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Dubaï : Paradis des riches et survie des travailleurs immigrés


Publié le 16 avril 2021

Ce hub touristique économique à la position stratégique déterminante s’est développé ces 30 dernières années grâce à des ressources pétrolières essentielles dans un contexte de mondialisation. Ville futuriste où la démesure n’a pas de prix, on lui reproche tout de même  son passé et sa culture loin des villes européennes qu’on connaît. Elle jouit cependant d’un climat ensoleillé sous des températures avoisinant les 45 degrés, avec des infrastructures modernes et des projets tous plus grandioses les uns que les autres. Dubaï fascine et attire l’attention, quitte à mépriser les défis écologiques mondiaux. Cette ville de la démesure où rien ne semble impossible attire les milliardaires des pays riches mais aussi des travailleurs des pays les plus pauvres.

 

En effet, depuis la découverte du pétrole, les pays du golfe ont toujours attiré les travailleurs du monde entier, la question des travailleurs immigrés revenant régulièrement dans la presse, d’autant plus avec la construction des infrastructures pour le mondial de football qui se déroulera en 2022 au Qatar. Les conditions de travail parfois douteuses font l’objet de rapports par les associations de défense des droits de l’homme, à l’instar d’Amnesty International ou de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), qui les qualifient d’« esclavage moderne ».

 

A Dubaï, seul 10% de la population est originaire des Emirats Arabes Unis tandis que les immigrés en représentent 84% (il y a plus de 9.4 millions de migrants à Dubaï (environ 6.7 millions d’hommes et 1.6 million de femmes)). En dehors des Emiratis ou de personnes aisées venues d’Europe, la plupart des immigrés viennent des pays avoisinants comme le Bangladesh, le Pakistan, les Philippines ou le Népal pour travailler dans cette ville offrant des salaires 3 à 4 fois supérieurs à ceux que leur offrirait leur pays natal. Ces migrants non qualifiés fuyant leur pays en guerre ou dans l’extrême pauvreté viennent travailler dans différents secteurs (la vente au détail 17%, les productions privées 14%, la construction 14% ou le transport 9%) et occupent des métiers souvent risqués sans protection sociale, et des conditions de vie déplorables diamétralement opposées à l’image que Dubaï veut donner au reste du monde : la ville de la démesure où tout est possible. Une main-d’œuvre peu chère, qui accepte pourtant de travailler dans ces conditions pour envoyer de l’argent au reste de la famille resté dans le pays d’origine afin de subvenir à leurs besoins. Les immigrés doivent parfois s‘endetter pour acheter leur contrat de travail pour avoir le droit de travailler. Ils vont pour la plupart gagner au maximum 120 dollars par mois, pour 50 heures de travail par semaine de jour comme de nuit sous des températures approchant les 45 degrés dans le but de construire des villas qui seront vendues des centaines de milliers de dollars. De plus, à leur arrivée les travailleurs venus d’autres pays doivent obligatoirement remettre leur papier d’identité à leur employeur. Mesure à priori théoriquement administrative mais qui se révèle comme un moyen de pression absolu pour cette main d’œuvre bon marché et prête à tout pour subvenir à ses besoins vitaux et à ceux de ses proches.

 

Cependant, depuis l’apparition du COVID-19, en 2020, les 15 millions de touristes attendus ne sont pas venus, et l’aéroport le plus fréquenté du monde est presque vide. Comme dans beaucoup d’autres pays, mais surtout à Dubaï où la ville des Emirats Arabes Unis se finance majoritairement par le tourisme, l’économie tourne au ralenti et les chantiers sont à l’arrêt. Les très riches monarchies du Golfe sont touchées de plein fouet par le virus et ses conséquences économiques avec notamment le prix du pétrole, ressource essentielle à Dubaï, en chute libre. Pour limiter leurs pertes, la majorité des entreprises de Dubaï licencie massivement sans préavis, sans indemnités et souvent sans payer le dernier mois travaillé. Ainsi, loin du centre-ville et de sa tour la plus haute du monde, dans les quartiers de Sonapur à 2h de bus, sont situés les camps de travailleurs. Des centaines de milliers d’hommes sont ici coincés vivant à 9 dans des chambres de 9m². Ouvriers, restaurateurs, laveurs de voiture se retrouvent sans emploi, donc sans revenus et peinent à trouver de l’argent pour continuer à dormir dans ces camps. Ils s’endettent auprès des vendeurs, pour aller vendre la nuit sur des marchés improvisés et illégaux de la marchandise. Mais une fois celle-ci remboursée, il ne leur reste que quelques centimes pour payer leur loyer et se nourrir, envoyer alors de l’argent à leur famille, pourtant dans l’attente, ne figure plus parmi les options.

 

Ces immigrés, désormais sans emploi, ont également perdu le droit de résidence. Ils vivent donc dans l’illégalité et doivent vivre cachés pour éviter d’être expulsés alors qu’aucun Emirati n’accepterait d’occuper leur travail bien qu’indispensable. Pourtant, le gouvernement des Émirats Arabes Unis veut se séparer des travailleurs pauvres devenus indésirables en temps de crise. Ainsi, il leur a donné un délai de quatre semaines pour quitter le pays sous peine d’une amende 2500 euros.  Ils n’ont cependant pas les moyens d’acheter un billet d’avion pour rentrer dans leur pays car ces derniers sont devenus rares ou leur prix a doublé. D’autant plus qu’il leur faut souvent de l’argent supplémentaire pour refaire un visa que leur employeur a gardé malgré leur licenciement. Ainsi, près d’un million d’immigrés à Dubaï seraient dans cette situation causée par la pandémie du Covid-19.

Ceux qui ne souhaitent pas rentrer pour tenter tant bien que mal de subvenir à leur besoin à Dubaï en trouvant du travail coûte que coûte, finissent par se faire expulser. Ainsi en 2020 la population des Emirats aurait baissé de plus d’un million d’habitants. Les quelques travailleurs immigrés qui ont eu la chance de conserver leur emploi ont subi, eux encore une diminution de leur salaire.

 

Par Léa MENARD

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