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Le néo-obscurantisme ou comment la « morale » nous empoisonne

Le néo-obscurantisme ou comment la « morale » nous empoisonne

Vous l’avez sûrement remarqué, mais au pôle think-tank la mode est à la critique religieuse, et notamment dans son rapport à la modernité. L’influence néfaste de la religion sur le rapport de l’Homme à la Nature ainsi que le fanatisme religieux ont été dénoncés. Ces articles furent intéressants et je voudrais en poursuivre l’analyse. D’autant plus que Nietzsche a été cité…

Je vais donc en profiter pour faire une courte introduction à la philosophie nietzschéenne, souvent mal comprise. Pour ce faire, je vais partir du même point que Pierre Hognon dans son dernier article mais prendre un autre chemin :

« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous, les meurtriers des meurtriers ? » (Nietzsche, Le Gai Savoir)

En proclamant la mort de Dieu à la fin du XIXe siècle, Nietzsche ne fait que constater ce qu’aucun de ses contemporains n’accepte de regarder en face : Le Dieu chrétien autrefois si puissant s’est fait renverser par la modernité et ses avancées. Il a été tué par la foule moderne qui, encore aujourd’hui, se moque de lui. Le XXe siècle, ses deux guerres mondiales et le communisme, ne feront que confirmer ses dires : désormais, c’est au nom d’idéologies politiques et d’idéaux de sociétés parfaites que nous vivrons et perpétuerons des massacres.

La modernité tue Dieu et laisse les Hommes sans sens, sans guide, ils deviennent des « insensés ».

Maintenant que le constat de la mort de Dieu est posé, on est en droit de se poser une question : si Dieu, celui qui montre la voie et distingue entre « Bien » et « Mal », est mort, qu’advient-il de ces valeurs et de la société ?

Dans Généalogie de la morale, Nietzsche explique que ce que l’on prend aujourd’hui pour le « Bien » et le « Mal » en soi, ont été créés de toutes pièces par des êtres souhaitant s’en servir pour prendre le pouvoir. Le christianisme en étant l’archétype. Avec le christianisme, le faible, le malade, l’opprimé, le médiocre – aujourd’hui le discriminé, l’oppressé – sont les messagers du « Bon » et du « Bien ». Le faible éprouve de la haine pour le fort qui lui est supérieur, pour la vie qui a été injuste avec lui. En cela, Nietzsche est très critique du christianisme mais il lui reconnaît un point positif : la notion d’« arrière-monde », le paradis. En dénigrant le monde et la vie terrestre, les opprimés, les êtres du ressentiment, se tourne vers le Paradis dans lequel « les derniers seront les premiers » (L’Evangile selon Matthieu), et se parent de vertus comme l’humilité, la générosité, le pacifisme et tendent l’autre joue comme le préconise Jésus.

Cependant, la mort de Dieu à des conséquences graves : les êtres du ressentiment n’ont plus de paradis. Ils ne condamnent plus les « méchants » à l’Enfer s’ils refusent de les écouter et de se soumettre. Tout comme les valeurs véhiculées par le christianisme, le ressentiment s’est sécularisé.

L’analyse par la psychologie nietzschéenne permet de comprendre que derrière de grands préceptes comme l’« amour », la « justice » ou l’« égalité » se cachent en vérité haine, ressentiment et désir de vengeance. La Rochefoucauld ne disait rien de moins déjà au XVIIe siècle lorsqu’il écrit : « nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices cachés ». On peut ainsi avoir un regard neuf sur la société. On observe alors qu’un nouveau fléau est né du corps putride et en décomposition de Dieu : le nihilisme.

Nietzsche dit : le nihilisme, c’est la volonté du rien, car l’Homme préfère toujours vouloir le rien plutôt que de ne rien vouloir. Or, notre époque est ravagée par le nihilisme qui est semblable à un nouvel obscurantisme : haine de la vie et de la réalité, victoire des idéaux moraux abstraits, culpabilisation des peuples qui verse dans le masochisme, promotion du ressentiment et de la volonté de vengeance au nom de l’amour, de la justice et de l’égalité, pour finalement tout niveler, donc tout détruire.

En outre, alors que Dieu se réservait l’exercice de la « justice » au paradis : « C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerais à chacun ce qu’il mérite » (Ancien Testament, Deutéronome 32.35), les êtres du ressentiment se confèrent eux-mêmes le droit d’exercer la « justice » selon leur propre « morale », une « morale d’esclave » dont le visage est double : assouvir le désir de vengeance au nom du « Bien ». C’est ainsi que l’on voit émerger des phénomènes comme l’antiracisme, le féminisme, le progressisme ou le socialisme, dont les partisans font preuve d’une intolérance rare : censure, condamnation professionnelle et judiciaire, lynchage médiatique et sur les réseaux sociaux, tout cela au nom de la tolérance, du « Bien » et du politiquement correct, comme ils auraient hier condamné les ennemis de Dieu.

Le grand secret de l’âme humaine que révèle Nietzsche, c’est le désir de vengeance qui sommeille au fond de chacun : le malade veut se venger de sa maladie, le faible de sa faiblesse et le laid de sa laideur. Le problème, c’est que ces malheureux ont besoin d’un coupable. Cependant, tenter de se consoler en s’imaginant faire partie des victimes ne fait pas disparaitre le malaise que ressent l’être du ressentiment. Le malade qui parvient à tuer l’homme sain ne guérit pas de sa maladie…

Les partisans de la justice sociale, de l’égalitarisme et du progressisme réclament réparation et s’inventent des coupables qu’ils vont jusqu’à fantasmer, jouant sur la corde – fort lucrative soit dit en passant – du pathos pour obtenir gains de cause dans leur quête de vengeance. Nietzsche compare les prêcheurs de la « morale » à des tarentules inoculant leur venin dans leurs victimes, les plongeants dans une profonde léthargie dont ils ne se réveillent pas.

Ces nouveaux prêtres sont semblables aux anciens voir pires encore. Ils sont prêts à sanctionner, punir et censurer s’ils entendent ou lisent des propos qui dépassent leur cadre « morale » étriqué qu’ils cherchent à imposer partout. Ils agissent au nom du « Bien » qu’ils nomment « valeurs », suivies d’un adjectif dont ils ne connaissent pas la signification : « républicaines », « démocratiques », « libérales » ou « humanistes ». G.K. Chesterton ne s’est pas trompé lorsqu’il écrit : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles »

Dans leur folie, les êtres du ressentiment sont tous les mêmes. Au fond, que ce soit le progressiste qui veut la déconstruction – autre mot pour dire destruction – de la civilisation occidentale pour la remplacer par une société parfaite, plus « juste », ou l’imam fanatique qui enjoint ses fidèles à se faire sauter pour l’avènement d’un monde parfait, celui de Dieu, les deux ont en commun un nihilisme profond. Seuls leurs « idéaux » diffèrent. Ils souhaitent simplement exprimer leurs pulsions les plus viles, ce qu’ils veulent vraiment c’est détruire, assouvir leur désir de vengeance.

Par Adrien JAVOY

Vaincre l’obscurité

Vaincre l’obscurité

 

« Dieu est mort !», proclamait le philosophe Nietzsche au 19eme siècle, « Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Le philosophe avait alors perçu que les avancées scientifiques, sociales, morales, philosophiques et sociétales érodaient de plus en plus la suprématie de la religion sur tous ces sujets, et qu’à terme, les dernières religions rejoindraient le cimetière mythologique de l’Humanité où le nombre de cultes et divinités est si étendu qu’il est pratiquement impossible d’en faire le décompte.

Malheureusement, l’obscurantisme a la peau dure, les formidables avancés scientifiques notamment les découvertes de Darwin, puis du projet sur le génome humain, les découvertes spatiales ainsi que de nombreux autres facteurs ont conduit à une massive sécularisation des sociétés au cours du 20eme siècle. Dieu est blessé, ils nous restent à l’achever.

 

Tout d’abord, établissons les faits. Les gens ont la liberté de croire en privé en ce qu’ils veulent. C’est là l’un des principes moteurs de nos démocraties, principe qui soit dit en passant n’est ou n’était pas accordé, ou seulement en de rares exceptions, par les sociétés religieuses des siècles passés ou les sociétés religieuses modernes. Cette liberté de pensée doit permettre l’émulation des esprits, la confrontation des pensées et l’élévation des consciences. Tant que les croyances religieuses restent des croyances privées, assurés par le principe de liberté de cultes (ou non-cultes), il n’y a aucune raison de créer des problèmes. Évidemment, nous avons toujours la possibilité de contester certains points religieux, et discuter des enseignements moraux fournies dans les prétendues livres saints ou débattre de théologie, des sujets forts intéressants. Cependant, ces croyances ne restent pas privées. Étrange, n’est-ce pas. Si vous étiez convaincu de savoir que votre vie serait éternelle et que l’ensemble de l’univers avait été créé avec vous en son centre, vous devriez être heureux et ne pas vraiment vous soucier du reste, néanmoins certains croyant ne sont pas heureux. Ils ne peuvent être satisfait que quand tout le monde est convaincu. En témoigne le retour des fanatismes dans l’ensemble du monde et dans tous les courants religieux, et les nombreuses actions honteuses défendues par la théologie. (Certes peut-être moins visible en Europe de l’Ouest, ici référence est faite notamment aux extrémistes musulmans du monde arabe, les intégristes chrétiens d’Europe de l’Est et d’Amérique, et les sionistes de Palestine, pour ne citer que les monothéismes).

Bien maintenant que les évidences ont été énoncées, nous pouvons poursuivre.

 

Ce retour des religions est en accord je pense avec la théorie de Samuel Huntington dans son essai Le choc des civilisations. Cette théorie défend que les relations internationales post-effondrement soviétique ne dépendraient plus de problèmes politiques, mais davantage d’une opposition culturelles floues et du « substrat » religieux de ces cultures, et donc d’un retour du religieux sur le devant de la scène. Ce retour invite à une déconstruction des mythes, afin d’en ridiculiser les concepts, car nous nous devons de défendre ce droit de parole. Trop souvent, il est entendu que nous n’avons pas le droit de critiquer la croyance, que les religions sont sacrées, ou qu’il est offensant de s’en moquer. Si les gens sont prêts à croire et suivre des textes composés par des paysans illettrés et sauvages de l’âge de bronze, ils s’ouvrent indéniablement à la critique. Trop souvent, la liberté d’expression est attaquée par la théologie, les plus jeunes d’entre vous ne s’en souviendront pas, mais il y a environ une quinzaine d’années maintenant, un journal danois avait publié des caricatures du soi-disant prophète Mohamed, ce à quoi s’en était suivi un vaste choc mondial. Les ambassades danoises dans les pays musulmans ont été attaquées, des manifestations étaient organisés devant lesdites ambassades dans des pays où ce droit est interdit, des citoyens danois étaient attaqués à l’étranger. L’économie danoise avait été attaqué directement. Heureusement, d’autres représentants politiques et religieux se sont levés, notamment le pape de Rome, divers représentants religieux et politiques américains et européens, pour dénoncer…. Le blasphème que représentaient les caricatures, et non pas la campagne de violence et de sabotage vis-à-vis du Danemark. Plus récemment, dois-je rappeler ce qui est arrivé à d’autres caricaturistes français en 2015, massacré par des fanatiques d’une croyance de l’autre bout du monde.  Je soutiens que ce fanatisme provient des religions elles-mêmes et de leurs textes, où se trouvent des paragraphes prônant l’intolérance ou laissant le champ libre à l’interprétation :

_1 Pierre 2:18 : « Esclaves, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont d’un caractère pervers »

_1 Samuel 15:3 :  « Va maintenant, frappe Amalek, et dévouer par interdit tout ce qui lui appartient; tu ne l’épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons »

_Talmud Baba Necia 114, 6: « Les Juifs sont des êtres humains, mais les nations du monde ne sont pas des êtres humains mais des bêtes.  »

 

(Pour ne citer que quelques exemples, je renvoie les lecteurs à s’intéresser à de nombreux passages de l’Ancien Testament et du Nouveau, du Talmud (la tradition orale juive), et certaines sourates. Ici, la critique vise l’incitation directe ou l’intolérance cachée des textes, en totale inadéquation avec nos valeurs morales actuelles.)

 

Si l’homme désire réellement s’élever au rang de ses aspirations, ou que les croyants souhaitent être considérés comme des hommes de paix, il faut se débarrasser des mythes, des textes prônant l’absolu de leurs enseignements, des fanatismes, et faire la place pour la raison et la logique, la morale, la bonté, les idées des Lumières, et les concepts Humanistes.

 

 

Défendre le sécularisme

C’est à ce moment que les religieux pourraient m’arrêter et me soutenir que sans la religion, (1) il n’y pas d’explication logique pour notre présence en ce monde, (2) pas de source pour la moralité, et que (3) les religieux sont les chantres de la tolérance et de l’avancement de la pensée, que (4) leurs livres proviennent de leurs divinités et sont donc absolu. (Ou plus probablement me dirait que je finirai en enfer tout en souriant, ce à quoi je répondrais que tous les gens les plus intéressants on l’air d’y aller.) Ce sont quelques-uns des arguments les plus célèbres visant à défendre la foi.

 

  1. Dans l’ordre, les avancées de la science et du savoir ont plus fait progresser l’Humanité sur ces deux cents dernières années, aussitôt qu’elle fut libérée des chaînes du dogmatisme. Cet avancement nous montre que progressivement les mystères du passé seront expliqués, que les explications surnaturelles ne seront plus nécessaires. Darwin nous a expliqué que les hommes étaient le produit d’un processus d’évolution infiniment long, et non des créations spontanées d’une sorte de créateur divin. Les études des géologistes nous ont montré que la Terre avait plus de 4,5 milliards d’années, et non 6 000 ans comme le suggère la bible. Les découvertes des cosmologues ont expliqué les raisons de l’existence de notre univers. Finalement, dieu n’avait plus sa place dans toutes ses explications. Pour citer le grand mathématicien Laplace, qui présentant son modèle de l’univers à l’empereur Napoléon Bonaparte se fit questionner sur l’absence d’un dieu dans le modèle, ce à quoi il répondit : « Je n’ai pas besoin de cette hypothèse ». Bien entendu, ces arguments ne suffiraient pas à des religieux, pour qui, chacune de ces nouvelles théories ne prouvent que l’ingéniosité de leurs dieux, dans une sorte de tautologie infinie.

 

 

  1. En ce qui concerne la moralité, il est sûr d’affirmer que la morale est innée chez les animaux vivant en communauté, car le bien-être du groupe est profitable à chaque individu. La philosophie complète la pensée et influence les cultures. Les enseignements des dix commandements sur le meurtre, le vol et le parjure sont communs à quasiment toutes les cultures à juste titre. Aucune société n’ayant accepté le meurtre, le vol et le parjure n’aurait pu survivre bien longtemps. D’ailleurs doit-on vraiment croire que jusqu’à ce que Moise et les anciens juifs arrivent au mont Sinaï, ils étaient convaincus que le meurtre, le vol et le parjure étaient acceptable pour que dieu leur révèle l’inverse ? Non, cela ne fait aucun sens.

Par ailleurs les archéologues israéliens qui avaient été mandatés de trouver des preuves de cette histoire, dans un espoir de légitimer les demandes sionistes, ont toujours été bredouilles. Cette histoire n’est qu’une maladroite invention. Si on prend le reste de la bible, l’Ancien Testament inspire au génocide, incite à l’esclavage et au vol de territoire. Après tout, quel sort fut réservé au cananéens, aux Amalécites, ou bien au malheureux de la ville de Sodome et Gomorrhe, si ce n’est la destruction et la mort. « Aime ton prochain », sauf si ce dernier n’est pas de ta religion, ou une femme, ou d’une sexualité « non-conforme » : il n’y a rien de moral là-dedans. Et s’il est possible pour les croyants de réussir à faire la part des choses entre les bons et mauvais passages de leurs livres, ont-ils réellement besoin du livre pour leur moral ?

 

  1. À présent, l’argument stipulant que les gens religieux sont plus « moraux », ou plus investis socialement. De nombreuses études au Etats-Unis ont montré que les gens religieux avaient en effet tendance à donner plus aux organisations de charité, à avoir une consommation d’alcool et substances dopantes moindre par rapport au reste de la population, et à créer des liens plus développés dans leurs communautés. Ceci ne peut pas être contesté, mais nul ne peut défendre sa position en ne citant que ses meilleures brebis, ces études ne permettent pas d’affirmer que la religion permet de mieux se comporter rien qu’à la vue des nombreux contre-exemples de personnes de foi commettant des atrocités spécifiquement au nom de leur foi. Combien de fois par an doit-on lire dans le journal des nouvelles d’un attentat suicide commis par un fanatique, ou bien de prêtres responsables de viol et de torture sur mineurs, affaires que le Vatican tente à chaque fois de dissimuler, comme si les lois civiques ne pouvaient s’appliquer à la chrétienté.

 

  1. Enfin, qu’en est-il de la validité de leurs textes saints ? On estime à environ 10 000 le nombre de religions aujourd’hui dans le monde, nombre bien plus vaste si l’on inclut les religions du passé, ce qui nous ferait atteindre une fourchette entre 8 000 et 12 000 dieux dans l’histoire. Trois choix s’offrent à nous. Soit, elles sont toutes vraies, soit elles sont toutes fausses, soit seulement l’une d’entre elles est vrai. Il est évidemment qu’elles ne peuvent être toutes vraies, à la vue des très nombreuses divergences entre les textes et les interprétations. Il est peu probable que juste une seule d’entre elle soit vrai, et encore moins probable de savoir déterminer laquelle. La seule option logique est d’assumer que toutes ces religions sont des créations des hommes (hommes dans les deux sens du terme quand on analyse la place des femmes dans ces croyances) afin de faire sens du monde qui les entouraient, et non des textes divins. Il est clair par l’analyse de ces textes qu’ils sont empreints de peurs et croyances mystiques des temps où elles ont vu le jour et qu’ils ne sont pas l’œuvre d’une créature omnisciente et omnipotente. La morale de ces textes est quasiment toujours en retard par rapport à la morale des sociétés actuelles. Quant à la validité de ces histoires et sur les événements extraordinaires qui s’y déroulent, je vais laisser ce cher David Hume répondre à ma place sur l’exemple de l’immaculée conception : « Qu’est-ce qui est le plus probable, que l’ordre naturel soit suspendu [en votre faveur], ou qu’une juive de petite vertu dise un mensonge ? »

 

 

Alors quelle place pour Dieu ?

De nombreux philosophes et scientifiques croyants des derniers siècles s’étaient accordés pour une croyance déiste, c’est-à-dire croire en un Créateur ayant fondé l’univers et ses lois, il serait donc l’origine de tout. Il est impossible pour un athéiste de prouver que cela est faux comme ils ne pouvaient et ne peuvent pas prouver que c’est le cas. Mais passé de la position déiste à théiste, c’est-à-dire du déisme à la religion, d’un créateur en retrait à un créateur qui dans toute l’immensité du cosmos et des galaxies s’intéresse à ce que nous faisons, à ce que nous mangeons et durant quels jours de la semaine, avec qui nous faisons l’amour et dans quelles positions, quelles parties de notre appareil génital nous devons circoncire… demanderait une montagne de preuves. Alors j’entends déjà les philosophes de bas étage me dire que je devrais adopter la position du pari de Pascal sur Dieu : que Dieu existe ou non j’ai tout intérêt à croire en lui, car s’il existe, je gagne une éternité au paradis, s’il n’existe pas, je ne perds rien. Deux critiques évidentes face à cette théorie fumeuse. Un, elle assume que vous savez quel Dieu/culte/secte est le bon, or nous avons déjà évoqué leur multiplicité. Deux, si Dieu, comme il est souvent décrit, est omniscient, comment comptez-vous le duper avec un stratagème comme celui-ci ?

 

Pourquoi faut-il résister à la théocratie ? Pour la défense de notre droit inaliénable à la critiquer, à la vue de ses nombreux assauts sur la liberté d’expression, pour combattre les formes extrêmes qu’elle prend dans certaines parties du monde et sur l’emprise que ces idées ont sur les consciences des gens. Après tout, encore aujourd’hui dans toutes les parties du monde, même les plus civilisés, son emprise reste grande. Regardez, aux Etats-Unis où il est impossible de faire carrière en politique sans avoir une forme de croyance, et l’impact des groupes religieux sur la politique. (Ce qui va à l’encontre même de leur Constitution séculaire), ou bien la situation en Israël, qui en devient presque embarrassante tant elle traîne en longueur. Alors que la solution relativement simple et acceptée par un grand nombre d’acteurs internationaux, d’une séparation égale du territoire concerné est bloquée par des très petits groupes de fanatiques dans chacun des camps qui proclament que leur Dieu leur a donné l’ensemble du territoire.

 

Finalement, le fanatisme menace tant les athées que les simples croyants. Supprimer la volonté de croire me parait comme impossible et non-souhaitable. Les gens auront des croyances de ce type tant qu’ils seront aussi effrayés par la mort, et il est naturel de chercher du confort là où on le peut. Cependant, je conseille à chacun de faire attention à ce qu’on appelle en anglais « wishful thinking », c’est-à-dire croire ce que l’on désire croire, prendre ses désirs pour des réalités en quelque sorte.

Cependant, restez bien conscient que la disparition de l’obscurantisme ne résoudra pas tous nos problèmes, il faudra toujours réfléchir à la moralité, à l’éthique, à l’égalité. Ce n’est qu’un premier pas pour atteindre un âge de raison.

 

 

Pierre HOGNON

 

 

 

 

 

 

 

Le désastre environnemental, la fin de Dieu selon les monothéismes ?

Le désastre environnemental, la fin de Dieu selon les monothéismes ?

Depuis maintenant vingt ans, le désastre environnemental est de plus en plus présent à l’esprit de la société humaine. Renié ou pris au sérieux, peu importe, ce phénomène de destruction de la vie sur Terre est de plus en plus sérieux et inquiétant. Ce ne sont pas simplement quelques degrés qui augmenteront mais bien une série infernale de troubles qui changeront à jamais la Vie sur Terre. Ces changements organiques donneront sûrement lieu à des chamboulements importants dans l’organisation des sociétés humaines et dans son rapport au monde qui l’entoure. Ces changements pointent le bout de leur nez que ce soit l’antispécisme, les tentatives de sociétés alternatives pour plus de résilience ou encore la recherche d’énergies qui puissent substituer à jamais l’énergie fossile. Ces changements, notamment ceux qui concernent le rapport à la Nature, sont les reflets de l’émergence d’une nouvelle spiritualité, dans laquelle l’humain n’est plus pensé comme maître ou dominé par la nature, mais bien comme acteur de forces dont il a cherché depuis deux cents ans à percer les mystères. De la Nature mystérieuse, source de fantasmes, et des « religions primitives » à la croyance moderne, correspondant à l’avènement du couple science-technique capitaliste, de l’humain comme maître de la Nature, nous sommes à l’orée d’une nouvelle conception.  Mais si cette dernière conception de l’humain comme maître de la Nature a pu émerger, c’est qu’elle découle d’une conception religieuse du monde très particulière et liée essentiellement aux religions monothéistes. Une conception du monde dans laquelle l’humain n’est pas essentiellement relié au monde qui l’entoure. Il n’est qu’une sorte de locataire qui n’a pas à être tenu responsable de ses actions devant la Nature mais devant Dieu. Entendons-nous bien, la Nature dans les religions polythéistes, par exemple, est au centre de la croyance malgré l’apparence humaine des dieux et déesses. Ce sont tous.tes des représentant.es d’une partie de la Vie et de la Terre, presque toutes les branches de la Vie sur Terre, des clans humains aux phénomènes naturels sont représentées. Des religions polythéistes Celtes à la Mésopotamie en passant par les Grecques ou les religions précolombiennes, toutes ces religions représentent la multitude de ce qu’est la Vie sur Terre. Les sacrifices et autres rituels montraient le lien direct entre les Dieux, Déesses et la Nature, plutôt, étaient la manifestation directe de la compréhension d’un certain dynamisme dans la Nature représenté par ces multiples Dieux et Déesses. Une représentation peut-être partielle pour nous modernes mais une compréhension d’un certain devoir de préservation et de respect de la Nature à travers les divinités. Quant aux religions comme le Bouddhisme et l’Hindouisme, la relation avec la Nature est directe. Parmi les préceptes à suivre dans la tradition bouddhiste il y a celle-ci : S’efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie, appelé principe d’ahiṃsā ; que nous pouvons traduire de manière moderne comme un principe de « non-violence ». L’Hindouisme lui est proche d’une logique animiste qui voue un culte aux esprits présents dans la Nature, et tout ce qui environne l’humain. Bref, toutes les religions non-monothéistes – c’est-à-dire la quasi-totalité d’entre elles – sont liées directement à la Nature et plus largement au vivant, sachant que la définition du vivant prend des formes plus ou moins larges. En revanche, quant aux religions révélées que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam la relation à la nature est bien, bien plus ambigüe voire absente.

Pourquoi ? notamment car la relation avec Dieu est bien plus distante que dans les autres religions dans lesquelles les dieux et déesses ou esprits sont directement en contact avec l’humain. De Zeus et ses aventures avec les femmes aux esprits dans les objets qui entourent l’humanité, ils sont partout. Or, Allah, Yahvé, ou Dieu ne sont jamais directement en contact avec les humains. Les prophètes sont des intermédiaires de Dieu. L’humain n’a plus vraiment de comptes à rendre à la Nature mais bien à cet être suprême. Les actions jugées par Dieu sont essentiellement des actions interhumaines et les cultes et pratiques religieuses le sont aussi. Paradoxe que d’observer que malgré un dieu distant, les prières vont directement en son nom, il n’est que très rarement question d’autre chose que Dieu, en tant qu’Etre suprême. Le péché originel montre bien cette distinction, entre d’un côté la Nature et de l’Autre Dieu. On pourrait même y voir l’ambivalence entre ces deux entités, car c’est bien un serpent – bien qu’il soit métaphorique – qui pousse à outrepasser la règle désignée par Dieu. En soi, si nous poussons la réflexion encore un peu plus loin, c’est la Nature en elle-même qui aurait perverti l’humain. Dès lors, pour ces trois religions, la Nature est un objet dont il faut se méfier voire dominer en la travaillant.

La relation Nature humanité dans ces cas là est réduite à zéro. Dieu n’est d’ailleurs absolument pas la Nature, ou une partie d’elle. Dieu est présent avant sa création, dont il est « simple » créateur. Il est certes omnipotent comme le serait une lectrice. Certes l’action de Dieu se retrouve par l’intermédiaire de la Nature – éruptions, tremblement de terre, ouragan… – mais c’est essentiellement pour punir. Et puis comment pourrait-il montrer son existence s’il n’agissait pas sur la Nature ? Cela n’est en rien une marque de la « Naturalité » du Dieu monothéiste. Bref, les religions monothéistes ont établi une rupture profonde entre la Nature et l’humanité, la Nature est reléguée au second plan de l’action humaine. C’est d’abord une affaire humaine, que la relation avec Dieu. La responsabilité de maintien et de préservation de cette dernière n’est en rien une tâche humaine. Certes nous devons la « travailler » mais comment faire autrement si nous ne voulons ne pas mourir. Autre point intéressant, les cultes se tournent vers Dieu en tant qu’entité suprême déconnecté de la Nature, comme nous l’avons montré, mais les grands protagonistes que peuvent être Moïse, Jésus ou le prophète Muhammad sont avant tout montré comme des humains – bien que ce soit plus ambigüe pour Jésus. Ni Dieu, ni les prophètes ne sont en lien avec la Nature – si ce n’est leur caractère humain. Là où le Véda, Quetzalcóatl ou Thor, sont par essence directement relié à la Nature. Imaginons que le tonnerre disparaisse Thor n’a plus de raison d’exister, à la différence de Dieu ou des prophètes qui eux persistent.

Bien que Dieu ne soit pas directement lié à la Nature c’est bien de lui dont la responsabilité de la Nature incombe, du moins sa création mais pas son maintien. Comme dans la prière chrétienne du Notre Père qui dit : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Mais que ce soit dans l’Islam, le Judaïsme ou le Christianisme ; la référence à un Dieu en relation avec la Nature et la Vie au sens large est ténue. Certes, dans la religion chrétienne il est mentionné souvent que les êtres vivants appartiennent à dieu. Mais ce ne sont que quelques passages, brefs sur une multitude. La plupart des références à la Nature sont de l’ordre de la métaphore ou – et nous retombons sur ce que nous disions – des affaires interhumaines, il n’y a que 26 versets dans la Bible – sur plus de 31 000, ce qui montre la place de la Nature dans le christianisme – concernant la Nature et sont toustes de cet acabit  :

 

Lévitique 25:23

Les terres ne se vendront point à perpétuité; car le pays est à moi, car vous êtes chez moi comme étrangers et comme habitants.

 

Psaumes 50:9-12

Je ne prendrai pas de taureau dans ta maison, Ni de bouc dans tes bergeries. Car tous les animaux des forêts sont à moi, Toutes les bêtes des montagnes par milliers; Je connais tous les oiseaux des montagnes, Et tout ce qui se meut dans les champs m’appartient.

Dans le Coran ce n’est pas mieux, il n’y a que très peu de référence à la Nature et à une attitude à adopter.  La Torah elle ne fait en rien référence autrement que par des conseils d’agriculture à l’attitude à adopter avec la Nature. Il y a bien ce passage présent dans le Talmud, mais qui est un rajout de fait et parles du jardin d’Eden plus que de la Terre en tant que tel :

« Regarde cette beauté, cette nature que J’ai faite, tout ceci mérite d’être préservé et chéri. Tout ce que J’ai créé, je l’ai fait pour toi, pour ton bien-être. Penses-y et ne gâche pas tout. Si tu gâches tout, sache qu’il n’y aura personne pour réparer après toi » (Ecclésiaste, Rabba 7, 13)

La seule vraie référence à la Nature pour les religions monothéistes, de manière explicite dans le rapport que nous devrions avoir en tant qu’humanité se trouve dans la Genèse et ce n’est en rien un programme que pourrait défendre les plus écologistes, et marque la vraie relation préconisée entre l’humanité et la Nature terrestre :

 

Genèse 1 : 26

Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre.

 

On observe bien la relation qui est établie et qui doit être maintenue dans la volonté de satisfaire Dieu, de dominer la Nature. Ce qui est à noter aussi, c’est que l’humain doit dominer la Nature, comme… Dieu lui-même.

C’est à se demander même si quelqu’un a la charge de la Nature. Il faut croire que personne n’en a la responsabilité. Ce n’est pas pour rien si la conception de la Nature est si statique dans ces religions. Rien ne bouge, en veut pour témoin les réactions face aux découvertes à la fin du XIXème siècle par Darwin et consorts, du principe d’évolution. La réflexion de ces trois grandes religions sont assez faibles concernant la Nature. Dans le cas du christianisme l’épopée coloniale, et la déclaration de la non-présence d’âmes chez les peuples découverts outre Atlantique, pour justifier leur exploitation montre ce rapport conflictuel avec la Nature. Si cette déclaration sur les indiens d’Amérique a eu lieu c’est que l’Eglise les jugeait trop proches de la Nature pour en posséder une. L’âme est essentiellement une affaire d’hommes et ne concerne en rien tout ce qui est naturel ou trop proche de la nature – les femmes étant jugées inférieures aux hommes car plus soumises à leur côté naturel, ont été longtemps considérées comme n’ayant pas d’âme selon l’Eglise. Bref, la relation monothéisme Nature est assez conflictuelle. La relation est presque inexistante, comme si ce n’était pas un point primordial.

Nous avons donc ici une absence de relation entre les religions monothéistes et la Nature, qui est le premier problème de ce Dieu qui ne serait en rien garant de la Nature, mais dominateur rappelez-vous de ce verset dans la Genèse. Vide théologique pour un monde judéo-chrétien-islamique qui redécouvre ses liens plus que vitaux et fragiles avec la Nature. Fait intéressant, malgré ce vide laconique les trois religions – on voit l’aspect purement politique de la chose – cherche toutes à montrer leur côté écologique en cherchant dans les recoins ou en triturant certains versets pour afficher leur penchant écologique. Dieu est avant tout le propriétaire des lieux, sans qu’il pousse réellement à ce que les locataires rendent l’endroit en bon état.

Mais, ce n’est pas le seul écueil, qui pourrait nous faire penser que Dieu selon les trois religions révélées ne puisse continuer d’exister. Nous avons montré que Dieu n’était en rien décrit comme lié à la Nature, étant un être suprême dont le pouvoir ne s’appuie en rien sur la Nature mais plutôt sur les humains, Dieu est alors impuissant face au désastre environnemental. Car elle ne concerne absolument pas les affaires interhumaines mais bien une affaire entre la Nature et l’humanité. Là où Dieu, selon les trois religions, n’a aucune prise. Les humains ne doivent pas tuer leur prochain, faire le jeûne par solidarité humaine, et s’astreindre à une certaine diététique morale pour être un bon humain et aller au paradis, mais n’est en rien tenu de respecter la Nature. C’est l’humain qui se retrouve alors aux commandes du maintien, de la prospérité ou la destruction de la Terre. Dieu n’ayant donné aucune indication mais en plus de cela il a transféré son pouvoir à l’humanité dès sa création. Si pendant des millénaires l’humanité n’avait en rien les moyens de pouvoir se « rendre maître » de la Nature, depuis deux siècles c’est tout l’inverse qui se produit. Là ce produit une rupture de premier ordre, l’humanité théoriquement ne pouvait se prétendre à la hauteur de Dieu, tant nos capacités physiques mais surtout techniques nous restreignaient. Or, aujourd’hui sur Terre d’un point de vue du rapport avec la Nature nous sommes au même niveau – bien que la création soit encore à ses balbutiements – que Dieu lui-même. Nous sommes capables de détruire tout ce que Dieu, d’après ces religions, a créé. Le rapport avec Dieu sur Terre est désormais changeant, c’est l’humain qui a le pouvoir de se sauver, ou de se détruire, de sauver la Terre ou la détruire. On pourrait me rétorquer que c’est Dieu qui nous punit de tous nos péchés à travers le réchauffement climatique à l’instar des douze plaies d’Egypte. Mais ce n’est pas non plus le cas, car nous savons précisément que c’est l’action humaine qui en est responsable.

Nous sommes désormais à un moment où les religions monothéistes se retrouvent bloquées par leur propre texte et prédication. L’humanité s’est rendue maître de la Nature comme Dieu l’avait conçu, mais à un tel point que l’avenir de l’humanité n’est en rien l’affaire de Dieu, mais l’affaires des humains. Yahvé, Allah, et Dieu ne sont puissants – si j’ose dire – que dans la création d’un cadre pour que l’humain puisse exister et effectifs que dans la relation entre les humains et Dieu. Dans la crise environnementale que nous connaissons, aucune religion monothéiste n’est coupable, mais elles n’ont pas été pour rien ; elles sont le fruit de notre relation actuelle avec la Nature. La fin des religions monothéistes est-elle à venir ? Cela est possible, non pas que Dieu n’existerait pas ou qu’il nous punirait, mais parce que Dieu lui-même ne s’occupe pas de ces affaires-là. C’est une affaire purement humaine, une sorte de défi lancé à l’humanité que les religions monothéistes ne peuvent résoudre par l’existence de Dieu ou de son avènement, car elles sont en partie les instigatrices de la pensée qui nous a amené à cet état de fait.

 

Par CLÉMENT LAURENT

 

La démocratie effective, un fantasme?

Depuis quelques années maintenant les démocraties occidentales comme la France, connaissent ce que bons nombres d’observateurs et d’observatrices appellent: «la crise de la démocratie». Cette crise se manifeste notamment par une remise en question profonde de l’idéal démocratique mais surtout, parla critique radicale de la possibilité qu’une démocratie effective puisse exister. Que ce soit parce qu’elle serait un système politique qui vise irrémédiablement vers la corruption du peuple, ou des élu.es ou parce que ce système politique est inefficace et que le risque de la dictature de la majorité, qui faisait si peur à Tocqueville, est trop fort et insoutenable pour les citoyen.nes les plus éclairé.es.

En quelque sorte la foi dans la démocratie comme moyen de libérer l’humain des chaînes dont il était prisonnier, semble s’être définitivement consumée. Beaucoup de critiques viennent aussi pointer du doigt le fait que nos démocraties sont factices, et au service du grand capital et des élites. Que les humains seraient trop «imparfaits» pour vivre dans une démocratie effective, et qu’elle ne serait qu’une utopie voire un fantasme qui ne nous servirait que de guide dans nos actions, comme une sorte de religion politique. D’autres penseront comme Platon dans La République, que la démocratie est inefficace et une honte de la raison car elle mettrait possiblement des incompétent.es en capacité de diriger. Ce que Platon n’avait sûrement pas imaginé c’est que les incompétent.es puissent être celleux qui sont désigné.es comme les plus à même d’être des dirigeant.es.

Cependant, il faut que nous nous posions la question sincèrement, qu’est-ce qu’une démocratie effective? Et est-elle un fantasme comme le pense certain.es?

Si nous posons la démocratie effective comme le système politique qui donne le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple. Nous avons une vision lointaine mais plutôt fidèle de ce que doit être une démocratie. C’est peut-être le système politique le plus simple à définir. Pour autant, sa mise en place effective semble être complexe. La démocratie effective est complexe essentiellement parce que dans son corpus philosophique elle pose chaque individu d’une société donnée comme l’égal de l’autre. Et ce malgré la tendance humaine universelle ethnocentrique, mais aussi de la structure hiérarchique des sociétés humaines depuis le néolithique. Une égalité non pas restrictive comme nous la connaissons. Ce n’est pas une égalité qui se comprend comme le fait d’avoir «la chance» de pouvoir toustes voter tous les 5 ans pour quelques personnes. Non, c’est l’égalité dans la prise de décision, et dans le rang. Chaque individu, dans une démocratie effective, possède une voix qu’iel peut faire entendre et à tout moment de sa vie sociale. La démocratie effective se comprend comme un système politique où chaque membre de la société participe à égalité avec son.sa voisin.eaux affaires des localités dans lequel iel vit.

Mais qu’est-ce que suppose une telle nécessité? Elle impose nécessairement un découpage de la vie politique. Un découpage le plus fin possible et cohérent possible, par quartier par exemple. Imaginez une société où chaque quartier possède plusieurs assemblées, chaque assemblée traitant d’un sujet précis. Chaque sujet éclairé par des chiffres, des rapports et autres à la disposition du citoyen et de la citoyenne permettrait ainsi de débattre sur les décisions à adopter –de faire émerger ce que Rousseau appelait la volonté générale. Ensuite permettrait de prendre des décisions en accord avec les besoins du quartier. Imaginez un pays comme la France, où chaque localité ferait cela. Plus besoin de pouvoir central, ou de personnes élues qui géreront de loin les affaires de tous les jours. Les grandes affaires se feraient toutes seules comme dans un mécanisme dans lequel chaque rouage travaille unitairement pour faire tourner une horloge. Car la possible corruption du peuple comme celui des élu.es n’est possible que si ces deux rouages de la vie démocratique sont dissociés. L’un est soumis à la faiblesse de l’individu face aux pressions extérieures. Et l’autre aveuglé par manque de pratique de la démocratie, se laisse guider par des pseudos prophètes politiques qui ne flattent que leur intérêts de classe, sans penser à l’ensemble.

Cependant, une telle mise en place de la démocratie suppose une reconsidération totale de notre organisation sociale. Tout organe hiérarchique, et toute hiérarchie au sens large du terme doit disparaître. Car vous ne pouvez pas, dans une démocratie effective avoir des individus ayant un pouvoir que les autres n’auraient pas. Imaginez le même système précédemment décrit et ajoutez-lui une police. Un organe hiérarchique du fait que quelques individus seraient en mesure de contraindre les libertés d’autrui. Qu’est-ce qui empêcherait ces personnes de prendre le pouvoir? ou de faire dévier la volonté générale de telle ou telle assemblée? Rien. Pour qu’une société démocratique puisse être effective il est nécessaire, que toutes les individualités soient égales devant la loi, dans l’administration de la société. La force il me semble d’une démocratie effective, réside dans le fait d’adjoindre chaque individu dans le processus de décision et de construction de la société. Et étant donné cette intégration, elle responsabilise chaque individu sur sa tâche au sein de la société. Chaque individu ne verrait pas dans un abribus une chose étrangère à ellui même, mais y verrait le prolongement de son engagement démocratique et le respecterait comme il respecterait les lois dont iel a participé à l’élaboration. Pourquoi vouloir détruire son propre ouvrage ? La menuisière ne va pas détruire l’ouvrage qu’elle a mis tant de temps à réaliser. L’humain d’une démocratie effective aurait le même comportement face à son environnement.

Est-ce possible? Oui, et plus que jamais aux vues des impératifs écologiques qui vont nous pousser à devoir repenser nos modèles économiques et donc sociaux. Il me semble que la gestion démocratique de la vie sociale s’accorde parfaitement avec les défis écologiques qui nous font face. Notamment avec la nécessité de retourner à une vie économique de proximité.

Les crises endogènes aux systèmes politiques

Ecrit par Alexis Vallon le 10 Octobre 2020

La théorie de la « fin de l’Histoire » que Francis Fukuyama avait théorisée après la chute du mur de Berlin est aujourd’hui largement dépassée. Notre système continue à connaître de nombreuses crises et l’Histoire continue alors de s’écrire chaque jour.

Pourtant il serait intéressant de rapidement se repencher sur sa thèse. Tout d’abord, il reprend la définition qu’Hegel donne de « la fin de l’Histoire », c’est-à-dire le moment où un consensus universel (certainement sur la démocratie) s’établirait, et serait respecté par tous les peuples. Ce qui, en théorie, mettrait fin aux conflits idéologiques dans le monde, et donc aux crises. La fin de la Guerre Froide fut pour Fukuyama ce moment de rupture qui allait conduire l’Histoire à sa fin et que sa génération allait pouvoir nous léguer un monde qui serait à l’image d’un long fleuve tranquille pour les siècles à venir.

Evidemment vous connaissez la suite : d’abord le 11 Septembre 2001 qui marque l’engagement mondial contre le terrorisme islamiste, les crises économiques de 2008 et aujourd’hui de 2020 ont entre autres accentué les inégalités et la pauvreté dans le monde, le nombre de manifestations et d’émeutes qui ont explosé (on estime que cette dernière décennie celles-ci auraient augmenté de 282% selon l’édition 2020 du Global Peace Index), etc.

Bref on peut croire que les crises mondiales sont toujours présentes.

Alors nous pourrions d’abord penser que toutes ces crises sont exogènes, c’est-à-dire totalement indépendantes du système politique et économique mondial. Après tout, personne n’aurait pu prévoir les crises économiques modernes et encore moins la pandémie actuelle. Elles sont les conséquences de l’appât du gain de certains banquiers et de quelques aventures culinaires… Rien qui n’aurait pu être prévu. Le terrorisme islamiste n’est lui aussi peut-être que la conséquence logique de l’intervention américaine en Irak et en Afghanistan. Et enfin, le nombre toujours plus important de manifestations ne serviraient que des demandes particulières de certaines classes sociales, au détriment de l’intérêt collectif.

Cette première thèse est évidemment recevable et domine largement une partie de la pensée (plutôt libérale) aujourd’hui. Il est cependant intéressant de remarquer que la responsabilité est ici toujours imputée à la responsabilité individuelle, au libre arbitre.

Evidemment à gauche c’est tout le contraire, on accuse principalement le caractère endogène des crises et l’on fustige le système capitaliste. Ou aujourd’hui plutôt le libéralisme, car les thèses et termes marxistes tendent tout doucement à s’effacer du débat public. Ce serait donc lui qui serait responsable de tous nos maux. Le terrorisme serait surtout une conséquence sociale, laisser des jeunes de banlieues sans aucune promesse de carrières les auraient forcés à rejoindre Daesh. Ce qui vient se rajouter au fait que les mouvements terroristes seraient aussi nés dans les milieux précaires (mais restant influencés par des pouvoirs plus puissants). La crise économique de 2008 aurait pu être évitée sans l’ultra-libéralisation de l’économie mondiale. Et enfin les nombreuses manifestations sont la conséquence de la montée des inégalités et de l’injustice sociale. Ici également les arguments sont largement recevables.

Pourtant dans ces deux cas nous pouvons avoir l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans le premier cas bien sûr il y a des problèmes, mais notre système aurait été incapable de les prévoir, alors il est inutile de faire évoluer le système mais simplement de s’adapter à ces crises.
Et dans le second on nous fait croire qu’un changement de société permettrait de résoudre tous les problèmes sans que les actions individuelles n’aient besoin de changer.

Finalement on observe que ces deux façons de penser présentent individuellement des imperfections et que souvent, in medio stat vertus, la vérité se trouve au juste milieu. Que la société comme l’action individuelle ont leur responsabilité. Or comme la vérité n’existe pas en soi dans notre monde mais existe toujours par rapport à un objet, une situation donnée. Car en effet la solution « une intervention accrue de l’Etat » n’est pas une vérité en soi mais elle peut être vraie selon une situation précise. Alors en suivant la dialectique d’Hegel, en oscillant selon les situations, la bipolarisation de la vie politique pourrait être une solution. On oscille alors entre d’un côté davantage d’Etat avec un objectif assumé de rendre les hommes plus égaux et de l’autre des actions pour favoriser la liberté de conscience et d’action du citoyen. Tout le monde aura évidemment reconnu la création théorique ici de la Gauche et de la Droite (ou du moins la Gauche et la Droite française) hérité de l’affrontement idéologique de la Guerre Froide.

On peut constater alors que les crises endogènes à notre système ne seraient dénoncées que par la Gauche. Une Gauche qui se focaliserait sur les problèmes d’inégalité que le système capitaliste créerait. Pourtant il me semble que tout analyser d’un point de vue économique est une erreur et qu’il existe un autre facteur déterminant qui permettrait d’expliquer nos crises endogènes modernes.

Car aujourd’hui en France et notamment lors des dernières élections présidentielles, le système archaïque Gauche-Droite s’est effondré. Et deux nouvelles forces d’opposition sont apparues : le progressisme contre le nationalisme. Pourtant ce nouvel affrontement idéologique était prévisible.

Car l’affrontement en sciences politiques ne s’effectuent pas autour de deux pôles comme la Guerre Froide avait pu le laisser paraître. Mais bien trois pôles qui se sont affrontés il y a maintenant 80 ans lors de la Seconde Guerre mondiale.

Trois grands blocs. Le premier était le bloc américain, prônant une liberté de penser, d’entreprendre, de commercer, de réussir, etc. Nous résumerons alors l’idéologie américaine à un mot : liberté. Face à lui, le bloc soviétique, construit sur les textes marxistes de luttes des classes, de destruction de la propriété privée, etc. L’idéologie au moins en théorie de ce bloc fut : l’égalité. Enfin l’Allemagne et le régime nazi qui construit son idéologie sur la notion de races, de nations, sur la question « Qu’est-ce qu’un allemand ». Une idéologie qui a été poussé à son paroxysme et a engendré les plus terribles horreurs que l’Homme dans son histoire fut capable. Néanmoins toute l’idéologie de ce bloc fut basée sur une notion : l’identité du peuple.

Or l’Histoire n’est écrite que par les vainqueurs. Et les gagnants que furent les Etats-Unis et l’URSS décidèrent de diaboliser le régime nazi pour que ses horreurs ne réapparaissent plus jamais. Ils tentèrent alors de détruire tout résidu que pouvait représenter cette idéologie. Evidemment face aux horreurs des camps de concentration personne ne critiqua cette décision qui était parfaitement louable. Pourtant on ne peut tuer une idéologie, on ne peut tuer une idée, surtout si celle-ci est inscrite dans l’ADN même de l’Homme, dans l’ADN même d’un système politique. Car un bon système politique repose sur ces trois piliers : la liberté, l’égalité et l’identité.

Si ces mots vous rappellent la devise française c’est justement parce que la France à choisi de former son identité dans la fraternité. Cela nous rappelle encore une fois la sagesse de nos précurseurs.

Aristote affirmait, encore avant, qu’une cité pouvait s’écrouler de deux manières, si elle perdait son identité ou si l’inégalité était trop importante en son sein. La situation d’Athènes était à l’époque comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui dans nos sociétés occidentales : des démocraties
ouvertes aux commerces qui souffrent d’inégalité de traitement (entre citoyens, femmes et esclaves). En soi des systèmes qui sont basés sur la liberté et qui doivent veiller à être aussi bons dans les deux autres domaines. Sachant qu’évidemment toutes sociétés sans ces trois principes seraient forcément vouées à disparaître.

Car l’essence même de ces sociétés auraient tendance à s’auto-entretenir. Je m’explique, dans une société libérale il y a tellement de contre-pouvoirs qu’il y a très rarement des problèmes de libertés : souvent les citoyens les dénoncent et les problèmes disparaissent. On ne souffre pas particulièrement de manque de liberté dans nos démocraties occidentales modernes. De même dans un régime fasciste on sait parfaitement qui on est, qui nous servons, qui sont les ennemis, etc. Nous ne souffrons pas franchement de crise identitaire. Et dans un système communiste, théoriquement, l’égalité ne pose pas vraiment problème. Évidemment on pensera forcément aux « apparatchiks » qui sont bien plus riches que le reste de la population mais l’inégalité dans ces régimes restent, in fine, bien moins élevée que dans nos sociétés occidentales.

Alors un système qui choisit une base pour se construire (liberté, égalité ou identité) va devoir veiller particulièrement à ce que les deux autres principes puissent continuer à exister. Ainsi les crises endogènes à notre système aujourd’hui sont bien une crise identitaire et une crise égalitaire, car nous partons avec une base libertaire.

Alors, ce que la gauche et plus largement, notre système politique n’a pas pris en compte, c’est que les crises endogènes peuvent aussi être des crises identitaires et pas seulement égalitaires. Que le terrorisme par exemple n’est qu’une réaction contraire au système capitaliste et à ses valeurs car celui-ci néglige l’identité, l’Histoire des peuples au profit d’un multiculturalisme mondial. Il en va de même pour les idéologies réactionnaires qui ont émergé en Europe par exemple, l’hostilité face aux migrants, etc. Toutes ces réactions sont apparues car depuis des années personne dans le monde politique n’a pris en compte la notion d’identité indispensable à la survie d’un peuple.

Ainsi pour répondre au mieux au besoin de nos démocraties il convient de changer notre regard sur notre spectre politique. Ne plus l’observer comme une ligne où les hommes politiques seraient placés plus à droite ou plus à gauche, mais comme un triangle qui aurait en ses côtés les notions de liberté, d’égalité et d’identité. C’est à cette condition que l’offre politique pourrait s’éclaircir et devenir satisfaisante pour les citoyens, qui ne se retrouvent plus dans leur politique depuis des années.

Enfin je conseillerais l’émergence d’un parti qui serait au centre de ce triangle, un parti qui arriverait à concilier ces trois notions fondamentales au sein de son système politique. Ainsi nos sociétés pourraient progresser sereinement sans craindre l’instabilité politique. Néanmoins j’ai conscience que notre monde n’est qu’instabilité et les chocs exogènes conduiront les démocraties à toujours s’éloigner de ce centre. Mais justement, la stabilité passerait par l’instabilité et si un grave problème identitaire devait apparaître, il serait normal que les votes se déplacent vers ce pôle identitaire. Pourtant à terme, ceux-ci tendront toujours vers le centre de ce triangle, vers l’équilibre idéologique.

Les aventures du Roy Macron et de ses amis les puissants : un week-end studieux en terre biarrote

Quelques jours après avoir reçu le Seigneur Vladimir au fort de Brégançon, notre bon Roy a décidé de changer de lieu – sans doute lassé par la vétusté de sa résidence d’été et de l’unique et modeste piscine qu’il y a fait édifier – et accueille ses nouveaux hôtes du côté du Pays Basque. Très attaché à l’air marin, il prend cependant garde à ne pas s’éloigner de l’eau salée, et décide de les loger dans l’hôtel le plus proche de la plage, plus connu sous le nom d’Hôtel du Palais. Un nom qui ne dépaysera guère le souverain de l’Elysée. Quelle cocasse coïncidence qu’il s’agisse d’un hôtel 5 étoiles, dont le tarif le plus bas ne dépasse pas 525€ la nuit (prenez ça dans vos dents les gilets jaunes et autres gueux, ça vous rappellera les flashballs). Ce qui est bien avec cet hôtel, c’est qu’il possède deux piscines, on y est donc moins à l’étroit qu’à Brégançon. Mais trêve de mondanités, il faut bien reconnaître qu’on ne va pas accueillir les sept mecs les plus puissants du monde au Ibis Budget à côté de l’Intermarché de Bayonne. La France sait recevoir !

Malgré les réticences exprimées par la population locale (le Basque n’est pas réputé pour sa commodité après tout, pourquoi tenir compte de son avis ?), se pose un problème bien plus important : comment accueillir convenablement l’aéronef du Seigneur Donald ? L’option évidente, qui consiste à le faire atterrir à l’aéroport de Biarritz Pays Basque, est évidemment exclue. Réfléchissez un peu, cet aéroport n’accueille que des avions Ryanair, easyJet et Hop!, il ne sied guère au noble Air Force One voyons ! Deux options plus alléchantes s’offrent donc au Seigneur Donald : l’aéroport militaire de Mont-de-Marsan ou le vulgaire aéroport de Bordeaux. Dans tous les cas, le Seigneur Donald ne donnera pas l’information avant d’avoir atterri : le Roy Macron a beau être son ami, les Français ne méritent pas sa confiance pour autant. Dans tous les cas, le Seigneur Donald ne dormira pas avec les 6 autres nobliaux, puisqu’il a décidé que la base militaire de Mont-de-Marsan était plus apte à recevoir son gros cul. Tel est le privilège du milliardaire : délaisser le douillet matelas d’un hôtel de luxe au profit d’un inconfortable lit de camp. Ou alors, celui de faire prendre une armée étrangère pour ses larbins et exiger de faire amener un lit douillet au milieu des lits de camp ?

Puisque nous ne connaîtrons pas le lieu d’atterrissage du séant du riche milliardaire (la redondance n’étant pas mon problème, je me permets ce pléonasme parce que j’en ai envie), abordons dès à présent la problématique pécunière de cette réunion entre canailles haut placées. Le coût attendu n’est que de 36,4 millions d’euros, à peine plus de 50 centimes par Français ! Même pas le prix d’une chocolatine. Quelle somme dérisoire, c’est presque à se demander pourquoi on n’organise pas un G7 tous les soirs. D’autant plus que la porte-parole de la Cour du Roy Macron, aka le gouvernement français, a déclaré que ce coût est bien inférieur à celui des autres sommets similaires, et que si elle le dit, on peut la croire sur parole (à moins bien sûr qu’elle ait un jour prononcé une phrase du type « j’assume parfaitement de mentir pour protéger le président », mais il faudrait quand même être sacrément con pour faire ça). Tentons donc de résumer la situation, pour tâcher d’y voir plus clair : une réunion entre notre bon Roy et six de ses copains coûte plus de 36 millions d’euros pour à peine deux jours, et on nous déclare bouche en cœur et trompettes sonnantes que la note est non seulement très peu salée, mais qu’elle tirerait presque vers le sucré. Il faut avouer que tant d’hypocrisie, après les manifestations des gilets jaunes et autres sans-culottes, donnerait envie à un anarchiste de gauche d’entamer une carrière politique au sein d’un gouvernement ultra libéral.

Admettons cependant que la bourse du Roy Soleil soit bien garnie, et qu’il puisse ainsi financer facilement un tel événement. Aux dernières nouvelles ce n’est pas le cas, mais bon, qui sommes-nous pour critiquer les décisions prises par notre royal souverain (les pléonasmes ne sont toujours pas mon problème) ? Focalisons-nous alors sur un point qui nous concerne davantage, nous, sujets du royaume de France : nos libertés. Ainsi, cette sympathique réunion dominicale mobilise la bagatelle de 13 200 membres des forces de l’ordre. Somme toute une broutille, d’autant plus que ces mêmes forces de l’ordre n’ont absolument pas été sollicitées ces derniers mois. On s’inspire des méthodes de management des hôpitaux au ministère de la violence légitime. Ces forces de l’ordre étant là pour maintenir l’ordre comme leur nom l’indique (une révélation fracassante, il va falloir vous en remettre), leur présence n’augure rien de bon pour les diverses libertés des sujets. Et ce qui était prévisible arriva : interdiction des manifestations dans tout le BAB – le shérif Castaner est préposé pour tout ce qui concerne de près ou de loin la répression, c’est donc lui qui l’a annoncé – qui force donc les altermondialistes et autres sans-dents à manifester à Hendaye. On pourrait se dire que c’est plus près pour acheter leur tabac à rouler, mais malheureusement pour eux, le passage de la frontière est très fortement déconseillé et surtout, très fortement surveillé.

Mais les restrictions ne s’arrêtent pas là. Naïfs que nous sommes, nous croyions que la liberté de déplacement était acquise tant elle paraît élémentaire et fondamentale : que nenni ! Le centre-ville de Biarritz a été divisé en deux zones, l’une difficile d’accès, l’autre très difficile d’accès. Inutile de dire que sans lettre de cachet, et si vous n’habitez pas dans lesdites zones, il vaut mieux revenir sur vos pas et choisir un autre lieu pour votre promenade digestive. Attention cependant, les restrictions ne se limitent pas au centre-ville de la cité hôte, ce serait trop simple. Divers axes de circulation sont donc bloqués du vendredi au lundi, et les automobilistes sont appelés à utiliser l’autoroute, donc une portion a gracieusement été rendue gratuite par son exploitant (ou alors, peut-être, éventuellement, par pure hypothèse, le Roy lui a promis un dédommagement généreux : les affaires sont les affaires). Il est vrai qu’en cette période estivale, aucun clampin n’aurait l’idée de travailler, et encore moins d’utiliser son véhicule personnel pour s’y rendre. De toute façon, si un seul individu osait rouler au volant de son carrosse Peugeot 206 diesel qu’il n’a pas les moyens de remplacer pour se rendre à la manufacture qui l’emploie, tata Greta serait vraiment contrariée, et personne ne veut rendre tata Greta triste. Après cette brève divagation, revenons au cœur du propos : c’est une sacrée galère pour circuler. Par ailleurs, pompon sur la Garonne, il aura fait beau trois week-ends dans tout l’été au Pays Basque et la plage de Biarritz est interdite d’accès pile pendant l’une des susnommées fins de semaine. De quoi faire enrager le moins retors des Basques.

Dernier point qu’il est nécessaire d’aborder, et non des moindres : depuis le début je mentionne les Basques, mais il est bon de rappeler que les touristes sont légion dans cette région rebelle en cette période. Je suis intimement convaincu que ces touristes seront ravis de ne pas pouvoir accéder au cœur de la ville où ils sont venus passer leurs vacances. Et qu’ils comprendront mieux pourquoi tant de logements étaient disponibles sur Airbnb alors qu’ils s’attendaient à ne trouver que des appartements miteux hors de prix. Quoiqu’il en soit, l’humeur morose des touristes, voire leur absence pour les plus prévoyants, doit certainement réjouir beaucoup de Basques, qui en ont un peu marre des Parisiens, il faut bien l’avouer, mais pas de leur bourse bien remplie. Toutefois, les cordonniers, taverniers et autres apothicaires risquent de nettement moins apprécier cette soudaine désaffection du centre-ville : les deux mois d’été représentant l’immense majorité de leur chiffre d’affaires, je vous laisse imaginer le manque à gagner terrible qu’entraîne une semaine d’inaccessibilité à leur commerce. Bien sûr, des indemnisations sont prévues par l’Etat, car le Roy Macron est bienveillant et ne désire léser personne de quelque façon que ce soit. C’est ainsi qu’il a été décidé d’indemniser les commerçants uniquement s’ils ouvrent leur boutique durant la période, quand bien même ils seraient situés au cœur de la zone rouge et n’auraient donc aucun client pendant une semaine. Une formidable occasion de tester le en-même-temps : on travaille mais on ne fait rien. La bienveillance absurde, nouveau concept qui risque de faire un tabac dans les hautes sphères de l’Etat.

Enki Prado.