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Intime conviction, trop réaliste ?


Publié le 27 février 2014

Arte commence petit à petit à quitter son image d’intello coincée pour devenir une chaîne qui se permettait des choix audacieux et intelligents qui apportaient une réelle fraîcheur dans le paysage morose et répétitif de la télévision française. La diffusion de tomboy récemment, celle de séries étrangères excellentes mais peu connues comme aktä mannistor (real humans) ou Odysseus, ou même de reportages éclairants mais pudiques comme nos fiançailles avaient fini de faire entrer Arte dans mon petit cœur. Cependant il semblerait bel et bien qu’avec intime conviction, la chaîne connaisse un coup dur.

Le concept
Arte vous propose d’entrer dans la peau d’un juré lors d’une affaire criminelle. Après chaque étape du procès, vous devrez donner votre avis sur le coupable. Pour cela, en plus des témoignages et de pouvoir assister au procès en lui-même, vous pourrez également consulter les pièces à conviction et les détails de l’affaire. Le téléfilm, diffusé depuis le 14 février, avait pourtant obtenu un franc succès. En effet, on peut mettre en avant que l’utilisation du duo-téléfilm/internet permet de véritablement faire entrer le public dans l’aventure, d’en faire un véritable acteur. Un concept qui sera bientôt repris par une émission de télé-crochet, Rising star. Cette dernière verra la disparition du jury et ce sera uniquement aux internautes de choisir leur star préférée. De plus, observer et connaître de l’intérieur les mécanismes de la justice française est également un point important qui apporte de l’intérêt à l’émission, qui est d’un réalisme troublant.
Le problème
L’affaire traitée est fortement inspirée de faits réels, celle de l’affaire Muller. Les similitudes sont beaucoup trop troublantes pour n’être dues qu’au hasard. Dans les deux cas, l’accusé est médecin légiste, les circonstances de la mort de la femme de ce dernier sont similaires, même schéma familial… Dans le cas de l’affaire Muller, le suspect a été acquitté en octobre dernier, mais ses avocats s’inquiètent de l’effet d’une telle fiction par rapport à ce jugement. En effet, on peut se demander pourquoi la chaîne n’a-elle pas fait l’effort de s’éloigner un tant soit peu de la réalité ? Cette émission donne la sensation de faire passer un second procès à Mr Muller, un procès d’opinion et d’intime conviction plus que digne d’une véritable justice.
La chaîne s’est défendue en mettant en avant la portée pédagogique de l’émission et  que les données de l’affaire utilisées tenaient du judiciaire et de la sphère publique, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas atteinte à la vie privée.
Le verdict
Prévu pour aujourd’hui, la justice a définitivement interdit la diffusion d’intimes conviction. La diffamation envers le docteur Muller était jugée trop importante. Arté compte faire appel, s’estimant censurée. Il ne fait aucun doute que cette affaire donnera lieu à une longue guerre judiciaire, mais ce n’est pas tant les détails qui intéressent mais la question qu’elle pose : Cette affaire montre toute la prudence qu’il faut adopter lorsqu’on frôle de trop près la vie privée et les problèmes de diffamation. On peut notamment se demander si Arté, à la recherche de sensationnalisme ou voulant offrir une expérience extrêmement réaliste (voire les deux?), n’a pas négligé les droits fondamentaux des personnes concernées par le procès.
L’émission fait en tout cas d’une pierre deux coups en montrant aussi bien l’intérêt des nouvelles technologies en matière d’immersion du spectateur que les limites de ces mêmes concepts, notamment en matière de vie privée et de bienséance.

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