Peut-on mourir dignement en France ?

Peut-on mourir dignement en France ?

Avec la période de crise sanitaire que nous traversons, la solitude des personnes âgées, notamment pendant le premier confinement dans les EHPAD et maisons de retraites où les visites sont interdites, aurait augmenté le nombre de demandes d’euthanasie en Belgique. S’il est encore trop tôt pour s’en assurer, une multitude de demandes ont, elles, été reportées à cause de l’impossibilité, lors du confinement, d’être entouré de ses proches durant les derniers moments de vie du demandeur. 

 

Qu’en est-il en France ? 

Rappelons tout d’abord que l’on parle d’euthanasie lorsqu’un médecin provoque volontairement la mort d’un patient dans le but de mettre un terme à ses souffrances jugées insupportables. Cependant, si l’euthanasie active où le décès directement provoqué par l’administration d’une substance létale par un médecin est interdite en France, celle dite passive, où la mort est entrainée par l’arrêt des soins, est autorisée. L’euthanasie pratiquée en Belgique, au Luxembourg ou aux Pays-Bas par exemple, se distingue également du suicide médicalement assisté pratiqué en Suisse durant lequel, la personne reçoit un soutien médical pour donner fin à ses jours mais c’est elle seule qui déclenche le processus et se donne la mort. 

En France, l’euthanasie (étymologiquement “l’art de donner une bonne mort”) n’est pas mentionnée par le code pénal. Par conséquent, donner la mort à un patient quels que soient son état et sa volonté est considéré comme un homicide punissable de peines allant de 30 ans de réclusion criminelle à la perpétuité. De même, selon l’article 38 alinéa 2 du code de déontologie médical français “Le médecin […] n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort.” Dans tous les cas, le praticien est divisé entre son patient qui souhaite partir pour arrêter d’insurmontables souffrances, dont il doit respecter la volonté, et le serment d’Hypocrate qu’il a prêté, faisant de lui un médecin. Il peut alors arrêter les soins d’un commun accord mais la mort du patient surviendra généralement après plusieurs jours de souffrance interminables pour lui et ses proches. (Rappelons l’ampleur de la médiatisation  faite au sujet de la mort de Vincent Lambert lors de l’été 2019). L’euthanasie passive peut néanmoins apparaitre comme une solution face à l’acharnement thérapeutique qui consiste en l’ensemble des prises en charges et des traitements administrés à un patient, considérés comme “inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintient artificiel de la vie” (L.1110 et R.4127-37 du Code de la Santé Publique). 

La loi Leonetti-Claeys votée en 2016 consiste à privilégier les soins palliatifs, à soulager les patients en phase terminale des traitements médicaux jugés trop lourds et peut donc alléger le traitement ou l’interrompre s’il est facteur d’une trop grande souffrance. Elle autorise également la sédation terminale, soit le droit à la sédation (soulager et apaiser le patient avec des médicaments) profonde et continue jusqu’au décès du patient auquel le médecin peut toutefois sciemment s’opposer. Enfin, si une proposition de loi autorisant l’euthanasie en France a été énoncée en 2011 et à plusieurs reprises par plusieurs députés, elle a été jugée comme allant “à l’encontre des fondements juridiques” par le gouvernement.

Pourtant, en France selon un sondage commandé par l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité militant pour la légalisation de l’euthanasie, 96% des français seraient favorables à ce que la loi française autorise les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent.

 

Alors pourquoi persiste ce refus ?

Les fondements juridiques dont parlent le gouvernement renvoient probablement à l’interdiction de tuer qui que ce soit depuis l’abolition de l’esclavage en France le 27 Avril 1848. Autoriser l’euthanasie serait alors contraire aux fondements juridiques qui constituent et règlementent notre nation.  Pour Derek Humphry, “c’est l’économie et non la recherche de libertés individuelles élargies ou d’une plus grande autonomie, qui conduira le suicide assisté au plateau des pratiques acceptables”. Ainsi la pression du coût des soins serait un facteur au suicide assisté qui, légalisé, serait une sorte de droit civil comme l’est le droit au respect de la vie privée ou le droit à la liberté de penser. Alors, ce simple droit pourrait, si l’on en envisage les dérives, devenir un devoir auprès de ses proches pour soulager le fardeau d’une personne malade et souffrante. Mais alors qu’en est-il des handicapés ? Ceux qui malgré un handicap vivent pleinement doivent-ils songer à l’euthanasie à cause d’une pression sociétale ? Certains pays ont élargi l’éligibilité au suicide assisté pour inclure les personnes souffrant d’un handicap ordinaire non terminal et  d’une souffrance psychologique sans maladie physique. 

Alors si en France, l’euthanasie passive est possible elle n’en est pas moins douloureuse. Alain Lecoq, un dijonnais vivant chez lui, âgé de 57 et atteint d’une maladie incurable est paralysé depuis 34 ans. Il a énoncé dans un courrier adressé à Emmanuel MACRON le souhait d’avoir accès à un pentobarbital barbiturique lui permettant de “partir en paix” auquel le Président de la République lui a répondu “n’étant pas au-dessus des lois je ne suis pas en mesure d’accéder à votre demande”. S’il a entamé à deux reprises un arrêt de son traitement et de toute nutrition, son hospitalisation  après sa première tentative suite à des souffrances trop importantes a provoqué la reprise de son alimentation et ses soins alors que Alain Lecoq souhaitait une sédation profonde et continue que l’hôpital ne lui a pas proposée. À ce moment-là, Mr Lecoq ayant une conscience altérée, n’a pas été en mesure de s’exprimer. Mi-octobre il a réitéré sa tentative mais n’a pas supporté les douleurs accentuées suite à la cessation du traitement bien que, cette fois-ci la présence d’un avocat avait permis de rédiger des directives anticipées menant à la sédation profonde et continue jusqu’à la mort.

Mais il est facile d’accepter la législation française et ainsi s’opposer à l’euthanasie active lorsque l’on est pas confronté personnellement ou via un proche, à une souffrance sans fin où le seul répit et la seule issue possible est de cesser de “ courir après la vie sachant que la mort est à nos trousses” comme l’exprime Grand Corps Malade. Ainsi, choisir le moment de sa mort dans des circonstances pareilles peut permettre d’assurer la dignité garantie par l’article 16 du Code Civil (“la loi assure la primauté de la personne, interdit tout atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie”). 

Savoir que l’euthanasie active est une issue, lorsqu’elle est actée, permet au patient d’être serein à l’idée de ne pas partir en agonisant, à son entourage d’être en quelque sorte préparé (bien que la douleur de la perte ne soit pas moins présente) et en paix d’avoir pu réaliser les dernières volontés de leur proche. Si nombreuses sont les familles qui se retrouvent impuissantes face à leur parent ou grand-parent inconscient, une fois l’arrêt des soins décidé qui ne partiront que des jours ou des semaines plus tard, l’euthanasie active, elle, permettrait de mettre fin aux souffrances du patient comme des proches à attendre la mort de leur être aimé assis à son chevet. Dans l’hypothèse où une telle décision pourrait être prise par l’entourage, elle serait perçue comme un véritable soulagement. Cependant même si ce choix s’avérerait être la seule issue pour faire mourir dignement son proche, faut-il encore pouvoir l’assumer plusieurs mois après et se persuader que c’était le bon. Même si la personne, dans son intime conviction le sait, il n’empêche que la culpabilité et le doute les rongent nuit et jour. Alors si la législation évoluait pour vous permettre d’abréger les souffrances d’un membre de votre famille inconscient, seriez-vous capable de prendre une telle décision ? 

Léa MENARD

Sources

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/droit-de-mourir-emmanuel-macron-decline-la-demande-d-alain-cocq-de-partir-dignement-20200903

Article 16 – Code civil – Légifrance (legifrance.gouv.fr)

Article 38 – Soins aux mourants – accompagnement – Code de déontologie (conseil-national.medecin.fr)

Sous-section 2 : Devoirs envers les patients. (Articles R4127-32 à R4127-55) – Légifrance (legifrance.gouv.fr)

«  I can’t breathe »

«  I can’t breathe »

Il y a de cela une semaine et deux jours exactement, la nouvelle est tombée : lors de son élocution du mercredi 28 octobre 2020, Emmanuel Macron a annoncé un reconfinement national qui durera, dans un premier temps, jusqu’au 1er décembre 2020. Cette récente annonce a suscité chez beaucoup des réactions diverses et variées : de la déception, du bonheur, de la tristesse, du soulagement, de la crainte, de la satisfaction, de l’angoisse. Toutefois, parmi toutes ces réactions tout à fait compréhensibles, sont nées d’autres plus extrêmes : la haine envers autrui et surtout envers les Chinois. La raison ? « Ce sont eux qui ont apporté la Covid -19 en France ». 

Et dire qu’en fin décembre dernier, 2020 semblait une année pleine de promesses et d’évolutions. Aujourd’hui, presque un an plus tard, que peut-on dire de 2020 ? Je pense que nous sommes d’accord pour affirmer qu’elle a été une année compliquée. Elle a été riche en imprévus et en évènements révoltants. Je ne m’attarderai pas sur le premier confinement dont nous avons fait l’expérience. Je parlerai plutôt d’un évènement dramatique qui a révélé au grand jour des problématiques d’actualité comme le racisme et les bavures policières. La mort de George Floyd le 25 mai 2020 a fait écho dans le monde entier. A la suite de son assassinat – oui, je parlerai d’assassinat car mettre son genou et donc une bonne partie de son poids, si ce n’est pas tout, sur le cou d’une personne pendant plus de huit minutes laisse peu de chance à cette dernière pour survivre – une vague d’antiracisme s’est propagée, à travers de nombreux pays, sous la forme de manifestations: en Angleterre,  en France, en Italie, en Tunisie, en Allemagne, au Canada, etc. Le nom de George Floyd mais aussi ceux de membres de la communauté Noire propres à chaque pays étaient scandés. Les manifestations se sont tenues pendant des semaines après cet évènement dramatique de Minneapolis avec des gestes barrières relativement peu présents alors que la Covid-19 se baladait toujours parmi nous. Ce fait est, à mon sens, la traduction de l’importance qu’a ce combat par rapport au coronavirus : c’est un fléau qui existait avant l’apparition de ce virus et qui subsistera, si l’on ne fait rien.  

En voyant cet élan de solidarité et de révulsion envers le racisme, je me suis dit que la société allait changer, que cet évènement allait être l’étincelle qui fait surgir la flamme. Je me suis dit que les mentalités allaient évoluer. Mais en fait, il n’en est rien et pire encore, le racisme se normalise sur les réseaux sociaux à la vue de tous. 

Alors que le virus se développait en Chine et premièrement à Wuhan, épicentre de l’épidémie, dès décembre dernier, les Européens et spécialement les Français – spécialement car je ne parlerai que de ces derniers dans cet écrit – se sentaient à l’abris de tout risque de contamination. Mais dans un monde globalisé, il était très improbable que l’épidémie ne devienne pas pandémie. D’ailleurs, seulement une dizaine de pays – situés dans des zones isolées et absents du commerce international – dans le monde ont su éviter la propagation de ce nouveau virus sur leur territoire. Parmi eux, les îles Marshall, la République insulaire de Kiribati, la Micronésie. 

Quand la France a été touchée, nous avons observé pour la première fois des réactions de haine envers les personnes d’origine asiatique et spécialement les Chinois : ils avaient peur de sortir dans la rue craignant de se faire agresser, d’autres se faisaient tabasser, les passants s’écartaient d’eux à leur passage tels des pestiférés, etc. Les blagues corrélant coronavirus et asiatiques allaient bon train. Puis les choses se sont calmées, du moins, les violences à leur encontre n’étaient plus autant reportées. Mais depuis l’annonce du second confinement, tout s’accélère : sur les réseaux sociaux, bon nombre de captures d’écran de tweets ou de messages circulent et appellent à la violence anti-asiatique (PHOTOS ). Comme si, cela était de la faute des personnes originaires d’Asie vivant en France que nous soyons reconfinés. A ce que je vois, pour certains, il fallait désigner un coupable. Mais où sommes-nous ? Dans l’Allemagne de 1929 ?  Faut-il à chaque fois désigner un bouc-émissaire lorsqu’un évènement met à mal la société ? 

Là, à cet instant précis, le racisme est, selon eux, tout à fait justifié et justifiable. Pourquoi je dis ça ? Parce que la plupart des personnes qui tiennent des propos de la sorte sont Noires, Arabes, Blancs ou Maghrébins. En fait, des membres de toutes les communautés se lâchent sur les réseaux sociaux sur les personnes d’origine asiatique. Mais alors la lutte contre le racisme est réservée aux personnes de ces communautés? Seul eux ont le droit d’être considérés comme des êtres humains ? Parce que les Asiatiques ne valent donc rien ?

Ces personnes les ont rendus coupable d’avoir amené la maladie sur le sol français et d’avoir impacté leur vie à cause des confinements alors que parmi les premiers cas de Coronavirus survenu en France, on compte trois personnes ayant séjourné en Chine mais également des Français provenant de tous horizons. Je rappelle le Cluster qu’a constitué le rassemblement d’une église évangélique à Mulhouse et qui a fait quatre-vingt-un contaminés en 24h.  Et même s’ils avaient contribué à la propagation du virus en France – ce qui se serait passé sans l’envie de nuire à la France – cela ne justifie pas les propos et les agressions. 

   

 

En fait, je dirais qu’il y a un problème fondamental. Ce ne sont pas certaines « races » le problème comme pourraient l’affirmer certaines idéologies mais tout simplement la race humaine. Au lieu de se soutenir face à des problèmes communs, les communautés créent encore plus de problèmes entre elles mais aussi en leur sein. Et ce phénomène d’autodestruction est tout à fait visible dans les réseaux sociaux où tout le monde s’exprime à tout va parfois sans réfléchir. Il y a quelques semaines, à la suite de la publication d’une photo d’elle et de la chanteuse Shay, la jeune chanteuse noire et féministe Lous and the Yakuza a été victime de commentaires racistes émis majoritairement par des hommes noirs. Le racisme touche beaucoup de communautés et donc la lutte contre ces pratiques intolérables s’applique à toutes ces communautés et non pas à quelques-unes.  

Tout acte vu sur les réseaux sociaux ces derniers jours est un délit. Ce n’est absolument pas drôle de tenir ce genre de propos. Des personnes innocentes se font réellement tabasser comme l’influenceur TV – Parisiang파리지앙 qui a raconté sa mésaventure : un groupe de garçons l’a pris en grippe parce qu’il avait eu le malheur de corriger leur amie qui l’avait traité de « Chintok ». 

Ayez du respect pour les gens ! Les Chinois ne sont pas des « Chintoks » autant que les Noires ne sont pas des « Nègres », et les Asiatiques ne sont pas uniquement des Chinois. 

« I can’t breathe » ! Ces mots utilisés par George Floyd lors de l’arrestation qui lui a coûté la vie. Ces mots qu’il a utilisés pour demander aux policiers de le libérer, de lui rendre sa liberté de respirer, de vivre. Ces mots que vous avez scandés lors des manifestations ou que vous avez entendus dans les médias relayant l’évènement. Cette courte phrase lourde de signification s’applique à toutes les personnes victimes de racisme qui ne demandent qu’à vivre normalement, à respirer normalement – mais aujourd’hui plus que jamais à toutes les personnes d’origine asiatique. 

L’autre phrase qui a rythmé les manifestations était “Black Lives Matter” et non “Only Black Lives Matter”. On peut aussi bien dire “ Asian Lives Matter “ et bien d’autres encore. Quand on se bat contre le racisme, on se bat contre le racisme dans toutes les communautés et pas une unique. 

La liberté d’expression c’est bien mais réfléchir avant d’écrire ou d’agir est encore mieux. 

Mérédith Valgaire 

 

Sources 

https://www.leparisien.fr/faits-divers/mort-de-george-floyd-les-images-des-cameras-des-policiers-revelees-04-08-2020-8363454.php 

https://www.courrierinternational.com/article/mort-de-george-floyd-les-manifestations-contre-le-racisme-se-multiplient-travers-le-monde 

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/94523/reader/reader.html#!preferred/1/package/94523/pub/136924/page/6

C’était un 24 avril.

C’était un 24 avril.

Il y a 7 ans jour pour jour, le Bengladesh était en deuil. Le Rana Plaza s’effondrait sur des ouvriers de l’industrie textile, faisant plus de 1000 morts et de nombreux blessés. 

Retour sur une tragédie qui a (légèrement ?) changé l’industrie de la mode. 

Le 23 avril 2013, des inspecteurs sont mandatés pour vérifier l’état du Rana Plaza, immeuble de 8 étages du faubourg ouest de Dacca. Ce bâtiment, propriété d’un homme politique local, était composé d’une banque et de commerces aux étages inférieurs, et de plusieurs ateliers de confection textile. Ces derniers employaient environ 5000 ouvriers, principalement des femmes, et fournissaient des géants de la mode comme Primark, Mango ou Benetton. Les inspecteurs constatent de nombreuses fissures suspectes sur les murs et conseillent d’évacuer l’immeuble. Immédiatement, les commerces, la banque et les ateliers ferment. Cependant, les ouvriers sont sommés de revenir travailler dès le lendemain. 

Le 24 avril au matin, les ouvriers se présentent face à l’immeuble mais refusent d’entrer, craignant pour leur vie. Mais la menace de la perte d’emploi est trop grande, ils décident pour la plupart de prendre leur poste. Vers 9h, une panne de courant inquiète les employés, et quelques minutes plus tard, le bâtiment tremble et s’effondre sur les milliers d’ouvriers présents ce jour-là. 

Alors, qui incriminer pour cette hécatombe ? Les dirigeants de l’usine ayant fait construire les 4 étages supérieurs sans permis ? Les autorités locales corrompues fermant les yeux sur les manquements aux règles sécuritaires ? Les grandes entreprises occidentales faisant produire leurs collections dans des conditions de travail déplorables ? J’ose à peine le dire, les consommateurs qui continuaient à acheter des vêtements « Made in ailleurs » sans se poser la moindre question ? 

Après la catastrophe, les rescapés ont certes reçu des compensations financières, mais la législation laborale du Bengladesh n’a que très peu changé. C’est en occident que le choc a été fort. Pour la première fois, la population des pays dits du Nord ont pris conscience des conditions dans lesquelles leurs vêtements étaient fabriqués. Cela n’a pas réellement fait évoluer leur manière d’acheter, mais les consommateurs ont pris l’habitude de mieux se renseigner, et une telle prise de conscience a obligé les grandes marques à se remettre en question. 

C’est ainsi que Zara lance une campagne de communication sur la RSE, H&M produit une collection « Conscious » et s’associe à une entreprise spécialisée dans le recyclage textile… Des efforts notables selon certains, de la poudre aux yeux selon d’autres. Les produits de ces 

marques sont toujours fabriqués pour la grande majorité dans les pays pauvres d’Asie et se vendent à des prix ridiculement bas. En bref, peu de réels changements sont à espérer de ces géants de la mode, construits justement sur un modèle incompatible avec une consommation durable, la fast fashion. 

Cependant, la tragédie du Rana Plaza reste l’évènement qui a mis en lumière les comportements des grandes marques, et le consommateur n’est plus dupe. Il achète en conscience ces produits et a le pouvoir de faire évoluer la mode. D’une part, de plus en plus de consommateurs sont adeptes de la slow fashion, une mode plus douce, plus durable et plus lente : ces dernières années, un nombre impressionnant de marques de vêtements, d’accessoires et de maroquinerie durable ont vu le jour. Textiles bio, recyclés, Made in France… Une variété de combinaisons est possible pour produire une mode plus responsable à des prix raisonnables. Sans parler du boom de la seconde main… Le choix est plus grand que jamais pour une consommation raisonnée. 

De plus, l’effondrement du Rana Plaza a été largement relayée à l’heure des réseaux sociaux, et les militants pour les droits humains en ont profité pour lancer un mouvement : tous les ans, le 24 avril, a lieu le Fashion Revolution Day, pour commémorer cette catastrophe et en faire un symbole de la toxicité de la fast fashion en l’état. Depuis 2016, la Fashion Revolution se tient sur une semaine avec des conférences, interviews et débats sur le thème des évolutions de la mode et de sa production, mais surtout un hashtag : #whomademyclothes, avec des millions d’internautes postant des selfies en brandissant les étiquettes de leurs vêtements. Repris sur tous les réseaux sociaux, il a servi à inonder les comptes des marques de fast fashion pour les interpeller sur leurs modes de production : où sont faits mes vêtements ? Par qui ? Dans quelles conditions ? 

Aujourd’hui, avec cette prise de conscience, un autre paradigme est possible. Le consommateur est maître de ses choix et de ses achats. Si les discours moralisateurs sont contreproductifs, le souvenir du désastre du Rana Plaza doit perdurer comme un symbole du danger de la surproduction et des alternatives que existent à notre mode de consommation actuel. 

Marie-Esther Duron 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effondrement_du_Rana_Plaza 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/26/rana-plaza-la-mort-de-l- industrie_3417734_3234.html 

https://www.fashionrevolution.org/ 

J’accuse

J’accuse

La lettre C a été élue la lettre du mois ! Chine, Confinement, Covid-19, Corona-Krach… on fonce tout droit dans le Chaos … si ce n’est pas déjà le Cas.

Rassure-toi, je ne vais pas vous parler des mesures sanitaires à prendre pour éviter de contracter le Covid-19…encore moins de ce confinement qui, soit dit-en passant, n’est pas plus mal. Aujourd’hui, je viens vous parler de ce que révèle ce virus sur la société mondiale.

Avant même que je n’aille plus loin dans mon argumentaire, j’entends certains dire « oui nous sommes confinés, nous devons faire des réserves blah blah blah ».  

Oui, je n’en disconviens pas. Oui ! Nous devons faire des réserves, mais surtout, nous devons TOUS faire des réserves ; et j’insiste sur le mot TOUS parce que visiblement, plusieurs ne le comprennent pas.  C’est ainsi qu’en cette année 2020, tout comme Emile Zola en 1898, J’ACCUSE !

J’accuse l’Homme, avec un grand H, de ne plus en être un, lorsqu’une crise survient.

Pour les plus vaillants d’entre vous qui se sont jetés dans l’arène des supermarchés et s’en sont sortis victorieux, le rayon des pâtes, on en parle ? Toujours dans ce même registre, LADEPÊCHE nous propose un top 5 des réactions disproportionnées depuis la propagation de ce virus ; en voici 3 :

  • « Une rixe pour du papier toilette a éclaté dans un supermarché en Australie (…) La vidéo, largement diffusée sur les réseaux sociaux, montre trois femmes crier, se battre et se tirer les cheveux pour un gros paquet de papier toilette. »
  • « Un passager du métro de Bruxelles a mis ses doigts dans sa bouche et a semblé étaler sa salive sur une des barres de la rame sous les yeux des autres passagers. »
  • « Un magasin de bières belge a tenté une promotion sur la bière Corona dont les ventes sont en baisse depuis que l’épidémie de coronavirus frappe l’Europe. Le slogan ? “Le vaccin du moment : 2 Corona achetées, 1 Mort Subite offerte (…) ». 

Le Covid-19, nous confronte tous à une même situation et ces 3 différentes réactions nous montrent à quel point nous sommes certes ensemble mais très différents. Doué d’une raison, force est de constater que c’est avec aisance que l’Homme s’abrutit lorsqu’il est face à une crise. Et après ça, on ose prétendre être l’espèce la plus sensée.

J’accuse les scientifiques de complicité.

Selon certains journaux, le Covid-19 se serait échappé d’un laboratoire. Prenez-moi pour une adepte des théories du complot si vous voulez, mais j’ai du mal à comprendre comment un virus aussi dangereux, a pu « fuir » d’un laboratoire. Plusieurs questions me tourmentent : S’est-il fait tatouer un plan d’évasion du laboratoire sur son corps comme dans Prison Break ? S’est-il évadé avec ses frères Covid-18 et Covid-17 ?

Malgré les conséquences mortelles de ce virus, on essaie de dédramatiser la situation sur les réseaux sociaux. On en rigole de ce confinement via des challenges absurdes (clin d’œil au PQ Challenge) sur Instagram et autres, mais le fait est que l’on se retrouve « emprisonnés » pendant que Coco, lui, est libre.  Alors, qui est le véritable coupable ? l’Homme ou le virus ?

J’accuse le gouvernement de créer la psychose.

« Nous sommes en guerre » sont les mots qu’a répété plusieurs fois le chef de l’Etat français, j’ai nommé Emmanuel Macron, lors de son dernier discours.  À ce que je sache, une guerre oppose deux camps, en l’occurrence le Corona versus l’Homme, mais ma question, et je vous invite à vous la poser à vous-même, est la suivante : 

Comment gagner une guerre en désarmant les membres de son camp ? 

Oui, c’est ce que je ressens lorsque je vois des personnes remplir leurs cadis de papiers toilettes ou lorsque d’autres, par insouciance, ou par abus de confiance, se permettent de défier les ordres établis par le gouvernement. C’est à s’interroger sur l’identité de notre “ennemi” : le virus ou notre semblable !

 

Nb : Cet article est à prendre au 2nd voire au 3ème degré, sur ce, le débat est ouvert !

Et le César du plus gros porc revient à…

Les César du Cinéma représentent une cérémonie française qui récompense les œuvres cinématographiques de l’année qui vient de s’écouler. Elle existe depuis 1976 et est organisée par l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma. Elle est comparable à son cousin américain : les Oscars. 

Le 28 février dernier a eu lieu, dans la fameuse Salle Pleyel à Paris, la 45ème cérémonie des César. Cette année, les César ont été couronnés de succès ! Instagram, Twitter, Facebook, … On en parle partout. En effet, un évènement a fait déferler une vague de colère et d’indignation dans le monde du septième art : Roman Polanski, avec son film J’accuse (2020), a gagné le César du meilleur réalisateur et de la meilleure adaptation. À la suite de cette annonce, l’actrice Adèle Haenel a quitté la salle avec rage tout en levant la main et en s’exclamant « la Honte » tandis que le principal intéressé n’était pas venu chercher son trophée ; une absence délibérée justifiée par le fait qu’il «se doit de protéger son équipe, deux cents talents remarquables, comédiens, techniciens, production » et qu’il « doit aussi protéger sa famille, sa femme et ses enfants, à qui on fait subir injures et affronts, appliquant une responsabilité collective d’un autre âge” face aux lynchages et aux manifestations à son encontre qu’il savait qu’il allait subir en se rendant à la fameuse salle. 

Mais pourquoi tant de haine ? Qui est Roman Polanski pour s’attirer autant les foudres de la gente féminine ? 

Roman Polanski est un réalisateur Franco-Polonais qui a connu des moments difficiles non seulement durant sa jeunesse mais aussi dans sa vie d’adulte : il a survécu au ghetto de Cracovie alors que sa famille y a péri lors de la Shoah. En 1969, Sharon Tate, sa seconde épouse, se fait assassiner par des membres d’une des sectes de Charles Manson. Et cela, alors qu’elle était enceinte. C’est à partir des années 70 que les choses dérapent. Le 10 mars 1977, Polanski est accusé d’avoir violé une mineure de treize ans. Il se défend en affirmant que les deux parties avaient consenti à l’acte. Il finit par plaider coupable et est condamné à quatre-vingt-dix jours de prison (il n’en fera que quarante-deux pour bonne conduite). Par la suite, sous la menace d’un nouvel emprisonnement, Roman Polanski décide de quitter définitivement les Etats-Unis pour la France. Mais ce n’est pas la seule affaire qui le concerne. On peut compter au nombre de 10 les autres femmes qui ont été, dans les années 70, ses victimes. Cependant, la question de la véracité de ces témoignages reste d’actualité. Il y a de quoi se poser des questions ! Charlotte Lewis, l’actrice britannique, qui, en 2010, a accusé Roman Polanski d’avoir abusé d’elle, a fini par tourner dans l’un de ses films, faire son éloge et se perdre dans ses explications face aux journalistes. Tout cela sans oublier sa première victime qui dit lui avoir pardonné, affirme que « Si je devais choisir entre le viol et revivre ce qui s’est passé après, je choisirais le viol » et qu’elle entretient un contact régulier avec lui depuis 2009. Toutefois, si toutes ses accusations s’avèrent être juste, Roman Polanski est véritablement un violeur qui échappe à la justice depuis près de 43 ans par chance ou/et par calcul. Ces accusations lui ont déjà coûté des opportunités professionnelles comme en 2017, lorsqu’il avait été choisi et avait accepté de présider la cérémonie des Césars : ce qu’il n’a finalement pas fait en raison du mécontentement que cette annonce avait suscité et cela à juste titre.

En France, un viol est condamné par 15 ans d’emprisonnement voire 20 ans – s’il y a des circonstances aggravantes – tandis qu’aux Etats-Unis, la peine encourue pour le viol dépend des Etats mais elle varie entre 3 ans d’emprisonnement à perpétuité ou encore à la peine de mort. 

C’est un scandale que Polanski ait reçu cette récompense et cela pour plusieurs raisons. 

Tout d’abord, parce que les votants au César ont voté pour lui. Mais qui sont les votants ? Les votants représentent un groupe d’environ 4300 professionnels provenant de différentes fonctions du cinéma telles que les réalisateurs, les acteurs et les techniciens qui représentent la plus grande part de ce collège. Ce collège qui, on ne va pas se mentir, manque cruellement de parité et de diversité, a décidé de récompenser l’homme en lui-même en remettant ce César à Roman Polanski. Certains parlent du fait qu’il faudrait y avoir une dichotomie entre l’homme et l’œuvre mais le fait est que le César de la meilleure réalisation récompense l’œuvre et donc son réalisateur car sans lui, il n’y aurait pas eu une telle mise en scène. Or, il ne faut pas oublier que si Polanski avait purgé une peine normale pour son crime de 1977, comme tout homme « banal » sur cette terre, il n’aurait pas été le réalisateur de ce film et qui sait, ce film n’aurait surement pas existé. Par conséquent, J’accuse n’aurait jamais eu la chance de gagner un César.  

Ensuite, parce que c’est un affront pour toutes les femmes qui ont été ses victimes. C’est une insulte à toutes les femmes qui se sont faites violer ou agresser et c’est un message qui leur est envoyé et qui dit :« si vous avez été violées par une personne de pouvoir, vous ne comptez pas. Vous perdrez toujours. ». Charmant. 

Toute cette histoire démontre que le talent et la renommée passe avant la justice et la morale. 

Trois ans après la relance du hashtag #MeToo par Alyssa Milano, cette histoire montre encore le long chemin qu’ont les femmes pour arriver à l’égalité des genres et au respect de la femme dans nos sociétés. Alors que la parole des femmes continue de se libérer, des hommes et des femmes ne prennent toujours pas conscience de l’importance de cette problématique.

LA HONTE !

Mérédith Valgaire

Mayotte, un défi d’Outre-mer

Mayotte, avec ses plages et ses cocotiers, est malheureusement de plus en plus boudée par les touristes. Passé par toutes les étapes administratives, le groupe d’iles situé dans l’archipel des Comores est devenu le dernier territoire d’Outre-mer a avoir acquis le statut de département français, grâce à un référendum local en 2009. Une aubaine à l’époque, qui soulève de nombreux problèmes aujourd’hui. La situation économique de Mayotte, en tant qu’ancienne partie des Comores, reste alarmante, même 11 ans après avoir été officiellement déclarée comme département français. Son PIB/hab de 11448$ en 2014 en fait la région la plus pauvre d’Europe. Le taux de chômage est relativement élevé du fait des nombreuses activités non-déclarées et de l’incapacité de l’administration française à y faire face. Pour couronner le tout, sa situation insulaire en fait un département dans lequel tout ou presque est importé, faisant grimper les prix à un niveau phénoménal. Cependant, la situation de pauvreté d’une grande partie des habitants de l’archipel s’explique surtout par sa structure sociale. En effet, Mayotte fait face à une crise migratoire que l’Etat français a bien du mal à enrayer : de nombreux comoriens, notamment des femmes enceintes, viennent illégalement sur le sol mahorais en espérant profiter du droit du sol grâce à leurs enfants. En 2019, 48% des résidents de Mayotte étaient étrangers, dont une immense majorité de Comoriens (environ 95%). Cette situation a conduit à un fort déséquilibre démographique : 1 mahorais sur 2 a moins de 17 ans, rappelle l’Insee. Parmi eux, on considère qu’il y a environ 5000 mineurs isolés, souvent des étrangers dont les parents ont été renvoyés dans leur pays d’origine.

Malgré cela, le solde migratoire de Mayotte reste négatif du fait des nombreux départs des jeunes mahorais pour la métropole. Les raisons sont multiples : la poursuite d’études, la recherche d’emploi, ou tout simplement le manque de reconnaissance. Nombreux sont les habitants qui déplorent une pénurie importante en termes de services publics, dans un archipel où les fonctionnaires restent rarement plus de 4 ans. Un turnover qui aggrave l’instabilité des services publics, notamment dans l’éducation et les forces de l’ordre, où les défis sont conséquents. Mayotte connait une recrudescence de la violence ces dernières années, notamment des affrontements entre jeunes, et les tensions entre mahorais et comoriens restent vives. Avec son statut de française parmi les Comores, Mayotte est donc « à la fois trop riche et trop pauvre » (RFI) et sa situation reste aujourd’hui problématique. En 2018, E. Macron a tenté une percée en 2018 avec une loi qui a fait polémique : Mayotte est à ce jour le seul département français dans lequel le droit du sol est limité. Un enfant né de parents étrangers ne sera considéré comme français seulement si ces derniers peuvent justifier d’un certain temps de présence à Mayotte avant la naissance de cet enfant. Un an et demi plus tard, le bilan semble mitigé : l’insuffisance des contrôles ne permet pas à la loi d’être appliquée correctement et les arrivées clandestines restent nombreuses. Malgré un cadre idyllique, le département ne parvient plus à attirer les métropolitains pour les vacances, qui lui préfèrent des régions moins incertaines. Reste à savoir si les tensions peuvent s’apaiser à quelques semaines des municipales, dans un département où le Rassemblement National est arrivé en tête aux européennes, en réponse aux défaillances des promesses du gouvernement.

Marie-Esther Duron