Elections législatives anticipées : quels sont les enjeux ?

Elections législatives anticipées : quels sont les enjeux ?

-Par le Pôle Presse des RDVC

La décision a pris tout le monde de court : à la suite du mauvais score obtenu par la majorité présidentielle lors des élections européennes du dimanche 9 juin, le Président de la République Emmanuel Macron a choisi de dissoudre l’Assemblée Nationale et de convoquer de nouvelles élections législatives, qui se tiendront les dimanches 30 juin et 7 juillet. Du fait du délai historiquement court entre les deux élections (3 semaines) et au vu des résultats des différentes forces politiques aux européennes, il est aisé de comprendre que ces législatives anticipées font partie des élections les plus attendues, et avec le plus d’enjeux de ce siècle. Mais encore faut-il saisir ces enjeux, et observer leurs différences selon les forces politiques. Petit tour d’horizons :

Une opportunité sans précédent pour le Rassemblement National

Ils ont été les grands vainqueurs de cette élection européenne. Le parti de Marine Le Pen, avec Jordan Bardella en tête de liste, a obtenu 31,30 % des suffrages et 30 sièges au Parlement Européen. Ce score est une véritable victoire fleuve : ils ont obtenu plus du double des votants de la deuxième liste la plus plébiscitée – celle de la majorité présidentielle – avec respectivement environ 7,7 millions de votants et 3,6 millions de votants. Ces chiffres illustrent la réussite de la stratégie du RN sur ces élections européennes : la nationalisation des enjeux. C’est l’idée de mettre en avant des thématiques propres à la France au cours de ces élections, notamment dans le but d’attirer aux urnes un électorat pas vraiment concerné par les thématiques européennes. Le parti a également profité du fait que les européennes soient la première élection au suffrage universel direct depuis la ‘’double élection’’ de 2022 (les présidentielles et les législatives) pour inciter à un réel vote de défiance de ceux qui sont critiques du gouvernement en place. En restant dans cet axe double de thématiques nationales et de critique du gouvernement, c’est donc en toute logique que le 9 juin au soir Jordan Bardella, arrivé en tête, a appelé à la dissolution de l’Assemblée nationale. Sauf que, contre toute attente, le Président a répondu favorablement à sa demande.

Pour la première fois de son existence, le Rassemblement National a donc une réelle chance d’accéder au pouvoir, ou en tout cas au pouvoir sur les politiques internes (les compétences du Premier Ministre). Cette opportunité est renforcée par le peu de temps entre les européennes et les législatives. En effet, il n’y a qu’une vingtaine de jours seulement pour investir des candidats puis pour faire campagne. De ce fait, il y a une réelle chance que l’opinion change peu et donc que les résultats ne soient pas si différents de ceux obtenus début juin. En partant en ballotage favorable, le RN a récupéré le soutien de Marion Maréchal et de certains élus Reconquête (dont la majorité des eurodéputés) ainsi que celui d’Eric Ciotti, actuel président de Les Républicains (en cours de destitution par les membres du bureau politique de son parti) et de ses proches. Si une union des droites paraît aujourd’hui impossible, un rapprochement des droites radicales s’est en tout cas amorcé.

A l’heure ou ces lignes sont écrites, le principal adversaire du RN semble être le Nouveau Front Populaire (NFP – l’union des gauches) et le parti a réadapté sa stratégie en conséquence, en critiquant notamment au sein de l’alliance le parti de La France Insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon est le porte-étendard. Les questions liées au RN sont ainsi nombreuses : vont-ils maintenir leur avantage sur le NFP ? En cas de victoire, réussiront-ils à obtenir la majorité absolue, soit 289 sièges ? Sinon, quel parti serait prêt à gouverner avec eux ? Et quid du climat social en France en cas de victoire du parti d’extrême-droite (classifié comme tel par le Conseil d’Etat) ?

Les Républicains, entre survie parlementaire et guerre civile

Les Républicains ont longtemps été le parti dominant dans la politique française, sous différentes appellations, comme l’UMP, le RPR ou l’UDR. Cependant, l’incarnation actuelle du parti perd continuellement de l’influence depuis l’élection présidentielle de 2017 (liée notamment à l’affaire Fillion). L’élection européenne de cette année n’a pas prouvé le contraire : avec seulement 7,25 % des voix, la liste LR n’arrive qu’à la cinquième place. Coincés entre une majorité présidentielle qui a attirée nombre des élus de droite modérée ces sept dernières années et un RN toujours plus important, et portant une image de parti historique, les Républicains ont aujourd’hui du mal à se faire entendre et donc à subsister.

Suite à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale et de la tenue d’élections anticipées, le parti n’a même pas eu le temps de se mettre en ordre de bataille et de définir une ligne claire que celui-ci a été devancé par son propre président, Éric Ciotti. Ce dernier a unilatéralement proclamé une alliance de son parti avec le Rassemblement National sous la bannière de Jordan Bardella. Les autres membres du bureau politique du parti ayant tous dénoncé cette décision prise sans leur aval, ils ont décidé de l’exclure du parti, provoquant de ce fait une scission au sein des élus et des adhérents entre les partisans d’une alliance avec les RN et ceux qui souhaitent maintenir une ligne indépendante.

Les conséquences de ce conflit interne au sein des Républicains peuvent être dramatique pour le parti et ses sympathisants : en effet, du fait de l’exposition médiatique de la scission, qui ne s’est pas faite en douceur, LR a pu perdre sa crédibilité auprès de l’opinion et n’a a priori pas convaincu d’éventuels abstentionnistes. De ce fait, ils ne risquent pas de briser ce plafond de verre qui s’abaisse à chaque élection. De plus, les sécessionnistes (les partisans de Ciotti, avec celui-ci) présentent des candidats, avec le soutien du RN contre LR, ce qui risque de diviser un vivier de votes déjà pauvre. Seul avantage pour le parti de droite : son implantation locale, qui pourrait aider des élus bien connus et appréciés dans leurs circonscriptions à se faire (ré)élire. Ainsi, il est légitime de se demander : combien de sièges le parti va-t-il réussir à garder sur les 64 de la précédente législature ?

Une gauche (ré)unie et en embuscade

La gauche française a eu une histoire récente pour le moins intense. Au pouvoir entre 2012 et 2017 sous le quinquennat de François Hollande, le Parti Socialiste, alors l’un des deux grands partis politiques français (avec LR – ex-UMP) a connu depuis une véritable décente aux enfers, notamment lors des élections législatives de 2017 où le groupe socialiste à l’Assemblée est passé de 295 députés à seulement 31. La chute du PS a alors laissé un vide à gauche et d’autres partis ont pu en profiter pour prendre de l’influence, comme Europe Ecologie les Verts en 2019 lors des Européennes (avec un score de 13,5 %) ou encore La France Insoumise, parti fondé par Jean-Luc Mélenchon sur la gauche du PS, en 2022 lors des présidentielles (avec un score de presque de 22 % au premier tour). C’est d’ailleurs à la suite de cette élection que LFI a un temps pris la primauté sur les autres partis de gauche, notamment au sein de la NUPES – Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale -, union des partis de gauche pour les élections législatives de 2022 (notamment au niveau de la proportion des candidats investis). Si cette alliance a enduré la majorité de la législature, elle a été suspendue (du moins pour le PS) à la suite de divergences liées aux attaques du 7 Octobre en Israël et aux évènements qui ont suivi. Les partis de gauche ont donc présenté des listes individuelles aux élections européennes, obtenant des résultats variant de la bonne surprise (PS – Place Publique) au raisonnable (LFI) et à la déception (EELV).

Mais le facteur commun qui a fait réagir la gauche française n’est aucun de leurs propres résultats, mais celui du RN, qui, à la suite de l’annonce d’élections anticipées, a une réelle chance d’accéder à Matignon. De ce fait, des appels à l’union ont été lancés, notamment par François Ruffin, élu apparenté LFI, mais qui a cependant pris ses distances avec la direction du parti. Cette union a été concrétisée dans la semaine suivante, et le Nouveau Front Populaire est ainsi né. Comparée à son itération précédente, le NFP parait plus équilibré : au vu des résultats des élections européennes, le PS et l’aile socio-démocrate de la gauche a obtenu une centaine d’investitures de plus qu’en 2022, aux dépends de LFI, qui a ainsi fait des concessions. De plus, des figures importantes à gauche de tous bords comme Carole Delga, François Hollande ou Philippe Poutou soutiennent le NFP alors qu’ils étaient les plus éloignés de la NUPES ; du fait du score du RN, perçu par ces élus comme un danger.

A 10 jours du premier tour des élections législatives, le Nouveau Front Populaire paraît indéniablement être la deuxième force politique du pays, entre le RN et la majorité présidentielle. Malgré la prouesse qu’a été la formation de cette alliance, des nombreuses questions subsistent, pour l’élection et pour le front. Le NFP réussira-t-il à dépasser le RN pour obtenir une majorité (relative voire absolue) ? Et en cas de score décevant, le front, fait de valeurs communes mais d’opinions souvent contradictoires parviendrait-t-il à survivre ? Quel parti prendrait l’avantage ? Quelle personnalité pourrait être nommée Premier Ministre en cas de victoire ?

Une majorité présidentielle en plein doute

Le parti du Président de la République Emmanuel Macron est le parti au centre de la vie politique française de ces dernières années. Très populaire à ses débuts car représentant un vent de fraicheur dans une arène politique dominée par une alternance entre le PS et LR, le président et son parti ont rencontré par la suite une baisse notable de popularité, dus à un véritable ensemble de facteurs comme des réformes impopulaires à l’instar de la réforme des retraites, des scandales comme l’affaire A. Benalla ou encore des évènements externes qui ont déséquilibré le monde et notamment la conjecture économique du moment (crise du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie). Le président sortant à malgré cela remporté l’élection de 2022, mais son parti a perdu la majorité absolue à l’Assemblée, le bloc ‘’Ensemble’’ ne récoltant que 250 sièges, compliquant la tâche des gouvernements de ce second mandat, car les projets de lois devaient être votés par au moins une quarantaine de députés d’opposition pour être adoptés. Mais avec des mouvements sociaux comme celui des agriculteurs, ou encore le passage de la réforme des retraites à l’aide de l’article 49.3 de la Constitution, le parti présidentiel est arrivé en disgrâce sur les territoires lors de la campagne des européennes. De plus, Renaissance a adapté un ton très européen, certes en phase avec l’élection en cours, mais à l’opposé des principaux partis d’opposition comme le RN ou LFI.

Malgré une campagne mal engagée, un sursaut a longtemps été espéré par les cadres de la majorité. Il n’en a rien été. Seulement 14,60 % des votants se sont exprimés en faveur de Renaissance et de ses alliés, qui finissent juste devant la liste commune Parti Socialiste – Place Publique, menée par Raphaël Glucksmann. Devant ce score très décevant et avec une majorité relative sans alliés, car impopulaire, le Président (et le gouvernement) ne peut mener les réformes promises en 2022, lui donnant ainsi une image d’immobilisme, le rendant de ce fait encore plus impopulaire. Aujourd’hui, la majorité présidentielle n’est potentiellement que le troisième bloc en termes de popularité, derrière le RN et le NFP, et pourrait se retrouver dans l’opposition : la France pourrait vivre sa première cohabitation depuis Lionel Jospin sous le septennat de Jacques Chirac, entre 1997 et 2002.

Le pari du chef de l’Etat

Ainsi, comment expliquer cette décision de dissoudre l’Assemblée nationale ? Sans être dans les hautes sphères du pouvoir, on peut essayer d’appréhender une telle décision. Celle-ci semble être inscrite dans une stratégie à moyen terme. Le chef de l’Etat est sans aucun doute conscient de son impopularité et de celle de son parti à l’heure actuelle et il sait que regagner une majorité, même relative, relèverait du miracle – il essaye néanmoins en se présentant comme le vote raisonnable entre les extrêmes (le RN à droite et LFI dans le Nouveau Front Populaire à gauche).

Il parie entre autres sur la mauvaise conjecture actuelle (Ukraine, Moyen-Orient, incertitude liée aux élections américaines en fin d’année : tous ces facteurs créent une incertitude, notamment économique), qui pourrait restreindre la marge de manœuvre du futur gouvernement et ainsi le rendre rapidement impopulaire avec une rapide dissipation de l’effet de nouveauté pour rendre son parti de nouveau attractif pour les élections présidentielles de 2027. Il mise également sur d’autres facteurs, internes cette fois-ci.

Si le NFP venait à être majoritaire, la possibilité que l’union explose au cours des 3 ans est véritablement réelle selon les évènements (la NUPES peut être prise comme référence) et ainsi Renaissance pourrait se placer comme le parti à la fois ordonné (non-chaotique, à la différence de la gauche) mais « républicain » contre le RN.

Si le RN venait à être majoritaire, un réel clivage pourrait éventuellement être observé dans le pays (pour donner un exemple : après les européennes, l’extrême-droite est arrivée confortablement en tête mais de nombreuses manifestations contre cette même extrême-droite se sont tenues par la suite), qui pourrait créer une polarisation du climat social qui pourrait être défavorable au RN. Dans ce scénario, en 2027, Renaissance pourrait se présenter comme un parti rassembleur et moins clivant (à la différence du RN) mais plus libéral contre un candidat de gauche (unie ou non).

Cependant, dans les deux scénarios, le pari est audacieux mais pourrait tout à fait se retourner contre le Président et son parti, car il part du principe que du fait de nombreux critères, les changements apportés au pays seront forcément limités et donc impopulaires. Si le contraire venait à se produire, le bloc au gouvernement pourrait y rester en 2027 et le pari du chef de l’Etat pour son parti se transformerait alors en suicide assisté.

Dans tous les cas, cette élection législative très particulière représente pour la plupart des forces politique de notre pays un réel carrefour, entre union et scission, entre gloire et déchéance, entre gouvernement et opposition.

-Par le Pôle Presse des RDVC

 

Crise politique majeure en France

Crise politique majeure en France

-Par le Pôle Presse des RDVC

En 2024, la France est ébranlée par une crise politique profonde, catalysée par les résultats des élections européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron. Cette situation a exacerbé les tensions sociales et politiques préexistantes, révélant un mécontentement généralisé envers les institutions et les dirigeants du pays.

La France a une longue histoire de bouleversements politiques, de la Révolution française de 1789 à Mai 1968. La Cinquième République, instaurée en 1958, a apporté une relative stabilité, mais les tensions sociales et politiques n’ont jamais totalement disparu. Les récentes crises économiques, sociales et politiques ont ravivé ces tensions, conduisant à une situation de crise majeure.

Aux origines de la crise politique

Les inégalités économiques croissantes et la précarité grandissante sont des facteurs clés de la crise actuelle. Selon de nombreux rapports de l’INSEE, la richesse est de plus en plus concentrée entre les mains d’une petite élite, tandis que la classe moyenne et les travailleurs précaires peinent à joindre les deux bouts. Cette situation a engendré un sentiment de frustration et de trahison parmi une grande partie de la population, exacerbé par un contexte inflationniste qui a mis en difficulté économique de nombreuses familles. Le Secours populaire indiquait, dans un rapport de 2023, : « Du fait de la baisse de leur pouvoir d’achat, plus d’un tiers des Européens se restreint régulièrement sur les quantités de nourriture qu’il consomme ». En France, par exemple, « 38 % des sondés ne font pas trois repas par jour, 39 % renoncent à acheter de la viande et 10 % font appel à des associations pour se nourrir ».

Ces inégalités grandissantes contrastent avec les scandales politiques, qui ont également joué un rôle majeur dans la crise actuelle. L’affaire Fillon en 2017, où François Fillon a été accusé d’emploi fictif, et les multiples affaires judiciaires impliquant Nicolas Sarkozy, comme l’affaire Bygmalion, ont gravement entamé la confiance du public dans les institutions et les dirigeants politiques.

Les acteurs clés de la crise

Le déclin de l’influence du macronisme a ouvert la voie à la montée du Rassemblement National (RN). Ce dernier cherche à redonner confiance à tous les délaissés du macronisme en exacerbant les divisions sociales entre les plus démunis (souvent les immigrés) et les autres. De plus, la macronie a décidé de légitimer les discours du Rassemblement National, en votant, par exemple, la ‘’préférence nationale’’ dans le texte de loi asile et immigration. Marine Le Pen avait qualifié cette évolution de « victoire idéologique ».

D’autres partis, comme Les Républicains, ont également contribué à cette dynamique. Leur président, Éric Ciotti, a décidé de s’allier avec Marine Le Pen pendant ces élections législatives.
Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre les Républicains, comme les macronistes, d’utiliser des termes de l’extrême droite, comme le wokisme, le grand remplacement, et l’islamo-gauchisme. Cela participe ainsi à la dédiabolisation du RN et renforce son image de marque.

Les manifestations de la crise

Les élections européennes de 2024 ont été marquées par une montée significative de l’extrême droite en France. Le RN a capitalisé sur le mécontentement général, se positionnant comme une alternative aux partis traditionnels. En effet, au niveau régional, le RN arrive en tête presque partout, avec des records dans les Hauts-de-France et en Corse, où la liste de Jordan Bardella a dépassé les 40 %. Même des régions historiquement marquées à gauche, comme la Bretagne, basculent.

Ces élections sont le reflet d’un désaveu massif pour les politiques traditionnelles. Le faible taux de participation et les votes de protestation montrent une désillusion profonde envers le système politique et la macronie, au pouvoir depuis déjà sept ans. E. Macron, qui déclarait le soir de sa victoire présidentielle « ce vote m’oblige », n’a fait que pousser la population dans les bras de l’extrême droite. Beaucoup souhaitent aujourd’hui un changement de politique. En effet, de nombreux électeurs du RN déclarent souvent, « on a tout essayé, rien n’a bougé », ou encore « pourquoi pas essayer » afin de justifier leur position et leur vote. Cela est finalement le résultat d’une punition des partis traditionnels qui n’ont pas su améliorer leurs conditions de vie des Françaises et des Français.

Impacts de la crise

La dissolution de l’Assemblée nationale avant les Jeux Olympiques de 2024 à Paris pourrait entraîner un changement de gouvernement ; ce qui pourrait créer une instabilité politique qui complique la mise en œuvre des politiques et des réformes nécessaires. La crise politique en France a suscité un regard méfiant de la part de la communauté internationale. La BBC du 9 juin 2024 titrait, « Europe’s night of election drama capped by Macron bombshell”. Du côté des investisseurs, il existe aussi une méfiance sur les prochaines élections. La Bourse de Paris a connu une baisse significative, reflétant les inquiétudes quant à la stabilité économique et politique du pays. La Tribune du 14 juin 2024, parlait « La Bourse de Paris a clôturé en forte baisse de 2,66% vendredi et chute de 6,23% sur la semaine. »

Perspectives

Plusieurs scénarios sont envisageables pour l’avenir de la France :

Victoire du Front Populaire : L’instauration de politiques de justice sociale pourrait apaiser les tensions et restaurer la confiance publique. A l’instar des nombreuses réformes qu’ils veulent mettre en place comme le rétablissement de ISF, le blocage des prix des biens de première nécessité, l’augmentation des salaires, création d’un pôle public du médicament, conditionner les aides aux entreprises au respect de critères environnementaux. Reste à savoir s’ils pourront réellement financer toutes leurs promesses sans faire fuir les investisseurs et moteurs de l’économie alors que la dette française dépasse déjà largement les 3 000 milliards d’euros.

Victoire de l’extrême droite : Entre politique en faveur du pouvoir d’achat et crise dans nos relations possibles avec l’international et notamment l’Union européenne, une victoire du RN aux élections législatives plonge la France dans l’inconnue bien que le parti soit pour le moment le favori des sondages.

Victoire du bloc central : Alors que le monde connaît des bousculements géopolitiques majeurs et que la France s’apprête à accueillir le monde à l’occasion des Jeux Olympiques, le maintient de la majorité présidentielle permettrait une forme de continuité jusqu’à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron. Cependant, en cas de majorité relative, un tel scénario pourrait conduire à un pouvoir de plus en plus détaché des aspirations populaires à l’instar des nombreuses réformes passées à cout de 49.3.

La jeunesse française, comme en 2002, joue un rôle crucial dans les mouvements de protestation et les campagnes électorales. Les jeunes se mobilisent pour les questions de société et poussent pour la constitution d’un front uni de la gauche, espérant ainsi un changement significatif. Cela s’est vue dans la nuit de lundi 10 et Mardi 11, quand les parties de gauche se sont rassemblé, la jeunesse qui scandé « Front Unie, nous sommes là ».

La Jeunesse sera levier pour les prochaines élections alors même que « 3 jeunes sur 10 ont voté (soit 34 % des 18-25 ans) » selon France 3. Mais cette jeunesse, symbole de la population, est caractérisé par les deux extrêmes. Selon une étude de Science Po, « D’un côté, La France Insoumise capte 19 % des intentions de vote chez les 18-24 ans et 17 % des intentions de vote des 25-34 ans. C’est nettement plus que dans l’ensemble de l’électorat où LFI et la liste de Manon Aubry n’ont obtenu que 9 %. A l’autre bout du spectre, leurs intentions de vote s’alignent sur la population générale. Un tiers des Français (33 %) envisagent de voter pour la liste du Rassemblement national. Ils sont 30 % parmi les 18-24 ans et à 28 % parmi les 25-34 ans. ». Cette intention de vote chez la jeunesse est le résultat, d’une part d’une communication très millimétrée avec les réseaux sociaux et en particulier sur Ticktok qui montre un jeune, Jordan Bardella, parler à la jeunesse. Et d’autre part, d’un reciblage de la population. L’enquête disait : « La popularité de Jordan Bardella déborde les frontières de la jeunesse la plus démunie, la moins diplômée, la moins dotée économiquement, culturellement et socialement pour toucher d’autres segments : les étudiants, les jeunes de classes moyennes. Ce n’était le cas auparavant. ». La jeunesse sera le véritable tournant de ces élections et devra selon les sondages trancher entre le bloc de gauche et le bloc de droite. Deux politiques très différentes qui dans tous les cas marqueront des changements impactants pour les années avenirs.

En conclusion, la crise politique majeure en France appelle à une refonte profonde des institutions et des pratiques politiques. Il est crucial d’engager un dialogue sincère avec les citoyens et d’adopter des politiques qui répondent réellement à leurs besoins. La participation active de la jeunesse et des mouvements sociaux est essentielle pour construire une société plus juste et démocratique. Le rétablissement de la confiance publique passera par des réformes transparentes, inclusives et efficaces, visant à réduire les inégalités et à renforcer la représentativité politique.

– Par le Pôle Presse des RDVC

Toutes les conséquences de la dissolution de l’Assemblée nationale par le Président de la République

Toutes les conséquences de la dissolution de l’Assemblée nationale par le Président de la République

Le 9 juin 2024, a eu lieu les élections européennes permettant d’élire les eurodéputés. La majorité présidentielle de son côté a connu un revers majeurs inédit depuis 2017 et alors qu’E. Macron affirmait depuis le début sa détermination à faire « barrage à l’extrême droite », la liste du Rassemblement National, conduite par Jordan Bardella est arrivée largement en tête des suffrages exprimés avec environ 31% des voix contre 14,6% pour le bloc centriste. En début de soirée, après de nombreuses consultations, E. Macron a ainsi annoncé qu’il prendrait la parole à la télévision pour s’exprimer sur ces élections. Durant cette allocution, il a notamment affirmé ne pas pouvoir « faire comme si de rien n’était ». Mais ce qui a le plus marqué les Français et la classe politique, c’est cette phrase : « Après avoir procédé aux consultations prévues à l’article 12 de notre constitution, j’ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l’Assemblée nationale ».

La dernière dissolution fut en avril 1997, il y a 25 ans…

Le 21 avril 1997, Jacques Chirac, alors Président de la République a activé de la même manière qu’E. Macron l’article 12 de la constitution pour dissoudre l’Assemblée nationale. A cette époque, Jaques Chirac, élu depuis 1995 dispose pourtant d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale mais Allain Juppé, Premier ministre de 1995 à 1997 voit sa popularité chutée brusquement en raison de son projet de réformer les retraites et sa lutte contre le chômage qui ne produit aucun résultat concluant. Pour continuer ses réformes et prendre un nouveau tournant dans son mandat, Jacques Chirac prend ainsi la décision de dissoudre l’Assemblée nationale. Pourtant, les élections législatives anticipées de 1997 sont un échec pour le Président de la République et sa majorité présidentielle alors de droite. La gauche obtient la majorité absolue. Jaques Chirac qui ne voulait pas changer de Premier ministre se voit forcer de nommer Lionel Jospin (PS), ce qui fait naître une longue cohabitation.

La dissolution, une arme démocratique et constitutionnelle pour le Président de la République

La constitution de la Ve République voulue par le Général de Gaulle et qui doit permettre d’instaurer un régime politique stable et une République unitaire semi-présidentielle est taillée pour accorder un maximum de pouvoir au Président de la République, parfois au détriment des parlementaires. Ce n’est pas pour rien que depuis la révision constitutionnelle du 6 novembre 1962, le Président de la République est élu au suffrage universel direct. Car outre son droit de dissoudre l’Assemblée nationale, le chef de l’État est également chef des armées, le maître de la dissuasion nucléaire, peut déclarer la guerre sans l’accord de principe du Parlement ou encore nommer le Premier ministre en cas de majorité.

Dimanche 9 juin 2024, Emmanuel Macron a annoncé déclencher par décret l’article 12 de la constitution après les consultations imposées du Président du Sénat, Gérard Larcher, de celle qui était depuis 2022 Présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet et du Premier ministre, Gabriel Attal. Mais consultation ne signifie pas pour autant devoir bénéficier de leur accord. Par ailleurs, selon l’entourage du chef de l’État, Gabriel Attal se serait opposé à cette décision et aurait tenté de convaincre Emmanuel Macron de trouver une alternative à la dissolution.

Quelles conséquences directes de la dissolution faite par Emmanuel Macron ?

Cette dissolution de l’Assemblée nationale créée une très forte incertitude quant à la situation politique du pays pour les mois avenirs. Qui gouvernera la France en juillet prochain alors que le bloc centriste ne serait selon des récents sondages qu’en troisième position après le Rassemblement National et le bloc de gauche qui vient de former le Front Populaire. Le RN a été aux élections européennes majoritaire dans une écrasante majorité de circonscriptions. Mais, il faut nuancer ces affirmations. Contrairement aux élections européennes à un seul tour, les élections législatives comprennent deux tours… et par expérience des scrutins, nous savons que le RN a des difficultés pour être élu au second tour comme cela a été le cas en 2017 et en 2022. Reste à noter que le RN a très largement progressé dans les sondages et est désormais en mesure de disposer d’une majorité relative voire absolue à l’Assemblée nationale. Pour autant, l’incertitude règne avec un Front Populaire à gauche qui souhaiterait également de son côté placer un Premier ministre à Matignon. Seuls les résultats du 7 juillet pourraient nous donner plus de visibilité sur l’avenir politique du pays.

Effectivement, si le RN obtient la majorité absolue, le Président de la République devrait en principe nommer un Premier ministre issu du bloc d’extrême droite et ce dernier pourrait se soumettre à un vote de confiance pour être approuvé par l’Assemblée nationale. Si le Front Populaire remporte les législatives, un scénario similaire se mettrait en œuvre. Nous rentrerions donc dans une phase de cohabitation où le Président de la République et le majorité gouvernementale et parlementaire ne sont pas de la même couleur politique. Le gouvernement mènerait alors sa propre politique et le Président de la République mènerait essentiellement la politique étrangère et militaire de la France.

Mais pourquoi Emmanuel Macron a dissous l’Assemblée nationale alors qu’il sait pourtant très bien qu’il risque de perdre sa propre majorité à l’Assemblée ?

Selon des sources proches de l’Élysée et de la majorité présidentielle, Emmanuel Macron préparerait déjà la suite… et il préfèrerait faire passer l’extrême droit au gouvernement dès maintenant plutôt que de donner les clés de l’Élysée à Marine Le Pen en 2027. Il souhaiterait démontrer que le RN n’est pas en mesure de gouverner la France et que sa politique, notamment étrangère et économique serait chaotique pour le pays. Selon le média Blast, Emmanuel Macron pourrait préparer le terrain en vue d’un troisième mandat en démissionnant avant que celui-ci prenne fin bien que le chef de l’État dément pour l’heure cette affirmation comme il l’a fait pour la dissolution qui a finalement bien eu lieu. Gérard Larcher, Président du Sénat deviendrait alors Président de la République par intérim et Emmanuel Macron négocierait avec le Conseil Constitutionnel pour que celui-ci lui accorde le droit de se représenter au motif que la France courrait le risque d’un très grand danger si l’extrême droite resterait au pouvoir en 2027. Bien évidemment, ce paragraphe ne synthétise que les thèses de journalistes et de politiciens et ne reste qu’hypothétiques.

Outre cet aspect, des conséquences flagrantes pourraient avoir lieu selon les résultats du 7 juillet 2024 sur la législation française ou encore la place et l’influence de la France au sein de l’Union européenne. Quant-à-elles, les agences de notation menacent de baisser la note de la France en raison d’un risque réel de situation politique instable pour les prochains mois.

Sur le cours terme, des élections législatives en plein Jeux Olympiques peut poser des questions d’organisation alors qu’il y a encore des problèmes logistiques, organisationnels et sécuritaires à gérer jusqu’au dernier moment. Est-il acceptable de changer de ministre de l’Intérieur ou de ministre des Sports alors que les JO de Paris 2024 ont lieu ? La question pourrait se poser dans les couloirs du pouvoir. Autrement, ce sont aussi des textes législatifs qui sont mis à l’arrêt ou encore des enquêtes parlementaires. Sont notamment mis en pause la réforme sur l’audiovisuel public, sur la fin de vie, plusieurs textes sur l’écologie et la biodiversité, la commission d’enquête sur l’Aide Sociale à l’Enfance ou encore la commission d’enquête sur l’accroissement de la dette entre 2016 et 2023.

-Par le Pôle Presse des RDVC

Dry January : un défi pour réduire sa consommation d’alcool

Dry January : un défi pour réduire sa consommation d’alcool

L’alcool est une substance psychoactive qui agit sur le cerveau et le corps. Il peut provoquer des sensations de détente, d’euphorie ou de désinhibition, mais aussi des troubles de la coordination, de l’équilibre, de la vision, de la mémoire ou du jugement. À forte dose, il peut entraîner une ivresse, voire un coma éthylique, qui peut être fatal.

En France, il constitue une préoccupation majeure, causant un pourcentage significatif de décès chaque année. Le vin en France, c’est toute une économie, avec près de 800 000 emplois, 15 milliards d’euros d’exportations par an.  Mais le vin reste un taboue. En effet Claire Touzard, dans son livre Sans alcool, 2021, disait « en France, tout le monde boit. Et personne ne veut en parler. La sobriété est corrosive, elle est le grain de sable qui vient enrayer un déni bien huilé »

Quels sont les dangers de l’alcool ?

L’alcool est un produit psychoactif qui modifie la conscience et les perceptions, et de ce fait le ressenti et les comportements. Les effets immédiats dépendent surtout de l’alcoolémie, c’est-à-dire du taux d’alcool dans le sang. Une consommation faible peut entraîner une sensation de détente, d’euphorie, voire d’excitation, mais aussi une diminution des réflexes, une réduction du champ visuel et une désinhibition. Une consommation plus forte peut provoquer une ivresse, avec une mauvaise coordination des mouvements, une élocution troublée, une diminution de la vigilance, une perte de contrôle de soi, voire une perte de connaissance.

L’alcool est également responsable de nombreux risques à court et à long terme, qui réduisent l’espérance de vie de plusieurs années. Il s’agit ainsi de la deuxième cause de mortalité évitable en France, après le tabac. En 2015, l’alcool a été responsable de 7 % des décès chez les Français de plus de 15 ans, soit 41 080 décès. Les causes des décès ont été : des cancers (39 % des cas), des maladies cardiovasculaires (24 %), des maladies digestives (16,5 %), des accidents ou suicides (13 %) et d’autres problèmes de santé (7,5 %).

La consommation d’alcool est responsable directement ou indirectement d’une soixantaine de maladies. Parmi les maladies liées à l’alcool, on peut citer :

– Les cancers : l’alcool est un facteur de risque avéré pour plusieurs types de cancers, notamment ceux de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du foie, du sein et du côlon-rectum. L’alcool augmente le risque de cancer en favorisant la formation de substances toxiques dans l’organisme, en altérant la réparation de l’ADN, en perturbant le métabolisme des hormones et en affaiblissant le système immunitaire.

– Les maladies cardiovasculaires : l’alcool peut avoir des effets bénéfiques sur le cœur et les vaisseaux sanguins à faible dose, en diminuant le risque de thrombose et en augmentant le taux de bon cholestérol. Mais ces effets sont contrebalancés par les effets néfastes d’une consommation excessive, qui augmente le risque d’hypertension, d’arythmie, de cardiomyopathie, d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral.

– Les maladies du foie et du tube digestif : l’alcool est le principal responsable des maladies du foie, comme la stéatose hépatique (accumulation de graisse dans le foie), l’hépatite alcoolique (inflammation du foie) et la cirrhose (fibrose irréversible du foie). L’alcool peut aussi provoquer des maladies du tube digestif, comme la gastrite (inflammation de l’estomac), l’ulcère gastroduodénal, la pancréatite (inflammation du pancréas) et la colite (inflammation du côlon).

– Les maladies neurologiques et psychiatriques : l’alcool affecte le fonctionnement du cerveau et peut entraîner des troubles cognitifs, comme des pertes de mémoire, des difficultés d’attention, de raisonnement et de jugement, voire une démence alcoolique. L’alcool peut aussi causer des troubles psychiatriques, comme la dépression, l’anxiété, les troubles bipolaires, les troubles du sommeil, les hallucinations et les psychoses.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’alcool est responsable de plus de 3 millions de décès par an dans le monde, soit 5,3 % de la mortalité globale.

L’alcool entraîne également des conséquences sociales et économiques importantes. Il est impliqué dans de nombreux accidents de la route, de la vie courante ou du travail, ainsi que dans des actes de violence, d’agression ou de délinquance. Il peut affecter la qualité de vie, les relations familiales, professionnelles ou amicales, et entraîner une dépendance, une détresse psychologique ou une exclusion sociale. L’alcool provoque une augmentation des risques de suicide, d’accidents de la circulation, de violences physiques ou sexuelle. Plusieurs études ont montré que l’alcool favorise les comportements violents. Le Monde du 23 février 2023, titrait « Violence conjugales : ‘’ L’alcool est présent dans plus d’un féminicide sur deux’’ ». Des données du ministère de l’Intérieur montraient, en 2018, qu’un tiers des auteurs d’homicide conjugal avait consommé de l’alcool au moment des faits.

En 2023, selon les données de Santé publique France, 41 000 personnes sont décédées en France à cause de l’alcool, soit 7 % de la mortalité totale. Les hommes sont plus touchés que les femmes, avec 30 000 décès contre 11 000. Les tranches d’âge les plus concernées sont les 55-64 ans et les 65-74 ans, avec respectivement 10 000 et 9 000 décès. Les principales causes de mortalité liées à l’alcool sont les cancers (15 000 décès), les maladies cardiovasculaires (9 000 décès) et les maladies digestives (7 000 décès). L’alcool est également à l’origine de 4 000 décès par accident, 2 000 décès par suicide et 1 000 décès par homicide.

De plus, selon Santé Publique France, 22% des Français déclarent avoir une consommation à risque qui dépasse les plafonds recommandés, c’est-à-dire pas plus de 2 verres par jour et 10 verres par semaine.

Enfin, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives révélait que l’alcool coûtait à la société 102 milliards d’euros par an et qu’elle coûtait aussi très cher aux finances publiques. En 2019, la taxation sur l’alcool rapportait 4 milliards d’euros à l’État alors que les coûts de traitement pour les maladies liées à sa consommation s’élevaient à 7,8 milliards. Pourtant, la France reste l’un des pays où l’on boit le plus avec près de 43 million de consommateurs à des niveaux très différents.

Or, ce qu’il faut comprendre c’est qu’il n’existe pas de consommation d’alcool sans risque. Comme l’a montré une analyse parue dans The Lancet, en 2018. Après une enquête menée entre 1990 et 2016 sur 28 millions de personnes, la conclusion est : l’alcool est dangereux même à faible dose.  « L’idée d’une dose d’alcool ‘’inoffensive’’ ou même bénéfique serait un mythe » titrait Science et Avenir le 24 août 2018. Les risques existent dès le premier verre.  « Non, une consommation modérée d’alcool n’a pas d’effet protecteur pour la santé » selon France info le 12 Mai 2019.

Quelle est l’évolution de la mentalité et de la réglementation de l’alcool  ?

La consommation d’alcool a toujours été encadrée par des règles sociales, culturelles ou religieuses, qui varient selon les époques et les lieux. Certaines religions, comme l’islam, le bouddhisme ou le mormonisme, interdisent ou limitent fortement la consommation d’alcool, considérée comme un péché ou une entrave à la spiritualité. D’autres religions, comme le judaïsme, le christianisme ou l’hindouisme, tolèrent ou encouragent la consommation d’alcool, dans le cadre de rituels, de fêtes ou de traditions. Certaines cultures, comme la culture méditerranéenne ou la culture française, valorisent la consommation modérée d’alcool, associée à la gastronomie, au partage ou à l’art de vivre. D’autres cultures, comme la culture anglo-saxonne ou la culture nordique, pratiquent davantage la consommation excessive d’alcool, lors de soirées, de week-ends ou de vacances. Marguerite Duras disait, d’ailleurs, en 1984 « vous savez Dieu n’existe pas, il est remplacé par l’alcool, il y a plus de problème si vous voulez »

La consommation d’alcool a également fait l’objet de réglementations juridiques, qui visent à protéger la santé publique, la sécurité routière ou l’ordre public. Ces réglementations concernent notamment l’âge légal d’achat ou de consommation d’alcool, le taux d’alcool autorisé au volant, la taxation ou la publicité des boissons alcoolisées, ou encore les horaires ou les lieux de vente ou de consommation d’alcool. Ces réglementations varient selon les pays, selon le degré de tolérance ou de répression vis-à-vis de l’alcool. Par exemple, en France, l’âge légal d’achat d’alcool est de 18 ans, le taux d’alcool autorisé au volant est de 0,5 g/l de sang, et la publicité pour l’alcool est encadrée par la loi Evin de 1991. Au Royaume-Uni, l’âge légal d’achat d’alcool est de 18 ans, mais il est possible de consommer de l’alcool à partir de 5 ans sous la responsabilité d’un adulte, le taux d’alcool autorisé au volant est de 0,8 g/l de sang, et la publicité pour l’alcool est plus libre. Aux États-Unis, l’âge légal d’achat d’alcool est de 21 ans, le taux d’alcool autorisé au volant est de 0,8 g/l de sang, et la publicité pour l’alcool est soumise à l’autorégulation des professionnels.

Pourtant, en France, cela n’a pas été aisé de règlementer l’alcool et notamment le vin. En effet, en France, boire est « norme sociale » bien ancrée qui commence tout petit quand les parent « trempe les lèvre » des bébés. Le Monde en 1954, titrait, « Le Français est l’homme au monde qui consomme le plus d’alcool ».  Cette première place est due à l’importance de la consommation de vin dans le pays jusqu’en 1950. La boisson était tellement banalisée que le vin, mais aussi le cidre, était servi comme boisson dans les cantines scolaires comme l’explique Stéphane Le Bras spécialiste d’histoire contemporaine sur Public Sénat « à cette époque, c’est une pratique commune de voir des enfants consommer du vin. Les parents ont l’habitude de donner une fiole de vin coupée avec de l’eau à leurs enfants lorsqu’ils se rendent à l’école. »

Il faudra attendre 1956 pour que l’État interdise la consommation de l’alcool dans les cantines, mais seulement pour les enfants de moins de 14 ans. Ce n’est qu’en 1981 que la consommation d’alcool sera aussi interdite dans les lycées. On entre alors dans une période de sensibilisation avec des slogans comme « Boire ou conduire, il faut choisir ». Simon Veil disait en 1977, « je crois qu’il faut toujours commencer une campagne et que l’alcoolisme au volant est certainement un des aspects qui sera le mieux compris par les Français parce qu’il voit les conséquences de façon très frappante et je pense que pour qu’il y ait une campagne qui réussit dans un pays il faut que les gens comprennent et adhèrent ». Mais même si la consommation d’alcool a beaucoup diminué par rapport à 1960, elle reste très importante en France. A l’époque, chaque habitant consommait 26 l d’alcool par an en moyenne. Une consommation divisée par 2,5 puisque sur la période 2018-2021. Nous en sommes à 10,5 l d’alcool par an et par habitant aujourd’hui. Cela est surtout due à la diminution de la consommation de vin, mais aussi à une prise de conscience et à l’évolution de la loi sur le sujet. Pourtant, la France continue de faire partie des pays les plus consommateurs d’alcool au monde. Elle figure à la 9e place des 38 pays membres de l’OCDE et à la 11e place des 27 pays de l’Union européenne. En 2021, la France était le 2e pays où l’on consommait le plus de vin derrière les États-Unis, qui ont une population 5 fois plus importante. Selon la dernière étude de santé publique France, publiée en juin 2023 et basée sur les données de 2021, la proportion d’adultes dépassant les limites d’alcool recommandées est en baisse mais ils sont encore 22% à boire plus de 2 verres par jour, et même 30% chez les hommes.

L’Alcool accentue les inégalités ?

L’alcool est un fait d’homme. En effet, les consommations à risque sont davantage le fait des hommes. Cela représente 31% chez les hommes et 14% chez les femmes. L’alcool étant aussi beaucoup lié à une forme de virilité, dans l’imaginaire collectif. Dans les Tonton flinguer, nous pouvions entendre « c’est plutôt une boisson d’homme. » quand il parlait d’un bon Bordeau.

Cependant l’écart entre homme et femme s’est réduit au fil des années. Les femmes consomment plus souvent et en plus grande quantité qu’autrefois et leur mode de consommation n’est pas le même. Les femmes le dissimulent plus quand elles boivent. « J’ai commencé à boire quand j’étais jeune parce que je me suis mariée jeune et après j’en ai pris l’habitude. Je buvais en famille comme tout le monde, peut-être, puis je m’en suis servi comme stimulant. C’est devenu une catastrophe, mais pensez qu’il y a 600 mille françaises qui boivent. Et en somme, on ne sait pas parce qu’une française, elle boit, elle se cache. Elle a honte alors, elle boit chez elle. C’est très dur à déceler une femme qui boit. » selon une interview de 1973.

« Quand on est une femme, la vie est très violente et l’alcool permet à beaucoup de femme de transcender ça, de surpasser ça. C’est une façon de tenir face à la pression, face à la violence que l’on vit. Sauf que le problème c’est un mauvais médicament et que au final, ça finit par dégrader qui on est. » selon Claire Touzard dans une interview de Simone Media du 13 janvier 2021.

De plus l’alcool a des effets plus néfastes chez les femmes provoquant plus rapidement des problèmes de santé graves, en raison de leur métabolisme. Concrètement, les femmes réagissent plus vite et plus intensément aux effets de l’alcool. « Les femmes ont, par exemple, 6 fois plus de risques de développer une cirrhose du foie. » selon Samia Hurst-Majnp, médecin en Bioéthique.

Qu’est-ce que le Dry January ?

Le Dry January, ou Janvier Sobre en français, est un défi qui consiste à ne pas boire une goutte d’alcool pendant le mois de janvier, afin de mettre son corps (et son foie) au repos et de profiter des bienfaits d’une abstinence. Ce défi, imaginé en 2013 par l’association britannique Alcohol Change UK, est vite devenu viral sur les réseaux sociaux et a fait l’objet de milliers de partages. En France, il a été lancé en 2019 à l’initiative de l’association France Janvier Sobre, présidée par Laurence Cottet, une ancienne alcoolique qui a médiatisé son combat contre la maladie.

Le Dry January propose de faire une pause dans sa consommation d’alcool pendant un mois, afin de changer son rapport à l’alcool et de prendre conscience de ses effets sur la santé, le moral, le sommeil, le poids, le budget, etc. Il ne s’agit pas d’un sevrage pour les personnes dépendantes, qui doivent être accompagnées par des professionnels, mais d’une expérience volontaire et collective, qui peut être l’occasion de se fixer de nouveaux objectifs pour l’année à venir.

En France, c’est la 5ème édition de ce mouvement avec potentiellement un tiers des Français qui ont arrêté de boire ce janvier. Lors d’une interview de trottoir de 28’ du 10 janvier 2024, les passant affirmer que « c’est une détoxe importante » car « après les fêtes, on sort tous fatigué ».

Le 12 décembre 2023, 48 spécialistes en addictologie ont appelé le ministère de la Santé et le gouvernement à soutenir le mois sans alcool, à mettre en œuvre une véritable politique de prévention et à réaffirmer leur engagement. Ils ont déclaré : « soutenir l’opération de mobilisation sociale connue en France sous le nom de ‘’défi de janvier’’ nous semble être une opportunité de choix ».

Quels sont les bienfaits du Dry January ?

Face à ces dangers, le Dry January offre l’opportunité de faire une pause avec l’alcool et de bénéficier de ses effets positifs sur la santé. Selon une étude menée par l’Université de Sussex en 2019 sur près de 3 000 participants au Dry January, 71 % ont expliqué avoir mieux dormi, 58 % avoir perdu du poids, 57 % avoir une meilleure concentration et 54 % une plus belle peau. De plus, 88 % ont déclaré avoir économisé de l’argent, 80 % avoir retrouvé le contrôle de leur consommation d’alcool, 76 % avoir pris conscience des situations où ils buvaient par habitude et 71 % avoir réalisé qu’ils n’avaient pas besoin d’alcool pour s’amuser.

En janvier 2023, Michael Naassil, président de la société française d’alcoologie, expliquait dans Le monde « l’enjeu est de déclencher une prise de conscience sur le niveau de consommation. Ce n’est pas moralisateur, ni hygiéniste. Plusieurs études anglaises ont montré un effet sur la fréquence de consommation. L’une d’elles mesurait que 7 personnes sur 10 consommaient moins d’alcool 6 mois après ce défi. Le message positif de la possibilité d’améliorer la santé par la réduction de la consommation, voire l’abstinence devrait être défendue par les décideurs politiques […] pour réduire le lourd fardeau sanitaire et sociétal de l’alcool. »

Quelle sont les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du Dry January ?

Le Dry January n’est pas une initiative officielle du gouvernement français, contrairement à d’autres nations telles que le Royaume-Uni, l’Irlande, la Finlande ou l’Australie, où il bénéficie du soutien des autorités sanitaires. En France, cette initiative a été lancée par des associations, des médias et des personnalités, sans le soutien direct du ministère de la Santé. Certains observateurs ont critiqué l’influence des lobbys de l’alcool, suggérant qu’ils auraient dissuadé le gouvernement de soutenir le Dry January par peur d’entraver l’industrie viticole et les traditions culturelles françaises. Un article daté du 4 janvier 2024 indique que « la plupart des ministres ne participent pas à l’initiative », certains considérant qu’il s’agit d’un sujet éloigné des préoccupations françaises ou même d’une question relevant de la sphère privée.

D’autant plus que, le poids des lobbys présent à l’assemblée depuis 1919 est très important. En 1973, de nombreuses personnes affirmaient « oui le vins, ce n’est vraiment pas de l’alcool. C’est une nourriture, si on veut. » ou encore, « le vin ce n’est pas de l’alcool, ça fait du bien le bien », « vous savez en France on a tellement d’occasion de boire, que ça soit pour une naissance, pour un enterrement, ou quoi que ce soit. Vous allez chez les gens faire du travail, bon, la première chose qu’on vous dit, vous voulez boire un coup ».

Le travail des lobbies à payer puisque c’est une idée bien ancrée, encore aujourd’hui, que le vin est un alcool à part, qui ne fait pas autant de dégâts.

C’est ce que répétait en 2019 le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, « bah non, je ne crois pas que le vin soit un alcool comme les autres. L’addiction à l’alcool est dramatique et notamment dans la jeunesse. Mais je n’ai jamais vu, à ma connaissance, malheureusement peut-être, un jeune qui sort de boîte de nuit alcoolisé aux bouches du Rhône, au Bordeaux.  Jamais. ». Pourtant le vin est bien un alcool comme les autres et c’est ce que disent tous les addictologues. L’alcool qu’il contient a les mêmes effets sur le corps que celui présent dans la bière ou les alcools forts. Aucune étude n’a été en mesure de démontrer de différence entre les conséquences de la consommation de vin et de bière. Le Monde du 16 janvier 2019, titrait « Le vin est ‘’un alcool comme un autre’’, n’en déplaise au ministre de l’agriculture »

Guillaume Davido, addictologue, interrogé le 2 janvier 2024 sur BFM TV racontait, « par exemple ça c’est justement une idée reçue, des patients disent, ne vous inquiétez pas, je ne consomme pas d’alcool fort, donc j’ai pas de problème. Mais en vérité à partir du moment où vous consommez énormément de vin rouge, si vous consommez un verre standard de vin rouge, cela vaut un verre standard de whisky. Vous avez exactement les mêmes risques ».

Le 12 décembre 2023, 48 spécialistes en addictologie disait « La confiance envers le gouvernement pour mener une politique cohérente et résolue contre l’alcoolisme est sérieusement altérée. La restauration de cette confiance ne peut passer que par des gestes forts, tant sur le plan du contenu que de la portée symbolique ».  Face à cela, le 16 décembre, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture, s’est exprimé sur France Inter en critiquant la pression constante : « Je suis comme mon collègue Rousseau, […] c’est bizarre comme on dit à chaque fois, quand on est comme ça, on dit on est dans le lobby. […] Il me semble qu’on n’a pas de leçon à recevoir de qui que ce soit sur une trajectoire. Je ne veux pas faire [le Dry January] parce que, mais j’essaie de faire comme tout le monde, c’est-à-dire de consommer avec modération. La mesure est la modération, plutôt que l’interdiction ». Pour l’addictologue Amine Benyamina, la proximité avec les lobbys de l’alcool est ici flagrante.

En 2019, Santé Publique France avait prévu une campagne intitulée « mois sans alcool » pour janvier 2020, avec le soutien du ministère de la Santé. Un budget avait été alloué et les préparatifs étaient déjà avancés. Cependant, cette initiative avait suscité des inquiétudes au sein de l’association nationale des élus de la vigne et du vin, qui avait demandé au gouvernement d’y renoncer en raison des difficultés économiques du secteur. Dans une lettre datée du 7 novembre 2019, ils écrivaient : « Moi sans alcool – Les Français ne doivent pas passer le mois de janvier à Sec ! ». Une enquête de France Télévisions avait ensuite révélé que c’était Emmanuel Macron lui-même qui avait annulé la campagne à la suite d’une conversation avec le président du syndicat général des vignerons de la Champagne, Maxime Toubar. La campagne a été remplacée par la promotion d’un « janvier sobre », un mois où l’on peut boire mais avec modération. Dans leurs correspondances, ils soulignent : « La filière viticole promeut depuis des années un message de modération, d’éducation à l’art de vivre à la française et à la culture du vin ». Dans l’émission Envoyé Spécial du 11 novembre 2024, Agnès Buzyn a déclaré : « A cette époque-là, je pense que les arbitrages ont été vraiment en faveur de l’agriculture, de la viticulture, des vignerons et parce que c’est aussi un critère qui fait d’exportation, c’est une image de la culture française. Donc on m’a reproché de ne pas respecter la culture française, d’avoir un discours moralisateur ».

Cette situation s’est répétée au printemps 2023, lorsque le ministère de la Santé a rejeté deux campagnes de prévention sur les risques liés à la consommation d’alcool. L’une d’elles était prévue pour être diffusée pendant la Coupe du monde de rugby. Les slogans de ces campagnes étaient « ne laissez pas l’alcool vous mettre KO » et « quand on boit des coups, notre santé prend des coups ». Sous la pression des lobbys, le ministère a plutôt décidé de cibler les jeunes avec une campagne de prévention intitulée « c’est la base », proposant des messages tels que « faire attention à ses amis s’ils boivent trop », « boire aussi de l’eau en soirée » et « ne pas oublier de manger ». Cette décision a été critiquée par Myriam Savy, directrice du plaidoyer au sein de l’association Addiction France : « Les campagnes de prévention ciblant les jeunes ou les femmes enceintes ne dérangent car elles sont spécifiques. Cependant, les deux campagnes initiales visaient la population générale, qui consomme de manière régulière de l’alcool. On leur disait que l’alcool présente un risque pour la santé, qu’il est un facteur de risque de cancer. Et cela, l’industrie de l’alcool ne l’aime pas ». En remplacement de ces deux campagnes, Santé Publique France avait proposé de rediffuser une ancienne campagne de 2019, « 2 verres par jour et pas tous les jours », mais l’ex-ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, s’y était opposé.

En septembre 2023, lors de ces révélations, Bernard Basset, médecin spécialiste en santé publique et président de l’association Addiction France, a dénoncé « le lobby de l’alcool qui a infiltré tout l’appareil d’État » et « influence les décisions et s’arroge un droit de veto sur les campagnes ». Il a ajouté : « On peut faire une campagne d’information libre sur l’alcool en France. La mission de Santé Publique France est de faire de la prévention, pas de la communication gouvernementale. Ce n’est pas de relayer la parole d’Emmanuel Macron, c’est de défendre la santé. Ce n’est pas ce qui se passe ».

En conclusion, le Dry January offre une opportunité précieuse de réévaluer notre relation avec l’alcool et de prendre conscience des dangers qu’il peut présenter pour notre santé physique et mentale. En adoptant une habitude de vie sans excès, nous pouvons non seulement améliorer notre bien-être général, mais aussi réduire les risques de maladies chroniques, de dépendance et d’accidents liés à la consommation d’alcool. Il est crucial de reconnaître l’importance d’une consommation responsable et de rechercher des alternatives saines pour faire face au stress et aux pressions sociales. En cultivant des habitudes de vie équilibrées et en mettant l’accent sur la santé et le bien-être, nous pouvons non seulement vivre plus longtemps, mais aussi profiter pleinement de chaque aspect de notre existence.

Par Matthis THOMAS–ZBINDEN