Les Municipales before de 2022 ?

Il est inutile de douter de cela, les municipales permettent d’éclairer la situation politique du pays à 2 ans de l’élection présidentielle. Les détracteurs diront qu’il s’agit d’une élection locale et que les résultats ne représenteront pas les tendances politiques… pas sûr. En effet, cette élection qui est certes locale revêt aussi un habit national. Tout d’abord il s’agira de mesurer les forces en présence, mais au-delà de cela, ce sera le test de survie de LREM ; s’inscrire localement ou connaître une dure défaite en province (mais aussi dans les grandes villes). Cette élection comporte de nombreux autres enjeux. 

Se rassurer pour l’avenir 

C’est l’idée principale pour LR et le PS. Après 3 années difficiles, un bon résultat aux élections municipales pour rappeler l’ancrage local peut redonner un peu d’air à ces parties. Qui plus est pour LR qui reste le premier parti au niveau local et qui a besoin de cet ancrage pour pouvoir assurer à nouveau le Sénat en 2021. 

Les deux partis devraient conserver leurs grandes villes clés : Bordeaux, Toulouse, Marseille pour LR. Lille, Nantes pour le PS. De quoi montrer que ces villes n’ont pas cédé face à LREM. La province est encore plus facilement acquise à ces partis historiques : rejet de Macron et LREM, ainsi qu’un fort attachement aux élus locaux. 

Du côté de Paris il y a là aussi un enjeu. Alors que Griveaux, soutenu par les médias, était annoncé maire-élu de Paris, la campagne s’est compliquée pour lui. La candidature dissidente de Villani et les petites phrases ont écorché sa campagne, à tel point que Rachida Dati, l’oubliée de Paris – l’exemple de l’édito de Ghislaine Ottenheimer dans le Challenges du 16-22 janvier 2020 qui parle du retournement de campagne pour Griveaux et où ni le nom, ni le parti, ni le score de la candidate ne sont mentionnés – pourrait créer la surprise au soir du 1er tour. Quoiqu’il en soit, la mairie de Paris ne sera certainement pas LREM. *Note post-rédaction: Nous apprenons d’ailleurs ce matin le retrait de Griveaux de la campagne.* 

EELV, confirmer 2019 ? 

L’an passé, le parti avait doublé LR aux élections européennes. Yannick Jadot avait promis un avenir national pour le parti. Il s’agit pour le parti de se montrer. Les sondages donnent de bons scores dans certaines villes pour EELV (certaines étant déjà vertes) : Grenoble, Strasbourg, Montpellier. Les Français sont de plus en plus nombreux à considérer les questions environnementales comme importantes. Cependant un potentiel succès en mars est à relativiser. Profitant de l’explosion des partis à gauche, EELV décroche de nombreuses alliances et listes communes de gauche pour ces élections. Une stratégie qui permet d’éviter à LREM, LR ou RN de gagner au 1er tour. A noter que certains sondages annoncent EELV en tête pour la mairie de Lyon. 

RN le déblocage local ? 

L’autre parti à suivre est le RN. Malgré les scores importants réalisés aux élections nationales, le parti n’a jamais confirmé localement. Ayant encore une certaine défiance par endroit et devant faire face au « front républicain » le parti ne comptait qu’une quinzaine de villes de plus de 9000 habitants. 

Cette année le parti compte faire beaucoup mieux. En plus de ces quelques bastions, le parti entend bien étendre son aire d’influence et il se retrouve ainsi en position de force dans quelques villes. Un sondage à Marseille donne le candidat RN à 1 point derrière la candidate LR. A Perpignan, le ténor Louis Aliot devance largement le candidat LR (26 contre 18). 

Le parti conservera la plupart des bastions déjà acquis, notamment la ville de Béziers, où Ménard l’avait emporté en 2014 marquant un des coups les plus suivis. En 2014 la presse demandait à voir les bilans; 6 ans plus tard le fondateur de reporters sans frontières semble roi en sa ville, il pourrait être réélu maire dès le 1er tour avec 61% des voix. 

Il sera aussi intéressant de voir localement les stratégies d’entre-deux tours. Il se pourrait que LR brise le « front républicain » dans plusieurs communes en acceptant l’alliance avec le RN. Un tout petit pas vers l’union des droites de plus en plus défendue par les militants des deux partis. 

LREM, larguée ? 

C’est un crash test important pour le gouvernement. En cas d’échec un remaniement est même envisageable. Les sondages récents (24% d’opinions favorables pour le président) ne donnent pas le sourire au parti. De plus la fronde de certains députés, les petites phrases, le vote scandaleux sur le congé pour deuil d’un enfant, ne facilitent pas les choses. 

Pour essayer de minimiser la chose, Castaner a tenté de faire passer une circulaire, retoquée par le Conseil d’Etat, pour ne pas prendre en compte dans le décompte national les résultats des villes de moins de 9000 habitants, une stratégie visant à rehausser le score de LREM qui compte la plupart de ses électeurs dans les grandes agglomérations. 

Toutefois le parti devrait gagner la métropole (à ne pas confondre avec la mairie) de Lyon et la ville de Nancy. Cependant la mairie de Lyon, elle, connaît plus d’incertitude. Un récent sondage donne EELV et LR devant LREM, une autre élection à suivre de près. 

Le combat sera aussi intéressant à Périgueux, où les 4 premiers candidats ont des scores compris entre 14 et 15 points. 

Les municipales ne joueront certainement pas en faveur de LREM. Les Français sont attachés à leurs maires et seulement 9% d’entres eux veulent soutenir le gouvernement lors de cette élection. Il ne faut toutefois pas tirer de conclusions trop rapides quant à l’élection de 2022. Chaque parti a ses enjeux pour cette échéance et cette élection locale à caractère nationale promet bien des surprises, des batailles et des révélations intéressantes pour les années qui viennent. 

N’oubliez donc pas d’aller voter, car l’élection est importante pour la localité et les communes ! Même dans sa ville de moins de 9000 habitants, il ne faut pas hésiter à encourager la démocratie locale et ses acteurs quotidiens. 

Ambroise Bonnassieux-Duckert. 

L’Impeachment : Donald Trump doit-il être inquiet ?

Depuis son élection en 2016, Donald Trump a multiplié les actes pouvant amener à la procédure d’Impeachment notamment l’affaire Russiagate. L’an dernier, une procédure a été lancé contre le 45ème Président des Etats-Unis après les révélations d’éventuelles pressions exercées sur son homologue ukrainien Zelensky pour lancer une enquête contre le fils de Joe Biden, candidat démocrate à la primaire.

Qu’est-ce qu’une procédure d’Impeachment ?

L’Impeachment est une procédure surtout utilisée aux Etats-Unis grâce à l’utilisation de l’Article II de la Constitution. Elle peut entraîner la destitution de hauts fonctionnaires de l’Etat tel que le Président, le Vice-président et les fonctionnaires civils. Si le Président est évincé, il est immédiatement remplacé par le Vice-président. La procédure peut être lancée si les chefs d’accusations sont les suivants : trahison, corruption ou autres crimes. L’Impeachment se déroule en deux temps : le premier est le vote de la procédure d’accusation comme une loi ordinaire à majorité relative par la Chambre des Représentants. Le second est le démarrage du procès au Sénat. La destitution est adoptée si 2/3 des sénateurs jugent l’accusé comme coupable.

Donald Trump est-il le premier président à subir l’Impeachment ?

La première procédure a été lancée en 1868 contre Andrew Johnson. L’ancien Vice- président avait été accusé de trahison après avoir soutenu l’Union lors de la Guerre de Sécession. Donald Trump est le quatrième Président à être inculpé dans une procédure d’Impeachment. Après Andrew Johnson, Richard Nixon a été le deuxième président à être assis sur le banc des accusés suivi par Bill Clinton. Dans les trois derniers cas, le premier temps de l’Impeachment est passé, soit la Chambre des représentants a voté pour son lancement. En revanche, les trois derniers présidents ont échappé à l’éviction car le Sénat n’a pas adopté la destitution. Seule exception, le cas de Nixon qui a démissionné avant la fin de la procédure. Quant à Bill Clinton, 2 chefs d’accusation avaient été retenu contre lui : la parure car il a menti dans l’affaire Lewinsky et l’obstruction à la justice.

Où en est-on aujourd’hui ?

Le 24 septembre 2019, la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, lance le vote de l’Impeachment. Elle est depuis la cible de Donald Trump sur son compte Twitter. Le 10 décembre, la loi est adoptée parce que les Démocrates sont majoritaires dans la Chambre des Représentants. 2 chefs d’accusation sont retenus : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès. Le procès a démarré le 21 janvier dernier. Pour l’avancement du procès, il faut que les sénateurs votent pour ou contre l’apport de nouvelles preuves, de nouveaux témoins, … A chaque fois, les Républicains ont voté contre. Le 27 janvier, le second tour du procès a été lancé. Une preuve de taille peut sûrement modifier le cours des choses : le livre de John Bolton, l’ex-conseiller à la Sécurité Nationale. En effet, c’était une aubaine pour les Démocrates car dans son livre, John Bolton assure que Donald Trump a abusé de son pouvoir. Ces extraits ont fait pencher la balance car les Républicains ont perdu le nombre de voix nécessaires, soit 51, pour empêcher la nouvelle convocation de témoins. Les Démocrates souhaitent faire venir à la barre des proches du Président.

Trump pourrait-il vraiment être destitué ?

Bien que les derniers jours aient fait pencher la balance, Trump semble être épargné de la destitution. En effet, les Républicains sont majoritaires au Sénat. Certes, les sénateurs républicains plus modérés peuvent apporter leurs voix aux démocrates mais ce sera insuffisant. Sauf retournement de situation exceptionnel, Trump ne sera pas destitué. Les Républicains appellent à finir ce procès le plus tôt possible. Le président est en campagne pour les futures élections. Ces dernières actions politiques peuvent être expliquées par la motivation de préserver ses fidèles. Il ne sera pas destitué mais ce procès ne sera pas sans conséquences pour la suite et pour la campagne du 45ème Président des Etats-Unis.

Bernardini Guillaume

La mort d’une nation

La semaine dernière, nous apprenions avec grande joie que de preux chevaliers blancs vinrent
mettre un terme à un acte des plus dangereux et des plus inquiétants pour la République : la crèche vivante
de Toulouse. Heureusement que ces braves gaillards emplis de courage sont venus disperser les jeunes
fachos d’une dizaine d’années afin de protéger les valeurs démocratiques. Tout cela bien évidemment dans
le calme, la courtoisie et le respect. Quelles grandes valeurs que de se cagouler à 50 ans pour poursuivre
des méchantes mamans avec leurs poussettes en leur criant des phrases de tolérance et de paix comme : «
stop aux fachos ». Je me sens tout de suite mieux en apprenant cela et je suis heureux que mes valeurs
républicaines et françaises aient été si noblement défendues. Heureusement qu’ils ont combattu avec
fermeté l’héritage de 2000 ans de traditions qui nous rappelle que Noël est une fête de paix et d’amour. Je
suis soulagé de voir que le gouvernement n’a absolument pas réagi, montrant sa grande tolérance et sa
grande magnanimité envers tous les citoyens.

Cessons l’ironie ici, car la situation est bien plus grave qu’on ne le perçoit. Cet acte, qui peut sembler
anodin dans un pays qui connait des violences régulières depuis 2015, est en fait révélateur d’un grand mal.
La déconstruction de ce qui a toujours fait la France : la Nation. Avant toute réaction, prenons le soin de
rappeler ce qu’est la Nation. Ernest Renan la définit comme : « Une nation est une âme, un principe
spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une
est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs
; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir
l’héritage qu’on a reçu indivis ». L’intérêt ici est placé sur le « principe spirituel ». Il y a une entité
supérieure qui nous dépasse, qui traverse les temps et qui façonne la nation France. Ce principe
aujourd’hui tend à disparaître et cela se ressent factuellement.

Nombreux sont les penseurs de France à s’opposer au « progressisme » qui rase et détruit toute
culture, ou en tout cas la culture française. La semaine dernière, lors du discours de la Vertu à l’Académie
Française, Alain Finkielkraut dénonçait « un nouvel ordre moral » qui s’impose à nous. Roméo Fratti
déplorait également la perte de l’héritage culturel de la France. Je pourrais citer ici Michel Onfray
également. La perte de nos cultures et nos traditions conduit inexorablement à la défaite de la Nation et à
l’archipel français si bien décrit par Jérôme Fourquet. – Je prends bien soin de citer des auteurs de gauche
afin de ne pas choquer les jeunes âmes conquises par le nouvel ordre moral. –

Evidemment la théorie est facile, mais vérifions les actes. La nation permet d’unifier un pays, c’est
ce qui fait battre le cœur d’un Etat et lui permet de conserver une unité, et en ce moment nous pouvons
voire le délitement du pays – aveugles sont ceux qui affirmeront le contraire – sur fond de tensions sociales.
Les chiffres sur les violences sur les pompiers ont explosé, la délinquance se fait plus forte, les incivilités
dans les transports augmentent, les violences en région parisienne augmentent. La haine entre citoyens se
fait souvent sentir : les réseaux sociaux, les médias, la rue. L’impression est donnée que la France est un
lieu où se situent des individus très différents qui ne veulent pas vivre ensemble. Caractéristique de
l’absence de la nation. Pourtant rassembler la nation n’est pas difficile.

En effet, le nouvel ordre moral en France cherche à faire disparaître toute trace de l’Histoire
de France qui puisse être glorieuse. Qu’apprenons-nous à l’école de l’histoire de France ? Napoléon III
est un inconnu. Seuls Louis XVI et Louis XIV sont enseignés, à la limite Henri IV. Qui sont Richelieu,
Jeanne d’Arc, Saint Louis, Louis VII ou Philippe Ier ? Qu’a fait Napoléon pour la gloire de la France mis
à part le Code Civil et la Légion d’Honneur ? Que sait-on de la construction de la France ? En réalité
rien. Il n’y a aucune allusion à l’histoire glorieuse de France. On essaye d’enseigner aux élèves que la
France c’est 1789, 1905 et 1968. Hors de ces trois dates, il semble que la France n’existe pas. Et pourtant, son
histoire est riche d’enseignements. Pourquoi la France est pleine de châteaux et d’églises ? Comment la nation
et l’Etat se sont constitués en France ? Pourquoi la France a son territoire actuel ? Quelles sont toutes les
grandes mesures prises dans l’histoire qui ont conduit à la France d’aujourd’hui ? Car les mesures existent
depuis bien longtemps en France et contrairement à l’image répandue dans la pensée commune, la
monarchie et le Moyen-Age ne sont pas des périodes sombres, reculées et sans savoir. La France ce n’est pas
que la République et la Révolution. March Bloch disait avec justesse : « Il est deux catégories de Français qui ne
comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims et ceux
qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.
Peu importe l’orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité au plus petit jaillissement de l’enthousiasme collectif suffit à les condamner. ». Il faut se souvenir que la France compte la Révolution mais aussi 1500 ans de catholicisme et de monarchie, des empires…

Malheureusement la perte de l’histoire, le rejet des traditions et de la culture posent un grave
problème. De tout temps les habitants de la France étaient fiers de leur pays et considéraient qu’il y avait
plus grand qu’eux : l’Etat, la Nation, Dieu. Ce sont pour ces valeurs qu’ils se battaient pour défendre leur
pays face à l’envahisseur anglais, allemand… Mais qu’en sera-t-il demain s’il faut à nouveau défendre la
liberté et vaincre un totalitarisme ? Qui ira combattre pour la France parmi tous ceux qui la rejettent, qui
rejettent son histoire, son existence, sa culture, ses traditions ? Un regard sur l’armée nous montre la
présence d’un vrai collectif soudé autour de traditions, d’héritage et de culture. Certains contestent
l’armée, ou la dénonce comme place de « fachos ». Mais ces hommes donnent leur vie pour la France et
pour la vie des autres. Heureusement que ces « fachos » sont là pour aller chercher des otages, combattre

le terrorisme et protéger les citoyens. L’analyse du général Pierre de Villiers converge dans ce sens, l’unité
passe par des passions communes, de l’échange et de la transmission de valeurs.

La perte de toutes ces valeurs est aussi à l’origine de la situation politique actuelle. Il semble
en effet qu’un Alzheimer collectif touche nos politiciens et particulièrement chez le groupe LREM.
Ferrand, Bayrou, Delevoye, De Rugy… La liste est longue, et le nombre record de démissions nous
rappelle bien que Macron est le chevalier blanc de la transparence et du nouveau monde. Sans oublier
que la peine des Français semble bien loin de la conscience de ces hommes. Si la nation était solide, si
chaque français apprenait à aimer la France de tout son cœur et de toute son âme, nous aurions des
gouvernants qui ont la même vision que Richelieu, Napoléon ou De Gaulle, c’est-à-dire la France et les
Français d’abord.

C’est aux Français de réagir, de se saisir à nouveau de ce qui leur appartient : l’histoire, la
culture et la démocratie. Prenons garde aussi à bien comprendre les actes que nous posons. Bossuet
disait à cet effet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. ».
En cette période de Noël il est bienvenu d’accueillir à nouveau l’espoir et la lumière du monde afin de
renouer avec notre héritage et de reconstruire la nation. La France n’en sera que plus forte.

Ambroise Bonnassieux-Duckert.

1,2,3 Viva l’Algerie

1,2,3 Viva l’Algerie

Cet Etat puissant est à la fois le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe mais aussi du bassin méditerranéen. Il est le troisième fournisseur de l’Union Européenne en gaz naturel et recèle dans son sous-sol d’immenses gisements de phosphate, de zinc, de fer ou encore d’or.
Il a cependant connu des coups durs dans son passé. Après 132 ans d’une présence coloniale française tenace et meurtrière qui a pris fin officiellement le 5 juillet 1962, s’en est suivi la « décennie noire » où ce beau pays s’est déchiré, provoquant selon
les estimations jusqu’à 200 000 morts.

Mais qu’est-ce que la décennie noire ?
La décennie 1980 est considérée comme un sujet tabou en Algérie. Cette « décennie du terrorisme » qui a opposé le gouvernement algérien et plusieurs groupes islamistes, aura fait près de 150 000 morts. Elle s’achève en 2002 avec la victoire des forces du gouvernement.
Les conséquences de ce conflit sont multiples : on observe un désengagement de la part de l’Etat algérien, un appauvrissement de la population et un développement de la corruption. Pour beaucoup de responsables militaires actuels, l’effondrement du système politique est le résultat de cette « décennie noire ». Les tensions politiques qui ont caractérisé́ la fin de la décennie 1980 et le début des années 1990 semblent refoulées hors du champ politique. En fait, la reconfiguration de ce dernier, depuis l’accession d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence en 1998-1999, laisse apparaitre une nouvelle grille de lecture de la scène politique algérienne.

Vers un printemps algérien ?
La mobilisation de millions d’algériens à travers le territoire national a commencé le 22 février 2019, quelques jours après que Bouteflika a annoncé son intention de convoiter un cinquième mandat. Ce mouvement de contestation ne s’est jamais produit
depuis l’indépendance de 1962. En effet, il y a huit ans se déroulait le printemps tunisien mais les algériens sont
formels, ils ne veulent ni larmes ni sang.
Depuis, la jeunesse algérienne se mobilise contre la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat. En effet, des milliers d’Algériens ont pris possession des rues pour crier leur soif de rupture, de changement et de renouveau. Ce jour-là est né le « Hirak » qui signifie « mouvement » en arabe, représentant donc le mouvement de contestation populaire.
Certains, parmi cette jeunesse, sont nés et ont grandi sous le parapluie de Bouteflika, et maintenant ils lui demandent de céder sa place. Traumatisée par les violences de la décennie noire qui ont bordé son enfance, elle veut aujourd’hui démontrer sa maturité politique en réinvestissant l’espace public, et ceci, depuis presque un an. Le peuple réclame l’indépendance de l’Algérie et a besoin de nouveaux visages représentatifs de ce grand pays. Il ne veut plus que les responsables décident à sa place. Sofiane, issu d’une famille aisée, compare même le système politique algérien de « fossile » et se demande pourquoi la transition démocratique a été possible en Éthiopie ou encore au Kenya, et pas en Algérie.

Réactions mitigées
C’est finalement le 11 mars 2019 que le président Bouteflika annonce à la nation qu’il n’avait pas l’intention de se présenter à un mandat supplémentaire en raison de sa santé préoccupante. En s’engageant dans ce texte « à remettre les charges et les prérogatives de président de la République au successeur que le peuple algérien aura librement élu », M. Bouteflika laisse entendre qu’il restera chef de l’Etat après expiration de son mandat, le 28 avril 2019. Il provoque des réactions mitigées de la part des Algériens. Abdelkader Bensalah a donc été président par intérim d’un point de vue constitutionnel depuis le 9 avril 2019.

Présidentielle en Algérie
Dans toutes les grandes villes du pays, on peut entendre le slogan « Seul candidat, le peuple » ces dernières semaines. Aujourd’hui, le peuple ne veut pas qu’on lui impose des candidats mais il veut pouvoir choisir par lui-même. Cette rage s’exprime par l’abstention record du 12 décembre 2019, que l’on peut très certainement qualifier de record car les journalistes estiment le taux de participation à seulement 39,93%. Les algériens rejettent l’élection avec ces 5 candidats proposés à la présidentielle car pour beaucoup, ces candidats sont d’anciens représentants du régime de Bouteflika. De plus, leur âge est remis en question puisqu’ils ne semblent pas représenter le mouvement du « Hirak », la vitrine de la jeunesse algérienne. Par conséquent, suite à la victoire du nouveau président Abdelmadjid Tebboune, un ancien ministre du président Bouteflika avec 58,13% des voix, certains évoquent une mascarade électorale. Le mouvement « Hirak » n’accepte clairement pas cette victoire et la nation continuera à sortir jusqu’à la concrétisation de ses revendications.

Haïda Boukerma

Que retenir du grenelle des violences conjugales ?

Que retenir du grenelle des violences conjugales ?

Le Grenelle sur les violences conjugales s’est achevé le lundi 25 novembre, journée internationale
contre la violence à l’égard des femmes, après deux mois de rassemblements locaux dans toute la
France. Il aura fallu que les réseaux sociaux s’en mêlent pour que la puissance publique prenne le
problème à bras le corps.

A la mi-octobre, 121 femmes étaient tuées par leur mari sur le territoire français, soit autant que sur
l’année 2018 complète. Les statistiques sur les féminicides montrent une hausse des violences, mais
ces chiffres cachent une réalité plus complexe, découlant d’une prise de conscience collective qui
débouche sur un décompte plus précis et plus juste qu’auparavant.
Les violences conjugales, dans l’imaginaire collectif, se limitent aux situations dans lesquelles des
hommes portent des coups, parfois mortels, à leur épouse. Pourtant, cette expression porte un sens
bien plus large : il s’agit d’un processus au cours duquel un partenaire utilise la force ou la contrainte
pour perpétuer ou promouvoir des relations hiérarchisées et de domination. Ces violences peuvent
donc être aussi bien physiques que psychologiques, et concernent deux personnes qui entretiennent
ou ont entretenu une relation de couple quelle qu’elle soit.

Le chef du gouvernement Edouard Philippe a annoncé un panel de mesures dans le but d’apporter
des solutions et d’adapter le système judiciaire à ce défi de sécurité publique.

« Des mesures d’urgence »

En premier lieu, le Premier Ministre a annoncé avoir travaillé sur une meilleure prise en charge des
victimes en permettant l’accès à une ligne d’écoute jour et nuit au numéro 3919. En ce qui concerne
la problématique du logement, le chef du gouvernement a reconnu la difficulté pour les femmes
victimes de violences conjugales de quitter le domicile familial, en particulier lorsque le couple a des
enfants. Il a donc demandé l’ouverture de 1000 places d’hébergement d’urgence supplémentaires au
1 er janvier 2020, dédiées aux femmes et à leurs enfants, ainsi que l’accès à la garantie Visale, caution
locative gratuite, aux femmes violentées.

Les mesures à l’encontre des hommes violents vont également être durcies : les hommes contre
lesquels une plainte a été déposée vont être équipés d’un bracelet anti-rapprochement afin de
garantir la sécurité de la plaignante au moyen de la localisation GPS des membres du couple. De plus,
un père violent pourra être démis de son autorité parentale ou voir cette dernière être aménagée,
dès le dépôt de plainte.

Le Premier Ministre a ensuite souligné l’importance de la prévention des violences physiques par
l’identification de signes avant-coureurs. Dans cette perspective, la notion d’emprise est en passe
d’être inscrite dans le Code Civil et dans le Code Pénal. Etant donné que les violences physiques sont
souvent consécutives à des violences psychologiques, Edouard Philippe a ainsi déclaré : “L’emprise
conjugale, c’est la prise de possession d’un membre du couple par l’autre qui s’installe de manière
progressive et implacable, parfois même sans que la victime ne s’en aperçoive et qui s’apparente à
un enfermement à l’air libre.” Dans une perspective de prévention, il sera également possible pour la
justice de retirer le droit à la détention d’une arme à feu à des hommes présumés violents. Un suivi
psychologique de proximité est d’ailleurs préconisé par le gouvernement, qui avait annoncé début
septembre un objectif de deux centres pour hommes violents par région.

La formation des forces de l’ordre a aussi été évoquée : il est question de fournir une grille
d’évaluation de la violence constituée de 23 questions que les policiers et gendarmes devront poser
aux plaignantes. Cette grille a été élaborée sous l’égide de Marlène Schiappa et vise à ce que les
plaintes soient davantage prises au sérieux afin d’instaurer un climat de confiance entre les victimes
et les forces de l’ordre. En effet, on estime que seules 16% des victimes de violences conjugales
portent plaintes, notamment car elles craignent de ne pas être crues et de subir des représailles de la
part de leur conjoint. De plus, davantage d’intervenants sociaux devraient être missionnés dans les
commissariats dans les mois qui viennent.

Enfin, la formation ne s’arrêtera pas aux forces de l’ordre : Edouard Philippe compte éradiquer la
violence à la racine en sensibilisant les jeunes aux problèmes de violences conjugales, corrélés à la
place des femmes dans la société. Dorénavant, les enseignants vont recevoir une formation sur les
langages et comportements à adopter pour ne pas reproduire les stéréotypes genrés à l’école.
L’égalité des sexes fera également l’objet d’un conseil de la vie collégienne et lycéenne afin d’évaluer
la situation des établissements sur le sujet, et un module obligatoire sera dédié à la sensibilisation
contre les violences conjugales pendant le Service National Universel. Pour finir, « un document
unique de signalement » sera proposé aux institutions scolaires afin de faciliter les démarches
lorsqu’un enfant victime ou témoin de violence a été identifié.

Un grenelle satisfaisant ?

Certains observateurs dénoncent un « coup de communication » de la part du gouvernement, qui
mettrait l’accent sur des mesures qui existaient auparavant, de façon officielle ou non, sans
augmenter significativement le budget qui leur est alloué.
Les spécialistes donnent des pistes pour compléter ces mesures. La première serait de lever le secret
médical en cas de suspicion de maltraitance. Cette proposition est actuellement en discussion dans
les cas « d’urgence absolue, où il existe un risque sérieux de renouvellement de violences » selon les
mots d’Edouard Philippe. Toutefois, une autre école de pensée estime que cette mesure serait
totalement contreproductive, puisque les victimes pourraient simplement se détourner du milieu
médical. Une réflexion plus globale sur ce grenelle montre le silence relatif qu’il existe sur d’autres
configurations des violences conjugales : dans un couple homosexuel, de la femme vers son mari…
Or, dans la définition même des violences conjugales, il n’existe aucune mention de genre.

Il existe ainsi un tabou persistant sur les violences conjugales, qu’elles soient physiques ou
psychologiques, et si l’intention de ce grenelle était justement de les lever, certains aspects ont été
oubliés. En revanche, il est important de noter qu’un grenelle sur les violences conjugales est déjà un
pas en avant en ce qu’il révèle le phénomène au grand jour. Impossible aujourd’hui de fermer les
yeux. Reste maintenant à savoir si le budget retenu suffira à mener des actions concrètes pour faire
évoluer les mentalités en profondeur et réellement protéger les victimes.

Marie-Esther Duron

 

Chili : la colère gronde, un référendum pour la calmer : est- ce réellement suffisant ?

Depuis le début du mois d’octobre, le Chili traverse une grave crise sociale qui
plombe toute l’économie d’un pays. Pourtant, ce pays se confond avec les pays développés
par son espérance de vie supérieure à 80 ans, son PIB avoisinant les 300 milliards de dollars
en 2018. Alors pourquoi ce pays traverse une grave crise et comment il peut s’en relever ?

¿Qué pasa en Chile ?

L’élément supposé déclencheur de ce mouvement social est la hausse de 3% des prix
du ticket de métro dans la capitale Santiago de Chile. Cependant, cette mesure n’est pas
l’élément déclencheur de ce mouvement mais c’est plutôt « la goutte d’eau qui fait
déborder le vase ». En effet, la nouvelle revendication des manifestants est une fin des
inégalités qui persistent au Chili et dans toute l’Amérique latine. La phrase de Ricardo Lagos
résume parfaitement ce problème :
« L’Amérique n’est pas le continent le plus pauvre mais peut-être bien le plus injuste. »
Dans le cas du Chili, les inégalités persistent car 1/3 des revenus chiliens est détenu par 1%
de la population 2 dont le président actuel Sébastien Piñera. Ce chiffre ternit la réputation
d’un Chili ambitieux qui a réduit son taux de pauvreté (8% de la population aujourd’hui). Il
est notamment possible d’évoquer le peuple indigène les Mapuche composés de 1million de
personnes qui vivent au Sud du Pays. Ce peuple a été le premier à s’installer sur les terres du
Chili actuel souffre aujourd’hui d’un manque de considération du gouvernement qui les
considère comme des terroristes à cause de leur réponse violentes face aux grandes
entreprises textiles et minières qui ont volé leurs terres. De ce fait, la crise sociale n’est pas
simplement liée à l’augmentation des prix des tickets de métro dans la capitale, c’est
l’explosion des inégalités qui a provoqué la colère des chiliens.
Une constitution obsolète est la source de ce conflit

L’obsolescence de la Constitution chilienne est aussi une cause de ce mouvement social. En effet elle est accusée par la société de favoriser les inégalités et de les développer.
Elle date de la dictature initiée par le général Pinochet (1973-1990) et depuis elle n’a pas été
modifiée. L’ex-présidente Michelle Bachelet (2006-2010 et 2014-2018) a pensé à le faire
mais sans jamais y parvenir. Les détracteurs du président actuel dénoncent également
l’ultralibéralisation du pays où la santé, l’éducation et le système des retraites relèvent
désormais quasiment du secteur privé.

Ce mouvement n’est pas sans conséquences
Depuis le début de ce mouvement, on déplore 22 décès et plus de 2000 blessés selon
les chiffres officiels livrés par le gouvernement. Le point d’orgue de ce mouvement est la
journée du 25 octobre où plus de 1 million de chiliens ont défilé dans les rues de Santiago. La
première conséquence de cette crise est une paralysie du pays. De plus l’économie du pays
est au ralenti alors que la croissance du pays ne cessait d’être positive (1,5% en 2017 selon la
Banque Mondiale). Enfin, le Chili a dû renoncer à l’organisation de la COP 25 (Conference of
Parties) qui devait avoir lieu le 2 décembre.

Que va faire le président chilien pour atténuer la colère ?

Pour résoudre ce conflit social, le président actuel avait au départ envoyé l’armée
dans les rues afin de rétablir l’ordre et avait déclaré l’état d’urgence, une première depuis la
fin de la dictature. Or, dans une allocution télévisée accordée le 17 novembre le président
Piñera fait un « mea-culpa » en dénonçant les exactions policières depuis le début des
manifestations. Les manifestants ont même condamné les policiers de violer les Droits de
l’homme ce qui a poussé l’ONU a détaché une mission sur place. Depuis, l’armée n’est plus
dans la rue. De plus, le président a promis un référendum en avril 2020 pour un éventuel
changement de constitution. Enfin des mesures plus économiques seront mises en place
pour calmer les manifestants comme un gel des tarifs d’électricité, un remaniement du
gouvernement ,…
La crise sociale montre un « ras-le-bol » général de la situation économique et
politique du pays : la population veut du changement. Les inégalités sont au cœur de cette
crise et ce mouvement pourrait se généraliser à l’ensemble de l’Amérique latine où de
profondes disparités divisent les populations. Pour résoudre cette crise, il faudrait un
profond changement des Institutions en revanche même si le président Piñera est ouvert
aux négociations et propose des réformes, les opposants doutent de sa volonté de réformer
le système qui date de la Dictature et qui en a fait sa fortune estimée à plus de 2 milliards
d’euros.

BERNARDINI GUILLAUME