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L’amour d’un père dictateur : affaire publique ou privée ?

L’amour d’un père dictateur : affaire publique ou privée ?

Cela n’aura échappé à personne, nous vivons dans un monde souvent dénué de morale ou de sens logique. Les réseaux sociaux en sont d’ailleurs les premiers indicateurs : ici commence la réflexion dont je vais vous faire part.

Je me baladais innocemment sur Instagram, lorsque je suis tombée sur le profil de l’enfant d’un dictateur décédé. (Je préserverai son anonymat afin de ne pas lui donner une visibilité non méritée, ni lui attirer les foudres des fidèles lect.rice.eur.s RDVC). J’ai donc regardé le contenu de cette personne jusqu’à apercevoir des photos de son père, tantôt en famille et d’autres fois lors d’un discours politique. Intriguée, je me suis penchée sur les descriptions de ces photos : “J’aimerais oublier ton absence pour un instant, j’aimerais chanter pour toi, lire pour toi, te câliner et te parler “, “Je t’aime”, l’amour d’un.e enfant envers un parent, jusque-là tout peut sembler à peu près normal. J’ai ensuite lu “Joyeux anniversaire à toi, homme bon”. “Homme bon “. Voici les mots qui ont mis le feu aux poudres.

Aimer son papa n’a en soi rien de choquant.

Cette personne dont j’ai vu le profil souffre du deuil d’un parent, et exprime sa douleur au travers de photos souvenirs et de mots d’amour. Il s’agit d’un être humain, qui est aveuglé par sa subjectivité et son affection pour un proche.

Mais voilà, le premier problème est que les photos ne sont pas uniquement des photos familiales. Non. Cette personne a ressenti le besoin de poster également une photo politique, accompagnée d’une description édulcorée. Certes, l’homme politique et le père de famille devaient être deux hommes très différents. Mais confondre les deux en glorifiant le père sous la photo du dictateur est nettement discutable. Les deux facettes de sa personnalité ont fait de lui l’homme qu’il était ; ne montrer que la face arrangeante de ce monstre politique est alors très dérangeant.

Peut-on afficher publiquement son amour pour son père, lorsque ce dernier est un dictateur ?

L’enfant dont je vous parle a aujourd’hui une vingtaine d’années, et a suivi des cours dans une école parisienne prestigieuse. Inutile de préciser que les frais de scolarité ont été payés grâce aux détournements de richesses et aux trafics de son père, alors même que la population de son pays d’origine meurt de famine et d’oppression politique.

Je disais précédemment que notre cher despote était différent dans la sphère publique et dans la sphère privée : les deux milieux sont donc à nuancer n’est-ce pas ? Alors pourquoi diable son enfant rend public uniquement l’aspect privé de la vie de son père ?

Ne parler que du père de famille aimant et attentionné dans des descriptions publiques, parfois sous des photos politiques, sans jamais nuancer ni préciser les crimes contre l’humanité et les pratiques illégales de cet homme politique abject, revient à nier la gravité de ses actes. Pourtant, ils ont plongé un pays entier dans la crise et la violence. Ce dictateur ne se cachait pas de ses actes : “patrie, socialisme ou mort” était son slogan de campagne. Effacer publiquement l’homme politique pour ne montrer que le père aimant aux yeux du monde se rapproche d’un négationnisme immoral, et revient à écraser tout le peuple victime de ce tyran, désormais idéalisé sur la toile.

“Mais c’est l’enfant de ce dictateur, qui est en admiration de son père ! L’amour rend irrationnel, et parfois incapable de voir la part d’ombre dans nos êtres chers !”

NON. Cet argument n’est pas recevable. S’il s’agissait d’un.e descendant.e d’Hitler ou de Mao Zedong, le monde entier serait outré. Pourquoi devrait-ce être différent pour ce dictateur américain ?

Son enfant a eu accès à des études supérieures prestigieuses, ainsi qu’à toutes les informations cachées par son Gouvernement d’origine, depuis la France. De plus, toute personne sensée sait distinguer le public du privé, la politique du familial.

Vous n’êtes pas d’accord ?
Prenons l’exemple de Juan Pablo Escobar Henao, fils du narcotrafiquant Pablo Escobar.
Si ce dernier explique avoir été bien éduqué, aimé et protégé par son géniteur, il n’en reste pas moins lucide sur les activités immorales et criminelles de ce dernier. Cet enfant de meurtrier aime son père, mais a toujours dénoncé publiquement les actes de celui qui a tué et vendu des drogues dangereuses à des milliers de personnes.

Si cet homme qui a perdu son père à 16 ans sait se tenir publiquement, pourquoi l’enfant du dictateur (qui a perdu son père à la même période de sa vie) ne peut faire de même ?
Nous ne parlons pas ici d’un parent ayant commis un simple délit, ni même un crime unique, mais bien d’un dictateur ayant commis des crimes contre toute sa Nation.

Vous pensez peut-être encore qu’il s’agit de sa liberté d’expression, que de glorifier son père en négligeant son inhumanité politique est son droit.
Mais “La liberté ne se reconnaît qu’à ses limites” – Louis Latzarus. Or les limites de la morale ont été outrepassées dans ces posts, qui cautionnent un politique peu soucieux des Droits de l’Homme.

Par respect pour les victimes de ce “”Président”” peu scrupuleux, son enfant devrait rendre ses comptes privés, ou bien choisir de mieux nuancer ces propos à minima.

“La liberté des uns finit où commence celle des autres” – John Stuart Mill.

Par Iris DEVILLIERE

Le mouvement #HeForShe

Le mouvement #HeForShe

Le mouvement #HeForShe a été créé en 2014 par l’ONU Femmes. C’est un mouvement qui se bat pour la solidarité des sexes, qui veut faire participer les hommes dans le combat de l’égalité des sexes. Ce mouvement est rendu populaire par Emma Watson, qui prononce un discours très médiatisé le 20 septembre 2014 à l’ONU. Il s’est ensuite répandu dans le monde entier. Intéressons-nous aux causes que défend le mouvement !

Que défend le mouvement #HeForShe ?

Initialement, quand on pense aux mouvements féministes, on imagine des femmes qui manifestent dans la rue. C’est justement contre cette image que veut s’engager le mouvement. En effet, #HeForShe s’adresse avant tout aux hommes et garçons pour qu’ils défendent eux-aussi l’égalité des sexes. A cause des nombreux actes de harcèlement sexuel ou violences sexistes dont on parle dans le monde, on a tendance à oublier qu’il existe aussi beaucoup d’hommes biens dans la société. En effet, avec les mouvements tels que #BalanceTonPorc ou #MeToo, très populaires sur les réseaux sociaux, on finit par voir les hommes comme étant nécessairement des animaux sexuels, qui ne respectent pas les femmes. Or, la réalité est bien différente. Oui, il existe des hommes qui ne respectent pas les femmes. Oui, il y a des hommes qui normalisent les violences sexuelles. Oui, tous ces hommes existent. Cependant, les hommes respectent aussi les femmes, les défendent et les soutiennent. La stratégie de #HeForShe repose sur trois piliers : l’éducation, le plaidoyer en faveur des politiques et la mobilisation des fonds. Ces programmes sont pilotés et contrôlés par l’ONU, qui s’assure de la bonne application du programme et de sa bonne interprétation.

Son intégration dans la société

Le mouvement a très vite gagné en popularité et a été étendu et appliqué dans la société : les universités, les écoles supérieures, même les entreprises s’y mettent. Renault a été la première à s’engager dans le mouvement #HeForShe. Le site internet du groupe déclare « Parce qu’il est des évidences comme l’égalité femme-homme qu’il semble bon et nécessaire de rappeler ; parce que l’école mixte devrait conduire à des cursus d’études mixtes à parité ; parce qu’il faudrait enfin arrêter d’avoir des métiers d’hommes et des métiers de femmes, des entreprises d’hommes et des entreprises de femmes ; parce que les stéréotypes ont la vie dure ; parce qu’il serait dommage de nous priver de la richesse que nous apportent le respect mutuel et l’écoute mutuelle… Mobilisez-vous sur le site He For She pour faire évoluer les mentalités et faire changer les comportements inappropriés ». Les autres ont été nombreuses à suivre : Schneider Electrics, AccorHotels, Sporsora et bien d’autres. Cependant, comme l’a déclaré Renault, l’égalité des sexes doit avant tout commencer à être enseigné dès le plus jeune âge et cela passe donc bien par l’éducation. L’école de commerce Kedge BS lance le projet en 2015 dans l’école, il en est de même pour Neoma BS en 2017, Skema en 2018, l’Essec en 2020 et ainsi de suite. Aujourd’hui, toutes les écoles ont des associations en lien avec l’égalité des sexes. A TBS, nous avons bien évidemment Prism, mais aussi l’ATC Equal’ID. On comprend donc bien que ce mouvement a été largement intégré par la société, aussi bien dans l’éducation que dans la vie professionnelle.

Les célébrités le reprennent

Comme beaucoup de mouvements, ceux-ci gagnent en visibilité grâce aux célébrités qui le soutiennent. Un des premiers exemples de cela a été Nespresso qui a tourné ses spots publicitaires avec George Clooney. C’est donc ce qu’a mis en place aussi l’ONU. En faisant d’Emma Watson l’ambassadrice du mouvement #HeForShe, l’ONU Femmes a gagné en visibilité. Quand on pense à #HeForShe, on voit tout de suite l’image de Emma Watson qui parle à la tribune de l’ONU. C’est cela qui fait la force du mouvement. Ensuite, d’autres célébrités l’ont repris, comme Harry Styles, le Prince Harry, Russell Crowe et tant d’autres. Il faut bien voir que c’est aussi là que l’ONU a frappé très fort : les hommes se sont sentis tellement touchés qu’ils ont eu le besoin de déclarer publiquement leur soutient à #HeForShe. En effet, on se doute que beaucoup de personnes soutiennent ce type de mouvements, mais que ce soutien est plus personnel, plus privé. Or, ces célébrités masculines ont éprouvé le besoin d’exprimer publiquement leur avis. Et ces dernières ont pris à coeur ce mouvement : aussi bien Harry Styles que le Prince Harry ont des réputations immaculées en ce qui concernent leurs relations avec les femmes. En effet, on se doute que certaines célébrités masculines ont sauté sur l’occasion pour pratiquer du « green washing » et redorer leur image, quelque peu souillée par des scandales sexuels. Ainsi, il ne faut pas associer un mouvement aux personnes qui le représentent, mais bien aux causes qu’il défend et soutient.

Pour conclure

« L’égalité des sexes libère non seulement les femmes, mais aussi les hommes soumis aux stéréotypes du genre », Emma Watson à l’ONU. Pour finir, souvenez-vous de cette phrase. L’égalité des sexes n’est pas une cause féministe. L’égalité des sexes est une cause fondamentale. L’égalité des sexes est un mouvement humain.

Par Elise Casado

Escadrille remporte la 1ère place de la J.E la plus engagée en termes de RSE d’Europe

Escadrille remporte la 1ère place de la J.E la plus engagée en termes de RSE d’Europe

Le samedi 27 février, ESCadrille, la Junior-Entreprise de TBS, a gagné le prix de « The Most Sustainable Junior-Enterprise » d’Europe. À ce concours assistaient près d’un millier de Junior-Entrepreneurs de plusieurs dizaines de J.E d’Europe. En quoi consistait ce concours ? Les J.E devaient présenter un dossier à un jury de professionnels pour expliquer leurs démarches, actions et stratégies RSE. Ce dossier de plusieurs pages devait répondre à des questions telles que « Quelles actions mettez-vous en place au quotidien pour être dans une démarche RSE ? », « Quelles sont les prochaines actions que vous comptez réaliser dans le cadre de la démarche RSE ? », ou encore « Comment mettez-vous en avant la RSE au sein de votre environnement proche ? ». ESCadrille a frappé très fort en proposant des services de digitalisation aux petits commerçants locaux afin de les aider à survivre au confinement. Ainsi, ESCadrille s’est retrouvée en finale face à une J.E portugaise, qui se consacre uniquement à la RSE et la partie environnementale plus particulièrement. Challenge accepté et gagné, ESCadrille bat son homologue portugaise et devient la J.E la plus engagée en termes de RSE d’Europe. Mais, qu’est-ce qu’ESCadrille a de plus que le reste de l’Europe ? ESCadrille, à l’image de TBS, est très engagée dans la RSE et a reçu en 2014 l’accréditation ISO 14 001, très axée sur l’environnement ou encore ISO 9 001 en 2011 pour récompenser la qualité de son management. De plus, la Junior-Entreprise travaille en étroite collaboration avec le B3D, le BDH ou encore le Climate Action, notamment pour produire des fiches qualitatives et explicatives de ce qu’est la Responsabilité Sociétale des Entreprises. Il est donc clair que l’engagement de ESCadrille dans la RSE n’est pas « dans une démarche de green-washing, mais une réelle préoccupation qui est placée au centre de nos actions » (Maxence Rivoire, chargé de communication à Escadrille). Félicitons ESCadrille et ses membres qui sont se sont placés, par la même occasion, deuxième en tant que meilleure Junior-Entreprise européenne.

Pour finir, rappelons rapidement en quoi consiste les missions de la Junior-Entreprise toulousaine. ESCadrille est en contact permanent avec le monde professionnel puisqu’elle propose ses services à des entreprises extérieures. ESCadrille est un véritable cabinet conseil étudiant qui vend ses prestations (études de marché, propositions de Business Plan…) aux entreprises qui en ont besoin pour les aider à mener à bien leurs projets et à se développer. Alors, n’hésitez plus ! Entreprises, associations, collectivités locales ou étudiants, ESCadrille saura s’occuper de vous !

Par Elise CASADO

“Elles font ce qu’elles veulent” : Les femmes oubliées du mois de la femme

“Elles font ce qu’elles veulent” : Les femmes oubliées du mois de la femme

Le mois des droits de la femme est souvent l’occasion pour rappeler que nous avons fait de grands progrès en tant que civilisation, surtout durant le dernier siècle. Cette période est aussi souvent le moment de dénoncer nos fautes et les injustices, vraies ou fausses, dans la lutte éternelle pour l’égalité des chances de la moitié de notre population.

Aujourd’hui, je voudrais attirer votre attention sur les femmes qui n’ont pas la même chance que nous, parce que l’on semble parler très peu d’elles et, quand on le fait, on se concentre trop sur la politique et non pas assez sur le sujet important : le bien-être de ces jeunes femmes.

Je voudrais surtout profiter de cette occasion pour mettre en avant la réalité d’une femme, courageuse et intelligente. Son histoire porte sur sa vie au sein d’une famille de confession musulmane. Elle habite en Égypte et le voile a marqué sa vie.

Mais plus important encore, son histoire témoigne que porter le voile, que ce soit en Égypte, aux Etats-Unis ou même en France, n’est pas aussi simple ; et que les femmes voilées méritent beaucoup plus qu’un simple : « Elles font ce qu’elles veulent ».

Cette femme s’appelle donc Veronica. J’ai commencé à la suivre sur Twitter il y a un peu plus d’un an. C’est une étudiante d’une université en Égypte qui rêve de déménager aux États-Unis pour pouvoir jouir de la liberté de dire à haute voix ce qu’elle pense sur la religion, sur l’islam, sur le féminisme, sur la façon dont on lui a enlevé sa liberté, et pour pouvoir finalement enlever son voile, aujourd’hui symbole de sa soumission.


Grâce à Internet, elle n’a que cette possibilité pour s’exprimer et pour faire comprendre au monde la réalité de certaines filles de l’autre côté du monde libre. On est habitués – nous, en Occident – à avoir une certaine liberté que l’on prend trop souvent pour acquise.
Mais pour elle, c’est une chose pour laquelle elle lutte tous les jours avec bravoure, depuis un compte anonyme sur Twitter, où elle raconte son histoire. Et pourquoi un compte anonyme ? Parce qu’elle se ferait agresser autrement, par son père, par ses oncles, par ses cousins.

Dans un pays qui n’est pas laïque, qui ne respecte pas les droits de l’homme, qui rend la vie impossible pour ceux qui veulent laisser l’islam ou changer de religion vers le christianisme, elle est toute seule.

Aucune institution gouvernementale ne lui assure de la protection. Et même s’il existait une telle institution, il serait impossible de la protéger des gens qui habitent dans la chambre à côté.

Le 25 février dernier elle publie le tweet suivant : « J’ai parlé avec maman parce que je veux enlever le voile et elle m’a répondu : “Tu es une adulte maintenant et si tu as le courage de faire face à ton père/frères/oncles, fais-le, ma fille”. »

Un homme bien intentionné lui répond dans un autre tweet : « Vous êtes une adulte et si les hommes ne sont pas d’accord avec vous, rappelez-leur qu’il n’y a aucune obligation par rapport à la religion ». Sa réponse : « On ne va pas tout simplement ne pas être d’accord avec moi ; on va possiblement me tuer ».

C’est quand la dernière fois que vous avez vécu un tel danger pour enlever un morceau de toile ? Quelques lignes plus loin, elle ajoute : « Pourquoi est-ce une bataille ? Pourquoi est-ce tellement risqué ? Pourquoi ne suis-je pas propriétaire de mon corps ? »

Dans un autre tweet, elle nous raconte que la mère en est aussi victime. Violée par son beau-père le jour de son mariage, elle a été obligée de se marier avec le père de Veronica. Aujourd’hui les deux sont divorcés, mais le père contrôle toujours la vie des deux, de la mère et de la fille.

Que pouvons-nous faire depuis la France, libre encore, à part d’en parler et de rappeler au monde que toutes les femmes n’ont pas les droits fondamentaux ? Au moins, pouvons-nous essayer de mieux protéger les filles et femmes que nous pouvons atteindre, celles qui habitent dans notre pays.

Il faut aussi se rappeler que cette histoire se passe en Égypte et non pas, par exemple, en Arabie Saoudite. Veronica n’est pas obligée légalement à porter le voile. L’islam est la religion officielle de l’Égypte, certes, mais il n’y a pas de loi Sharia là-bas.


Veronica subit le voile non pas à cause de l’État égyptien, mais à cause de son père. Si ce n’est pas à cause de l’État, si, contrairement à d’autres pays, la police ne va pas l’emprisonner pour enlever son voile, si elle a légalement le droit de changer et même d’abandonner sa religion, si elle est obligée de se soumettre par des hommes abusifs qui dorment dans la chambre à côté, ne croyez-vous pas que ça peut arriver à toute fille indépendamment du pays où elle vit ?

Le pays n’est pas son bourreau, ce sont les membres de sa famille ; et rien ne nous dit qu’une telle famille ne peut exister dans un autre pays, même en France. Très longtemps le débat public en France s’est focalisé sur l’interdiction du voile. Est-ce que les femmes voilées sont forcées par leurs maris et leurs pères ?

Si on posait la question à Veronica en personne, elle ne nous dirait certainement pas la vérité, par peur d’être maltraitée par son père, même si – tout comme en France – aucune loi dans son pays n’oblige les femmes à se voiler.

On semble oublier que, tout comme personne ne devrait forcer une femme à se voiler, aucune personne ne peut lui interdire le voile une fois qu’elle a choisi de le porter.

Éloignons-nous du débat de l’interdiction du voile et parlons de ce qui est vraiment important : la vie de ces jeunes filles qui, comme Veronica, souffrent et qui se battent tous les jours contre les idéologies de leurs parents. Parce que cela ne dépend pas du pays, mais de la famille dont elles font partie.

Qui nous dit que toutes les femmes voilées, ces oubliées du mois de la femme, dont on célèbre le courage de porter le voile, ont le droit de faire le choix chez elles ? Qui nous dit que, même si elles ne sont pas en danger physique, leurs familles ne seraient pas déçues si elles enlevaient ce morceau de toile ? Si votre mère vous disait que si vous enlevez un morceau de toile, elle se mettrait à pleurer, l’enlèveriez-vous ?

Ces jeunes femmes voilées sont les oubliées du mois de la femme. Justement parce que nous sommes trop rapides à célébrer leur courage de se voiler devant tout le monde. Bien sûr que cela demande du courage de choisir de se voiler, mais cela en demande aussi – et encore plus – de se voiler pour d’autres circonstances.

Ce mois des droits de la femme, pensons à ces femmes qui, en Égypte comme en France, n’ont pas tout à fait le dernier mot sur leurs propres corps. Parce que nous ne pourrons jamais les aider si nous n’acceptons pas qu’elles existent. Si vous êtes une femme voilée par choix, sachez que personne n’a le droit de vous l’interdire.

Mais si vous l’êtes pour une autre raison, j’espère que cet article aidera les autres à comprendre que, parfois, ce n’est pas aussi simple ; et que nous savons que vous êtes probablement en train de mener une bataille interne dont seuls les héros des plus grandes épopées seraient dignes. N’oublions donc pas que, souvent, « elles ne font pas ce qu’elles veulent ».

Par Alejandro Avila Ortiz

A quoi nous sert toute cette eau ?

A quoi nous sert toute cette eau ?

A l’heure de la mondialisation où la concurrence entre les états se fait de plus en plus rude et où les enjeux géostratégiques sont plus que jamais l’occasion de réaffirmer sa puissance et son influence dans le monde, les espaces ultra-marins et Zones Economiques Exclusives (ZEE) apparaissent alors comme des atouts dont il faut savoir saisir les opportunités, en les mettant en avant et en les exploitant de manière efficiente. Pour rappel, les ZEE sont des territoires maritimes sur lesquels un état peut exercer ses droits souverains en matière d’exploration, d’exploitation, de gestion, d’usage et de conservation des ressources naturelles, biologiques et non-biologiques, sans oublier les fonds marins et les sous-sols, soumis toutefois à une réglementation de protection de la biodiversité. Un traité international visant à mettre en place une réglementation des affaires maritimes qui divulgue de grands principes juridiques, les droits souverains des états ainsi que les règles régissant la circulation et l’exploitation des ressources sur les espaces ultra-marins a été adopté le 10 décembre 1982 lors de la Convention de Montego Bay qui s’est tenue en Jamaïque. Il est entré en vigueur le 16 novembre 1994. Ce traité rassemble aujourd’hui 168 pays signataires. La France l’a ratifié le 16 avril 1996.

Quels sont les atouts des ZEE et quelles opportunités offrent-elles aux états qui en possèdent ?

Les Zones Economiques Exclusives (ZEE) possèdent de nombreux atouts que ce soit au niveau économique, en matière de souveraineté, de défense, de gouvernance mais aussi en ce qui concerne la recherche scientifique et médicale et la préservation de l’environnement et de la biodiversité. Les ZEE jouent également un rôle important en matière d’enjeu énergétique et l’ensemble des défis qui seront à relever avec notamment l’augmentation de la population mondiale.

En matière économique, les Zones Economiques Exclusives permettent aux états qui les possèdent d’avoir des points d’ancrage mondiaux, présents dans plusieurs zones maritimes et océans. Dans un contexte d’économie globalisée, où les océans sont devenus l’un des principaux axes de circulation et de transport de marchandises, cela représente un réel avantage pour le commerce international, les importations et les exportations. Aujourd’hui, près de 90 % des marchandises sont transportés par bateau. Les ZEE sont au cœur des enjeux mondiaux de maritimisation.

Les ZEE renforcent la présence des états sur leurs territoires ultra-marins. Elles constituent un excellent moyen de contrôle de leurs axes de communication, de leurs routes commerciales et permettent à ces derniers de réaffirmer leur souveraineté et leur rôle dans l’application et le respect du droit maritime international. Avec les ZEE, la gouvernance des océans ainsi que la préservation de l’environnement et de la biodiversité qu’abritent les territoires ultra-marins, s’en trouvent renforcés.

Les ZEE constituent un terrain privilégié pour la recherche scientifique et médicale. En effet, des chercheurs ont découvert que les mers et les océans abritent une partie des protéines alimentaires et des molécules permettant de protéger voire même de lutter contre l’apparition de certaines maladies telles que le cancer ou encore la maladie d’Alzheimer.

En ce qui concerne maintenant les enjeux énergétiques, les ZEE abritent un nombre important de sources d’énergies renouvelables et permettront progressivement aux états de changer leurs modes de production d’énergie et d’électricité en les réorientant vers des modes de production propres, plus respectueux de l’environnement. Cette démarche s’inscrira d’ailleurs dans le plan de lutte contre le réchauffement climatique et pour la préservation de la biodiversité. La mer et les océans sont propices à de nombreuses sources de production d’énergie propres telles que les éoliennes offshore, les courants marins ou encore les biocarburants à base d’algues parmi tant d’autres.

Au-delà des atouts que nous venons de citer précédemment, les ZEE apparaissent comme indispensables pour faire face à l’augmentation de la population mondiale qui devrait se rapprocher de 10 milliards d’êtres humains à l’horizon 2050. Les ZEE permettent déjà aujourd’hui de subvenir aux besoin des populations peuplant les territoires ultra-marins. Grâce à la grande variété de ressources qu’elles abritent, les ZEE offrent la possibilité aux territoires ultra-marins la plupart du temps situés en marge des réseaux continentaux et très dépendants de l’exploitation pétrolière, de s’approvisionner en ressources énergétiques. Les ZEE couvrent d’importants réservoirs d’alimentation notamment par le biais de la pêche. Ces derniers devraient être en mesure de permettre à une partie de la population de se nourrir.

 

Comment la France gère-t-elle les territoires ultra-marins et les Zones Economiques Exclusives qu’elle détient ?

Tout d’abord avant d’évoquer la manière dont sont gérés les espaces ultra-marins et les ZEE, il est bon de rappeler que la France est présente sur l’ensemble des océans du globe grâce à ses nombreux départements et collectivités d’Outre-Mer. Par le biais de sa présence mondiale, elle dispose d’une vaste ZEE qui s’étend sur environ 11 035 000 km2, deuxième plus grande ZEE mondiale après celle des Etats-Unis (11 351 000 km2). Son domaine sous-maritime est quant à lui le plus important du monde avec 11 614 000 km2 de superficie et une zone d’exploitation exclusive du plateau continental à 350 milles nautique des côtes. Une telle situation offre à la France de précieux avantages géostratégiques permettant de répondre à de nombreux enjeux économiques, sécuritaires mais aussi environnementaux.

L’Outre-mer constitue un incroyable atout pour la France et lui permet de rayonner dans le monde entier grâce la présence de ses départements et collectivités ultra-marins aux 4 coins du globe. Pourtant, à l’heure de la mondialisation, force est de constater que la France n’est pas toujours consciente des avantages qu’elle peut tirer des territoires qu’elle possède hors-hexagone. L’Outre-Mer est souvent vu comme un « empire oublié » et entretient des rapports et des relations avec la métropole qui sont pour la plupart déséquilibrés et asymétriques. Les territoires d’Outre-Mer souffrent d’inégalités économiques et sociales par rapport à l’hexagone. Le taux de chômage y est beaucoup plus élevé qu’en métropole. Selon un rapport de l’INSEE, en 2016, le taux de chômage avoisinait les 19 % sur l’ensemble de l’Outre-mer et atteignait même les 27% à la Réunion alors qu’en métropole, ce taux n’était que de 10%. Il est temps que les rapports et les relations entre la métropole et l’Outre-mer changent et que la France fasse de ses territoires ultra-marins et hors-hexagone des zones d’attractivité et de développement économique. Avec les nombreuses richesses et ressources qu’abritent ces territoires, l’état français a tout intérêt à mettre en place une économie de la mer. L’activité économique est à réformer. Les ZEE offrent des opportunités de développement grâce de multiples secteurs d’activités comme celui de la pêche ou encore celui de l’aquaculture entre autres. Les Antilles importent jusqu’à près d’un tiers de leur consommation de poissons alors qu’ils disposent de toutes ces ressources localement. Il existe également un potentiel de développement d’activité liée aux énergies renouvelables marines (énergies produites à l’aide des courants marins, celles liées aux biocarburants avec notamment les microalgues marines). Prendre les mesures nécessaires au développement de l’économie ultra-marine permettrait de rendre les territoires d’Outre-Mer beaucoup plus attractifs. De nombreuses créations de filières agricoles et industrielles pourraient être envisagées et cela inciterait aussi bien des grand groupes nationaux (spécialisés dans les secteurs de l’énergie par exemple) que des petites entreprises artisanales à la pointe de nombreux secteurs d’activité, de venir s’installer dans ces territoires et faire émerger un tissu structuré autour de véritables filières économiques.

La mise en place d’une économie des activités marines ne présente pas uniquement des avantages économiques mais elle constitue une véritable opportunité sur le plan social. En effet, le développement des nombreux secteurs d’activité mentionnés précédemment permettrait de créer un nombre important d’emplois dans des régions où comme nous l’avons vu le taux de chômage est très élevé et où on l’observe une démographie dynamique et une forte concentration de population jeune. Une population jeune et une démographie dynamique permettrait de « faire tourner l’économie » et d’ouvrir des perspectives d’avenir.

Le développement de l’activité lié aux ZEE doit également répondre aux exigences en matière de protection environnementale et de préservation de la biodiversité. Les activités en milieu marin impliquent d’utiliser les ressources présentes en mer. Or le milieu marin est un milieu particulièrement riche en biodiversité et donc fragile pour les mêmes raisons. La France doit trouver des solutions conciliant à la fois un développement de l’activité économique impliquant l’exploitation des richesses et des ressources sans nuire à l’environnement et une préservation de la biodiversité sans pour autant sanctuariser l’Outre-Mer et son attractivité territoriale et économique. L’état français a pour principal enjeu de définir une croissance durable et raisonnée tout en exploitant le potentiel de ses collectivités et territoires ultra-marins.

Enfin, la France doit songer à favoriser un développement plus autonome de ses territoires en Outre-Mer, fondé sur les atouts spécifiques de chaque territoire. A l’instar des ressources marines et des sous-sols, les ZEE présentent des caractéristiques différentes en fonction de leur emplacement, de leur situation géographique ce qui rend les activités qui y sont exercées extrêmement variées. Il est donc nécessaire que le pilotage et l’encadrement de ces activités ne soient pas centralisés mais qu’ils favorisent au contraire une interaction entre les différents acteurs et parties prenantes.

Qu’en est-il pour l’Union Européenne ?

Il n’existe pas de ZEE européennes à proprement parler puisque les droits de souveraineté exercés sur les territoires ultra-marins reviennent à un seul Etat auquel ces territoires ont été attribués, à la différence des domaines de compétence partagés comme la pêche par exemple.

Pour autant, l’Union Européenne a des intérêts à défendre et elle pourrait à ce titre, bénéficier du potentiel offert par les territoires ultra-marins français. En tant que principale puissance commerciale, l’Union Européenne ne peut ignorer les avantages que représentent le monde maritime et les océans en matière de mondialisation économique tant pour les richesses et les ressources qui s’y trouvent que pour les axes de communication et de transport des marchandises. Le vieux contient se retrouve confronté à des difficultés liées à la pénurie de métaux stratégiques. La France devrait pouvoir permettre à celui-ci de s’en procurer grâce aux ressources dont disposent ses territoires ultra-marins.

Bruxelles doit prendre en compte l’importance du rôle des ZEE mais ne pas seulement se contenter d’en tirer profit. En effet, l’Union Européenne doit permettre aux territoires ultra-marins de bénéficier aussi des opportunités offertes par les ZEE. Elle doit les accompagner dans le renforcement qu’ils entretiennent avec les ZEE. Elle doit les reconnaître comme points d’ancrage naturels de toute stratégie d’accès aux nouvelles opportunités.

L’Union Européenne doit changer de stratégie en mettant en avant les territoires spécifiques de l’outre-mer dans les différentes régions du globe en matière d’échanges commerciaux plutôt que de favoriser le libre-échange avec des pays du Sud dont les produits importés ne répondent aux mêmes normes sanitaires, environnementales et autres que celles imposées par l’UE elle-même. Elle doit également réformer la politique en matière de pêche et d’activité maritime. Instaurer une politique commune de pêche non flexible ne permettant pas aux territoires ultra-marins de l’adapter à leurs spécificités et empêchant ainsi de saisir toute opportunité de développement des activités et d’échanges commerciaux, apparaît peu judicieux voire même dangereux puisqu’ une situation telle que celle-ci met en difficulté les territoires ultra-marins et favorise les concurrents qui sont eux, inclus dans le marché communautaire européen en tant que partie intégrante de ce dernier.

Il en va de même concernant les accords de partenariat économique (APE) conclus avec des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Ces pays avec lesquels l’UE a passé un accord de partenariat économique, ont des coûts de production extrêmement bas et ne sont pas soumis aux normes européennes alors même que dans les territoires ultra-marins français donc européens comme à la Réunion par exemple, « les contraintes nationales ou communautaires surenchérissent de quatre à cinq fois les coûts de production et de commercialisation des entreprises réunionnaises par rapport à leurs concurrents des États tiers ».

Revitaliser les territoires ultra-marins nécessite de réformer les politiques qui sont menées actuellement et de proposer des accords et une réglementation qui favorisent le rayonnement économique de ces régions. Il est toutefois à noter que le réchauffement climatique provoquant la montée des eaux va changer la géographie des ZEE et par conséquent une partie de la population résidant sur ces les zones submergées de ces territoires seront amenées à migrer et donc l’économie locale.

 

Par Nolwenn Dallay

Les expériences sur les animaux sont-elles encore justifiées ?

Les expériences sur les animaux sont-elles encore justifiées ?

La question est la suivante, peut-on décemment se passer des animaux dans les expériences médicales et pharmaceutiques ou peut-on faire des « rats de laboratoire » des choses du passé ?

Le débat est on ne peut plus ardu puisque les expériences sur les animaux sont encore de nos jours utilisées à grande échelle dans les recherches médicales afin de trouver des traitements et des remèdes à tous types de maladies humaines ainsi que vérifier la toxicité de certains médicaments avant leur commercialisation.

La directive européenne 2010/63/UE, appliquée depuis 2013 dans tous les pays de l’Union Européenne, met en place des règles strictes quant à l’utilisation des animaux dans des procédures de recherches expérimentales et leurs conditions de vie dans les laboratoires. Cette directive nous livre également la définition d’expérimentation animale : ce sont toutes les expériences susceptibles « de causer une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l’introduction d’une aiguille ». La procédure inclue toute la période entre la préparation des sujets en vue de leur utilisation jusqu’à leur potentielle euthanasie lorsque l’animal ne peut plus remplir de rôle significatif car trop âgé ou affaibli.

Le débat se concentre surtout autour de trois principes clés supposés répondre à notre question : la valeur d’un animal au sens éthique, l’efficacité du modèle animal dans des expériences à des fins de protection et d’amélioration de la vie humaine et enfin les techniques alternatives qui permettraient de remplacer les animaux de laboratoire mais dont le développement est encore très minime.

L’expérimentation animale dans l’histoire

L’expérimentation animale comme l’entend la directive européenne prend ses racines dans l’Antiquité où les animaux subissaient souvent des dissections et vivisections (mais à l’époque on ne montrait aucun scrupule à réaliser ce genre d’expériences sur des prisonniers condamnés également) à des buts éducatifs. La question de l’éthique autour de ces expériences ne faisait déjà pas consensus, mais une grande majorité des biologistes et médecins de l’époque expérimentaient sur d’autres hommes dans une logique utilitariste, pour le bien de tous et les animaux n’étaient que des moyens sans grande importance pour atteindre les nobles fins humaines de la science et de la médecine. Mais déjà des précurseurs de l’éthique animale comme Pythagore ou Porphyre s’opposaient aux souffrances animales et prônaient déjà le végétarisme.

C’est à la Renaissance que ces pratiques se développent à d’autres branches de la science et deviennent courantes. Il fallut attendre le XIXème siècle pour que l’expérimentation animale trouve son avènement avec Claude Bernard. Chercheur français considéré comme le fondateur de la médecine expérimentale et auteur de nombreux traités, Claude Bernard est bien moins connu pour les cruelles expériences qu’il pratiquait sur les animaux. En effet, il considérait que ces derniers ne ressentaient aucune douleur, suivant la théorie cartésienne de l’animal-machine, ou du moins il faisait mine d’ignorer leur souffrance car ces expériences étaient morales au service de l’homme. Pour lui, il s’agissait d’un mal nécessaire : “s’il est immoral de faire sur un homme une expérience dès qu’elle est dangereuse pour lui, quoique le résultat puisse être utile aux autres, il est essentiellement moral de faire sur un animal des expériences, quoique douloureuses et dangereuses pour lui, dès qu’elles peuvent être utiles pour l’homme”. La logique utilitariste derrière ces pratiques sous-tend toujours l’argumentation pro-expérimentation animale et il s’avère qu’à l’époque, la science n’aurait pas pu avancer autrement qu’en déplorant des victimes humaines. Le choix était donc vite fait mais cela n’a pas empêché l’émergence d’un mouvement antivivisectionniste qui a tendu à s’estomper après l’apparition de régulations et le développement de l’anesthésie à la fin du XIXème siècle.

Le XXème siècle est connu pour des avancées scientifiques massives et de nombreux prix Nobel reposant, malheureusement à la grande majorité, sur la généralisation des expériences sur les animaux, qui ne se font pas moins cruelles malgré les premières régulations européennes en 1986. Ce n’est que la directive européenne de 2013 qui met finalement en place la surveillance et le contrôle des expériences de laboratoires par des comités d’éthique. Mais les chiffres aujourd’hui démontrent que ces précautions n’ont pas freiné l’expérimentation animale.

Les chiffres de 2017 et quelles alternatives pour le futur ?

Le dernier bilan officiel de l’UE, qui traite des données de 2017, est sorti en 2020 et recense la mort de 9,58 millions d’animaux dans les laboratoires européens. Mais cela est sans compter, car ne faisant pas partie du périmètre établi par la directive, les formes fœtales, les animaux utilisés plusieurs fois pour différents projets scientifiques, les animaux tués pour prélever des tissus et des organes ainsi que ceux euthanasiés avant même d’avoir pu participer à une quelconque procédure. Selon l’organisation de protection animale One Voice, c’est en réalité plus de 22 millions d’animaux morts au service de la science en un an. De plus, les procédures sans réveil ou avec douleur sévère, le plus haut palier établi par la directive européenne, ont augmenté de 3% entre 2016 et 2017 et concernent 17% des animaux. Cependant en France, les procédures dites légères ou modérées, moins contraignantes, représentent la grande majorité des expériences. Rappelons aussi que la France fait partie du top 3 des pays tuant le plus d’animaux de laboratoire, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui sont également le top 3 de la recherche scientifique dans l’UE. Coïncidence ?

Le débat sur l’efficacité du modèle animal pour déduire les réactions de l’organisme humain à certaines substances ou molécules fait toujours rage. Si les expérimentations animales ont servi à faire de grandes avancées scientifiques, beaucoup de spécialistes contemporains soulignent le fait, confirmé par les études statistiques, que les animaux sont rarement de bons modèles et surtout que les réactions physiologiques varient énormément d’une espèce à l’autre. Un exemple parlant est celui de la pénicilline, qui tue les cochons d’inde mais n’a aucun effet sur les lapins. Le British Medical Journal a précisé après des analyses statistiques que : « Plusieurs études ont révélé que même les résultats les plus prometteurs issus de la recherche sur les animaux échouent souvent lors des essais sur les humains, et sont rarement adoptés dans la pratique clinique ».

Claude Reiss, ancien directeur de recherche au CNRS et cofondateur du comité Antidote Europe dont les objectifs sont d’informer à propos des « dégâts de l’expérimentation animale sur la santé humaine et sur l’environnement, et de promouvoir les méthodes substitutives », explique que « L’expérimentation animale est la préhistoire de la science. Utiliser des animaux comme modèles biologiques de l’être humain est un non-sens. Une espèce ne peut pas prédire l’effet d’une substance ou d’un médicament sur une autre espèce : c’est une loi de la biologie. Le chimpanzé, dont le génome présente 98,5 % d’homologie avec celui de l’homme, est insensible au virus du sida. ».

Qu’en est-il donc des fameuses méthodes substitutives dont on entend si souvent parler et que la directive européenne essaye d’encourager ? Elles consistent souvent à des expériences in vitro sur des échantillons de tissus et cellules humains, des expériences in silico rendues possibles par les avancées récentes de la modélisation sur ordinateur, ainsi que des méthodes de microdosage ou d’imagerie perfectionnées sur des êtres humains volontaires qui représenteraient peu de danger. Des simulateurs hyperréalistes feraient aussi office d’outil de choix d’apprentissage et d’observation de l’organisme humain.

Si ces méthodes ont un avenir radieux devant elles, les scientifiques restent lucides, elles ne peuvent pour le moment pas remplacer complètement les animaux dans les laboratoires mais peuvent fortement réduire leur nombre. Cependant, plusieurs experts reconnaissent l’insuffisance de reconnaissance ainsi que de prix accordés à la recherche dans les méthodes substitutives. Les industriels montrent aussi une réticence certaine à changer leur habitudes de travail. Ainsi, il reste un long chemin à parcourir avant que la médecine humaine ne soit plus entachée par le sang des autres espèces animales.

Par Sarah Vautey