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La Turquie : nouvel acteur majeur des relations internationales ?

La Turquie : nouvel acteur majeur des relations internationales ?

Pour comprendre la politique de Recep Tayyip Erdogan, et donc de la Turquie à travers lui, il faut retourner aux origines du mal-être de la Turquie : le traité de Sèvres de 1920. Lors de la signature de ce traité, l’empire ottoman, nouvelle Turquie, a perdu plus de 1 million de km2, soit 60% de son territoire. Cela représente le point de départ d’un sentiment d’infériorité : les Turcs se sentent à l’étroit dans leurs frontières. Cela explique à la fois la politique agressive de Erdogan envers les Kurdes, qui veulent former un Kurdistan autonome en prenant une partie du territoire de la Turquie, et sa volonté de former une alliance avec la Russie pour s’imposer sur la scène internationale.

 

Que dire de la Turquie au PMO ?

Suite à une tentative de Coup d’Etat en 2016, soi-disant par un opposant au régime, Erdogan resserre son emprise sur le pays, qui est ainsi devenu une dictature. Il en profite pour se détacher de l’OTAN et se tourne vers la Russie dès aout 2016. En parallèle, la Turquie s’immisce petit à petit dans les affaires du Moyen-Orient. En effet, cela est du à plusieurs raisons : tout d’abord, la présence des Kurdes sur le territoire turc. La peur extrême de la Turquie est qu’un des trois autres pays où se situent les Kurdes (Irak, Syrie et Iran) leur accordent leur indépendance. Cela pourrait ainsi inciter la minorité kurde en Turquie à se soulever et réclamer, à son tour, son indépendance. Rappelons que le peuple turc se sent déjà à l’étroit au sein de ses frontières, donc il craint plus que tout de perdre à nouveau des territoires. Or, en 2005, un Kurdistan autonome est créé en Irak. A partir de cette date, la Turquie multiplie ses opérations militaires dans le nord de l’Irak, où se situe le Kurdistan autonome. Durant ces attaques, l’armée turque touche aussi des haut-gradés de l’armée irakienne. De plus, la Turquie se sert de l’excuse de la présence de Daesh dans la région, et plus particulièrement dans des camps kurdes, pour attaquer ces derniers. La Turquie veut donc apparaitre comme un arbitre régional, notamment en s’opposant contre Daesh ou en soutenant le président El Sarraj, légitimement élu et victime d’un coup d’Etat, en Libye.

Pour résumer les relations de la Turquie avec le reste du Moyen-Orient, un mot suffit : la peur. En effet, la Turquie fait peur : peur à l’Irak à cause de la présence du Kurdistan autonome, peur à la Syrie à cause de ses interventions militaires, peur au Yémen, puisqu’elle essaie de s’immiscer dans la guerre civile qui détruit déjà le pays, peur à l’Iran car elle essaie de s’imposer comme nouveau leader sunnite, et donc à l’encontre du chiisme. Mais la Turquie a aussi peur : peur de la Russie qui s’impose aussi sur son « pré-carré », peur de l’Union Européenne qui entretient des relations avec les pays du Caucase, peur des Etats-Unis qui la sanctionnent à cause de ses achats de missiles S-400 à la Russie. Cependant, si la Turquie est aujourd’hui une acteur majeur et incontournable au Moyen-Orient, ses relations au reste du monde sont bien moins claires, même si elle tend à s’imposer comme une nouvelle alternative face à l’american way of life qui s’est répandu dans le monde entier.

 

Que dire de la Turquie sur la scène internationale ?

Avant tout, il est important de noter la situation géographique de la Turquie. Cette dernière est un véritable carrefour entre l’Europe, le Moyen-Orient et la Russie. Cette position lui permet de bénéficier de certains avantages. En effet, la Turquie peut très facilement décider de se tourner vers l’une ou l’autre de ces régions pour commercer ou étendre son influence. Par exemple, pendant près de 50 ans, la Turquie a tenté d’intégrer l’Union Européenne. De 1964 aux années 2010, elle a renouvelé ses demandes d’entrer dans l’Union et oeuvré pour normaliser ses relations avec l’Europe. Cependant, lors de son arrivée au pouvoir, Erdogan a préféré se détourner de l’Europe pour se recentrer sur la Russie et le Moyen-Orient. Ainsi, Poutine et Erdogan sont aujourd’hui vus comme un duo incontournable du Moyen-Orient. Malgré des dissonances internes, comme la guerre civile en Libye ou les combats armés en Syrie, le duo Poutine-Erdogan gagne petit à petit en puissance et en résonance, notamment dans le Caucase (région correspondant à l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie). En effet, les deux pays essaient d’y imposer leur influence, afin de pouvoir remilitariser la région, et asseoir leur position de « troisième pôle » dans le monde multipolaire qu’ils prônent.

D’un point de vue commercial, il est primordial de noter que la Turquie est très dépendante de l’extérieur, et notamment de la Russie en termes d’importations énergétiques (la Russie fournit 11% des biens de la Turquie). De plus, la Turquie a plutôt un rôle de sous-traitant dans le commerce international : elle transforme des produits bruts, mais ne les accompagne pas jusqu’à leur statut de produits finis, ce qui fait qu’elle n’est pas indispensable dans le commerce, et ne possède surtout aucun monopole. A l’inverse, la Russie est indépendante en termes énergétiques, notamment au niveau du gaz, puisqu’elle possède 25% des réserves naturelles de gaz, et se situe donc en première ligne dans le cadre des exportations.

Ainsi, malgré un rattrapage significatif de la Turquie dans les relations internationales, elle possède encore des problèmes intrinsèques aux relations internationales qui l’empêchent de se positionner, pour l’instant, comme réelle puissance majeure du monde.

 

Par Elise CASADO

Épuisement des matières premières : la France sous dépendance

Épuisement des matières premières : la France sous dépendance

La concentration des matières premières dans un nombre restreint de pays, à la situation politique souvent instable, crée une situation de dépendance vis-à-vis de la France, mise en évidence dernièrement par la crise sanitaire. Cette dernière a conduit à une prise de conscience des pays occidentaux sur leur assujettissement à l’égard des économies asiatiques et en particulier chinoises.

 

Les réserves s’épuisent

D’après une étude réalisée, sur 36 métaux analysés, plus de 10 d’entre eux deviennent rares en raison de gisements insuffisants ou de production concentrée sur une partie du globe. Ainsi, l’étain, le néodyme sont concernés, mais aussi le chrome dont les réserves devraient s’épuiser totalement dans les 17 prochaines années.  La situation pourrait devenir critique pour la production des cellules photovoltaïques ou des aimants d’éoliennes utilisant certaines de ces matières premières. De même, la rareté progressive du cobalt détenu à 58 % par la République démocratique du Congo et utilisé pour la confection des batteries des véhicules électriques pourrait ralentir le développement de celles-ci. En effet, d’après le 32ème rapport Cyclope sur les marchés mondiaux de matière première, le prix moyen du cobalt sur l’année 2017 s’est élevé à 61 200 dollars la tonne, soit une multiplication par 2,2 par rapport à 2016, et même 75 500 dollars la tonne fin 2017. Si en 2020, la chute du cours du pétrole due à la pandémie a entraîné  une chute de l’indice de 19 points, le Cyclope prévoit pour 2021 cette fois une hausse du prix de 19 points de nombreuses matières premières (aluminium, beurre, cacao, charbon, gaz, fer, laine, or, pétrole ou soja.) En effet, faute d’activité économique, le coût du transport a été augmenté par 6, et l’arrêt de la production américaine et la zone Pacifique préemptent alors tous les volumes à des prix bien plus élevés qu’en Europe. Nous arrivons à un stade où les importations vers l’Europe sont plus nombreuses que les exportations de l’Europe vers les pays étrangers. L’importation étant la variable d’ajustement des besoins en Europe, son arrêt a provoqué une crise amplifiée par la prise de mesures strictes pour arrêter la propagation du virus : le confinement.  La France a ainsi dû faire face à de grandes difficultés d’approvisionnement, ressenties à cause de modèles industriels et économiques basés sur de la désindustrialisation, une division internationale du travail, le tout rythmé par une mondialisation omniprésente. S’ajoute à cela les mesures drastiques prises pour tenter de freiner la propagation du virus qui a stoppé net les importations de nombreux produits et a donc amplifié le problème. Cependant, si en Chine, comme partout, de nombreux ports ont arrêté leur activité et la production a été fortement ralentie, la reprise industrielle de la Chine, contrairement à l’Europe, s’est faite bien plus rapidement, à la fin de l’année 2020. Par conséquent, les Européens ont pris conscience du poids du très fort développement économique de la Chine sur les échanges de matières premières, (le pétrole, les métaux, les terres rares, le gaz naturel), de ce pays devenu le premier importateur mondial de produits agricoles et en particulier les céréales.

 

Dépendance chinoise certes mais également européenne

La dépendance de la production française à l’égard de l’offre chinoise a presque été multipliée par 10 entre 1995 et 2014 (selon une récente étude du Centre d’Études Prospectives et d’Information Internationales), elle est passée de 0,09% à 0,85% dans la production française alors que la demande a été multipliée par 6, passant de 0,12 à 0,72.  La Chine n’est cependant pas le seul pays à détenir la majorité des ressources en matières premières. Si à elle seule elle contrôle ainsi plus de 80 % des terres rares, selon Alcimed, société de conseils (Pour le tungstène, par exemple, 90 % de la production est chinoise), la Russie et l’Australie concentrent beaucoup de gisements. Mais le Brésil possède 80% des réserves de niobium, l’Afrique du Sud détient la majorité du platine, la Turquie le marché du fluor et la République du Congo, le cobalt mentionné plus auparavant, matières premières souvent extraites dans des conditions contestables (enfants, dangereux…)

Si l’Union européenne est majoritairement dépendante de la Chine, ne serait-ce que pour les batteries électriques, l’économie française, finalement n’est parfois pas si dépendante que cela. D’après une analyse du Trésor, sur une catégorie de 121 produits considérés comme essentiels représentant “un risque élevé de pénurie en cas de choc” et concentrés sur un nombre faible de fournisseurs (lampes LED, couvertures en fibre synthétique…), seulement 12 viennent de Chine.  Ces produits ayant une alternative dans d’autres pays, la France pourrait s’approvisionner en dehors de la Chine.

L’étude montre cependant que la France reste avant tout dépendante des autres pays de l’Union européenne puisque la part de cette dernière demeure prépondérante même si elle a diminué. (En 1995 la part de l’Union européenne comptait pour 58% de la dépendance de la production française à l’offre étrangère, et pour 52% de celle à la demande et en 2014 comptait pour 50% et 47%). De plus, d’après une analyse faite sur les importations de 5000 catégories de produits, le Trésor, chargé de l’enquête, affirme que “la vulnérabilité des importations françaises hors-UE apparaît comme faible” puisque 4000 sont importés de l’Union européenne alors que seulement 1000 proviennent des pays en dehors de l’Union européenne.

 

Est-il possible de réduire cette dépendance ?

Dans notre économie mondialisée où les risques de ruptures d’approvisionnements sont nombreux, comme l’a prouvé la crise sanitaire, il est essentiel de sécuriser les approvisionnements. Gérer les risques liés à la chaîne d’approvisionnement de la Chine est un enjeu majeur et une préoccupation partagée par toute l’industrie. Ainsi, promouvoir le dual sourcing et ainsi disposer en permanence de deux fournisseurs homologués permet à l’acheteur, contrairement à une stratégie de mono-sourcing de modifier la répartition de ses achats et par conséquent avoir davantage de prise de pouvoir. Cette méthode permet aussi de faire face à une potentielle évolution critique de la relation commerciale. Par conséquent, le dual sourcing implique une phase d’homologation plus importante pour le client final, mais un gain en sécurité. Par ailleurs, doivent également être pris en compte des situations des fournisseurs et ainsi gérer les tensions des délais, des annulations ou reports. Cependant, certains économistes énoncent également que la chute de l’offre à cause de la crise sanitaire est surtout une question économique et n’a pas grand-chose à voir avec la sécurité des approvisionnements.

Le développement du recyclage peut aussi être une solution. En effet, le positionnement en local avec un coût plus élevé mais basé sur des critères écologiques est de plus en plus légitimé par les entreprises, les consommateurs et les circuits de distribution. Par exemple, Renault s’engage à stopper ses extensions à l’étranger et à développer sa voiture électrique sur le territoire français tandis que Sanofi souhaite créer une entité indépendante pour lesquels les sites de production seront basés majoritairement en France et dans quelques pays voisins. Dans l’avenir, la production de matière pour l’industrie devra davantage se tourner vers des ressources recyclées plutôt que des ressources dites vierges. Cela permettrait de rendre l’économie “circulaire” et ainsi ralentir l’épuisement des ressources, et donc promouvoir les filières de recyclage de déchets industriels. Pourraient donc également être développées des filières technico-économiques viables, en parallèle de celles du recyclage des produits post-consommation et donc réduire la quantité de déchets inutilisables. L’inconvénient est que le recyclage fonctionne bien pour certaines filières (étain, tungstène ou l’indium avec un tiers de l’offre provenant de matières recyclées), mais assez mal pour d’autres, souvent pour des raisons de faisabilité. Par ailleurs, l’Union européenne dépend beaucoup trop de pays non européens, comme la Chine, pour certaines matières premières nécessaires à sa transition numérique et verte et vient donc freiner le processus. Tout en sachant que la gestion de déchets en France reste grandement à améliorer, puisqu’une infime partie de ce qui est recyclable est réellement recyclée. Enfin, l’hexagone a néanmoins consacré avec son plan Relance à travers son volet “Relocaliser” plusieurs milliers d’euros au soutien à l’investissement sur certains secteurs stratégiques comme la santé, l’agroalimentaire, les télécommunications ou l’électronique. Un soutien public au développement de nouvelles capacités productives sur le territoire pourrait éventuellement contribuer à l’amélioration de la situation, mais une grosse partie reste à faire.

 

 

Par Léa MENARD

Missions à bord de la Station Spatiale Internationale

Missions à bord de la Station Spatiale Internationale

Missions à bord de la Station Spatiale Internationale : gabegie financière et voyage de luxe pour une poignée d’élites ou réel investissement financier et humain au service du bien commun et du progrès ?

 

Préparation d’une mission à bord de la Station Spatiale Internationale

Embarquer à bord de la Station Spatiale Internationale pour partir à la conquête de l’espace et mener à bien différentes missions n’est pas donné à tout le monde. En effet, la préparation à une mission spatiale est un travail de longue haleine, il s’agit d’une succession d’étapes constituant un véritable défi pour ceux qui ont décidé de partir à l’aventure et qui ont été sélectionnés pour contribuer à cette expérience unique. Chaque région du monde a son propre centre de formation, et son propre programme en fonction de la mission qui est confiée aux astronautes.

Les spationautes européens commencent leur formation à l’EAC (European Astronaut Centre) situé à Cologne en Allemagne. Ce centre a été créé en 1990 pour soutenir les programmes spatiaux européens et accompagner les candidats dans leur préparation pour la mission à laquelle ils ont été affectés. L’EAC est également responsable du suivi des équipes en mission, de l’assignation des vols et de la coordination avec les Etats partenaires de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Il assure aussi le suivi médical des spationautes tout au long de leur mission.

Généralement, les formations comprennent deux grandes parties, l’instruction scientifique et théorique puis la mise en pratique avec de nombreuses heures d’entraînement, de simulation et de mise en situation.

En ce qui concerne la partie théorique, une fois assignés à leur mission, les spationautes doivent suivre de longues heures de formation condensées durant lesquelles leur sont enseignés toute la technologie, les équipements et le matériel embarqués à bord de l’ISS ainsi que toutes les fonctionnalités qui s’y rapportent. Les astronautes doivent assimiler tous les savoirs fondamentaux relatifs aux vols spatiaux habités. Parmi les principales disciplines dispensées au cours de leur formation théorique, figurent l’informatique et la mécanique spatiale ainsi que la science des réseaux qui est une discipline orientée vers l’étude des relations, des liens et des interconnexions entre différents éléments, différentes matières qui n’ont pas le même aspect dans l’espace que sur Terre, notamment en raison de l’absence de pesanteur.

Les spationautes doivent maîtriser toute la technologie, le fonctionnement de chaque équipement, l’intégralité des procédures de pilotage et de conduite de la station, sur le bout des doigts. En cas de panne d’un équipement, ils doivent être en mesure d’identifier l’origine et la cause de cette dernière et de résoudre le dysfonctionnement le plus rapidement possible. La moindre erreur pourrait s’avérer être fatale car en plus de mettre fin à la mission, elle pourrait coûter la vie aux êtres humains présents à bord de la station. La formation des spationautes est dispensée par des instructeurs des différentes agences spatiales et des instructeurs d’entreprises sous-traitantes comme le Massachussetts Institute of Technology (MIT). Les instructeurs testent les aptitudes analytiques des astronautes ainsi que leurs aptitudes en termes de réactivité. De longues heures de formation sont dédiées à l’apprentissage du pilotage de la station, la manipulation des différents équipements présents à bord et à la simulation de différents cas de figure qui pourraient se présenter au cours d’une mission (sauvetage, intervention médicale, sortie extravéhiculaire, résolution de pannes, etc…).

Outre les capacités intellectuelles des spationautes, ce sont la capacité de résistance corporelle et les conditions physiques de ces derniers qui sont mises à rude épreuve. Tout au long de leur parcours de formation, les astronautes vont devoir réaliser différents exercices mettant en jeu leur capacité de résistance physique et corporelle. Parmi ces épreuves, figure l’essai au cœur de la centrifugeuse, une capsule localisée à l’extrémité d’un bras mécanique de 18 mètres de long. L’objectif de cette épreuve est de préparer le corps des spationautes à affronter des forces d’une intensité extrêmement élevée mais qui sont nécessaires pour la poussée lors du décollage de la station et aussi lors de d’autres phases de vol soumises à des niveaux de pression considérables. L’équilibre des spationautes est mis à l’épreuve lors de leur passage sur la chaise tournante où ils sont amenés à pivoter sur eux-mêmes. La plupart du temps, les astronautes ressentent une sensation de déséquilibre car leur oreille interne subit une perturbation à la suite des mouvements successifs et du changement de pression. Cette désorientation est bien connue des hommes de l’espace et le plus souvent, elle se traduit par des maux de tête et des nausées. On parle alors dans ce cas de figure, de mal de l’espace. Les astronautes sont soumis à de nombreuses autres épreuves comme des vols paraboliques en apesanteur. Avant leur départ, passage obligé, les spationautes ont l’obligation d’essayer leur combinaison et de passer une série de tests en laboratoire, plus précisément dans une chambre barométrique, au sein de laquelle sont simulées des variations de pression pour déceler la moindre anomalie ou fuite. Cette batterie de tests permet de vérifier la performance de la tenue spéciale que l’astronaute sera amené à porter lorsqu’il sortira de la navette spatiale pour s’immerger dans l’espace. Cette tenue est conçue pour lui permettre de supporter la pression et la température hors navette.  A l’intérieur de la combinaison, une pression égale à 29,6 KPa est recommandée pour que le spationaute puisse mener à bien ses opérations hors de la navette spatiale.

 

Maintenant que nous avons expliqué en détail comment se déroule la préparation des spationautes avant le début d’une mission à bord de l’ISS, nous allons nous intéresser de plus près à l’intérêt, et aux réels avantages qu’offrent les expériences spatiales à bord de l’ISS.

 

Conquêtes spatiales à bord de l’ISS : gouffre financier ou réel bénéfice pour la planète et l’humanité ?

La station spatiale internationale est souvent l’objet de vives critiques, principalement en raison de son coût qui représente une somme totale de 150 milliards de dollars. Il est vrai que cela peut paraître assez conséquent à première vue mais, lorsque nous regardons les choses de plus près et que nous nous rendons compte de tout ce que ces expériences nous apportent en termes de savoirs au service de la science, du progrès, de l’humanité et de la planète, nous réalisons alors que ce coût monétaire est bien moindre par rapport à la valeur ajoutée dont nous bénéficions de ces expériences.  En effet, l’ISS constitue un laboratoire plein d’atouts pour les scientifiques et les chercheurs, notamment en raison de l’absence de pesanteur qui permet de faire des découvertes et de mener des expériences qui seraient impossibles ou très difficiles sur Terre. La pesanteur présente sur Terre masque certains phénomènes physiques observables et exploitables depuis l’espace. A titre d’exemple, les recherches menées dans l’espace à bord de l’ISS ont permis des découvertes et des avancées considérables dans le domaine de la chirurgie optique. Jean François Clervoy, astronaute et membre de l’Agence Spatiale Européenne a déclaré que « toute la technologie qui permet d’opérer les problèmes de vue a été mise au point dans l’espace ». Il en est de même pour d’autres domaines comme celui des transports. Des travaux menés dans l’espace à bord de l’ISS ont permis de mettre au point des technologies et des dispositifs rendant les moyens de transport comme l’avion ou le train plus sûrs.

 

A bord de l’ISS, les expériences menées par les scientifiques et les chercheurs constituent de réelles avancées dans un large panel de domaines parmi lesquels nous pouvons citer :

 

 

  • La médecine, la santé 

Au cours de la mission Alpha à laquelle Thomas Pesquet participe en ce moment même, plusieurs expériences d’ordre médical vont être conduites.  Dreams est une expérimentation au cours de laquelle le sommeil des astronautes à bord de l’ISS va être examiné avec précision. En présence d’une pesanteur très faible voire quasi inexistante, l’ensemble des paramètres et du cycle physiologique humain s’en trouvent perturbés. Lors d’un voyage dans l’espace en orbite autour de la Terre, il n’y a plus de cycle naturel jour/nuit et le corps humain doit s’habituer à une nouvelle atmosphère, un nouvel environnement, à de nouvelles conditions de vie qui lui sont totalement étrangères. En moyenne, les astronautes et toutes les personnes présentes à bord de l’ISS voient le soleil se lever et se coucher 16 fois en 24 heures. La micropesanteur et l’absence de cycle jour/nuit causent d’importants troubles du sommeil. Dans le cadre d’une préparation à des voyages plus longs en vue d’aller sur Mars, il est primordial d’analyser le sommeil des personnes présentes à bord de la station spatiale, d’étudier de près ses caractéristiques, les causes de sa perturbation, de son dérèglement et de trouver et mettre en place des solutions visant à limiter les impacts sur ce dernier. La mission est effectuée à partir d’un démonstrateur technologique qui devrait permettre de développer un outil d’études du sommeil appelé aussi « bandeau du sommeil » pour être exploité durant les vols spatiaux habités de longue durée.

Lors de la mission à bord de l’ISS qui est en cours, des études vont être conduites sur le vieillissement du cerveau à l’échelle moléculaire. L’expérience se nomme « Cerebral Ageing » et elle vise à comprendre les mécanismes du vieillissement des cellules cérébrales. L’ISS est un environnement parfaitement adéquat pour pouvoir observer le vieillissement cellulaire et l’impact des radiations sur la physiologie humaine. L’analyse moléculaire ne pouvant s’effectuer sur des organismes vivants, c’est l’utilisation d’organoïdes cérébraux qui rend l’expérimentation possible. Il s’agit de structures 3D complexes constituées de cellules neuronales ainsi que d’autres types de cellules présentes dans un cerveau en développement. Le principal objectif est de démontrer que ces structures cellulaires fabriquées sur Terre peuvent être envoyées dans l’espace puis ramenées sur Terre pour être analysées. Ces expériences présentent une double utilité. D’une part, elles constituent un excellent moyen pour identifier et comprendre les causes du vieillissement cellulaire et par la même occasion à mieux maîtriser les mécanismes de certaines maladies génétiques, notamment celles provoquant un vieillissement prématuré chez les enfants qui en sont atteints (pathologies progéroïdes). D’autre part, ces études sont nécessaires pour évaluer l’impact de la micropesanteur, d’une exposition prolongée aux radiations ionisantes et du confinement dans une capsule fermée sur les conditions physiques et la santé des personnes en mission dans l’espace. Une excellente condition physique et une santé de fer sont de mise pour pouvoir participer à des vols spatiaux habités de longue durée, comme pour aller sur Mars par exemple.

 

Des études sur la psychologie des astronautes ont été effectuées lors de missions précédentes bien que celles-ci ne figuraient pas parmi les expériences prioritaires à mener. Un ancien astronaute a affirmé que ces études constituaient une opportunité unique pour les psychologues. Quel est l’impact d’un si long voyage confiné sur le mental et la psychologie des astronautes ? Des résultats qui ne seront peut-être pas évidents à mettre en relief mais qui ne seront pas pour autant inutiles. En effet, une bonne santé mentale des astronautes participe à la réussite des missions.

 

  • L’environnement et la préservation de la planète

Dans le cadre de la mission Alpha menée par Thomas Pesquet lors du voyage spatial qui a lieu en ce moment même, des expériences nommées respectivement « Renewable Foam » et « Edible Foam » vont être menées. Leur objectif premier est de tester des matériaux réutilisables et réduire ainsi la quantité de déchets à bord de la station spatiale. L’entreprise bretonne ComposiTIC est à l’origine de l’initiative. En effet, celle-ci a mis au point un emballage entièrement constitué de mousse biodégradable, capable de résister aux chocs et au décollage d’une fusée. Cet emballage servira à stocker et à conserver de la nourriture. Il a été conçu de manière à ne pas endommager le matériel présent à bord de l’ISS. Jusqu’à maintenant, les emballages pour la nourriture étaient assemblés à bord de l’ISS et ils étaient fabriqués avec de la mousse dont les composant étaient des dérivés du pétrole. Ces mousses grises étaient encombrantes et inutiles une fois utilisées.

L’espace offre la possibilité aux spationautes et autres personnes présentes à bord de l’ISS d’observer les phénomènes climatiques et météorologiques qui se manifestent sur Terre. Les informations enregistrées depuis l’ISS dans l’espace, nous renseignent sur l’état des glaces de nos pôles et la montée du niveau des mers et des océans. C’est depuis l’espace que nous sommes capables de mesurer l’évolution des températures globales et de déterminer ainsi de meilleures méthodes de gestion des cultures agroalimentaires ou encore de mieux lutter contre le phénomène de déforestation. Grâce à toutes ces observations, nous sommes en mesure de mieux comprendre les phénomènes de changements climatiques et ainsi de mieux nous y adapter.

A la suite de son premier voyage dans l’espace, Thomas Pesquet avait pris conscience de l’ampleur du changement climatique. Il avait déclaré ceci : « Cette expérience en orbite met en avant des phénomènes globaux qui nous dépassent, comme le changement climatique, à une échelle qu’on peut mieux comprendre », « On voit la pollution des rivières, on voit la fonte des glaciers, on voit les coupes dans les forêts mais aussi la pollution de l’air au-dessus des grandes villes qu’on ne peut même pas photographier »

A la Suite de sa prise de conscience, l’ONU et son agence sur l’alimentation (FAO) ont choisi Thomas Pesquet comme ambassadeur pour « défendre l’action contre le changement climatique et la transformation des systèmes agroalimentaires“. “Nous avons besoin de l’aide de chacun. Nous avons besoin de la science. Et nous devons agir, surtout (…) Thomas Pesquet nous apporte une perspective unique, un point de vue depuis l’espace » a déclaré Monsieur Dongyu, patron de la FAO.

 

Nous venons de citer deux domaines majeurs pour lesquels les missions spatiales à bord de l’ISS ont permis des avancées majeures mais ce sont loin d’être les seules.

 

L’ISS nous offre de nombreux avantages autres que les expériences et les recherches scientifiques.

La station spatiale est porteuse de nouveaux emplois. En effet, plutôt que de payer en cash sa contribution aux programmes spatiaux, l’Europe privilégie l’échange de services. Elle embauche par exemple des personnes en charge de fournir toutes les ressources nécessaires au bon déroulement du vol et des missions à bord de l’ISS. Ces personnes assurent l’approvisionnement en nourriture, en eau, en électricité, en carburant et ce, pour l’ensemble des ressources dont les spationautes auront besoin pour mener à bien leur mission. Les programmes spatiaux européens et les missions à bord de l’ISS permettent à près de 10.000 personnes de travailler. L’Europe contribue bien plus en assurant des services tels que ceux cités précédemment que si elle se contentait de payer uniquement la valeur de sa contribution en cash.

 

En matière de coopération internationale, l’ISS est un véritable atout. Des spationautes venus de toutes les régions du monde collaborent et travaillent ensemble sur des missions de plusieurs mois. Les pays participant aux missions travaillent et avancent ensemble sur les projets et les financent ensemble. Ainsi, chaque nation participant aux missions spatiales à bord de l’ISS contribue à l’assemblage de la station spatiale et aux coûts de copropriété. Selon les dires de Jean-François Clervoy, « pour faire simple, tout le monde paie pour pouvoir envoyer une partie de ses astronautes, pour une durée déterminée, dans l’ISS ».

 

Pour conclure, l’ISS est porteuse de nombreuses vertus, elle offre des avantages considérables sur le plan scientifique, humain, environnemental et géopolitique. Pour revenir à ce que certains lui reprochent, à savoir son coût, la somme totale déversée ramenée par habitant est minime. Un programme spatial à bord de l’ISS coûte un euro par an et par habitant. Comme le dit très bien Jean-François Clervoy, « la recherche n’a pour but de gagner de l’argent mais du savoir ».

 

 

 

Par Nolwenn DALLAY

La guerre sans fin des générations ou la futilité de blâmer le boomer

La guerre sans fin des générations ou la futilité de blâmer le boomer

La chasse au boomer n’en a pas fini même en période de covid. En effet, il n’était pas rare d’entendre avant l’arrivée des variants, non discriminants, que le covid « ne touchant que les vieux, il était légitime qu’ils soient les seuls à être confinés ». Ou encore que les jeunes soient le futur du pays et que le sacrifice des plus âgés semble une évidence pour certains. Devant le dédain et la remise en question de l’utilité de la caste des boomers à notre société moderne, eux-mêmes ne tarissaient pas de remontrances à l’égard des « jeunes », de la « génération Z », à l’origine des vagues répétées de covid d’après eux et dont l’irresponsabilité a causé notre perte. La guerre des générations, même en temps de pandémie fait rage et ne s’arrêtera peut-être jamais, surtout quand il n’a jamais été autant question de diviser la société en catégories bien spécifiques.

Cette nouvelle tendance a fracturé la société, même sur le critère de l’âge entre dans le champ politique. Les nouveaux partis politiques qui se veulent jeunes et dynamiques et qui recherchent un électorat à leur image n’hésitent pas à nourrir cette tension. Le dernier exemple en date ? Un dénommé Julien Bayou, représentant d’Europe Ecologie Les Verts et candidat aux élections régionales face à Valérie Pécresse. Les visuels de sa dernière campagne ne laissent pas de doutes : si vous voulez vous battre pour le climat, allez aux urnes car les boomers, eux, seront bien présents. Plus qu’une simple campagne contre l’abstention et l’affaissement démocratique qui s’ensuit automatiquement, l’écologiste part d’un constat de base clair : les boomers voteront toujours contre l’écologie, contre la planète et sûrement plus implicitement contre le progrès et l’avenir. Au lieu de faire de la préservation de la planète l’affaire de tous, M. Bayou et plein d’autres avec lui, viennent puiser leur force dans la faiblesse des liens qui unissent fébrilement nos jeunes et nos vieux.

 

“OK boomer”

C’est d’ailleurs à partir de ce clivage des générations sur l’autel de l’écologie qu’est né le fameux « ok boomer ». Empreinte d’une certaine arrogance et d’une moquerie certaine, la phrase « ok boomer » est le signe d’abord d’un ras-le-bol surtout politique entre une caste de jeunes soucieux de la planète et de son prochain et d’une catégorie de vieux vivant encore dans l’ancien monde, ignorants des thématiques modernes et campés sur des positions conservatrices voire archaïques. Cela va même plus loin, les boomers nés entre 1945 et 1965 sont à l’origine de nos problèmes économiques, géopolitiques et climatiques. Leurs excès auraient conduit aujourd’hui à la dette que la génération Z sera la première à payer, aux jobs qu’ils ne peuvent plus avoir avec le même niveau de diplôme, à la maison et au train de vie qu’ils ne peuvent plus avoir au même prix. D’un autre côté, on reprochera aux milléniaux et sûrement à la génération Z de se poser en constantes victimes du système, d’en vouloir toujours trop, de nourrir de grandes ambitions et d’attendre du monde un simple diplôme. On leur parlera de leur arrogance à tout savoir mieux que tout le monde et surtout de savoir ce qui est mieux pour eux, une caractéristique universelle et intemporelle de la jeunesse. On leur parlera de leur insouciance, de leur hypocrisie, de leur Instagram et de leurs métiers où ils ne font plus rien mais pour lesquels ils gagnent quand même un pactole.

Il y aura toujours une génération pour en critiquer une autre. Figurez-vous que la génération Z commence déjà à s’opposer à celle qui la précède directement, la dénommée Y, les milléniaux. Pour l’instant au stade de moqueries puériles sur les styles dépassés des années 80 et 90, les différences politiques et les perspectives de vie et de carrière entre ces deux générations pourtant si proches sont clairement marquées et ne tarderont pas à faire des ravages. Un terme a déjà été créé, le boomer des milléniaux est désormais un « cheugy », terme d’ailleurs créé sur Tiktok. La génération Z est celle de tous les excès technologiques, de l’individualisme pur et du réalisme presque pessimiste d’un avenir qui pour eux, n’en est plus un.

 

Une guerre générationnelle

Mais être constamment à contre-courant des précédentes générations, ne représenterait-il pas un danger ? A force de poser la vieille génération comme source de tous les problèmes et jamais comme une solution, les enfants et les jeunes sont érigés sur un piédestal du changement et de la modernité. Ils sont utilisés sans relâche dans des agendas politiques où les jeunes deviennent non pas seulement des voix à prendre en compte, mais de vrais leaders politiques, comme l’exemple de Greta Thunberg a pu le démontrer. Ils représentent de parfaits idéaux, sûrs de pouvoir changer les choses pourtant sans l’expérience des plus anciens qui de leur temps, ont aussi vu pour beaucoup de leurs rêves de jeunesse se heurter à un mur. Cette guerre générationnelle crée un fossé dans notre propre vie, entre ceux que nous sommes et ceux que nous serons. Tout d’abord des forces de proposition et de créativité, il nous faudra alors grandir, se persuader qu’être un adulte c’est être un boomer réfractaire et sans ambition, content de ce qu’il a et puis c’est tout. Les jeunes sont confrontés à un paradoxe monstre. On leur demande d’être les architectes d’un futur compliqué tout en les maintenant dans l’idée que dans quelques années, ils deviendront à leur tour les parfaites répliques de ceux qu’ils voient aujourd’hui comme leurs ennemis idéologiques. Cette sempiternelle guerre qui nous enferme dans une spirale d’immobilité voire de déclin de notre société ne s’arrêtera pas tant qu’on opposera la sagesse de l’expérience et le courage de l’espoir.

 

 

Par Sarah VAUTEY

¿ Qué pasa en Colombia ?

¿ Qué pasa en Colombia ?

Contexte : 

La Colombie est une nation déchirée depuis des décennies par des problèmes politiques et sociaux profonds. Depuis les années 1950 au moins, la corruption et la violence sont ancrées dans la société. Les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) et le cartel de Medellín (dirigé par Pablo Escobar) ont joué un rôle important dans le maintien, sinon la dégradation, de l’insécurité dans le pays. 

La criminalité exacerbée et la corruption des politiques sont un cercle vicieux dont la Colombie ne sort pas, comme en témoignent les récentes manifestations violentes. Les inégalités entre les classes sociales explosent, tant au niveau économique que social : ce pays est le 7e plus inégalitaire au monde, et le 2e d’Amérique Latine. A ces disparités sociales s’ajoutent les violences et l’oppression policières : les citoyens sont traités comme des criminels subversifs par les autorités. Ces deux facteurs créent une insécurité croissante, dont souffrent particulièrement la classe moyenne et les classes défavorisées. 

 

Manifestations : Que se passe-t-il exactement ?

Depuis une dizaine de jours, les réseaux sociaux pullulent de posts alarmants sur la situation de la Colombie. De nombreuses vidéos circulent, montrant les violentes manifestations de mai 2021 et les coups de feu meurtriers dans les rues. L’une des villes principalement affectées est Cali, où la violence atteint son paroxysme. 

Si les manifestations de mois-ci ont généré l’indignation internationale, cette situation dure en réalité depuis le 21 novembre 2019. La réforme fiscale a relancé ce mouvement cette année, mais l’insurrection du peuple colombien contre son gouvernement dure déjà depuis des années. 

 

Les causes ?

Voici les trois principales : 

  • Les violences policières qui déchirent le pays. 

Les forces de police dépendaient jusqu’à ce mois-ci de l’armée : les policiers sont donc toujours formés à combattre des criminels armés. Cela explique de nombreux abus de pouvoir constatés non-seulement pendant les manifestations, mais aussi dans la vie quotidienne. De nombreuses disparitions et morts injustifiées sont d’ailleurs à déplorer ce mois-ci, mais ce n’est malheureusement pas un phénomène isolé. Les luttes contre les FARC et le Cartel de Medellín avaient généré des exécutions de nombreu.ses.x citoyen.ne.s, accusé.e.s sans preuves de travailler pour ces organisations criminelles.

  • Le manque d’application de la JEP (Jurisdicción Especial para la Paz – Juridiction Spéciale pour la paix).

La JEP a été créée pour satisfaire les droits des victimes des guérillas FARC avant 2016. Son objectif est d’apporter des réponses sur les événements aux citoyen.ne.s, et de condamner ces crimes par la Justice et non la violence, afin de faire renaître la paix. Le problème est que cette juridiction est de moins en moins subventionnée par le Gouvernement, qui protège peu les victimes et qui continue les règlements de compte militaires plutôt que de passer par le Tribunal pour la Paix.

  • Le manque d’actions contre les inégalités et l’exclusion sociale.

Iván Duque est le Président de la Colombie, et est membre du parti démocrate de droite radicale. Son Gouvernement soutient donc le secteur privé et l’élite de l’économie colombienne, au détriment de tout le reste de la Nation. Sa réforme sur les taxes fiscales a généré une vague d’indignation nationale ce mois-ci, car elle remettait une fois de plus le poids des efforts économiques sur la classe moyenne. Selon l’orientation politique du Président, le prix du développement économique du pays est le sacrifice des classes moyennes et des populations discriminées.

 

Les requêtes des manifestant.e.s : 

  • Le peuple a obtenu que la police soit indépendante de l’armée. Toutefois, il réclame toujours une réadaptation de son organisation : les manifestant.e.s ne veulent plus traités comme des criminels, mais comme des citoyens jouissant de leur droit démocratique. 
  • Les colombien.ne.s désapprouvent cette applications très superficielle de la JEP. La réponse militaire armée favorisée par le Gouvernement enracine la violence et l’oppression dans le pays. Des innocents sont violentés voire torturés, et le manque de confiance envers l’Etat et les forces de l’ordre est croissant. Le recours à la JEP permettrait de pacifier les relations entre les cioyen.ne.s et le Gouvernement, ainsi que de rendre Justice au victime sans perpétuer une atmosphère de guerre dans le pays. Le peuple ne demande rien de plus que le respect de la JEP, pour le bien de la Nation. 
  • Les citoyen.ne.s réclament finalement la fin de la politique économique conservatrice du gouvernement. Son orientation élitiste doit laisser place à une vision démocratique et juste, pour mettre fin aux inégalités dont souffrent la classe moyenne et les populations marginalisées.

 

Quel avenir pour la Colombie ? 

Si les Nations Unies et l’opinion publique internationale ont ouvertement condamné la répression des manifestations ces dernières semaines, le problème perdure depuis des années déjà. Iván Duque gouverne avec des méthodes proches de la dictature, pourtant les médias internationaux ne relatent ces faits que depuis peu. 

A l’instar du Venezuela sur lequel l’Occident ferme les yeux depuis des décennies, la situation de la Colombie n’attire les regards que le temps d’une mode avant de retomber dans l’oubli. Les avantages géopolitiques des crises dans les pays d’Amérique Latine sont plus forts que les valeurs humaines : ainsi les gouvernements internationaux se servent du pétrole et des ressources locales en échange de leur inaction et de leur silence. Depuis plus de 50 ans le Venezuela se déchire, la Colombie continue de sombrer, et le Pérou risque de s’ajouter à la liste des pays en rechute vers la dictature. Mais que font les pays « gendarmes du monde », si ce n’est défendre leur domination impérialiste ? 

Chère Amérique Latine, nous espérons que tu guériras bientôt.

 

Par Iris DEVILLIERE

Quand la Chine s’éteindra…

Quand la Chine s’éteindra…

« Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Tel est le titre de l’ouvrage de l’écrivain français Alain Peyrefitte paru en 1973. Alors qu’à l’époque, la Chine n’était encore qu’un pays relativement arriéré notamment à cause de la politique communiste menée par le gouvernement central, le pays connaît une rapide croissance économique au cours des années 1980. Et pour cause, l’ouverture aux capitaux étrangers et l’adoption du capitalisme menées par Deng Xiaoping permet à la Chine de connaître une croissance économique forte et ainsi prendre une place prépondérante sur la scène internationale. Le XXIème s’ouvre alors avec une Chine en essor et qui peut compter sur son abondante main-d’œuvre pour travailler dans les usines qui s’implantent dans les zones franches. Fin avril 2021, le Financial Times évoquait le premier déclin démographique en Chine depuis les désastreuses politiques du Grand Bond en Avant menées dans les années 1950 par Mao Zedong. Le glas aurait-il sonné pour l’influence de la Chine en tant que puissance sur la scène internationale ?

 

Le bonus démographique : clé de voûte de la croissance chinoise

La croissance économique de la Chine s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs : l’ouverture aux capitaux étrangers, la création des zones franches, l’investissement dans les nouvelles technologies et un soutien aux géants nationaux tels que les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). En réalité, la croissance économique en Chine s’explique essentiellement par son bonus démographique. En effet, la Chine a pu compter sur sa population s’élevant à 1,4 milliard d’habitants dont une part importante était en âge de travailler et épargner (15 – 64 ans). C’est cette réserve de main-d’œuvre qui a permis de faire fonctionner les usines qui fleurissaient sur tout le littoral chinois. Rappelons qu’au début des années 1980, la main-d’œuvre chinoise était bon marché ; les usines y trouvaient donc leur compte. Néanmoins, l’automatisation des tâches, la montée en compétences des ouvriers chinois et surtout l’augmentation des salaires font perdre à la Chine le titre « d’atelier du monde », les entreprises préférant investir dans d’autres pays asiatiques où la main-d’œuvre est moins chère. Qu’importe, la Chine poursuit sa dynamique de croissance avec des taux de croissance bien supérieurs au taux de croissance en Europe. Cependant, l’Empire du milieu avait déjà amorcer une bombe à retardement…

 

La politique de l’enfant unique : une bombe à retardement

Dès 1979, le gouvernement chinois craint la surpopulation et impose des mesures draconiennes pour éviter le scénario malthusien. C’est alors qu’est instaurée la politique de l’enfant unique. Les couples sont interdits d’avoir plus d’un enfant sous peine d’amendes. Les femmes sont encouragées à se stériliser. Cette politique a bel et bien freiné la croissance démographique : selon les estimations, cette mesure a permis d’éviter 300 millions de naissances. Néanmoins, cette mesure a entrainé des effets pervers. Tout d’abord, la pyramide des âges se retrouve déséquilibrée : la population n’est pas renouvelée puisque le taux de fécondité diminue et se retrouve sous le seuil minimal de renouvellement de 2,1 enfants par femme. A cela s’ajoute le fait que les couples chinois préfèrent culturellement avoir des garçons plutôt que des filles. Dans la plupart des cas, les femmes enceintes de filles avaient recours à l’avortement dans l’espoir d’avoir un garçon à la prochaine grossesse. Cela a entrainé un deuxième déséquilibre : il y a largement plus d’hommes que de femmes en Chine. Ainsi, selon des estimations, en 2030, 1 trentenaire chinois sur 4 ne sera pas marié. La politique de l’enfant unique n’est abandonnée qu’en 2015. Il est déjà trop tard. Les perspectives ne sont guère reluisantes pour la Chine : en 2050, 25% de la population chinoise sera composée de personnes âgées en 2050 ; la population chinoise comptera plus de retraités que la Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le Japon réunis. Selon les estimations de l’ONU, la population chinoise devrait baisser de 2,2% à l’horizon 2050 tandis que la pulpation des Etats-Unis devrait augmenter de 15%. Cette dernière statistique contrarie les prévisions émises par certains spécialistes prévoyant que la Chine détrônerait les Etats-Unis comme première puissance économique. Avec une population vieillissante, la Chine ne pourra plus tenir tête aux Etats-Unis. Même si le pays de l’Oncle Sam connaît un déclin démographique, ce dernier est compensé par l’immigration et surtout l’immigration d’une main d’œuvre qualifiée. La Chine ne pourra pas compter sur l’immigration pour compenser son déclin démographique déjà bien entamé. D’une part, la langue constitue une barrière pour les éventuels immigrants. Le mandarin ne jouit pas de la même popularité que l’anglais. D’autre part, l’autoritarisme même du gouvernement chinois repousse une éventuelle immigration. Qui voudrait vivre dans un pays où les réseaux sociaux sont surveillés et les libertés individuelles, restreintes ?

 

L’autoritarisme du gouvernement chinois empêche une évaluation plus fine et précise de la situation démographique du pays. Voulant à tout prix s’afficher comme une nation forte aux yeux de la communauté internationale, les autorités chinoises n’hésitent pas à falsifier les chiffres officiels. Ainsi, les résultats du dernier recensement mené fin 2020 n’ont toujours pas été publiés puisque les autorités prétextent une révision des résultats. La presse d’Etat annonce tout de même un déclin de la population dès 2027. Néanmoins, nous pouvons raisonnablement penser que la situation est encore plus grave. Toujours est-il que le déclin démographique de la Chine est inexorable : il s’étale lentement sur de nombreuses années voire décennies. Et c’est bien là le problème car quand bien même le pouvoir central imposerait une politique nataliste volontariste, cela ne parviendrait pas à remédier au déclin démographique déjà entamé. La vision à court terme du gouvernement chinois dans les années 1980 a ignoré les conséquences néfastes sur le long terme. Sans doute influencées par des prédictions malthusiennes, les autorités chinoises ont fait fi de ce principe énoncé par Jean Bodin, économiste français du XVIème siècle : « Il n’est de richesse que d’hommes. » En limitant les naissances, la Chine s’est privée de son meilleur atout.

 

Par JP Castorix