Limitons le politiquement correct

En France, la tendance est à prendre des pincettes dans ses déclarations. Cela se traduit, entre autres, par cette habitude fâcheuse que l’on a à mimer des guillemets dès lors qu’on évoque quoique ce soit qui puisse être mal interprété, ou encore un sujet sensible de société. Si l’usage de ces guillemets est par ailleurs incorrect dans la langue de Molière (nous utilisons les chevrons), il est toutefois amusant de remarquer que si nous avons importé le politiquement correct des États-Unis, nous en avons aussi adopté la gestuelle.

Les 5 formes d’intelligence pour affronter l’avenir de Howard Gardner

      En effet, le politiquement correct, que l’on peut définir par « l’habitude d’agir positivement à l’égard d’un certain groupe, pour la seule raison que ce groupe a été maltraité par le passé, et de quiconque se montre critique vis-à-vis dudit groupe » (Howard Gardner, Les cinq formes d’intelligence pour affronter l’avenir) est profondément américain. Traduit de l’anglais « political correctness », ses défenseurs le justifient en s’appuyant sur le postulat – contesté par les linguistes – communément appelé « l’hypothèse Sapir-Wholf », qui développe l’idée que le langage conditionne la pensée (en d’autres termes, un langage sexiste entraine une pensée sexiste par exemple). La réflexion développée ainsi indique que de doux euphémismes seraient plus appropriés pour évoquer certains groupes ou conditions sociales, certains métiers : « non-voyant » pour « aveugle », « hôtesse de caisse » pour caissière », mais encore « black » pour « noir » ou « gay » pour « homosexuel » (oui, le politiquement correct se nourrit justement du franglais).  À quand le « mal comprenant » de Guy Bedos ?

           

Cependant, s’il serait ridicule de s’offusquer de l’emploi de termes moins catégoriques, descriptifs, et somme toute péjoratifs voire dégradants à l’égard de certains groupes, les dérives du politiquement correct sont bien présentes, à commencer par l’imposition du vocabulaire. Il n’est pas rare de sentir que l’on dilue son propos, et si l’exemple de l’homme blanc qui n’ose plus dire « noir » ou « arabe » en public est facile, il en est tout de même une bonne illustration.

“Late Night with Seth Meyers” est une émission-débat américaine de fin de soirée animée par Seth Meyers sur NBC.

Aux États-Unis, où le politiquement correct est moins diffus et bien plus présent, on réussit à le tourner en dérision, avec les séquences comme « Jokes Seth can’t tell » (Les blagues que Seth ne peut pas dire). Dans cette séquence du Late Night show animé par l’animateur star Seth Meyers, quadragénaire blanc hétérosexuel, des intervenants issus des minorités (ethniques, LGBT) énoncent les chutes de blagues qui pourraient être considérées racistes si elles sortaient de la bouche du présentateur.

 

En France, toutefois, nous ne possédons pas encore le recul nécessaire pour avoir la vision d’ensemble des caractéristiques que le politiquement correct prend – et c’est tout le problème. Quand on étiquette tabous des termes employés au quotidien, mais aussi des éléments de réflexion, on oriente fortement le débat par une pression sourde, qui se réclame d’un soutien majoritaire (mais jamais évalué) de la population. Les raccourcis avec le Novlangue Orwellien semblent-ils si éloignés ?

Si la thèse semble a priori incongrue, elle n’en est pas moins fondée. Prenons l’exemple de Michèle Tribalat, démographe émérite à l’Ined (Institut national d’étude démographiques). Pourtant fervente critique de l’extrême droite et de ses méthodes (elle signe en 1998 Face au Front national : arguments pour une contre-offensive), on lui affuble dès le début des années 2000, suite à sa prise de position en faveur de statistiques ethniques, une pensée raciste, qui lui vaudra sa carrière et qu’elle dénoncera comme une « nazification de l’adversaire ». On retrouve ici la définition du politiquement correct du philosophe André Comte-Sponville in L’avenir du politiquement correct (2011) : « la tyrannie des bons sentiments, de la morale qui prétend s’appliquer hors de son ordre ». L’exemple est d’autant plus criant qu’il met en exergue la bien-pensance développée par le politiquement correct : on en arrive à vouloir limiter les éléments qui permettraient d’affirmer une réflexion, de peur qu’elle ne soit pas « acceptable ». 

Mais alors, face à ce constat, que faire ? La réponse doit être collective, claire et publique : pour limiter l’autocensure, tournons-là en dérision. Après tout, si on arrive à rire de la pensée unique qui s’installe discrètement, peut-être pourrons-nous mieux l’identifier dans tous ses aspects. Quoiqu’il en soit, si nous continuons à abandonner les réquisitoires contre le politiquement correct à l’extrême droite, un phénomène aussi paradoxal que malheureux fera son apparition : le bon sens servira le populisme.

Alban SIBAUD

Qu’est-ce qui est jaune et qui attend?

Les Gilets jaunes sont des plus nombreux à Toulouse

En jetant un coup d’œil au classement des personnalités préférées des Français, on remarque surtout des célébrités très consensuelles, des Omar Sy, des Jean-Jacques Goldman. Des individus qui n’ont jamais fait la moindre vaguelette. Au contraire, au rang des personnalités les plus détestées, uniquement des personnes très politisées, à l’instar d’Alain Delon ou de Nicolas Sarkozy. L’absence d’idée politique claire rassemble les Français : de là vient l’immense popularité du mouvement des Gilets Jaunes.

Le mouvement dès le départ, se réclame apolitique, dépourvu d’organisation syndicale, de toute façon socialiste. Sur les plateaux, on invite des Gilets Jaunes qui martèlent et qui s’égosillent à qui mieux mieux : le mouvement est a-po-li-tique. Il est apolitique. Il est surtout apolitisé. Car les personnes qui ont initié le mouvement n’ont que faire des luttes de pouvoir entre les partis, et les piètres tentatives de quelques hommes politiques délavés pour incarner le mouvement se sont soldées par une cuisante indifférence. Des personnalités de droite dure surtout, Florian Philippot et Nicolas Dupont-Aignan. La gauche, poltronne ou pudique, s’est tue. La rumeur qui émanait des ronds-points n’exigeait pas l’augmentation du nombre de tranches fiscales.

Etranglée entre des obligations présentielles en Assemblée et une inexpérience en communication, il n’est pas étonnant qu’une néo-classe politique entière soit en lévitation au-dessus de la vraie France, celle que décrit Jacline Mouraud dans sa vidéo virale sur Facebook. Les revendications ne peuvent plus emprunter les voies traditionnelles pour remonter à Paris. Ajoutez à ce blocage des commentaires au mieux maladroits, au pire franchement méprisants (« nous avons été trop subtils »). L’erreur a été de croire que ces députés LREM porteraient la voix du milieu d’où ils viennent. Ils portent finalement la voix de celui qui les a adoubés, j’ai nommé le Président de la République. Face à un problème aussi profondément politique, la colère des Français s’est cristallisée autour d’un mouvement qui a eu l’intelligence, (ou la chance ?) de ne pas y répondre politiquement, au sens traditionnel, au sens de la création d’un parti. La création d’une liste « Gilets Jaunes » pour les européennes signe la fin de la particularité, de la popularité, du plébiscite presque, que suscitaient ces casseurs bien-aimés de radars inquisiteurs.

Cette fin est aussi signée par une distanciation des classes moyennes et moyennes supérieures. Elles soutenaient ce mouvement, libéral et anti-taxes, comme 80% des Français. Ecrasées par la fiscalité, ça faisait longtemps qu’elles n’avaient pas senti qu’une manifestation « traditionnelle », d’ordre économique, leur parlait. N’ayan

Un manifestant gilet jaune réclamant le RIC samedi 15 décembre à Paris.

t jamais eu la culture du conflit social, elles se sont reposées pour défendre leurs intérêts sur la frange pauvre qui a occupé les autoroutes. Mais les semaines passant, les actes s’enchainant les uns après les autres, le beauf, au côté exotique de prime abord, est assez rapidement devenu gênant. Sur la forme, être assimilés à ces moyens-pauvres, voire pauvres, n’est plus attirant. Le mouvement a également trouvé une panacée appelée RIC, dont les moyens-riches n’ont que faire. Le fond ne les intéresse donc plus non plus.

Les Gilets Jaunes sont la conséquence directe du dégagisme qui a animé toute la campagne présidentielle 2017. En lieu et place d’hommes politiques expérimentés, apparatchiks roublards, des « barons » de partis, vieux hommes blancs, nous avons eu une brochette de nouveaux visages. Drapés dans le manteau immaculé du renouvellement, ils se sont révélés incapables de relayer le ras-le-bol croissant, assourdissant même, d’une grande partie des Français. Le manteau immaculé n’était que la fourrure du blanc mouton qui marche, qui marche toujours.

Anna MÉDAN

Bolsonaro : une victoire spatialement inouïe

Jair Bolsonaro remporte les élections présidentielles du 28 octobre 2018 avec 55,10% des voix.

C’est au terme d’une campagne électorale tendue que le candidat du Parti social-libéral (PSL) Jair Bolsonaro remporte les élections présidentielles du 28 octobre 2018 avec 55,10% des voix (Source : Le Nouvel Obs). Se proclamant conservateur et candidat de la droite forte, il a fondé sa stratégie de communication sur les thèmes de la corruption et de l’insécurité, particularité qui lui garantirait le titre de « Trump des tropiques ». Cependant, sa victoire électorale manifeste une répartition spatiale d’un tout autre ordre.

Un discours portant sur des thématiques nationales

A défaut d’évoquer des problématiques d’ordre international comme son homonyme de l’hémisphère Nord, Jair Bolsonaro a concentré sa parole quasi-exclusivement sur des sujets intérieurs au Brésil. Dés lors, il a fait de la lutte contre l’insécurité le fer de lance de sa campagne, cela dans le pays au plus fort taux d’homicide de l’OCDE : 29,53 homicides volontaires pour 100000 habitants en 2016 (Source : Banque Mondiale). Bolsonaro a de surcroît surfé sur les scandales de corruption autour des gouvernements travaillistes précédents afin de discréditer son adversaire principal, Fernando Haddad, successeur de Lula. Enfin, le candidat du PSL a su jouer de sa proximité avec l’armée sur les questions de la sécurité aux frontières, notamment face aux réfugiés du régime vénézuélien. Jair Bolsonaro est ainsi parvenu à se positionner sur plusieurs de fronts grâce à un discours fort face aux problèmes nationaux, lui permettant de développer une influence multi spatiale lors de la campagne.

Contrairement à Trump, une géographie électorale plus disparate

Il a réussi au contraire à séduire des zones rurales et urbaines, comme en témoignent ses scores au second tour. Source: LeMonde.

C’est surement grâce à des paroles fortes sur ces sujets que Jair Bolsonaro a conquis une grande diversité de territoire. Alors que Trump était caractérisé, entre autre, d’être le candidat du vieux Sud et du Midwest, Bolsonaro ne suit pas ce schéma qui pourrait parfaitement se reproduire au Brésil.

Il a réussi au contraire à séduire des zones rurales et urbaines, comme en témoignent ses scores au second tour. Il s’octroie par exemple une proportion d’électeurs d’environ 65% dans l’Etat de Sao Paulo, le plus riche du pays et ouvert aux échanges internationaux, tout en surperformant aussi dans le Mato Grosso avec un score similaire dans un Etat front pionnier qui vit principalement de l’agriculture (Source : Le Monde). Bolsonaro remet donc en cause le clivage ville/campagne qui sert souvent, à tort, de justification à la montée de figures autoritaires aux yeux des principaux médias occidentaux.En revanche, il illustre un découpage ethnique croissant du Brésil : la population blanche l’a massivement soutenu, en plus d’obtenir les voix de la diaspora brésilienne avec un score de 58,68% dés le premier tour auprès des expatriés ! (Source : Le Temps). Jair Bolsonaro réalise la prouesse d’incarner une rupture avec les mandats du PT et un renouveau, une promesse d’avenir pour la jeunesse notamment, mais qui nous incite à considérer davantage la question ethnique au Brésil.

Paul Lamelet

Nouvelles censures

Couverture du livre “On a chopé la liberté” publié en février 2018

« On a chopé la puberté » : publié à trois mille exemplaires, il aura suffi d’une pétition réunissant quelques cent quarante-huit mille signatures[1]pour que ce livre se présentant comme un guide pour adolescente au ton léger et amusant soit retiré de la vente, que son édition soit abandonnée et que son auteur annonce la fin de sa carrière littéraire. En cause ? Son caractère supposé sexiste, alors que ce livre est entièrement écrit par des femmes. Plus surprenant encore, le nombre de signatures, qui dépasse largement le nombre d’exemplaires physiques du livre … Il est inconcevable que chacun des cent quarante-huit mille censeurs aient lu le livre. Mais tous dénoncent le caractère sexiste du guide, notamment en se basant sur la copie d’une page du livre qui inciterait les jeunes filles à considérer comme anormal que leurs tétons soient visibles sous leur tshirt. Pure opinion, sujette à interprétation, comme l’a rappelé l’auteur dans sa lettre de démission.

Aujourd’hui donc, la censure vient « d’en bas ». Ces cent quarante-huit mille signataires se constituent en tribunal populaire pour faire interdire et censurer un banal livre jeunesse sous prétexte qu’il heurte leurs convictions sous couvert d’humour. Etrange non, dans un pays où le magazine Charlie Hebdo a reçu le soutien massif de millions de défenseurs de la liberté d’expression en 2015. Dans un pays où l’on demande à la religion de bien garder ses distances avec la liberté d’expression, le blasphème moderne ne serait-il pas de froisser les schémas et les certitudes d’une idéologie pompeusement baptisée progressisme ? Sous le masque du Bien, des Gentils de gauche, des féministes antiracistes pro-migrants, partisans de tous les combats « anti », agissent avec autant d’hystérie que les groupes et associations puritaines, catholiques et « familiales » qui condamnaient le film érotique Emmanuelle dans les années 1970. Les censeurs ont changé de camp. Étonnamment, ces mêmes progressistes garants du Bien et du Bon ont paradoxalement trouvé les excuses de l’humour et du droit à la provocation au « Pendez les blancs » de Nick Conrad …

Plus de 7000 personnes demandent au Metropolitan Museum of Art le décrochage de l’œuvre. Ça n’est pas la première fois que Balthus suscite interrogations voire indignations.

Si la censure a glissé de droite à gauche sur la pente savonneuse politique, elle s’est aussi horizontalisée. L’Etat s’est presque totalement désengagé de la question morale des œuvres publiées, se contentant de sermonner sur le tard un Dieudonné déjà que trop populaire. Les associations ont moins de poids que les rassemblements de milliers d’individus. Les combats deviennent ponctuels, le temps de faire censurer un livre ou retirer un tableau d’un musée. Des musées et des institutions culturelles qui se heurtent de plus en plus à la (con)fusion entre un artiste, son œuvre, et sa vie. La rétrospective-hommage à Polanski[2]est perturbée par des groupes qui refusent de célébrer l’œuvre du cinéaste accusé de viol. À New-York, le retrait d’un tableau au Met du peintre Balthus est demandé par plus de neuf mille personnes[3], car il serait une incitation à la pédophilie et sexualiserait une adolescente (il est d’ailleurs intéressant de constater que les accusations qui font le plus réagir aujourd’hui sont celles de violences envers les femmes, et que par exemple certains artistes arrêtés pour vols avec violence, ou suspectés d’actes antisémites graves ne sont que peu inquiétés[4]). Convaincus de l’importance de leurs élans émotionnels particuliers, ces Zorros se réunissent en ligne et signent des pétitions où pour trois clics on soulage sa conscience progressiste.

Et de l’horizontalisation de la censure découle sa privatisation.

Elle n’a plus de visage, que celui des lignes de code de l’algorithme Facebook. Voulant s’adresser à un public aussi large que possible, M. Zuckerberg nivelle par le bas le degré de liberté du réseau afin que le Saoudien salafiste et le Polonais ultra-conservateur puissent s’y sentir à l’aise. Ajoutez à cela une morale parfumée de dollars et de puritanisme, et vous obtenez la censure de « L’origine du monde » de Courbet et de « La liberté guidant le peuple » de Delacroix pour « nudité » ou « nudité suggérée »[5].

L’enfer est pavé de bonnes intentions : mais dans une société adulte, nous devons accepter la publication d’œuvres, tant qu’elles respectent les limites strictement légales de la liberté d’expression, même si elles nous dérangent.

[1]https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/04/2753015-polemique-petition-editions-milan-reediteront-livre-juge-sexiste.html

[2]https://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/10/30/roman-polanski-a-paris-un-rassemblement-feministe-devant-la-cinematheque_5208049_3476.html

[3]http://www.exculturae.com/petition-balthus-met/

[4]http://www.bu2z.com/casier-judiciaire-booba-rohff-lafouinedeuxième vidéo, à 3min10

[5]https://www.livreshebdo.fr/article/de-nick-conrad-courbet-une-censure-numerique-double-vitesse?xtmc=censure&xtcr=14

Anna MÉDAN

Le nucléaire français, entre fausse indépendance et fortes inquiétudes

Relativement à sa population la France est le pays le plus nucléarisé. En valeur absolue la France se classe 2ème derrière les Etats-Unis. En effet la France dénombre 19 centrales nucléaires et pas moins de 58 réacteurs. Le nucléaire représente 71,6% de la production électrique Française selon EDF. Symbole de sa force et instrument sûr d’approvisionnement énergétique pour certains, le nucléaire semble davantage dangereux que durable.

Carte des centrales nucléaires et leurs risques en France, selon Green Peace

Par ailleurs les lobbies du nucléaire ont de beaux jours devant eux. Leurs arguments sont repris sans répit dans les médias dès que les débats portent sur la pertinence ou non du nucléaire. De plus ils sont présents dans la sphère politique, Edouard Philippe aujourd’hui premier ministre fut directeur des affaires publiques d’Areva entre 2007 et 2010. Pas étonnant que la ligne directrice une fois au pouvoir fut immédiatement de dire que l’objectif de réduction du nucléaire -de 75% à 50% à l’horizon 2025- était irréaliste (objectif qui plus est très peu ambitieux selon le milieu associatif). Caractère « irréaliste » également répété par les tribunes du Figaro. Cette diminution était pourtant inscrite dans la loi de transition énergétique depuis 2015 et était aussi une des mesures à laquelle Emmanuel Macron s’était engagé. Les partisans du nucléaire semblent donc en train de gagner le combat politique comme en atteste la trajectoire énergétique prise par la France -une transition molle- mais aussi le combat idéologique à la vue des idées que s’en font les Français « énergie propre » « seule solution pour l’indépendance énergétique » « ce serait trop long et trop compliqué d’en sortir ».

Tentons d’y voir plus clair sur les arguments en faveur du nucléaire, tantôt malhonnêtes tantôt trompeurs. Le nucléaire permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre (on peut d’ailleurs lire sur le site de la SFEN la Société France d’Energie Nucléaire que grâce au nucléaire la France répond à plusieurs objectifs dont « la diminution des émissions de CO2 »). Or non seulement les matériaux utilisés pour construire les centrales sont extrêmement énergivores, mais le transport des déchets radioactifs produit du CO2. D’ailleurs ce transport génère pour l’environnement un risque de dispersion de matière radioactive. Instrument de compétitivité et d’approvisionnement par excellence le nucléaire (SFEN) serait donc rentable, efficace et sûr, on est pourtant loin du constat observé par le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Pierre-Franck Chevet déclare en 2016 que « Le contexte en matière de sûreté et de radioprotection est particulièrement préoccupant », l’ASN étant chargée du contrôle technique et réglementaire de la sûreté nucléaire et de la radioprotection il est difficile de ne pas sortir apeuré de son discours détaillant ses inquiétudes. La présence de 1100 sites renfermant des déchets nucléaires, ou des résidus de l’exploitation minière d’uranium ne viendra pas non plus éteindre ces préoccupations.

La canicule ayant affecté la production des réacteurs nucléaires de St-Alban et du Bugey, ceux-ci ont dû être arrêtés le 3 août dernier

Qu’on se rassure l’énergie nucléaire nous permet d’accéder à de l’électricité peu coûteuse. Elle est donc l’amie de notre pouvoir d’achat. Difficile de s’en convaincre pour celui qui sait qu’en 2022 plus d’un tiers des réacteurs (22 des 58) auront plus de 40 ans. Dès lors « il faudrait donc un effort considérable d’investissements à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible » selon Didier Migaud, président de la Cour des comptes (entretien avec le Monde le 31 janvier 2012). Que reste-t-il donc d’intéressant lié au nucléaire sinon le maintien d’emplois industriels qualifiés et la dite indépendance énergétique qu’il confère à la France ? Pour le premier aspect bénéfique, il est peu aisé de le contredire (quoique les emplois liés aux énergies vertes exigent également un savoir-faire de qualité, ce serait un réel défi technique), le second quant à lui est une fois de plus erroné. Certes la France dispose d’un parc nucléaire qui alimente en électricité les ménages français, toutefois le nucléaire a besoin d’uranium. La dernière mine française ayant fermé en 2001 il convient donc d’en importer entre 8 000 et 9 000 tonnes par an pour alimenter les réacteurs (connaissances des energies.org) nombre rarement évoqué dans les débats.  Le Niger et le Kazakhstan sont deux des zones premières d’importation dans des conditions sanitaires et écologiques critiques sans parler du fait que ces importations ne rapportent quasiment rien aux populations locales. Pour clôturer le tout, les centrales nucléaires ne sont pas compatibles avec le changement climatique. Ne supportant pas des températures trop hautes un réacteur de Saint Alban et un autre de Bugey ont dû être arrêtés le vendredi 3 août par précaution.

Dimitri HAULBERT

Du meurtre de l’intelligence ou de l’enseignement en école de commerce Partie 2

Du meurtre de l’intelligence ou de l’enseignement en école de commerce Partie 2

Table des matières

1) L’apport académique des écoles de commerce : un constat navrant 
A) 1er paradoxe : Comment des élèves à la fois bons et studieux deviennent-ils aussi indolents ?
B) 2e paradoxe : Comment des profs Bac+9 enseignent des cours de niveau collège à des étudiants Bac+3/5 pourtant « salués » pour leurs performances académiques
C) 3e paradoxe : Ordinateurs, PDF, Powerpoint et autres merveilles modernes au service de la décadence de l’esprit, ou comment les progrès technologiques modernes nous ont fait régresser dans l’apprentissage.

2) A qui la faute ? Des raisons fausses ou partielles : 

3) Rappel sur les particularités de l’enseignement en école de commerce et leurs quelques réussites 

4) Une ébauche de solution 
A) Les fausses croyances dont il faut se débarrasser
B) De la bonne utilisation des nouvelles technologies
C) Revenir aux classiques 9
D) Arrêter avec la manie de mettre des professeurs étrangers et des cours en anglais partout
E) L’enseignement des soft skills, une belle réussite
F) De l’importance de la notation dans le processus d’apprentissage : augmenter l’exigence et la régularité des examens
G) Structurer de manière plus pragmatique les emplois du temps :

5) Résumé et programme 
A) Rappel
B) Le programme :
C) Réponse à 2 critiques : l’infantilisation des étudiants et le manque d’accompagnement dans l’apprentissage

Conclusion : 

4)   Une ébauche de solution

On a précédemment fixé 4 objectifs d’apprentissage à l’école de commerce :

  • des connaissances et des savoir-faire, première porte d’entrée dans le monde du travail
  • une capacité à se former soi-même constamment et efficacement
  • la capacité à partir de connaissances pour créer de la richesse
  • un certain savoir-être (les soft skills)

Comme on l’a dit, les écoles de commerce se débrouillent remarquablement bien (en comparaison avec la fac notamment) pour nous transmettre la capacité à partir de connaissances pour créer de la richesse ainsi que pour la transmission d’un certain savoir être bénéfique sur les relations de travail et le réseau mais aussi et surtout sur la « capacité d’action » qu’elle donne à ses étudiants.

Les difficultés des écoles de commerce se situent surtout sur la transmission de réels savoirs et savoir-faire ainsi que sur la transmission d’une réelle capacité à « apprendre à apprendre » c’est-à-dire à s’adapter constamment aux nouveaux savoirs et savoir-faire nécessaires en entreprise.

Il s’agit donc de proposer des solutions permettant d’améliorer les points 1 et 2 sans nuire à la transmission des points 3 et 4. Autrement dit un retour aux méthodes et à la quantité de travail en prépa n’aurait aucun sens. Mais il est à fait possible de combiner un apprentissage poussé des savoirs et savoir-faire nécessaires en entreprise au développement des soft-skills et à la « mise en action » des étudiants. Cela commence par une définition claire des savoirs et savoir-faire à acquérir.

A)       Les fausses croyances dont il faut se débarrasser

Ayant défini les savoirs et savoir-faire à maîtriser (voir page 16) il s’agit maintenant d’aller à l’encontre de quelques fausse croyances (de l’administration mais aussi des étudiants) qui polluent l’apprentissage en école de commerce

1/ Après 2 ans de prépa les étudiants n’ont ni l’envie ni la capacité de travailler longtemps et avec intensité afin de maitriser les disciplines enseignées en école de commerce.

Comme on l’a expliqué précédemment ceci est faux. Il est certain que sans motivation intellectuelle (apprentissage approfondie des disciplines) ou pratique (exigence au niveau de la notation) les étudiants ne travailleront pas. Mettez de la profondeur aux cours ainsi qu’un niveau d’exigence supérieur et les étudiants, par volonté ou plus probablement par nécessité, se remettront très vite à cravacher.

2/ Si on relève le niveau d’exigence aux examens le nombre de rattrapages et de redoublements explosera, les étudiants se rebifferont et l’image de l’école pâtira.

Ayons un minimum foi en ces étudiants qui, sans être toujours brillants, ont été suffisamment scolaires pour avoir en moyenne 16 au bac et réussir le concours de TBS. Autrement dit augmentez la difficulté en prévenant les étudiants et en leur donnant accès à des examens type et ils travailleront suffisamment pour avoir la moyenne.

3/ Il y a proportionnalité entre le nombre d’heures de cours et la quantité des connaissances transmises.

C’est une absurdité. Il n’est nul besoin de longues démonstrations pour affirmer sans risque d’erreur qu’un étudiant sera plus efficace en travaillant seul à fond 2h à la bibliothèque qu’en étant sur [OFFICIEL] Admis 2017 Toulouse Business School 8 heures durant en cours de compta à essayer de gratter tous les shotguns possibles lors des campagnes.

Ce qui compte ce n’est pas l’importance des moyens mis en œuvre mais le résultat obtenu.

Pourquoi payer une fortune des profs à donner des cours extrêmement basiques à des étudiants ayant la gueule de bois et traînant tout le cours durant sur facebook alors qu’en donnant un bouquin de référence à chaque étudiant et en mettant un examen de début de semestre suffisamment exigeant on obtient les mêmes résultats ?

Rappelons que nous avons ici non pas des collégiens mais des BAC+3 qui ont a priori les capacités minimums requises pour apprendre par eux-mêmes à travers des bouquins de référence et qui n’ont pas besoin d’être pris par la main par un prof.

4/ On attend d’une école de commerce qu’elle fournisse un large ensemble de cours donnés par des professeurs reconnus.

C’est ARCHI FAUX. Ce n’est pas l’effort ni les moyens investis qui comptent, c’est le résultat. Comme dans n’importe quelle entreprise ou n’importe quel sport. Les écoles de commerce ne sélectionnent pas leurs étudiants en fonction de l’effort fourni en prépa mais bien en fonction du niveau atteint aux concours.

De même, ce qui compte réellement n’est pas le nombre d’heures de cours ou de projets que l’étudiant aura réalisé en école de commerce mais bien son niveau et son employabilité à la fin de son cursus en école.

En conséquence si au lieu de 20h de cours l’étudiant atteint le même niveau en 5h de travail personnel avec un ouvrage de référence et un exam à la fin (pour la motivation…) alors il n’y a aucune raison d’organiser ces 20 heures de cours, il suffit simplement de fournir un ouvrage de référence à l’étudiant et de le motiver correctement à travers un examen relevé.

B)        De la bonne utilisation des nouvelles technologies

Comme on l’a dit la prise de note par ordinateur ainsi que l’utilisation de powerpoint en tant que support de cours est d’une extrême absurdité. Pour autant les nouvelles technologies peuvent à la fois grandement améliorer l’apprentissage des étudiants et réduire les coûts pour les écoles de commerce. Comment ?

Comme dit précédemment il y a un certain nombre de compétences techniques que les étudiants se doivent de maîtriser tels que Excel, Microsoft Word, Powerpoint, Photoshop, VBA mais aussi la comptabilité, quelques indicateurs financiers clés, les processus RH les plus importants, les règles de droits de base en RH ou création d’entreprise etc.

Quelle sont les points communs de toutes ces compétences ?

  • Ce sont des compétences fermées dans le sens où l’ensemble des connaissances et des processus à maîtriser est limité, il n’y a pas de subjectivité et d’analyse à avoir mais seulement des situations de type Vrai/Faux, il n’y a pas de place à l’imagination et la créativité puisque qu’il s’agit simplement de reproduire une connaissance/un processus inventé par d’autres
  • Pour acquérir ces compétences il ne faut pas être doté d’une grande intelligence, il faut par contre s’entrainer et répéter énormément afin de mémoriser et de reproduire avec exactitude le résultat demandé

En conséquence de ces deux points, un cours totalement identique, qui permette en plus aux étudiants d’aller à leur rythme est ici l’idéal.

Pas besoin d’enseignants, il suffit simplement aux écoles de fournir des cours en ligne à leurs étudiants sur le modèle des MOOCS  (formation en ligne ouverte à tous), avec à la fin une certification pour le CV et un examen ardu afin de s’assurer du sérieux des étudiants.

On aurait ainsi des cours en lignes en Excel, Microsoft Word, VBA, photoshop, compta, calcul de coûts, montage vidéo etc.

Les avantages sont nombreux :

  • L’économie du salaire des professeurs et leur reconnaissance pour ne pas leur avoir infligé un énième cours extrêmement basique et ennuyeux à donner.
  • La possibilité pour les étudiants de se former à leur rythme, en évitant d’avoir dans le même cours 2 types d’étudiants qui perdent leur temps : l’expert connaissant déjà tout et le galérien totalement à la ramasse.
  • La capacité pour les étudiants de savoir exactement quelles sont les connaissances à maîtriser et où ils en sont (le suivi personnalisé en beaucoup plus facile dans un cours en ligne que dans un cours traditionnel !!!)

Ces cours en ligne peuvent en réalité s’appliquer même aux disciplines nécessitant une vraie réflexion et créativité. En effet dans toute discipline il y a une part de connaissances fondamentales à maîtriser parfaitement avant de pouvoir réellement rentrer dans l’analyse, la créativité, l’interprétation, l’approfondissement etc. C’est cette base qui doit s’acquérir par les cours en ligne afin de libérer le professeur de cette tâche ingrate, de s’assurer d’un niveau homogène des étudiants en début de cours, et de permettre au professeur de se concentrer sur sa plus-value, c’est-à-dire sur l’enseignement qui ne peut être externalisé par la machine.

Ainsi :

  • L’ensemble des définitions, connaissances et processus de base à maîtriser ainsi que l’assurance de leur maîtrise (à travers QCM) doivent passer par les moocs.
  • Les cas pratiques et la mise en relation/perspective de ces connaissances peuvent se faire avec le professeur.

C)        Revenir aux classiques

Il s’agit simplement de retrouver les bonnes formules d’antan qui garantissent l’efficacité dans l’apprentissage. Autrement dit

  • Pas d’ordinateurs en cours sauf lorsque c’est indispensable (cours sur excel par exemple) et prise de note manuelle.
  • Pas de powerpoints immondes mais au contraire des lectures de références ainsi qu’un professeur qui donne son cours de manière orale et structurée en insistant plus sur les raisonnements que sur les formules toutes faites.
  • La répétition, encore et toujours, qui, couplée mais non remplacée par la compréhension, est le seul moyen d’apprendre.

D)       Arrêter avec la manie de mettre des professeurs étrangers et des cours en anglais partout

Il s’agit de différencier ici 2 cas :

  • Le cas où l’enseignement est pratique et ne demande aucune analyse fine. Ici, que le cours soit en anglais, en Allemand ou en turc importe peu puisqu’il n’y a finalement rien de très compliqué ni subtile à comprendre. Il faut cependant avoir un professeur maîtrisant un minimum la langue. Je me souviens à cet égard de ce professeur de comptabilité d’origine italienne qui parlait couramment l’espagnol et l’italien, un peu le Français mais dont l’Anglais été terriblement mauvais. Nous eûmes ainsi la chance d’avoir un cours de comptabilité dans une langue totalement saugrenue, mélange d’Italien, d’Espagnol, de Français avec de temps en temps quelques sonorités anglaises, langue seulement connue de lui dont nous ne comprenions rien. La conséquence fut que tout le monde échoua aux examens et que l’administration remonta les notes de chacun de 5 points. Lorsque l’on sait qu’il faut avoir 8 pour valider cela montre l’étendue des connaissances à avoir pour valider…
  • Le cas où l’enseignement nécessite de comprendre des subtilités qui ne peuvent être énoncées et comprises qu’à partir d’une langue maternelle bien maîtrisée. Alors l’usage de l’Anglais est ici désastreux car sa maîtrise souvent moyenne oblige à une utilisation hasardeuse et imprécise des mots chez le professeur et limite la compréhension des étudiants eux-mêmes limités par leur niveau en anglais.

En bref, utilisons l’anglais pour communiquer et apprendre/transmettre des connaissances basiques et répétitives, mais gardons le Français pour tout le reste.

E)        L’enseignement des soft skills, une belle réussite

On ne cesse de nous répéter que toutes les compétences techniques que nous acquérons maintenant seront obsolètes dans 20 ans alors que les soft skills (communication, qualités interpersonnelles et intrapersonnelles, leadership, capacité d’adaptation etc.) resteront toute notre vie et feront la différence dans notre carrière. Ce serait en conséquence ce qui devrait nous être enseigné en priorité en école de commerce. Ce n’est que partiellement vrai.

D’une part une petite partie seulement des hardskills que nous apprenons vont réellement devenir obsolètes (notamment ceux directement liés à la technologie à l’exemple d’un langage informatique), pour le reste le risque est surtout de ne les utiliser que pour notre premier emploi et de ne pas en avoir besoin ensuite.

D’autre part de nombreux hardskills sont « transversaux » et nous servirons plus ou moins directement dans l’ensemble des métiers que nous exercerons. C’est le cas de disciplines comme la finance, le contrôle de gestion, le marketing qui nous permettront d’avoir une vue globale de l’entreprise dans laquelle nous seront et de prendre des décisions optimales dans le département où nous travaillerons, mais aussi de compétences comme word/excel/powerpoint que tout le monde se doit de maîtriser qu’importe le métier exercé.

Mais passons et reconnaissons l’impact que peuvent avec les soft skills dans nos carrières. L’école de commerce insistant à ce point là-dessus on doit légitimement s’attendre à recevoir un enseignement de qualité dans ce domaine. C’est plutôt le cas.

Différencions 2 choses, l’enseignement théorique de la mise en pratique. Dans les deux cas il faut reconnaître quelques qualités à TBS.

Au niveau de l’enseignement théorique :

Nous avons des cours s’intéressant tant aux comportements de groupes (Cours de L3 intitulé Comportement et organisation) qu’aux comportements individuels, que ce soit les nôtres ou ceux des autres (Cours de M2 intitulé « How to convince » et cours de L3 « Sales and négociation »). A cela s’ajoute le Bilan personnel censé nous permettre de faire une introspection afin de mieux nous orienter et de connaître nos forces et faiblesses, ou du moins nos zones de confort et d’inconfort.

Au niveau de la mise en pratique :

Dans chacun de ces cours, des exercices de mise en pratique sont réalisés avec les feedbacks du professeur. De plus les nombreux projets de groupe et projets associatifs sont autant de moments où nous sommes dans l’obligation, plus ou moins consciemment et avec plus ou moins de réussite, d’utiliser nos soft skills.

Indubitablement, c’est la grande différence entre la fac et les écoles de commerce et c’est selon moi une des plus grandes valeurs ajoutées des écoles de commerce.

Le seul reproche que l’on pourrait émettre serait que les enseignements sur les soft skills soient trop superficiels et que les mises en pratique à réelle valeur ajoutée (c’est-à-dire les mises en pratique volontaires et avec la possibilité d’un avis externe et d’une certaine réflexivité) soient insuffisantes.

Ceci est vrai, cependant la réelle maîtrise tant théorique que pratique nécessite des années d’études et de pratique, ce qui n’est pas l’objectif d’une école de commerce. De plus et à l’image du sport, il faut reconnaître que les compétences interpersonnelles (relation avec les autres) et intrapersonnelles (connaissance de soi, capacité à obtenir le meilleur de soi) peuvent s’apprendre mais sont en grande partie innées. J’entends par inné le fait que la plus grande partie de ces compétences s’acquiert inconsciemment et involontairement lors de la petite enfance (par le développement de sa personnalité mais aussi par la socialisation primaire dépendante du milieu dans lequel on évolue). De plus, il y a selon moi assez peu de corrélation entre la connaissance théorique et la maîtrise pratique. C’est l’histoire du psychologue conjugal empêtré dans un divorce destructeur avec sa femme ou de cet ami que l’on a tous qui n’a aucune connaissance s’approchant de près ou de loin à la psychologie, la sociologie et autres, mais qui semble toujours être en pleine maîtrise de ses moyens et sait se faire apprécier par tous en toute occasion.

 

F)         De l’importance de la notation dans le processus d’apprentissage : augmenter l’exigence et la régularité des examens

C’est probablement le passage le plus important de tout l’article.

Le rôle classant des examens est connu de tous. L’examen permet aux écoles comme aux entreprises de sélectionner leurs étudiants et travailleurs avec l’assurance qu’ils maîtrisent un certain nombre de compétences.

Mais l’importance de l’examen dans le processus d’apprentissage est souvent sous-estimée. L’examen joue pourtant un rôle fondamental car il permet :

  • De définir les standards que doivent atteindre les étudiants et de leur permettre de voir ce qu’ils maîtrisent et ce qu’ils doivent encore travailler (ce deuxième point dépend de la qualité du système de notation utilisé).
  • De « forcer » les étudiants à travailler afin de réussir les examens. La régularité du travail des étudiants est donc corrélée à la régularité des examens. Un étudiant de prépa révisera tous les jours dans l’optique du DS de la semaine alors qu’un étudiant à la fac ou en école de commerce flânera 3 mois et bossera 1 semaine avant les examens.

Or en école de commerce les examens ne sont absolument pas utilisés de manière à améliorer le processus d’apprentissage des étudiants. En effet :

  • Le niveau requis est minable et les étudiants n’ont point besoin de maîtriser les disciplines étudiées pour réussir les examens. Je me souviens à cet égard de cet étudiant en Master 1 qui n’assista à AUCUN cours en « Business Plan » et en « Information et décision » ni même ne les étudia par lui-même. Pas une seule fois. Le matin de l’épreuve, à 5h30 plus précisément, il avisa qu’il serait peut-être temps de s’y mettre. Il découvrit donc ces deux matières 3 heures avant les examens, les survola 2 heures durant, et eut 13 en information et décision 16,5 en Business Plan. Ce jeune homme n’étant point un génie, force est de reconnaître le manque criant d’exigence de l’école. Ce même étudiant, faisant preuve d’une désinvolture confinant à l’effronterie, eut même le culot de passer l’examen d’information financière (matière supposément technique) en n’ayant ni assisté au moindre cours, ni même ouvert le moindre PDF. C’est-à-dire en ayant littéralement zéro connaissance. Il obtînt 8. Résultat certes assez minable mais cependant suffisant pour valider la matière.
  • Une fois les matières validées, la maîtrise de celles-ci n’est plus jamais exigée (à travers un examen). Or, afin de réellement ancrer une information dans la mémoire de long terme il est nécessaire de passer par une phase de répétition espacée dans le temps. Le manque d’exigence des examens et leur caractère unique pousse les étudiants à s’y mettre la veille. Il en découle qu’ils auront tout oublié le lendemain. Il faudrait en vérité avoir plusieurs examens intermédiaires ainsi qu’un examen final à la fin du tronc commun (en fin de M1) comprenant l’ensemble des disciplines étudiées afin de maximiser le nombre de répétitions espacées et donc la mémorisation.
  • Les examens intermédiaires (quand il y en a) arrivent après une bonne partie des cours alors qu’ils devraient arriver avant, et ceci pour une raison évidente : les étudiants n’écouteront rien en cours avant les exams, ce qui est une perte de temps, mais au-delà, le professeur perdra lui-même son temps à enseigner des connaissances basiques alors que la lecture d’un livre de référence aurait suffi (on parle d’étudiants Bac+3, pas de collégiens, ayons foi en leur capacité à apprendre par eux-mêmes dans un livre). Un examen AVANT les premiers cours sur la maîtrise de connaissances clairement identifiées, qui nécessitent un apprentissage conséquent mais finalement peu compliqué, permettrait aux étudiants d’arriver en maîtrisant les bases et au professeur d’apporter sa réelle plus-value. Ce serait un gain tant pour les étudiants que pour l’école.

G)      Structurer de manière plus pragmatique les emplois du temps :

Autant parler franchement, il existe certaines périodes de la scolarité où la productivité des étudiants est nulle : Intégration, lendemain d’OB, de WEI, de semineige, et surtout les campagnes.

Rappelons 3 évidences :

  • Un cerveau en manque chronique de sommeil et encore à moitié alcoolisé est incapable d’apprendre.
  • Les étudiants sont presque systématiquement en manque chronique de sommeil et à moitié alcoolisés lors des périodes précitées.
  • Les politiques répressives ne fonctionnent pas. Trop nombreux sont les étudiants qui n’en ont simplement plus rien à faire de leurs absences. Pour les autres et comme dit précédemment leur productivité approche le néant.

En conséquence il s’agit d’être pragmatique, de bien différencier ces deux types de périodes (apprentissage studieux et vie associative/étudiante), de les séparer dans le calendrier et d’en augmenter l’intensité.

5) Résumé et programme

 

A)       Rappel

De nombreux points ont été abordés, je me permettrai de rappeler ici les plus importants

  • Comme nous le savons tous, la réelle valeur ajoutée des écoles de commerce ne se situe pas dans les cours académiques qu’elles dispensent mais dans la valeur de leur diplôme, le réseau qu’elles permettent d’acquérir ainsi que dans leur capacité à transmettre un ensemble de soft skills propice à la l’élargissement du champ d’action de leurs étudiants ainsi qu’à leur réussite professionnelle.

L’enseignement académique, s’il ne fait pas partie des « Facteurs clé de succès » principaux des écoles de commerce reste cependant important. Dans certains secteurs (en banque et en M&A notamment) les entretiens de stage (et on sait l’importance des premiers stages dans ce secteur) sélectionnent en grande partie sur les compétences techniques. Plus généralement on peut dire que si les « soft skills » font souvent la différence, les « hard skills » n’en restent pas moins indispensables. Car certains métiers requièrent des connaissances très précises (en audit par exemple) mais aussi car l’ensemble des métiers (ceci est particulièrement vrai pour les entrepreneurs) requièrent d’avoir un vernis technique sur l’ensemble des disciplines de gestion qui soit suffisamment poussé pour que l’on puisse prendre des décisions optimales pour l’ensemble d’une société et pas seulement pour l’un de ses départements. Finalement on pourrait légitimement demander un enseignement de qualité pour lui-même.

Or la grande tare de l’école de commerce est justement académique, elle réside dans son incapacité à transmettre de réelles connaissances à ses étudiants, connaissances dont on a montré l’importance en entreprise.

  • Cet échec réside d’abord dans la croyance en un certain nombre d’idées fausses :
    • Après 2 ans de prépa les étudiants n’ont ni l’envie ni la capacité de travailler longtemps et avec intensité afin de maîtriser les disciplines enseignées en école de commerce
    • Si on relève le niveau d’exigence aux examens, le nombre de rattrapages et de redoublements explosera, les étudiants se rebifferont et l’image de l’école en sera affectée.
    • Il y a proportionnalité entre le nombre d’heures de cours et la quantité des connaissances transmises.
    • On attend d’une école de commerce qu’elle fournisse un large ensemble de cours donnés par des professeurs reconnus.
    • L’apprentissage doit aujourd’hui se faire de manière digitale, avec cette merveille de la modernité qu’est l’ordinateur
  • Les conséquences de ces idées fausses sont tragiques :
    • Une absence absolue d’exigence aux examens.
    • Des cours extrêmement superficiels et un niveau atteint par les étudiants qui, par rapport au nombre d’heures de cours dispensées, est lui-même extrêmement bas.
    • Un désintérêt total de la part des étudiants.
  • Il s’agit donc de se remettre dans le droit chemin en rappelant quelques vérités :
    • 2 ans de prépa ne justifient ni n’explique une telle inertie des étudiants. Ceux-ci, par curiosité intellectuelle ou plus probablement par nécessité pratique n’auront aucun mal à se remettre au travail.
    • Une grande partie des étudiants en école ont fait prépa et ont eu à atteindre un niveau d’exigence autrement plus élevé. Quelque fois brillants, du moins bons élèves, il est peu probable qu’ils ne s’alignent pas sur de nouvelles exigences plus élevées.
    • Ce serait une erreur d’attendre de l’école un certain nombre d’heures de cours. Ce qui compte c’est le résultat, c’est-à-dire le niveau des étudiants et leur valeur sur le marché du travail à la sortie. Rien d’autre.
    • C’est la science et la vérification empirique qui doivent nous indiquer dans quelle mesure les outils informatiques d’aujourd’hui peuvent améliorer l’apprentissage des étudiants. Une utilisation systématique de l’ordinateur en cours est à cet égard totalement absurde.

 

B)        Le programme :

Réaffirmons l’objectif de ce programme. Il ne s’agit pas de revenir à un apprentissage académique comme en prépa. Les écoles forment de futurs managers, non des universitaires. Il s’agit par contre, tout en préservant les avantages compétitifs des écoles (mise en action des étudiants à travers la vie associative et les différents projets de groupe, développement des soft skills, vie étudiante forte et réseau etc), d’élever les compétences théoriques (disciplines de gestion) et pratiques (excel, VBA, photoshop…) de leurs étudiants.

De l’importance des mentalités.

Nous ne reviendrons pas sur l’importance de la mentalité sur la performance tant celle-ci est évidente, en sport comme dans les études. Nous dirons simplement ici qu’il s’agit d’aller à l’encontre des fausses croyances citées plus haut pour en affirmer des nouvelles plus propices à l’apprentissage efficace des étudiants. Il faut notamment arrêter de dire que les étudiants sont épuisés après la prépa et incapable de se remettre au boulot, ainsi que de répéter que les connaissances théoriques et compétences pratiques en école ne comptent pas vraiment puisque seuls comptent les stages et les soft skills. Si celles-ci sont loin d’être suffisantes elles n’en restent pas moins indispensables.

Rappelons aussi une vérité fondamentale : ce n’est pas la manière qui compte, c’est le résultat. Si imiter un pingouin pendant 3 ans au lieu d’aller en cours nous rendrait meilleurs alors il faudrait en toute logique imiter un pingouin pendant 3 ans. En conséquence les cours n’ont rien de nécessaire en soi. Ce qui compte réellement c’est l’ensemble des compétences acquises lors du passage en école de commerce. Si les cours ont une réelle valeur ajoutée alors ils se justifient, dans le cas contraire ils doivent disparaître.

Rappelons aussi le profil des étudiants d’école ainsi que les conséquences d’internet sur l’apprentissage.

Les étudiants, en majorité d’anciens préparationnaires, ont déjà plus ou moins acquis une certaine capacité de travail à haute intensité. Ils sont devenus « les maîtres du temps » selon Muriel Darmon. Ils ont les capacités de compréhension et d’endurance nécessaires pour travailler vite et dans l’urgence, ils savent, face à un empilement important d’informations, hiérarchiser les connaissances fondamentales de celles qui sont superflues. Par-dessus tout ils savent travailler par eux-mêmes. S’ils n’ont pas toutes ces qualités, alors qu’ils se pressent de les acquérir en école, car elles seront primordiales en entreprise.

Par conséquent les cours magistraux, qui n’ont de magistraux que leur appellation, sont particulièrement contre-productifs puisqu’ils imposent un rythme d’apprentissage bien plus lent que le rythme potentiel des étudiants et que l’utilisation massive des powerpoints empêche tout effort de synthèse, et donc de compréhension des étudiants (voir la partie sur l’aberration des powerpoints).  Par-dessus le marché, leur superficialité ainsi que l’absence absolue d’exigence aux examens empêchent d’arriver à cette situation d’urgence et de grande productivité dans l’apprentissage qu’ont pu expérimenter les étudiants en prépa. Cette qualité est pourtant fondamentale dans le monde professionnel.

Pour finir internet a profondément modifié la transmission de connaissances. Les professeurs n’ont plus aucune utilité en tant que transmetteurs de connaissances pures puisque ces connaissances sont disponibles partout à profusion. Leur valeur ajoutée réside dans leur capacité à mettre en lien ces connaissances, à leur donner du sens et à transmettre aux étudiants cette capacité à trouver l’information et à lui donner du sens, voir pour les meilleurs, de transmettre aux étudiants ce talent rare qui consiste non pas à donner du sens à une information à travers un processus de compréhension lui-même appris (Ex : le PESTEL), mais la capacité à développer directement ses propres outils conceptuels, ses propres grilles de lectures lorsqu’il est confronté à une situation dans laquelle les grilles de lecture habituelles ne sont pas adaptées. Là encore le cours magistral est désavoué.

Or s’il y a bien de nombreux cas pratiques en cours en école de commerce, on constate que les cours magistraux (qui ne sont souvent qu’une lecture plus ou moins approfondie du powerpoint) sont bien trop nombreux, que les étudiants perdent leur temps sur facebook, puis, la veille des partiels, qu’ils apprennent en quelques heures 3 semaines de cours. Quelle perte de temps pour les deux partis !

Quelles sont les connaissances/compétences à maîtriser au sortir d’une école de commerce ?

Il s’agit ici d’évaluer l’ensemble des connaissances et savoir-faire nécessaires à la fois pour  s’intégrer au mieux dans le marché du travail mais aussi tout au long de notre vie professionnelle. On nous dit aujourd’hui qu’avec les progrès technologiques constants et leurs conséquences sur le marché du travail toutes les compétences techniques que nous apprenons dans le moment présent sont amenées à disparaître, et qu’en conséquence il nous faut surtout investir sur notre « savoir-être », no soft skills qui feraient de plus la différence dans l’accès aux postes de direction. C’est bien évidemment totalement faux.  Oui, les soft skills font souvent la différence dans les postes de direction, parce que tous les candidats maîtrisent déjà les hard skills. Les compétences techniques, si elles sont insuffisantes n’en restent pas moins indispensables. De plus lorsque l’on parle d’obsolescence programmée des connaissances/compétences il faut différencier :

  • Les compétences non liées à la technologie et durables de celles amenées à disparaître: en finance, en contrôle de gestion, en droit (les grands principes ne changent pas) ou encore en technique de vente des évolutions auxquelles il faudra s’adapter apparaîtront mais le cœur de ces disciplines restera le même. En langage C+ rien n’est moins sûr. On voit ici que compétences des ingénieurs sont beaucoup plus à risques que les nôtres.
  • Les compétences spécifiques à un corps de métier qui nous seront inutiles lorsque nous quitterons notre emploi de celles qui nous serviront dans l’ensemble de notre carrière. C’est ici très simple, plus on rentre dans les détails et dans la complexité d’une discipline, plus le risque est grand de ne plus en avoir besoin plus tard. Cependant il est absolument nécessaire d’avoir un vernis de connaissance dans l’ensemble des disciplines de gestion afin que l’on puisse, dans n’importe quel département d’une entreprise (ou lors de la création de la nôtre), prendre des décisions qui soient optimales pour l’ensemble de l’entreprise et pas seulement pour notre département. Cela nous donne au demeurant une rapidité d’adaptation et de compréhension beaucoup plus grande et absolument nécessaire pour monter les échelons. C’est, je pense, pour cette raison que le choix a été fait par TBS d’aborder l’ensemble des disciplines de gestion en L3 et lors du 1er semestre de M1. L’idée est bonne, mais les cours et les exigences sont tellement navrantes que le résultat n’est pas atteint. Nous recevons un vernis de connaissances qui se transforme en nano-couche alors qu’il faudrait avoir un enseignement poussé nous permettant, après l’œuvre du temps, d’avoir encore ce vernis de connaissance.

Une fois ces distinctions faites, nous pouvons maintenant définir les connaissances et compétences à maîtriser au sortir de l’école de commerce :

  • L’ensemble des disciplines de gestion. L’objectif est ici moins de maîtriser à la perfection l’ensemble des connaissances et processus que d’en comprendre la logique et, le moment venu, de pouvoir réapprendre très rapidement les connaissances dont nous aurions besoin. Or pour maîtriser 10 il faut apprendre 100. Il est donc mieux d’apprendre pour chaque matière un nombre limité de concepts et de processus mais les maîtriser à fond que d’en avoir un vague exposé oublié le lendemain.
  • Les compétences et savoir-faire pratiques nécessaires tout au long de notre carrière. En exagérant un brin, tout étudiant devrait ressortir de TBS en sachant faire les powerpoints et words d’escadrille, les templates excel de la JIM et les vidéos
  • Des compétences spécifiques aux métiers dans lesquels nous voulons commencer notre carrière
  • Les soft-skills

Ces compétences définies, à quoi devrait concrètement ressembler l’apprentissage en école de commerce ? Il s’agit :

  • D’exposer en détail dans un document qui devra être la ligne directrice à la fois des étudiants et du corps enseignant, l’ensemble des connaissances et compétences communes qui devront être acquises au sortir de l’école.
  • De supprimer l’ensemble des cours théorique et procéder de la manière suivante :
    • Un cours introductif au démarrage d’un nouvel ensemble de cours permettant d’orienter l’étudiant dans son apprentissage.
    • Puis 2 à 3 semaines maximum afin de permettre à l’étudiant, à travers la lecture d’ouvrages de références, de se former.
    • Un nouveau cours fait seulement de questions/réponses.
    • Un examen théorique exigeant quelques jours après.
    • Suite à cet examen, le reste ne devrait être que cas pratiques, enquêtes de terrains et serious games afin de transformer ces savoirs théoriques en compétences pratiques.
  • D’avoir en fin de Master 1 un grand examen théorique reprenant l’ensemble des disciplines étudiées lors des 2 premières années. La mémoire fonctionnant par répétition, cet examen a pour seul objectif d’ancrer fermement les connaissances étudiées lors des deux dernières années.
  • De revenir à la prise de note papier et de mettre en place des MOOCS pour l’ensemble des disciplines où une partie du savoir nécessite beaucoup de réflexion technique et mécanique et peu de réflexion réellement difficile et créative (toutes les parties calculatoires en comptabilité, contrôle de gestion et finance par exemple, mais aussi pour l’ensemble des modules de Microsoft Office, Photoshop etc).
  • D’avoir de très nombreux tests et examens ayant un certain degré d’exigence. Je le rappelle ce qui compte ce n’est pas le nombre d’heure ni la qualité de l’apprentissage mais bien le résultat. L’intérêt principal d’un examen, au-delà de la mise au travail qu’il produit, réside dans le fait qu’il indique à l’étudiant à la fois le niveau à atteindre et le niveau qu’il a actuellement. Pour que ces examens soient réellement bénéfiques il faut que les annales soient à la fois disponibles et détaillées, qu’elles soient le premier outil d’apprentissage des étudiants. Ce n’est pas en relisant le cours mais bien en faisant et refaisant les exercices Ecricome et EMLyon que l’on bossait les maths en prépa, c’est le même raisonnement ici.
  • D’avoir une claire alternance entre les périodes de vie associative/festive et les périodes d’apprentissage. Inutile d’espérer quoi que ce soit de cerveaux éreintés par l’alcool et le manque de sommeil

C)        Réponse à 2 critiques :  l’infantilisation des étudiants et le manque d’accompagnement dans l’apprentissage

Deux reproches principaux pourraient émaner à la lecture de ce programme :

1er reproche : Les étudiants, dans leur apprentissage théorique, seraient livrés à eux-mêmes, ce qui nuirait à leur apprentissage.

On ne peut à la fois vouloir l’autonomisation des étudiants et choisir de les prendre par la main dans l’apprentissage. D’autre part le premier cours d’introduction, le cours de questions/réponses ainsi que les annales répondent parfaitement à la nécessité de guider les étudiants dans leur apprentissage.  De plus l’autonomie est maximum lors des cas pratiques et serious games qui doivent constituer la majorité des cours. Finalement lorsqu’ils seront en entreprise ces futurs cadres devront se former par eux-mêmes, très souvent à partir d’ouvrages de référence et d’autres documentations. Autant qu’ils quittent l’école de commerce en sachant le faire.

2er reproche : Il y aurait du fait des nombreux tests et examens que l’on veut imposer à l’étudiant une contrainte ainsi qu’une infantilisation très forte exercée à son égard.

D’une part l’autonomie et la responsabilisation des étudiants doit se faire après lors de l’apprentissage pratique ( cas pratiques, serious games tels Artemis et Sesame, etc) qui je le rappelle doivent représenter la grande majorité des heures de cours.

D’autre part la contrainte est réelle, mais ce n’est pas une infantilisation. En effet deux vérités doivent ici être réaffirmées. D’une part la procrastination est humaine et touche tout le monde, de l’enfant au PDG d’une multinationale. Prétendre qu’arrivés en école de commerce les étudiants auraient définitivement réussi à s’en affranchir est un vœu pieux ainsi qu’un déni de réalité. La contrainte exercée par l’établissement est donc salutaire. D’autre part, la réelle liberté ne se réalise pas dans l’absence de contrainte qui n’est qu’asservissement à ses plus bas instincts, mais au contraire dans la détermination consciente des contraintes que l’on souhaite s’imposer. A cet égard, s’ils sont bien expliqués les nombreux tests et examens peuvent être considérés comme un choix volontaire et réfléchi d’étudiants sérieux voulant s’astreindre à un ensemble de contraintes fortes afin de réaliser leurs objectifs. Finalement, l’excellence ne s’obtient qu’à travers un travail acharné et rigoureux, et donc à travers une énorme autocontrainte, elle-même liberté comme choix de ses autocontraintes. Aussi je me permettrais de vous laisser ainsi ave cette magnifique citation d’Ernest Renan : « L’assiduité, le sérieux et l’application suppléent presqu’au génie et valent mille fois mieux que le talent »

 

Conclusion :

Et pour finir, sans autre justification nécessaire que la volonté d’échapper à une vie futile réduite à une affligeante quête de confort matériel, mettez-nous, de temps en temps, par-ci par-là, quelques cours et conférences déconnectés des nécessités financières et dont la seule raison d’être soit la quête du Beau, du Bien et du Vrai, qui, à défaut de toujours donner un sens profond à l’existence, lui donne une certaine valeur et en adoucit les contours.

Nam Delespierre

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