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Guadeloupe, la voie de l’autonomie ?

Guadeloupe, la voie de l’autonomie ?

En déplacement aux Antilles, le ministre des Outre-Mer, Sébastien Lecornu, s’est exprimé sur l’avenir de la Guadeloupe. Après avoir rencontré différents élus locaux, il a évoqué le fait que le gouvernement serait prêt à ouvrir le débat concernant l’autonomie de l’archipel des Caraïbes. Une décision qui a fait l’effet d’une bombe dans le paysage politique. Mais alors quel avenir pour la Guadeloupe ?

 

Affectée par le chômage, la pauvreté et le Covid, la Guadeloupe est actuellement frappée par une crise sociale forte. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase était l’annonce du gouvernement français de rendre la vaccination obligatoire pour certaines professions, telles que les soignants ou encore les pompiers. Depuis le 15 novembre, les mouvements sociaux marqués par des pillages, des barrages routiers, ou de violents affrontements, furent nombreux. Une tentative d’incendie a notamment eu lieu à la mairie de Basse-Terre, acte symbolique sur le bâtiment administratif.

La venue du ministre des Outre-Mer était attendue et sa présence demandée dans la région. Sebastien Lecornu s’était alors déplacé pour apaiser les tensions sur l’archipel et tenter d’apporter des réponses aux Guadeloupéens. Leur montrer que le dialogue entre l’archipel et le gouvernement français était toujours ouvert, alors qu’un sentiment d’abandon là-bas est de plus en plus présent.

En déplacement officiel, Sébastien Lecornu a donc rencontré les différents élus locaux. En allocution télévisée, il a évoqué qu’une autonomie de la Guadeloupe est envisageable, et que le gouvernement était prêt à ouvrir la discussion sur le sujet. « Il n’y a pas de mauvais débats du moment que ces débats servent à résoudre les vrais problèmes du quotidien des Guadeloupéens », a-t-il déclaré, précisant par la suite qu’autonomie n’est pas indépendance. Et cette proposition a directement fait réagir le paysage politique.

 

À la veille des élections présidentielles, les politiques étaient alors nombreux à montrer leurs convergences ou divergences concernant cette proposition, notamment dans l’opposition. Pour Michel Barnier, candidat à la primaire de droite, « ce qui est en jeu, c’est l’unité de la Nation ». De même, pour Marine Le Pen, candidate à la présidentielle, « le gouvernement se dit prêt à lâcher la Guadeloupe, ce n’est pas ce que les Guadeloupéens attendent ».

 

À la suite des débats et du déplacement, le gouvernement a tout de même annoncé repousser l’obligation vaccinale au 31 décembre pour l’archipel. Mais si une première réponse claire a été apportée aux Guadeloupéens, que signifierait vraiment s’orienter vers une autonomie de la Guadeloupe ?

L’autonomie guadeloupéenne, si elle se fait, se ferait probablement sous le modèle de la Polynésie française. Mais selon l’ancien ministre des Outre-mer et sénateur PS guadeloupéen Victorin Lurel, il faut distinguer « autonomie générale et gouvernance du système de santé ». L’autonomie générale, comme celle de la Polynésie française, instaurerait un gouvernement local encadré par une Assemblée territoriale. La gouvernance du système de santé, demandée par certains manifestants, ne concernerait que le système de santé guadeloupéen dans le but de répondre aux différentes problématiques actuelles

Une consultation reste nécessaire au peuple guadeloupéen pour savoir si cette volonté d’autonomie est partagée ou non. En effet, la Guadeloupe avait déjà refusé plus d’autonomie par le passé, avec un rejet à environ 73% en 2003. L’indépendance n’a pratiquement jamais été évoquée dans les débats, cependant, la question d’un changement de gouvernance se fait de plus en plus entendre depuis 2019. Mais comme la volonté d’autonomie n’est pas nouvelle, une actualisation est indispensable.

 

Et en allant dans ce sens, quel serait alors l’avenir pour d’autres zones où l’État semble s’éloigner de la volonté des peuples ? C’est le cas pour la Martinique, aussi frappée par la crise et dont le statut est encore différent. Et c’est sans parler de la Corse et de ses élus qui se sont empresser de réagir concernant leur situation.

Les Guadeloupéens veulent ainsi de plus en plus décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes : les séquelles de la crise sanitaire l’ont montré, notamment par la recentralisation des décisions de l’État. Cependant une indépendance pure et dure serait aujourd’hui impossible et destructrice dans l’archipel. Les débats devront alors continuer pour bâtir l’avenir de la Guadeloupe, en espérant que cette proposition ne serve pas seulement à calmer les colères à court terme.

 

 

 

Par Hugo LEGUAY

Le metaverse de Facebook, c’est quoi ?

Le metaverse de Facebook, c’est quoi ?

Le 28 octobre dernier Mark Zuckerberg a révélé les projets qu’il avait pour les années à venir, projets sur lesquels il travaille en réalité depuis plusieurs années. Dans un premier temps les médias ont seulement relayé que Facebook devenait Meta, ce qui peut porter à confusion : l’application Facebook garde le même nom, c’est la maison mère initialement Facebook, Inc. qui change de nom et devient Meta Platforms, Inc. Le projet Zuckerberg reste finalement flou pour beaucoup.

 

 

 

Qu’est-ce qu’un metaverse ?

Pour poser les bases, le terme « metaverse » est la contraction des mots « meta » faisant référence à une vision de quelque chose dans son intégralité, dans son ensemble, et de « univers ». Le metaverse apparait dans les années 90 pour mentionner des mondes virtuels dans lesquels des individus peuvent interagir.

On le retrouve en effet pour la première fois dans le livre de science-fiction de Neal Stephenson, « Le Samouraï virtuel » paru en 1992. L’histoire se déroulant dans un univers futuriste et dystopique, le roman ouvre une nouvelle branche de la science-fiction. En 2011 sort au cinéma « Ready Player One » réalisé par Steven Spielberg, un film de science-fiction se déroulant en 2045 dans un monde chaotique où l’Oasis, un monde parallèle accessible à l’aide de casque de réalité virtuelle, devient une société virtuelle, véritable exutoire de toute l’humanité.  Enfin, en 2003 est également sorti le metaverse Second Life, un logiciel dans lequel ses utilisateurs incarnent des personnages virtuels dans un monde qu’ils créent eux-mêmes. En résumé, le metaverse est loin d’être un phénomène nouveau ! On a même pu voir de grandes enseignes comme L’Oréal organiser des évènements virtuels. Mais alors, quel est le projet du créateur de Facebook ?

 

 

Créer « le successeur de l’internet mobile »

Pour revenir d’abord sur l’industrie de Facebook, Meta Platforms donc, elle fait partie des géants du Web, les GAFAM et regroupe chaque mois, sur ses différentes applications (Facebook, Facebook Messenger, WhatsApp, et Instagram) près de 2,89 milliards d’utilisateurs. Créée en 2004, l’entreprise devient Facebook en 2005 et rachète en 2012 Instagram créé 2 ans auparavant. En 2014, l’entreprise de Facebook va également racheter la filiale Oculus créant des casques de réalité virtuelle avant de s’en servir pour créer Oculus Rooms permettant aux utilisateurs de créer leurs propres chez-eux virtuels. En 2017, apparaît Facebook Spaces qui permet, avec un casque Oculus et des manettes Touch, de rencontrer ses amis Facebook dans un univers virtuel, et « de passer du temps avec eux dans un environnement interactif et fun, comme si vous étiez dans la même pièce » comme l’explique Facebook dans un communiqué. Des avatars pourtant peu réalistes en grandeur nature qui se déplacent et bougent les lèvres au son des paroles, permet un échange sympathique entre amis avec des fonctionnalités vous permettant de vous retrouver dans divers univers, malgré des interactions tout de mêmes limitées. Facebook Spaces, laisse place en 2020 à Horizon. Encore en version bêta, le slogan de cette nouvelle plateforme est « Créer, explorer, ensemble. » et se présente comme «une expérience sociale où vous pouvez explorer, jouer et créer de manière extraordinaire. À Horizon, vous n’êtes pas un simple visiteur. Vous faites partie de ce qui rend le monde formidable. » (inscrit sur la page d’accueil du site internet) La plateforme semble similaire à Second Life. Dernièrement, en septembre, Facebook s’est associé à la marque de lunettes Ray-Ban pour créer des lunettes connectées pour prendre des photos et se connecter à Facebook. C’est le même système de fonctionnement qui a échoué les dernières années chez Snapchat et même Google, mais que Facebook espère apporter à ses utilisateurs pour les familiariser avec le domaine des objets connectés.

L’objectif de Mark Zuckerberg est de créer d’ici les 5 prochaines années, un metaverse qui pourra rassembler les différentes plateformes de l’entreprise en une seule. Il s’agit alors, en développant un ensemble d’expériences maximalistes et interconnectées aux confins du réel et du virtuel, de favoriser l’avènement de l’Internet incarné. Le metaverse de Facebook est une nouvelle collection d’espaces virtuels offrant une autre façon de s’adonner aux activités courantes sur Internet. Il est présenté, comme son nom l’indique, comme une sorte d’univers conscient de lui-même à l’intérieur d’un autre. Concrètement ce serait un ensemble d’espaces virtuels où vous pourrez créer et explorer avec d’autres personnes qui ne se trouvent pas dans le même espace physique que vous.

Le projet du « successeur de l’internet » est alors basé sur une nouvelle utilisation d’internet, une utilisation immersive grâce aux technologies de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée.  Ainsi nos simples conversations par messages ou des appels en vidéos pourraient devenir, avec l’utilisation des accessoires nécessaires, une conversation en face à face dans un environnement simulé. Plus exactement, Mark Zuckerberg l’explique comme « un environnement persistant et synchrone où nous pouvons être ensemble, qui, je pense, ressemblera probablement à une sorte d’hybride entre les plateformes sociales que nous voyons aujourd’hui, mais un environnement dans lequel vous êtes incarné ».

Cependant, l’objectif ultime du créateur de Facebook pour donner vie à ce projet est d’obtenir une nouvelle réalité alternative, jusqu’à présent inconnue et difficilement représentable, qui ne serait donc pas nécessairement une réalité virtuelle augmentée ou en 3D. La comparaison aux metaverses existant déjà n’est donc pas tout à fait adaptée, pour cette nouvelle version d’internet et une toute nouvelle génération d’utilisateurs.

Néanmoins, créer un metaverse semble être le grand saut technologique dans l’évolution d’internet des prochaines années. D’après Le Monde, selon le cabinet IDC, “les dépenses dans ce secteur devraient être multipliées par six entre 2020 et 2024, pour passer de 12 milliards à 72 milliards de dollars”. L’entreprise Meta n’est pas la seule à avoir ce projet. Epicgame, le géant des jeux vidéo, a levé des fonds pour renforcer son metaverse lié à Fortnite et faire de ce jeu, encore considéré comme un jeu vidéo, un metaverse. Plateforme dans laquelle des concerts virtuels du rappeur américain Travis Scott ou d’Ariana Grande, apparaissant sous la forme d’avatars, ont déjà eu lieu. D’autre part, Roblox, le free-to-play sorti en 2004 qui permet de créer des jeux avec un langage de script libre, rassemble 42 millions d’utilisateurs dans le monde avec son metaverse. La plateforme qui, elle aussi, a organisé un concert du rappeur américain Lil Nas X en novembre 2020 peut également investir et faire face au projet Zuckerberg d’ailleurs contesté.

 

 

 

Un projet qui fait débat.

Si les dirigeants de Facebook Inc. ont opté pour un changement de nom afin de montrer leur objectif et ce vers quoi ils veulent se diriger, beaucoup accusent Facebook de changer de nom pour avoir l’apparence d’un renouveau alors que les divers problèmes de l’entreprise sont toujours là. Certains pensent notamment qu’évoquer le metaverse permet de faire oublier les outils de modérations vivement critiquables depuis que France Haugen, ancienne employée a fait fuiter des documents internes à la presse démontrant que la plateforme faisait passer « son profit avant la sécurité » de ses utilisateurs. La protection des données des utilisateurs dans le projet du metaverse questionne donc beaucoup. Dans le même esprit, le recrutement de près de 10 000 européens par Facebook pour mettre en place son projet dans les 5 prochaines années pourrait être une façon d’amadouer l’Union Européenne et donc Bruxelles quant à leur vision méfiante des GAFAM surpuissante dont Facebook fait partie. Certains consommateurs de jeux vidéo affirment également être réticents à un mode de jeu avec le port de plusieurs accessoires durant des heures et se disent adeptes de la simple manette. Si Facebook énonce la période du confinement où il était compliqué de se retrouver pour mettre en avant son projet, pouvoir s’immiscer dans un univers parallèle peut être très addictif et entrainer des conséquences négatives sur l’utilisateur, qui verrait cet espace comme un espace refuge. Cependant complètement déconnecté de la réalité, et de par ses possibilités et son réalisme, « le successeur de l’internet » pourrait amener à un isolement social et un renfermement sur soi-même surtout pour les jeunes utilisateurs qui pourraient, comme l’explique la plateforme Horizon, créer ce que l’on veut, faire ce que l’on veut, et être qui l’on veut, entrainant l’acceptation de soi dans la vie réelle plus compliquée.

Enfin, les possibilités qui nous sont offertes par internet que nous connaissons aujourd’hui (regarder un film, jouer en ligne, acheter en ligne, commander des vêtements, commander à manger pour ensuite se faire livrer…) impactant déjà notre activité physique, le metaverse de Facebook risque également d’y contribuer.

 

Le metaverse, qu’on le veuille ou non semble être le grand saut technologique auquel nous devrons nous adapter, comme les anciennes générations l’ont fait pour l’arrivée d’internet. Si Mark Zuckerberg arrive à mener son projet à terme, et si l’avenir d’internet est géré par une seule entitée et pas décentralisée, alors la société Meta Inc. deviendrait surpuissante et même, poussée à l’extrême, jouer de la dépendance de ses utilisateurs. Mais avant qu’on en arrive là, il faut réussir à faire un métavers accessible partout (téléphone, télé connectée, ordinateur…), techniquement attractif avec un important système de protection et de modération des données, le défi est de taille !

 

 

Par Léa MENARD

 

 

L’échec de la COP 26 : la coopération internationale en panne ?

L’échec de la COP 26 : la coopération internationale en panne ?

Il est « minuit moins une sur l’horloge de l’apocalypse » s’alarmait l’hôte de la COP 26 et Premier ministre britannique Boris Johnson dès le premier jour de ce sommet concernant l’urgence climatique et repoussé d’un an en raison de la pandémie de Covid-19. La COP 26, qui s’est déroulée du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow, en Écosse, était censée mener à des engagements historiques pour arriver à zéro émission de carbone en 2050 et limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Certains parlaient même de ce rendez-vous comme celui « de la dernière chance », mais il est considéré comme un véritable échec.

Des engagements moins ambitieux que prévu et souvent flous, la Russie, la Chine et le Brésil qui manquent à l’appel, le patron d’Amazon Jeff Bezos qui débarque en jet privé pour venir discuter de l’avenir de la planète, des manifestants appelant les dirigeants à cesser le « bla-bla-bla » et à agir avec des actions concrètes, un ministre prononçant un discours pour la COP les pieds dans l’eau ou encore le président britannique de la COP 26, Alok Sharma, qui, les larmes aux yeux, s’est dit « profondément désolé » du bilan de ces deux dernières semaines….voilà comment pourrait se résumer la COP 26…

Ce rendez-vous devait constituer un tournant majeur depuis l’accord de Paris signé en 2015 lors de la COP 21. De fait, samedi 13 novembre, les 196 pays participants ont adopté un accord pour accélérer la lutte contre le changement climatique : il s’agit du « Pacte de Glasgow ». Si pour les chefs d’État, ce texte a le mérite de s’être attaqué pour la première fois à la question des énergies fossiles, responsables de 90% des émissions de gaz à effet de serre, en y mentionnant le début d’une sortie progressive du charbon, l’objectif de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle, voire de rester à 1,5°C, n’est pas encore atteint.

 

En quoi consiste le « Pacte de Glasgow » ?

Le texte rappelle l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5°C en 2100 par rapport à 1850, ce qui avait déjà été acté par l’accord de Paris lors de la COP 21 en 2015 entre plus de 150 pays. Ainsi, ces pays se sont engagés à réduire encore plus leurs émissions de gaz à effet de serre.

Toutefois plusieurs éléments posent problème dans le « Pacte de Glasgow ». L’un d’entre eux repose sur le fait que certains pays pourront aménager leurs engagements en cas de « circonstances nationales particulières ». Autrement dit, il serait, par exemple dans le cas de l’Australie, possible de tolérer des émissions de gaz à effet de serre plus élevées que par rapport à ses engagements et sans que l’Australie soit sanctionnée, pour la simple raison que son économie dépend encore beaucoup de la production de charbon. Par ailleurs, concernant le charbon, de nombreux pays, notamment ceux de l’Union européenne, souhaitaient que le monde s’engage pour la disparition du charbon. Or, le « Pacte de Glasgow » a finalement été moins ambitieux et parle plutôt d’une réduction progressive de cette énergie fossile. Ce changement de dernière minute dans la déclaration finale s’explique par la pression exercée par l’Inde et la Chine, pays très dépendants du charbon, montrant alors que la mise en place d’une coopération internationale pour faire face à des problèmes planétaires n’est pas si simple.

 

Les problèmes dans la mise en place d’une coopération internationale :

Les rapports de force des grandes puissances ont un impact non négligeable dans la mise en œuvre de cette coopération : multilatéralisme (=système qui privilégie les négociations, les engagements réciproques, les coopérations) et unilatéralisme (=politique conduite par un État qui ne prend en considération que ses seuls intérêts) s’affrontent sans cesse, ce qui peut empêcher une coopération internationale véritablement efficace. En effet, depuis les années 2000, l’unilatéralisme s’impose de plus en plus, notamment à cause du climatoscepticisme et des intérêts économiques, ce qui a donc limité les atteintes des objectifs.

De plus, chaque pays a des enjeux différents : Pour les pays riches, il s’agit de changer de mode de production et de consommation. Cependant, pour les puissances émergentes comme la Chine et l’Inde, il existe un vrai dilemme : non seulement leurs émissions de gaz à effet de serre augmentent de façon exponentielle du fait de leur croissance économique, mais aussi ces puissances sont souvent concernées directement par les conséquences du réchauffement climatique, réchauffement auquel elles contribuent. Les pays les plus touchés sont ceux qui sont souvent très pauvres comme les pays les moins avancés (PMA) car ils sont situés dans des zones à risques et payent donc très souvent le prix fort des conséquences du réchauffement climatique alors qu’ils n’en sont historiquement pas responsables.

Pourtant lors de la COP de Copenhague en 2009, les pays du Nord avaient promis qu’ils verseraient 100 milliards de dollars chaque année dès 2020 à ces pays en difficulté. Mais finalement, l’échéance a été décalée à 2023 alors que l’urgence climatique, elle, ne se fait pas attendre… Pour prouver l’urgence d’agir, Simon Kofe, ministre des Affaires étrangères de l’archipel des Tuvalu, a décidé d’enregistrer un discours pour la COP 26 les pieds dans l’eau. Si cette image a pu en faire rire certains, c’est en fait une vidéo qui est très forte et très symbolique : en se filmant ainsi, il a voulu montrer concrètement au reste du monde que le petit État archipel polynésien est menacé par la montée des eaux et pourrait disparaître d’ici une dizaine d’années comme d’autres États insulaires.

L’enjeu (et la difficulté) est donc de réussir à mener une action commune, concertée à l’échelle globale. Aujourd’hui une des limites majeures de la gouvernance climatique mondiale est que le défi climatique repose en grande partie sur les décisions des grandes puissances économiques, mais encore faut-il que ces dernières maximisent l’intérêt commun. Or, en appliquant la « théorie des jeux » à l’aide du « dilemme du prisonnier » dans le cas de la gouvernance climatique mondiale, il est dans l’intérêt de tous les pays d’empêcher le réchauffement climatique. Toutefois, chaque pays préfèrera que ce soit les autres qui subissent les coûts, en particulier si le rapport coûts-bénéfices individuel ne lui est pas favorable. En effet, dans le « dilemme du prisonnier », les joueurs rationnels, ici les pays, auront tendance à opter pour une solution non-coopérative qui maximise leur gain individuel, au détriment de la maximisation du gain collectif, c’est ce qu’on appelle l’équilibre de Nash.

Jusqu’à présent, il semble que cette vision prédomine. Néanmoins, aujourd’hui nous avons atteint un moment charnière : chacun est concerné par la menace que représente le réchauffement climatique et il est donc nécessaire que les grandes puissances se tournent vers davantage de coopération que vers des rivalités et des tensions géopolitiques.

 

Le cas sino-américain :

« S’il y a une chose qui devrait transcender nos différences, c’est bien le réchauffement climatique » tels sont les mots de l’ancien président américain Barack Obama lors de la COP 26 au moment où il évoque la relation sino-américaine. Avec l’élection de Joe Biden, les rivalités entre ces deux puissances mondiales ne se sont pas atténuées : la Chine entend toujours étendre sa puissance, alors que les États-Unis essayent de la contenir. Cependant, dans le contexte actuel d’urgence climatique, sans une collaboration entre les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre mondiaux, les efforts des autres ne suffiront pas à atteindre l’objectif de 1,5°C ou même 2°C. Le changement climatique représente une opportunité unique pour les deux pays de coopérer. D’ailleurs, le 10 novembre dernier lors de la COP 26, ils ont fait une annonce surprise d’un plan de collaboration, un plan porteur d’espoir, pour lutter contre le réchauffement climatique en promettant de « prendre des mesures renforcées pour relever les ambitions pendant les années 2020 » sans pour autant donner de détails précis. De fait, une coopération climatique sino-américaine pourrait peut-être permettre d’atténuer certaines tensions qui sont liées à la guerre commerciale et technologique ou encore au sort de Taïwan.

 

Et maintenant ?

L’Histoire a montré que certains défis pouvaient amener certains pays à se rapprocher parfois pour vaincre un ennemi commun. Aujourd’hui l’ennemi commun, c’est le changement climatique.  Les États-Unis et la Chine ne pourraient-ils pas collaborer pour y faire face ?  Peut-être, mais seulement s’il y a une pression publique pour les pousser dans cette direction. L’exemple européen a montré que la mobilisation des citoyens pouvait avoir un impact sur les défis environnementaux. Néanmoins, en Chine, il est difficile de prévoir comment le Parti Communiste chinois réagirait à ce genre de mobilisations. Par une répression ? Sans doute. Mais, en fin de compte, le président chinois Xi Jinping a besoin d’un soutien public pour maintenir son emprise sur le Parti communiste chinois. Il sait que sa légitimité à l’échelle nationale comme internationale peut dépendre de sa capacité à répondre efficacement aux préoccupations croissantes concernant l’environnement.

Si la COP 26 n’a pas pris le tournant qu’elle aurait dû prendre, des efforts notables ont tout de même été pris. Reste à voir désormais si les États seront capables de coopérer davantage et de mettre leurs différends de côté afin de réaliser des mesures concrètes pour parvenir aux objectifs fixés lors de la COP. Rendez-vous en 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte, pour une nouvelle COP de la dernière chance…

 

Par Jessica LOPES BENTO

Quand le débat se retrouve au cœur du débat

Quand le débat se retrouve au cœur du débat

La semaine dernière je suis tombée sur une phrase de l’avocat américain Dudley Field Malone qui disait « Je n’ai jamais rien appris d’une personne qui était d’accord avec moi ». Je me suis donc posée la question : est-ce que celui qui me contredit est celui qui m’instruit ?

 

Les situations de débat amènent l’individu à se confronter au regard et à l’avis des autres et, cela est pour lui un moyen de se sociabiliser (la parole crée du lien social) mais surtout de s’affirmer et de s’individualiser : je pense ça et on me reconnait à travers cet avis. La confrontation est donc un moyen de savoir qui nous sommes.

Pour Kant, l’idéal d’humanité et de civilité pour mener un débat vertueux est le sens commun qui se définit par ces trois maximes : « penser par soi-même » (ou pensée élargie), « penser en se mettant à la place d’autrui » (ou pensée éclairée) et « penser en accord avec soi-même » (ou pensée conséquente). Si tous ces ingrédients sont réunis alors le débat est vertueux et surtout essentiel en démocratie. En effet, il permet d’avoir différents points de vue sur une situation et de trouver ainsi la meilleure solution à un problème posé en société : on suit le schéma concertation, délibération puis décision.

Au Moyen-Âge, on pratiquait le débat à travers la disputatio, c’est-à-dire une discussion orale en général devant un auditoire. D’abord, le maître formulait une question à laquelle une des parties devait répondre et, enfin, la deuxième partie était chargée d’opposer des contre-arguments. A la fin de la discussion, le maître prononçait une solution argumentée qui donnait lieu à un rapport écrit. La disputatio jouait donc un rôle essentiel dans la recherche universitaire !

 

Cependant, aujourd’hui le débat a bien changé … Durant deux heures, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon ont étalé leurs désaccords sur la table de BFM-TV le jeudi 23 septembre. Ayant tous les deux des visions antagonistes de la société, ce débat aurait pu être source d’instruction pour les deux parties. Cependant, dès les premières minutes, les deux hommes politiques se sont retrouvés sur un ring de boxe intellectuel, chacun essayant de délégitimer les propos de l’autre à travers des attaques personnelles. Nous sommes donc bien loin des idées de KANT …

On pourrait aussi mentionner le débat entre Donald Trump et Joe Biden pendant les élections américaines l’année dernière avec les fameux « Will you shut up, man » de Biden et « There is nothing smart about you » de Trump. La question de la pertinence d’un tel débat se pose alors : Existe-il une limite d’avec qui il est possible de débattre ?

 

 

D’où vient alors cette tendance ?

 

Les débats politiques ne sont pas les seuls à être touchés par cette tendance puisque dès que la discussion sort du domaine du privé pour se dérouler dans l’arène publique, et surtout lorsque celle-ci a lieu sur les réseaux sociaux, alors elle est rarement sereine et constructive.

Il faut tout de même rappeler l’espoir suscité par ces espaces qui ont permis l’émancipation citoyenne par la parole. Il ne s’agit donc plus d’experts qui parlent en vertu d’une compétence qu’on leur reconnait mais plutôt de groupes qui se sentent concernés et qui réagissent sur la toile à travers des hashtags ou des arobases. Or, cela tend à répandre l’idée que toutes les causes se valent (nous n’en discuterons pas ici), mais pousse surtout à la guerre des idées.

Le développement de « l’art d’avoir toujours raison » joue aussi un rôle dans la perte de sens du débat puisque lorsque l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner le débat, il s’agit de quitter l’objet de la querelle pour attaquer l’adversaire dans ce qu’il est, c’est-à-dire sa personne, et de faire en sorte que la personne avec qui on n’est pas d’accord soit réduite au silence dans la sphère publique. On peut donc dire que nous vivons dans une société bavarde mais dans laquelle le dialogue n’existe plus.

Ainsi, les réseaux sociaux, parce que tout le monde peut y exprimer son avis, sont capables de propager les cris de haine et, la délibération sur ces plateformes est, soit sans fin, soit tellement virulente jusqu’à ce que mort s’ensuive. Débattre n’est plus synonyme de combattre mais d’abattre, comme le montre le meurtre du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020, qui 10 jours avant avait montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.

 

Alors ouvrons grand nos oreilles et envisageons que l’autre puisse ne pas avoir tort sur tout !

 

 

 

Par Alise DURAND

La crise des sous-marins

La crise des sous-marins

Que s’est-il passé le 15 septembre 2021, lorsque tous les médias français ont proclamé la rupture du « contrat du siècle » par l’Australie ? « Coup dans le dos », « trahison », mais quels étaient les termes du contrat, et pourquoi l’Italie a rompu son contrat avec la France ?

 

 

L’accord entre la France et l’Australie

La France et l’Italie avaient signé un accord en 2019 qui stipulait que le groupe français Naval Group devait fournir 12 sous-marins nucléaires, d’une valeur de 56 milliards d’euros, à l’Australie. Or, cette dernière a décidé de rompre ce contrat, au profit d’une nouvelle alliance avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, l’AUKUS. L’AUKUS remplace l’ancienne ANZUS, en excluant la Nouvelle-Zélande car le pays refuse la présence de navires nucléaires dans ses eaux suite à une politique de dénucléarisation mise en place depuis 1984.

 

 

Les grandes puissances concernées

En mettant fin à ce contrat, l’Australie se met à dos la France. Cependant, de son point de vue, elle s’assure une emprise certaine sur l’Indopacifique, jusqu’alors contrôlé en majorité par la Chine. Pour cette dernière, la création de l’alliance AUKUS met à mal l’expansionnisme chinois. En effet, la maîtrise de cet espace est primordiale pour la stratégie chinoise du « collier de perles ». Ainsi, en créant une alliance dans cette région, les Etats-Unis s’assurent de pouvoir contrôler la région, et par la même occasion, l’expansion chinoise.

Les Anglais, quant à eux, ne peuvent s’empêcher de se réjouir de voir la France mise à mal après l’annonce de la rupture du contrat par l’Australie. En effet, Macron a été un des principaux bourreaux du Brexit. Cependant, le Royaume-Uni a besoin de la France, notamment d’un point de vue militaire, puisque ce sont les deux principales  (si ce n’est seules) puissances militaires de l’Europe. Que ce soit dans la lutte contre le terrorisme ou le contrôle de l’immigration, le Royaume-Uni a d’abord besoin de la France, que l’inverse.

 

 

Les conséquences sur la France

L’annonce de cette nouvelle alliance met à mal la France de nombreuses façons. Dans un premier temps, la France se retrouve exclue de l’Indopacifique, qui est un espace de plus en plus important au niveau de la mondialisation. Avec l’expansionnisme chinois et indien, la France ne peut pas se permettre de perdre sa place, déjà assez incertaine, dans la région. Cela explique la réaction assez brutale d’Emmanuel Macron, qui a rappelé les ambassadeurs français de Canberra et de Washington. Cela ne s’était jamais produit entre ces trois pays. De plus, ce n’est pas la première fois, depuis l’élection de Joe Biden, que la France souffre des décisions unilatérales prises par l’administration Biden. En effet, les Américains avaient déjà décidé, en 2020, de passer commande à la Suisse de F-35, au lieu des habituels Rafale français.

L’industrie française a donc été, de façon répétée, victime des décisions américaines. C’est aujourd’hui au tour de Naval Group de souffrir de la mise à mal de ce contrat. Rappelons que la production des 12 sous-marins nucléaires devait s’étaler sur 50 ans et était d’un montant de 34 milliards d’euros. Naval Group est entré en négociations avec l’Australie pour réclamer une indemnisation de près de 250 millions d’euros. En effet, la rupture du contrat entraîne une baisse du chiffre d’affaires du groupe français de près de 10 à 15% sur les années à venir. C’est sans compter les quelques 500 salariés qui se retrouvent sans travail dans l’immédiat. Naval Group craint aussi que cela joue sur la crédibilité du groupe et donc que l’entreprise perde des contrats à l’avenir à cause de cette affaire, largement médiatisée.

 

 

La géopolitique de l’Indopacifique remise en cause

En excluant la France de la région, c’est toute l’Europe qui se retrouve hors de l’Indopacifique. Cela envoie aussi, et surtout, le message que la France ne fait plus partie des puissances majeures du monde et qu’elle n’a plus l’influence nécessaire pour avoir un impact dans la région. Elle avait essayé de marquer cette influence en participant à des exercices militaires avec le Japon (à travers son partenariat avec l’Australie et l’Inde) en cas d’invasion par un pays ennemi. De plus, en vendant ses sous-marins à l’Australie, la France est devenue un fournisseur militaire majeur dans la région. En perdant ce contrat, la France renonce aussi à sa présence dans la région et à participer à l’endiguement de l’expansionnisme chinois.

La Chine, de son côté, voit aussi son ennemi de proximité, l’Australie, s’allier à son rival mondial : les Etats-Unis. En effet, cet espace est hautement stratégique pour la Chine, tant d’un point de vue économique que militaire. La Chine a notamment revendiqué différents archipels en mer de Chine pour augmenter sa ZEE et exploiter ses sous-sols. Cela est mis à mal par la présence américaine, qui peut enfin justifier d’être présente dans la région et donc freiner l’expansionnisme chinois. 

 

 

 

Par Elise CASADO