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Le désastre environnemental, la fin de Dieu selon les monothéismes ?

Le désastre environnemental, la fin de Dieu selon les monothéismes ?

Depuis maintenant vingt ans, le désastre environnemental est de plus en plus présent à l’esprit de la société humaine. Renié ou pris au sérieux, peu importe, ce phénomène de destruction de la vie sur Terre est de plus en plus sérieux et inquiétant. Ce ne sont pas simplement quelques degrés qui augmenteront mais bien une série infernale de troubles qui changeront à jamais la Vie sur Terre. Ces changements organiques donneront sûrement lieu à des chamboulements importants dans l’organisation des sociétés humaines et dans son rapport au monde qui l’entoure. Ces changements pointent le bout de leur nez que ce soit l’antispécisme, les tentatives de sociétés alternatives pour plus de résilience ou encore la recherche d’énergies qui puissent substituer à jamais l’énergie fossile. Ces changements, notamment ceux qui concernent le rapport à la Nature, sont les reflets de l’émergence d’une nouvelle spiritualité, dans laquelle l’humain n’est plus pensé comme maître ou dominé par la nature, mais bien comme acteur de forces dont il a cherché depuis deux cents ans à percer les mystères. De la Nature mystérieuse, source de fantasmes, et des « religions primitives » à la croyance moderne, correspondant à l’avènement du couple science-technique capitaliste, de l’humain comme maître de la Nature, nous sommes à l’orée d’une nouvelle conception.  Mais si cette dernière conception de l’humain comme maître de la Nature a pu émerger, c’est qu’elle découle d’une conception religieuse du monde très particulière et liée essentiellement aux religions monothéistes. Une conception du monde dans laquelle l’humain n’est pas essentiellement relié au monde qui l’entoure. Il n’est qu’une sorte de locataire qui n’a pas à être tenu responsable de ses actions devant la Nature mais devant Dieu. Entendons-nous bien, la Nature dans les religions polythéistes, par exemple, est au centre de la croyance malgré l’apparence humaine des dieux et déesses. Ce sont tous.tes des représentant.es d’une partie de la Vie et de la Terre, presque toutes les branches de la Vie sur Terre, des clans humains aux phénomènes naturels sont représentées. Des religions polythéistes Celtes à la Mésopotamie en passant par les Grecques ou les religions précolombiennes, toutes ces religions représentent la multitude de ce qu’est la Vie sur Terre. Les sacrifices et autres rituels montraient le lien direct entre les Dieux, Déesses et la Nature, plutôt, étaient la manifestation directe de la compréhension d’un certain dynamisme dans la Nature représenté par ces multiples Dieux et Déesses. Une représentation peut-être partielle pour nous modernes mais une compréhension d’un certain devoir de préservation et de respect de la Nature à travers les divinités. Quant aux religions comme le Bouddhisme et l’Hindouisme, la relation avec la Nature est directe. Parmi les préceptes à suivre dans la tradition bouddhiste il y a celle-ci : S’efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie, appelé principe d’ahiṃsā ; que nous pouvons traduire de manière moderne comme un principe de « non-violence ». L’Hindouisme lui est proche d’une logique animiste qui voue un culte aux esprits présents dans la Nature, et tout ce qui environne l’humain. Bref, toutes les religions non-monothéistes – c’est-à-dire la quasi-totalité d’entre elles – sont liées directement à la Nature et plus largement au vivant, sachant que la définition du vivant prend des formes plus ou moins larges. En revanche, quant aux religions révélées que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam la relation à la nature est bien, bien plus ambigüe voire absente.

Pourquoi ? notamment car la relation avec Dieu est bien plus distante que dans les autres religions dans lesquelles les dieux et déesses ou esprits sont directement en contact avec l’humain. De Zeus et ses aventures avec les femmes aux esprits dans les objets qui entourent l’humanité, ils sont partout. Or, Allah, Yahvé, ou Dieu ne sont jamais directement en contact avec les humains. Les prophètes sont des intermédiaires de Dieu. L’humain n’a plus vraiment de comptes à rendre à la Nature mais bien à cet être suprême. Les actions jugées par Dieu sont essentiellement des actions interhumaines et les cultes et pratiques religieuses le sont aussi. Paradoxe que d’observer que malgré un dieu distant, les prières vont directement en son nom, il n’est que très rarement question d’autre chose que Dieu, en tant qu’Etre suprême. Le péché originel montre bien cette distinction, entre d’un côté la Nature et de l’Autre Dieu. On pourrait même y voir l’ambivalence entre ces deux entités, car c’est bien un serpent – bien qu’il soit métaphorique – qui pousse à outrepasser la règle désignée par Dieu. En soi, si nous poussons la réflexion encore un peu plus loin, c’est la Nature en elle-même qui aurait perverti l’humain. Dès lors, pour ces trois religions, la Nature est un objet dont il faut se méfier voire dominer en la travaillant.

La relation Nature humanité dans ces cas là est réduite à zéro. Dieu n’est d’ailleurs absolument pas la Nature, ou une partie d’elle. Dieu est présent avant sa création, dont il est « simple » créateur. Il est certes omnipotent comme le serait une lectrice. Certes l’action de Dieu se retrouve par l’intermédiaire de la Nature – éruptions, tremblement de terre, ouragan… – mais c’est essentiellement pour punir. Et puis comment pourrait-il montrer son existence s’il n’agissait pas sur la Nature ? Cela n’est en rien une marque de la « Naturalité » du Dieu monothéiste. Bref, les religions monothéistes ont établi une rupture profonde entre la Nature et l’humanité, la Nature est reléguée au second plan de l’action humaine. C’est d’abord une affaire humaine, que la relation avec Dieu. La responsabilité de maintien et de préservation de cette dernière n’est en rien une tâche humaine. Certes nous devons la « travailler » mais comment faire autrement si nous ne voulons ne pas mourir. Autre point intéressant, les cultes se tournent vers Dieu en tant qu’entité suprême déconnecté de la Nature, comme nous l’avons montré, mais les grands protagonistes que peuvent être Moïse, Jésus ou le prophète Muhammad sont avant tout montré comme des humains – bien que ce soit plus ambigüe pour Jésus. Ni Dieu, ni les prophètes ne sont en lien avec la Nature – si ce n’est leur caractère humain. Là où le Véda, Quetzalcóatl ou Thor, sont par essence directement relié à la Nature. Imaginons que le tonnerre disparaisse Thor n’a plus de raison d’exister, à la différence de Dieu ou des prophètes qui eux persistent.

Bien que Dieu ne soit pas directement lié à la Nature c’est bien de lui dont la responsabilité de la Nature incombe, du moins sa création mais pas son maintien. Comme dans la prière chrétienne du Notre Père qui dit : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Mais que ce soit dans l’Islam, le Judaïsme ou le Christianisme ; la référence à un Dieu en relation avec la Nature et la Vie au sens large est ténue. Certes, dans la religion chrétienne il est mentionné souvent que les êtres vivants appartiennent à dieu. Mais ce ne sont que quelques passages, brefs sur une multitude. La plupart des références à la Nature sont de l’ordre de la métaphore ou – et nous retombons sur ce que nous disions – des affaires interhumaines, il n’y a que 26 versets dans la Bible – sur plus de 31 000, ce qui montre la place de la Nature dans le christianisme – concernant la Nature et sont toustes de cet acabit  :

 

Lévitique 25:23

Les terres ne se vendront point à perpétuité; car le pays est à moi, car vous êtes chez moi comme étrangers et comme habitants.

 

Psaumes 50:9-12

Je ne prendrai pas de taureau dans ta maison, Ni de bouc dans tes bergeries. Car tous les animaux des forêts sont à moi, Toutes les bêtes des montagnes par milliers; Je connais tous les oiseaux des montagnes, Et tout ce qui se meut dans les champs m’appartient.

Dans le Coran ce n’est pas mieux, il n’y a que très peu de référence à la Nature et à une attitude à adopter.  La Torah elle ne fait en rien référence autrement que par des conseils d’agriculture à l’attitude à adopter avec la Nature. Il y a bien ce passage présent dans le Talmud, mais qui est un rajout de fait et parles du jardin d’Eden plus que de la Terre en tant que tel :

« Regarde cette beauté, cette nature que J’ai faite, tout ceci mérite d’être préservé et chéri. Tout ce que J’ai créé, je l’ai fait pour toi, pour ton bien-être. Penses-y et ne gâche pas tout. Si tu gâches tout, sache qu’il n’y aura personne pour réparer après toi » (Ecclésiaste, Rabba 7, 13)

La seule vraie référence à la Nature pour les religions monothéistes, de manière explicite dans le rapport que nous devrions avoir en tant qu’humanité se trouve dans la Genèse et ce n’est en rien un programme que pourrait défendre les plus écologistes, et marque la vraie relation préconisée entre l’humanité et la Nature terrestre :

 

Genèse 1 : 26

Dieu dit : Faisons les humains à notre image, selon notre ressemblance, pour qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur toutes les bestioles qui fourmillent sur la terre.

 

On observe bien la relation qui est établie et qui doit être maintenue dans la volonté de satisfaire Dieu, de dominer la Nature. Ce qui est à noter aussi, c’est que l’humain doit dominer la Nature, comme… Dieu lui-même.

C’est à se demander même si quelqu’un a la charge de la Nature. Il faut croire que personne n’en a la responsabilité. Ce n’est pas pour rien si la conception de la Nature est si statique dans ces religions. Rien ne bouge, en veut pour témoin les réactions face aux découvertes à la fin du XIXème siècle par Darwin et consorts, du principe d’évolution. La réflexion de ces trois grandes religions sont assez faibles concernant la Nature. Dans le cas du christianisme l’épopée coloniale, et la déclaration de la non-présence d’âmes chez les peuples découverts outre Atlantique, pour justifier leur exploitation montre ce rapport conflictuel avec la Nature. Si cette déclaration sur les indiens d’Amérique a eu lieu c’est que l’Eglise les jugeait trop proches de la Nature pour en posséder une. L’âme est essentiellement une affaire d’hommes et ne concerne en rien tout ce qui est naturel ou trop proche de la nature – les femmes étant jugées inférieures aux hommes car plus soumises à leur côté naturel, ont été longtemps considérées comme n’ayant pas d’âme selon l’Eglise. Bref, la relation monothéisme Nature est assez conflictuelle. La relation est presque inexistante, comme si ce n’était pas un point primordial.

Nous avons donc ici une absence de relation entre les religions monothéistes et la Nature, qui est le premier problème de ce Dieu qui ne serait en rien garant de la Nature, mais dominateur rappelez-vous de ce verset dans la Genèse. Vide théologique pour un monde judéo-chrétien-islamique qui redécouvre ses liens plus que vitaux et fragiles avec la Nature. Fait intéressant, malgré ce vide laconique les trois religions – on voit l’aspect purement politique de la chose – cherche toutes à montrer leur côté écologique en cherchant dans les recoins ou en triturant certains versets pour afficher leur penchant écologique. Dieu est avant tout le propriétaire des lieux, sans qu’il pousse réellement à ce que les locataires rendent l’endroit en bon état.

Mais, ce n’est pas le seul écueil, qui pourrait nous faire penser que Dieu selon les trois religions révélées ne puisse continuer d’exister. Nous avons montré que Dieu n’était en rien décrit comme lié à la Nature, étant un être suprême dont le pouvoir ne s’appuie en rien sur la Nature mais plutôt sur les humains, Dieu est alors impuissant face au désastre environnemental. Car elle ne concerne absolument pas les affaires interhumaines mais bien une affaire entre la Nature et l’humanité. Là où Dieu, selon les trois religions, n’a aucune prise. Les humains ne doivent pas tuer leur prochain, faire le jeûne par solidarité humaine, et s’astreindre à une certaine diététique morale pour être un bon humain et aller au paradis, mais n’est en rien tenu de respecter la Nature. C’est l’humain qui se retrouve alors aux commandes du maintien, de la prospérité ou la destruction de la Terre. Dieu n’ayant donné aucune indication mais en plus de cela il a transféré son pouvoir à l’humanité dès sa création. Si pendant des millénaires l’humanité n’avait en rien les moyens de pouvoir se « rendre maître » de la Nature, depuis deux siècles c’est tout l’inverse qui se produit. Là ce produit une rupture de premier ordre, l’humanité théoriquement ne pouvait se prétendre à la hauteur de Dieu, tant nos capacités physiques mais surtout techniques nous restreignaient. Or, aujourd’hui sur Terre d’un point de vue du rapport avec la Nature nous sommes au même niveau – bien que la création soit encore à ses balbutiements – que Dieu lui-même. Nous sommes capables de détruire tout ce que Dieu, d’après ces religions, a créé. Le rapport avec Dieu sur Terre est désormais changeant, c’est l’humain qui a le pouvoir de se sauver, ou de se détruire, de sauver la Terre ou la détruire. On pourrait me rétorquer que c’est Dieu qui nous punit de tous nos péchés à travers le réchauffement climatique à l’instar des douze plaies d’Egypte. Mais ce n’est pas non plus le cas, car nous savons précisément que c’est l’action humaine qui en est responsable.

Nous sommes désormais à un moment où les religions monothéistes se retrouvent bloquées par leur propre texte et prédication. L’humanité s’est rendue maître de la Nature comme Dieu l’avait conçu, mais à un tel point que l’avenir de l’humanité n’est en rien l’affaire de Dieu, mais l’affaires des humains. Yahvé, Allah, et Dieu ne sont puissants – si j’ose dire – que dans la création d’un cadre pour que l’humain puisse exister et effectifs que dans la relation entre les humains et Dieu. Dans la crise environnementale que nous connaissons, aucune religion monothéiste n’est coupable, mais elles n’ont pas été pour rien ; elles sont le fruit de notre relation actuelle avec la Nature. La fin des religions monothéistes est-elle à venir ? Cela est possible, non pas que Dieu n’existerait pas ou qu’il nous punirait, mais parce que Dieu lui-même ne s’occupe pas de ces affaires-là. C’est une affaire purement humaine, une sorte de défi lancé à l’humanité que les religions monothéistes ne peuvent résoudre par l’existence de Dieu ou de son avènement, car elles sont en partie les instigatrices de la pensée qui nous a amené à cet état de fait.

 

Par CLÉMENT LAURENT

 

Voyage au cœur du cerveau des consommateurs et rouages du marketing

Voyage au cœur du cerveau des consommateurs et rouages du marketing

Lorsque nous décidons d’acheter un bien, la logique veut que cette décision soit précédée de l’identification d’un besoin en vue de combler un manque. S’il s’agit d’un achat représentant un investissement conséquent comme une voiture par exemple, nous allons naturellement prendre le temps de comparer plusieurs modèles, mesurer les avantages et inconvénients de chacun d’entre eux. Pour ce faire, nous allons nous fonder sur des critères préalablement établis comme la consommation, le confort au sein de l’habitacle ou encore différentes fonctionnalités telles que la connexion Bluetooth, l’écran tactile présent sur le tableau de bord, une caméra de recul ou encore des fonctions de navigation sophistiquées.  Ce processus se répète pour chaque achat émanant d’un besoin clairement identifié par nous, consommateurs. Pourtant, bon nombre de nos décisions d’achat ne suivent pas ce schéma.

 

Dans cet article, nous parlerons de la part que prend notre inconscient lorsque nous choisissons de nous procurer un bien. Nous aborderons ensuite les techniques marketing utilisées par les entreprises pour attirer notre attention et provoquer chez nous des « stimuli subliminaux ». Enfin, nous nous intéresserons aux limites de ces pratiques marketing, essentiellement dues à des raisons éthiques.

 

La part d’inconscient et de conscient dans nos prises de décision  

Si dans certains cas, comme nous l’avons vu précédemment, notre démarche d’achat est mûrement réfléchie, dans de nombreuses autres situations, nous n’agissons pas de manière aussi rationnelle que nous pensons le faire. C’est précisément dans ce cas qu’intervient notre part d’inconscient. En effet, lorsque nous prenons connaissance d’un nouveau produit ou service, nos émotions parlent souvent pour nous. Sans en être conscients, nous allons naturellement être attirés par les effets que nous procurent certains des aspects du bien ou du service en question. Il peut aussi bien s’agir de la couleur du produit, de l’odeur, du son ou encore d’autres caractéristiques qui font appel à nos 5 sens.

Nous ignorons comment, mais notre cerveau associe ces aspects du produit ou service à des sensations de plaisir et de bien-être. La couleur peut inconsciemment nous renvoyer à quelque chose de positif et l’odeur nous rappeler des souvenirs de vacances ou autres moments agréables de notre vie sans que nous sachions exactement et consciemment ce que cela nous évoque. La voix d’une personne qui parle, que ce soit pour vendre le produit ou qu’elle fasse partie intégrante des fonctionnalités de celui-ci, peut inconsciemment faire référence à celle d’un proche, d’un être aimé qui est là pour nous guider, nous rassurer.  Le produit peut aussi être l’objet d’un fantasme, d’une promesse de rêve réalisé. Toutes ces émotions suscitées par les aspects du produit peuvent nous inciter à nous le procurer alors même que celui-ci ne répond à aucun besoin particulier, qui ne comblera pas spécialement un manque. Le point d’appui n’est plus le besoin mais le désir.

Il est important pour les entreprises de comprendre à quel point la prise de décisions des consommateurs est complexe car elle fait appel à plusieurs systèmes cognitifs. En effet, notre cerveau fonctionne à l’aide de deux systèmes, système inconscient et système conscient ou « système 1 » et « système 2 » comme le décrit Daniel Kahneman, spécialiste en psychologie cognitive et en économie comportementale, dans son livre Système 1 / Système 2. Les deux vitesses de la pensée.  

Le système inconscient a un impact beaucoup plus influent et beaucoup plus important que le système conscient dans notre démarche de prise de décisions. Le système inconscient est la partie de nous-mêmes qui pense de manière intuitive et instantanée. Il est en opposition avec le système conscient qui au contraire, concerne la partie de nous-mêmes qui réfléchit sur le long-terme de manière structurée.

Les deux systèmes cognitifs travaillent généralement ensemble mais ils peuvent parfois entrer en opposition. Prenons un exemple auquel vous avez déjà été très certainement confronté. Lorsque vous devez lire à voix haute le nom d’une couleur écrit dans une autre couleur, par exemple le mot jaune écrit en vert, votre premier système cognitif, celui dit « inconscient » va instinctivement vous inciter à dire jaune, vous lisez le mot tel que vous le voyez sans vous poser de questions. À l’inverse, votre second système cognitif, celui dit « conscient » va déceler une incohérence et vous allez très certainement marquer un temps d’hésitation avant de lire le mot.

         Maintenant que nous avons évoqué la manière dont notre cerveau traite des données, revenons au marketing et la façon dont les consommateurs analysent les informations qu’ils ont à leur disposition.

 

Prenons là encore un exemple très concret dont nous avons déjà tous fait l’expérience, un produit vendu à 0,99 € pièce au lieu de 1 €. La première impression du consommateur va être de percevoir le produit comme étant très bon marché alors même que la différence de prix est minime, quasiment nulle. Une fois encore, notre inconscient va nous pousser à croire que le produit est beaucoup plus abordable à 0,99€ qu’à 1€. Lorsque nous faisons appel à notre système cognitif conscient, nous réalisons bien que la différence de prix est infime.

Après avoir pris le temps de parler de la part d’inconscient et de conscient dans nos prises de décision, intéressons-nous à présent aux pratiques marketing qui utilisent la connaissance du comportement humain et du fonctionnement du cerveau dans leur mise en place stratégique.

Constat des limites de certaines pratiques marketing et apparition de nouvelles approches

Si durant de longues décennies et même encore aujourd’hui, les sondages et études de marché ont été l’une des approches marketing les plus connues et les plus utilisées pour mieux saisir les besoins, attentes des consommateurs et la démarche qu’ils entreprennent dans l’achat d’un produit, d’autres pratiques ont émergé depuis et ces dernières se révèlent être beaucoup plus fiables.

En effet, les consommateurs ne répondent souvent pas de manière transparente aux questionnaires qui leur sont adressés. Plusieurs études ont été menées et la plupart des résultats montrent qu’il y a un réel décalage entre ce que déclarent les consommateurs et leur attitude réelle. Par souci de l’image qu’ils renvoient, pour être bien perçus, les personnes interrogées ont tendance à fournir des réponses qui vont dans le sens de la consommation éthique et responsable et cela ne reflète pas forcément la réalité, les choix qu’ils font réellement.

Selon une enquête qui a été menée par l’institut Lab42 dès 2014, « 84% des consommateurs américains se disaient prêts à payer davantage pour un service ou un bien délivré par une entreprise dite socialement responsable. » 

La même enquête a mis en lumière le fossé colossal entre les réponses fournies par les personnes sondées et leurs actes. Les consommateurs auraient en réalité une sorte de responsabilité morale. Ce phénomène s’accentue dans un contexte actuel de pression sociale et environnementale.  Les belles déclarations dans un souci de désirabilité sociale vis-à-vis d’autrui ne seraient en fait qu’un vernis qui cacherait un comportement tout autre, allant souvent à l’inverse de ce qui est affirmé.

Dans les sondages, c’est en fait le consommateur avec une démarche réfléchie et calculée qui s’exprime (système conscient) alors que dans les faits et la vie de tous les jours, ces derniers agissent souvent de manière intuitive et irrationnelle (système inconscient).

Les entreprises et professionnels du marketing saisissent de plus en plus le fossé entre les dires et les actes des consommateurs, 76% des produits commercialisés se heurtent à un échec durant la première année de leur mise sur le marché et ce malgré une excellente stratégie de lancement. C’est pourquoi de nouvelles approches et pratiques marketing sont apparues ces dernières années.

Parmi ces nouvelles pratiques, nous pouvons citer le neuromarketing qui est apparu dès le début des années 2000. Il s’appuie sur l’utilisation des sciences neuronales et cognitives afin de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau des consommateurs, comment celui-ci répond à des stimuli subliminaux (marques, produits, odeurs, publicités, etc…). Le neuromarketing permet également d’optimiser les outils de persuasion. L’objectif in fine est de savoir quels sont les facteurs émotionnels et sensoriels qui influencent le consommateur et le poussent à acheter.

Le neuromarketing mesure trois éléments que sont la mémorisation, l’émotion et l’attention. Il s’appuie sur des technologies réservées d’ordinaire au domaine médical ainsi qu’à la recherche scientifique. Parmi les outils utilisés figurent, l’IRM (imagerie par rayonnement magnétique) qui permet d’avoir une visibilité sur la globalité du cerveau, l’EGG (électro-encéphalogramme) qui mesure des champs électriques à la surface du cerveau ou encore l’Eye Tracking, qui est une analyse effectuée avec des lunettes accompagnées de capteurs cérébraux, retraçant les mouvements oculaires du consommateur pour savoir quel(s) critère(s) ou aspect(s) attire(nt) précisément l’œil de l’intéressé.

Le neuromarketing constitue une approche extrêmement précise du comportement des consommateurs et de leurs aspirations. Cependant, celui-ci ne fait pas l’unanimité pour diverses raisons que nous allons voir dans la partie qui suit.

 

 

  • Quand l’éthique pose ses limites

          Si le neuromarketing est une pratique acceptée dans certains pays comme les Etats-Unis, il est très controversé et critiqué dans d’autres pour des raisons essentiellement éthiques.

Le principal reproche qui est fait au neuromarketing est celui de la manipulation. Toutefois, cette accusation est à nuancer. En effet, comme le souligne Didier Courbet, chercheur à l’université d’Aix-Marseille, il faut tout d’abord comprendre à quelles fins nous souhaitons avoir recours au neuromarketing.  S’il s’agit d’en apprendre davantage sur le comportement des consommateurs et son analyse, il n’y a aucune forme de manipulation. En revanche, certaines marques peuvent utiliser le neuromarketing pour faire acheter aux consommateurs un produit qu’ils ne désirent pas allant jusqu’à mentir sur les caractéristiques du bien. Dans ce cas précis, il s’agit bien de manipulation. Il est donc important de connaître dès le départ l’objectif d’utilisation du neuromarketing afin d’éviter toute accusation calomnieuse. Une fois l’objectif de cette utilisation clairement énoncé, il faut jouer la carte de la transparence vis-à-vis des clients. Certaines enseignes comme McDonald’s ont eu déjà eu recours au neuromarketing mais ces dernières l’ont nié. McDonald’s a déjà pratiqué le neuromarketing en faisant tester l’odeur de ses magasins à ses clients ainsi que les jouets qu’elle distribue, aux enfants. L’enseigne de fast-food refuse de déclarer qu’elle a recours à ce genre de pratiques.

Outre les accusations de manipulation, c’est l’utilisation de matériel médical financé par des fonds publics qui fait réagir. Certains se scandalisent du fait que des IRM ou autres technologies médicales puissent être utilisées à des fins commerciales alors même qu’il n’y en a parfois pas en quantité suffisante pour les patients ayant besoin de se faire contrôler.  De plus, par souci de déontologie, si dans le cadre d’une étude de neuromarketing sur le cerveau d’un consommateur, on identifie que celui-ci présente une anomalie (tumeur par exemple), l’entreprise aurait illégalement accès aux données de santé du consommateur qui sont strictement personnelles.

Pour se démocratiser et être davantage accepté par le grand public et l’ensemble des institutions, le neuromarketing devrait faire l’objet d’un débat public. Cela permettrait d’une part, aux consommateurs d’exprimer leurs craintes quant à ces pratiques et leurs potentiels impacts, et d’autre part, les entreprises pourraient fournir toutes les informations concernant leurs méthodes et approches marketing et ce serait l’occasion pour elles de rassurer les clients et le grand public en général.

Vous l’aurez compris, le neuromarketing doit faire ses preuves en s’insérant dans un référentiel éthique acceptable et nous avons encore beaucoup à apprendre sur le comportement des consommateurs et les raisons qui les poussent à faire leurs choix.

 

NOLWENN DALLAY

 

 

Pourquoi « c’était mieux avant » ?

Pourquoi « c’était mieux avant » ?

Remémorez-vous les grandes découvertes, avancées de ces vingt dernières années, qu’ont-elles changé dans nos vies ? Difficile de s’en rendre compte tellement tout cela fait partie intégrante de notre quotidien. Beaucoup n’ont jamais vécu sans et d’autres les ont intégrés à leur vie de tous les jours. L’un des premiers exemples qui vient en mémoire sont les avancées technologiques : l’arrivée d’internet, le smartphone…Difficile, dorénavant, de s’en passer. Pourtant, malgré toutes ces avancées qu’elles soient technologiques, médicales ou même plus globalement sociétales, qui tendent à faciliter notre quotidien, beaucoup assurent que « c’était mieux avant ».

 

Une question d’adaptation

Nous avons tous entendu une personne âgée ou un proche raconter avec nostalgie les souvenirs de l’enfance insouciante et dire ô combien c’était mieux à cette époque-là. Les reproches qui sont faits sont souvent, contrairement à maintenant, des souvenirs liés à un mode de vie simple, sans souci du lendemain, dans une époque où les problématiques d’aujourd’hui n’existaient pas. En comparaison avec leur enfance, ou adolescence, les personnes nées dans les années 40-50 ne se sont pas construites de la même façon que les générations des années 70 ou 90. Pas les mêmes problématiques sociétales, les mêmes façons de consommer, de penser, de vivre tout simplement. Comprenez alors qu’une personne à qui on a inculqué une même chose toute sa vie, avec laquelle elle s’est construite, ait du mal à s’adapter à certains changements de la société. Si Internet est une mine d’or qui permet plus que jamais un accès à l’information via un ordinateur ou un smartphone, il reste parfois compliqué à utiliser pour certaines personnes, parce que ce n’est pas toujours intuitif, par manque de pratique, d’habitude ou même de volonté. Certains vivent très bien sans. Cependant, dans notre monde interconnecté, avoir une connexion internet ou un téléphone portable tend à être nécessaire. Les rendez-vous médicaux se font de plus en plus par réservation sur Internet (comme la campagne de vaccination contre le COVID 19), la déclaration des revenus se fait également en ligne, il est alors compliqué de s’adapter. L’on peut également faire le parallèle avec les enjeux sociétaux actuels, et les questions écologiques avec laquelle la jeune génération a grandi : en histoire et en économie est enseignée depuis plusieurs années la notion de développement durable énoncée par Mme Gro Harlen Brundltand, Premier Ministre norvégien « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Emerge alors une sensibilisation des parents et des grands-parents par la jeune génération d’ailleurs mise en avant dans les publicités et notamment celle de Sodastream « t’as entendu parler du plastique qui pollue les océans et puis quand tu portes des packs d’eau, t’insultes toute la terre entière, alors t’attends quoi pour dire stop ?! » 

 

 

Ancré depuis toujours

Pour revenir au « c’était mieux avant », cette nostalgie du passé, est appelée le passéisme et est fondée depuis des centaines d’années dans l’esprit. En témoigne plusieurs poètes : le poète latin Horace (v. 173-174) : « Mille incommodités assiègent le vieillard… Quinteux, râleur, vantant le temps passé, quand il était gosse, toujours à censurer les jeunes… » , Valerius Caton dans ses Poetae minores (v. 178-182.) : « Est-ce ma faute si nous n’en sommes plus à l’âge d’or ? Il m’aurait mieux valu naître alors que la Nature était plus clémente. Ô sort cruel qui m’a fait venir trop tard, fils d’une race déshéritée ! » ; ou encore les lamentations de Juvénal, dans ses Satires (v. 69-70) : « Déjà du temps d’Homère notre race baissait. La terre ne nourrit plus aujourd’hui que des hommes méchants et chétifs ».  Il en est de-même aujourd’hui, on parle des années 80 comme étant la meilleure décennie musicale et tout ce qui est ancien dit « vintage » devient culte alors qu’il paraissait moche et ringard à l’époque, les souvenirs sont embellis. Les tables formica de premier prix reviennent sur le marché et sont très recherchées, les vinyles s’achètent par la jeune génération qui a pourtant accès à de la musique à volonté facilement, gratuitement de leur téléphone, mais investissent dans un tourne-disque. Cette nostalgie du passé devient un principe intégré inconsciemment dans nos mémoires, les entreprises de distribution en jouent pour nous faire consommer (box souvenirs d’objets des années 90, bonbons…) et nous arrivons à être nostalgique de choses que nous n’avons pas connues.

 

 

Comment l’expliquer ?

Selon Serge Ciccotti, docteur en psychologie, nous serions d’avantage affectés par le négatif que le positif, et donc même en présence de nombreuses avancées positives, nous gardons en mémoire celles qui nous déplaisent plus, celles qui nous paraissent les plus insensées.  Cependant, une étude a permis de démontrer que les personnes âgées oublient les choses négatives qu’elles ont vécues plus jeunes, beaucoup plus que les positives. Car lorsqu’il se rend compte que le temps passe et celui qui lui reste à vivre est limité, chacun dirige son attention vers des pensées ou des souvenirs positifs (selon la théorie de la « sélectivité socio-émotive »). Voilà pourquoi ce sont les plus anciennes générations qui sont les plus passéistes et distantes des avancées. Il est également possible de mettre en évidence que l’inconnu fait peur donc on préfère ce que l’on connait déjà, ce que l’on a déjà vécu à une période, il s’agit d’un attachement par stimuli répété : plus nous avons été confrontés à quelque chose (d’effrayant ou non) moins cela nous fait peur, car on l’a déjà expérimenté. Un chercheur a demandé à des volontaires d’estimer le sens du mot qu’ils avaient devant eux (positif ou négatif) alors qu’ils ne comprenaient pas leur signification, car écrit dans une langue qu’ils ne parlaient pas. Au final, les sujets attribuent un sens plus positif aux mots présentés un grand nombre de fois qu’aux mots présentés rarement : il existerait donc un lien entre la fréquence d’exposition aux mots et le sens qu’on leur donne.  Ces études peuvent être rattachées à des éléments concrets du quotidien, notamment les élections présidentielles par exemple. Les personnes âgées se sentiraient davantage en confiance dans des environnements familiers et donc dans les partis politiques généralement conservateurs. Et au final cette nostalgie du passé serait aussi le résultat d’un manque de confiance en l’avenir, tout en espérant qu’il soit meilleur, nous enferme malgré tout, dans des souvenirs réconfortants.

 

 

Et la jeune génération dans tout ça ?

Dans tous les cas, l’Homme est plus ou moins poussé à « vivre avec son temps » s’il ne veut pas se retrouver en marge de la société. Cependant, certains jeunes d’une vingtaine d’année à peine, assurent avoir été heureux de vivre une enfance où la technologie n’était pas encore omniprésente. Ce constat s’applique également aux plus anciennes générations qui avaient déjà ce discours étant plus jeunes en comparant leur enfance avec celles des nouvelles générations il y a plusieurs années. Le schéma se répète alors aujourd’hui, les jeunes, qui ont pourtant très peu de vécu, de « avant », pour dire « c’était mieux avant » le manifestent pourtant. Alors cette expression ne relèverait pas forcément d’une question d’âge, question de génération, de nostalgie du passé ? Mais seulement une période de nostalgie de l’insouciance ? D’où vient-elle ? D’un développement extrêmement rapide de notre société ? Il semblerait que le passéisme des plus jeunes puisse venir d’une peur de l’avenir : d’après une étude réalisée par l’Iniep, le pourcentage des jeunes n’ayant pas confiance en l’avenir ne cesse d’augmenter (38% en 2018) et par conséquent, le taux de personnes optimistes et confiantes baisse (passage de 20 à 7% entre 2017 et 2019). De même, les perceptions que l’on a du monde qui nous entoure changent au fur-et-à-mesure que nous évoluons. L’éducation, la scolarité, l’entourage forgent qui nous devenons, notre perception du monde, de la société et donc nos actions qui en découlent. C’est par exemple le cas des parents, une étude de l’Université de Cornell a montré que « le fait d’avoir un enfant pouvait accentuer le mécanisme du « c’était mieux avant ». Sur les 51 professeurs d’école primaire interrogés sur leur perception du danger dans le monde dans un passé récent, ceux qui étaient devenus parents pendant la période évaluée ont perçu le monde comme sensiblement plus dangereux que les autres professeurs. » La responsabilité d’une autre personne que soi, et d’autant plus un nouveau-né sans défense totalement dépendant, qu’il faut protéger entraine alors davantage de méfiance surtout via quelque chose de nouveau et d’inconnu. Nous adoptons finalement un comportement instinctif et inconscient.

 

 

Une question bien philosophique

« C’était mieux avant » apparait alors comme un sentiment nostalgique commun à toutes les générations ancrées dans notre société, qui s’amplifie avec l’âge et les craintes de l’avenir mais aussi les expériences vécues autant individuelles que collectives. Il faut cependant que ce sentiment passéiste reste subjectif et à replacer dans son contexte et son époque. C’est ce qu’explique Michel Serres philosophe français « Chères Petites Poucettes, chers Petits Poucets, ne le dites pas à vos vieux dont je suis, c’est tellement mieux aujourd’hui : la paix, la longévité, les antalgiques, la paix, la Sécu, la paix, l’alimentation surveillée, la paix, l’hygiène et les soins palliatifs, la paix, ni service militaire ni peine de mort, la paix, le contrat naturel, la paix, les voyages, la paix, le travail allégé, la paix, les communications partagées, la paix… ».

 

 

 

Par Léa MENARD

 

 

 

 

 

 

 

Pain au chocolat ou chocolatine ?

Pain au chocolat ou chocolatine ?

Après une bonne matinée de pêche, je me promenais avec ma petite guitare mexicaine sur le bord de la mer, à quelques kilomètres de mon village. Comme la plupart des villages au bord de mer au Mexique, le mien est assez connu comme un endroit enviable pour la pratique de la pêche de loisir. Ainsi, je venais justement de faire honneur à cette réputation en ayant passé une matinée bien remplie, durant laquelle je me suis occupé à lire, jouer ma guitare et ne rien pêcher.

Il était donc l’heure de la sieste quand j’ai aperçu un radeau qui flottait sur le bord d’un quai. Dans ma famille, on a toujours dit qu’il n’y a rien de mieux pour s’endormir que le va-et-vient des vagues de l’océan. Je me suis donc allongé dessus, mon sombrero sur mon visage pour me protéger du soleil, ma guitare bien accrochée à côté de moi, et je me suis abandonné dans les bras de Morphée.

Imaginez donc ma surprise lorsque je me suis réveillé, quand je me suis retrouvé dans un monde plein de monuments en pierre et où tout le monde semble avoir le nez bouché. Mon radeau, emporté par un courant marin, m’avait déposé au milieu d’une rivière qu’on appelle ici La Garonne. Quelques minutes plus tard, je débarquais sur le Port de la Daurade dans une ville dont la prédominance de la couleur rose m’a émerveillé. Je vais vous raconter, très rapidement, quelques détails intéressants par rapport aux gens qui habitent dans cette ville, où le destin et les courants marins m’ont emmené par pure coïncidence.

 

Le confit de canard

Ma première rencontre de cet étrange séjour fut avec un groupe de jeunes qui se retrouvait à quelques pas du quai où je venais de jeter l’ancre. Même si je ne parlais pas leur langue, je me suis dit que ce serait une bonne opportunité pour connaître des coutumes locales. Mon costume d’étranger a dû bien leur plaire, puisque je me suis fait inviter pour manger une spécialité du pays, dans un restaurant quelques rues plus loin. On m’a donc appris que, dans ce pays qu’on appelle Toulouse, on boit le vin le moins cher et le plus bon que j’ai goûté de ma vie, et on mange du canard, dont on n’a pas voulu me spécifier la préparation et dont le résultat final ne ressemble pas aux canards que j’avais vus dans mon pays, mais qui est tout de même exquis.

 

La bise

Avec ce même groupe de jeunes, j’ai aussi appris que dans cette ville, il est habituel de se dire bonjour en faisant quelque chose qu’ils appellent la bise. Après une courte recherche, on pourrait être emmené à croire que la bise consiste à embrasser l’autre personne sur les deux joues, et c’est bien à ça que ça ressemble. Mais en réalité, il faut être bien attentif puisqu’il ne faut surtout pas embrasser autre chose que l’air autour la joue la personne pour ne pas être pris pour quelqu’un de très bizarre.

Les jours qui suivirent furent remplis d’extase et de nouvelles rencontres. Je suis devenu assez proche de ce groupe. J’ai donc décidé d’intégrer la culture locale, de laisser mon sombrero chez-moi et de sortir dans la rue avec un habit de marin que l’on trouve assez traditionnel dans ce coin du monde.

Étant donné que la Fortune m’avait emmené dans ce nouveau monde, j’ai décidé de chercher un gagne-pain qui me permettait de contribuer dans cette communauté, du moins pendant mon séjour. Avec le temps, j’ai fait de plus en plus de connaissances et j’ai commencé à me constituer un réseau. Par contre, il parait que mes compétences en pêche ne sont pas très appréciées dans ce côté de la planète, surtout quand je ne pêche rien pour des longues saisons. J’ai pourtant trouvé un métier dans une boulangerie de la région pour m’occuper pendant mon séjour.

 

Pain au chocolat ou chocolatine ?

Très inspiré alors par cette nouvelle opportunité, le soir avant mon premier jour de travail, je me suis acheté le livre d’un boulanger assez célèbre pour apprendre les détails les plus importants de mon nouveau métier. Quelle erreur, que de prendre le livre fait pour une région différente ! Si vous aviez vu la tête que la boulangère a faite quand je lui a demandé quelque chose par rapport à un pain au chocolat. Comment aurais-je pu savoir que ce qu’on appelle du pain dans le reste du pays n’était pas vraiment du pain et que ce genre de confusions lexicales avaient le potentiel de causer une guerre civile dans ce territoire ? Tous les pays sont différents, mais je n’avais jamais vu un peuple qui donne une telle importance politique à ce qu’on vend en boulangerie. Je ne me serais jamais attendu au fait que même le président se sente obligé de faire un point sur l’appellation d’une viennoiserie pour apaiser la colère des gens d’une région. Je ne sais pas si les histoires que j’ai entendues jusqu’ici sont vraies, mais quelqu’un m’a dit qu’il y a quelques années, les gens de ce territoire ont apparemment décidé de commencer une saison de décapitations avec leur instrument de prédilection – la guillotine alors – parce qu’une dame assez bien placée avait osé faire une remarque un peu déplacée par rapport à la brioche. Je comprends donc tout à fait leur président qui voudrait évidemment faire le diplomate.

 

Des vacances rémunérées

C’est aussi à ce moment que j’ai découvert la positive relation que ce peuple a avec le travail. Chez-moi, comme il est bien connu, il y a deux choix possibles quand on veut occuper ses journées : soit on devient pêcheur qui ne pêche pas très souvent, soit on fonde une famille et devient l’esclave d’un employeur ; c’est-à-dire qu’on se soumet à neuf heures de travail par jour, six jours par semaine, avec le droit à cinq jours de congés payés par an. Avec un peu de chance et beaucoup de compétences, on peut monter les échelons et devenir l’employeur. Ce n’est pas un mystère pourquoi j’ai choisi la première alternative. Mais imaginez ma surprise dans ce nouveau monde, quand j’ai découvert que dans ce nouveau pays j’avais le droit d’être payé pour partir à la plage pendant plusieurs semaines par an ! Et si jamais je perds mon travail, je toucherai encore des allocations pendant que je m’occupe à pêcher sans rien pêcher pendant une année, le temps que je trouve une autre boulangerie où travailler. Un mélange sublime entre les deux alternatives que l’on propose dans mon pays !

Je comprends mieux pourquoi mes collègues sont tellement contents de cette organisation du travail qu’ils font une parade tous les samedis avec des habits réflecteurs en couleur jaune et avec des instruments de percussion. On m’a évidemment invité à les rejoindre, car les gens avec qui je travaille sont bien gentils, mais cette tradition est trop animée pour mon âme calme. Tout de même, je profite de la parade depuis la fenêtre sécurisée de la boulangerie.

 

Faites bien attention à la prononciation !

Je ne sais pas combien de temps je vais passer cette région avant de reprendre la route sur mon vaisseau et de rentrer au Mexique, mais j’espère que si vous venez, vous pourrez profiter également de toutes les excentricités de cette culture. Si vous passez par ici, faites spécialement attention à la politique de boulangerie, profitez des parades de fin de semaine, et particulièrement dans cette région, faites attention au lexique des viennoiseries. Une petite note, pas très en rapport avec le reste des points ici traités, mais tout de même utile pour les nouveaux : si vous tâchez d’apprendre la langue locale, faites attention à la prononciation et apprenez la surtout la prononciation de la région où vous allez vivre. Ceci est spécialement important si votre langue ne fait pas de différence entre les sons « ou » et « u ». Il m’a fallu dix essais en boulangerie et plusieurs claques des jeunes clientes pour découvrir que « merci beaucoup » ne se prononce pas « merci beau cul » dans la langue assez complexe de ce beau pays. J’espère que ces recommandations vous seront utiles si jamais vous vous réveillez dans un monde différent après la sieste.

 

 

Par Alejandro Avila-Ortiz

Sup d’Oeno : L’association d’œnologie de TBS

Sup d’Oeno : L’association d’œnologie de TBS

Qu’est-ce que Sup d’Oeno ?

Sup d’Oeno c’est l’association d’œnologie de TBS ! Entre dégustations, visite de châteaux et rencontres de professionnels, Sup d’Oeno saura te révéler, à toi amateur ou novice, tous les secrets du vin, de sa conception à sa dégustation. Séparée en différents pôles, tu trouveras forcément ta place dans cette association ! As-tu déjà rêvé de créer ton propre vin ? Le pôle Cuvée est fait pour toi !

Ambitionnes-tu d’organiser un weekend dans une région viticole ? Rejoins le pôle Semivin ! Pendant deux jours, les membres de l’association arpentent une région viticole des plus réputées de France. Au programme : visite de châteaux reconnus, dégustations de grands crus, rencontre de professionnels. Fan de vin mais pas que ? Les pôles démarchage, évent et communication sauront répondre à toutes tes envies !

 

Une Asso aux multiples facettes

Sup d’Oeno, c’est avant tout une association conviviale ! Les membres de Sup d’Oeno se rassemblent régulièrement pour partager et échanger ! Chaque mois, l’association organise une dégustation ! Ils se retrouvent également lors des appartavins. Lors de cet événement, les membres se regroupent dans trois appartements (chacun approvisionné d’un type de vin) pour festoyer !

Mais Sup d’Oeno n’est pas seulement une association festive ! C’est une association où tu pourras en apprendre davantage sur la culture du vin ! Tu rencontreras des professionnels viticoles qui pourront te partager leur connaissance et leur passion pour cette célèbre boisson.

 

La fameuse cuvée Sup d’Oeno

Handicapé par les restrictions sanitaires liées à la crise du Covid-19, Sup d’Oeno reprend du service. La fameuse cuvée Sup d’Oeno prévue pour Octobre prochain vous en mettra plein la vue et surtout plein les papilles ! De la sélection des vignes aux vendanges en passant par le choix et l’assemblage des cépages, les membres de Sup d’Oeno créent leur propre cuvée à l’aide d’un vigneron : La Cuvée Sup d’Oeno !