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Quand le débat se retrouve au cœur du débat

Quand le débat se retrouve au cœur du débat

La semaine dernière je suis tombée sur une phrase de l’avocat américain Dudley Field Malone qui disait « Je n’ai jamais rien appris d’une personne qui était d’accord avec moi ». Je me suis donc posée la question : est-ce que celui qui me contredit est celui qui m’instruit ?

 

Les situations de débat amènent l’individu à se confronter au regard et à l’avis des autres et, cela est pour lui un moyen de se sociabiliser (la parole crée du lien social) mais surtout de s’affirmer et de s’individualiser : je pense ça et on me reconnait à travers cet avis. La confrontation est donc un moyen de savoir qui nous sommes.

Pour Kant, l’idéal d’humanité et de civilité pour mener un débat vertueux est le sens commun qui se définit par ces trois maximes : « penser par soi-même » (ou pensée élargie), « penser en se mettant à la place d’autrui » (ou pensée éclairée) et « penser en accord avec soi-même » (ou pensée conséquente). Si tous ces ingrédients sont réunis alors le débat est vertueux et surtout essentiel en démocratie. En effet, il permet d’avoir différents points de vue sur une situation et de trouver ainsi la meilleure solution à un problème posé en société : on suit le schéma concertation, délibération puis décision.

Au Moyen-Âge, on pratiquait le débat à travers la disputatio, c’est-à-dire une discussion orale en général devant un auditoire. D’abord, le maître formulait une question à laquelle une des parties devait répondre et, enfin, la deuxième partie était chargée d’opposer des contre-arguments. A la fin de la discussion, le maître prononçait une solution argumentée qui donnait lieu à un rapport écrit. La disputatio jouait donc un rôle essentiel dans la recherche universitaire !

 

Cependant, aujourd’hui le débat a bien changé … Durant deux heures, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon ont étalé leurs désaccords sur la table de BFM-TV le jeudi 23 septembre. Ayant tous les deux des visions antagonistes de la société, ce débat aurait pu être source d’instruction pour les deux parties. Cependant, dès les premières minutes, les deux hommes politiques se sont retrouvés sur un ring de boxe intellectuel, chacun essayant de délégitimer les propos de l’autre à travers des attaques personnelles. Nous sommes donc bien loin des idées de KANT …

On pourrait aussi mentionner le débat entre Donald Trump et Joe Biden pendant les élections américaines l’année dernière avec les fameux « Will you shut up, man » de Biden et « There is nothing smart about you » de Trump. La question de la pertinence d’un tel débat se pose alors : Existe-il une limite d’avec qui il est possible de débattre ?

 

 

D’où vient alors cette tendance ?

 

Les débats politiques ne sont pas les seuls à être touchés par cette tendance puisque dès que la discussion sort du domaine du privé pour se dérouler dans l’arène publique, et surtout lorsque celle-ci a lieu sur les réseaux sociaux, alors elle est rarement sereine et constructive.

Il faut tout de même rappeler l’espoir suscité par ces espaces qui ont permis l’émancipation citoyenne par la parole. Il ne s’agit donc plus d’experts qui parlent en vertu d’une compétence qu’on leur reconnait mais plutôt de groupes qui se sentent concernés et qui réagissent sur la toile à travers des hashtags ou des arobases. Or, cela tend à répandre l’idée que toutes les causes se valent (nous n’en discuterons pas ici), mais pousse surtout à la guerre des idées.

Le développement de « l’art d’avoir toujours raison » joue aussi un rôle dans la perte de sens du débat puisque lorsque l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner le débat, il s’agit de quitter l’objet de la querelle pour attaquer l’adversaire dans ce qu’il est, c’est-à-dire sa personne, et de faire en sorte que la personne avec qui on n’est pas d’accord soit réduite au silence dans la sphère publique. On peut donc dire que nous vivons dans une société bavarde mais dans laquelle le dialogue n’existe plus.

Ainsi, les réseaux sociaux, parce que tout le monde peut y exprimer son avis, sont capables de propager les cris de haine et, la délibération sur ces plateformes est, soit sans fin, soit tellement virulente jusqu’à ce que mort s’ensuive. Débattre n’est plus synonyme de combattre mais d’abattre, comme le montre le meurtre du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020, qui 10 jours avant avait montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.

 

Alors ouvrons grand nos oreilles et envisageons que l’autre puisse ne pas avoir tort sur tout !

 

 

 

Par Alise DURAND

La crise des sous-marins

La crise des sous-marins

Que s’est-il passé le 15 septembre 2021, lorsque tous les médias français ont proclamé la rupture du « contrat du siècle » par l’Australie ? « Coup dans le dos », « trahison », mais quels étaient les termes du contrat, et pourquoi l’Italie a rompu son contrat avec la France ?

 

 

L’accord entre la France et l’Australie

La France et l’Italie avaient signé un accord en 2019 qui stipulait que le groupe français Naval Group devait fournir 12 sous-marins nucléaires, d’une valeur de 56 milliards d’euros, à l’Australie. Or, cette dernière a décidé de rompre ce contrat, au profit d’une nouvelle alliance avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, l’AUKUS. L’AUKUS remplace l’ancienne ANZUS, en excluant la Nouvelle-Zélande car le pays refuse la présence de navires nucléaires dans ses eaux suite à une politique de dénucléarisation mise en place depuis 1984.

 

 

Les grandes puissances concernées

En mettant fin à ce contrat, l’Australie se met à dos la France. Cependant, de son point de vue, elle s’assure une emprise certaine sur l’Indopacifique, jusqu’alors contrôlé en majorité par la Chine. Pour cette dernière, la création de l’alliance AUKUS met à mal l’expansionnisme chinois. En effet, la maîtrise de cet espace est primordiale pour la stratégie chinoise du « collier de perles ». Ainsi, en créant une alliance dans cette région, les Etats-Unis s’assurent de pouvoir contrôler la région, et par la même occasion, l’expansion chinoise.

Les Anglais, quant à eux, ne peuvent s’empêcher de se réjouir de voir la France mise à mal après l’annonce de la rupture du contrat par l’Australie. En effet, Macron a été un des principaux bourreaux du Brexit. Cependant, le Royaume-Uni a besoin de la France, notamment d’un point de vue militaire, puisque ce sont les deux principales  (si ce n’est seules) puissances militaires de l’Europe. Que ce soit dans la lutte contre le terrorisme ou le contrôle de l’immigration, le Royaume-Uni a d’abord besoin de la France, que l’inverse.

 

 

Les conséquences sur la France

L’annonce de cette nouvelle alliance met à mal la France de nombreuses façons. Dans un premier temps, la France se retrouve exclue de l’Indopacifique, qui est un espace de plus en plus important au niveau de la mondialisation. Avec l’expansionnisme chinois et indien, la France ne peut pas se permettre de perdre sa place, déjà assez incertaine, dans la région. Cela explique la réaction assez brutale d’Emmanuel Macron, qui a rappelé les ambassadeurs français de Canberra et de Washington. Cela ne s’était jamais produit entre ces trois pays. De plus, ce n’est pas la première fois, depuis l’élection de Joe Biden, que la France souffre des décisions unilatérales prises par l’administration Biden. En effet, les Américains avaient déjà décidé, en 2020, de passer commande à la Suisse de F-35, au lieu des habituels Rafale français.

L’industrie française a donc été, de façon répétée, victime des décisions américaines. C’est aujourd’hui au tour de Naval Group de souffrir de la mise à mal de ce contrat. Rappelons que la production des 12 sous-marins nucléaires devait s’étaler sur 50 ans et était d’un montant de 34 milliards d’euros. Naval Group est entré en négociations avec l’Australie pour réclamer une indemnisation de près de 250 millions d’euros. En effet, la rupture du contrat entraîne une baisse du chiffre d’affaires du groupe français de près de 10 à 15% sur les années à venir. C’est sans compter les quelques 500 salariés qui se retrouvent sans travail dans l’immédiat. Naval Group craint aussi que cela joue sur la crédibilité du groupe et donc que l’entreprise perde des contrats à l’avenir à cause de cette affaire, largement médiatisée.

 

 

La géopolitique de l’Indopacifique remise en cause

En excluant la France de la région, c’est toute l’Europe qui se retrouve hors de l’Indopacifique. Cela envoie aussi, et surtout, le message que la France ne fait plus partie des puissances majeures du monde et qu’elle n’a plus l’influence nécessaire pour avoir un impact dans la région. Elle avait essayé de marquer cette influence en participant à des exercices militaires avec le Japon (à travers son partenariat avec l’Australie et l’Inde) en cas d’invasion par un pays ennemi. De plus, en vendant ses sous-marins à l’Australie, la France est devenue un fournisseur militaire majeur dans la région. En perdant ce contrat, la France renonce aussi à sa présence dans la région et à participer à l’endiguement de l’expansionnisme chinois.

La Chine, de son côté, voit aussi son ennemi de proximité, l’Australie, s’allier à son rival mondial : les Etats-Unis. En effet, cet espace est hautement stratégique pour la Chine, tant d’un point de vue économique que militaire. La Chine a notamment revendiqué différents archipels en mer de Chine pour augmenter sa ZEE et exploiter ses sous-sols. Cela est mis à mal par la présence américaine, qui peut enfin justifier d’être présente dans la région et donc freiner l’expansionnisme chinois. 

 

 

 

Par Elise CASADO

Gaston Monnerville ou l’Obama français

Gaston Monnerville ou l’Obama français

A l’approche des élections présidentielles, le Français moyen peut se retrouver déçu par l’offre électorale. Et il y a de quoi ! Les perspectives ne sont guère réjouissantes pour le citoyen responsable qui ira déposer son bulletin dans l’urne en avril prochain.

Pour mon dernier article pour RDVC, j’aimerais rendre hommage à un compatriote guyanais hélas méconnu. Par la même occasion, j’aimerais redonner du baume au cœur à ceux qui désespèrent de la possible élection d’un candidat fort peu commode. De fait, en étudiant l’histoire politique de la France, il s’avère que ce pays a failli avoir un Noir à la tête de l’exécutif en 1969, soit 40 ans avant que Barack Obama n’accède à la Maison Blanche. Eminent avocat, député, sénateur puis président du Sénat, Gaston Monnerville, aurait pu achever sa carrière politique en assumant la fonction de président de la République. Retour sur le parcours fulgurant de « l’Obama français »…

Né le 7 janvier 1897 à Cayenne (Guyane), Gaston Monnerville est petit-fils d’esclaves. Ses parents sont originaires de la Martinique mais c’est en Guyane qu’il effectue une partie de sa scolarité. En 1912, il obtient une bourse pour poursuivre ses études au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse. Brillant élève, il est passionné de lettres et de philosophie. Il étudie les lettres et le droit à l’université de Toulouse : il valide une licence dans ces deux matières avec les félicitations du jury. Il s’inscrit au barreau de Toulouse en 1918. En 1921, il est reçu docteur en droit, là encore avec les félicitations du jury. La même année, il quitte la ville rose pour Paris. Il collabore étroitement avec César Campinchi et plaide dans plusieurs grands procès. C’est notamment en 1931 qu’il s’illustre lors de l’affaire Galmot où 14 Guyanais sont jugés après l’émeute provoquée par la fraude électorale de 1928 et la mort suspecte de Jean Galmot. Sa plaidoirie est excellente, les accusés sont acquittés : Monneville assoit sa réputation. En effet, il est élu député de Guyane en 1932 puis maire de Cayenne en 1935. Fait inédit dans l’histoire de la Guyane : Monnerville est le premier Guyanais à assumer un poste au sein du gouvernement français. Il est nommé sous-secrétaire aux colonies en 1937. Homme de conviction, il est à l’initiative de l’abolition du bagne en Guyane.

Mais c’est surtout après la Libération qu’il laissera une empreinte durable dans la vie politique française. En effet, le gouvernement provisoire lui confie la charge de préparer le statut des quatre vieilles colonies : la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane. En 1946, le projet aboutit : ces quatre territoires deviennent des départements français à part entière. La même année, il est élu sénateur de la Guyane et devient dans la foulée vice-président du Conseil de la République, instance qui deviendrait plus tard le Sénat. En 1947, il brigue la présidence du Conseil de la République. Avec le soutien du centre et de la droite, il l’emporte au second tour avec 141 voix contre 131 pour le communiste Henri Martel, soutenu par les socialistes. Il est réélu chaque année à ce poste jusqu’à la fin de IVème République. Lors des élections sénatoriales de 1948, il change de circonscription : il quitte la Guyane pour le département du Lot. Il y restera sénateur jusqu’en 1974.

En 1953, Monnerville aurait déjà pu se retrouver à la tête de l’exécutif. Cette année-là, c’est René Coty qui est élu chef de l’Etat… au treizième tour de scrutin ! Sous les IIIème et IVème Républiques, c’était en général le président de la haute chambre qui assumait la fonction présidentielle. D’aucuns avanceront qu’eu égard à sa couleur de peau et aux préjugés de l’époque, Gaston Monnerville s’est vu empêcher d’accéder à la fonction présidentielle. Monnerville apporte un souffle nouveau au conseil de la République. Les pouvoirs de cette institution sont réduits au maximum : elle tient davantage d’une chambre de réflexion que de décision. Grâce au travail minutieux de Monnerville, cette institution retrouvera ses lettres de noblesse. En 1949, les sénateurs peuvent formuler des questions orales au gouvernement. En 1954, une réforme constitutionnelle redonne au Sénat son pouvoir d’initiative législative. Avec l’avènement de la Vème République, le bicamérisme est entériné et Sénat retrouve sa place au sein de la vie politique française. Pas mal, non ? Cependant, Charles de Gaulle tient de nouveau les rênes du pays. Sa vision politique et celle de Monnerville divergent. De Gaulle souhaite un exécutif fort et s’accommoderait volontiers d’un Sénat aux pouvoirs affaiblis. (Il surnomme cette institution non sans une pointe de mépris « le machin »). Monnerville, alors président du Sénat, s’oppose et s’obstine à ne rien céder sur les avancées acquises. Il s’offusque de la vision de De Gaulle et dénonce une dérive monocratique. En 1968, De Gaulle est décidé à amoindrir les pouvoirs du Sénat et lance un référendum pour la fusion du Sénat et le Conseil économique et social. Il souhaite que le Sénat n’ait qu’une simple fonction consultative. Monnerville s’oppose vigoureusement et mène tambour battant la campagne pour le « non » au côté d’autres sénateurs. En septembre 1968, il annonce son intention de ne pas se représenter aux élections pour la présidence du Sénat car il souhaite être libre de sa parole pour mobiliser l’opinion public en faveur du « non ». C’est Alain Poher qui succède à Monnerville à la tête du Sénat le 3 octobre 1968. Le 27 avril 1969, le résultat du référendum tombe : le « non » l’emporte, Charles de Gaulle démissionne le lendemain. Il faut savoir qu’en cas de démission du président de la République, c’est le président du Sénat qui assume la fonction par intérim. A quelques mois près, Monnerville aurait pu assumer la fonction présidentielle.

Il continuera à exercer son mandat de sénateur pendant encore 6 ans. Le 22 février 1974, Alain Poher le nommera au conseil constitutionnel. Il sera promu officier de l’ordre de la Légion d’honneur en 1983 par Mitterrand et continuera à paraître sporadiquement en public.

Que retenir de cette ascension fulgurante ? Pour ma part, je dirai que le parcours de Monnerville met en exergue le cynisme et la cruauté de la vie politique. Monnerville a patiemment gravi les échelons de la méritocratie républicaine et servi loyalement la France. On pourrait au moins s’attendre à ce que la fortune puisse lui faire grâce de la fonction présidentielle. Décidément, ces derniers temps, ce sont les outsiders qui ont le vent en poupe. En 2017, c’est un Macron à peine familier avec les rouages du pouvoir qui séduit les Français. Pourvu qu’en 2022, nous évitions le pire : si la France a été malchanceuse d’avoir raté l’Obama français, espérons qu’elle ne le soit pas davantage en choisissant le Trump français…

 

Par JP Castorix

Le désastre environnemental, la fin de Dieu selon les monothéismes ?

Le désastre environnemental, la fin de Dieu selon les monothéismes ?

Depuis maintenant vingt ans, le désastre environnemental est de plus en plus présent à l’esprit de la société humaine. Renié ou pris au sérieux, peu importe, ce phénomène de destruction de la vie sur Terre est de plus en plus sérieux et inquiétant. Ce ne sont pas simplement quelques degrés qui augmenteront mais bien une série infernale de troubles qui changeront à jamais la Vie sur Terre. Ces changements organiques donneront sûrement lieu à des chamboulements importants dans l’organisation des sociétés humaines et dans son rapport au monde qui l’entoure. Ces changements pointent le bout de leur nez que ce soit l’antispécisme, les tentatives de sociétés alternatives pour plus de résilience ou encore la recherche d’énergies qui puissent substituer à jamais l’énergie fossile. Ces changements, notamment ceux qui concernent le rapport à la Nature, sont les reflets de l’émergence d’une nouvelle spiritualité, dans laquelle l’humain n’est plus pensé comme maître ou dominé par la nature, mais bien comme acteur de forces dont il a cherché depuis deux cents ans à percer les mystères. De la Nature mystérieuse, source de fantasmes, et des « religions primitives » à la croyance moderne, correspondant à l’avènement du couple science-technique capitaliste, de l’humain comme maître de la Nature, nous sommes à l’orée d’une nouvelle conception.  Mais si cette dernière conception de l’humain comme maître de la Nature a pu émerger, c’est qu’elle découle d’une conception religieuse du monde très particulière et liée essentiellement aux religions monothéistes. Une conception du monde dans laquelle l’humain n’est pas essentiellement relié au monde qui l’entoure. Il n’est qu’une sorte de locataire qui n’a pas à être tenu responsable de ses actions devant la Nature mais devant Dieu. Entendons-nous bien, la Nature dans les religions polythéistes, par exemple, est au centre de la croyance malgré l’apparence humaine des dieux et déesses. Ce sont tous.tes des représentant.es d’une partie de la Vie et de la Terre, presque toutes les branches de la Vie sur Terre, des clans humains aux phénomènes naturels sont représentées. Des religions polythéistes Celtes à la Mésopotamie en passant par les Grecques ou les religions précolombiennes, toutes ces religions représentent la multitude de ce qu’est la Vie sur Terre. Les sacrifices et autres rituels montraient le lien direct entre les Dieux, Déesses et la Nature, plutôt, étaient la manifestation directe de la compréhension d’un certain dynamisme dans la Nature représenté par ces multiples Dieux et Déesses. Une représentation peut-être partielle pour nous modernes mais une compréhension d’un certain devoir de préservation et de respect de la Nature à travers les divinités. Quant aux religions comme le Bouddhisme et l’Hindouisme, la relation avec la Nature est directe. Parmi les préceptes à suivre dans la tradition bouddhiste il y a celle-ci : S’efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie, appelé principe d’ahiṃsā ; que nous pouvons traduire de manière moderne comme un principe de « non-violence ». L’Hindouisme lui est proche d’une logique animiste qui voue un culte aux esprits présents dans la Nature, et tout ce qui environne l’humain. Bref, toutes les religions non-monothéistes – c’est-à-dire la quasi-totalité d’entre elles – sont liées directement à la Nature et plus largement au vivant, sachant que la définition du vivant prend des formes plus ou moins larges. En revanche, quant aux religions révélées que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam la relation à la nature est bien, bien plus ambigüe voire absente.

Pourquoi ? notamment car la relation avec Dieu est bien plus distante que dans les autres religions dans lesquelles les dieux et déesses ou esprits sont directement en contact avec l’humain. De Zeus et ses aventures avec les femmes aux esprits dans les objets qui entourent l’humanité, ils sont partout. Or, Allah, Yahvé, ou Dieu ne sont jamais directement en contact avec les humains. Les prophètes sont des intermédiaires de Dieu. L’humain n’a plus vraiment de comptes à rendre à la Nature mais bien à cet être suprême. Les actions jugées par Dieu sont essentiellement des actions interhumaines et les cultes et pratiques religieuses le sont aussi. Paradoxe que d’observer que malgré un dieu distant, les prières vont directement en son nom, il n’est que très rarement question d’autre chose que Dieu, en tant qu’Etre suprême. Le péché originel montre bien cette distinction, entre d’un côté la Nature et de l’Autre Dieu. On pourrait même y voir l’ambivalence entre ces deux entités, car c’est bien un serpent – bien qu’il soit métaphorique – qui pousse à outrepasser la règle désignée par Dieu. En soi, si nous poussons la réflexion encore un peu plus loin, c’est la Nature en elle-même qui aurait perverti l’humain. Dès lors, pour ces trois religions, la Nature est un objet dont il faut se méfier voire dominer en la travaillant.

La relation Nature humanité dans ces cas là est réduite à zéro. Dieu n’est d’ailleurs absolument pas la Nature, ou une partie d’elle. Dieu est présent avant sa création, dont il est « simple » créateur. Il est certes omnipotent comme le serait une lectrice. Certes l’action de Dieu se retrouve par l’intermédiaire de la Nature – éruptions, tremblement de terre, ouragan… – mais c’est essentiellement pour punir. Et puis comment pourrait-il montrer son existence s’il n’agissait pas sur la Nature ? Cela n’est en rien une marque de la « Naturalité » du Dieu monothéiste. Bref, les religions monothéistes ont établi une rupture profonde entre la Nature et l’humanité, la Nature est reléguée au second plan de l’action humaine. C’est d’abord une affaire humaine, que la relation avec Dieu. La responsabilité de maintien et de préservation de cette dernière n’est en rien une tâche humaine. Certes nous devons la « travailler » mais comment faire autrement si nous ne voulons ne pas mourir. Autre point intéressant, les cultes se tournent vers Dieu en tant qu’entité suprême déconnecté de la Nature, comme nous l’avons montré, mais les grands protagonistes que peuvent être Moïse, Jésus ou le prophète Muhammad sont avant tout montré comme des humains – bien que ce soit plus ambigüe pour Jésus. Ni Dieu, ni les prophètes ne sont en lien avec la Nature – si ce n’est leur caractère humain. Là où le Véda, Quetzalcóatl ou Thor, sont par essence directement relié à la Nature. Imaginons que le tonnerre disparaisse Thor n’a plus de raison d’exister, à la différence de Dieu ou des prophètes qui eux persistent.

Bien que Dieu ne soit pas directement lié à la Nature c’est bien de lui dont la responsabilité de la Nature incombe, du moins sa création mais pas son maintien. Comme dans la prière chrétienne du Notre Père qui dit : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Mais que ce soit dans l’Islam, le Judaïsme ou le Christianisme ; la référence à un Dieu en relation avec la Nature et la Vie au sens large est ténue. Certes, dans la religion chrétienne il est mentionné souvent que les êtres vivants appartiennent à dieu. Mais ce ne sont que quelques passages, brefs sur une multitude. La plupart des références à la Nature sont de l’ordre de la métaphore ou – et nous retombons sur ce que nous disions – des affaires interhumaines, il n’y a que 26 versets dans la Bible – sur plus de 31 000, ce qui montre la place de la Nature dans le christianisme – concernant la Nature et sont toustes de cet acabit  :

 

Lévitique 25:23

Les terres ne se vendront point à perpétuité; car le pays est à moi, car vous êtes chez moi comme étrangers et comme habitants.

 

Psaumes 50:9-12

Je ne prendrai pas de taureau dans ta maison, Ni de bouc dans tes bergeries. Car tous les animaux des forêts sont à moi, Toutes les bêtes des montagnes par milliers; Je connais tous les oiseaux des montagnes, Et tout ce qui se meut dans les champs m’appartient.

Dans le Coran ce n’est pas mieux, il n’y a que très peu de référence à la Nature et à une attitude à adopter.  La Torah elle ne fait en rien référence autrement que par des conseils d’agriculture à l’attitude à adopter avec la Nature. Il y a bien ce passage présent dans le Talmud, mais qui est un rajout de fait et parles du jardin d’Eden plus que de la Terre en tant que tel :

« Regarde cette beauté, cette nature que J’ai faite, tout ceci mérite d’être préservé et chéri. Tout ce que J’ai créé, je l’ai fait pour toi, pour ton bien-être. Penses-y et ne gâche pas tout. Si tu gâches tout, sache qu’il n’y aura personne pour réparer après toi » (Ecclésiaste, Rabba 7, 13)

La seule vraie référence à la Nature pour les religions monothéistes, de manière explicite dans le rapport que nous devrions avoir en tant qu’humanité se trouve dans la Genèse et ce n’est en rien un programme que pourrait défendre les plus écologistes, et marque la vraie relation préconisée entre l’humanité et la Nature terrestre :

 

Genèse 1 : 26

Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre.

 

On observe bien la relation qui est établie et qui doit être maintenue dans la volonté de satisfaire Dieu, de dominer la Nature. Ce qui est à noter aussi, c’est que l’humain doit dominer la Nature, comme… Dieu lui-même.

C’est à se demander même si quelqu’un a la charge de la Nature. Il faut croire que personne n’en a la responsabilité. Ce n’est pas pour rien si la conception de la Nature est si statique dans ces religions. Rien ne bouge, en veut pour témoin les réactions face aux découvertes à la fin du XIXème siècle par Darwin et consorts, du principe d’évolution. La réflexion de ces trois grandes religions sont assez faibles concernant la Nature. Dans le cas du christianisme l’épopée coloniale, et la déclaration de la non-présence d’âmes chez les peuples découverts outre Atlantique, pour justifier leur exploitation montre ce rapport conflictuel avec la Nature. Si cette déclaration sur les indiens d’Amérique a eu lieu c’est que l’Eglise les jugeait trop proches de la Nature pour en posséder une. L’âme est essentiellement une affaire d’hommes et ne concerne en rien tout ce qui est naturel ou trop proche de la nature – les femmes étant jugées inférieures aux hommes car plus soumises à leur côté naturel, ont été longtemps considérées comme n’ayant pas d’âme selon l’Eglise. Bref, la relation monothéisme Nature est assez conflictuelle. La relation est presque inexistante, comme si ce n’était pas un point primordial.

Nous avons donc ici une absence de relation entre les religions monothéistes et la Nature, qui est le premier problème de ce Dieu qui ne serait en rien garant de la Nature, mais dominateur rappelez-vous de ce verset dans la Genèse. Vide théologique pour un monde judéo-chrétien-islamique qui redécouvre ses liens plus que vitaux et fragiles avec la Nature. Fait intéressant, malgré ce vide laconique les trois religions – on voit l’aspect purement politique de la chose – cherche toutes à montrer leur côté écologique en cherchant dans les recoins ou en triturant certains versets pour afficher leur penchant écologique. Dieu est avant tout le propriétaire des lieux, sans qu’il pousse réellement à ce que les locataires rendent l’endroit en bon état.

Mais, ce n’est pas le seul écueil, qui pourrait nous faire penser que Dieu selon les trois religions révélées ne puisse continuer d’exister. Nous avons montré que Dieu n’était en rien décrit comme lié à la Nature, étant un être suprême dont le pouvoir ne s’appuie en rien sur la Nature mais plutôt sur les humains, Dieu est alors impuissant face au désastre environnemental. Car elle ne concerne absolument pas les affaires interhumaines mais bien une affaire entre la Nature et l’humanité. Là où Dieu, selon les trois religions, n’a aucune prise. Les humains ne doivent pas tuer leur prochain, faire le jeûne par solidarité humaine, et s’astreindre à une certaine diététique morale pour être un bon humain et aller au paradis, mais n’est en rien tenu de respecter la Nature. C’est l’humain qui se retrouve alors aux commandes du maintien, de la prospérité ou la destruction de la Terre. Dieu n’ayant donné aucune indication mais en plus de cela il a transféré son pouvoir à l’humanité dès sa création. Si pendant des millénaires l’humanité n’avait en rien les moyens de pouvoir se « rendre maître » de la Nature, depuis deux siècles c’est tout l’inverse qui se produit. Là ce produit une rupture de premier ordre, l’humanité théoriquement ne pouvait se prétendre à la hauteur de Dieu, tant nos capacités physiques mais surtout techniques nous restreignaient. Or, aujourd’hui sur Terre d’un point de vue du rapport avec la Nature nous sommes au même niveau – bien que la création soit encore à ses balbutiements – que Dieu lui-même. Nous sommes capables de détruire tout ce que Dieu, d’après ces religions, a créé. Le rapport avec Dieu sur Terre est désormais changeant, c’est l’humain qui a le pouvoir de se sauver, ou de se détruire, de sauver la Terre ou la détruire. On pourrait me rétorquer que c’est Dieu qui nous punit de tous nos péchés à travers le réchauffement climatique à l’instar des douze plaies d’Egypte. Mais ce n’est pas non plus le cas, car nous savons précisément que c’est l’action humaine qui en est responsable.

Nous sommes désormais à un moment où les religions monothéistes se retrouvent bloquées par leur propre texte et prédication. L’humanité s’est rendue maître de la Nature comme Dieu l’avait conçu, mais à un tel point que l’avenir de l’humanité n’est en rien l’affaire de Dieu, mais l’affaires des humains. Yahvé, Allah, et Dieu ne sont puissants – si j’ose dire – que dans la création d’un cadre pour que l’humain puisse exister et effectifs que dans la relation entre les humains et Dieu. Dans la crise environnementale que nous connaissons, aucune religion monothéiste n’est coupable, mais elles n’ont pas été pour rien ; elles sont le fruit de notre relation actuelle avec la Nature. La fin des religions monothéistes est-elle à venir ? Cela est possible, non pas que Dieu n’existerait pas ou qu’il nous punirait, mais parce que Dieu lui-même ne s’occupe pas de ces affaires-là. C’est une affaire purement humaine, une sorte de défi lancé à l’humanité que les religions monothéistes ne peuvent résoudre par l’existence de Dieu ou de son avènement, car elles sont en partie les instigatrices de la pensée qui nous a amené à cet état de fait.

 

Par CLÉMENT LAURENT

 

Voyage au cœur du cerveau des consommateurs et rouages du marketing

Voyage au cœur du cerveau des consommateurs et rouages du marketing

Lorsque nous décidons d’acheter un bien, la logique veut que cette décision soit précédée de l’identification d’un besoin en vue de combler un manque. S’il s’agit d’un achat représentant un investissement conséquent comme une voiture par exemple, nous allons naturellement prendre le temps de comparer plusieurs modèles, mesurer les avantages et inconvénients de chacun d’entre eux. Pour ce faire, nous allons nous fonder sur des critères préalablement établis comme la consommation, le confort au sein de l’habitacle ou encore différentes fonctionnalités telles que la connexion Bluetooth, l’écran tactile présent sur le tableau de bord, une caméra de recul ou encore des fonctions de navigation sophistiquées.  Ce processus se répète pour chaque achat émanant d’un besoin clairement identifié par nous, consommateurs. Pourtant, bon nombre de nos décisions d’achat ne suivent pas ce schéma.

 

Dans cet article, nous parlerons de la part que prend notre inconscient lorsque nous choisissons de nous procurer un bien. Nous aborderons ensuite les techniques marketing utilisées par les entreprises pour attirer notre attention et provoquer chez nous des « stimuli subliminaux ». Enfin, nous nous intéresserons aux limites de ces pratiques marketing, essentiellement dues à des raisons éthiques.

 

La part d’inconscient et de conscient dans nos prises de décision  

Si dans certains cas, comme nous l’avons vu précédemment, notre démarche d’achat est mûrement réfléchie, dans de nombreuses autres situations, nous n’agissons pas de manière aussi rationnelle que nous pensons le faire. C’est précisément dans ce cas qu’intervient notre part d’inconscient. En effet, lorsque nous prenons connaissance d’un nouveau produit ou service, nos émotions parlent souvent pour nous. Sans en être conscients, nous allons naturellement être attirés par les effets que nous procurent certains des aspects du bien ou du service en question. Il peut aussi bien s’agir de la couleur du produit, de l’odeur, du son ou encore d’autres caractéristiques qui font appel à nos 5 sens.

Nous ignorons comment, mais notre cerveau associe ces aspects du produit ou service à des sensations de plaisir et de bien-être. La couleur peut inconsciemment nous renvoyer à quelque chose de positif et l’odeur nous rappeler des souvenirs de vacances ou autres moments agréables de notre vie sans que nous sachions exactement et consciemment ce que cela nous évoque. La voix d’une personne qui parle, que ce soit pour vendre le produit ou qu’elle fasse partie intégrante des fonctionnalités de celui-ci, peut inconsciemment faire référence à celle d’un proche, d’un être aimé qui est là pour nous guider, nous rassurer.  Le produit peut aussi être l’objet d’un fantasme, d’une promesse de rêve réalisé. Toutes ces émotions suscitées par les aspects du produit peuvent nous inciter à nous le procurer alors même que celui-ci ne répond à aucun besoin particulier, qui ne comblera pas spécialement un manque. Le point d’appui n’est plus le besoin mais le désir.

Il est important pour les entreprises de comprendre à quel point la prise de décisions des consommateurs est complexe car elle fait appel à plusieurs systèmes cognitifs. En effet, notre cerveau fonctionne à l’aide de deux systèmes, système inconscient et système conscient ou « système 1 » et « système 2 » comme le décrit Daniel Kahneman, spécialiste en psychologie cognitive et en économie comportementale, dans son livre Système 1 / Système 2. Les deux vitesses de la pensée.  

Le système inconscient a un impact beaucoup plus influent et beaucoup plus important que le système conscient dans notre démarche de prise de décisions. Le système inconscient est la partie de nous-mêmes qui pense de manière intuitive et instantanée. Il est en opposition avec le système conscient qui au contraire, concerne la partie de nous-mêmes qui réfléchit sur le long-terme de manière structurée.

Les deux systèmes cognitifs travaillent généralement ensemble mais ils peuvent parfois entrer en opposition. Prenons un exemple auquel vous avez déjà été très certainement confronté. Lorsque vous devez lire à voix haute le nom d’une couleur écrit dans une autre couleur, par exemple le mot jaune écrit en vert, votre premier système cognitif, celui dit « inconscient » va instinctivement vous inciter à dire jaune, vous lisez le mot tel que vous le voyez sans vous poser de questions. À l’inverse, votre second système cognitif, celui dit « conscient » va déceler une incohérence et vous allez très certainement marquer un temps d’hésitation avant de lire le mot.

         Maintenant que nous avons évoqué la manière dont notre cerveau traite des données, revenons au marketing et la façon dont les consommateurs analysent les informations qu’ils ont à leur disposition.

 

Prenons là encore un exemple très concret dont nous avons déjà tous fait l’expérience, un produit vendu à 0,99 € pièce au lieu de 1 €. La première impression du consommateur va être de percevoir le produit comme étant très bon marché alors même que la différence de prix est minime, quasiment nulle. Une fois encore, notre inconscient va nous pousser à croire que le produit est beaucoup plus abordable à 0,99€ qu’à 1€. Lorsque nous faisons appel à notre système cognitif conscient, nous réalisons bien que la différence de prix est infime.

Après avoir pris le temps de parler de la part d’inconscient et de conscient dans nos prises de décision, intéressons-nous à présent aux pratiques marketing qui utilisent la connaissance du comportement humain et du fonctionnement du cerveau dans leur mise en place stratégique.

Constat des limites de certaines pratiques marketing et apparition de nouvelles approches

Si durant de longues décennies et même encore aujourd’hui, les sondages et études de marché ont été l’une des approches marketing les plus connues et les plus utilisées pour mieux saisir les besoins, attentes des consommateurs et la démarche qu’ils entreprennent dans l’achat d’un produit, d’autres pratiques ont émergé depuis et ces dernières se révèlent être beaucoup plus fiables.

En effet, les consommateurs ne répondent souvent pas de manière transparente aux questionnaires qui leur sont adressés. Plusieurs études ont été menées et la plupart des résultats montrent qu’il y a un réel décalage entre ce que déclarent les consommateurs et leur attitude réelle. Par souci de l’image qu’ils renvoient, pour être bien perçus, les personnes interrogées ont tendance à fournir des réponses qui vont dans le sens de la consommation éthique et responsable et cela ne reflète pas forcément la réalité, les choix qu’ils font réellement.

Selon une enquête qui a été menée par l’institut Lab42 dès 2014, « 84% des consommateurs américains se disaient prêts à payer davantage pour un service ou un bien délivré par une entreprise dite socialement responsable. » 

La même enquête a mis en lumière le fossé colossal entre les réponses fournies par les personnes sondées et leurs actes. Les consommateurs auraient en réalité une sorte de responsabilité morale. Ce phénomène s’accentue dans un contexte actuel de pression sociale et environnementale.  Les belles déclarations dans un souci de désirabilité sociale vis-à-vis d’autrui ne seraient en fait qu’un vernis qui cacherait un comportement tout autre, allant souvent à l’inverse de ce qui est affirmé.

Dans les sondages, c’est en fait le consommateur avec une démarche réfléchie et calculée qui s’exprime (système conscient) alors que dans les faits et la vie de tous les jours, ces derniers agissent souvent de manière intuitive et irrationnelle (système inconscient).

Les entreprises et professionnels du marketing saisissent de plus en plus le fossé entre les dires et les actes des consommateurs, 76% des produits commercialisés se heurtent à un échec durant la première année de leur mise sur le marché et ce malgré une excellente stratégie de lancement. C’est pourquoi de nouvelles approches et pratiques marketing sont apparues ces dernières années.

Parmi ces nouvelles pratiques, nous pouvons citer le neuromarketing qui est apparu dès le début des années 2000. Il s’appuie sur l’utilisation des sciences neuronales et cognitives afin de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau des consommateurs, comment celui-ci répond à des stimuli subliminaux (marques, produits, odeurs, publicités, etc…). Le neuromarketing permet également d’optimiser les outils de persuasion. L’objectif in fine est de savoir quels sont les facteurs émotionnels et sensoriels qui influencent le consommateur et le poussent à acheter.

Le neuromarketing mesure trois éléments que sont la mémorisation, l’émotion et l’attention. Il s’appuie sur des technologies réservées d’ordinaire au domaine médical ainsi qu’à la recherche scientifique. Parmi les outils utilisés figurent, l’IRM (imagerie par rayonnement magnétique) qui permet d’avoir une visibilité sur la globalité du cerveau, l’EGG (électro-encéphalogramme) qui mesure des champs électriques à la surface du cerveau ou encore l’Eye Tracking, qui est une analyse effectuée avec des lunettes accompagnées de capteurs cérébraux, retraçant les mouvements oculaires du consommateur pour savoir quel(s) critère(s) ou aspect(s) attire(nt) précisément l’œil de l’intéressé.

Le neuromarketing constitue une approche extrêmement précise du comportement des consommateurs et de leurs aspirations. Cependant, celui-ci ne fait pas l’unanimité pour diverses raisons que nous allons voir dans la partie qui suit.

 

 

  • Quand l’éthique pose ses limites

          Si le neuromarketing est une pratique acceptée dans certains pays comme les Etats-Unis, il est très controversé et critiqué dans d’autres pour des raisons essentiellement éthiques.

Le principal reproche qui est fait au neuromarketing est celui de la manipulation. Toutefois, cette accusation est à nuancer. En effet, comme le souligne Didier Courbet, chercheur à l’université d’Aix-Marseille, il faut tout d’abord comprendre à quelles fins nous souhaitons avoir recours au neuromarketing.  S’il s’agit d’en apprendre davantage sur le comportement des consommateurs et son analyse, il n’y a aucune forme de manipulation. En revanche, certaines marques peuvent utiliser le neuromarketing pour faire acheter aux consommateurs un produit qu’ils ne désirent pas allant jusqu’à mentir sur les caractéristiques du bien. Dans ce cas précis, il s’agit bien de manipulation. Il est donc important de connaître dès le départ l’objectif d’utilisation du neuromarketing afin d’éviter toute accusation calomnieuse. Une fois l’objectif de cette utilisation clairement énoncé, il faut jouer la carte de la transparence vis-à-vis des clients. Certaines enseignes comme McDonald’s ont eu déjà eu recours au neuromarketing mais ces dernières l’ont nié. McDonald’s a déjà pratiqué le neuromarketing en faisant tester l’odeur de ses magasins à ses clients ainsi que les jouets qu’elle distribue, aux enfants. L’enseigne de fast-food refuse de déclarer qu’elle a recours à ce genre de pratiques.

Outre les accusations de manipulation, c’est l’utilisation de matériel médical financé par des fonds publics qui fait réagir. Certains se scandalisent du fait que des IRM ou autres technologies médicales puissent être utilisées à des fins commerciales alors même qu’il n’y en a parfois pas en quantité suffisante pour les patients ayant besoin de se faire contrôler.  De plus, par souci de déontologie, si dans le cadre d’une étude de neuromarketing sur le cerveau d’un consommateur, on identifie que celui-ci présente une anomalie (tumeur par exemple), l’entreprise aurait illégalement accès aux données de santé du consommateur qui sont strictement personnelles.

Pour se démocratiser et être davantage accepté par le grand public et l’ensemble des institutions, le neuromarketing devrait faire l’objet d’un débat public. Cela permettrait d’une part, aux consommateurs d’exprimer leurs craintes quant à ces pratiques et leurs potentiels impacts, et d’autre part, les entreprises pourraient fournir toutes les informations concernant leurs méthodes et approches marketing et ce serait l’occasion pour elles de rassurer les clients et le grand public en général.

Vous l’aurez compris, le neuromarketing doit faire ses preuves en s’insérant dans un référentiel éthique acceptable et nous avons encore beaucoup à apprendre sur le comportement des consommateurs et les raisons qui les poussent à faire leurs choix.

 

NOLWENN DALLAY