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Miss France : fierté nationale, ou concours de la honte ?

Miss France : fierté nationale, ou concours de la honte ?

Miss France est LE concours de beauté par excellence, l’événement que les français.e.s attendent tou.s.tes tous les ans. Créé en 1920, ce concours repose sur la sélection de 15 Miss régionales qui prétendent à devenir LA Miss nationale, LA plus belle femme de l’année. L’heureuse élue aura pour rôle de représenter le pays à échelle internationale, ce pour dorer l’image de la France et participer à des actions humanitaires. Si ce concours revendique la mise en avant de jeunes femmes aussi belles qu’intelligentes, n’est-il pas en réalité axé purement sur le physique et des critères subjectifs de beauté ?

1.     Des critères de sélection dépassés

Les Miss régionales doivent respecter des critères très précis auxquels aucune ne peut se soustraire. Il faut entre autres :

  • Avoir un âge compris entre 18 et 24 ans à la date du 1er novembre de l’année en cours ;
  • Être célibataire ;
  • Mesurer au minimum 1,70 m ;

Il ne faut pas, entre autres :

  • Avoir posé partiellement ou totalement dénudée ou promouvoir des activités érotiques ;
  • Être tatouée (sauf tatouage discret) et/ou percée ;
  • Être mariée, pacsée, divorcée ou veuve ;
  • Avoir des enfants ;

Le concours prône donc un canon de beauté arriéré, puisqu’être grande et mince n’est aujourd’hui plus la silhouette à la mode. Les femmes callipyges aux courbes prononcées sont énormément mises en avant, de même que des silhouettes inhumaines accessibles uniquement par le biais de la chirurgie ou de Photoshop (Kylie Jenner et Kim Kardashian peuvent en témoigner). Ce modèle de beauté unique vendu par Miss France n’est donc plus compatible avec la société actuelle, dans laquelle le corps idéal est à l’opposé de celui des miss. La grande taille est également un critère cocasse, puisque notre société met plutôt en avant les femmes de taille inférieure à 1,70m. Le fait de ne pas pouvoir être tatouée et/ou percée est également discutable, puisque cela ne change en rien la beauté objective d’une personne.

Le statut familial et marital imposé peut aussi être remis en cause. En effet, avoir des enfants peut être un frein pour une Miss France qui voyage beaucoup et est souvent peu disponible ; ce critère peut donc être entendu, bien que chacune devrait être libre de sa décision. Néanmoins, le fait d’être célibataire et de n’avoir jamais été mariée est un critère totalement déplacé. Il rappelle les groupes de K POP où les chant.eurs.euses sont des produits de consommation, des objets de fantasmes dont l’image doit rester vierge et que le public doit avoir l’impression de contrôler. Les Miss sont des femmes adultes, et devraient pouvoir décider si leur relation leur permet d’être disponibles ou non pour le Titre.

Quant au rejet des Miss ayant pris des photos dénudées ou ayant une image sexualisée, il s’agit d’un critère totalement hypocrite. On impose à ces femmes d’être pures et propres de tout caractère sexuel dans une société qui met en avant l’hypersexualisation des corps, et particulièrement des femmes. C’est alors une bonne chose, voire un acte féministe me direz-vous, que de combattre cette image de « femme-objet » ? Que nenni ! Il est demandé aux Miss de se trémousser en bikini sur scène, et de prendre des photos « féminines », sans aucune trace d’humanité comme la cellulite ou les vergetures qui ne sont pas digne des corps de nos Miss.

Finalement, les critères de sélection problématiques que nous avons cités véhiculent une image idéalisée dangereuse de la femme. Nos Miss sont des objets de fantasmes et reflètent une réalité des corps peu répandue. Le danger est alors que les téléspectatrices cherchent à leur ressembler, ce qui affecte négativement leur bien-être psychologique ainsi que leur santé : être grande et mince au point d’être un « poids plume » n’est pas adapté à toutes les morphologies, ni à tous les rythmes de vie ! Quant à l’âge, il est dommage de considérer qu’au-delà de 24 ans la beauté s’étiole.

2.     Miss France ne reflète pas la femme française « moyenne »

« Miss France », ou la représentante par excellence de la Femme française. Grandes, élancées, très minces : ces magnifiques jeunes femmes concourent pour devenir l’emblème de la féminité à la française. Les prétendantes au titre doivent mesurer 1,70m minimum, et sont toujours très minces : aucune ne dépasse la taille 36. Puisqu’elles espèrent être l’image et le visage de toutes leurs compatriotes, nous pourrions nous attendre à ce qu’elles incarnent le profil majoritaire des femmes françaises, à défaut de représenter la diversité des morphologies : mais il n’en est rien.

En France, seules 21,4 % des femmes mesurent plus d’1,70m, tandis que 7,8% s’habillent en taille 36 ou moins (données d’une étude clickndress de 2016). La grande majorité des femmes françaises font une taille 40 ou plus, et mesurent moins d’1,65m. Pourquoi donc sélectionner des profils totalement éloignés de ce que sont vraiment les femmes françaises ?

Supprimer la diversité des profils et choisir des critères rares parmi la population sont deux pratiques paradoxales au vu de l’intitulé du concours. Au moins l’un de ces deux modes de sélection devrait être supprimé (si ce n’est les deux) pour rester cohérents. Certes « Miss France » doit refléter l’image de la plus belle femme de France, et non pas forcément l’image de la française moyenne. Toutefois, si le mode de sélection est biaisé au point de reposer sur des critères aux antipodes de la population représentée, la dissonance entre le titre et ce qu’il est supposé représenter devient trop grande pour être acceptable.

Pourrait-on choisir de faire gagner le concours de la Vache de l’année par un yack, sous prétexte que l’animal est plus impressionnant ? Bien que ces bovidés se ressemblent, cette pratique ne serait pas acceptée au Salon de l’Agriculture. Alors pourquoi faire représenter les françaises uniquement par des femmes hors du commun de notre population ?

3.     Un concours qui ne met pas en avant les candidates à leur juste valeur

Sylvie Tellier a récemment affirmé que Miss France est avant tout un concours de beauté, mais qu’il a évolué afin de présenter des femmes cultivées et intelligentes au-delà de leur plastique de rêve. Certes, les miss sont sélectionnées à l’aide d’un QCM de Culture Générale composé de 40 questions : en-deçà de 20 réponses justes, elles ne sont pas sélectionnées. Ce sont donc des femmes aux têtes remplies.

Pourtant le jour du concours, leurs discours se ressemblent tous : leurs aspirations humanistes et altruistes sont toujours les mêmes, la construction des textes est peu originale. Ces jeunes femmes sont belles et certainement brillantes ! Il est réellement dommage de ne pas plus mettre en avant leur personnalité et leur intellect, qui sont actuellement dans l’ombre des sourires de façade et des défilés.

Conclusion

L’organisation actuelle du concours véhicule des mœurs d’un ancien temps. Les critères purement subjectifs sont vendus comme un idéal absolu et excluent toute autre forme de beauté que celle revendiquée par l’institution Miss France.  Il faudrait ouvrir les horizons du concours en diversifiant les profils, pour qu’il soit plus représentatif des beautés diverses de nos Françaises.

De surcroît, les Miss sont présentées comme des objets de fantasme voués corps et âme aux téléspectateurs. Leurs corps sont parfaits, mais éloignés de la réalité : la cellulite, les rondeurs ou les vergetures sont absentes des photos et des défilés, alors même qu’elles sont présente sur l’immense majorité des peaux, femmes et hommes confondus.

Le fonctionnement actuel du concours est un frein à la progression des mentalités, dans ce monde encore patriarcal et binaire. Le public de Miss France représente d’ailleurs à perfection le problème du concours et des modes de pensées sur lesquels il repose : deux Miss Provence en ont particulièrement fait les frais. Julia Courtès avait d’abord été insultée et haïe en 2015, pour la seule raison d’avoir une forte poitrine. Cette année, c’est April Benayoum qui a été lynchée sur les réseaux sociaux du fait d’être juive, de se maquiller et d’avoir des origines étrangères. Le public de Miss France est divisé en deux : ceux qui ferment les yeux sur le problème et ceux qui ont l’hypocrisie et la lâcheté de haïr des femmes qu’ils / elles n’auront ou n’égaleront jamais.

Le concours Miss France serait donc à réformer drastiquement, si ce n’est à supprimer, car il entretient des discriminations et des modes de pensées dangereux qui tirent notre société vers le bas. Les candidates ne sont absolument pas les personnes à blâmer : vouloir se sentir belle n’est pas un crime, encore moins lorsque la société nous met constamment en compétition avec les autres femmes. En revanche, les organisateurs de ce concours devraient avoir honte de mettre encore en avant des critères aussi archaïques à la télévision.

Par Iris Devillière

Du blasphème : entre fanatisme religieux et irrévérence française ?

Le boycott de produits français mais plus généralement le sentiment anti-France ne cessent de sévir dans certains pays musulmans du Moyen-Orient et du Maghreb suite aux republications des caricatures de Charlie Hebdo représentant le prophète Mohammed (ou Mahomet en français). S’il n’est pas question ici de nier la liberté de ces pays de montrer leur mécontentement par des pratiques telles que le boycott, il semble toutefois légitime de s’arrêter sur la notion à partir de laquelle tout a commencé, c’est-à-dire le blasphème. Que constitue une remarque blasphématoire ? Est-elle différente de la critique académique ? Ne peut-on plus critiquer l’Islam, comme on l’entend souvent ou la France est-t-elle allée trop loin ?

Rappel des faits

A vrai dire, l’élément déclencheur de ce déversement n’est plus à rappeler tellement sa cruauté et sa barbarie ont laissé la France sans voix : la décapitation brutale par un jeune Tchétchène du professeur d’histoire Samuel Paty, dont le seul crime avait été de montrer des caricatures du prophète en classe dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. Pour ne pas céder à la menace terroriste islamiste et dans un geste fort et provocateur, les caricatures sont publiées une nouvelle fois et Emmanuel Macron martèle que la caricature, vraie tradition française, ne sera jamais abandonnée.  C’est la goutte de trop pour une partie du monde musulman, persuadé que la persécution islamophobe règne en maître sur le territoire français. En effet, Shireen Mazari, la ministre pakistanaise des droits de l’Homme assure que le président Macron « fait aux musulmans ce que les nazis infligeaient aux Juifs ». Eh bien oui, pourquoi ce pays qui n’est pourtant pas musulman et ne l’a jamais été se permet-il de représenter leur prophète dans des positions plus qu’abjectes ? Des groupes d’internautes lancent alors un hashtag pour appeler au boycott des produits français dans les supermarchés. On voit des manifestations de plusieurs milliers de personnes brandissant des pancartes anti-France et brûlant des mannequins du président de l’Hexagone. Des ressortissants Français dans ces pays reçoivent des menaces tandis que leur pays d’origine les invite à la prudence. 

Avant d’en discuter les raisons, il est important de mentionner que cette vague de mécontentement se serait déjà légèrement calmée depuis une intervention du président français sur la chaîne Al Jazeera et que les boycotts n’auraient jamais vraiment pris (à part pour des produits comme la vache qui rit, allez savoir) puisque poussés par des groupes minoritaires. 

Rappelons également la définition de blasphème puisque cette notion sous-tend toutes les autres qui vont être abordées ici. Le blasphème est une parole ou un discours (non un acte, ce serait alors un sacrilège) qui outrage la divinité, la religion ou tout ce qui est considéré comme respectable ou sacré. Nous pouvons donc faire la différence entre la critique académique voire théologique des textes religieux et la façon dont ils sont appliqués et le légèrement véhément « ta religion, c’est de la merde ». Bien que les deux soient tout à fait légaux en France, ils n’ont, vous vous en doutez, pas les mêmes répercussions diplomatiques, surtout quand la seconde occurrence est beaucoup plus médiatisée que la première. 

Le problème tortueux de la critique de l’Islam aujourd’hui

Le problème s’est posé durant les affaires Mila et des caricatures de Charlie Hebdo ainsi que la tragédie de Conflans Sainte Honorine. Sur les réseaux sociaux, une déferlante d’injures et de menaces prévisibles fusent. L’Islam a été bafoué une nouvelle fois par des païens et il est du devoir de chaque musulman de riposter. Or ce manque de froideur d’esprit et de raison devant des insultes bien enfantines dans le cas de Mila, qui ne feraient l’objet que de mépris en temps normal, sont le résultat selon certains penseurs et historiens de l’Islam, d’une crise de l’autorité religieuse au sein du monde musulman. Comme l’Eglise Catholique a connu ses grandes ruptures par rapport au Pape à la fin du XVème siècle, l’Islam suit des courants contradictoires en fonction des régions, qui rendent une unicité de la parole religieuse islamique tout bonnement impossible. Aucune parole autorisée qui s’imposerait à la majorité des fidèles, aucune médiation universelle, aucune institution ne font l’unanimité. De même, la pluralité juridique islamique n’est pas d’accord sur la punition devant être accordée au crime de blasphème (vous comprendrez donc que l’idée selon laquelle tout blasphémateur doit être décapité n’apparait pas vraiment dans le Coran, encore moins pour des blasphémateurs non-musulmans de surcroit).  Or c’est cette division qui a permis à certains courants extrêmes comme le salafisme d’envahir la vision de la religiosité islamique sunnite*. Le salafisme est un terme plutôt vague qui remonte à la fin du Moyen Age. Cette doctrine conservatrice avait déjà à l’époque pour ambition de lutter contre les innovations religieuses et restaurer un Islam « pur ». Il donne naissance au wahabisme au 18ème siècle et à une nouvelle forme de salafisme, celle qu’on connait aujourd’hui, à partir du 19ème siècle. Le salafisme prône le retour à l’Islam du temps de Mahomet, une approche rigoriste et littérale, qui refuse toute interprétation, car ce serait s’écarter de la loi divine. Il veut également faire de l’Islam plus qu’une voie spirituelle, mais un guide qui régit absolument tous les aspects de la vie terrestre avec des normes finalement peu compatibles avec le monde moderne.

L’expansion du salafisme explique en partie l’appauvrissement intellectuel dans le cadre de la spiritualité islamique de nos jours sans que ce soit l’unique raison. Le culte religieux devient de plus en plus la conséquence d’un héritage parental ou culturel presque obligatoire plutôt que la logique conclusion d’un raisonnement spirituel et intellectuel. La religion dans ce cas-là peut devenir, même si ce n’est pas automatique, du fanatisme. A force de suivre des règles sans se poser de questions, la bonne mise en pratique de ces règles devient bien plus importante que les règles elles-mêmes. 

Pourtant, historiquement, les règles ne reposaient pas sur des fondements intouchables. La tradition de la controverse dans l’Islam s’est perdue alors que la critique théologique de l’Islam ne faisait pas débat du 9ème jusqu’au 13ème siècle et notamment sous la dominance du califat Abbasside. Il était normal et même de rigueur de critiquer l’Islam en présence de théologiens musulmans, et ces critiques venaient dans de nombreux cas de libres penseurs et d’hommes de communautés religieuses différentes. Une tradition herméneutique et chercheuse de sens du Coran s’est peu à peu effacée devant le recours exponentiel aux hadiths (le recueil des paroles et des actes de Mahomet à propos de ses commentaires sur le Coran ou sur des règles de conduite à adopter). Si le Coran est un texte complexe dont la lecture littéraliste a peu de sens, les hadiths, eux, se trouvent en abondance et peuvent répondre à toute situation : il suffit juste de trouver la bonne règle et l’ériger en argument d’autorité.

Le monde musulman, très divisé, produit des fidèles extrêmement loyaux à une parole qui ne fait pas l’objet de questionnements ou de critiques, une vision de la religion qui n’est pas sans rappeler la ferveur chrétienne du Moyen Age en Europe, mais qui contraste fortement avec la laïcité et la tradition anticléricale française qu’on observe actuellement. La France, pays le plus laïc au monde, s’est-elle aussi désaffranchie d’une certaine réalité ?

La France, le blasphème et la liberté d’expression

La position juridique en Europe sur la pratique du blasphème est plus compliquée que la simple liberté de pouvoir s’exprimer sur n’importe quelle religion même si la liberté d’expression figure évidemment dans la Convention des Droits de l’Homme. La preuve en est qu’en 2018, la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’a pas remis en cause la condamnation pour blasphème par la justice Autrichienne, d’Elisabeth Sabaditsch-Wolff. Celle-ci avait qualifié le prophète musulman de « pédophile » alors qu’elle participait à une conférence d’un parti d’extrême-droite autrichien il y a déjà plus de 10 ans. La CEDH a considéré qu’il s’agissait d’une atteinte à « la paix religieuse », qu’on doit entendre ici comme la menace d’un trouble à l’ordre public. La cour laisse aussi une grande marge de manœuvre aux Etats et a considéré que le verdict de la justice Autrichienne était valable, sachant que le pays sanctionne « l’humiliation au dogme religieux ». D’ailleurs, les pays européens ayant réellement abrogé le délit de blasphème (sans le remplacer par des dispositions plus subtiles) sont très peu nombreux ; l’Angleterre, par exemple, fait partie de cette catégorie.

Pour ce qui est de la France, c’est une loi de 1881 qui abolit définitivement le délit de blasphème et d’atteinte à la morale religieuse, mais elle sera amendée en 1972 par la loi dite Pleven, qui y ajoutera quelques restrictions, notamment les délits d’injure, de diffamation ou encore de provocation à la haine pour l’appartenance raciale, ethnique ou religieuse. Tout cet imbroglio juridique rend l’interprétation des textes de loi compliquée et laisse place encore de nos jours au débat suivant : insulter une religion ou des symboles religieux, ne serait-ce pas d’une certaine manière insulter les croyants ? 

Bien sûr, en France la préservation de la « paix religieuse » n’a pas lieu d’être puisque ces considérations sont étrangères à l’Etat. Cependant, la loi Pleven est clairement la preuve que l’Etat a sûrement anticipé, déjà à l’époque, les potentiels troubles qu’un droit au blasphème absolu aurait sur une population nationale qui commençait alors à se diversifier. 

Si l’ordre public national français s’en trouve définitivement ébranlé aujourd’hui, les répercussions ont aujourd’hui un caractère diplomatique qui dépasse les frontières mêmes de l’Europe. La « paix religieuse » n’était donc pas une considération si vaine, au regard de la guerre culturelle qui se joue aujourd’hui. 

Revenons à la définition du blasphème donnée plus tôt ; la critique académique de n’importe quelle religion n’est pas blasphématoire (bien qu’elle ait pu l’être dans le passé pour la religion catholique, comme l’exemple de Galilée et ses réserves sur la véracité scientifique de certains éléments bibliques le montre). Elle fait même partie de la religion et du chemin spirituel qu’elle suppose. La simple insulte relève cependant du blasphème, de la provocation. Les caricatures de Charlie Hebdo représentant le prophète dans des positions pornographiques ou les insultes de Mila sur les réseaux sociaux sont bien du blasphème. Mais ils sont dans leur droit et la violence dont ils ont été victimes est abjecte et injustifiable. Mais la visibilité que leurs détracteurs comme leurs défenseurs leur ont donnée, ne ternit-elle pas une certaine image de la France ? Doivent-ils obligatoirement devenir les nouveaux visages de l’irrévérence française qu’on aimait tant applaudir et admirer fut un temps et être érigés sur des piédestaux comme chantres de la liberté d’expression ?  Ces images sont-elles dignes d’être défendues par notre pays ? Est-ce là l’épitome du rayonnement culturel dont s’est toujours prévalue la France ? Les caricatures qui n’apportent rien de Mahomet dans des positions suggestives ne sont une avancée ni pour la critique religieuse, ni pour l’art, comme « le doigt dans le cul » de notre jeune adolescente anticléricale.

 Il n’est pas question de limiter la liberté d’expression, mais de s’interroger sur  la manière dont il faut en faire usage. Ce serait faire preuve de mauvaise foi que d’affirmer que la liberté peut être sans limite dans une société d’une grande mixité.

Si certains déclarent que seuls les musulmans sont gênés par cette possibilité de blasphémer, et que la France chrétienne ne bronche pas devant l’insulte faite aux symboles et figures chrétiens, il n’en est pas moins sûr. L’archevêque de Toulouse s’est exprimé récemment sur un droit de blasphème qu’il juge discutable, et il ne doit pas être le seul de sa communauté à le penser. 

Le combat de la France n’est pas seulement un combat d’influence contre le monde musulman, c’est aussi le refus de comprendre que son rejet du sacré n’est pas accepté par un grand nombre de pays. La France, ne ferait-elle pas preuve d’une sorte de fanatisme à son tour, quand ses positions sont toujours qualifiées d’« indiscutables » et que sa liberté ne trouve jamais de limite, pas même celle du respect ? La question se pose.

Sarah Vautey

*La différence sunnites/ chiites : les deux mouvements bâtissent leur démarcation à partir d’un schisme religieux qui a eu lieu en 632, soit à la mort du prophète Mahomet. Les futurs chiites considèrent que son successeur légitime est Ali, son gendre, tandis que ceux qui deviendront les sunnites lui préfèrent l’un des compagnons de Mahomet, Abou Bakr.

Les autres différences sont de l’ordre de l’organisation du clergé. Les sunnites voient le Coran comme une production divine et confondent l’autorité politique et religieuse (roi du Maroc par exemple). Les chiites, quant-à-eux, considèrent le Coran d’abord comme une production humaine (même si sacrée) et le pouvoir politique ne fait pas office d’autorité religieuse (il y a des figures distinctes comme les ayatollahs).

 

Sources et pour plus d’informations sur ces sujets : 

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/06/20/au-fait-quelle-difference-entre-sunnites-et-chiites_4442319_4355770.html

https://www.franceculture.fr/histoire/representer-mahomet-les-evolutions-de-lislam

https://www.franceculture.fr/emissions/questions-dislam/la-critique-de-lislam

https://www.institutmontaigne.org/blog/le-blaspheme-en-france-et-en-europe-droit-ou-delit

 

Pourquoi les gens intelligents croient-ils à des conneries ?

Pourquoi les gens intelligents croient-ils à des conneries ?

On a tous rencontré quelqu’un d’intelligent, quelqu’un avec un diplôme d’ingénieur, avec même un doctorat, des entrepreneurs, des philosophes ou de grands romanciers ; bref, des gens brillants qui, pourtant, croient à des choses stupides. Cela peut être l’astrologie, l’homéopathie, l’étude des anges, le communisme, le chamanisme, les fantômes ou les produits bio. Pourquoi des gens qui semblent plus intelligents que nous croient-ils à des choses qui sont très clairement absurdes ?

Face à ce paradoxe, on peut proposer trois réponses possibles. La première, c’est d’en conclure que, contrairement à ce que suggèrent leurs diplômes et publications, ces gens sont tout simplement très bêtes. C’est une réponse simple, mais aussi illogique. En suivant ce raisonnement, toute personne avec une croyance ridicule serait stupide. Sir Isaac Newton, possiblement le plus grand physicien de l’histoire, l’inventeur du calcul, de la loi de la gravitation universelle, de la mécanique classique, aurait donc été un abruti. Il croyait à une pseudoscience que l’on appelle la numérologie. Cette croyance défend que des additions sur certains chiffres arbitraires associés à une personne – comme sa date de naissance – sont un moyen de prédire son avenir. Il me semble prudent de dire que Sir Isaac Newton avait un esprit au-dessus de la moyenne. Donc,  d’après cet exemple de la vie réelle, toute personne croyant à des choses stupides ne peut pas être stupide.

La deuxième réponse possible est que, en réalité, leurs croyances ne sont pas du tout absurdes. En vérité, les raisons pour lesquelles ils croient à ces choses ridicules seraient tellement sophistiquées que nos petits esprits n’arriveraient jamais à les comprendre. Il faudrait donc les croire par argument d’autorité. Mais il y a aussi un problème avec cette conclusion. Tous les scientifiques, les philosophes et les gens que l’on considère généralement intelligents ne sont pas d’accord sur beaucoup de sujets. Il y a beaucoup de biologistes athées, mais il y en a aussi qui sont croyants. Il y a certains médecins qui croient à l’homéopathie, mais il y en a aussi qui assurent que ce n’est qu’une arnaque. Tous les gens brillants ne peuvent pas avoir raison.

Il nous reste la troisième et plus malheureuse conclusion. Elle est malheureuse parce qu’elle rend la tâche de choisir ses croyances beaucoup plus compliquée. En réalité, toute personne, malgré son intelligence, pourrait avoir tort. Ce qui est pire, une personne capable de mener des raisonnements sophistiqués peut plus facilement trouver les contorsions intellectuelles nécessaires pour justifier les idées les plus folles. Hitler n’était pas con, Staline non plus. Vous connaissez sûrement des gens avec une capacité de débat aussi élevée qu’ils pourraient convaincre n’importe qui que la Terre est plate et que la Lune n’existe pas.

Cela dit, ce n’est pas un secret que les gens peuvent se tromper. Mais arrêtez-vous un moment ici et réfléchissez deux minutes. Quelles sont les conséquences du fait que toute personne – peu importe que ce soit Albert Einstein ou Isaac Newton – puisse être convaincue d’une idée fausse ? Bien évidemment, Newton ne savait pas qu’il avait tort. Où en restons-nous, simples mortels, face à eux ? Si ces géants ont pu embrasser des idées si absurdes et les défendre comme nous défendons la liberté, croyez-moi, vous et moi, nous pouvons faire pareil. Et nous ne nous en rendons pas compte. Je suis prêt à parier que vous et moi, nous avons en ce moment une bonne quantité d’idées fausses, contradictoires et dangereuses dans nos esprits. Le vrai problème, c’est la tâche de repérer les mauvaises idées.

Faut-il donc abandonner toutes nos idées reçues ? Faut-il tout simplement arrêter de chercher la vérité et tomber dans le nihilisme ? Bien sûr que non. Je vous propose une autre alternative, souvent énoncée mais peu appliquée. Que ceci soit un rappel du principe de la liberté d’expression. En ce temps où des groupes politiques cherchent à nous diviser, soyons prêts à changer d’avis. Privilégions les débats aux conférences. Écoutons souvent des idées contraires à ce que nous croyons, même – et surtout si – elles nous paraissent offensantes. La prochaine fois que quelqu’un nous parle d’un point de vue stupide ou offensant, écoutons-le et posons-lui des questions. Que vous soyez un prix Nobel, le chef d’une entreprise ou un simple étudiant, vous pouvez, vous aussi, changer d’opinion. Aucune idée n’est sacrée (sauf celle-ci, bien évidemment).

Alejandro A O

Peut-on mourir dignement en France ?

Peut-on mourir dignement en France ?

Avec la période de crise sanitaire que nous traversons, la solitude des personnes âgées, notamment pendant le premier confinement dans les EHPAD et maisons de retraites où les visites sont interdites, aurait augmenté le nombre de demandes d’euthanasie en Belgique. S’il est encore trop tôt pour s’en assurer, une multitude de demandes ont, elles, été reportées à cause de l’impossibilité, lors du confinement, d’être entouré de ses proches durant les derniers moments de vie du demandeur. 

 

Qu’en est-il en France ? 

Rappelons tout d’abord que l’on parle d’euthanasie lorsqu’un médecin provoque volontairement la mort d’un patient dans le but de mettre un terme à ses souffrances jugées insupportables. Cependant, si l’euthanasie active où le décès directement provoqué par l’administration d’une substance létale par un médecin est interdite en France, celle dite passive, où la mort est entrainée par l’arrêt des soins, est autorisée. L’euthanasie pratiquée en Belgique, au Luxembourg ou aux Pays-Bas par exemple, se distingue également du suicide médicalement assisté pratiqué en Suisse durant lequel, la personne reçoit un soutien médical pour donner fin à ses jours mais c’est elle seule qui déclenche le processus et se donne la mort. 

En France, l’euthanasie (étymologiquement “l’art de donner une bonne mort”) n’est pas mentionnée par le code pénal. Par conséquent, donner la mort à un patient quels que soient son état et sa volonté est considéré comme un homicide punissable de peines allant de 30 ans de réclusion criminelle à la perpétuité. De même, selon l’article 38 alinéa 2 du code de déontologie médical français “Le médecin […] n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort.” Dans tous les cas, le praticien est divisé entre son patient qui souhaite partir pour arrêter d’insurmontables souffrances, dont il doit respecter la volonté, et le serment d’Hypocrate qu’il a prêté, faisant de lui un médecin. Il peut alors arrêter les soins d’un commun accord mais la mort du patient surviendra généralement après plusieurs jours de souffrance interminables pour lui et ses proches. (Rappelons l’ampleur de la médiatisation  faite au sujet de la mort de Vincent Lambert lors de l’été 2019). L’euthanasie passive peut néanmoins apparaitre comme une solution face à l’acharnement thérapeutique qui consiste en l’ensemble des prises en charges et des traitements administrés à un patient, considérés comme “inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintient artificiel de la vie” (L.1110 et R.4127-37 du Code de la Santé Publique). 

La loi Leonetti-Claeys votée en 2016 consiste à privilégier les soins palliatifs, à soulager les patients en phase terminale des traitements médicaux jugés trop lourds et peut donc alléger le traitement ou l’interrompre s’il est facteur d’une trop grande souffrance. Elle autorise également la sédation terminale, soit le droit à la sédation (soulager et apaiser le patient avec des médicaments) profonde et continue jusqu’au décès du patient auquel le médecin peut toutefois sciemment s’opposer. Enfin, si une proposition de loi autorisant l’euthanasie en France a été énoncée en 2011 et à plusieurs reprises par plusieurs députés, elle a été jugée comme allant “à l’encontre des fondements juridiques” par le gouvernement.

Pourtant, en France selon un sondage commandé par l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité militant pour la légalisation de l’euthanasie, 96% des français seraient favorables à ce que la loi française autorise les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent.

 

Alors pourquoi persiste ce refus ?

Les fondements juridiques dont parlent le gouvernement renvoient probablement à l’interdiction de tuer qui que ce soit depuis l’abolition de l’esclavage en France le 27 Avril 1848. Autoriser l’euthanasie serait alors contraire aux fondements juridiques qui constituent et règlementent notre nation.  Pour Derek Humphry, “c’est l’économie et non la recherche de libertés individuelles élargies ou d’une plus grande autonomie, qui conduira le suicide assisté au plateau des pratiques acceptables”. Ainsi la pression du coût des soins serait un facteur au suicide assisté qui, légalisé, serait une sorte de droit civil comme l’est le droit au respect de la vie privée ou le droit à la liberté de penser. Alors, ce simple droit pourrait, si l’on en envisage les dérives, devenir un devoir auprès de ses proches pour soulager le fardeau d’une personne malade et souffrante. Mais alors qu’en est-il des handicapés ? Ceux qui malgré un handicap vivent pleinement doivent-ils songer à l’euthanasie à cause d’une pression sociétale ? Certains pays ont élargi l’éligibilité au suicide assisté pour inclure les personnes souffrant d’un handicap ordinaire non terminal et  d’une souffrance psychologique sans maladie physique. 

Alors si en France, l’euthanasie passive est possible elle n’en est pas moins douloureuse. Alain Lecoq, un dijonnais vivant chez lui, âgé de 57 et atteint d’une maladie incurable est paralysé depuis 34 ans. Il a énoncé dans un courrier adressé à Emmanuel MACRON le souhait d’avoir accès à un pentobarbital barbiturique lui permettant de “partir en paix” auquel le Président de la République lui a répondu “n’étant pas au-dessus des lois je ne suis pas en mesure d’accéder à votre demande”. S’il a entamé à deux reprises un arrêt de son traitement et de toute nutrition, son hospitalisation  après sa première tentative suite à des souffrances trop importantes a provoqué la reprise de son alimentation et ses soins alors que Alain Lecoq souhaitait une sédation profonde et continue que l’hôpital ne lui a pas proposée. À ce moment-là, Mr Lecoq ayant une conscience altérée, n’a pas été en mesure de s’exprimer. Mi-octobre il a réitéré sa tentative mais n’a pas supporté les douleurs accentuées suite à la cessation du traitement bien que, cette fois-ci la présence d’un avocat avait permis de rédiger des directives anticipées menant à la sédation profonde et continue jusqu’à la mort.

Mais il est facile d’accepter la législation française et ainsi s’opposer à l’euthanasie active lorsque l’on est pas confronté personnellement ou via un proche, à une souffrance sans fin où le seul répit et la seule issue possible est de cesser de “ courir après la vie sachant que la mort est à nos trousses” comme l’exprime Grand Corps Malade. Ainsi, choisir le moment de sa mort dans des circonstances pareilles peut permettre d’assurer la dignité garantie par l’article 16 du Code Civil (“la loi assure la primauté de la personne, interdit tout atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie”). 

Savoir que l’euthanasie active est une issue, lorsqu’elle est actée, permet au patient d’être serein à l’idée de ne pas partir en agonisant, à son entourage d’être en quelque sorte préparé (bien que la douleur de la perte ne soit pas moins présente) et en paix d’avoir pu réaliser les dernières volontés de leur proche. Si nombreuses sont les familles qui se retrouvent impuissantes face à leur parent ou grand-parent inconscient, une fois l’arrêt des soins décidé qui ne partiront que des jours ou des semaines plus tard, l’euthanasie active, elle, permettrait de mettre fin aux souffrances du patient comme des proches à attendre la mort de leur être aimé assis à son chevet. Dans l’hypothèse où une telle décision pourrait être prise par l’entourage, elle serait perçue comme un véritable soulagement. Cependant même si ce choix s’avérerait être la seule issue pour faire mourir dignement son proche, faut-il encore pouvoir l’assumer plusieurs mois après et se persuader que c’était le bon. Même si la personne, dans son intime conviction le sait, il n’empêche que la culpabilité et le doute les rongent nuit et jour. Alors si la législation évoluait pour vous permettre d’abréger les souffrances d’un membre de votre famille inconscient, seriez-vous capable de prendre une telle décision ? 

Léa MENARD

Sources

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/droit-de-mourir-emmanuel-macron-decline-la-demande-d-alain-cocq-de-partir-dignement-20200903

Article 16 – Code civil – Légifrance (legifrance.gouv.fr)

Article 38 – Soins aux mourants – accompagnement – Code de déontologie (conseil-national.medecin.fr)

Sous-section 2 : Devoirs envers les patients. (Articles R4127-32 à R4127-55) – Légifrance (legifrance.gouv.fr)

«  I can’t breathe »

«  I can’t breathe »

Il y a de cela une semaine et deux jours exactement, la nouvelle est tombée : lors de son élocution du mercredi 28 octobre 2020, Emmanuel Macron a annoncé un reconfinement national qui durera, dans un premier temps, jusqu’au 1er décembre 2020. Cette récente annonce a suscité chez beaucoup des réactions diverses et variées : de la déception, du bonheur, de la tristesse, du soulagement, de la crainte, de la satisfaction, de l’angoisse. Toutefois, parmi toutes ces réactions tout à fait compréhensibles, sont nées d’autres plus extrêmes : la haine envers autrui et surtout envers les Chinois. La raison ? « Ce sont eux qui ont apporté la Covid -19 en France ». 

Et dire qu’en fin décembre dernier, 2020 semblait une année pleine de promesses et d’évolutions. Aujourd’hui, presque un an plus tard, que peut-on dire de 2020 ? Je pense que nous sommes d’accord pour affirmer qu’elle a été une année compliquée. Elle a été riche en imprévus et en évènements révoltants. Je ne m’attarderai pas sur le premier confinement dont nous avons fait l’expérience. Je parlerai plutôt d’un évènement dramatique qui a révélé au grand jour des problématiques d’actualité comme le racisme et les bavures policières. La mort de George Floyd le 25 mai 2020 a fait écho dans le monde entier. A la suite de son assassinat – oui, je parlerai d’assassinat car mettre son genou et donc une bonne partie de son poids, si ce n’est pas tout, sur le cou d’une personne pendant plus de huit minutes laisse peu de chance à cette dernière pour survivre – une vague d’antiracisme s’est propagée, à travers de nombreux pays, sous la forme de manifestations: en Angleterre,  en France, en Italie, en Tunisie, en Allemagne, au Canada, etc. Le nom de George Floyd mais aussi ceux de membres de la communauté Noire propres à chaque pays étaient scandés. Les manifestations se sont tenues pendant des semaines après cet évènement dramatique de Minneapolis avec des gestes barrières relativement peu présents alors que la Covid-19 se baladait toujours parmi nous. Ce fait est, à mon sens, la traduction de l’importance qu’a ce combat par rapport au coronavirus : c’est un fléau qui existait avant l’apparition de ce virus et qui subsistera, si l’on ne fait rien.  

En voyant cet élan de solidarité et de révulsion envers le racisme, je me suis dit que la société allait changer, que cet évènement allait être l’étincelle qui fait surgir la flamme. Je me suis dit que les mentalités allaient évoluer. Mais en fait, il n’en est rien et pire encore, le racisme se normalise sur les réseaux sociaux à la vue de tous. 

Alors que le virus se développait en Chine et premièrement à Wuhan, épicentre de l’épidémie, dès décembre dernier, les Européens et spécialement les Français – spécialement car je ne parlerai que de ces derniers dans cet écrit – se sentaient à l’abris de tout risque de contamination. Mais dans un monde globalisé, il était très improbable que l’épidémie ne devienne pas pandémie. D’ailleurs, seulement une dizaine de pays – situés dans des zones isolées et absents du commerce international – dans le monde ont su éviter la propagation de ce nouveau virus sur leur territoire. Parmi eux, les îles Marshall, la République insulaire de Kiribati, la Micronésie. 

Quand la France a été touchée, nous avons observé pour la première fois des réactions de haine envers les personnes d’origine asiatique et spécialement les Chinois : ils avaient peur de sortir dans la rue craignant de se faire agresser, d’autres se faisaient tabasser, les passants s’écartaient d’eux à leur passage tels des pestiférés, etc. Les blagues corrélant coronavirus et asiatiques allaient bon train. Puis les choses se sont calmées, du moins, les violences à leur encontre n’étaient plus autant reportées. Mais depuis l’annonce du second confinement, tout s’accélère : sur les réseaux sociaux, bon nombre de captures d’écran de tweets ou de messages circulent et appellent à la violence anti-asiatique (PHOTOS ). Comme si, cela était de la faute des personnes originaires d’Asie vivant en France que nous soyons reconfinés. A ce que je vois, pour certains, il fallait désigner un coupable. Mais où sommes-nous ? Dans l’Allemagne de 1929 ?  Faut-il à chaque fois désigner un bouc-émissaire lorsqu’un évènement met à mal la société ? 

Là, à cet instant précis, le racisme est, selon eux, tout à fait justifié et justifiable. Pourquoi je dis ça ? Parce que la plupart des personnes qui tiennent des propos de la sorte sont Noires, Arabes, Blancs ou Maghrébins. En fait, des membres de toutes les communautés se lâchent sur les réseaux sociaux sur les personnes d’origine asiatique. Mais alors la lutte contre le racisme est réservée aux personnes de ces communautés? Seul eux ont le droit d’être considérés comme des êtres humains ? Parce que les Asiatiques ne valent donc rien ?

Ces personnes les ont rendus coupable d’avoir amené la maladie sur le sol français et d’avoir impacté leur vie à cause des confinements alors que parmi les premiers cas de Coronavirus survenu en France, on compte trois personnes ayant séjourné en Chine mais également des Français provenant de tous horizons. Je rappelle le Cluster qu’a constitué le rassemblement d’une église évangélique à Mulhouse et qui a fait quatre-vingt-un contaminés en 24h.  Et même s’ils avaient contribué à la propagation du virus en France – ce qui se serait passé sans l’envie de nuire à la France – cela ne justifie pas les propos et les agressions. 

   

 

En fait, je dirais qu’il y a un problème fondamental. Ce ne sont pas certaines « races » le problème comme pourraient l’affirmer certaines idéologies mais tout simplement la race humaine. Au lieu de se soutenir face à des problèmes communs, les communautés créent encore plus de problèmes entre elles mais aussi en leur sein. Et ce phénomène d’autodestruction est tout à fait visible dans les réseaux sociaux où tout le monde s’exprime à tout va parfois sans réfléchir. Il y a quelques semaines, à la suite de la publication d’une photo d’elle et de la chanteuse Shay, la jeune chanteuse noire et féministe Lous and the Yakuza a été victime de commentaires racistes émis majoritairement par des hommes noirs. Le racisme touche beaucoup de communautés et donc la lutte contre ces pratiques intolérables s’applique à toutes ces communautés et non pas à quelques-unes.  

Tout acte vu sur les réseaux sociaux ces derniers jours est un délit. Ce n’est absolument pas drôle de tenir ce genre de propos. Des personnes innocentes se font réellement tabasser comme l’influenceur TV – Parisiang파리지앙 qui a raconté sa mésaventure : un groupe de garçons l’a pris en grippe parce qu’il avait eu le malheur de corriger leur amie qui l’avait traité de « Chintok ». 

Ayez du respect pour les gens ! Les Chinois ne sont pas des « Chintoks » autant que les Noires ne sont pas des « Nègres », et les Asiatiques ne sont pas uniquement des Chinois. 

« I can’t breathe » ! Ces mots utilisés par George Floyd lors de l’arrestation qui lui a coûté la vie. Ces mots qu’il a utilisés pour demander aux policiers de le libérer, de lui rendre sa liberté de respirer, de vivre. Ces mots que vous avez scandés lors des manifestations ou que vous avez entendus dans les médias relayant l’évènement. Cette courte phrase lourde de signification s’applique à toutes les personnes victimes de racisme qui ne demandent qu’à vivre normalement, à respirer normalement – mais aujourd’hui plus que jamais à toutes les personnes d’origine asiatique. 

L’autre phrase qui a rythmé les manifestations était “Black Lives Matter” et non “Only Black Lives Matter”. On peut aussi bien dire “ Asian Lives Matter “ et bien d’autres encore. Quand on se bat contre le racisme, on se bat contre le racisme dans toutes les communautés et pas une unique. 

La liberté d’expression c’est bien mais réfléchir avant d’écrire ou d’agir est encore mieux. 

Mérédith Valgaire 

 

Sources 

https://www.leparisien.fr/faits-divers/mort-de-george-floyd-les-images-des-cameras-des-policiers-revelees-04-08-2020-8363454.php 

https://www.courrierinternational.com/article/mort-de-george-floyd-les-manifestations-contre-le-racisme-se-multiplient-travers-le-monde 

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/94523/reader/reader.html#!preferred/1/package/94523/pub/136924/page/6

C’était un 24 avril.

C’était un 24 avril.

Il y a 7 ans jour pour jour, le Bengladesh était en deuil. Le Rana Plaza s’effondrait sur des ouvriers de l’industrie textile, faisant plus de 1000 morts et de nombreux blessés. 

Retour sur une tragédie qui a (légèrement ?) changé l’industrie de la mode. 

Le 23 avril 2013, des inspecteurs sont mandatés pour vérifier l’état du Rana Plaza, immeuble de 8 étages du faubourg ouest de Dacca. Ce bâtiment, propriété d’un homme politique local, était composé d’une banque et de commerces aux étages inférieurs, et de plusieurs ateliers de confection textile. Ces derniers employaient environ 5000 ouvriers, principalement des femmes, et fournissaient des géants de la mode comme Primark, Mango ou Benetton. Les inspecteurs constatent de nombreuses fissures suspectes sur les murs et conseillent d’évacuer l’immeuble. Immédiatement, les commerces, la banque et les ateliers ferment. Cependant, les ouvriers sont sommés de revenir travailler dès le lendemain. 

Le 24 avril au matin, les ouvriers se présentent face à l’immeuble mais refusent d’entrer, craignant pour leur vie. Mais la menace de la perte d’emploi est trop grande, ils décident pour la plupart de prendre leur poste. Vers 9h, une panne de courant inquiète les employés, et quelques minutes plus tard, le bâtiment tremble et s’effondre sur les milliers d’ouvriers présents ce jour-là. 

Alors, qui incriminer pour cette hécatombe ? Les dirigeants de l’usine ayant fait construire les 4 étages supérieurs sans permis ? Les autorités locales corrompues fermant les yeux sur les manquements aux règles sécuritaires ? Les grandes entreprises occidentales faisant produire leurs collections dans des conditions de travail déplorables ? J’ose à peine le dire, les consommateurs qui continuaient à acheter des vêtements « Made in ailleurs » sans se poser la moindre question ? 

Après la catastrophe, les rescapés ont certes reçu des compensations financières, mais la législation laborale du Bengladesh n’a que très peu changé. C’est en occident que le choc a été fort. Pour la première fois, la population des pays dits du Nord ont pris conscience des conditions dans lesquelles leurs vêtements étaient fabriqués. Cela n’a pas réellement fait évoluer leur manière d’acheter, mais les consommateurs ont pris l’habitude de mieux se renseigner, et une telle prise de conscience a obligé les grandes marques à se remettre en question. 

C’est ainsi que Zara lance une campagne de communication sur la RSE, H&M produit une collection « Conscious » et s’associe à une entreprise spécialisée dans le recyclage textile… Des efforts notables selon certains, de la poudre aux yeux selon d’autres. Les produits de ces 

marques sont toujours fabriqués pour la grande majorité dans les pays pauvres d’Asie et se vendent à des prix ridiculement bas. En bref, peu de réels changements sont à espérer de ces géants de la mode, construits justement sur un modèle incompatible avec une consommation durable, la fast fashion. 

Cependant, la tragédie du Rana Plaza reste l’évènement qui a mis en lumière les comportements des grandes marques, et le consommateur n’est plus dupe. Il achète en conscience ces produits et a le pouvoir de faire évoluer la mode. D’une part, de plus en plus de consommateurs sont adeptes de la slow fashion, une mode plus douce, plus durable et plus lente : ces dernières années, un nombre impressionnant de marques de vêtements, d’accessoires et de maroquinerie durable ont vu le jour. Textiles bio, recyclés, Made in France… Une variété de combinaisons est possible pour produire une mode plus responsable à des prix raisonnables. Sans parler du boom de la seconde main… Le choix est plus grand que jamais pour une consommation raisonnée. 

De plus, l’effondrement du Rana Plaza a été largement relayée à l’heure des réseaux sociaux, et les militants pour les droits humains en ont profité pour lancer un mouvement : tous les ans, le 24 avril, a lieu le Fashion Revolution Day, pour commémorer cette catastrophe et en faire un symbole de la toxicité de la fast fashion en l’état. Depuis 2016, la Fashion Revolution se tient sur une semaine avec des conférences, interviews et débats sur le thème des évolutions de la mode et de sa production, mais surtout un hashtag : #whomademyclothes, avec des millions d’internautes postant des selfies en brandissant les étiquettes de leurs vêtements. Repris sur tous les réseaux sociaux, il a servi à inonder les comptes des marques de fast fashion pour les interpeller sur leurs modes de production : où sont faits mes vêtements ? Par qui ? Dans quelles conditions ? 

Aujourd’hui, avec cette prise de conscience, un autre paradigme est possible. Le consommateur est maître de ses choix et de ses achats. Si les discours moralisateurs sont contreproductifs, le souvenir du désastre du Rana Plaza doit perdurer comme un symbole du danger de la surproduction et des alternatives que existent à notre mode de consommation actuel. 

Marie-Esther Duron 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effondrement_du_Rana_Plaza 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/26/rana-plaza-la-mort-de-l- industrie_3417734_3234.html 

https://www.fashionrevolution.org/