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Est-il réellement utile de confiner les populations ?

Est-il réellement utile de confiner les populations ?

Lorsque cette nouvelle année a commencé, et on parle ici de 2020, il est impossible de ne pas penser aux périodes inédites de mars et novembre. Les deux confinements que nous avons vécus l’année dernière nous ont montré que les limites du possible sont bien plus éloignées que l’on ne le pensait. Qui aurait imaginé en 2019 que nous devrions remplir une attestation pour sortir dans la rue, que l’on nous imposerait un couvre-feu, que nous serions en guerre ? Mais le plus étonnant, et ce dont je veux parler aujourd’hui, est l’efficacité des confinements que nous avons adoptés. Quoi que l’on nous dise à la télévision ou dans les journaux, leur efficacité n’est pas aussi claire que l’on ne le croit. Quelles sont les vraies raisons pour lesquelles certains pays ont décidé d’adopter cette stratégie ?

En effet, la pratique du confinement semblerait être fiable. Mais, finalement, cela n’a-t-il pas failli deux fois de suite ? On a bien vu comment la quantité de cas par jour diminuait après le confinement. Mais qui dit que l’on n’aurait pas atteint des résultats similaires sans payer le prix exorbitant des confinements ? Le coupable est un article devenu viral, publié fin mars par Flaxman et al de l’Imperial College de Londres, intitulé Estimating the effects of non-pharmaceutical interventions on COVID-19 in Europe. Absolument tous les journaux que j’ai pu trouver, qui défendent l’instauration de cette mesure, citent cet article comme la preuve que le confinement d’avril, à lui seul, aurait sauvé énormément de vies. L’étude défend que, début mai, le confinement aurait sauvé environ 700 000 vies en France et 3.1 millions de vies en Europe. De plus, les chercheurs assurent que, seul, le confinement est responsable, toutes les autres mesures – la distanciation sociale, les fermetures des locaux, la fermeture des écoles – n’ont visiblement aucune importance. La table 1 (Extended Data Table 1) montre leurs estimations des vies sauvées grâce au confinement du printemps ; je l’ai extraite directement de leur article.

 

 

Cette étude a commis plusieurs graves erreurs, dont on parlera peut-être ultérieurement, mais pour l’instant, je vous invite à regarder cette table plus attentivement. Tout en bas vous avez l’effrayante conclusion que la quantité totale de vies sauvées en Europe, grâce au premier confinement, tourne autour de 3.1 millions. Mais repérez-vous quelque chose qui ne va pas dans la table ? Je vous rappelle que c’est cette étude que tout le monde cite – des journalistes et même des scientifiques – pour défendre le confinement. Vous avez trouvé ? … Qu’est-ce que la Suède fait là-dedans ? Comment peut-on calculer que le confinement suédois a sauvé 26 000 vies s’il n’y a pas eu de confinement en Suède ? De plus, les « confinements » des Allemands, Suisses, Norvégiens et Danois sont beaucoup plus proches des mesures prises par la Suède que du confinement français ! Le confinement danois, par exemple, consistait à interdire les rassemblements de plus de 10 personnes.

Celle-ci n’est pas la seule faute de cette étude, mais c’est certainement la plus grave. Il est stupide de supposer que le taux de contamination – et donc le taux de mortalité – serait resté le même malgré toutes les autres mesures ; la Suède en est la preuve.

Ce n’est peut-être pas la première fois que vous entendez l’argument de la Suède. Et vous savez peut-être que, en effet, la Suède a un taux de mortalité plus élevé que ses voisins. Mais la question est plus subtile que ça. Si on nous affirme avoir sauvé 3.1 millions de vies en Europe dont 720 000 en France grâce à un seul confinement, la question ne se pose même pas : il faut instaurer autant de confinements que l’on puisse payer. Mais, malgré les versions officielles, ces chiffres sont faux. Dans un modèle similaire à celui de ces chercheurs, développé par Philippe Lemoine (le code et ses calculs sont disponibles dans son site web [2]), il fait ce que les chercheurs auraient dû faire depuis le début. Il n’assume pas que le taux de contamination serait resté le même durant toute la période de l’épidémie. Il prend plutôt le comportement de l’épidémie en Suède (un vrai scénario sans confinement) et, en rajoutant quelques variables, le superpose sur les autres pays d’Europe. Il calcule ainsi un chiffre plus crédible des morts en Europe si tout le monde avait fait la même chose que la Suède. Sa conclusion est que la quantité de vies sauvées par le premier confinement est d’environ 50 000 en France et 200 000 en Europe.

Est-ce qu’une crise économique, psychologique et le sacrifice des loisirs d’une bonne partie de la jeunesse sont un prix trop cher pour sauver 200 000 vies en Europe ? Peut-être pensez-vous que le prix à payer est élevé, mais ce n’est plus aussi évident lorsque l’on nous dit que le confinement de mars, à lui seul, aurait sauvé plus de 3 millions de vies en Europe. Et si c’était aussi évident que ça, pourquoi nous ment-on en nous disant que le nombre de vies sauvées est de 3.1 millions ? Pourquoi a-t-on vraiment choisi de refaire un confinement en novembre ? N’aurait-il pas été plus utile de ne pas sacrifier nos commerçants et de chercher d’autres manières de contrôler l’épidémie ? Pourquoi n’a-t-on pas cherché d’autres mesures moins restrictives comme l’a fait, par exemple, l’Allemagne ?

La réponse, comme souvent en politique, n’est pas si simple et je n’espère pas tout détricoter ici. Le confinement n’est peut-être pas la façon la plus rentable de sauver des vies en France, mais il faut considérer tout ce qui entoure les décisions de notre gouvernement : c’est en partie grâce à la crise qui arrive que l’Europe a signé un prêt de 750 milliards d’euros [3] ; c’est grâce aux mesures prises que nos dirigeants sont plus aimés que les dirigeants de la Suède… sans compter que la présidentielle de 2022 approche à grands pas. Nous ne savons pas à quel point les autres restrictions ont été utiles. Mais on ne s’intéresse pas à leur efficacité, non. On sait que mettre en place un confinement a déjà marché pour faire baisser le nombre de cas par jour. Naturellement, cela fait monter la popularité de notre gouvernement. Nous avons donc reproduit la même chose en novembre. Pourquoi ferait-on les recherches supplémentaires pour éviter le confinement si cela a tellement d’avantages d’un point de vue politique ?

En vérité, je n’ai pas d’évidence pour assurer que les confinements n’ont pas été de bonnes mesures. Peut-être qu’ils l’ont été. Mais la question se pose : est-ce que le coût des confinements justifie les sacrifices que nous avons subis ? Pourquoi nous cite-on un article qui est si clairement faux ? Du moins, la décision de faire un deuxième confinement est maintenant un peu plus claire. Même si ce n’était peut-être pas le choix le plus sage pour le peuple, c’est un pari gagné pour notre gouvernement depuis le début. Une chose est claire, ce n’est pas que pour sauver des vies que nous sommes restés confinés pendant un quart de l’année 2020. Si sauver des vies de la manière la plus rentable avait vraiment été la seule motivation, on aurait bien pu faire autrement.

 

P.S. Cet article n’est censé inspirer personne à désobéir aux indications de notre gouvernement. Si une chose est claire, c’est que les pays les plus touchés par la Covid-19 ont un point en commun : ce sont des pays où les indications n’étaient pas claires, où il n’y avait pas un plan de lutte contre l’épidémie depuis le début, et où la population n’a pas suivi les recommandations officielles. Prenez soin de vous et suivez les recommandations du gouvernement.

 

[1] Flaxman et al (2020). Estimating the effects of non-pharmaceutical interventions on COVID-19 in Europe. Disponible sur : https://www.nature.com/articles/s41586-020-2405-7

[2] Lemoine, Philippe (04/12/2020). Lockdowns, Science and Voodoo Magic. Disponible sur : https://necpluribusimpar.net/lockdowns-science-and-voodoo-magic/

[3] Journal Le Figaro (21/07/2020). Les Vingt-Sept s’accordent sur un plan de relance à 750 milliards d’euros. Disponible sur : https://www.lefigaro.fr/flash-eco/plan-de-relance-europeen-les-vingt-sept-parviennent-a-un-accord-historique-20200721

 

 

Par Alejandro AVILA-ORTIZ

Bitcoin : trop beau pour être vrai ?

Bitcoin : trop beau pour être vrai ?

Sa mort imminente est régulièrement prédite, sa crédibilité est remise par des prix Nobel d’économie (Joseph Stiglitz et Jean Tirole), des banquiers centraux ou encore des politiciens. Et pourtant, en dépit des critiques à son encontre et de l’enthousiasme des aficionados des cybermonnaies, le Bitcoin continue de défrayer les chroniques. Et il y a de quoi ! Retour sur l’insolite histoire du Bitcoin…

Tout d’abord, il convient tout d’abord de faire une distinction entre le Bitcoin et le bitcoin. Le Bitcoin (avec un « B » majuscule) désigne une blockchain : une base de données dupliquée sur un grand nombre d’ordinateurs, pratiquement infalsifiable, enregistrant au fur et à mesure toutes les transactions validées par les membres du réseau. Le bitcoin (avec un « b » minuscule) désigne le jeton numérique qui s’échange sur cette blockchain. Tout commence, le 3 janvier 2009 à 18h15, Satoshi Nakamoto créait le Bitcoin. Personne ne sait qui se cache derrière ce pseudonyme. Un groupe d’informaticiens ? Un hacker ? Mystère ! La date de la création du Bitcoin n’est pas un hasard : à la suite de la crise des subprimes de 2008, l’économie gît dans un marasme. Satoshi Nakamoto, se rendant compte que depuis belle lurette le citoyen lambda n’a plus prise sur son propre pécule, offre une alternative à la monnaie fiat (monnaie émise par une banque centrale).

Mais le bitcoin coche-t-il toutes les cases pour être considéré comme une monnaie à part entière ?
Rappelons ici les trois fonctions de la monnaie que tout bon préparationnaire en classe ECE a appris en cours d’économie : intermédiaire des échanges, unité de compte et réserve de valeur. Le bitcoin est devenu un intermédiaire lors de l’achat d’une pizza ! Pour l’anecdote, cette première transaction a eu lieu en mai 2010. La pizza a été achetée pour la modique somme de 10 000 bitcoins. Rétrospectivement, cette pizza est l’une des plus chères au monde puisqu’en prenant en compte le cours du bitcoin début 2021, ces 10 000 bitcoins valaient 328 millions de dollars ! Cependant, le bitcoin n’est pas un intermédiaire des échanges… pour l’instant. En effet, contrairement au dollar ou à l’euro, l’usage du bitcoin comme moyen de paiement reste toutefois marginal : on s’imagine mal payer sa place en SAT ou payer un verre au Foyer en bitcoins. Contre toute attente, un nombre croissant d’entreprises spécialisées dans le digital et le numérique accepte d’ores et déjà le bitcoin comme moyen de paiement. Fin octobre 2020, PayPal proposait à ses utilisateurs la possibilité d’acheter, de vendre et de détenir des bitcoins sur leur compte. Mais certains spécialistes montent en épingle la volatilité du bitcoin et se montrent sceptiques quant à l’usage de cette cybermonnaie comme intermédiaire des échanges. Et pour cause, rien qu’entre janvier et décembre 2017, le prix du bitcoin est passé de moins de 1 000$ à près de 20 000$. Pas mal, non ? Néanmoins, cette ruée vers le bitcoin s’est tassée l’année suivante et son prix est descendu à des niveaux plus « modestes ». Le bitcoin peut donc s’apprécier ou se déprécier en l’espace de quelques mois voire de quelques jours. C’est cette forte volatilité qui met en doute la capacité du bitcoin à être un moyen d’échange stable.

Mais c’est surtout comme réserve de valeur que le bitcoin présente du potentiel. Ce qui du même coup explique l’engouement aussi bien des particuliers que des investisseurs institutionnels pour cet « or digital ». Oui, l’expression est lâchée, le bitcoin apparaitrait comme un « or digital ». En effet, le bitcoin présente l’avantage d’être rare, divisible, portable. Rare car dès sa conception, le nombre de bitcoins a été limité à 21 millions d’unités : plus le bitcoin est miné, plus il est difficile d’en obtenir de nouvelles unités, ce qui assure sa rareté. Divisible car le bitcoin peut se diviser en « satoshi » (soit 0,00000001 bitcoin). On estime d’ailleurs que le dernier satoshi sera miné en 2140. Tout comme l’or, le bitcoin s’est révélé être une valeur refuge au cours du temps comme en témoigne l’histoire de Kristoffer Koch. En 2009, cet étudiant norvégien ayant entendu parler du bitcoin achète 150 couronnes norvégiennes (environ 18 euros à l’époque) pour acquérir 5000 bitcoins. Il laisse cette somme dormir sur son compte. En avril 2013, ces 5000 bitcoins valent désormais 5 millions de couronnes norvégiennes (615 000 euros à l’époque).

Récemment, des personnalités du monde des affaires et de la sphère financière s’intéressent davantage au potentiel du bitcoin. En 2017, Ray Dalio considérait que le bitcoin était une bulle spéculative. Récemment, il s’est rétracté. Il a affirmé sur son compte Reddit que « le bitcoin s’est stabilisé et est devenu un actif digital comparable et alternatif à l’or ».  En septembre 2020, MicroStrategy a acheté une 425$ million en bitcoin. Square, une entreprise de paiement situé à San Francisco, a acheté 50$ millions en bitcoin en octobre 2020.

Enfin, répondons aux objections des potentiels lecteurs qui seraient rester jusqu’ici sceptique sur le potentiel du bitcoin. Avant tout, je tiens à préciser que l’article que vous lisez ne constitue nullement des conseils d’investissements ou une incitation à acquérir du bitcoin.

En utilisant le bitcoin, les utilisateurs peuvent être victimes d’escroqueries ou d’arnaque. Oui, c’est un fait. Des utilisateurs malveillants peuvent abuser la confiance des particuliers en faisant miroiter des retours sur investissement alléchants. Ils utilisent ainsi des plateformes non agrées pour mettre en marche leur stratagème. Néanmoins, l’AMF (Autorité des marchés financiers) indique sur son site que le meilleur le plus sûr est de contacter leur service en cas de doute. Rappelons tout de même que les arnaques ne sont pas l’apanage du bitcoin puisque Bernard Madoff, célèbre gestionnaire de fonds, a sciemment escroqué ses clients qui lui confiaient leur pécule… en dollars !

Le bitcoin ne possède pas de valeur intrinsèque puisqu’il repose sur du rien ! Ce même raisonnement est valable pour les devises que nous connaissons bien. En effet, si autrefois, l’étalon-or garantissait la stabilité et la valeur des devises nationales, depuis 1976, les devises sont soumises au change flottant. En d’autres termes, la valeur des devises (yuan, yen, euro, dollar, etc…) repose… sur rien ! Exactement, la création monétaire dépend du bon vouloir des présidents des banques centrales qui peuvent injecter des liquidités sur le marché à loisir. A ce propos, la FED (banque centrale américaine) a injecté 500 milliards de dollars de liquidités mi 2020. Ce n’est pas le cas du bitcoin car il est une monnaie décentralisée (même si la Chine tend à concentrer le minage puisque l’énergie y est relativement bon marché). Et comme nous l’avons vu, miner un bitcoin devient plus difficile à chaque nouveau bitcoin miné. Aucun risque de voir la valeur du bitcoin baisser à cause d’une création massive de nouvelles unités (quantative easing).

Certes mais le bitcoin est une bulle spéculative et peut entraîner une crise. En effet, le bitcoin est volatile… tout comme l’est n’importe quel actif ! En 2000, les investisseurs qui s’étaient rués sur les entreprises de technologies ont perdu quelques plumes. Et pourtant quelques années plus tard, les entreprises les plus profitables étaient justement celles spécialisées dans les technologies (les fameux GAFA). En 2008, le marché immobilier s’effondre aux Etats-Unis avec la crise des subprimes. Et pourtant, des immeubles et des maisons sont toujours construits et le marché immobilier a su se redresser. Rien ne laisse à penser que si un jour le bitcoin venait à connaître une crise de la même ampleur que celles citées précédemment, il serait voué à disparaître définitivement. En outre, sur un actif quel qu’il soit est très risqué. Le bitcoin n’échappe pas à cette règle.

Les investisseurs qui veulent spéculer sur le bitcoin sur le court terme sont assurés de perdre des plumes. S’il est clair que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, voyons jusqu’où montera le bitcoin ces prochaines années.

 

 

Par JP Castorix

La cancel culture ou quand la société est une prison

La cancel culture ou quand la société est une prison

La cancel culture, également appelée la call-out culture, est la nouvelle pratique à la mode sur les réseaux sociaux, dans la presse voire dans certaines prestigieuses universités. Elle consiste tout simplement à dénoncer publiquement des propos ou des actions qui seraient perçus comme problématiques, ce qui permet l’ostracisation presque immédiate de leurs auteurs, ainsi que toutes leurs réalisations artistiques, littéraires ou même politiques. Ces dénonciations à l’égard de multiples personnalités médiatiques se sont multipliées, tel un désir de vengeance né d’une jalousie non assumée à l’égard de ces personnes qui ont mieux réussi que d’autres et dont il suffit aujourd’hui d’un mot pour assurer la chute.

 

La cancel culture s’observe dans deux cas de figures distincts : soit l’on est annulé, rayé de la carte pour des actes considérés comme universellement répréhensibles, soit pour des paroles qui sont considérées comme inappropriées selon des idéologies politiques précises. En effet, si la cancel culture dans l’histoire n’a pas été du fait d’une catégorie de personnes unique, elle est aujourd’hui souvent de l’initiative des personnes se considérant comme faisant partie de la gauche politique, et pas forcément à l’extrémité du spectre.

 

Dans la première occurrence, les cas d’études ne manquent pas et concernent typiquement des célébrités multipliant les victimes de leurs avances sexuelles insistantes qui dépassent bien souvent le stade de la simple remarque grivoise. Kevin Spacey est une victime toute trouvée de la cancel culture : après les nombreux scandales sexuels dont il a été l’objet, aucun réalisateur ne risquerait l’opprobre en l’incluant dans l’un de ses films. Et même quand Spacey a décidé de faire sa propre réalisation, le projet s’est révélé être un gouffre financier pour l’acteur qui ne s’en est jamais remis. Mais il y en a bien qui résistent à la cancel culture comme Roman Polanski, quand les méandres juridiques des affaires dans lesquelles il a été impliqué laissent la place au débat, au doute. Et puis surtout, l’affaire Polanski, ce n’est plus vraiment le combat entre lui et le féminisme, mais la lutte entre les vieilles institutions (ici l’académie des Césars) et les nouvelles. L’académie ne veut pas abandonner sa légitimité et son indépendance aux pieds de la bien-pensance des réseaux sociaux et les nouveaux activistes, profondément anti-Polanski, veulent la soumettre au joug d’une pensée souvent unique et formatée. Les rôles traditionnels s’inversent : une vague de jeunes activistes répressifs et sans merci contre une institution qui veut être la nouvelle figure désinvolte quand elle est plus souvent considérée comme conservatrice et poussiéreuse.

 

Si la cancel-culture est vue par la masse comme un moyen simple et efficace d’éradiquer les « moutons noirs » de la société, dans une vision assez puritaine de la chose, certains n’hésitent pas à perversement utiliser le système à leur avantage. Balance ton porc et le mouvement MeToo sont les premiers groupes généralisés de cancel culture, qui ont permis le développement de la discussion sur le viol, mais dans des conditions de délation qui ont fait autant de victimes qu’elles ont réellement fait tomber d’horribles têtes. L’exemple tout trouvé est celui paradoxal de la dénonciation du patron d’Equidia par Sandra Muller, qui a, elle-même, lancé le mouvement en France. Elle a recouru au name-dropping d’un homme avec qui l’affaire avait été réglée depuis longtemps seulement quand elle s’est rendue compte que son hashtag n’avait pas la popularité escomptée, décrédibilisant des milliers de victimes.

 

La cancel culture donne le pouvoir à qui sait la manier, mais entraine souvent les prêcheurs eux-mêmes dans la chute, quand la masse réalise qu’ils n’étaient pas si bons, après tout. La cancel-culture n’a pour maitre que l’arrogance humaine, et un simple mot dit il y a quelques années ou l’expression d’une pensée qui ne fait plus consensus aujourd’hui, voire qui a été reléguée au rang de pensée taboo peuvent annihiler la réputation du plus saint des personnages médiatiques. Il aura seulement fallu que J.K.Rowling donne son avis sur sa vision du genre pour que la réputation jusque-là immaculée de la créatrice du héros de toute une génération et fervente défenseuse des droits des minorités, se retrouve entachée à jamais. La cancel-culture se nourrit des pulsions moralisatrices et ne trouve aucune limite, même dans le temps. Elle a tenté « d’annuler », mais sans grand succès, des personnalités telles que Victor Hugo ou Colbert, et centre sa lecture du passé sur ses valeurs présentes, dans l’inconscience la plus aveugle. La cancel-culture est l’une des plus grandes menaces modernes à la liberté d’expression dans ce contexte, et ne laisse aucune place à l’évolution ou la rédemption des individus, elle oppresse la pensée, et bien plus qu’annuler les personnes, elle annule l’esprit critique et la réflexion.

 

Au lieu de simplement alimenter les discussions sur telle action qui ne devrait plus être reproduite de peur d’offenser certaines catégories de personnes ou certaines figures historiques qui ne devraient plus trôner au milieu de places publiques, la cancel culture va plus loin. Elle accuse et interdit à coup de moralité et de réputation ou de carrière brisées, elle répand la terreur du mauvais mot sur les réseaux sociaux et promulgue l’amnésie totale pour des choses qui ne peuvent décemment pas être oubliées. Elle est avant tout ici comme un goulag des démocraties modernes où la mort sociale est bien plus grave que la mort véritable. Il suffit de trouver des clichés compromettants d’une figure dont il faut se débarrasser, même si le caractère controversé de la chose est très récent, pour ne plus jamais en entendre parler. Il suffit de déterminer des propos problématiques, sans même expliquer pourquoi ils le sont, et aller accuser quelques personnalités d’avoir un jour, en l’an de grâce 2012, prononcé un mot qu’elles n’auraient pas dû dire.

 

Le plus dangereux est que, loin d’être un phénomène contrôlé par quelques personnes, tout le monde se prend au jeu de l’Inquisiteur sur ce grand Tribunal de l’Index qu’est devenu Twitter de peur d’être la prochaine victime. L’hypocrisie est de mise et cette nouvelle forme de collaboration numérique est aussi abjecte qu’elle fait froid dans le dos.

 

 

Par Sarah VAUTEY

2020 est mort, vive 2021 !

2020 est mort, vive 2021 !

Une tragi-comédie en cinq actes sur ce qui nous attend

 

Préface

Bien que ce titre emprunte à une tradition royale salique depuis bien longtemps dépassée, force est de reconnaître qu’il n’en reste pas moins éminemment loquace. En effet, à cette heure, que retenir d’une année dessinée à l’encre rouge par une pandémie mondiale qui aura ravagé en l’espace de 365 jours chrono toutes nos conceptions sociétales, mercantilistes et solidaires sinon 365 jours de douleur ? Que retenir de cette année sinon rien d’autre qu’une dystopie cruelle que nous n’aurions même pas imaginé vivre dans nos cauchemars les plus fous ? 2020 est mort, fait incontestable. Mais la Covid-19, elle, est restée parmi nous comme ce bout de sparadrap usagé qui ne nous lâche pas. Vive 2021 ! Vive ce temps attendu de renouveau qui saura, on l’espère, assouvir les désirs de chacun et nous faire oublier une année marquée par la spoliation, les peines et les regrets. Cette année 2021 remplie de promesses l’est aussi d’un point de vue purement politique. Car, comme chaque nouvelle année, les acteurs du monde politique ont fait leur vœux, les maquillant comme toujours d’une touche éternelle de grand cœur, de fausse note ou de langue de bois. Qu’en sera-t-il vraiment ? Nul ne le sait bien que tous s’y essayent. Pour l’heure, à défaut de pleurs et de désespoir, c’est plutôt à l’optimisme que nous espérons vous entraîner à travers un article tragi-comique en cinq actes sur l’actualité politique internationale qui se profile à l’horizon.

 

L’exposition
Acte 1 : Joe Biden, entrée d’un vétéran de la politique sur la scène internationale

Ça y est ! C’est la dernière ligne droite pour Joe Biden avant l’investiture officielle. Peu importe les accusations répétées de Donald Trump sur la légalité des votes, le démocrate de 78 ans sera bel et bien assis dans le bureau ovale de la Maison-Blanche le 20 janvier prochain en qualité de 46ème président de la nation la plus puissante du monde. A ses côtés, la californienne Kamala Harris, de 22 ans sa benjamine, deviendra la première femme noire vice-présidente des Etats-Unis d’Amérique, premier pas depuis la retraite de Barack Obama vers une reconnaissance de la communauté afro-américaine. Ensemble, ils s’embarqueront pour un voyage de quatre ans qui semble déjà parsemé d’obstacles. Le premier ? Donald Trump toujours. Le millionnaire américain n’a pas encore dit adieu à la résidence présidentielle et le début de mandat démocrate pour le couple Biden-Harris semble prendre de plus en plus la forme d’un piège scabreux tendu par l’ancien animateur de The Apprentice. Légalement d’abord car ce premier n’a pas digéré la victoire électorale de son opposant par 306 voix de grands électeurs contre 232. Il a ainsi bloqué systématiquement chacun des votes cruciaux qui ont suivi pour la nouvelle administration que ce soit à propos du budget de la Défense ($700 milliards) ou de celui de la relance économique ($900 milliards) à tel point que son propre camp, excédé par une vendetta personnelle, s’est rallié à l’adversité démocrate. Pire, « sa garde rapprochée » s’est donnée pour mission de conduire une « rébellion » contre la décision des urnes et « The Donald » cède un dossier nucléaire iranien très instable à son successeur désigné. Le deuxième ? Le camp républicain. Certes, Joe Biden a remporté le 14 décembre dernier la course à la présidentielle américaine mais le pouvoir présidentiel demeure bien inférieur à son égal français. Sans le soutien du Congrès, le candidat victorieux aura du mal à tenir les engagements de son programme. C’est donc en Géorgie que la présidence Biden va se jouer, là où sont suspendues les deux dernières places de la chambre haute. Sans ces places, qui donneront la majorité sénatoriale, il aura, malgré lui, pieds et poings liés, poursuivant une politique sensiblement proche de celle de son prédécesseur, notamment dans son rapport à l’émergence chinoise. La tension est d’ailleurs telle que les dépenses de campagne ont atteint un niveau jamais vu auparavant ($½ milliards selon Adage et Kantar) illustrant un vote extrêmement serré où les deux présidents se sont lancés à corps perdus dans la bataille. En l’absence de problèmes électoraux, la présidence Biden prendra trois directions privilégiées : la santé en réformant l’assurance-maladie, le commerce en améliorant les relations commerciales et l’industrie verte en soutenant la production américaine dans le respect des normes environnementales.

 

Le nœud dramatique
Acte 2 : Divorce consommé entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne

Un demi-siècle d’aventure commune et le Royaume-Uni vient enfin de dire adieu à l’Union Européenne. « Je t’aime moi non plus », voilà une expression qui aura tout du long paru convenir pour qualifier le rapport mutuel entretenu par les deux entités depuis 2016, rapport porté à son paroxysme lors de la veillée de Noël, date à laquelle la Grande-Bretagne s’est félicitée d’avoir signé un « accord de commerce et de coopération » avec Bruxelles. Boris Johnson, l’actuel premier ministre britannique, véritable « M. Brexit », a entériné pour de bon un long chemin de collaboration avec l’Europe économique et solidaire depuis 1973. Pour Londres, le pragmatisme économique s’en est allé et la City a assumé le choix du retour à l’insularité et peut-être à l’isolationnisme. Pendant ce temps, l’UE est, elle, consciente d’avoir perdu son deuxième membre économique le plus important derrière l’Allemagne et son deuxième membre militaire le plus significatif derrière la France. Difficile de contester cette ambiguïté pour les deux institutions qui n’ont jamais vu les choses de la même manière. Mais l’UE n’est pas la seule à y perdre dans cette séparation. L’ex-journaliste du 10 Downing Street, se trouve désormais dans une position ô combien délicate. Paraphrasant à notre façon le « winter is coming » de la série à succès Games of Thrones, pour « BoJo », « north is coming » est avec lui le mécontentement d’une grande partie du peuple britannique. A la tête de ce malaise, les Ecossais semblent tenir la dragée haute, eux qui se sentent définitivement trahis d’avoir dû quitter de force une union dont ils partageaient les valeurs et la destinée (NDLR : victoire en 2016 du « yes » à 62%). Nicola Sturgeon, l’actuelle première ministre écossaise, a d’ailleurs profité de cette situation pour appeler les indépendantistes à ne pas relâcher leurs efforts en la matière et condamner une politique londonienne unilatéraliste et technocratique. Pour la capitale, la menace indépendantiste pèse de manière croissante et le « north is coming » semble progressivement se transformer en prophétie annonciatrice : « Scotish independance is coming ». Du reste, la fluidité commerciale a pris du plomb dans l’aile faisant parfois ressurgir dans les esprits malins les vieux démons irlandais. A voir si pour le Royaume-Uni la route à suivre maintenant se rapprochera plutôt du proverbe bien connu : « mieux vaut être seul que mal accompagné » ou, de ce qu’en juge Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE : « Ce qui change, c’est que le pays qui nous quitte va être seul et que nous, nous restons ensemble. »

 

Les péripéties
Acte 3 : Résurgences et fascinations asiatiques

Incontestablement, l’Asie, à la différence de toutes les autres régions du monde, ne sort pas exsangue d’une année de crise sanitaire. Au contraire, pour elle, les perspectives d’amélioration sont réelles. La plupart des pays asiatiques ont su gérer la crise et la Chine, leader économique mondial, est en passe d’atteindre le niveau historique de 2% de croissance du PIB au premier semestre lorsque la récession est le maître mot de quasiment tous les autres pays du globe. Selon les experts, banques d’investissement comme organisations internationales, « l’Empire du milieu » serait même capable de creuser un écart notable en 2021 et retrouver 8% de croissance dès la fin du cycle. Les ventes de détail sont en hausse de 5% et la Chine tire de nouveau la production et la consommation mondiale à grandes enjambées tandis que les exportations risquent de créer une agréable surprise pour l’économie chinoise. Et comme les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules, la Chine a signé le 30 décembre un « accord de principe » sur les investissements avec l’UE, évidemment profitable. Cet accord ne doit pas masquer pour autant les différents entre Chinois et Européens surtout que la condition contractuelle émise par l’Union Européenne au sujet de la lutte contre le travail forcé des Ouighours en particulier n’est pas certaine d’être respectée car la Chine n’est pas une habituée du respect des normes internationales. A son entrée à l’OMC en 2001, elle s’était déjà engagée à ouvrir complètement son marché intérieur, ce qu’elle s’est refusée à faire ensuite. Ainsi, au regard des acceptations chinoises dans l’accord, seule l’Allemagne constitue un gagnant côté européen (ouverture du marché des voitures électriques). La France, par exemple, ne semble pas pouvoir se contenter de quelques hôpitaux. L’Asie continue de susciter les convoitises grâce à ses milliards de consommateurs potentiels mais à concurrencer en grande partie de façon déloyale. Chantage ou stratégie efficace ?

 

L’intrigue
Acte 4 : Le Moyen-Orient, foyer de troubles

« La mer Méditerranée, mer de tous les dangers », tel est hélas le constat opéré à l’aube de cette nouvelle année 2021. Depuis le départ américain du Moyen-Orient, la région n’a cessé une fois de plus de sombrer dans les troubles sociaux, politiques et économiques. Le principal gagnant de cette déstabilisation régionale a été la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Fort de ces interventions militaires en Syrie, au Liban et dans le Caucase, le président turc continue désespérément de chercher à satisfaire de nouvelles velléités expansionnistes. C’est désormais l’Irak qui paraît constituer une cible de choix pour le président de l’AKP afin de faire d’une pierre trois coups : neutraliser le PKK, sempiternel adversaire de l’AKP, réduire la présence des Kurdes dans la région et éventuellement atteindre les champs de pétrole irakiens. Et pour ne rien arranger à l’affaire, l’Irak vient d’ailleurs de voter un budget de crise à cause de la baisse des cours du pétrole, lui qui représente la quasi-totalité de ses recettes. L’Irak s’attend donc à voir son dinar être dévalué de 25%. Au Sud, Israël aussi s’est englué dans une crise politique historique. En moins de deux ans, ce sont les quatrièmes législatives anticipées qui sont programmées pour mars 2021, un record d’instabilité dans l’Histoire. La formation d’une coalition gouvernementale fragile autour du centre et de la droite au printemps dernier aura donc cédé en cette fin 2020. Unis sous couvert du vote d’un seul budget pour les années 2020 et 2021, Benyamin Netanyahu et Benny Gantz ont mis fin à une collaboration de près de 9 mois qui place une nouvelle fois la Knesset (NDLR : l’assemblée israélienne) dans un véritable chaos. Si « Bibi » Netanyahu pense pouvoir jouer les « contorsionnistes », il devra toutefois composer avec son rival centriste et les désertions de son propre camp du Likoud. 2021, enfin, c’est aussi l’année inespérée pour une détente entre Américains et Iraniens. Mentionnée précédemment dans les lignes sur l’état de la bureaucratie américaine à l’étranger, la situation en Iran demeure particulièrement ardue. Suite à l’exercice des « pressions maximales » de Donald Trump, l’Iran du modéré Rohani espère renégocier avec la nouvelle administration Biden et les grandes puissances pour élargir son influence et ses missiles balistiques. Une mission délicate lorsqu’on sait qu’il ne reste que 6 mois avant les prochaines élections iraniennes qui pourraient couronner l’arrivée au pouvoir d’une personnalité politique bien plus conservatrice que Rohani. L’enjeu est de taille et les responsables politiques ne s’y trompent pas surtout que les prédations politiques se sont accrues au cours de l’année passée comme avec le Maroc notamment à qui l’on a accepté les prétentions sur le Sahara occidental.

Le dénouement
Acte 5 : En Allemagne, clap de fin pour une géante bavaroise

Après presque seize années au pouvoir et quatre mandats consécutifs, Angela Merkel entame la dernière ligne droite de sa carrière politique en tant que chancelière allemande qui la conduira au seuil du 26 septembre prochain : une longévité exceptionnelle à la tête d’une des plus grandes puissances mondiales. Fin du règne merkelien donc, et pourtant, la démocrate libérale n’aura jamais autant fédéré, validant au terme de deux décennies de pouvoir près de 80% de popularité. Très peu portée sur les effusions de joie comme sur le pessimisme le plus rétrograde, challengeant les plus imposants adversaires à l’image de Vladimir Poutine lors de la crise ukrainienne de 2014 ou le président Erdogan dans le cadre des négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’UE, elle aura côtoyé pas moins de quatre présidents français, cinq premiers ministres britanniques et quatre présidents américains. C’est aujourd’hui une évidence, l’Europe du XXIème siècle, c’est en grande partie une Europe qui a le visage de la représentante de la CDU. Pour lui succéder, trois candidats s’élèvent dans les rangs de son parti de toujours : Friedrich Merz, ex-président du groupe au Parlement, Norbert Röttgen, président de la commission des affaires étrangères au Bundestag et Armin Laschet, premier ministre de Rhénanie du Nord Westphalie. Trois candidats pour prendre la relève d’un bilan sans aucune ombre au tableau, oui car Angela Merkel laisse un héritage impeccable dans la droite ligne des grands chanceliers allemands de l’histoire. Mutualisation d’une partie des dettes nationales, réaffirmation des objectifs climatiques, sauvetage de l’Union Européenne quelquefois même au détriment des intérêts allemands ou encore soupape de sécurité face à l’immigration soudaine au cœur des années 2010, la chancelière a tout réussi et s’en tire avec les plus beaux honneurs ; un dernier coup de collier pour la physicienne de Hambourg qui ne s’attendait surement pas à voir s’amonceler les événements dramatiques en cette fin de mandat. Dans la perspective de l’après-Merkel, c’est Friedrich Merz qui tient pour l’instant la corde sensible côté CDU selon le sondage de l’institut Civey pour le « Spiegel », rassemblant 33,4% d’intentions de vote, légèrement en avance par rapport à Norbert Röttgen (27,4%) et loin d’Armin Laschet (12,7%) qui subit les conséquences directes d’une gestion de pandémie hasardeuse. Au sein même des militants CDU, le classement ne bouge pas mais adoube le candidat Merz (44%) face à Laschet (13%) et Röttgen (23%). Face à eux, deux autres candidats hors CDU sortent également du lot : le candidat social-démocrate et actuel ministre des Finances, Olaf Scholz et le populaire Markus Soder, candidat de la CSU, parti frère de la CDU. Si les résultats des prochaines élections sont encore impossibles à prédire, une prédiction cependant s’impose, Angela Merkel laissera son siège à un candidat masculin.

 

Par Raphaël DELAGNES

Peut-on allier préservation de l’environnement et surconsommation ?

Peut-on allier préservation de l’environnement et surconsommation ?

D’après Jacques DELORS « La société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être ». Au fil du temps, la consommation, caractérisant l’acte d’un agent économique qui utilise ou transforme des biens et services en provoquant la destruction immédiate ou progressive des éléments consommés et donc économiquement destructrice de valeur (s’opposant à la production) n’a cessé de croître. Si elle est bien-sûr liée à l’augmentation de la population et donc aux besoins croissants de biens et services économiquement parlant, la consommation ne cesse d’augmenter année après année comme le démontre le jour du dépassement. En effet, la date à laquelle l’Humanité a épuisé l’ensemble des ressources naturelles que la terre peut renouveler (les forêts, les terres cultivables ou les poissons)  arrive chaque année de plus en plus tôt. Cette date, mesurant l’impact de l’Homme sur son environnement, est calculée à partir de l’empreinte écologique des activités humaines, et donc, des surfaces terrestres et maritimes nécessaires pour produire des ressources consommées et pour absorber les déchets de la population. De plus, elle calcule la capacité des écosystèmes à se régénérer et absorber les déchets produits par l’homme, notamment la séquestration du CO2 appelée bio capacité. Si, en 1970 la date était fixée au 29 décembre, elle est fixée au 4 novembre en 1980, au 11 septembre en 1990, au 23 septembre en 2000, au 7 août en 2010 et au 1er août en 2019. Deux planètes seraient alors nécessaires par an si tout le monde vivait comme les Chinois et 2,2 planètes comme les Américains.

 

Ainsi nous vivons à crédit jusqu’à la fin de l’année. Cependant, l’impact de la Covid-19 (confinement et ralentissement économique) a permis de diminuer l’empreinte carbone mondiale de 14,5% en raison de la baisse de consommation d’énergie fossile dans plusieurs secteurs faisant reculer le jour de dépassement de trois semaines. Mais peut-on imaginer reculer cette date de manière durable ?

 

La France, comme de nombreux autres pays, a donc un niveau de consommation situé au-dessus de celui des besoins normaux ou d’une consommation moyenne : sa population surconsomme. Rien qu’en France plus de 2,3 millions de tonnes de nourriture seraient gaspillées dans la distribution, 1,5 millions de tonnes dans la restauration et 6,5 millions de tonnes au sein même des foyers.

 

Du côté du secteur de l’habillement, la « fast-fashion » (mode éphémère ou collection éclair) caractérisée par le renouvellement très rapide des vêtements proposés à la vente plusieurs fois par saison, plusieurs fois par mois est de plus en plus présente. Les vêtements sont produits dans des séries relativement petites et les stocks étant très peu renouvelés, ces habits sont ainsi destinés à être vendus à un coût suffisamment bas pour que la clientèle soit fortement incitée à renouveler fréquemment sa garde-robe et à ne pas surseoir son acte d’achat dans l’attente des soldes de fin de saison.

Si elle permet aux différentes marques des différentes industries d’augmenter leur clientèle, et par conséquent leur chiffre d’affaires, cette technique est bien évidemment néfaste pour l’environnement. En effet, prenons l’exemple du jean, (22 milliards produits chaque année dont 63 millions pour la France), le vêtement le plus porté au monde qui, avant d’arriver dans notre armoire peut parcourir jusqu’à 65 000 km (soit l’équivalent d’une fois et demie le tour de la terre) et nécessite des centaines de litres d’eau. Le coton du jean est cultivé en Ouzbékistan, filé en Turquie puis teint en Bulgarie, la toile peut ensuite être tissée à Taïwan et le jean assemblé en Tunisie avant d’être livré en France. A ce circuit doit être ajouté l’utilisation de nombreux colorants, une importante quantité d’eau pour cultiver le coton et une consommation de pétrole ainsi qu’une émission de gaz à effet de serre, qui sera multipliée pour éliminer le jean, une fois jeté.

 

Par ailleurs, de nombreux acteurs incitent des millions de consommateurs à dépenser toujours plus grâce à des techniques rapides et peu coûteuses.

En effet, le géant américain Amazon dirigé par Jeff Bezos et présent dans le monde entier livre chaque jour des millions de colis avec une rapidité déconcertante. Mais ce e-commerce est responsable de l’augmentation du transport aérien et donc des émissions de gaz à effet de serre puisqu’en 2018 l’activité d’Amazon en aurait générées 55,8 millions, soit l’équivalent des émissions du Portugal en un an. Si la firme a tenu à rappeler son investissement pour le développement durable au travers de programme innovant visant à expédier dans l’emballage d’origine, son engagement pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris 10 en 2030 plutôt qu’en 2040 ou encore l’investissement de 100 millions de dollars dans la reforestation et une commande de 100 000 véhicules de livraison entièrement électriques, cette dernière serait responsable de la destruction de 3 millions d’invendus neufs rien qu’en France en janvier 2019.

 

D’autres promotions saisonnières impactent grandement l’environnement. En effet, lors du Black Friday initié par les Américains et  arrivé en 2013 en France, la surconsommation bat des records. Attirés par des promotions alléchantes, les consommateurs n’hésitent pas à acheter, quitte à renvoyer, action qui peut paraître anodine mais multiplie par deux le nombre de kilomètres effectués par les sociétés de livraison et 30% des retours eux seront détruits car vérifier si le produit fonctionne toujours, le remballer et le remettre en ligne pour le renvoyer quelques semaines plus tard coûte beaucoup trop cher. Il en est de même pour l’espace de stockage, qui ne cesse de se développer. On assiste à une artificialisation des sols et à l’étalement urbain. En Île-de-France, par exemple, 120 entrepôts logistiques de 5000 m² se succèdent le long des autoroutes entre Gennevilliers et Tremblay-en-France et, en tout, ce sont 20 millions de mètres carrés qui sont occupés par des entrepôts dans cette région et qui  représentent un quart du parc immobilier français, selon France Nature Environnement.

 

Ainsi des solutions sont développées pour faire face à l’impact de la surconsommation à travers le monde et notamment en France.

Afin de pallier les plus de 650 millions d’euros de produits non alimentaires neufs et invendus qui sont jetés ou détruits chaque année, le Sénat a voté en 2019 l’interdiction de l’élimination des invendus non alimentaires à l’image des vêtements, produits d’hygiène ou électroménager et s’inscrit dans le projet de loi lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire. Cette mesure devrait s’appliquer à partir de fin 2021 pour les produits disposant d’une filière de collecte de recyclage dit RP et fin 2023 au plus tard pour les autres.

 

Pour faire face à cette surconsommation de nouvelles formes de consommation se sont développées. En effet, Blablacar en est un exemple et permet ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre. De même, un engouement apparaît ces dernières années pour l’achat d’occasion : acheter des objets ou des habits déjà portés permet d’acquérir à un coût moins élevé pour l’acheteur et de réduire son impact environnemental tout en évitant au vendeur de jeter ce qui pourrait encore servir.

 

Se développent également des enseignes privilégiant l’achat en vrac permettant d’économiser les coûts d’emballage et de réduire l’impact environnemental causé par leur fabrication et leur destruction. Des commerces solidaires voient également le jour, avec des particuliers qui n’hésitent pas à vendre leur création à l’ère où le « fait-maison » bat son plein (cosmétiques, entretiens ménagers…) et où le réutilisable est privilégié (cotons et couches lavables par exemple) même s’il faut bien souvent compter un temps de livraison plus long et un prix plus élevé que les enseignes comme Amazon. Arrivent également sur le marché des produits éco responsables comme la production d’un jean issu d’une fabrication française et composé entièrement en coton bio. Cela reste néanmoins une solution envisageable et durable écologiquement parlant même si la fabrication demeure fragile car la production de coton bio requiert beaucoup d’eau et est de moins en moins rentable. De plus, si le « tote bag » en coton, réutilisable, qui permet de remplacer les sacs en plastique s’est maintenant développé depuis quelques années et paraît bénéfique pour l’environnement, la réalité est que l’ensemble des stades de sa production à sa commercialisation, est d’autant plus polluant qu’un seul « tote bag » correspond à l’impact de 150 sacs en plastique sur l’environnement.

 

Ainsi, il est nécessaire de trouver le bon équilibre entre notre façon de consommer et les choix adoptés pour réduire l’impact de l’Homme sur l’environnement puisque si certains pensent réduire leur impact en agissant sur leur façon de consommer, l’adoption de ce changement n’est pas toujours le bon. De même, le développement croissant des entreprises comme Vinted, Airbnb, Blablacar est notable, mais la bonne volonté de leurs utilisateurs sera-t-elle suffisante pour contrer les entreprises de renommée mondiale aux capacités de financement stratégiques indétrônables ?

 

Par Léa MENARD

 

 

 

« 1 heure, 3 vies »

« 1 heure, 3 vies »

En consacrant seulement une heure de sa vie au don du sang, on peut sauver trois personnes. Trois individus avec une famille, des amis, des expériences, des objectifs, des rêves. Trois individus qu’on peut aider rien qu’en partageant ce qui est essentiel à notre survie : le sang. Acte gratuit et désintéressé, le don du sang n’est pourtant pas la première chose à laquelle on pense quand on souhaite s’engager dans une cause. Cependant, il n’en reste pas moins important.

Cela fait maintenant quelques années que Cheer Up TBS s’associe au Rotary Club et à l’EFS pour aider à organiser la collecte de sang géante « Mon Sang Pour Les Autres », place du Capitole. Chaque année, des bénévoles s’engagent à aider à la bonne coordination de l’évènement mais aussi établissent le contact avec les passants qui se révèlent souvent être enthousiastes pour donner. Marie Decallonne et Anaïs Levy, les membres motivées et dynamiques du pôle MSPLA de Cheer Up TBS, ont été ravies de vous accueillir lors de cet évènement d’exception, donneurs comme bénévoles, pour faire la différence ensemble.

L’année dernière, plus de 2200 personnes se sont présentées lors de l’évènement, faisant de MSPLA Toulouse la plus grosse collecte du partenariat Rotary/EFS. Cette année, malgré le contexte difficile qui nous a empêché de vivre pleinement l’année 2020, nous nous devons de rester optimistes et de faire de 2021 une année meilleure en la commençant avec un engagement altruiste. Que ce soient les bénévoles guides qui aident les donneurs à passer les étapes, les médecins qui sont les piliers centraux des dons ou les Sang’bassadeurs qui interpellent les passants et sans qui un quart des dons ne se feraient pas, tous se sont mobilisés pour une expérience toujours plus qualitative.

A Cheer Up, nous répondrons toujours présent pour aider notre prochain et notre participation à l’organisation de MSPLA chaque année est toujours un plaisir pour les membres de l’association. Cette année, le lien associatif a été mis en péril par la situation sanitaire et il est important de pouvoir se retrouver par tous les moyens possibles, en respectant bien évidemment les mesures de sécurité. Les évènements tels que MSPLA sont les meilleurs moyens de renforcer la cohésion et de faire rayonner l’association et l’école.

Alors oui, souvent on n’y pense pas. Souvent, on est tellement pris par le tourbillon de notre propre vie qu’on ne prend pas le temps de se dire : « Et si je me posais, juste une heure, et que j’aidais les autres ? ». Souvent, on n’y pense que quand cela nous touche personnellement. « Mon Sang Pour Les Autres », c’était l’occasion de s’arrêter et d’admirer la place du Capitole tout en donnant de soi gratuitement. C’était l’occasion d’appuyer sur le bouton « Pause » et d’échanger avec les bénévoles et les autres donneurs tout en mangeant le fameux saucisson fourni après le don. C’était l’occasion d’aller dormir ce soir-là et de se dire « J’ai aidé des gens ».

Cette occasion n’est pas perdue. Le don du sang est largement accessible en France. Que ce soit pour vérifier que nous sommes bien éligibles au don, ou bien chercher un point de collecte, et même pour prendre rendez-vous et éviter d’attendre trop longtemps quand on y va, tout est disponible sur le site de l’EFS, permettant ainsi à tout le monde de saisir cette opportunité.

 

« Une bonne année est toujours bienvenue », Proverbe islandais

A Cheer Up, notre porte sera toujours ouverte. Surtout pour remplir nos rangs ! Que ce soient des esprits aventuriers dans le pôle Into The Ride, des écrivains en herbe pour le pôle Communication, des organisateurs hors pair dans le pôle Evènementiel ou des négociateurs des plus coriaces au pôle Partenariat, l’association Cheer Up est ravie d’accueillir des nouveaux membres lors des cooptations de Janvier. Plus motivés que jamais, les membres 2021 ont hâte d’éteindre leur ordinateur et d’enfin se réunir dans des conditions normales.

L’amour est dans le pré (avec Valentin)

On a tous au fond de nous un petit esprit écolo qui nous encourage à faire des petits gestes pour la planète. Et il est très développé à Cheer Up ! Cette année, le pôle Partenariat et le pôle Evènementiel vous concoctent une Saint Cucul qui rendrait fiers les professeurs de RSE avec des roses en papier au lieu du plastique des années précédentes. Cette initiative est actuellement en cours de développement mais…c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ?

Sachez également que la situation sanitaire ne nous arrête pas ! Click’n’Collect, livraison « online », plein d’alternatives sont discutées pour vous permettre d’envoyer des jolies roses à vos amis, vos amoureux et même vos ennemis. Affaire à suivre…

 

Un safari-photo de la faune TBSienne

Les valeureux guerriers du pôle Partenariat ont traversé monts et merveilles pour se faire tirer le portrait. Déjà utilisée sur les évènements Cheer Up TBS, la borne Ouisnap nous accompagnera une fois encore cette année pour vous permettre de faire les plus beaux boomerangs et les mettre sur vos réseaux. Encore une raison de venir à nos évènements, une fois qu’on aura dit au revoir au Covid !

 

Zoom Business School

« Au vu du contexte sanitaire compliqué », « Pouvez-vous allumer vos caméras ? » ou encore « Now, I’m going to share my screen with you » ont été des couplets que nous avons entendu maintes fois au cours de notre semestre. Cette situation a été pesante et nous a obligé à trouver des solutions pour participer activement à la vie de l’école et avoir une intégration digne de ce nom.

Cheer Up n’a pas dérogé à la règle. Dans le but de s’assurer de la bonne entente et de la bonne intégration dans l’association, le bureau 2021 a décidé d’organiser à partir du 1er Février un tirage au sort chaque semaine de dix membres de l’association. Ces membres se réuniront pour une réunion totalement informelle dans laquelle ils pourront enfin apprendre à se connaître et échanger leurs idées, leurs impressions…

 

Le mot de la fin

C’est donc un parcours semé de défis et d’obstacles qui se dresse devant nous. Mais cela ne saurait nous arrêter. Face à la motivation sans faille du pôle Event, à l’énergie du pôle Into The Ride, au dynamisme du pôle MSPLA, au dévouement du pôle hôpital, à la créativité du pôle Semaine Contre le Cancer, à la vitalité du pôle Communication et à l’intuition du pôle Partenariat, l’année 2021 s’annonce pleine de promesses pour Cheer Up et nous ferons en sorte d’en profiter pleinement pour la rendre aussi inédite que possible, dans le meilleur sens du terme.

 

Axelle Bonafous, présidente de Cheer Up TBS