poutine a laissé en 2008 sa place de président à Dimitri Melvedev, qui était alors son bras droit. Poutine a néanmoins continué à exercer le pouvoir de la même manière, mais en tant que ‘chef du gouvernement’, l’équivalent de notre premier ministre, de 2008 à 2012 avant de se représenter comme président en 2012 à l’élection présidentielle.

(2) les oblasts sont la forme la plus courante d’entité fédérée de Russie.

(3) https://www.nouvelobs.com/monde/presidentielle-russe/20120328.OBS4820/presidentielle-russe-ces-statistiques-qui-demontrent-une-fraude.htm

(4) http://www.liberation.fr/planete/2018/03/01/presidentielle-des-photos-et-videos-sexy-pour-appeler-les-russes-a-voter_1633128

Trump : victoire ou essoufflement politique ?

Trump : victoire ou essoufflement politique ?

Samedi 2 décembre, le Sénat américain votait la réforme fiscale de Trump, une de ses grandes promesses de campagne. A l’approche de son premier anniversaire à la maison blanche le 20 janvier, Trump s’assure de ne pas arriver les mains vides… mais à quel prix ?

Une réforme favorable aux entreprises américaines

Les entreprises américaines se réjouissent déjà de la baisse du taux d’imposition sur les sociétés qui devrait passer de 35 à 22%. Si la réforme vise à soutenir les entreprises, son objectif est clair, il s’agit de les décourager à placer des activités ou capitaux hors des Etats-Unis, ou encore de les empêcher de s’engager dans des politiques d’optimisation fiscales trop agressives. Ainsi la réforme prévoit une taxe de 20% sur les paiements entre filiales étrangères et entités américaines, de quoi pénaliser les importations et affoler les entreprises étrangères, puisque le seul moyen d’y échapper est de déclarer la présence d’un établissement stable aux Etats-Unis et donc d’y payer l’impôt sur les sociétés.

Si cette réforme apparaît largement favorable aux entreprises américaines, comme promis Trump lors de sa campagne, elle semble porter préjudice aux entreprises étrangères qui devront ainsi lutter contre une double imposition. Certains Européens comme la France dénoncent cette réforme comme allant à l’encontre des traités internationaux sur la fiscalité et seraient prêts à envisager des mesures de rétorsion.

Devant cette apparence de victoire, il semblerait pourtant se cacher un essoufflement de la ligne politique de Trump, jusque-là principalement nationaliste et identitaire. C’est en effet à une courte majorité 51-49 que le Sénat a voté en faveur de cette réforme.

Par-dessus le marché, Trump semble être fragilisé jusque dans son propre électorat : mardi 12 décembre, le démocrate Doug Jones remportait les élections sénatoriales face à son adversaire républicain Roy Moore largement soutenu par Trump. Cela semble être le début d’un désastre puisque cette victoire démocrate inattendue survient dans un Etat qui avait massivement voté pour lui en 2016. L’Alabama n’avait pas voté pour un président démocrate depuis 1976 et aucun démocrate n’y avait été élu depuis 1992. De plus, Trump ressort décrédibilisé de ces élections pour avoir soutenu Roy Moore, un candidat accusé de délit sexuel depuis 2 ans, faisant ainsi ressortir que Trump est lui-même accusé depuis un an d’agressions et inconduites sexuelles par 16 femmes. Ainsi Trump est désormais approuvé à 48% dans les sondages en Alabama, un Etat qui pourtant faisait largement partie intégrante de sa base électorale. Le camp Républicain pourrait ainsi se voir refuser la victoire lors des prochaines « mid-term elections » de novembre 2018.

Trump : pour ou contre le peuple ?

Si cette réforme semble largement favorable au fonctionnement des entreprises américaines, on peut se poser des questions quant aux effets sur la population.
L’électorat de Trump avait voté pour un candidat qu’ils jugeaient capable de créer de l’emploi et d’améliorer les conditions de vie de la population, s’appuyant ainsi sur sa célèbre promesse campagne de ramener l’industrie en Amérique. Mais si Trump semble, avec cette réforme, tenir sa promesse de ramener l’emploi, l’impact de ses initiatives sur la population sont plus problématiques.

On se souvient que Trump avait tenté en vain d’abroger l’ « Obamacare » mis en place en 2010, ce qui aurait selon, le New York Times, touché 74 millions des Américains qui bénéficient de cette aide à la santé.

Après cet échec, survient cette réforme fiscale, qui malgré une hausse potentielle de la production issue de celle-ci, il n’y aurait alors pas de demande qui permettrait de la justifier.

A travers cette réforme Trump diminue également les recettes perçues par les Etats, qui seront alors tentés d’augmenter leur taxe à la consommation pour compenser ces pertes de recettes, mettant ainsi davantage en difficulté les ménages les plus défavorisés. Ce sera par exemple le cas pour les Etats comme la Californie ou l’Etat de New York qui dépendent d’un impôt local plus élevé que la moyenne.

Ainsi, alors que Trump s’apprête à remplir une grande promesse de campagne dont les entreprises sont satisfaites, le président américain s’en retrouve fragilisé dans l’opinion des ménages, ce qui s’est traduit dans les élection en Alabama, lui ayant affaibli davantage sa majorité au Sénat.