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La crise migratoire aux Etats-Unis

La crise migratoire aux Etats-Unis

Joe Biden a mené campagne en insistant énormément sur le fait qu’il allait restaurer l’injustice raciale qui régnait aux Etats-Unis. Cette dernière a toujours été un sujet compliqué dans le pays, mais avait été rendue encore plus complexe par son prédécesseur, Donald Trump. En effet, ce dernier a été le déclencheur de nombreux commentaires jugés racistes, notamment en surnommant une de ses opposantes démocrates, Elizabeth Warren, « Pocahontas » en référence à ses origines indigènes. Joe Biden lutte donc pour remettre le pays dans le droit chemin, et son premier geste fort dans ce sens a été la nomination de Kamala Harris comme Vice-Présidente des Etats-Unis, en faisant la première femme à ce poste. Il a aussi déclaré vouloir légaliser les 11 millions de migrants présents sur le sol américain, ou encore rétablir l’entièreté du statut des « Dreamers ». Pour toutes ces raisons, son élection a été vue comme un signe pour les habitants d’Amérique latine, qui se sont mis à arriver en masse à la frontière étasunienne. Joe Biden fait donc actuellement face à sa première crise en tant que Président, et subit les critiques du camp républicain, qui profite de l’occasion pour faire les louanges de Trump. Pourquoi cette frontière est-elle si convoitée ?

 

Une frontière qui attire le Sud

Pour les habitants d’Amérique latine, les Etats-Unis sont un eldorado. Il ne faut pas oublier que le continent américain est bercé par le « American Dream » qui convainc les latino-américains que leur vie sera bien meilleure aux Etats-Unis. En effet, les Etats-Unis sont toujours le pays le plus riche du continent américain, et le pays où les conditions de vie sont les plus agréables. De plus, les pays d’Amérique du Sud sont, pour la plupart, en situation d’extrême pauvreté, voire de crise humanitaire (pour le Venezuela). Ces pays doivent aussi faire face à des gouvernements corrompus, qui ne se préoccupent pas de leur bien-être mais seulement de s’enrichir. On peut citer l’exemple du scandale Odebrecht. Pendant plusieurs années, les présidents brésiliens étaient soupçonnés (Lula, Dilma Roussef) d’être directement concernés. Cela explique que les habitants de ces pays préfèrent se tourner vers le Nord, où la politique semble plus juste et plus représentative de la volonté de la population. De plus, le Sud des Etats-Unis appartenait au XIXème siècle au Mexique, ce qui fait que les Etats du Sud (Texas, Californie, Nouveau-Mexique…) sont peuplés en grande partie par des Latino-américains. On compte ainsi 18% de la population étasunienne qui soit latino-américaine et ce nombre est encore plus élevé dans les Etats du Sud comme la Californie (52%), le Texas (40%) ou le Nouveau-Mexique (46%). Pour toutes ces raisons, on assiste depuis plusieurs décennies à une arrivée massive des habitants d’Amérique latine aux Etats-Unis. Si le mandat de Donald Trump avait freiné ce mouvement, l’élection de Joe Biden semble avoir encouragé les migrants à venir aux Etats-Unis, en pensant être accueillis dans de meilleures conditions et en ayant le droit de rester.

 

La crise en elle-même

Joe Biden est devenu le 46ème Président des Etats-Unis le 20 janvier 2021. Depuis mi-mars, les Latino-américains affluent en masse. En effet, le ministre de la politique migratoire a déclaré que les Etats-Unis s’apprêtaient à connaître le plus gros afflux à la frontière depuis près de 20 ans. L’actuel président des Etats-Unis se dit vouloir rétablir l’humanité dans la gestion de la frontière, même s’il avoue avoir hérité d’un système « ravagé » par les quatre ans du mandat Trump. Actuellement, plus de 5200 enfants sont regroupés à la frontière, dont plus de 600 sont là depuis plus de 10 jours, ce qui est illégal, puisque la limite maximale de séjour est de 3 jours. Ce qui différencie cette crise des précédentes, c’est le facteur « humanitaire » que Joe Biden a voulu mettre en place. En effet, contrairement à ce que Donald Trump avait mis en place, Joe Biden a décidé que les mineurs pouvaient rester du côté américain de la frontière, au lieu d’être renvoyés au Mexique. Les autorités étasuniennes se retrouvent donc débordées par cet afflux de mineurs. Les républicains ne manquent pas de critiquer les décisions de l’administration Biden. Donald Trump est même allé jusqu’à déclarer « il n’avait qu’à laisser en mode pilote automatique un système qui fonctionne très bien ». Il est fort probable que cette crise entache le mandat, jusqu’alors sans faute, de Joe Biden. Les spécialistes de la politique américaine sont même nombreux à penser que cet afflux migratoire restera comme « un caillou dans la chaussure » de Joe Biden pendant tout son mandat. En effet, la question migratoire est le principal sujet de révolte des républicains, et c’est actuellement la situation que les démocrates gèrent le moins bien.

A ce jour, la situation n’a pas évolué et les migrants continuent de se masser à la frontière. Joe Biden a prévu une visite à la frontière mexicaine et insiste sur le fait que les migrants ne doivent pas se rendre à la frontière. Son gouvernement a prévu de les accueillir et de régulariser leur situation, mais « pas tout de suite ». De plus, malgré l’ouverture de trois nouveaux centres en mars, les distanciations sociales ne peuvent toujours pas être appliquées dans ces endroits, ce qui favorise la propagation du virus.

 

Pour conclure

En construisant un mur à la frontière et en empêchant tout passage, Donald Trump a établi une frontière solide entre les Etats-Unis et le Mexique. Bien que sa politique migratoire ait été très controversée, voire jugée inhumaine, elle a au moins eu l’objectif escompté : limiter les migrants illégaux sur le territoire étasunien. Or, en redonnant ce caractère « humain » aux autorités frontalières, Joe Biden a aussi envoyé le message aux populations d’Amérique latine qu’elles pouvaient recommencer à venir aux Etats-Unis. Cependant, il n’avait pas prévu un afflux aussi important, et n’avait donc rien mis en place pour réellement accueillir toutes ces personnes. Cela fait un mois maintenant que la crise migratoire a commencé et la situation n’a pas avancé. A la plus grande joie des républicains, le camp démocrate voit déjà se profiler sa première défaite, après seulement deux mois au pouvoir.

 

Par Elise CASADO

Pourquoi ce titre ne devrait pas contenir le mot nigger ?

Pourquoi ce titre ne devrait pas contenir le mot nigger ?

C’était l’hiver, la nuit était tombée sur les Pyrénées, je me retrouvais dans un appartement à Bagnèresde-Luchon avec des camarades anglais. Derrière la fenêtre, on devinait l’air profond jouer entre les silhouettes des toits, entre le froid des montagnes. Ça buvait du rhum, ça parlait de tout et de rien, dans un anglais britannique que je comprenais bien en début de soirée, devenu désormais inintelligible. La soirée s’était bien passé. À un moment, le débat tourna vers la politique. Naturellement, j’ai recommencé à écouter. Puis, ça parlait du racisme.

Peter racontait alors une anecdote dont je ne me souviens que peu. Mais ce qui m’a intrigué dans une de ses phrases, c’est qu’il avait substitué le mot nigger par l’euphémisme « the n-word » – le mot avec le n, en français. Je savais que ce mot, ainsi que ses diverses orthographes, était devenu un tabou en Amérique et dans d’autres pays anglophones. Je savais que ce n’était pas bien vu de le prononcer dans un plateau télé, surtout si la peau du locuteur ne contient pas un niveau acceptable de mélanine. Pourtant, nous étions seuls, dans un appartement perdu dans la montagne, il n’y avait aucun public et il n’avait pas utilisé le mot pour agresser qui que ce soit. Pourquoi avait-il pris la précaution de déguiser le mot, même entre amis ? Nous sommes adultes, pensai-je en le fixant des yeux. Pourquoi devrait-il se protéger de nous comme si nous allions le juger pour prononcer un simple mot ?

Je repris mon verre et lui dit avec un sourire : « mon pote, ne t’inquiète pas. Tu peux dire le mot nigger entre nous. On n’est pas à la radio quand même. » Le silence se fit. Même la musique semblait outrée et j’ai su que je venais de faire quelque chose d’interdit. Pour essayer d’alléger le poids du mot, je l’ai redit en me tournant aux autres : « mais vous pensez que le mot nigger est maudit ou quoi ? Ce qui compte est l’intention, n’est-ce pas ? Ici on n’est en train d’attaquer personne. » J’ai vite compris pourquoi Peter avait décidé de ne pas prononcer ce mot apparemment interdit. Même entre amis, dans l’intimité d’une conversation de fin de soirée, ce mot avait le même effet que le nom de Voldemort.

Vous pouvez croire que ce n’est qu’une exagération de ma part ou de la part de ce groupe de jeunes Anglais. Moi-même je ne l’aurais pas cru. Mais ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un tabou qui n’a pas de pair en France. Même le mot nègre, qui n’est pas tout à fait encouragé en France, n’est proche du poids de son homologue anglophone. Peu importent la personne ou le groupe de gens. Si vous vous retrouvez face à des anglophones, le plus probable est que leur réaction soit la même si vous osez prononcer le n-word devant eux. Mais à quoi est due cette condamnation de la simple prononciation d’un simple mot à six lettres ?

 

Un mot problématique

Tout d’abord il faut comprendre pourquoi ce mot a une si mauvaise réputation. Les États-Unis – comme tous les pays du monde – ont une profonde histoire de lutte entre des gens à couleur de peau différente. À peine au début du dernier siècle, ceux qui avaient la peau blanche brulaient et lynchaient ceux qui étaient plus colorés. Le dernier mot qu’entendaient les victimes était souvent le mot nigger ou fucking negro. Il faut se rappeler aussi que les gens moins bronzés de l’époque avaient décidé que les plus bronzés étaient de leur propriété et qu’ils avaient alors des droits sur eux comme ils en avaient sur leurs ânes ou leurs voitures. Des véritables monstres qui ont commis des crimes contre l’humanité, on est d’accord. On utilisait le mot pour appeler ces gens, pour les rappeler qu’ils n’étaient pas humains, mais de la propriété privée. C’est ainsi que les mots negro, nigger et toutes ses orthographes sont nés de la pratique de l’esclavagisme et associés à la supériorité d’une couleur sur l’autre et au lynchage des gens noirs en Amérique. Seule l’action de prononcer le mot, que ce soit avec des fins académiques, dans une citation ou même dans une chanson de rap, fait allusion à cet abus que les gens les plus bronzés ont subi.

Geoff Harkness, professeur d’économie, sciences politiques et sociologie au Morningside College à Iowa décrit le mot nigger comme le « mot le plus lourd de sens dans la langue anglaise ». Et il a certainement raison. Nous ne pouvons pas comprendre cela de manière instinctive dans la langue française. À part le mot Satan ou Lucifer pour les chrétiens bien fondamentalistes, cette notion de lourdeur d’un mot imprononçable n’est pas évidente. En effet, quand une personne blanche utilise le mot, du moins pour les anglophones, ce n’est pas qu’un mot. C’est comme si la personne était en train d’incarner le rôle de ces monstres qui lynchaient de gens innocents il y a déjà un siècle ; tout ça parce que leur couleur de peau ressemble à celle des assassins d’il y a plus de cent ans. Des histoires similaires existent en France. Et le puritanisme a sa place ici aussi : on est même allé jusqu’à changer le titre du livre Les trois petits nègres, désormais intitulé Ils étaient dix. Ce puritanisme commence à trouver sa place dans le reste du monde.

 

Les dangers du puritanisme

La confusion arrive lorsque cette interdiction de prononcer le mot ne s’applique pas à tout le monde. Il est souvent convenu que les gens à la peau blanche n’ont en aucune circonstance le droit de prononcer ou écrire ce mot. Tout comme les homosexuels qui s’appellent entre amis « mon pédé » ou « ma gouine », l’usage du mot entre les gens noirs est une façon de prendre contrôle sur l’une des injures les plus injustes. Les Portoricains et les autres Latinos se trouvent dans une zone ambiguë ; pour certains ils ont le droit de l’utiliser, pour d’autres ils devraient se faire tabasser si jamais ils osaient le prononcer.

Ignorons la remarque pathétique de ceux qui se plaignent du fait que seuls les noirs ont le droit d’utiliser le mot. Ça ressemble plus à une pédanterie qu’à une véritable demande de justice. Mais intéressons-nous au véritable danger d’avoir un tabou autour d’un simple mot. Et je ne parle pas d’encourager l’usage du mot – loin de là –, mais il n’est pas question de l’interdire non plus. Quand une personne s’adresse à quelqu’un à la peau noire en le traitant de nègre – ou, en anglais, de nigger –, elle est en train de faire de son mieux pour insulter cette personne en lui rappelant que ses ancêtres étaient probablement de la propriété privée. Ce genre de personne mérite d’être méprisée par nous tous.

D’un autre côté il y a les gens noirs qui l’utilisent entre eux, de façon amicale ; comme une manière de prendre le contrôle sur une insulte infâme. Mais n’oublions pas qu’il y a une troisième façon d’utiliser un mot, une façon objective qu’on utilise au moment de parler du mot, pour le citer, pour parler d’histoire et de sémantique, pour écrire un roman, pour se repérer dans une période historique, pour écrire des articles et pour avoir des conversations. Il est crucial de pouvoir parler pour conserver la paix.

Si on voulait écrire un article comme celui-ci en Amérique, on serait obligé de substituer le mot nigger par n-word à chaque fois si on ne veut pas mettre en danger sa carrière professionnelle. Cette lutte semble donc déjà perdue aux États-Unis, où le débat sur un mot n’est qu’un démon que personne n’ose invoquer. Malheureusement, l’Europe a commencé à suivre cette voie. Ce n’est peut-être pas la fin du monde, mais ce n’est pas la bonne direction non plus. Comment arriverons-nous à parler de nos problèmes si nous sommes obligés d’esquiver des pièges moralistes à chaque phrase ? On a déjà toléré le changement du titre des romans à cause de leur caractère offensif. Qui nous dit qu’on ne va pas changer plus tard les phrases dans les romans pour la même raison ? Aux États-Unis, on enlève déjà des classiques de la littérature américaine du programme officiel des écoles à cause de leur utilisation de certains mots ; les chaînes de télévision enlèvent des films et des séries qui pourraient causer un scandale dans une foule qui recherche insatiablement la prochaine sorcière à brûler.

Ne tombons pas dans le même piège et ne mettons pas des pièges à nos propres discours non plus. Mais surtout, n’oublions pas que le vrai moyen d’en finir avec le racisme n’est pas de traiter les gens avec condescendance. Je suis mexicain, comme pour toutes les origines, je sais qu’il y a du racisme envers les gens qui partagent ma nationalité. Mais je n’oserai jamais interdire l’usage d’un mot pour le simple fait qu’il est utilisé pour attaquer les gens de mon origine. Et je n’aimerais pas non plus que l’on me dise : « ne vous inquiétez pas, monsieur, vous n’aurez même pas le droit de lire des romans qui contiennent des injures contre les mexicains. Et vous rappelez-vous ce bouquin qui avait comme titre un mot utilisé pour insulter les mexicains ? On l’a modifié pour que vous ne soyez pas offensé. » Mais on me prend pour un enfant ? Cet effort puritain pour protéger les gens qu’on croit faibles n’est qu’une énonciation du préjugé sur la faiblesse de ces personnes.

Cette condescendance criminelle est donc la même que l’on est en train de nourrir par rapport à la population noire en Amérique. Qui dit que toute personne noire se sentira offensée par le simple fait d’entendre ce mot à la télé – même s’il n’est dirigé à personne ! –, ou de le lire dans le titre d’un roman du dernier siècle ? Si vous voulez parler du racisme, parlons donc de la généralisation comme quoi tous les gens avec une couleur de peau particulière seraient extrêmement sensibles à un mot. J’ai plus de respect pour vous, cher lecteur, que de supposer que vous vous sentirez offensé par le simple fait que je n’ai pas mis des petits astérisques au lieu du mot nègre ou nigger. Il est temps de commencer à traiter les gens comme des adultes. Parce que qui dit que, demain, si on suit ce chemin l’État ne décidera pas que nous sommes trop sensibles pour écouter certaines choses ? J’ai déjà entendu plus d’une personne dire que l’État devrait punir les gens qui utilisent ce mot, donnant au Big Brother le pouvoir sur ce qu’on a le droit de dire.

Pourquoi provoquer cette méfiance, ces pièges dans notre culture, qui provoquent des malaises même entre des amis, où c’est la confiance et non pas la méfiance qui devrait régner ? La paix vient toujours de la main du dialogue. Et ce n’est pas en interdisant des mots qu’on aura un dialogue.

 

J’aurais voulu que la soirée se termine sur de la bonne musique, sur des anecdotes, sur des sourires et des pupilles dilatées. Mais même entre amis, ma maladresse et ma méconnaissance des frontières culturelles ont terminé par faire tomber une lourde pesanteur sur nos épaules. Après deux ou trois efforts de reparler du sujet, pour clarifier l’épisode, pour exprimer les pensées que j’ai mentionnées ici, Peter et ses camarades continuaient à prétendre que rien ne s’était passé. De bonnes intentions, sans doute inspirées par la peur de tomber sur un débat trop violent pour une fin de soirée tranquille. J’ai repris un verre avant d’aller me coucher, en me disant que je méditerais sur cet épisode pendant un long moment. La musique s’était arrêtée et tout le monde se préparait pour partir. Une fausse expression de tranquillité se dessinait sur le visage d’un de mes camarades. La méfiance pouvait se tâter avec les doigts. « Bonne nuit. Bonne nuit ». Même pas une blague par rapport au sujet. Une fois que tout le monde est parti, le sentiment de malaise est resté dans la pièce, flottant au-dessus de la table et entre les chaises. Le vent froid derrière la fenêtre paraissait encore plus attirant. Peut-être qu’ils avaient raison, mais ils n’ont pas voulu en parler. Peut-être. Ou peut-être que, après tout, cette histoire de puritanisme ne vient que de notre éternel désir d’être traités comme des enfants.

J’ai eu des amis d’origines différents. Quand les choses vont bien, on se permet de faire des blagues sur nos origines, sur nos complexes, sur nos malheurs. On est en confiance et on sait bien qu’on peut assumer la bonne volonté de l’autre. Quand les choses vont mal, personne n’ose se prononcer sur ces sujets. Aujourd’hui, les choses vont mal entre les gens à niveaux de mélanine différents. Comment va-t-on en parler si on met des pièges à nos propres mots ?

 

Alejandro AO

 

En savoir plus :

Fabienne Faur, AFP (2015). The ’N-word’ is the ‘most powerful word in the English language’. Business Insider. Disponible en ligne : https://www.businessinsider.com/afp-the-n-word-in-america-a-term- loaded-like-no-other-2015-6?IR=T

Geoff Arkens (2008). Hip-hop culture and America’s most taboo word. Sage Journals. Disponible en ligne : https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1525/ctx.2008.7.3.38

 

Dubaï : Paradis des riches et survie des travailleurs immigrés

Dubaï : Paradis des riches et survie des travailleurs immigrés

Ce hub touristique économique à la position stratégique déterminante s’est développé ces 30 dernières années grâce à des ressources pétrolières essentielles dans un contexte de mondialisation. Ville futuriste où la démesure n’a pas de prix, on lui reproche tout de même  son passé et sa culture loin des villes européennes qu’on connaît. Elle jouit cependant d’un climat ensoleillé sous des températures avoisinant les 45 degrés, avec des infrastructures modernes et des projets tous plus grandioses les uns que les autres. Dubaï fascine et attire l’attention, quitte à mépriser les défis écologiques mondiaux. Cette ville de la démesure où rien ne semble impossible attire les milliardaires des pays riches mais aussi des travailleurs des pays les plus pauvres.

 

En effet, depuis la découverte du pétrole, les pays du golfe ont toujours attiré les travailleurs du monde entier, la question des travailleurs immigrés revenant régulièrement dans la presse, d’autant plus avec la construction des infrastructures pour le mondial de football qui se déroulera en 2022 au Qatar. Les conditions de travail parfois douteuses font l’objet de rapports par les associations de défense des droits de l’homme, à l’instar d’Amnesty International ou de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), qui les qualifient d’« esclavage moderne ».

 

A Dubaï, seul 10% de la population est originaire des Emirats Arabes Unis tandis que les immigrés en représentent 84% (il y a plus de 9.4 millions de migrants à Dubaï (environ 6.7 millions d’hommes et 1.6 million de femmes)). En dehors des Emiratis ou de personnes aisées venues d’Europe, la plupart des immigrés viennent des pays avoisinants comme le Bangladesh, le Pakistan, les Philippines ou le Népal pour travailler dans cette ville offrant des salaires 3 à 4 fois supérieurs à ceux que leur offrirait leur pays natal. Ces migrants non qualifiés fuyant leur pays en guerre ou dans l’extrême pauvreté viennent travailler dans différents secteurs (la vente au détail 17%, les productions privées 14%, la construction 14% ou le transport 9%) et occupent des métiers souvent risqués sans protection sociale, et des conditions de vie déplorables diamétralement opposées à l’image que Dubaï veut donner au reste du monde : la ville de la démesure où tout est possible. Une main-d’œuvre peu chère, qui accepte pourtant de travailler dans ces conditions pour envoyer de l’argent au reste de la famille resté dans le pays d’origine afin de subvenir à leurs besoins. Les immigrés doivent parfois s‘endetter pour acheter leur contrat de travail pour avoir le droit de travailler. Ils vont pour la plupart gagner au maximum 120 dollars par mois, pour 50 heures de travail par semaine de jour comme de nuit sous des températures approchant les 45 degrés dans le but de construire des villas qui seront vendues des centaines de milliers de dollars. De plus, à leur arrivée les travailleurs venus d’autres pays doivent obligatoirement remettre leur papier d’identité à leur employeur. Mesure à priori théoriquement administrative mais qui se révèle comme un moyen de pression absolu pour cette main d’œuvre bon marché et prête à tout pour subvenir à ses besoins vitaux et à ceux de ses proches.

 

Cependant, depuis l’apparition du COVID-19, en 2020, les 15 millions de touristes attendus ne sont pas venus, et l’aéroport le plus fréquenté du monde est presque vide. Comme dans beaucoup d’autres pays, mais surtout à Dubaï où la ville des Emirats Arabes Unis se finance majoritairement par le tourisme, l’économie tourne au ralenti et les chantiers sont à l’arrêt. Les très riches monarchies du Golfe sont touchées de plein fouet par le virus et ses conséquences économiques avec notamment le prix du pétrole, ressource essentielle à Dubaï, en chute libre. Pour limiter leurs pertes, la majorité des entreprises de Dubaï licencie massivement sans préavis, sans indemnités et souvent sans payer le dernier mois travaillé. Ainsi, loin du centre-ville et de sa tour la plus haute du monde, dans les quartiers de Sonapur à 2h de bus, sont situés les camps de travailleurs. Des centaines de milliers d’hommes sont ici coincés vivant à 9 dans des chambres de 9m². Ouvriers, restaurateurs, laveurs de voiture se retrouvent sans emploi, donc sans revenus et peinent à trouver de l’argent pour continuer à dormir dans ces camps. Ils s’endettent auprès des vendeurs, pour aller vendre la nuit sur des marchés improvisés et illégaux de la marchandise. Mais une fois celle-ci remboursée, il ne leur reste que quelques centimes pour payer leur loyer et se nourrir, envoyer alors de l’argent à leur famille, pourtant dans l’attente, ne figure plus parmi les options.

 

Ces immigrés, désormais sans emploi, ont également perdu le droit de résidence. Ils vivent donc dans l’illégalité et doivent vivre cachés pour éviter d’être expulsés alors qu’aucun Emirati n’accepterait d’occuper leur travail bien qu’indispensable. Pourtant, le gouvernement des Émirats Arabes Unis veut se séparer des travailleurs pauvres devenus indésirables en temps de crise. Ainsi, il leur a donné un délai de quatre semaines pour quitter le pays sous peine d’une amende 2500 euros.  Ils n’ont cependant pas les moyens d’acheter un billet d’avion pour rentrer dans leur pays car ces derniers sont devenus rares ou leur prix a doublé. D’autant plus qu’il leur faut souvent de l’argent supplémentaire pour refaire un visa que leur employeur a gardé malgré leur licenciement. Ainsi, près d’un million d’immigrés à Dubaï seraient dans cette situation causée par la pandémie du Covid-19.

Ceux qui ne souhaitent pas rentrer pour tenter tant bien que mal de subvenir à leur besoin à Dubaï en trouvant du travail coûte que coûte, finissent par se faire expulser. Ainsi en 2020 la population des Emirats aurait baissé de plus d’un million d’habitants. Les quelques travailleurs immigrés qui ont eu la chance de conserver leur emploi ont subi, eux encore une diminution de leur salaire.

 

Par Léa MENARD

Encore une crise dont la France ne saura pas se relever ?

Encore une crise dont la France ne saura pas se relever ?

Le but de cet article n’est en aucun cas de donner des conseils à qui que ce soit. L’objectif est simplement de tenter de comprendre comment la France s’enfonce depuis maintenant 50 ans et pourquoi une telle descente aux enfers ne semble pas encore prête de se terminer.

 

Rapide historique depuis 1970

Depuis 1970, le monde a enchaîné les crises économiques, chacune se voulant plus grave que la précédente : le premier choc pétrolier de 1973, le second de 1979, l’hyper financiarisation des années 1980, la crise de 2008 et maintenant la Covid. Citer l’évolution des chiffres du chômage sera sûrement plus révélateur : en 1973, la France avait 450 000 chômeurs, un nombre qui nous paraît presque miraculeux aujourd’hui. En 1980, après le second choc pétrolier, le nombre de chômeurs est passé à 1,9 millions. Une multiplication par 4 en sept ans : preuve que la France n’a pas su comment remettre au travail les chômeurs de 1973. En 2008, nous atteignons et dépassons le chiffre symbolique des 2 millions. Peu de temps après, la France perd son triple A et nous pensons tous avoir touché le fond. Que dire aujourd’hui alors ? Le premier trimestre de 2020 voit le nombre de chômeurs passer à 3,3 millions, pour atteindre les 4,4 millions au troisième semestre de 2020. Si nous résumons ces chiffres tous plus alarmants les uns que les autres, ce n’est pas tant le nombre de chômeurs par année qui doit nous inquiéter, mais le fait que la France a prouvé, durant ces 50 dernières années, qu’elle n’est pas capable de se relever d’une crise, et que chaque nouvelle crise ne fait que s’accumuler à la précédente. La plupart des autres pays avait réussi à se relever du 1er choc pétrolier lorsque le second a frappé. Lorsque la Covid a frappé en 2019, la crise de 2008 n’était qu’un lointain souvenir pour les Etats-Unis là où, en France, nous n’avions fait que nous enfoncer. Nous étions donc au plus bas lorsque la Covid est venue empirer les choses. Un petit zoom sur la crise actuelle est alors nécessaire.

 

 

La crise économique actuelle

La crise liée à la Covid n’est pas seulement économique, elle touche tous les secteurs d’activité mais, comme toute crise qui se respecte, le premier domaine touché est l’économie, afin d’affaiblir le pays et pouvoir ensuite mieux s’attaquer au reste de l’activité. La comparaison entre le virus Covid et la crise Covid est alors la bienvenue puisque les deux viennent affaiblir leur hôte pour pouvoir ensuite mieux le détruire. Citer les chiffres de la crise française (baisse des exportations, récession, déficit commercial…) ne serait pas pertinent puisqu’une telle crise est inédite et historique et entraîne nécessairement des baisses. Le gouvernement peut être à blâmer pour beaucoup de choses dans cette crise, mais il reste vrai qu’il n’existait pas de mode d’emploi sur la façon de faire face à la Covid. Cependant, un indicateur en dit long sur l’état de la France : au second semestre 2020, le PIB français a chuté de 13.8%, soit, le plus fort recul de l’activité depuis 1949. Il semble donc que notre activité soit comparable à celle de la France post-seconde guerre mondiale, encore victime de rationnement. Pourtant, nous sommes loin de nous sentir aussi faibles que pouvaient se sentir nos ancêtres en 1949. Comment expliquer cela ? La vérité est-elle que les chiffres ne sont pas concluants et que les deux situations sont bien différentes ou que la seule force de notre économie est de posséder un écran de fumée capable de cacher la véritable crise qui sévit ? La vérité est peut être à mi chemin entre ces deux propositions. Actuellement, beaucoup de personnes ont « bénéficié » pendant les confinements du chômage partiel. Pendant plusieurs mois, ils ont été payés à rester chez eux, à ne rien faire et à profiter de leur temps libre, autrement dit : une crise loin d’être critique. A l’inverse, lorsque nous allons commencer à revoir nos proches dans quelques semaines, nous allons vite réaliser que les personnes vivant seules ont changé, sont moins dynamiques, que les jeunes qui commençaient à travailler n’ont plus envie de se lever et de retrouver un rythme imposé, que les étudiants ne sont plus capables de rester concentrés pendant plusieurs heures sur un cours ou que les personnes actives ne veulent plus subir l’enfer des transports publics matin et soir… A ce moment-là, la crise risque de se révéler bien pire que nous ne l’avions envisagée : ce ne sera pas seulement une économie à relancer, mais toute une population.

Aujourd’hui la crise, demain la guerre ?

Le lien n’est pas toujours évident, mais il pourtant bien réel : crise économique et guerre se suivent toujours d’une façon ou d’une autre. Les exemples sont nombreux : la crise de 1929 a entraîné la Seconde Guerre Mondiale, la guerre du Kippour au Moyen-Orient a précédé le choc pétrolier de 1973… Doit-on alors s’attendre à une guerre post-Covid ? Nombreuses sont les questions qui surgissent : qui en seraient les combattants ? Qui déclencherait le conflit ? Pourquoi ? Pour le moment, personne n’a les réponses à ces questions. Aucun d’entre nous ne s’imagine aujourd’hui revenir en 1940, partir combattre sur le front, être réveillé au milieu de la nuit par des bombardements et courir s’enfermer dans un bunker. Et pour cause, une guerre aujourd’hui ne prendrait très probablement pas cette forme. L’Europe n’en serait plus son centre de commandement, mais un terrain d’affrontement, la Chine jusqu’alors absente des grandes guerres en serait probablement une des deux grandes parties et les Etats-Unis ne seraient plus nécessairement les grands sauveurs bienveillants et altruistes. Nous sommes donc face à un futur plus qu’incertain où, même la guerre traditionnelle que nous visualisons tous, ne semble plus être une option. Il semble que ce soit lorsque nous ne savons même plus comment imaginer le pire que celui-ci se rapproche.

La France saura-t-elle relever ce nouveau défi ?

Face à ce nouveau défi qui se profile, la France sera-t-elle en mesure de s’adapter et de répondre convenablement à la situation actuelle ? C’est la question qui est sur toutes les lèvres. Pour l’instant, la France ne s’est pas distinguée dans sa gestion de la crise et ne propose pas de plan de relance convaincant. Elle semble se contenter de suivre, avec quelques semaines de retard, ce qu’ont appliqué ses pays voisins. Le gouvernement se contredit, le Président nous annonce que nous sommes « en guerre », le Premier Ministre est renvoyé mais qu’est-il mis en place, concrètement, pour prévoir la relance de notre économie ? Rien. Exactement la même chose qu’en 1973, 1979 ou 2008. Il semble donc que, même après 50 ans à faire face à des crises, la France n’a toujours pas appris à réagir convenablement, et encore moins à se relever. Nous ne savons toujours pas comment utiliser une crise pour innover, pour développer de nouveaux secteurs ou, tout simplement, inventer de nouvelles solutions. Face à la crise de 1929, les Etats-Unis ont lancé des « New Deal ». Lorsque le second choc pétrolier a frappé, le Royaume-Uni a développé l’hyper-financiarisation de son économie. Et qu’a fait la France ? Elle a attendu que les Etats-Unis viennent la sauver dans le premier cas et guetté la signature de l’Union européenne dans le second. Concrètement ? Elle n’a rien fait. Comment, et même pourquoi, espérer que la situation soit différente cette fois-ci ? Rien ne nous permet d’affirmer que la France ait appris de ses erreurs. Que dire pour notre futur ? Je vous laisse tirer votre propre conclusion, après tout, cet article n’a pas pour objectif de donner des conseils à qui que ce soit…

 

Par Elise CASADO

RDVC EN PARLE N°1

RDVC EN PARLE N°1

Enfin. Voilà le mot qui décrit le mieux le processus qu’a été la création et publication d’un magazine au sein de RDVC. Après des mois de planification, de rédaction, de mise en page, de démarchage, de négociations, de relecture et de recherches, RDVC a ENFIN publié son tout premier magazine. Le processus a été long, voilà un fait indéniable, mais il a aussi été enrichissant, fédérateur et professionnalisant pour les membres de l’association qui s’y sont investis. Le journal que vous tenez actuellement dans les mains (ou que vous allez vouloir tenir dans vos mains après avoir lu cet article) est l’aboutissement d’un projet qui tient tout particulièrement à coeur du pôle Press de RDVC. Ce magazine, ce n’est pas seulement le magazine d’actualité de la tribune étudiante de TBS. Ce journal, c’est le magazine de TBS, de ses associations, pour ses étudiants.

Commençons par le commencement et revisitons la création de ce journal. Né de la volonté du pôle Press de créer un projet concret et solide, tous ses membres ont travaillé d’arrache pied pour, non seulement vous préparer des articles soignés et qualitatifs, mais aussi débusquer des partenaires qui soutiendraient notre beau projet. N’oublions pas que de nombreux partenariats ont été signés pendant la rédaction de ce premier journal. Pour n’en citer qu’un, celui avec Mister Prépa – Planète Grandes Ecoles est très certainement celui dont nous sommes le plus fiers ! Profitons de ce moment pour remercier encore une fois toute l’équipe de Mister Prépa pour nous avoir soutenus et aidés dans le lancement de ce projet. Dans ce contexte, il nous semble primordial de rappeler que le bureau de RDVC a fait preuve d’un soutien indéfectible et a très probablement harcelé la FD bien plus que la bienséance ne l’autorisait pour s’assurer son aide. La FD a, elle aussi, montré et prouvé qu’elle nous soutenait entièrement tant par l’aspect financier que moral.

Rappelons ensuite que ce qui fait la richesse de notre magazine, c’est aussi et surtout la qualité de ses articles. Un grand merci à toutes les associations qui nous ont suivis dans le lancement de ce journal ! C’est vous qui faites la force de ce journal, qui ne serait rien d’autre qu’une succession d’articles, certes de qualité, mais à seuls titre informatifs sans votre participation. En effet, nous sommes tout particulièrement fiers de notre rubrique « L’actualité des assos » qui fait toute la singularité et personnalité de ce journal. C’est grâce à cette rubrique que nous pouvons légitimement nous déclarer être « le journal de TBS » . Enfin, pour ajouter une petite touche journalistique et/ou qualitative à notre magazine, nous vous proposons l’interview de quelques personnalités que nous jugeons être les plus adaptées à notre contenu. C’est ainsi que nous avons interviewé Benjamin Hautin, fondateur de Mister Prépa et Planète Grandes Ecoles, pour vous présenter son parcours et ses conseils pour réussir dans la fondation de votre entreprise.

Comme vous pouvez vous en douter, en cette période difficile, nous avons du adapter la publication de notre magazine en ajoutant un format virtuel à ce dernier. C’est dans ce contexte que nous avons entièrement refait le site internet de RDVC afin de le mettre à jour et de le rendre plus accessible à tous. Cependant, n’hésitez pas à venir réclamer votre exemplaire ! Nous avons tout de même pu imprimer notre magazine en grosse quantité et, après une après-midi très productive de distribution au foyer, nous avons le plaisir de vous annoncer qu’il nous reste des exemplaires ! Contactez-nous pour que l’on vous garde un exemplaire de côté ! Nous comptons sur vous pour manier avec le respect et la délicatesse qui s’imposent le fruit de notre travail.

Sur ces quelques mots, nous vous laissons aller vous précipiter sur notre magazine afin que vous puissiez enfin le découvrir par vous-même… Enfin.

Par Elise CASADO