C’était un 24 avril.

C’était un 24 avril.

Il y a 7 ans jour pour jour, le Bengladesh était en deuil. Le Rana Plaza s’effondrait sur des ouvriers de l’industrie textile, faisant plus de 1000 morts et de nombreux blessés. 

Retour sur une tragédie qui a (légèrement ?) changé l’industrie de la mode. 

Le 23 avril 2013, des inspecteurs sont mandatés pour vérifier l’état du Rana Plaza, immeuble de 8 étages du faubourg ouest de Dacca. Ce bâtiment, propriété d’un homme politique local, était composé d’une banque et de commerces aux étages inférieurs, et de plusieurs ateliers de confection textile. Ces derniers employaient environ 5000 ouvriers, principalement des femmes, et fournissaient des géants de la mode comme Primark, Mango ou Benetton. Les inspecteurs constatent de nombreuses fissures suspectes sur les murs et conseillent d’évacuer l’immeuble. Immédiatement, les commerces, la banque et les ateliers ferment. Cependant, les ouvriers sont sommés de revenir travailler dès le lendemain. 

Le 24 avril au matin, les ouvriers se présentent face à l’immeuble mais refusent d’entrer, craignant pour leur vie. Mais la menace de la perte d’emploi est trop grande, ils décident pour la plupart de prendre leur poste. Vers 9h, une panne de courant inquiète les employés, et quelques minutes plus tard, le bâtiment tremble et s’effondre sur les milliers d’ouvriers présents ce jour-là. 

Alors, qui incriminer pour cette hécatombe ? Les dirigeants de l’usine ayant fait construire les 4 étages supérieurs sans permis ? Les autorités locales corrompues fermant les yeux sur les manquements aux règles sécuritaires ? Les grandes entreprises occidentales faisant produire leurs collections dans des conditions de travail déplorables ? J’ose à peine le dire, les consommateurs qui continuaient à acheter des vêtements « Made in ailleurs » sans se poser la moindre question ? 

Après la catastrophe, les rescapés ont certes reçu des compensations financières, mais la législation laborale du Bengladesh n’a que très peu changé. C’est en occident que le choc a été fort. Pour la première fois, la population des pays dits du Nord ont pris conscience des conditions dans lesquelles leurs vêtements étaient fabriqués. Cela n’a pas réellement fait évoluer leur manière d’acheter, mais les consommateurs ont pris l’habitude de mieux se renseigner, et une telle prise de conscience a obligé les grandes marques à se remettre en question. 

C’est ainsi que Zara lance une campagne de communication sur la RSE, H&M produit une collection « Conscious » et s’associe à une entreprise spécialisée dans le recyclage textile… Des efforts notables selon certains, de la poudre aux yeux selon d’autres. Les produits de ces 

marques sont toujours fabriqués pour la grande majorité dans les pays pauvres d’Asie et se vendent à des prix ridiculement bas. En bref, peu de réels changements sont à espérer de ces géants de la mode, construits justement sur un modèle incompatible avec une consommation durable, la fast fashion. 

Cependant, la tragédie du Rana Plaza reste l’évènement qui a mis en lumière les comportements des grandes marques, et le consommateur n’est plus dupe. Il achète en conscience ces produits et a le pouvoir de faire évoluer la mode. D’une part, de plus en plus de consommateurs sont adeptes de la slow fashion, une mode plus douce, plus durable et plus lente : ces dernières années, un nombre impressionnant de marques de vêtements, d’accessoires et de maroquinerie durable ont vu le jour. Textiles bio, recyclés, Made in France… Une variété de combinaisons est possible pour produire une mode plus responsable à des prix raisonnables. Sans parler du boom de la seconde main… Le choix est plus grand que jamais pour une consommation raisonnée. 

De plus, l’effondrement du Rana Plaza a été largement relayée à l’heure des réseaux sociaux, et les militants pour les droits humains en ont profité pour lancer un mouvement : tous les ans, le 24 avril, a lieu le Fashion Revolution Day, pour commémorer cette catastrophe et en faire un symbole de la toxicité de la fast fashion en l’état. Depuis 2016, la Fashion Revolution se tient sur une semaine avec des conférences, interviews et débats sur le thème des évolutions de la mode et de sa production, mais surtout un hashtag : #whomademyclothes, avec des millions d’internautes postant des selfies en brandissant les étiquettes de leurs vêtements. Repris sur tous les réseaux sociaux, il a servi à inonder les comptes des marques de fast fashion pour les interpeller sur leurs modes de production : où sont faits mes vêtements ? Par qui ? Dans quelles conditions ? 

Aujourd’hui, avec cette prise de conscience, un autre paradigme est possible. Le consommateur est maître de ses choix et de ses achats. Si les discours moralisateurs sont contreproductifs, le souvenir du désastre du Rana Plaza doit perdurer comme un symbole du danger de la surproduction et des alternatives que existent à notre mode de consommation actuel. 

Marie-Esther Duron 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effondrement_du_Rana_Plaza 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/26/rana-plaza-la-mort-de-l- industrie_3417734_3234.html 

https://www.fashionrevolution.org/ 

Mayotte, un défi d’Outre-mer

Mayotte, avec ses plages et ses cocotiers, est malheureusement de plus en plus boudée par les touristes. Passé par toutes les étapes administratives, le groupe d’iles situé dans l’archipel des Comores est devenu le dernier territoire d’Outre-mer a avoir acquis le statut de département français, grâce à un référendum local en 2009. Une aubaine à l’époque, qui soulève de nombreux problèmes aujourd’hui. La situation économique de Mayotte, en tant qu’ancienne partie des Comores, reste alarmante, même 11 ans après avoir été officiellement déclarée comme département français. Son PIB/hab de 11448$ en 2014 en fait la région la plus pauvre d’Europe. Le taux de chômage est relativement élevé du fait des nombreuses activités non-déclarées et de l’incapacité de l’administration française à y faire face. Pour couronner le tout, sa situation insulaire en fait un département dans lequel tout ou presque est importé, faisant grimper les prix à un niveau phénoménal. Cependant, la situation de pauvreté d’une grande partie des habitants de l’archipel s’explique surtout par sa structure sociale. En effet, Mayotte fait face à une crise migratoire que l’Etat français a bien du mal à enrayer : de nombreux comoriens, notamment des femmes enceintes, viennent illégalement sur le sol mahorais en espérant profiter du droit du sol grâce à leurs enfants. En 2019, 48% des résidents de Mayotte étaient étrangers, dont une immense majorité de Comoriens (environ 95%). Cette situation a conduit à un fort déséquilibre démographique : 1 mahorais sur 2 a moins de 17 ans, rappelle l’Insee. Parmi eux, on considère qu’il y a environ 5000 mineurs isolés, souvent des étrangers dont les parents ont été renvoyés dans leur pays d’origine.

Malgré cela, le solde migratoire de Mayotte reste négatif du fait des nombreux départs des jeunes mahorais pour la métropole. Les raisons sont multiples : la poursuite d’études, la recherche d’emploi, ou tout simplement le manque de reconnaissance. Nombreux sont les habitants qui déplorent une pénurie importante en termes de services publics, dans un archipel où les fonctionnaires restent rarement plus de 4 ans. Un turnover qui aggrave l’instabilité des services publics, notamment dans l’éducation et les forces de l’ordre, où les défis sont conséquents. Mayotte connait une recrudescence de la violence ces dernières années, notamment des affrontements entre jeunes, et les tensions entre mahorais et comoriens restent vives. Avec son statut de française parmi les Comores, Mayotte est donc « à la fois trop riche et trop pauvre » (RFI) et sa situation reste aujourd’hui problématique. En 2018, E. Macron a tenté une percée en 2018 avec une loi qui a fait polémique : Mayotte est à ce jour le seul département français dans lequel le droit du sol est limité. Un enfant né de parents étrangers ne sera considéré comme français seulement si ces derniers peuvent justifier d’un certain temps de présence à Mayotte avant la naissance de cet enfant. Un an et demi plus tard, le bilan semble mitigé : l’insuffisance des contrôles ne permet pas à la loi d’être appliquée correctement et les arrivées clandestines restent nombreuses. Malgré un cadre idyllique, le département ne parvient plus à attirer les métropolitains pour les vacances, qui lui préfèrent des régions moins incertaines. Reste à savoir si les tensions peuvent s’apaiser à quelques semaines des municipales, dans un département où le Rassemblement National est arrivé en tête aux européennes, en réponse aux défaillances des promesses du gouvernement.

Marie-Esther Duron

Au Liban, entre protestations politiques, crise économique et fracture sociale : l’étau se resserre

Depuis l’éclatement de la guerre civile en 1975 qui avait traumatisé le pays jusqu’en 1990, exception faite de la guerre israélo- libanaise de 2006, le pays du cèdre n’avait plus connu de crise aussi flagrante que celle qui semble endolorir le pays aujourd’hui. Jusque-là perçu, et ce de manière plus ou moins judicieuse, comme le seul havre de paix dans une région du monde accablée par les conflits et les luttes religieuses, le Liban ne semble plus désormais constituer une exception en termes de niveau de vie et de sécurité au Moyen- Orient. De « Suisse du Moyen-Orient », le Liban paraît s’être mué en « Grèce du Moyen- Orient ». En dépit de la stabilité de son système politique, assurée par un confessionnalisme d’Etat, et de sa prospérité économique, bâtie sur un empire diasporique et une classe entrepreneuriale notoire, le Liban ne connaît plus qu’une progressive dégénérescence de ses forces vives. Le pays est même à l’arrêt, presque paralysé alors que l’endettement public explose. Or, avec une dette qui vient de culminer à plus de 150% du P.I.B. et un déficit qui avoisine les 11% – faisant du Liban l’un des pays les plus endettés du monde -, le pays se positionne désormais aux portes de l’effondrement financier. Aussi, bien que les prévisions initiales du F.M.I. aient pu être optimistes pour l’année 2018, visant de 1,5 à 2,2% de croissance du P.I.B., ce dernier n’a plus dépassé les 0,2% depuis deux ans. Et surtout, le peuple libanais ne se reconnaît plus dans ses élites.

La rupture du lien entre représentants politiques et société civile semble être consommée, symbolisée à plus d’un titre par l’éviction du premier ministre Saïd Hariri 13 jours après le début des manifestations. A tous les niveaux donc, le Liban est dans l’impasse. Et pourtant, la résolution de cette polycrise serait sans aucun doute le meilleur moyen d’installer un véritable Etat laïc dans le pays. Du reste, si la communauté internationale avait déjà anticipé le probable déclenchement d’une telle situation par le passé, inquiétude personnifiée par la tenue de la conférence du Cèdre à Paris en 2018, on peut sans aucun doute lui reprocher son inactivité depuis. Or, sans structure supranationale pour pallier le problème comme l’U.E. vis-à- vis de la Grèce, autant dire que le Liban s’apprête à entrer dans une phase ô combien dramatique pour un pays d’à peine plus de 6 millions d’habitants et près de quatre fois moins riche que la péninsule grecque.

Aux fondements du ras-le-bol libanais 

Si Jean-Paul Sartre avait déploré la dépolitisation de la jeunesse française avant les événements de mai 1968, côté libanais, précisons que le début des manifestations ce 17 octobre a d’abord été l’apanage de la jeunesse. Aux fondements des protestations du peuple libanais se trouve donc l’annonce par le gouvernement d’une taxe sur les appels WhatsApp. Or, au Liban, où les coûts relatifs aux télécommunications sont déjà parmi les plus chers de la région, cette application est fortement utilisée par la population. Autant dire qu’à l’annonce d’une taxation des appels à hauteur de 20 centimes de dollars – soit 18 centimes d’euros ou 300 livres libanaises -, la société, en grande partie jeune, s’est précipitée dans la rue pour réclamer la « chute du régime » au son de l’hymne national. Devant l’ampleur des manifestations, à Beyrouth certes mais dans plusieurs autres localités régionales aussi, le gouvernement s’est hâté de rendre la loi caduque, sans succès pour retarder ou diminuer le mécontentement social, déjà exprimé par des blocages routiers et des brulements de pneus.

Du cynisme d’Etat vers une néo-crise grecque ? La colère sociale ne se limite toutefois pas aux affaires sociales. C’est aussi le résultat d’années de détérioration économique. Effectivement, le Liban connaît depuis l’amorce de la guerre civile syrienne en 2011 une véritable aggravation de sa santé économique. Sa balance des paiements courants est ainsi la pire du monde après celle du Mozambique. La pénurie de dollars est également d’actualité et les angoisses de dévaluation guettent. De plus, au même titre que la plupart des pays du monde, viennent s’ajouter à ce marasme total, l’accroissement du déséquilibre des services publics et l’augmentation des inégalités. On estime ainsi qu’au Liban les 1% plus riches détiendraient 40% des richesses du pays. Mais plus que tout, les Libanais ne supportent plus l’état de corruption dans lequel ils vivent. Placé au 42ème rang des pays les plus corrompus du monde selon l’ONG Transparency International, l’Etat libanais n’est plus en mesure d’assurer à chacun les besoins vitaux auxquels ses ressortissants aspirent, ne serait- ce que l’eau ou l’électricité. Ainsi, si la lutte contre la corruption devrait constituer un cheval de bataille pour l’administration libanaise, à contrecourant de toute logique, l’Etat libanais s’est plutôt décidé à proposer une loi visant l’amnistie pour les individus passibles de crimes de corruption. Un comble à bien des égards pour la population libanaise qui s’est dit scandalisée, réunie sur tout le territoire dans un gigantesque élan de mobilisation. De tous les coins du Liban, les manifestants se sont insurgés allant jusqu’à créer une chaîne humaine sur près de 170 kilomètres de long, un exemple unique d’unité nationale.

De manière générale, chez le peuple libanais, c’est un dégraissement entier de la classe politique qui est exigé, elle qui n’a plus été renouvelée depuis l’épisode tragique de la fin du dernier siècle. De fait, au-delà de l’assombrissement économique, c’est avant tout l’indignation politique qui est à l’œuvre au Liban. Dans un pays multiconfessionnel, où chacun des postes-clé de l’Etat a été attribué par la Constitution à un individu de religion différente – le poste de Premier Ministre étant exclusivement réservé à un sunnite, celui de Président de l’Assemblée dévolu obligatoirement à un chiite et celui de Président accordé expressément à un chrétien maronite -, cette immobilisation avait d’ailleurs permis la persistance des dynasties à de telles positions régaliennes. Pour le peuple libanais, c’est le dégagisme intégral qui est réclamé. Les slogans à ce sujet se multiplient, de l’explicite « Tous, ça veut dire tous » au plus acerbe « Nous avons commencé avec Hariri et nous allons continuer avec Aoun et Berri » (NDLR : Aoun (Michel), actuel Président de l’Etat libanais depuis octobre 2016 et Berri (Nabih), à la fois Président du Parlement libanais depuis 1992 et leader du mouvement Amal). Il va sans dire que la mort d’un manifestant et le suicide de cinq personnes pour des motifs de précarité économique sont venus exacerber la rancœur du peuple vis-à-vis de la classe dirigeante, de plus en plus esseulée.

La fragilisation ou le renouveau ? 

Alors que la démission d’Hariri a été vécue comme un premier pas vers l’établissement d’un nouveau régime plus transparent et plus représentatif pour les Libanais, la communauté internationale a elle émis à l’encontre de l’éviction du Premier ministre davantage de réserves. Les Etats-Unis comme la France se sont dit alarmés par la situation à venir dans l’ancien mandat de l’Hexagone, prétextant que l’évincement de la classe politique actuelle n’aurait que pour conséquence une recrudescence de l’état d’urgence et recommandant un remplacement rapide des magistratures principales afin que le pays ne connaisse pas une déstabilisation encore plus grande. Le Hezbollah s’est, lui aussi, inséré dans les débats. Membre de la coalition gouvernementale formée par Hariri, il s’est dit ulcéré par les attaques verbales lancées à l’encontre de ce primus inter pares. Et là se situe sans aucun doute le nœud du problème. Le sommet hiérarchique de l’Etat reste soutenu de près par les mouvements chiites pro-iranien comme le Hezbollah et Amal qui freinent toute réforme dans le pays. Reste à savoir si, à défaut de soutien autre que moral de la part des puissances étrangères, la société civile va se montrer suffisamment solide pour tenir tête à ces groupements qui organisent la corruption et le clientélisme au plus haut niveau de l’Etat. Espérons en tout cas que le Liban parvienne à surmonter cette épreuve au plus vite et sans recourir à la violence, écueils qui caractérisent encore à ce jour son voisin le plus proche (la Syrie). Enfin, certains semblent profiter de la déstabilisation qui règne actuellement sur les bords de l’ancien mandat français comme l’ex-PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn désormais en fuite. Le Liban, en somme, à force de se faire le creuset des différentes tensions géopolitiques, qu’elles soient nationales ou internationales, risque de boire le calice jusqu’à la lie.

Raphaël DELAGNES 

 

Pour M. Trump, un accord « historique » entre les Etats-Unis et la Chine. Mais qu’en dit l’histoire ?

Pour M. Trump, un accord « historique » entre les Etats-Unis et la Chine. Mais qu’en dit l’histoire ?

Le 14 février dernier, soit 30 jours après sa signature, le premier traité visant à mettre fin à la guerre commerciale sino-américaine lancée par l’administration Trump en 2018, accord dit de phase 1, est entré en vigueur. Depuis deux ans en effet, les relations sino-américaines n’ont cessé de se distendre, à tel point que les deux nations se sont opposées ouvertement à de multiples reprises par des mesures de répression et de contingentement sur les produits vendus et exportés par le concurrent. L’argument principal de la politique protectionniste mise en place par Donald Trump a été celui de faire diminuer l’exorbitant déficit commercial que les Etats-Unis entretenaient et entretiennent encore à l’égard de la Chine puisque celle-ci représente près de 17% de la dette souveraine des Etats-Unis. Deuxième créancier du pays derrière la Réserve Fédérale Américaine, la Chine constitue effectivement une menace réelle à l’hégémonie et aux ambitions américaines dans le monde. On estime d’ailleurs son déficit en termes d’échanges commerciaux à 375 milliards de dollars ce qui mine drastiquement la compétitivité américaine. Aussi, Donald Trump n’a donc pas caché sa satisfaction à l’annonce de la ratification de cet accord, le qualifiant à la fois d’« historique » et d’« incroyable ».

En revanche, côté chinois, les médias sont restés plus mesurés, eux qui sont d’habitude fortement enclins à l’exagération, reléguant au mieux l’accord au rang d’« important ». Il est vrai que la Chine est actuellement prise entre plusieurs feux (montée du mouvement démocratique à Hong-Kong, élection d’un candidat réfractaire à la RPC à Taïwan et surtout lutte contre l’épidémie et la contagion du coronavirus) et doit lutter sur plusieurs fronts simultanément, ce qui fragilise sa position géopolitique d’autant qu’à défaut d’apparaître comme la perdante de l’accord, il faut admettre que depuis le début des hostilités, la Chine subit davantage de pressions qu’elle n’en exerce. Du reste, cette opposition, qui en arrive ainsi à un tournant majeur de son déroulement, n’a pourtant rien de bien surprenant lorsqu’on la projette dans une perspective historique.

La guerre commerciale sino-américaine, explications et radiographie

Les Etats-Unis, puissance dominante par excellence depuis 1990, semblent avoir perdu il y a quelques années maintenant leur rôle de gendarme du monde mais surtout leur image de parangon du libéralisme, que le pays symbolisait à juste titre depuis l’implosion de son dernier grand rival historique : l’U.R.S.S. Effectivement, l’apparition sur le devant de la scène internationale de nouvelles puissances corrobore l’idée d’un monde devenu multipolaire ou plus justement polycentrique auquel se rattachent précisément diverses crises polycentriques entres autres micro-affrontements ou conflits de basse intensité. Or, certaines puissances viennent désormais contredire la domination sans conteste qu’exerçaient les Etats-Unis depuis le début des années 1990. Ces puissances, dites révisionnistes, s’attaquent progressivement au leadership américain. Pour les Etats-Unis, ces rogues states – Corée du Nord, Iran et donc Chine – tels qu’ils furent définis sous le mandat de Bush fils, sont autant de menaces qu’il s’agit de contrer. La Chine, donc, depuis l’effort de modernisation et de mondialisation amorcée par Deng Xiaoping dans les années 1980, est devenue un modèle d’économie sociale de marché et tente, grâce à la formidable sous-évaluation du yuan et par conséquent à la force de ses exportations, de s’imposer comme le nouveau chantre du libéralisme.

Première puissance exportatrice mondiale depuis 2009 et première puissance économique du monde tout court depuis 2014, la Chine s’est donc présentée comme le principal adversaire du « Make America great again » de Donald Trump. Pour le milliardaire américain, qui s’est mis en tête que tous les maux de l’Amérique étaient dus aux puissances étrangères, Canada et Mexique billets en tête, ce qui a conduit irrémédiablement à la révision de l’ancien ALENA, la Chine demeure l’ennemi n°1. Paul Ricœur, qui parle de mémoire empêchée, mémoire manipulée et mémoire abusée dans son œuvre La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, a ici quelque chose d’intéressant à nous apporter, car Trump semble nouer avec sa base électorale une relation de manipulation jouant de l’histoire pour légitimer ses actions sur le plan commercial. Et les théories de François Hartog et Jacques Revel permettent de mettre en relief l’idée d’une manipulation du passé. Donald Trump se place comme le nouveau défenseur de la « destinée manifeste » des Etats-Unis. De fait, la Chine, il est vrai, a une balance commerciale extrêmement excédentaire vis-à-vis des Etats-Unis, ce que l’ancien présentateur TV perçoit comme de la concurrence déloyale.

En réalité, le point sensible de la relation sino-américaine est simple bien que plus subtil. La Chine, en effet, met en pratique une économie excessivement désavantageuse pour ses partenaires qu’elle tire de son passé communiste. En fait, l’Empire du milieu pratique le dumping à outrance, c’est-à-dire une tarification des prix plus faible à l’étranger que sur son propre territoire et pose des conditions à l’entrée d’entreprises étrangères sur son marché intérieur attractif d’un milliard de consommateurs potentiels comme le legs de la technologie associée. C’est ce chantage que les Etats-Unis ont cherché désespérément à dénoncer auprès de l’OMC mais ne voyant pas de solution en sortir, ont décidé de contraindre la Chine selon d’autres dispositions unilatérales. Celles-ci ont été la hausse des droits de douanes sur de nombreux produits chinois (25% sur l’acier ; 10% sur l’aluminium), ce que la Chine n’a pas tardé à faire en retour également sur certains produits américains allant même jusqu’à arrêter temporairement ses importations agricoles venues de l’Oncle Sam.

Une Chine en pleine ascension qui vient contester la suprématie américaine : assistons-nous à une nouvelle guerre froide ?

Il faut voir dans cette guerre commerciale, une nouvelle guerre froide, cette fois-ci surtout de nature économique avec ses hauts et ses bas, ses phases de tensions et ses phases de réconciliation. Cette guerre commerciale apparaît donc au regard de l’histoire contemporaine – l’histoire agissant donc comme un miroir comparatif – comme un support où l’on voit que le capitalisme libre-échangiste tel que le concevait Francis Fukuyama n’est plus immuable et que s’il a triomphé d’un autre modèle d’économie, cela n’empêche pas d’autres acteurs de pouvoir maintenant en revendiquer la représentation parfois plus que les Etats-Unis eux-mêmes. Et ce conflit est même de nature technologique. Effectivement, la Chine cherche à se moderniser continûment dans la perspective de son plan d’innovation : le MIC25 (à comprendre comme « Made in China 2025 »). C’est d’ailleurs l’axe principal de sa politique de façon à se placer comme le leader des prochains secteurs-clés de l’économie. On peut voir par-là, un retour de la « course aux armements » et de la course aux technologies qui avait caractérisé la guerre froide américano-soviétique. En l’occurrence, si du point de vue militaire, la Chine ne peut pas encore rivaliser avec les Etats-Unis, elle est toutefois en mesure de le faire sur le plan des cyberattaques.

Cet accord ne semble ainsi apparaître que comme un remake des périodes de cohabitation qui avaient plusieurs fois marqué le conflit entre les Etats-Unis et l’U.R.S.S. Pour aller plus loin dans l’analyse historiographique, ce conflit paraît réactualiser les vieux contentieux internationaux qui avaient animé les sociétés des années 1930 durant lesquelles les Etats avaient exacerbé le protectionnisme et s’étaient tournés vers davantage d’autarcie. A travers cette guerre commerciale, Trump espère en effet relancer le commerce de proximité, stimuler la compétitivité américaine et relocaliser. The Guardian émettait lui-même un avertissement sur la portée et l’avancement de cette guerre commerciale : « Il va de soi que nous n’avons pas connu de semaines aussi décisives pour le commerce mondial depuis les années 1930. » A l’image de ce qui s’était produit ces années-là, le commerce international pâtit de cette guerre commerciale et connaît un profond ralentissement. Chacun opère un repli sur soi, ce qui n’arrange rien au niveau des marchés financiers déstabilisés à chaque annonce du président américain ou de dévaluation chinoise. Cette relation est plus généralement une illustration parfaite de ce que Graham Allison appelait le « piège de Thucydide », c’est-à-dire l’émergence d’une puissance venue contester l’hégémonie d’une puissance déjà établie.

De néo-guerre froide à néo-crise de surproduction ?

Cet accord, bien qu’il ne constitue qu’une sorte de trêve temporaire entre les deux nations, semble donc faire un pied de nez à l’histoire. Face aux ébranlements passés des marchés financiers qui s’étaient produit le fameux mardi noir d’octobre 1929 et le 9 août 2007, cet apaisement relatif permet d’entrevoir une issue positive pour le monde. Les concessions faites par le régime chinois sont donc une belle promesse face à la possible menace de l’implosion des marchés et l’explosion de la bulle spéculative. Ce qui est intéressant, c’est que Trump utilise des arguments historiques pour mener son entreprise. Il utilise l’histoire à son avantage afin de raconter une histoire, de poursuivre l’histoire, son histoire. L’histoire est ici instrumentalisée. Robert Schiller, prix Nobel d’Economie en 2013, soutient cette thèse. Le terme de guerre est prononcé pour attirer l’attention publique et en faire un acteur de premier plan, en l’occurrence le défenseur des intérêts américains. Il n’est donc pas surprenant que le 45ème président des Etats-Unis ait vécu cet accord comme une victoire. Les mots sont donc aussi importants que les faits. L’histoire devient une arme au service de son support électoral.

En outre, la guerre commerciale sino-américaine n’est pas nouvelle, un cas unique dans l’histoire. Cette querelle commerciale n’est qu’une nouvelle dispute pour les Etats-Unis qui ont déjà eu droit à un tel affrontement avec le Japon et la RFA dans les années 1970 et qui avaient abouti à des RVE (Restrictions Volontaires d’Exportation) sur des produits aussi différents que l’électroménager ou l’automobile. Trump s’appuie donc sur des méthodes qui ont fait leur preuve puisque son prédécesseur Ronald Reagan n’avait pas hésité à taxer certains produits électroniques nippons à hauteur de 100%. Cependant, l’histoire permet aussi de faire des comparaisons passé/présent. Ainsi, nous pouvons remarquer que la guerre commerciale qui anime aujourd’hui le monde n’est pas entièrement la même que celle des années 1980 ou des années 1930 qui s’étaient soldées par les conséquences désastreuses du tarif Hawley-Smoot. Effectivement, le monde est désormais interconnecté et interdépendant. Pour concevoir un produit, les importations sont devenues cruciales car la chaîne de production est mondialisée. A l’heure actuelle, ce n’est plus de 20% mais de 40 à 60% de composants étrangers importés dont sont formés les produits semi-finis. L’affrontement commercial est donc bien une tare pour tous les acteurs libéraux du monde.

Et le coronavirus dans tout ça ?

La question est pertinente d’autant que la réponse pourrait en surprendre plus d’un. Non contents de se trouver dans une situation équivalente qui semblerait jouer en faveur de l’apaisement, Chine et Etats-Unis continuent au contraire de se livrer bataille à distance dans un jeu de dupes à grande échelle. Alors que jadis les crises pandémiques (SRAS, Ebola) avaient participé à l’essor d’un mouvement de solidarité entre les Etats-nations, les deux pays jouent désormais la carte de l’isolement. S’il est vrai que la distanciation entre les deux États a permis aux Etats-Unis de retarder la crise – baisse du nombre d’entrées de ressortissants chinois sur le territoire américain en raison de la guerre commerciale –, nul doute qu’aujourd’hui les Etats-Unis, nouveaux cluster principal de l’épidémie, ont renforcé leur haine par rapport à l’« oppresseur » chinois. Et là n’est pas le seul motif qui attise les foudres de M. Trump, furieux par ailleurs que la Chine puisse prétendre que le coronavirus ait été implanté dans la province du Wuhan par l’armée américaine. Les théories complotistes à ce sujet continuent d’émailler la toile, elles qui voient dans cette crise un nouveau moyen de coercition inventé par l’Occident afin de nuire à l’affirmation chinoise. Dans tous les cas, manipulation ou pas, les dispositions lancées par les deux États ont été claires : éviction des journalistes issus du pays adverse. Ces mesures qui traduisent une absence totale de dialogue entre les deux États combinées à la plus grave récession jamais connue depuis 1945, soyez-en sûrs, pèseront lourd dans la balance mondiale.

En bref …

En somme, l’histoire peut avoir de quoi s’insurger quant aux déclarations de M. Trump. Evidemment que le côté inédit de l’accord est à souligner mais cela en fait-il un accord « historique » ? Tout au plus l’histoire nous permet-elle d’apporter un éclairage évident sur la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis pour en contester la nouveauté. Donald Trump a employé l’histoire à ses propres fins politiques et s’en est accommodé de manière à en tirer parti au niveau électoral. Enfin, comme nous regardons le passé avec les yeux du présent, tel qu’ont pu le dire en leur temps Hegel et Croce, cet accord nous permet de revoir en conséquence notre appréciation des guerres commerciales du passé lesquelles auraient donc pu connaître aussi des phases de désescalade comme nous en vivons certaines aujourd’hui.

Raphaël DELAGNES

Le Brésil dans la tourmente

Le Brésil dans la tourmente

Depuis plusieurs mois, le monde dérivait déjà vers les contrées les plus lointaines et les plus haineuses des mouvements d’extrême droite. Ce mois-ci, le Brésil, qui doit élire son prochain président, n’échappe pas à la tendance. Les chaînes d’infos ne parlent que de ça, ou plutôt de lui : Jaïr Bolsonaro, soutenu par le parti démocrate-chrétien brésilien et candidat à la présidentielle. Cet ancien militaire a recueilli près de 46% des voix au premier tour de l’élection le 4 octobre, ce qui lui a presque valu d’être élu au premier tour. Il affrontera le 28 octobre prochain le candidat de gauche, Fernando Haddad, héritier controversé de l’ancien président Lula, dont les différents mandats avaient été placés sous le signe de la corruption.
La corruption dans le pays justement, c’est ce qui révolte les brésiliens et semble expliquer leur vote en faveur de Bolsonaro. Depuis plusieurs années le pays est plongé dans une grave crise économique et politique, principalement due, selon le peuple, à l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva. En effet, les affaires de pots-de-vin, d’entrave à la justice et de contrats illégaux au sein même du gouvernement explosent dans le pays depuis la fin de la dictature militaire en 1985.

 

Le changement… c’est maintenant ?

Pour les brésiliens, Jaïr Bolsonaro semble être la seule solution possible pour enclencher un vrai changement, bien que pour le monde entier, ses prises de positions virulentes à l’égard des femmes et des homosexuels ainsi que sa nostalgie pour la dictature militaire, constituent de vraies raisons de s’inquiéter pour l’avenir du pays. Les dirigeants occidentaux s’alarment d’ailleurs d’une possible « gangrène » aux pays voisins, qui pourraient dans les prochains mois ou dans les prochaines années voir les candidats d’extrême droite monter en puissance au sein des gouvernements. Mais comment Bolosonaro peut-il bien avoir un tel impact politique et une telle aura auprès du peuple brésilien, pourtant déjà si blessé et torturé par le passé ?

 

L’insécurité, un sujet récurrent au Brésil

Comme la plupart des programmes des candidats d’extrême droite dans le monde, celui du brésilien se tourne principalement sur la sécurité intérieure. Alors que le pays est rongé par les trafics de drogues et d’armes, qui mettent en péril de nombreuses vies innocentes même dans les plus grandes villes, le candidat entend bien remettre de l’ordre dans les affaires du pays. L’ancien militaire propose notamment de donner l’accès au port d’arme à « tous les gens bien », mais aussi de renforcer la sécurité judiciaire en faveur des policiers, qui seraient moins inquiétés en cas d’utilisation de leurs armes de service sur un suspect.
De plus, n’ayant jamais été soupçonné ni pointé du doigt pour des affaires de corruption, le candidat se vante de pouvoir remettre de l’ordre au sein du gouvernement, ce qui séduit les brésiliens, trop souvent victimes de la corruption pratiquée sur l’échiquier politique. Il promet ainsi de reconstruire un « gouvernement décent », plus à l’écoute et apte à comprendre les problématiques du peuple. Alors que le pays compte près de 60000 homicides par an, le slogan du candidat « Un bon bandit est un bandit mort ! » fait mouche auprès des brésiliens, qui selon un sondage, seraient plus de 50% à avoir la même pensée.

Sur le plan économique, difficile cependant de pouvoir dessiner précisément le programme de Bolsonaro. Alors qu’il avouait publiquement en avril dernier ne rien connaître à l’économie, il promet cependant des mesures « chocs », inspirée très fortement de la vision ultra-libérale de l’économiste Paulo Guedes. L’une de ces grandes propositions serait de privatiser à tout va afin de réduire la dette brésilienne de plus de 20% (ce qui semble malgré tout quasiment impossible).

 

Et la planète dans tout ça ?

Sur le plan environnemental, le programme n’est guère plus précis. Alors que la forêt amazonienne représente plus de 60% du territoire, Bolsonaro n’a aucune intention de la protéger ni de s’inquiéter du changement climatique. Triste nouvelle pour l’Amérique du Sud donc, qui pourrait bien voir une fois de plus les intentions économiques passer au-dessus des questions planétaires de protection du climat…

 

Un candidat adulé par les uns, détesté par les autres

Il reste cependant à rappeler que les brésiliens sont nombreux à ne pas soutenir le candidat d’extrême droite. Depuis plusieurs mois, les femmes défilent dans la rue pour protéger leurs intérêts. Le candidat, qui ne cache pas son antiféminisme, son homophobie, son racisme envers les brésiliens noirs (nombreux par ailleurs, et faisant déjà l’objet d’une réelle discrimination au sein du pays) ou les autochtones, semble bien vouloir respecter le mythe de l’homme blanc raciste, peu ouvert d’esprit et partisan d’un modèle patriarcal. Il a d’ailleurs été poignardé en pleine manifestation de campagne par un ancien militant du parti de gauche PSOL au chômage, qui se serait senti « directement menacé » par le discours du candidat d’extrême droite (et on le comprend).

Le monde entier se tourne donc vers le Brésil pour ces 15 prochains jours, espérant un miracle de la part du peuple brésilien. Le candidat, qui ne cache pas son admiration pour Trump (décidément…), pourrait bien souffler un froid glacial sur l’Amérique du Sud et les gouvernements occidentaux frémissent déjà à l’idée de faire affaire avec des gouvernements d’extrême droite.

Le mégot, nouvel ennemi public

Le mégot, nouvel ennemi public

Les mégots ne polluent pas que vos poumons… ils constituent aussi la première source de déchets mondiale et le 3ème déchet le plus mortel dans les océans.

Non seulement ces deux centimètres de plastiques envahissent par milliards les rues, mais il n’existe pas de réglementation à l’échelle de la planète pour leur élimination. C’est pourquoi une grande partie finit dans les mers et océans. Des scientifiques, universitaires, activistes écologiques et politiques ont décidé de se regrouper au sein de la Cigarette Butt Pollution Projet, une société à but non-lucratif qui tente de recentrer le combat pour s’attaquer à ce problème. Leur objectif : faire interdire les filtres à cigarettes aux États-Unis, et partout ailleurs dans le monde.

5 600 milliards de mégots

Les filtres des cigarettes ont été ajoutés dans les années 1950 pour réduire le taux de goudron et de nicotine dans les cigarettes. Le message de l’époque de l’industrie du tabac ? Les cigarettes avec filtre sont moins dangereuses pour la santé. Au final, cela s’est révélé totalement faux : les fibres de plastique dont sont constitués ces filtres sont dangereux pour la santé.

Un filtre : 2 cm et 4000 substances toxiques dont de l’arsenic, des métaux lourds, du goudron… A cause de tous ces composants chimiques, les filtres à cigarettes se dégradent très lentement (un à deux ans en moyenne). Et l’un de ses composants, l’acétate de cellulose, est un plastique qui met plus de dix ans à se décomposer ! Selon la Cigarette Butt Pollution Projet, la majorité des 5 600 milliards de cigarettes fabriquées chaque année sont dotés de ces filtres, et les deux tiers finissent dans la nature. Si l’on ajoute à cela le fait qu’un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau, l’ampleur du désastre est évidente. Autre exemple : ces 32 dernières années, 32 millions de mégots ont été ramassés sur les plages du monde.

En France, ce sont entre 30 et 40 milliards de mégots qui sont jetés chaque année, soit environ un millier par seconde. D’après le ministère de la Transition écologique, plus de 40% de ces détritus se retrouveraient dans la nature.

Un mégot, c’est jusqu’à 500 litres d’eau pollués.

Le recyclage des mégots, un problème fumant

Des initiatives se sont développées un peu partout en France pour organiser la collecte des mégots dans les villes. GreenMinded a par exemple mis au point la Borne to Recycle, un cendrier connecté destiné à lutter contre la pollution des mégots. Cette borne n’est pas qu’un simple cendrier mais un dispositif connecté qui affiche une question sur un écran. L’utilisateur peut y répondre en glissant son mégot dans l’un des deux trous situés en dessous. Le plus de la Borne to recycle, c’est de faire aussi de la collecte de données. Chaque fois que l’utilisateur jette son mégot dans la borne et répond à la question, il accumule des points sur une cagnotte virtuelle. Ils sont ensuite crédités à une association de protection de l’environnement ou de lutte contre le tabac.

La sensibilisation sur le sujet émerge : plusieurs villes comme Paris, Lille ou Cannes sanctionnent déjà par une amende les jets de mégots dans la rue. Le gouvernement a aussi annoncé la possible mise en œuvre d’une « écocontribution » visant les fabricants de cigarettes et servant à payer la dépollution et le ramassage. La ville de San Francisco a quant à elle imposé une « taxe de détritus » de 0,20$ par paquet vendu dans la ville.

Finalement, ce n’est pas tant la collecte qui pose problème, mais le recyclage de ces petits déchets aux énormes répercussions environnementales. Bourrés de près de 4000 substances chimiques, les filtres sont difficilement recyclables. Oubliés alors les plastiques de jouets, les films alimentaires … Mais alors que faire de ces mégots une fois collectés ?
Avant de pouvoir être recyclés, les mégots doivent être « dépollués » : en France, des entreprises comme EcoMégot ou MeGo ont commencé à s’attaquer au problème, et ont déjà recyclé plus de quatre tonnes de mégots (10 millions de filtres) grâce à un processus de broyage et de lavement dans des bains d’eau en circuit fermé. Un petit geste, néanmoins très loin d’être suffisant au niveau mondial.