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La démocratie effective, un fantasme?

Depuis quelques années maintenant les démocraties occidentales comme la France, connaissent ce que bons nombres d’observateurs et d’observatrices appellent: «la crise de la démocratie». Cette crise se manifeste notamment par une remise en question profonde de l’idéal démocratique mais surtout, parla critique radicale de la possibilité qu’une démocratie effective puisse exister. Que ce soit parce qu’elle serait un système politique qui vise irrémédiablement vers la corruption du peuple, ou des élu.es ou parce que ce système politique est inefficace et que le risque de la dictature de la majorité, qui faisait si peur à Tocqueville, est trop fort et insoutenable pour les citoyen.nes les plus éclairé.es.

En quelque sorte la foi dans la démocratie comme moyen de libérer l’humain des chaînes dont il était prisonnier, semble s’être définitivement consumée. Beaucoup de critiques viennent aussi pointer du doigt le fait que nos démocraties sont factices, et au service du grand capital et des élites. Que les humains seraient trop «imparfaits» pour vivre dans une démocratie effective, et qu’elle ne serait qu’une utopie voire un fantasme qui ne nous servirait que de guide dans nos actions, comme une sorte de religion politique. D’autres penseront comme Platon dans La République, que la démocratie est inefficace et une honte de la raison car elle mettrait possiblement des incompétent.es en capacité de diriger. Ce que Platon n’avait sûrement pas imaginé c’est que les incompétent.es puissent être celleux qui sont désigné.es comme les plus à même d’être des dirigeant.es.

Cependant, il faut que nous nous posions la question sincèrement, qu’est-ce qu’une démocratie effective? Et est-elle un fantasme comme le pense certain.es?

Si nous posons la démocratie effective comme le système politique qui donne le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple. Nous avons une vision lointaine mais plutôt fidèle de ce que doit être une démocratie. C’est peut-être le système politique le plus simple à définir. Pour autant, sa mise en place effective semble être complexe. La démocratie effective est complexe essentiellement parce que dans son corpus philosophique elle pose chaque individu d’une société donnée comme l’égal de l’autre. Et ce malgré la tendance humaine universelle ethnocentrique, mais aussi de la structure hiérarchique des sociétés humaines depuis le néolithique. Une égalité non pas restrictive comme nous la connaissons. Ce n’est pas une égalité qui se comprend comme le fait d’avoir «la chance» de pouvoir toustes voter tous les 5 ans pour quelques personnes. Non, c’est l’égalité dans la prise de décision, et dans le rang. Chaque individu, dans une démocratie effective, possède une voix qu’iel peut faire entendre et à tout moment de sa vie sociale. La démocratie effective se comprend comme un système politique où chaque membre de la société participe à égalité avec son.sa voisin.eaux affaires des localités dans lequel iel vit.

Mais qu’est-ce que suppose une telle nécessité? Elle impose nécessairement un découpage de la vie politique. Un découpage le plus fin possible et cohérent possible, par quartier par exemple. Imaginez une société où chaque quartier possède plusieurs assemblées, chaque assemblée traitant d’un sujet précis. Chaque sujet éclairé par des chiffres, des rapports et autres à la disposition du citoyen et de la citoyenne permettrait ainsi de débattre sur les décisions à adopter –de faire émerger ce que Rousseau appelait la volonté générale. Ensuite permettrait de prendre des décisions en accord avec les besoins du quartier. Imaginez un pays comme la France, où chaque localité ferait cela. Plus besoin de pouvoir central, ou de personnes élues qui géreront de loin les affaires de tous les jours. Les grandes affaires se feraient toutes seules comme dans un mécanisme dans lequel chaque rouage travaille unitairement pour faire tourner une horloge. Car la possible corruption du peuple comme celui des élu.es n’est possible que si ces deux rouages de la vie démocratique sont dissociés. L’un est soumis à la faiblesse de l’individu face aux pressions extérieures. Et l’autre aveuglé par manque de pratique de la démocratie, se laisse guider par des pseudos prophètes politiques qui ne flattent que leur intérêts de classe, sans penser à l’ensemble.

Cependant, une telle mise en place de la démocratie suppose une reconsidération totale de notre organisation sociale. Tout organe hiérarchique, et toute hiérarchie au sens large du terme doit disparaître. Car vous ne pouvez pas, dans une démocratie effective avoir des individus ayant un pouvoir que les autres n’auraient pas. Imaginez le même système précédemment décrit et ajoutez-lui une police. Un organe hiérarchique du fait que quelques individus seraient en mesure de contraindre les libertés d’autrui. Qu’est-ce qui empêcherait ces personnes de prendre le pouvoir? ou de faire dévier la volonté générale de telle ou telle assemblée? Rien. Pour qu’une société démocratique puisse être effective il est nécessaire, que toutes les individualités soient égales devant la loi, dans l’administration de la société. La force il me semble d’une démocratie effective, réside dans le fait d’adjoindre chaque individu dans le processus de décision et de construction de la société. Et étant donné cette intégration, elle responsabilise chaque individu sur sa tâche au sein de la société. Chaque individu ne verrait pas dans un abribus une chose étrangère à ellui même, mais y verrait le prolongement de son engagement démocratique et le respecterait comme il respecterait les lois dont iel a participé à l’élaboration. Pourquoi vouloir détruire son propre ouvrage ? La menuisière ne va pas détruire l’ouvrage qu’elle a mis tant de temps à réaliser. L’humain d’une démocratie effective aurait le même comportement face à son environnement.

Est-ce possible? Oui, et plus que jamais aux vues des impératifs écologiques qui vont nous pousser à devoir repenser nos modèles économiques et donc sociaux. Il me semble que la gestion démocratique de la vie sociale s’accorde parfaitement avec les défis écologiques qui nous font face. Notamment avec la nécessité de retourner à une vie économique de proximité.

Les crises endogènes aux systèmes politiques

Ecrit par Alexis Vallon le 10 Octobre 2020

La théorie de la « fin de l’Histoire » que Francis Fukuyama avait théorisée après la chute du mur de Berlin est aujourd’hui largement dépassée. Notre système continue à connaître de nombreuses crises et l’Histoire continue alors de s’écrire chaque jour.

Pourtant il serait intéressant de rapidement se repencher sur sa thèse. Tout d’abord, il reprend la définition qu’Hegel donne de « la fin de l’Histoire », c’est-à-dire le moment où un consensus universel (certainement sur la démocratie) s’établirait, et serait respecté par tous les peuples. Ce qui, en théorie, mettrait fin aux conflits idéologiques dans le monde, et donc aux crises. La fin de la Guerre Froide fut pour Fukuyama ce moment de rupture qui allait conduire l’Histoire à sa fin et que sa génération allait pouvoir nous léguer un monde qui serait à l’image d’un long fleuve tranquille pour les siècles à venir.

Evidemment vous connaissez la suite : d’abord le 11 Septembre 2001 qui marque l’engagement mondial contre le terrorisme islamiste, les crises économiques de 2008 et aujourd’hui de 2020 ont entre autres accentué les inégalités et la pauvreté dans le monde, le nombre de manifestations et d’émeutes qui ont explosé (on estime que cette dernière décennie celles-ci auraient augmenté de 282% selon l’édition 2020 du Global Peace Index), etc.

Bref on peut croire que les crises mondiales sont toujours présentes.

Alors nous pourrions d’abord penser que toutes ces crises sont exogènes, c’est-à-dire totalement indépendantes du système politique et économique mondial. Après tout, personne n’aurait pu prévoir les crises économiques modernes et encore moins la pandémie actuelle. Elles sont les conséquences de l’appât du gain de certains banquiers et de quelques aventures culinaires… Rien qui n’aurait pu être prévu. Le terrorisme islamiste n’est lui aussi peut-être que la conséquence logique de l’intervention américaine en Irak et en Afghanistan. Et enfin, le nombre toujours plus important de manifestations ne serviraient que des demandes particulières de certaines classes sociales, au détriment de l’intérêt collectif.

Cette première thèse est évidemment recevable et domine largement une partie de la pensée (plutôt libérale) aujourd’hui. Il est cependant intéressant de remarquer que la responsabilité est ici toujours imputée à la responsabilité individuelle, au libre arbitre.

Evidemment à gauche c’est tout le contraire, on accuse principalement le caractère endogène des crises et l’on fustige le système capitaliste. Ou aujourd’hui plutôt le libéralisme, car les thèses et termes marxistes tendent tout doucement à s’effacer du débat public. Ce serait donc lui qui serait responsable de tous nos maux. Le terrorisme serait surtout une conséquence sociale, laisser des jeunes de banlieues sans aucune promesse de carrières les auraient forcés à rejoindre Daesh. Ce qui vient se rajouter au fait que les mouvements terroristes seraient aussi nés dans les milieux précaires (mais restant influencés par des pouvoirs plus puissants). La crise économique de 2008 aurait pu être évitée sans l’ultra-libéralisation de l’économie mondiale. Et enfin les nombreuses manifestations sont la conséquence de la montée des inégalités et de l’injustice sociale. Ici également les arguments sont largement recevables.

Pourtant dans ces deux cas nous pouvons avoir l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans le premier cas bien sûr il y a des problèmes, mais notre système aurait été incapable de les prévoir, alors il est inutile de faire évoluer le système mais simplement de s’adapter à ces crises.
Et dans le second on nous fait croire qu’un changement de société permettrait de résoudre tous les problèmes sans que les actions individuelles n’aient besoin de changer.

Finalement on observe que ces deux façons de penser présentent individuellement des imperfections et que souvent, in medio stat vertus, la vérité se trouve au juste milieu. Que la société comme l’action individuelle ont leur responsabilité. Or comme la vérité n’existe pas en soi dans notre monde mais existe toujours par rapport à un objet, une situation donnée. Car en effet la solution « une intervention accrue de l’Etat » n’est pas une vérité en soi mais elle peut être vraie selon une situation précise. Alors en suivant la dialectique d’Hegel, en oscillant selon les situations, la bipolarisation de la vie politique pourrait être une solution. On oscille alors entre d’un côté davantage d’Etat avec un objectif assumé de rendre les hommes plus égaux et de l’autre des actions pour favoriser la liberté de conscience et d’action du citoyen. Tout le monde aura évidemment reconnu la création théorique ici de la Gauche et de la Droite (ou du moins la Gauche et la Droite française) hérité de l’affrontement idéologique de la Guerre Froide.

On peut constater alors que les crises endogènes à notre système ne seraient dénoncées que par la Gauche. Une Gauche qui se focaliserait sur les problèmes d’inégalité que le système capitaliste créerait. Pourtant il me semble que tout analyser d’un point de vue économique est une erreur et qu’il existe un autre facteur déterminant qui permettrait d’expliquer nos crises endogènes modernes.

Car aujourd’hui en France et notamment lors des dernières élections présidentielles, le système archaïque Gauche-Droite s’est effondré. Et deux nouvelles forces d’opposition sont apparues : le progressisme contre le nationalisme. Pourtant ce nouvel affrontement idéologique était prévisible.

Car l’affrontement en sciences politiques ne s’effectuent pas autour de deux pôles comme la Guerre Froide avait pu le laisser paraître. Mais bien trois pôles qui se sont affrontés il y a maintenant 80 ans lors de la Seconde Guerre mondiale.

Trois grands blocs. Le premier était le bloc américain, prônant une liberté de penser, d’entreprendre, de commercer, de réussir, etc. Nous résumerons alors l’idéologie américaine à un mot : liberté. Face à lui, le bloc soviétique, construit sur les textes marxistes de luttes des classes, de destruction de la propriété privée, etc. L’idéologie au moins en théorie de ce bloc fut : l’égalité. Enfin l’Allemagne et le régime nazi qui construit son idéologie sur la notion de races, de nations, sur la question « Qu’est-ce qu’un allemand ». Une idéologie qui a été poussé à son paroxysme et a engendré les plus terribles horreurs que l’Homme dans son histoire fut capable. Néanmoins toute l’idéologie de ce bloc fut basée sur une notion : l’identité du peuple.

Or l’Histoire n’est écrite que par les vainqueurs. Et les gagnants que furent les Etats-Unis et l’URSS décidèrent de diaboliser le régime nazi pour que ses horreurs ne réapparaissent plus jamais. Ils tentèrent alors de détruire tout résidu que pouvait représenter cette idéologie. Evidemment face aux horreurs des camps de concentration personne ne critiqua cette décision qui était parfaitement louable. Pourtant on ne peut tuer une idéologie, on ne peut tuer une idée, surtout si celle-ci est inscrite dans l’ADN même de l’Homme, dans l’ADN même d’un système politique. Car un bon système politique repose sur ces trois piliers : la liberté, l’égalité et l’identité.

Si ces mots vous rappellent la devise française c’est justement parce que la France à choisi de former son identité dans la fraternité. Cela nous rappelle encore une fois la sagesse de nos précurseurs.

Aristote affirmait, encore avant, qu’une cité pouvait s’écrouler de deux manières, si elle perdait son identité ou si l’inégalité était trop importante en son sein. La situation d’Athènes était à l’époque comparable à celle que nous connaissons aujourd’hui dans nos sociétés occidentales : des démocraties
ouvertes aux commerces qui souffrent d’inégalité de traitement (entre citoyens, femmes et esclaves). En soi des systèmes qui sont basés sur la liberté et qui doivent veiller à être aussi bons dans les deux autres domaines. Sachant qu’évidemment toutes sociétés sans ces trois principes seraient forcément vouées à disparaître.

Car l’essence même de ces sociétés auraient tendance à s’auto-entretenir. Je m’explique, dans une société libérale il y a tellement de contre-pouvoirs qu’il y a très rarement des problèmes de libertés : souvent les citoyens les dénoncent et les problèmes disparaissent. On ne souffre pas particulièrement de manque de liberté dans nos démocraties occidentales modernes. De même dans un régime fasciste on sait parfaitement qui on est, qui nous servons, qui sont les ennemis, etc. Nous ne souffrons pas franchement de crise identitaire. Et dans un système communiste, théoriquement, l’égalité ne pose pas vraiment problème. Évidemment on pensera forcément aux « apparatchiks » qui sont bien plus riches que le reste de la population mais l’inégalité dans ces régimes restent, in fine, bien moins élevée que dans nos sociétés occidentales.

Alors un système qui choisit une base pour se construire (liberté, égalité ou identité) va devoir veiller particulièrement à ce que les deux autres principes puissent continuer à exister. Ainsi les crises endogènes à notre système aujourd’hui sont bien une crise identitaire et une crise égalitaire, car nous partons avec une base libertaire.

Alors, ce que la gauche et plus largement, notre système politique n’a pas pris en compte, c’est que les crises endogènes peuvent aussi être des crises identitaires et pas seulement égalitaires. Que le terrorisme par exemple n’est qu’une réaction contraire au système capitaliste et à ses valeurs car celui-ci néglige l’identité, l’Histoire des peuples au profit d’un multiculturalisme mondial. Il en va de même pour les idéologies réactionnaires qui ont émergé en Europe par exemple, l’hostilité face aux migrants, etc. Toutes ces réactions sont apparues car depuis des années personne dans le monde politique n’a pris en compte la notion d’identité indispensable à la survie d’un peuple.

Ainsi pour répondre au mieux au besoin de nos démocraties il convient de changer notre regard sur notre spectre politique. Ne plus l’observer comme une ligne où les hommes politiques seraient placés plus à droite ou plus à gauche, mais comme un triangle qui aurait en ses côtés les notions de liberté, d’égalité et d’identité. C’est à cette condition que l’offre politique pourrait s’éclaircir et devenir satisfaisante pour les citoyens, qui ne se retrouvent plus dans leur politique depuis des années.

Enfin je conseillerais l’émergence d’un parti qui serait au centre de ce triangle, un parti qui arriverait à concilier ces trois notions fondamentales au sein de son système politique. Ainsi nos sociétés pourraient progresser sereinement sans craindre l’instabilité politique. Néanmoins j’ai conscience que notre monde n’est qu’instabilité et les chocs exogènes conduiront les démocraties à toujours s’éloigner de ce centre. Mais justement, la stabilité passerait par l’instabilité et si un grave problème identitaire devait apparaître, il serait normal que les votes se déplacent vers ce pôle identitaire. Pourtant à terme, ceux-ci tendront toujours vers le centre de ce triangle, vers l’équilibre idéologique.

Les aventures du Roy Macron et de ses amis les puissants : un week-end studieux en terre biarrote

Quelques jours après avoir reçu le Seigneur Vladimir au fort de Brégançon, notre bon Roy a décidé de changer de lieu – sans doute lassé par la vétusté de sa résidence d’été et de l’unique et modeste piscine qu’il y a fait édifier – et accueille ses nouveaux hôtes du côté du Pays Basque. Très attaché à l’air marin, il prend cependant garde à ne pas s’éloigner de l’eau salée, et décide de les loger dans l’hôtel le plus proche de la plage, plus connu sous le nom d’Hôtel du Palais. Un nom qui ne dépaysera guère le souverain de l’Elysée. Quelle cocasse coïncidence qu’il s’agisse d’un hôtel 5 étoiles, dont le tarif le plus bas ne dépasse pas 525€ la nuit (prenez ça dans vos dents les gilets jaunes et autres gueux, ça vous rappellera les flashballs). Ce qui est bien avec cet hôtel, c’est qu’il possède deux piscines, on y est donc moins à l’étroit qu’à Brégançon. Mais trêve de mondanités, il faut bien reconnaître qu’on ne va pas accueillir les sept mecs les plus puissants du monde au Ibis Budget à côté de l’Intermarché de Bayonne. La France sait recevoir !

Malgré les réticences exprimées par la population locale (le Basque n’est pas réputé pour sa commodité après tout, pourquoi tenir compte de son avis ?), se pose un problème bien plus important : comment accueillir convenablement l’aéronef du Seigneur Donald ? L’option évidente, qui consiste à le faire atterrir à l’aéroport de Biarritz Pays Basque, est évidemment exclue. Réfléchissez un peu, cet aéroport n’accueille que des avions Ryanair, easyJet et Hop!, il ne sied guère au noble Air Force One voyons ! Deux options plus alléchantes s’offrent donc au Seigneur Donald : l’aéroport militaire de Mont-de-Marsan ou le vulgaire aéroport de Bordeaux. Dans tous les cas, le Seigneur Donald ne donnera pas l’information avant d’avoir atterri : le Roy Macron a beau être son ami, les Français ne méritent pas sa confiance pour autant. Dans tous les cas, le Seigneur Donald ne dormira pas avec les 6 autres nobliaux, puisqu’il a décidé que la base militaire de Mont-de-Marsan était plus apte à recevoir son gros cul. Tel est le privilège du milliardaire : délaisser le douillet matelas d’un hôtel de luxe au profit d’un inconfortable lit de camp. Ou alors, celui de faire prendre une armée étrangère pour ses larbins et exiger de faire amener un lit douillet au milieu des lits de camp ?

Puisque nous ne connaîtrons pas le lieu d’atterrissage du séant du riche milliardaire (la redondance n’étant pas mon problème, je me permets ce pléonasme parce que j’en ai envie), abordons dès à présent la problématique pécunière de cette réunion entre canailles haut placées. Le coût attendu n’est que de 36,4 millions d’euros, à peine plus de 50 centimes par Français ! Même pas le prix d’une chocolatine. Quelle somme dérisoire, c’est presque à se demander pourquoi on n’organise pas un G7 tous les soirs. D’autant plus que la porte-parole de la Cour du Roy Macron, aka le gouvernement français, a déclaré que ce coût est bien inférieur à celui des autres sommets similaires, et que si elle le dit, on peut la croire sur parole (à moins bien sûr qu’elle ait un jour prononcé une phrase du type “j’assume parfaitement de mentir pour protéger le président”, mais il faudrait quand même être sacrément con pour faire ça). Tentons donc de résumer la situation, pour tâcher d’y voir plus clair : une réunion entre notre bon Roy et six de ses copains coûte plus de 36 millions d’euros pour à peine deux jours, et on nous déclare bouche en cœur et trompettes sonnantes que la note est non seulement très peu salée, mais qu’elle tirerait presque vers le sucré. Il faut avouer que tant d’hypocrisie, après les manifestations des gilets jaunes et autres sans-culottes, donnerait envie à un anarchiste de gauche d’entamer une carrière politique au sein d’un gouvernement ultra libéral.

Admettons cependant que la bourse du Roy Soleil soit bien garnie, et qu’il puisse ainsi financer facilement un tel événement. Aux dernières nouvelles ce n’est pas le cas, mais bon, qui sommes-nous pour critiquer les décisions prises par notre royal souverain (les pléonasmes ne sont toujours pas mon problème) ? Focalisons-nous alors sur un point qui nous concerne davantage, nous, sujets du royaume de France : nos libertés. Ainsi, cette sympathique réunion dominicale mobilise la bagatelle de 13 200 membres des forces de l’ordre. Somme toute une broutille, d’autant plus que ces mêmes forces de l’ordre n’ont absolument pas été sollicitées ces derniers mois. On s’inspire des méthodes de management des hôpitaux au ministère de la violence légitime. Ces forces de l’ordre étant là pour maintenir l’ordre comme leur nom l’indique (une révélation fracassante, il va falloir vous en remettre), leur présence n’augure rien de bon pour les diverses libertés des sujets. Et ce qui était prévisible arriva : interdiction des manifestations dans tout le BAB – le shérif Castaner est préposé pour tout ce qui concerne de près ou de loin la répression, c’est donc lui qui l’a annoncé – qui force donc les altermondialistes et autres sans-dents à manifester à Hendaye. On pourrait se dire que c’est plus près pour acheter leur tabac à rouler, mais malheureusement pour eux, le passage de la frontière est très fortement déconseillé et surtout, très fortement surveillé.

Mais les restrictions ne s’arrêtent pas là. Naïfs que nous sommes, nous croyions que la liberté de déplacement était acquise tant elle paraît élémentaire et fondamentale : que nenni ! Le centre-ville de Biarritz a été divisé en deux zones, l’une difficile d’accès, l’autre très difficile d’accès. Inutile de dire que sans lettre de cachet, et si vous n’habitez pas dans lesdites zones, il vaut mieux revenir sur vos pas et choisir un autre lieu pour votre promenade digestive. Attention cependant, les restrictions ne se limitent pas au centre-ville de la cité hôte, ce serait trop simple. Divers axes de circulation sont donc bloqués du vendredi au lundi, et les automobilistes sont appelés à utiliser l’autoroute, donc une portion a gracieusement été rendue gratuite par son exploitant (ou alors, peut-être, éventuellement, par pure hypothèse, le Roy lui a promis un dédommagement généreux : les affaires sont les affaires). Il est vrai qu’en cette période estivale, aucun clampin n’aurait l’idée de travailler, et encore moins d’utiliser son véhicule personnel pour s’y rendre. De toute façon, si un seul individu osait rouler au volant de son carrosse Peugeot 206 diesel qu’il n’a pas les moyens de remplacer pour se rendre à la manufacture qui l’emploie, tata Greta serait vraiment contrariée, et personne ne veut rendre tata Greta triste. Après cette brève divagation, revenons au cœur du propos : c’est une sacrée galère pour circuler. Par ailleurs, pompon sur la Garonne, il aura fait beau trois week-ends dans tout l’été au Pays Basque et la plage de Biarritz est interdite d’accès pile pendant l’une des susnommées fins de semaine. De quoi faire enrager le moins retors des Basques.

Dernier point qu’il est nécessaire d’aborder, et non des moindres : depuis le début je mentionne les Basques, mais il est bon de rappeler que les touristes sont légion dans cette région rebelle en cette période. Je suis intimement convaincu que ces touristes seront ravis de ne pas pouvoir accéder au cœur de la ville où ils sont venus passer leurs vacances. Et qu’ils comprendront mieux pourquoi tant de logements étaient disponibles sur Airbnb alors qu’ils s’attendaient à ne trouver que des appartements miteux hors de prix. Quoiqu’il en soit, l’humeur morose des touristes, voire leur absence pour les plus prévoyants, doit certainement réjouir beaucoup de Basques, qui en ont un peu marre des Parisiens, il faut bien l’avouer, mais pas de leur bourse bien remplie. Toutefois, les cordonniers, taverniers et autres apothicaires risquent de nettement moins apprécier cette soudaine désaffection du centre-ville : les deux mois d’été représentant l’immense majorité de leur chiffre d’affaires, je vous laisse imaginer le manque à gagner terrible qu’entraîne une semaine d’inaccessibilité à leur commerce. Bien sûr, des indemnisations sont prévues par l’Etat, car le Roy Macron est bienveillant et ne désire léser personne de quelque façon que ce soit. C’est ainsi qu’il a été décidé d’indemniser les commerçants uniquement s’ils ouvrent leur boutique durant la période, quand bien même ils seraient situés au cœur de la zone rouge et n’auraient donc aucun client pendant une semaine. Une formidable occasion de tester le en-même-temps : on travaille mais on ne fait rien. La bienveillance absurde, nouveau concept qui risque de faire un tabac dans les hautes sphères de l’Etat.

Enki Prado.

La légalisation de trop

Poncif de palabres stériles, sujet éculé en éducation civique, la prostitution s’en va et revient sur la scène du débat public, provoquant de mous remous. Les derniers déchaînements de passions remontent à 2013 : ce sont les débuts de la pénalisation des clients, et la publication de l’élégante « Touche pas à ma pute ! », tribune signée par les autoproclamés « 343 salauds » dans le journal Causette. Parmi eux, des noms qui sonnent comme un refrain : Elisabeth Lévy, Frédéric Beigbeder ou encore Eric Zemmour. Ils sont portes drapeau d’un anti-féminisme branché, à l’odeur de vieille France.

La légalisation de tropTouche pas à ma pute ! s’inscrit dans la ligne légaliste de la prostitution. En France, elle est règlementée et prospère au XIXème siècle. On estime que jusqu’à 25% des Parisiens sont des consommateurs réguliers. Les prostituées ont un statut de citoyennes inférieures, considérées comme des vectrices de syphilis : visites médicales obligatoires, immortalisées par le grand Toulouse-Lautrec, police des mœurs, numérotation, fichage et surveillance policière. Au cours du XIXème siècle, la police dénombre 725 000 arrestations pour prostitution clandestine, contre 155 000 prostituées déclarées. Grâce au combat d’une prostituée, aviatrice, espionne et femme politique, Marthe Richard, les maisons closes ferment définitivement en 1946, dans un climat de méfiance vis-à-vis des lupanars, soupçonnés de collaboration.

Cette petite piqûre de rappel, chinée sur Wikipédia, prend toute sa saveur quand on s’intéresse à la situation bordélique de l’Allemagne d’aujourd’hui. Depuis une loi de 2002, nos chers voisins peuvent profiter d’Eros Centers en toute quiétude. On estime à 400 000 le nombre de personnes prostituées (contre 30 000 en France), selon un rapport du syndicat allemand des TDS, les travailleur.se.s du sexe[1]. En comparaison, seulement 47 nouvelles déclarations sont enregistrées en 2017. L’Allemagne est aujourd’hui la première destination en Europe des femmes et enfants victimes de traite[2]. Comme à Paris au XIXème, les prostituées ne s’enregistrent pas, la plupart sont donc maintenues au secret par leurs proxénètes, qui les font venir d’Europe de l’Est et d’Afrique subsaharienne. Les résultats déplorables de la légalisation commencent à faire jaser chez les conservateurs[3]. La loi n’a pas amélioré les conditions de travail des prostituées, qui sont 2% seulement à aimer leur job, et donne le sentiment à un tiers des juges de faciliter la traite d’êtres humains.

Il y a, parmi les aficionados de la légalisation, un argument-massue. La légalisation fait baisser le nombre de viols autour des bordels[4]. Les études le montrent ! En moyenne, on observe une baisse spectaculaire de 30% du nombre de viols autour des tippelzones, les zones où la prostitution est autorisée aux Pays-Bas. Même constat à New-York. On imagine mal que les violeurs se soient assagis par la simple présence des maisons de passe. Ils ont simplement déporté leur « problème » au bordel. Effrayant, n’est-ce pas, le calcul statistique qui permet de faire disparaître 30% de viols, simplement en monnayant l’acte. Fameux tour de passe-passe comptable. Dernière observation, plus perverse, plus insidieuse : cet argument légitime le désir masculin tout-puissant. Puisqu’ils ne peuvent se contrôler, autant leur fournir un défouloir légal, car commercial ! Oui, les hommes et leur deuxième cerveau, assujettis à leur bestialité, ont le droit à l’affection, ou plus clairement, souffrent de la maladie de misère affective. Soignez-les, les pauvres ! Une petite analogie, qui a ses limites, me vient à l’esprit. Si l’on réunissait des personnes vaguement suicidaires dans une maison, et que l’on autorisait des maniaques à les tuer contre quelque rétribution, le nombre de meurtres diminuerait. Mais pas le nombre de tués.

Mais, il me vient l’envie de faire une petite expérience. Supposons que vendre des services sexuels soit légal, que les individus soient tous libres de disposer comme ils le souhaitent de leur corps et que la traite des êtres humains n’existe pas. Hop ! Bienvenue à Legalopolis, où tout est légal mais tout est contrôlé, surveillé, inspecté, fliqué, contenu, maîtrisé. La prostitution, oui ! Mais encadrée. Par qui ? Par l’Etat ? Les lois dicteraient ce qui est autorisé, ou pas, dans la chambre rouge ? Mais c’est déjà le cas. En Allemagne, toujours nos chers voisins, les gangbangs ne sont plus autorisés dans les Eros Centers[5]. L’Etat a jugé la pratique trop humiliante et contraire à la dignité humaine. Mais bientôt, ne verrons-nous pas défiler des adeptes de cette pratiques, réclamant le droit de disposer de leur corps et surtout de le monnayer de la manière dont iels le souhaitent ?

La légalisation, c’est l’Etat qui rentre dans les chambres à coucher. Son œil inquisiteur, par le judas, s’assurera que les citoyens fassent bien l’amour correctement, contre de l’argent ou pas, mais toujours en respectant la loi. Un centrisme mou prendra le pouvoir dans l’anarchie de l’alcôve.

Cette solution, aujourd’hui mise en place par la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne en Europe, provoque au sein du Parlement Européen de profonds désaccords. En cause, l’incapacité de telles politiques ultra-libérales à enrayer significativement la traite des êtres humains (79% des victimes sont prostituées[6]) ou même à améliorer les conditions de travail des TDS. Seulement 1% d’entre elles sont contractualisées, et leurs conditions de travail n’ont pas changé, voire ce sont dégradées, déplore le seul rapport d’Etat sur le sujet[7]. Le Parlement Européen s’est emparé du sujet en 2014[8]. Conclusion tranchante : le seul système souhaitable en Europe est le système franco-nordique. Il conjugue pénalisation des clients et dispositifs actifs de sortie de prostitution, sans conditions de dénonciation. Extrait des conclusions du rapport parlementaire : «  Les prostituées suédoises sont dix fois moins nombreuses qu’au Danemark voisin où l’achat de services sexuels est légal et la population, moindre. […] De surcroît, la police suédoise confirme que le modèle nordique a produit un effet dissuasif sur la traite à des fins d’exploitation sexuelle. »

Revenons au monde réel. La traite des être humains existe, représente une part variable mais toujours majoritaire des réseaux de prostitution, qu’elle soit interdite ou légale. Mais une petite partie de travailleur.se.s du sexe maugréent et bougonnent dès qu’une loi s’efforce de lutter contre une machine à broyer des vies. Ce qui se passe individuellement derrière les portes closes restera toujours intraçable. La légalisation, c’est une cécité destructrice, complaisante face à ces personnes qui revendiquent la liberté individuelle de profiter de leur bourgeoisie protectrice, et une insulte aux victimes de ce système. Les TDS auront toujours leur iPhone pour contacter leur sugardaddy et pour mettre des paillettes dans leur vie. Au moindre coup, au moindre coût, elles pourront arrêter et rentrer se reposer dans leur lit douillet qui les attendait là de toute façon. Les prostituées, elles, ne peuvent compter que sur la justice pour les sauver.

Anna MÉDAN

 

 

[1] http://fondationscelles.org/pdf/RM5/ALLEMAGNE_extrait_5eme_rapport_mondial_Fondation_SCELLES_2019.pdf (Rapport mondial sur la prostitution, citant le rapport du Strass)

[2] http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/glotip/2018/GLOTIP_2018_WESTERN_AND_SOUTHERN_EUROPE.pdf

[3] https://www.liberation.fr/planete/2014/04/14/prostitution-l-allemagne-doute-de-son-modele_997428

[4] https://marginalrevolution.com/marginalrevolution/2017/10/prostitution-reduces-rape.html (American Economic Journal)

[5] http://fondationscelles.org/pdf/RM5/ALLEMAGNE_extrait_5eme_rapport_mondial_Fondation_SCELLES_2019.pdf (Rapport mondial sur la prostitution, page 6)

[6] http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-8-2016-0205_FR.html

[7] https://www.bmfsfj.de/blob/93344/372c03e643f7d775b8953c773dcec8b5/bericht-der-br-zum-prostg-broschuere-deutsch-data.pdf

[8] http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+REPORT+A7-2014-0071+0+DOC+PDF+V0//FR

Limitons le politiquement correct

En France, la tendance est à prendre des pincettes dans ses déclarations. Cela se traduit, entre autres, par cette habitude fâcheuse que l’on a à mimer des guillemets dès lors qu’on évoque quoique ce soit qui puisse être mal interprété, ou encore un sujet sensible de société. Si l’usage de ces guillemets est par ailleurs incorrect dans la langue de Molière (nous utilisons les chevrons), il est toutefois amusant de remarquer que si nous avons importé le politiquement correct des États-Unis, nous en avons aussi adopté la gestuelle.

Les 5 formes d’intelligence pour affronter l’avenir de Howard Gardner

      En effet, le politiquement correct, que l’on peut définir par « l’habitude d’agir positivement à l’égard d’un certain groupe, pour la seule raison que ce groupe a été maltraité par le passé, et de quiconque se montre critique vis-à-vis dudit groupe » (Howard Gardner, Les cinq formes d’intelligence pour affronter l’avenir) est profondément américain. Traduit de l’anglais « political correctness », ses défenseurs le justifient en s’appuyant sur le postulat – contesté par les linguistes – communément appelé « l’hypothèse Sapir-Wholf », qui développe l’idée que le langage conditionne la pensée (en d’autres termes, un langage sexiste entraine une pensée sexiste par exemple). La réflexion développée ainsi indique que de doux euphémismes seraient plus appropriés pour évoquer certains groupes ou conditions sociales, certains métiers : « non-voyant » pour « aveugle », « hôtesse de caisse » pour caissière », mais encore « black » pour « noir » ou « gay » pour « homosexuel » (oui, le politiquement correct se nourrit justement du franglais).  À quand le « mal comprenant » de Guy Bedos ?

           

Cependant, s’il serait ridicule de s’offusquer de l’emploi de termes moins catégoriques, descriptifs, et somme toute péjoratifs voire dégradants à l’égard de certains groupes, les dérives du politiquement correct sont bien présentes, à commencer par l’imposition du vocabulaire. Il n’est pas rare de sentir que l’on dilue son propos, et si l’exemple de l’homme blanc qui n’ose plus dire « noir » ou « arabe » en public est facile, il en est tout de même une bonne illustration.

“Late Night with Seth Meyers” est une émission-débat américaine de fin de soirée animée par Seth Meyers sur NBC.

Aux États-Unis, où le politiquement correct est moins diffus et bien plus présent, on réussit à le tourner en dérision, avec les séquences comme « Jokes Seth can’t tell » (Les blagues que Seth ne peut pas dire). Dans cette séquence du Late Night show animé par l’animateur star Seth Meyers, quadragénaire blanc hétérosexuel, des intervenants issus des minorités (ethniques, LGBT) énoncent les chutes de blagues qui pourraient être considérées racistes si elles sortaient de la bouche du présentateur.

 

En France, toutefois, nous ne possédons pas encore le recul nécessaire pour avoir la vision d’ensemble des caractéristiques que le politiquement correct prend – et c’est tout le problème. Quand on étiquette tabous des termes employés au quotidien, mais aussi des éléments de réflexion, on oriente fortement le débat par une pression sourde, qui se réclame d’un soutien majoritaire (mais jamais évalué) de la population. Les raccourcis avec le Novlangue Orwellien semblent-ils si éloignés ?

Si la thèse semble a priori incongrue, elle n’en est pas moins fondée. Prenons l’exemple de Michèle Tribalat, démographe émérite à l’Ined (Institut national d’étude démographiques). Pourtant fervente critique de l’extrême droite et de ses méthodes (elle signe en 1998 Face au Front national : arguments pour une contre-offensive), on lui affuble dès le début des années 2000, suite à sa prise de position en faveur de statistiques ethniques, une pensée raciste, qui lui vaudra sa carrière et qu’elle dénoncera comme une « nazification de l’adversaire ». On retrouve ici la définition du politiquement correct du philosophe André Comte-Sponville in L’avenir du politiquement correct (2011) : « la tyrannie des bons sentiments, de la morale qui prétend s’appliquer hors de son ordre ». L’exemple est d’autant plus criant qu’il met en exergue la bien-pensance développée par le politiquement correct : on en arrive à vouloir limiter les éléments qui permettraient d’affirmer une réflexion, de peur qu’elle ne soit pas « acceptable ». 

Mais alors, face à ce constat, que faire ? La réponse doit être collective, claire et publique : pour limiter l’autocensure, tournons-là en dérision. Après tout, si on arrive à rire de la pensée unique qui s’installe discrètement, peut-être pourrons-nous mieux l’identifier dans tous ses aspects. Quoiqu’il en soit, si nous continuons à abandonner les réquisitoires contre le politiquement correct à l’extrême droite, un phénomène aussi paradoxal que malheureux fera son apparition : le bon sens servira le populisme.

Alban SIBAUD

Qu’est-ce qui est jaune et qui attend?

Les Gilets jaunes sont des plus nombreux à Toulouse

En jetant un coup d’œil au classement des personnalités préférées des Français, on remarque surtout des célébrités très consensuelles, des Omar Sy, des Jean-Jacques Goldman. Des individus qui n’ont jamais fait la moindre vaguelette. Au contraire, au rang des personnalités les plus détestées, uniquement des personnes très politisées, à l’instar d’Alain Delon ou de Nicolas Sarkozy. L’absence d’idée politique claire rassemble les Français : de là vient l’immense popularité du mouvement des Gilets Jaunes.

Le mouvement dès le départ, se réclame apolitique, dépourvu d’organisation syndicale, de toute façon socialiste. Sur les plateaux, on invite des Gilets Jaunes qui martèlent et qui s’égosillent à qui mieux mieux : le mouvement est a-po-li-tique. Il est apolitique. Il est surtout apolitisé. Car les personnes qui ont initié le mouvement n’ont que faire des luttes de pouvoir entre les partis, et les piètres tentatives de quelques hommes politiques délavés pour incarner le mouvement se sont soldées par une cuisante indifférence. Des personnalités de droite dure surtout, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan. La gauche, poltronne ou pudique, s’est tue. La rumeur qui émanait des ronds-points n’exigeait pas l’augmentation du nombre de tranches fiscales.

Etranglée entre des obligations présentielles en Assemblée et une inexpérience en communication, il n’est pas étonnant qu’une néo-classe politique entière soit en lévitation au-dessus de la vraie France, celle que décrit Jacline Mouraud dans sa vidéo virale sur Facebook. Les revendications ne peuvent plus emprunter les voies traditionnelles pour remonter à Paris. Ajoutez à ce blocage des commentaires au mieux maladroits, au pire franchement méprisants (« nous avons été trop subtils »). L’erreur a été de croire que ces députés LREM porteraient la voix du milieu d’où ils viennent. Ils portent finalement la voix de celui qui les a adoubés, j’ai nommé le Président de la République. Face à un problème aussi profondément politique, la colère des Français s’est cristallisée autour d’un mouvement qui a eu l’intelligence, (ou la chance ?) de ne pas y répondre politiquement, au sens traditionnel, au sens de la création d’un parti. La création d’une liste « Gilets Jaunes » pour les européennes signe la fin de la particularité, de la popularité, du plébiscite presque, que suscitaient ces casseurs bien-aimés de radars inquisiteurs.

Cette fin est aussi signée par une distanciation des classes moyennes et moyennes supérieures. Elles soutenaient ce mouvement, libéral et anti-taxes, comme 80% des Français. Ecrasées par la fiscalité, ça faisait longtemps qu’elles n’avaient pas senti qu’une manifestation « traditionnelle », d’ordre économique, leur parlait. N’ayan

Un manifestant gilet jaune réclamant le RIC samedi 15 décembre à Paris.

t jamais eu la culture du conflit social, elles se sont reposées pour défendre leurs intérêts sur la frange pauvre qui a occupé les autoroutes. Mais les semaines passant, les actes s’enchainant les uns après les autres, le beauf, au côté exotique de prime abord, est assez rapidement devenu gênant. Sur la forme, être assimilés à ces moyens-pauvres, voire pauvres, n’est plus attirant. Le mouvement a également trouvé une panacée appelée RIC, dont les moyens-riches n’ont que faire. Le fond ne les intéresse donc plus non plus.

Les Gilets Jaunes sont la conséquence directe du dégagisme qui a animé toute la campagne présidentielle 2017. En lieu et place d’hommes politiques expérimentés, apparatchiks roublards, des « barons » de partis, vieux hommes blancs, nous avons eu une brochette de nouveaux visages. Drapés dans le manteau immaculé du renouvellement, ils se sont révélés incapables de relayer le ras-le-bol croissant, assourdissant même, d’une grande partie des Français. Le manteau immaculé n’était que la fourrure du blanc mouton qui marche, qui marche toujours.

Anna MÉDAN