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Georges Clémenceau (1841-1929), histoire d’un tigre


Publié le 25 février 2014

Enfance et études

Comment avoir un nouveau point de vue sur un homme que l’on a déjà étudié sous tous les angles ? C’est en appelant une spécialiste de la littérature et de George Clémenceau que l’estrade a décidé d’apporter un nouvel éclairage. En effet, le grand homme politique a toujours également été un grand homme de lettres.
Il est ainsi curieux qu’après s’être toujours concentré sur un autre fondateur de la IIIème république, Jules Ferry, le XXIème siècle s’intéresse de nouveau à cet homme. Sur les Champs-Elysées, il y a deux statues qui se font face : Charles de Gaulle et Clémenceau. Ce dernier était un homme aux multiples talents : médecin, homme politique, écrivain, spécialiste des religions, bilingue…
 Il est né en Vendée,  dans une famille de bleus (républicaine) à une époque où la Vendée était majoritairement royaliste. Son père est un des premiers républicains et a transmis ses convictions à son fils. Il a été soupçonné d’être responsable d’un attentat contre Napoléon III. Envoyé aux galères, à Nantes, ses amis se liguent contre ce départ. On prouve qu’il n’a pas participé à l’attentat.
De la même façon, sa mère est également dotée d’un tempérament rebelle. Elle est d’abord convaincue qu’il faut installer la République. Elle refuse également de mettre ses enfants en nourrice. C’est elle qui va faire leur éducation. Elle apprend notamment le latin à Clémenceau.
Ils partent ensuite à Nantes, où Clémenceau rentre au collège impérial. Il s’y ennuie beaucoup et se lance dans des études riches en humanités. Travaille aussi bien les langues anciennes que la littérature et il gagne de nombreux prix d’excellence. Il développe très tôt une grande admiration pour le positivisme.
Il commence à étudier la médecine, mais c’est un élève désobéissant. Ses professeurs sont donc soulagés lorsqu’il part étudier à Paris. Il arrive dans le quartier Latin, où se déroule toute la vie étudiante à l’époque. Son père l’accompagne et le présente à toute l’opposition républicaine. Il est notamment parrainé par Etienne Aragon. Il entre dès lors dans la clandestinité et écrit des feuillets éphémères victimes de la censure. Il s’oppose au régime autoritaire de Napoléon III et finit par faire un séjour dans la prison Mazars. Il y rencontre un homme qui aura un grand impact sur lui, Blanquis.
A la fin de ses études il rédige une thèse sur la génération spontanée des éléments atomiques. La thèse est fausse, bien sûr. Il s’agit avant tout d’un acte politique anticlérical qui vise à nier l’influence de Dieu. Beaucoup de ces thèses ne seront pas publiées.

Les débuts

IL entre dans le journalisme en 1862 en tant que critique littéraire et dramatique. Il s’attaque durement au théâtre bourgeois, un théâtre conservateur et stéréotypé. Avec d’autres étudiants, il cherchait notamment à empêcher les représentations en faisant le plus de bruit possible. La pièce finissait alors par être annulée.
Pendant très longtemps, on s’est demandé d’où venait son départ soudain pour les Etats-Unis. On parlait d’un départ pour voir l’idéal démocratique de Tocqueville, il s’agissait en réalité d’une déception amoureuse. Voulant se marier, le père de la jeune femme  refuse. Il quitte alors la France pour les Etats-Unis.
A New York, il fréquentera beaucoup les milieux républicains. Comme il doit de l’argent à son père, il va travailler comme professeur de français dans une institution pour jeunes filles. Il y rencontre Mary Plummer qu’il épousera.

L’entrée en politique

Le 4 septembre 1870, Clémenceau devient maire de Montmartre. Egalement médecin, il s’intéresse notamment aux droits des enfants et l’assistance. Il abolira le tour, c’est-à-dire un mécanisme dans lequel les mères déposaient les enfants à l’hôpital afin de les abandonner. 
Le 18 mars 1871 : La Commune débute. C’est une période intéressante pour déceler la particularité du rapport que Clémenceau entretient avec la violence. Il tente décrire une grève d’ouvriers à la manière de Zola, mais il est incapable d’en décrire la violence. La violence de le tétanise. Pourquoi ? Un matin du 18 mars, l’armée souhaite récupérer les canons de Montmartre. Mais ces canons ont fondus et assemblés avec les biens des Montmartrois, qui refusent de les rendre. Ils se rebellent face au militaire venu les récupérer. Clémenceau est à la mairie, il est prévenu. Il tente de rejoindre les lieux mais arrive trop tard. Le militaire est fusillé. IL en gardera alors une extrême culpabilité et une peur des mouvements de foule. Il considèrera son échec comme une faute.
En 1879, il devient député de Paris, c’est la rupture avec Léon Gambetta et les opportunistes. IL fonde, comme tout homme politique, son propre journal, « la justice ».
Dans le même temps, arrive dans les couloirs de la justice Gustave Geoffroy, qui est une rencontre fondamentale. Ce dernier deviendra le plus grand critique d’art de cette fin du XIXème. Il va introduire Clémenceau au monde artistique et aux salons. Clémenceau n’est pas normalien, contrairement à Jaurès ou Blum, il n’a pas le bagage culturel pour comprendre ce milieu. Lors d’un banquet, il affirme son amour de la langue française. Il publiera son premier livre en 1895, les plus forts.

La traversée du désert

Le scandale de Panama, a été l’ami de Cornélius Herntz, un escroc notoire. Il y a une campagne de presse violente contre lui. Il est battu aux élections. En 1893, il entame sa traversée du désert. Pour s’occuper il va s’adonner au duel, très doué à l’épée et au pistolet.
Il va également se consacrer à l’écriture. Il écrira notamment la mêlée sociale, un livre qui opère une mise au point idéologique. Il ne se considère pas comme socialiste. Le cœur de son action est la question sociale. Il prend parti pour les syndicats face aux patrons. Ce texte est fondamental pour comprendre Georges Clémenceau. 
En 1885, Emile Zola écrit « j’accuse ». C’est Clémenceau qui va trouver cet article et le faire publier. Il est d’une grande intelligence médiatique. Il n’est cependant pas un dreyfusard de la première heure car il est doté d’une immense confiance en l’armée et la justice.

Retour sur la scène politique

Le Var le réclame comme sénateur, il fait alors son grand retour. Avec succès puisque de 1906 à 1908 il sera président du Conseil. Durant son mandat, il va se heurter à une insécurité énorme : grèves, criminalité (la bande à Bono). En tant que ministre de l’intérieur, il va créer les brigades du tigre.
Lors de la catastrophe de Courrières une mine s’effondre. Clémenceau rencontre le mauvais syndicat, celui des anarchistes et non des plus modérés. Il indiquera tout de même s’être engagé à ne pas tirer sur les mineurs. Le préfet du nord ordonne le contraire. Clémenceau en prendra les responsabilités.
 Lors de la crise du phylloxéra, l’un des leaders du mouvement est emprisonné. Il fuit et rencontre Clémenceau chez lui. Les négociations durent longtemps. Il rate son train et n’a pas l’argent nécessaire pour s’acheter un billet. Clémenceau lui donne de l’argent. A son retour à Narbonne, il est considéré comme un traître, la révolte prend fin. Manigance habile de Clémenceau ? Peut-être.
Malheureusement il a été impossible de couvrir l’intégralité de la vie de Clémenceau, c’est donc sur ce point subtil que se termine la conférence. Merci à l’Estrade de l’avoir organisée et à très vite.

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