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Missions à bord de la Station Spatiale Internationale

Missions à bord de la Station Spatiale Internationale

Missions à bord de la Station Spatiale Internationale : gabegie financière et voyage de luxe pour une poignée d’élites ou réel investissement financier et humain au service du bien commun et du progrès ?

 

Préparation d’une mission à bord de la Station Spatiale Internationale

Embarquer à bord de la Station Spatiale Internationale pour partir à la conquête de l’espace et mener à bien différentes missions n’est pas donné à tout le monde. En effet, la préparation à une mission spatiale est un travail de longue haleine, il s’agit d’une succession d’étapes constituant un véritable défi pour ceux qui ont décidé de partir à l’aventure et qui ont été sélectionnés pour contribuer à cette expérience unique. Chaque région du monde a son propre centre de formation, et son propre programme en fonction de la mission qui est confiée aux astronautes.

Les spationautes européens commencent leur formation à l’EAC (European Astronaut Centre) situé à Cologne en Allemagne. Ce centre a été créé en 1990 pour soutenir les programmes spatiaux européens et accompagner les candidats dans leur préparation pour la mission à laquelle ils ont été affectés. L’EAC est également responsable du suivi des équipes en mission, de l’assignation des vols et de la coordination avec les Etats partenaires de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). Il assure aussi le suivi médical des spationautes tout au long de leur mission.

Généralement, les formations comprennent deux grandes parties, l’instruction scientifique et théorique puis la mise en pratique avec de nombreuses heures d’entraînement, de simulation et de mise en situation.

En ce qui concerne la partie théorique, une fois assignés à leur mission, les spationautes doivent suivre de longues heures de formation condensées durant lesquelles leur sont enseignés toute la technologie, les équipements et le matériel embarqués à bord de l’ISS ainsi que toutes les fonctionnalités qui s’y rapportent. Les astronautes doivent assimiler tous les savoirs fondamentaux relatifs aux vols spatiaux habités. Parmi les principales disciplines dispensées au cours de leur formation théorique, figurent l’informatique et la mécanique spatiale ainsi que la science des réseaux qui est une discipline orientée vers l’étude des relations, des liens et des interconnexions entre différents éléments, différentes matières qui n’ont pas le même aspect dans l’espace que sur Terre, notamment en raison de l’absence de pesanteur.

Les spationautes doivent maîtriser toute la technologie, le fonctionnement de chaque équipement, l’intégralité des procédures de pilotage et de conduite de la station, sur le bout des doigts. En cas de panne d’un équipement, ils doivent être en mesure d’identifier l’origine et la cause de cette dernière et de résoudre le dysfonctionnement le plus rapidement possible. La moindre erreur pourrait s’avérer être fatale car en plus de mettre fin à la mission, elle pourrait coûter la vie aux êtres humains présents à bord de la station. La formation des spationautes est dispensée par des instructeurs des différentes agences spatiales et des instructeurs d’entreprises sous-traitantes comme le Massachussetts Institute of Technology (MIT). Les instructeurs testent les aptitudes analytiques des astronautes ainsi que leurs aptitudes en termes de réactivité. De longues heures de formation sont dédiées à l’apprentissage du pilotage de la station, la manipulation des différents équipements présents à bord et à la simulation de différents cas de figure qui pourraient se présenter au cours d’une mission (sauvetage, intervention médicale, sortie extravéhiculaire, résolution de pannes, etc…).

Outre les capacités intellectuelles des spationautes, ce sont la capacité de résistance corporelle et les conditions physiques de ces derniers qui sont mises à rude épreuve. Tout au long de leur parcours de formation, les astronautes vont devoir réaliser différents exercices mettant en jeu leur capacité de résistance physique et corporelle. Parmi ces épreuves, figure l’essai au cœur de la centrifugeuse, une capsule localisée à l’extrémité d’un bras mécanique de 18 mètres de long. L’objectif de cette épreuve est de préparer le corps des spationautes à affronter des forces d’une intensité extrêmement élevée mais qui sont nécessaires pour la poussée lors du décollage de la station et aussi lors de d’autres phases de vol soumises à des niveaux de pression considérables. L’équilibre des spationautes est mis à l’épreuve lors de leur passage sur la chaise tournante où ils sont amenés à pivoter sur eux-mêmes. La plupart du temps, les astronautes ressentent une sensation de déséquilibre car leur oreille interne subit une perturbation à la suite des mouvements successifs et du changement de pression. Cette désorientation est bien connue des hommes de l’espace et le plus souvent, elle se traduit par des maux de tête et des nausées. On parle alors dans ce cas de figure, de mal de l’espace. Les astronautes sont soumis à de nombreuses autres épreuves comme des vols paraboliques en apesanteur. Avant leur départ, passage obligé, les spationautes ont l’obligation d’essayer leur combinaison et de passer une série de tests en laboratoire, plus précisément dans une chambre barométrique, au sein de laquelle sont simulées des variations de pression pour déceler la moindre anomalie ou fuite. Cette batterie de tests permet de vérifier la performance de la tenue spéciale que l’astronaute sera amené à porter lorsqu’il sortira de la navette spatiale pour s’immerger dans l’espace. Cette tenue est conçue pour lui permettre de supporter la pression et la température hors navette.  A l’intérieur de la combinaison, une pression égale à 29,6 KPa est recommandée pour que le spationaute puisse mener à bien ses opérations hors de la navette spatiale.

 

Maintenant que nous avons expliqué en détail comment se déroule la préparation des spationautes avant le début d’une mission à bord de l’ISS, nous allons nous intéresser de plus près à l’intérêt, et aux réels avantages qu’offrent les expériences spatiales à bord de l’ISS.

 

Conquêtes spatiales à bord de l’ISS : gouffre financier ou réel bénéfice pour la planète et l’humanité ?

La station spatiale internationale est souvent l’objet de vives critiques, principalement en raison de son coût qui représente une somme totale de 150 milliards de dollars. Il est vrai que cela peut paraître assez conséquent à première vue mais, lorsque nous regardons les choses de plus près et que nous nous rendons compte de tout ce que ces expériences nous apportent en termes de savoirs au service de la science, du progrès, de l’humanité et de la planète, nous réalisons alors que ce coût monétaire est bien moindre par rapport à la valeur ajoutée dont nous bénéficions de ces expériences.  En effet, l’ISS constitue un laboratoire plein d’atouts pour les scientifiques et les chercheurs, notamment en raison de l’absence de pesanteur qui permet de faire des découvertes et de mener des expériences qui seraient impossibles ou très difficiles sur Terre. La pesanteur présente sur Terre masque certains phénomènes physiques observables et exploitables depuis l’espace. A titre d’exemple, les recherches menées dans l’espace à bord de l’ISS ont permis des découvertes et des avancées considérables dans le domaine de la chirurgie optique. Jean François Clervoy, astronaute et membre de l’Agence Spatiale Européenne a déclaré que « toute la technologie qui permet d’opérer les problèmes de vue a été mise au point dans l’espace ». Il en est de même pour d’autres domaines comme celui des transports. Des travaux menés dans l’espace à bord de l’ISS ont permis de mettre au point des technologies et des dispositifs rendant les moyens de transport comme l’avion ou le train plus sûrs.

 

A bord de l’ISS, les expériences menées par les scientifiques et les chercheurs constituent de réelles avancées dans un large panel de domaines parmi lesquels nous pouvons citer :

 

 

  • La médecine, la santé 

Au cours de la mission Alpha à laquelle Thomas Pesquet participe en ce moment même, plusieurs expériences d’ordre médical vont être conduites.  Dreams est une expérimentation au cours de laquelle le sommeil des astronautes à bord de l’ISS va être examiné avec précision. En présence d’une pesanteur très faible voire quasi inexistante, l’ensemble des paramètres et du cycle physiologique humain s’en trouvent perturbés. Lors d’un voyage dans l’espace en orbite autour de la Terre, il n’y a plus de cycle naturel jour/nuit et le corps humain doit s’habituer à une nouvelle atmosphère, un nouvel environnement, à de nouvelles conditions de vie qui lui sont totalement étrangères. En moyenne, les astronautes et toutes les personnes présentes à bord de l’ISS voient le soleil se lever et se coucher 16 fois en 24 heures. La micropesanteur et l’absence de cycle jour/nuit causent d’importants troubles du sommeil. Dans le cadre d’une préparation à des voyages plus longs en vue d’aller sur Mars, il est primordial d’analyser le sommeil des personnes présentes à bord de la station spatiale, d’étudier de près ses caractéristiques, les causes de sa perturbation, de son dérèglement et de trouver et mettre en place des solutions visant à limiter les impacts sur ce dernier. La mission est effectuée à partir d’un démonstrateur technologique qui devrait permettre de développer un outil d’études du sommeil appelé aussi « bandeau du sommeil » pour être exploité durant les vols spatiaux habités de longue durée.

Lors de la mission à bord de l’ISS qui est en cours, des études vont être conduites sur le vieillissement du cerveau à l’échelle moléculaire. L’expérience se nomme « Cerebral Ageing » et elle vise à comprendre les mécanismes du vieillissement des cellules cérébrales. L’ISS est un environnement parfaitement adéquat pour pouvoir observer le vieillissement cellulaire et l’impact des radiations sur la physiologie humaine. L’analyse moléculaire ne pouvant s’effectuer sur des organismes vivants, c’est l’utilisation d’organoïdes cérébraux qui rend l’expérimentation possible. Il s’agit de structures 3D complexes constituées de cellules neuronales ainsi que d’autres types de cellules présentes dans un cerveau en développement. Le principal objectif est de démontrer que ces structures cellulaires fabriquées sur Terre peuvent être envoyées dans l’espace puis ramenées sur Terre pour être analysées. Ces expériences présentent une double utilité. D’une part, elles constituent un excellent moyen pour identifier et comprendre les causes du vieillissement cellulaire et par la même occasion à mieux maîtriser les mécanismes de certaines maladies génétiques, notamment celles provoquant un vieillissement prématuré chez les enfants qui en sont atteints (pathologies progéroïdes). D’autre part, ces études sont nécessaires pour évaluer l’impact de la micropesanteur, d’une exposition prolongée aux radiations ionisantes et du confinement dans une capsule fermée sur les conditions physiques et la santé des personnes en mission dans l’espace. Une excellente condition physique et une santé de fer sont de mise pour pouvoir participer à des vols spatiaux habités de longue durée, comme pour aller sur Mars par exemple.

 

Des études sur la psychologie des astronautes ont été effectuées lors de missions précédentes bien que celles-ci ne figuraient pas parmi les expériences prioritaires à mener. Un ancien astronaute a affirmé que ces études constituaient une opportunité unique pour les psychologues. Quel est l’impact d’un si long voyage confiné sur le mental et la psychologie des astronautes ? Des résultats qui ne seront peut-être pas évidents à mettre en relief mais qui ne seront pas pour autant inutiles. En effet, une bonne santé mentale des astronautes participe à la réussite des missions.

 

  • L’environnement et la préservation de la planète

Dans le cadre de la mission Alpha menée par Thomas Pesquet lors du voyage spatial qui a lieu en ce moment même, des expériences nommées respectivement « Renewable Foam » et « Edible Foam » vont être menées. Leur objectif premier est de tester des matériaux réutilisables et réduire ainsi la quantité de déchets à bord de la station spatiale. L’entreprise bretonne ComposiTIC est à l’origine de l’initiative. En effet, celle-ci a mis au point un emballage entièrement constitué de mousse biodégradable, capable de résister aux chocs et au décollage d’une fusée. Cet emballage servira à stocker et à conserver de la nourriture. Il a été conçu de manière à ne pas endommager le matériel présent à bord de l’ISS. Jusqu’à maintenant, les emballages pour la nourriture étaient assemblés à bord de l’ISS et ils étaient fabriqués avec de la mousse dont les composant étaient des dérivés du pétrole. Ces mousses grises étaient encombrantes et inutiles une fois utilisées.

L’espace offre la possibilité aux spationautes et autres personnes présentes à bord de l’ISS d’observer les phénomènes climatiques et météorologiques qui se manifestent sur Terre. Les informations enregistrées depuis l’ISS dans l’espace, nous renseignent sur l’état des glaces de nos pôles et la montée du niveau des mers et des océans. C’est depuis l’espace que nous sommes capables de mesurer l’évolution des températures globales et de déterminer ainsi de meilleures méthodes de gestion des cultures agroalimentaires ou encore de mieux lutter contre le phénomène de déforestation. Grâce à toutes ces observations, nous sommes en mesure de mieux comprendre les phénomènes de changements climatiques et ainsi de mieux nous y adapter.

A la suite de son premier voyage dans l’espace, Thomas Pesquet avait pris conscience de l’ampleur du changement climatique. Il avait déclaré ceci : « Cette expérience en orbite met en avant des phénomènes globaux qui nous dépassent, comme le changement climatique, à une échelle qu’on peut mieux comprendre », « On voit la pollution des rivières, on voit la fonte des glaciers, on voit les coupes dans les forêts mais aussi la pollution de l’air au-dessus des grandes villes qu’on ne peut même pas photographier »

A la Suite de sa prise de conscience, l’ONU et son agence sur l’alimentation (FAO) ont choisi Thomas Pesquet comme ambassadeur pour « défendre l’action contre le changement climatique et la transformation des systèmes agroalimentaires« . « Nous avons besoin de l’aide de chacun. Nous avons besoin de la science. Et nous devons agir, surtout (…) Thomas Pesquet nous apporte une perspective unique, un point de vue depuis l’espace » a déclaré Monsieur Dongyu, patron de la FAO.

 

Nous venons de citer deux domaines majeurs pour lesquels les missions spatiales à bord de l’ISS ont permis des avancées majeures mais ce sont loin d’être les seules.

 

L’ISS nous offre de nombreux avantages autres que les expériences et les recherches scientifiques.

La station spatiale est porteuse de nouveaux emplois. En effet, plutôt que de payer en cash sa contribution aux programmes spatiaux, l’Europe privilégie l’échange de services. Elle embauche par exemple des personnes en charge de fournir toutes les ressources nécessaires au bon déroulement du vol et des missions à bord de l’ISS. Ces personnes assurent l’approvisionnement en nourriture, en eau, en électricité, en carburant et ce, pour l’ensemble des ressources dont les spationautes auront besoin pour mener à bien leur mission. Les programmes spatiaux européens et les missions à bord de l’ISS permettent à près de 10.000 personnes de travailler. L’Europe contribue bien plus en assurant des services tels que ceux cités précédemment que si elle se contentait de payer uniquement la valeur de sa contribution en cash.

 

En matière de coopération internationale, l’ISS est un véritable atout. Des spationautes venus de toutes les régions du monde collaborent et travaillent ensemble sur des missions de plusieurs mois. Les pays participant aux missions travaillent et avancent ensemble sur les projets et les financent ensemble. Ainsi, chaque nation participant aux missions spatiales à bord de l’ISS contribue à l’assemblage de la station spatiale et aux coûts de copropriété. Selon les dires de Jean-François Clervoy, « pour faire simple, tout le monde paie pour pouvoir envoyer une partie de ses astronautes, pour une durée déterminée, dans l’ISS ».

 

Pour conclure, l’ISS est porteuse de nombreuses vertus, elle offre des avantages considérables sur le plan scientifique, humain, environnemental et géopolitique. Pour revenir à ce que certains lui reprochent, à savoir son coût, la somme totale déversée ramenée par habitant est minime. Un programme spatial à bord de l’ISS coûte un euro par an et par habitant. Comme le dit très bien Jean-François Clervoy, « la recherche n’a pour but de gagner de l’argent mais du savoir ».

 

 

 

Par Nolwenn DALLAY

La guerre sans fin des générations ou la futilité de blâmer le boomer

La guerre sans fin des générations ou la futilité de blâmer le boomer

La chasse au boomer n’en a pas fini même en période de covid. En effet, il n’était pas rare d’entendre avant l’arrivée des variants, non discriminants, que le covid « ne touchant que les vieux, il était légitime qu’ils soient les seuls à être confinés ». Ou encore que les jeunes soient le futur du pays et que le sacrifice des plus âgés semble une évidence pour certains. Devant le dédain et la remise en question de l’utilité de la caste des boomers à notre société moderne, eux-mêmes ne tarissaient pas de remontrances à l’égard des « jeunes », de la « génération Z », à l’origine des vagues répétées de covid d’après eux et dont l’irresponsabilité a causé notre perte. La guerre des générations, même en temps de pandémie fait rage et ne s’arrêtera peut-être jamais, surtout quand il n’a jamais été autant question de diviser la société en catégories bien spécifiques.

Cette nouvelle tendance a fracturé la société, même sur le critère de l’âge entre dans le champ politique. Les nouveaux partis politiques qui se veulent jeunes et dynamiques et qui recherchent un électorat à leur image n’hésitent pas à nourrir cette tension. Le dernier exemple en date ? Un dénommé Julien Bayou, représentant d’Europe Ecologie Les Verts et candidat aux élections régionales face à Valérie Pécresse. Les visuels de sa dernière campagne ne laissent pas de doutes : si vous voulez vous battre pour le climat, allez aux urnes car les boomers, eux, seront bien présents. Plus qu’une simple campagne contre l’abstention et l’affaissement démocratique qui s’ensuit automatiquement, l’écologiste part d’un constat de base clair : les boomers voteront toujours contre l’écologie, contre la planète et sûrement plus implicitement contre le progrès et l’avenir. Au lieu de faire de la préservation de la planète l’affaire de tous, M. Bayou et plein d’autres avec lui, viennent puiser leur force dans la faiblesse des liens qui unissent fébrilement nos jeunes et nos vieux.

 

« OK boomer »

C’est d’ailleurs à partir de ce clivage des générations sur l’autel de l’écologie qu’est né le fameux « ok boomer ». Empreinte d’une certaine arrogance et d’une moquerie certaine, la phrase « ok boomer » est le signe d’abord d’un ras-le-bol surtout politique entre une caste de jeunes soucieux de la planète et de son prochain et d’une catégorie de vieux vivant encore dans l’ancien monde, ignorants des thématiques modernes et campés sur des positions conservatrices voire archaïques. Cela va même plus loin, les boomers nés entre 1945 et 1965 sont à l’origine de nos problèmes économiques, géopolitiques et climatiques. Leurs excès auraient conduit aujourd’hui à la dette que la génération Z sera la première à payer, aux jobs qu’ils ne peuvent plus avoir avec le même niveau de diplôme, à la maison et au train de vie qu’ils ne peuvent plus avoir au même prix. D’un autre côté, on reprochera aux milléniaux et sûrement à la génération Z de se poser en constantes victimes du système, d’en vouloir toujours trop, de nourrir de grandes ambitions et d’attendre du monde un simple diplôme. On leur parlera de leur arrogance à tout savoir mieux que tout le monde et surtout de savoir ce qui est mieux pour eux, une caractéristique universelle et intemporelle de la jeunesse. On leur parlera de leur insouciance, de leur hypocrisie, de leur Instagram et de leurs métiers où ils ne font plus rien mais pour lesquels ils gagnent quand même un pactole.

Il y aura toujours une génération pour en critiquer une autre. Figurez-vous que la génération Z commence déjà à s’opposer à celle qui la précède directement, la dénommée Y, les milléniaux. Pour l’instant au stade de moqueries puériles sur les styles dépassés des années 80 et 90, les différences politiques et les perspectives de vie et de carrière entre ces deux générations pourtant si proches sont clairement marquées et ne tarderont pas à faire des ravages. Un terme a déjà été créé, le boomer des milléniaux est désormais un « cheugy », terme d’ailleurs créé sur Tiktok. La génération Z est celle de tous les excès technologiques, de l’individualisme pur et du réalisme presque pessimiste d’un avenir qui pour eux, n’en est plus un.

 

Une guerre générationnelle

Mais être constamment à contre-courant des précédentes générations, ne représenterait-il pas un danger ? A force de poser la vieille génération comme source de tous les problèmes et jamais comme une solution, les enfants et les jeunes sont érigés sur un piédestal du changement et de la modernité. Ils sont utilisés sans relâche dans des agendas politiques où les jeunes deviennent non pas seulement des voix à prendre en compte, mais de vrais leaders politiques, comme l’exemple de Greta Thunberg a pu le démontrer. Ils représentent de parfaits idéaux, sûrs de pouvoir changer les choses pourtant sans l’expérience des plus anciens qui de leur temps, ont aussi vu pour beaucoup de leurs rêves de jeunesse se heurter à un mur. Cette guerre générationnelle crée un fossé dans notre propre vie, entre ceux que nous sommes et ceux que nous serons. Tout d’abord des forces de proposition et de créativité, il nous faudra alors grandir, se persuader qu’être un adulte c’est être un boomer réfractaire et sans ambition, content de ce qu’il a et puis c’est tout. Les jeunes sont confrontés à un paradoxe monstre. On leur demande d’être les architectes d’un futur compliqué tout en les maintenant dans l’idée que dans quelques années, ils deviendront à leur tour les parfaites répliques de ceux qu’ils voient aujourd’hui comme leurs ennemis idéologiques. Cette sempiternelle guerre qui nous enferme dans une spirale d’immobilité voire de déclin de notre société ne s’arrêtera pas tant qu’on opposera la sagesse de l’expérience et le courage de l’espoir.

 

 

Par Sarah VAUTEY

¿ Qué pasa en Colombia ?

¿ Qué pasa en Colombia ?

Contexte : 

La Colombie est une nation déchirée depuis des décennies par des problèmes politiques et sociaux profonds. Depuis les années 1950 au moins, la corruption et la violence sont ancrées dans la société. Les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) et le cartel de Medellín (dirigé par Pablo Escobar) ont joué un rôle important dans le maintien, sinon la dégradation, de l’insécurité dans le pays. 

La criminalité exacerbée et la corruption des politiques sont un cercle vicieux dont la Colombie ne sort pas, comme en témoignent les récentes manifestations violentes. Les inégalités entre les classes sociales explosent, tant au niveau économique que social : ce pays est le 7e plus inégalitaire au monde, et le 2e d’Amérique Latine. A ces disparités sociales s’ajoutent les violences et l’oppression policières : les citoyens sont traités comme des criminels subversifs par les autorités. Ces deux facteurs créent une insécurité croissante, dont souffrent particulièrement la classe moyenne et les classes défavorisées. 

 

Manifestations : Que se passe-t-il exactement ?

Depuis une dizaine de jours, les réseaux sociaux pullulent de posts alarmants sur la situation de la Colombie. De nombreuses vidéos circulent, montrant les violentes manifestations de mai 2021 et les coups de feu meurtriers dans les rues. L’une des villes principalement affectées est Cali, où la violence atteint son paroxysme. 

Si les manifestations de mois-ci ont généré l’indignation internationale, cette situation dure en réalité depuis le 21 novembre 2019. La réforme fiscale a relancé ce mouvement cette année, mais l’insurrection du peuple colombien contre son gouvernement dure déjà depuis des années. 

 

Les causes ?

Voici les trois principales : 

  • Les violences policières qui déchirent le pays. 

Les forces de police dépendaient jusqu’à ce mois-ci de l’armée : les policiers sont donc toujours formés à combattre des criminels armés. Cela explique de nombreux abus de pouvoir constatés non-seulement pendant les manifestations, mais aussi dans la vie quotidienne. De nombreuses disparitions et morts injustifiées sont d’ailleurs à déplorer ce mois-ci, mais ce n’est malheureusement pas un phénomène isolé. Les luttes contre les FARC et le Cartel de Medellín avaient généré des exécutions de nombreu.ses.x citoyen.ne.s, accusé.e.s sans preuves de travailler pour ces organisations criminelles.

  • Le manque d’application de la JEP (Jurisdicción Especial para la Paz – Juridiction Spéciale pour la paix).

La JEP a été créée pour satisfaire les droits des victimes des guérillas FARC avant 2016. Son objectif est d’apporter des réponses sur les événements aux citoyen.ne.s, et de condamner ces crimes par la Justice et non la violence, afin de faire renaître la paix. Le problème est que cette juridiction est de moins en moins subventionnée par le Gouvernement, qui protège peu les victimes et qui continue les règlements de compte militaires plutôt que de passer par le Tribunal pour la Paix.

  • Le manque d’actions contre les inégalités et l’exclusion sociale.

Iván Duque est le Président de la Colombie, et est membre du parti démocrate de droite radicale. Son Gouvernement soutient donc le secteur privé et l’élite de l’économie colombienne, au détriment de tout le reste de la Nation. Sa réforme sur les taxes fiscales a généré une vague d’indignation nationale ce mois-ci, car elle remettait une fois de plus le poids des efforts économiques sur la classe moyenne. Selon l’orientation politique du Président, le prix du développement économique du pays est le sacrifice des classes moyennes et des populations discriminées.

 

Les requêtes des manifestant.e.s : 

  • Le peuple a obtenu que la police soit indépendante de l’armée. Toutefois, il réclame toujours une réadaptation de son organisation : les manifestant.e.s ne veulent plus traités comme des criminels, mais comme des citoyens jouissant de leur droit démocratique. 
  • Les colombien.ne.s désapprouvent cette applications très superficielle de la JEP. La réponse militaire armée favorisée par le Gouvernement enracine la violence et l’oppression dans le pays. Des innocents sont violentés voire torturés, et le manque de confiance envers l’Etat et les forces de l’ordre est croissant. Le recours à la JEP permettrait de pacifier les relations entre les cioyen.ne.s et le Gouvernement, ainsi que de rendre Justice au victime sans perpétuer une atmosphère de guerre dans le pays. Le peuple ne demande rien de plus que le respect de la JEP, pour le bien de la Nation. 
  • Les citoyen.ne.s réclament finalement la fin de la politique économique conservatrice du gouvernement. Son orientation élitiste doit laisser place à une vision démocratique et juste, pour mettre fin aux inégalités dont souffrent la classe moyenne et les populations marginalisées.

 

Quel avenir pour la Colombie ? 

Si les Nations Unies et l’opinion publique internationale ont ouvertement condamné la répression des manifestations ces dernières semaines, le problème perdure depuis des années déjà. Iván Duque gouverne avec des méthodes proches de la dictature, pourtant les médias internationaux ne relatent ces faits que depuis peu. 

A l’instar du Venezuela sur lequel l’Occident ferme les yeux depuis des décennies, la situation de la Colombie n’attire les regards que le temps d’une mode avant de retomber dans l’oubli. Les avantages géopolitiques des crises dans les pays d’Amérique Latine sont plus forts que les valeurs humaines : ainsi les gouvernements internationaux se servent du pétrole et des ressources locales en échange de leur inaction et de leur silence. Depuis plus de 50 ans le Venezuela se déchire, la Colombie continue de sombrer, et le Pérou risque de s’ajouter à la liste des pays en rechute vers la dictature. Mais que font les pays « gendarmes du monde », si ce n’est défendre leur domination impérialiste ? 

Chère Amérique Latine, nous espérons que tu guériras bientôt.

 

Par Iris DEVILLIERE

Quand la Chine s’éteindra…

Quand la Chine s’éteindra…

« Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Tel est le titre de l’ouvrage de l’écrivain français Alain Peyrefitte paru en 1973. Alors qu’à l’époque, la Chine n’était encore qu’un pays relativement arriéré notamment à cause de la politique communiste menée par le gouvernement central, le pays connaît une rapide croissance économique au cours des années 1980. Et pour cause, l’ouverture aux capitaux étrangers et l’adoption du capitalisme menées par Deng Xiaoping permet à la Chine de connaître une croissance économique forte et ainsi prendre une place prépondérante sur la scène internationale. Le XXIème s’ouvre alors avec une Chine en essor et qui peut compter sur son abondante main-d’œuvre pour travailler dans les usines qui s’implantent dans les zones franches. Fin avril 2021, le Financial Times évoquait le premier déclin démographique en Chine depuis les désastreuses politiques du Grand Bond en Avant menées dans les années 1950 par Mao Zedong. Le glas aurait-il sonné pour l’influence de la Chine en tant que puissance sur la scène internationale ?

 

Le bonus démographique : clé de voûte de la croissance chinoise

La croissance économique de la Chine s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs : l’ouverture aux capitaux étrangers, la création des zones franches, l’investissement dans les nouvelles technologies et un soutien aux géants nationaux tels que les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). En réalité, la croissance économique en Chine s’explique essentiellement par son bonus démographique. En effet, la Chine a pu compter sur sa population s’élevant à 1,4 milliard d’habitants dont une part importante était en âge de travailler et épargner (15 – 64 ans). C’est cette réserve de main-d’œuvre qui a permis de faire fonctionner les usines qui fleurissaient sur tout le littoral chinois. Rappelons qu’au début des années 1980, la main-d’œuvre chinoise était bon marché ; les usines y trouvaient donc leur compte. Néanmoins, l’automatisation des tâches, la montée en compétences des ouvriers chinois et surtout l’augmentation des salaires font perdre à la Chine le titre « d’atelier du monde », les entreprises préférant investir dans d’autres pays asiatiques où la main-d’œuvre est moins chère. Qu’importe, la Chine poursuit sa dynamique de croissance avec des taux de croissance bien supérieurs au taux de croissance en Europe. Cependant, l’Empire du milieu avait déjà amorcer une bombe à retardement…

 

La politique de l’enfant unique : une bombe à retardement

Dès 1979, le gouvernement chinois craint la surpopulation et impose des mesures draconiennes pour éviter le scénario malthusien. C’est alors qu’est instaurée la politique de l’enfant unique. Les couples sont interdits d’avoir plus d’un enfant sous peine d’amendes. Les femmes sont encouragées à se stériliser. Cette politique a bel et bien freiné la croissance démographique : selon les estimations, cette mesure a permis d’éviter 300 millions de naissances. Néanmoins, cette mesure a entrainé des effets pervers. Tout d’abord, la pyramide des âges se retrouve déséquilibrée : la population n’est pas renouvelée puisque le taux de fécondité diminue et se retrouve sous le seuil minimal de renouvellement de 2,1 enfants par femme. A cela s’ajoute le fait que les couples chinois préfèrent culturellement avoir des garçons plutôt que des filles. Dans la plupart des cas, les femmes enceintes de filles avaient recours à l’avortement dans l’espoir d’avoir un garçon à la prochaine grossesse. Cela a entrainé un deuxième déséquilibre : il y a largement plus d’hommes que de femmes en Chine. Ainsi, selon des estimations, en 2030, 1 trentenaire chinois sur 4 ne sera pas marié. La politique de l’enfant unique n’est abandonnée qu’en 2015. Il est déjà trop tard. Les perspectives ne sont guère reluisantes pour la Chine : en 2050, 25% de la population chinoise sera composée de personnes âgées en 2050 ; la population chinoise comptera plus de retraités que la Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le Japon réunis. Selon les estimations de l’ONU, la population chinoise devrait baisser de 2,2% à l’horizon 2050 tandis que la pulpation des Etats-Unis devrait augmenter de 15%. Cette dernière statistique contrarie les prévisions émises par certains spécialistes prévoyant que la Chine détrônerait les Etats-Unis comme première puissance économique. Avec une population vieillissante, la Chine ne pourra plus tenir tête aux Etats-Unis. Même si le pays de l’Oncle Sam connaît un déclin démographique, ce dernier est compensé par l’immigration et surtout l’immigration d’une main d’œuvre qualifiée. La Chine ne pourra pas compter sur l’immigration pour compenser son déclin démographique déjà bien entamé. D’une part, la langue constitue une barrière pour les éventuels immigrants. Le mandarin ne jouit pas de la même popularité que l’anglais. D’autre part, l’autoritarisme même du gouvernement chinois repousse une éventuelle immigration. Qui voudrait vivre dans un pays où les réseaux sociaux sont surveillés et les libertés individuelles, restreintes ?

 

L’autoritarisme du gouvernement chinois empêche une évaluation plus fine et précise de la situation démographique du pays. Voulant à tout prix s’afficher comme une nation forte aux yeux de la communauté internationale, les autorités chinoises n’hésitent pas à falsifier les chiffres officiels. Ainsi, les résultats du dernier recensement mené fin 2020 n’ont toujours pas été publiés puisque les autorités prétextent une révision des résultats. La presse d’Etat annonce tout de même un déclin de la population dès 2027. Néanmoins, nous pouvons raisonnablement penser que la situation est encore plus grave. Toujours est-il que le déclin démographique de la Chine est inexorable : il s’étale lentement sur de nombreuses années voire décennies. Et c’est bien là le problème car quand bien même le pouvoir central imposerait une politique nataliste volontariste, cela ne parviendrait pas à remédier au déclin démographique déjà entamé. La vision à court terme du gouvernement chinois dans les années 1980 a ignoré les conséquences néfastes sur le long terme. Sans doute influencées par des prédictions malthusiennes, les autorités chinoises ont fait fi de ce principe énoncé par Jean Bodin, économiste français du XVIème siècle : « Il n’est de richesse que d’hommes. » En limitant les naissances, la Chine s’est privée de son meilleur atout.

 

Par JP Castorix

La crise migratoire aux Etats-Unis

La crise migratoire aux Etats-Unis

Joe Biden a mené campagne en insistant énormément sur le fait qu’il allait restaurer l’injustice raciale qui régnait aux Etats-Unis. Cette dernière a toujours été un sujet compliqué dans le pays, mais avait été rendue encore plus complexe par son prédécesseur, Donald Trump. En effet, ce dernier a été le déclencheur de nombreux commentaires jugés racistes, notamment en surnommant une de ses opposantes démocrates, Elizabeth Warren, « Pocahontas » en référence à ses origines indigènes. Joe Biden lutte donc pour remettre le pays dans le droit chemin, et son premier geste fort dans ce sens a été la nomination de Kamala Harris comme Vice-Présidente des Etats-Unis, en faisant la première femme à ce poste. Il a aussi déclaré vouloir légaliser les 11 millions de migrants présents sur le sol américain, ou encore rétablir l’entièreté du statut des « Dreamers ». Pour toutes ces raisons, son élection a été vue comme un signe pour les habitants d’Amérique latine, qui se sont mis à arriver en masse à la frontière étasunienne. Joe Biden fait donc actuellement face à sa première crise en tant que Président, et subit les critiques du camp républicain, qui profite de l’occasion pour faire les louanges de Trump. Pourquoi cette frontière est-elle si convoitée ?

 

Une frontière qui attire le Sud

Pour les habitants d’Amérique latine, les Etats-Unis sont un eldorado. Il ne faut pas oublier que le continent américain est bercé par le « American Dream » qui convainc les latino-américains que leur vie sera bien meilleure aux Etats-Unis. En effet, les Etats-Unis sont toujours le pays le plus riche du continent américain, et le pays où les conditions de vie sont les plus agréables. De plus, les pays d’Amérique du Sud sont, pour la plupart, en situation d’extrême pauvreté, voire de crise humanitaire (pour le Venezuela). Ces pays doivent aussi faire face à des gouvernements corrompus, qui ne se préoccupent pas de leur bien-être mais seulement de s’enrichir. On peut citer l’exemple du scandale Odebrecht. Pendant plusieurs années, les présidents brésiliens étaient soupçonnés (Lula, Dilma Roussef) d’être directement concernés. Cela explique que les habitants de ces pays préfèrent se tourner vers le Nord, où la politique semble plus juste et plus représentative de la volonté de la population. De plus, le Sud des Etats-Unis appartenait au XIXème siècle au Mexique, ce qui fait que les Etats du Sud (Texas, Californie, Nouveau-Mexique…) sont peuplés en grande partie par des Latino-américains. On compte ainsi 18% de la population étasunienne qui soit latino-américaine et ce nombre est encore plus élevé dans les Etats du Sud comme la Californie (52%), le Texas (40%) ou le Nouveau-Mexique (46%). Pour toutes ces raisons, on assiste depuis plusieurs décennies à une arrivée massive des habitants d’Amérique latine aux Etats-Unis. Si le mandat de Donald Trump avait freiné ce mouvement, l’élection de Joe Biden semble avoir encouragé les migrants à venir aux Etats-Unis, en pensant être accueillis dans de meilleures conditions et en ayant le droit de rester.

 

La crise en elle-même

Joe Biden est devenu le 46ème Président des Etats-Unis le 20 janvier 2021. Depuis mi-mars, les Latino-américains affluent en masse. En effet, le ministre de la politique migratoire a déclaré que les Etats-Unis s’apprêtaient à connaître le plus gros afflux à la frontière depuis près de 20 ans. L’actuel président des Etats-Unis se dit vouloir rétablir l’humanité dans la gestion de la frontière, même s’il avoue avoir hérité d’un système « ravagé » par les quatre ans du mandat Trump. Actuellement, plus de 5200 enfants sont regroupés à la frontière, dont plus de 600 sont là depuis plus de 10 jours, ce qui est illégal, puisque la limite maximale de séjour est de 3 jours. Ce qui différencie cette crise des précédentes, c’est le facteur « humanitaire » que Joe Biden a voulu mettre en place. En effet, contrairement à ce que Donald Trump avait mis en place, Joe Biden a décidé que les mineurs pouvaient rester du côté américain de la frontière, au lieu d’être renvoyés au Mexique. Les autorités étasuniennes se retrouvent donc débordées par cet afflux de mineurs. Les républicains ne manquent pas de critiquer les décisions de l’administration Biden. Donald Trump est même allé jusqu’à déclarer « il n’avait qu’à laisser en mode pilote automatique un système qui fonctionne très bien ». Il est fort probable que cette crise entache le mandat, jusqu’alors sans faute, de Joe Biden. Les spécialistes de la politique américaine sont même nombreux à penser que cet afflux migratoire restera comme « un caillou dans la chaussure » de Joe Biden pendant tout son mandat. En effet, la question migratoire est le principal sujet de révolte des républicains, et c’est actuellement la situation que les démocrates gèrent le moins bien.

A ce jour, la situation n’a pas évolué et les migrants continuent de se masser à la frontière. Joe Biden a prévu une visite à la frontière mexicaine et insiste sur le fait que les migrants ne doivent pas se rendre à la frontière. Son gouvernement a prévu de les accueillir et de régulariser leur situation, mais « pas tout de suite ». De plus, malgré l’ouverture de trois nouveaux centres en mars, les distanciations sociales ne peuvent toujours pas être appliquées dans ces endroits, ce qui favorise la propagation du virus.

 

Pour conclure

En construisant un mur à la frontière et en empêchant tout passage, Donald Trump a établi une frontière solide entre les Etats-Unis et le Mexique. Bien que sa politique migratoire ait été très controversée, voire jugée inhumaine, elle a au moins eu l’objectif escompté : limiter les migrants illégaux sur le territoire étasunien. Or, en redonnant ce caractère « humain » aux autorités frontalières, Joe Biden a aussi envoyé le message aux populations d’Amérique latine qu’elles pouvaient recommencer à venir aux Etats-Unis. Cependant, il n’avait pas prévu un afflux aussi important, et n’avait donc rien mis en place pour réellement accueillir toutes ces personnes. Cela fait un mois maintenant que la crise migratoire a commencé et la situation n’a pas avancé. A la plus grande joie des républicains, le camp démocrate voit déjà se profiler sa première défaite, après seulement deux mois au pouvoir.

 

Par Elise CASADO

Pourquoi ce titre ne devrait pas contenir le mot nigger ?

Pourquoi ce titre ne devrait pas contenir le mot nigger ?

C’était l’hiver, la nuit était tombée sur les Pyrénées, je me retrouvais dans un appartement à Bagnèresde-Luchon avec des camarades anglais. Derrière la fenêtre, on devinait l’air profond jouer entre les silhouettes des toits, entre le froid des montagnes. Ça buvait du rhum, ça parlait de tout et de rien, dans un anglais britannique que je comprenais bien en début de soirée, devenu désormais inintelligible. La soirée s’était bien passé. À un moment, le débat tourna vers la politique. Naturellement, j’ai recommencé à écouter. Puis, ça parlait du racisme.

Peter racontait alors une anecdote dont je ne me souviens que peu. Mais ce qui m’a intrigué dans une de ses phrases, c’est qu’il avait substitué le mot nigger par l’euphémisme « the n-word » – le mot avec le n, en français. Je savais que ce mot, ainsi que ses diverses orthographes, était devenu un tabou en Amérique et dans d’autres pays anglophones. Je savais que ce n’était pas bien vu de le prononcer dans un plateau télé, surtout si la peau du locuteur ne contient pas un niveau acceptable de mélanine. Pourtant, nous étions seuls, dans un appartement perdu dans la montagne, il n’y avait aucun public et il n’avait pas utilisé le mot pour agresser qui que ce soit. Pourquoi avait-il pris la précaution de déguiser le mot, même entre amis ? Nous sommes adultes, pensai-je en le fixant des yeux. Pourquoi devrait-il se protéger de nous comme si nous allions le juger pour prononcer un simple mot ?

Je repris mon verre et lui dit avec un sourire : « mon pote, ne t’inquiète pas. Tu peux dire le mot nigger entre nous. On n’est pas à la radio quand même. » Le silence se fit. Même la musique semblait outrée et j’ai su que je venais de faire quelque chose d’interdit. Pour essayer d’alléger le poids du mot, je l’ai redit en me tournant aux autres : « mais vous pensez que le mot nigger est maudit ou quoi ? Ce qui compte est l’intention, n’est-ce pas ? Ici on n’est en train d’attaquer personne. » J’ai vite compris pourquoi Peter avait décidé de ne pas prononcer ce mot apparemment interdit. Même entre amis, dans l’intimité d’une conversation de fin de soirée, ce mot avait le même effet que le nom de Voldemort.

Vous pouvez croire que ce n’est qu’une exagération de ma part ou de la part de ce groupe de jeunes Anglais. Moi-même je ne l’aurais pas cru. Mais ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un tabou qui n’a pas de pair en France. Même le mot nègre, qui n’est pas tout à fait encouragé en France, n’est proche du poids de son homologue anglophone. Peu importent la personne ou le groupe de gens. Si vous vous retrouvez face à des anglophones, le plus probable est que leur réaction soit la même si vous osez prononcer le n-word devant eux. Mais à quoi est due cette condamnation de la simple prononciation d’un simple mot à six lettres ?

 

Un mot problématique

Tout d’abord il faut comprendre pourquoi ce mot a une si mauvaise réputation. Les États-Unis – comme tous les pays du monde – ont une profonde histoire de lutte entre des gens à couleur de peau différente. À peine au début du dernier siècle, ceux qui avaient la peau blanche brulaient et lynchaient ceux qui étaient plus colorés. Le dernier mot qu’entendaient les victimes était souvent le mot nigger ou fucking negro. Il faut se rappeler aussi que les gens moins bronzés de l’époque avaient décidé que les plus bronzés étaient de leur propriété et qu’ils avaient alors des droits sur eux comme ils en avaient sur leurs ânes ou leurs voitures. Des véritables monstres qui ont commis des crimes contre l’humanité, on est d’accord. On utilisait le mot pour appeler ces gens, pour les rappeler qu’ils n’étaient pas humains, mais de la propriété privée. C’est ainsi que les mots negro, nigger et toutes ses orthographes sont nés de la pratique de l’esclavagisme et associés à la supériorité d’une couleur sur l’autre et au lynchage des gens noirs en Amérique. Seule l’action de prononcer le mot, que ce soit avec des fins académiques, dans une citation ou même dans une chanson de rap, fait allusion à cet abus que les gens les plus bronzés ont subi.

Geoff Harkness, professeur d’économie, sciences politiques et sociologie au Morningside College à Iowa décrit le mot nigger comme le « mot le plus lourd de sens dans la langue anglaise ». Et il a certainement raison. Nous ne pouvons pas comprendre cela de manière instinctive dans la langue française. À part le mot Satan ou Lucifer pour les chrétiens bien fondamentalistes, cette notion de lourdeur d’un mot imprononçable n’est pas évidente. En effet, quand une personne blanche utilise le mot, du moins pour les anglophones, ce n’est pas qu’un mot. C’est comme si la personne était en train d’incarner le rôle de ces monstres qui lynchaient de gens innocents il y a déjà un siècle ; tout ça parce que leur couleur de peau ressemble à celle des assassins d’il y a plus de cent ans. Des histoires similaires existent en France. Et le puritanisme a sa place ici aussi : on est même allé jusqu’à changer le titre du livre Les trois petits nègres, désormais intitulé Ils étaient dix. Ce puritanisme commence à trouver sa place dans le reste du monde.

 

Les dangers du puritanisme

La confusion arrive lorsque cette interdiction de prononcer le mot ne s’applique pas à tout le monde. Il est souvent convenu que les gens à la peau blanche n’ont en aucune circonstance le droit de prononcer ou écrire ce mot. Tout comme les homosexuels qui s’appellent entre amis « mon pédé » ou « ma gouine », l’usage du mot entre les gens noirs est une façon de prendre contrôle sur l’une des injures les plus injustes. Les Portoricains et les autres Latinos se trouvent dans une zone ambiguë ; pour certains ils ont le droit de l’utiliser, pour d’autres ils devraient se faire tabasser si jamais ils osaient le prononcer.

Ignorons la remarque pathétique de ceux qui se plaignent du fait que seuls les noirs ont le droit d’utiliser le mot. Ça ressemble plus à une pédanterie qu’à une véritable demande de justice. Mais intéressons-nous au véritable danger d’avoir un tabou autour d’un simple mot. Et je ne parle pas d’encourager l’usage du mot – loin de là –, mais il n’est pas question de l’interdire non plus. Quand une personne s’adresse à quelqu’un à la peau noire en le traitant de nègre – ou, en anglais, de nigger –, elle est en train de faire de son mieux pour insulter cette personne en lui rappelant que ses ancêtres étaient probablement de la propriété privée. Ce genre de personne mérite d’être méprisée par nous tous.

D’un autre côté il y a les gens noirs qui l’utilisent entre eux, de façon amicale ; comme une manière de prendre le contrôle sur une insulte infâme. Mais n’oublions pas qu’il y a une troisième façon d’utiliser un mot, une façon objective qu’on utilise au moment de parler du mot, pour le citer, pour parler d’histoire et de sémantique, pour écrire un roman, pour se repérer dans une période historique, pour écrire des articles et pour avoir des conversations. Il est crucial de pouvoir parler pour conserver la paix.

Si on voulait écrire un article comme celui-ci en Amérique, on serait obligé de substituer le mot nigger par n-word à chaque fois si on ne veut pas mettre en danger sa carrière professionnelle. Cette lutte semble donc déjà perdue aux États-Unis, où le débat sur un mot n’est qu’un démon que personne n’ose invoquer. Malheureusement, l’Europe a commencé à suivre cette voie. Ce n’est peut-être pas la fin du monde, mais ce n’est pas la bonne direction non plus. Comment arriverons-nous à parler de nos problèmes si nous sommes obligés d’esquiver des pièges moralistes à chaque phrase ? On a déjà toléré le changement du titre des romans à cause de leur caractère offensif. Qui nous dit qu’on ne va pas changer plus tard les phrases dans les romans pour la même raison ? Aux États-Unis, on enlève déjà des classiques de la littérature américaine du programme officiel des écoles à cause de leur utilisation de certains mots ; les chaînes de télévision enlèvent des films et des séries qui pourraient causer un scandale dans une foule qui recherche insatiablement la prochaine sorcière à brûler.

Ne tombons pas dans le même piège et ne mettons pas des pièges à nos propres discours non plus. Mais surtout, n’oublions pas que le vrai moyen d’en finir avec le racisme n’est pas de traiter les gens avec condescendance. Je suis mexicain, comme pour toutes les origines, je sais qu’il y a du racisme envers les gens qui partagent ma nationalité. Mais je n’oserai jamais interdire l’usage d’un mot pour le simple fait qu’il est utilisé pour attaquer les gens de mon origine. Et je n’aimerais pas non plus que l’on me dise : « ne vous inquiétez pas, monsieur, vous n’aurez même pas le droit de lire des romans qui contiennent des injures contre les mexicains. Et vous rappelez-vous ce bouquin qui avait comme titre un mot utilisé pour insulter les mexicains ? On l’a modifié pour que vous ne soyez pas offensé. » Mais on me prend pour un enfant ? Cet effort puritain pour protéger les gens qu’on croit faibles n’est qu’une énonciation du préjugé sur la faiblesse de ces personnes.

Cette condescendance criminelle est donc la même que l’on est en train de nourrir par rapport à la population noire en Amérique. Qui dit que toute personne noire se sentira offensée par le simple fait d’entendre ce mot à la télé – même s’il n’est dirigé à personne ! –, ou de le lire dans le titre d’un roman du dernier siècle ? Si vous voulez parler du racisme, parlons donc de la généralisation comme quoi tous les gens avec une couleur de peau particulière seraient extrêmement sensibles à un mot. J’ai plus de respect pour vous, cher lecteur, que de supposer que vous vous sentirez offensé par le simple fait que je n’ai pas mis des petits astérisques au lieu du mot nègre ou nigger. Il est temps de commencer à traiter les gens comme des adultes. Parce que qui dit que, demain, si on suit ce chemin l’État ne décidera pas que nous sommes trop sensibles pour écouter certaines choses ? J’ai déjà entendu plus d’une personne dire que l’État devrait punir les gens qui utilisent ce mot, donnant au Big Brother le pouvoir sur ce qu’on a le droit de dire.

Pourquoi provoquer cette méfiance, ces pièges dans notre culture, qui provoquent des malaises même entre des amis, où c’est la confiance et non pas la méfiance qui devrait régner ? La paix vient toujours de la main du dialogue. Et ce n’est pas en interdisant des mots qu’on aura un dialogue.

 

J’aurais voulu que la soirée se termine sur de la bonne musique, sur des anecdotes, sur des sourires et des pupilles dilatées. Mais même entre amis, ma maladresse et ma méconnaissance des frontières culturelles ont terminé par faire tomber une lourde pesanteur sur nos épaules. Après deux ou trois efforts de reparler du sujet, pour clarifier l’épisode, pour exprimer les pensées que j’ai mentionnées ici, Peter et ses camarades continuaient à prétendre que rien ne s’était passé. De bonnes intentions, sans doute inspirées par la peur de tomber sur un débat trop violent pour une fin de soirée tranquille. J’ai repris un verre avant d’aller me coucher, en me disant que je méditerais sur cet épisode pendant un long moment. La musique s’était arrêtée et tout le monde se préparait pour partir. Une fausse expression de tranquillité se dessinait sur le visage d’un de mes camarades. La méfiance pouvait se tâter avec les doigts. « Bonne nuit. Bonne nuit ». Même pas une blague par rapport au sujet. Une fois que tout le monde est parti, le sentiment de malaise est resté dans la pièce, flottant au-dessus de la table et entre les chaises. Le vent froid derrière la fenêtre paraissait encore plus attirant. Peut-être qu’ils avaient raison, mais ils n’ont pas voulu en parler. Peut-être. Ou peut-être que, après tout, cette histoire de puritanisme ne vient que de notre éternel désir d’être traités comme des enfants.

J’ai eu des amis d’origines différents. Quand les choses vont bien, on se permet de faire des blagues sur nos origines, sur nos complexes, sur nos malheurs. On est en confiance et on sait bien qu’on peut assumer la bonne volonté de l’autre. Quand les choses vont mal, personne n’ose se prononcer sur ces sujets. Aujourd’hui, les choses vont mal entre les gens à niveaux de mélanine différents. Comment va-t-on en parler si on met des pièges à nos propres mots ?

 

Alejandro AO

 

En savoir plus :

Fabienne Faur, AFP (2015). The ’N-word’ is the ‘most powerful word in the English language’. Business Insider. Disponible en ligne : https://www.businessinsider.com/afp-the-n-word-in-america-a-term- loaded-like-no-other-2015-6?IR=T

Geoff Arkens (2008). Hip-hop culture and America’s most taboo word. Sage Journals. Disponible en ligne : https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1525/ctx.2008.7.3.38