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Jeux Olympiques de Pékin de 2022 : le soft power chinois à l’épreuve ?


Publié le 21 janvier 2022

Les Jeux Olympiques d’hiver se dérouleront cette année à Pékin, en Chine, du 4 février au 20 février. Ces Jeux devaient être l’opportunité pour l’Empire du Milieu de redorer son image. D’autant plus que Pékin est la première ville au monde à avoir eu la chance d’organiser les jeux d’été (2008) et les jeux d’hiver (2022). Une fierté donc pour la Chine de Xi Jinping. Cependant, ce qui devait être une démonstration grandiose du soft power chinois, n’en sera rien : les sujets de crispation s’accumulent pour le gouvernement chinois.

 

L’importance du soft power pour la Chine

Pour asseoir leur puissance à l’échelle mondiale, le « soft power » est une arme efficace pour les Etats. Introduit par Joseph Nye, le concept de « soft power » ou « puissance douce » définit la capacité d’un Etat à influencer et à persuader un autre Etat sans pour autant le contraindre. L’Etat peut, par exemple, s’appuyer sur l’image qu’il véhicule à travers le monde pour montrer son « soft power ». De fait, dès le début des années 2000, la Chine a pris conscience qu’elle devait utiliser ce levier d’action pour redorer son image, en particulier en Occident. C’est pourquoi, la Chine a organisé ses premiers Jeux Olympiques d’été en 2008 à Pékin. Un événement mondial tel, que les Jeux Olympiques permettent au pays qui l’organise de renforcer sa position sur la scène internationale. D’ailleurs les Jeux Olympiques d’été de 2008 s’inscrivaient dans un contexte très particulier puisque les pays de l’Occident étaient gravement touchés par la crise économique et financière de 2008, provoquée par la crise des subprimes aux Etats-Unis. Une aubaine donc pour la Chine. De plus, lors de ces Jeux Olympiques, la Chine termine première au classement des médailles, devant les Etats-Unis.  Ces Jeux tombaient à pic pour un pays qui cherchait à retrouver un pouvoir d’influence conséquent à l’échelle planétaire.

Cependant, le « soft power » chinois n’est pas aussi influent que ce que la Chine espérait. En effet, lors de ces mêmes Jeux, des manifestations pro-tibétaines dénonçant l’occupation chinoise du Tibet ont eu lieu notamment lors du passage de la flamme olympique dans les rues de Pékin. Cet événement a été perçu comme une humiliation pour le pouvoir chinois et a également remis en cause la légitimité de la puissance chinoise en réaffirmant les limites de cette puissance. Par conséquent, les Jeux Olympiques, en plus de montrer la domination sportive d’un pays, ont également une portée politique forte non négligeable.

 

Des sujets de discorde affectant le pouvoir chinois

L’enjeu des Jeux Olympiques d’hiver de 2022 est de taille pour la Chine. Toutefois, si la Chine espérait se servir des Jeux Olympiques comme une vitrine, cela semble très mal parti. En effet, à deux semaines du début de l’événement, les problèmes s’accumulent pour le pouvoir chinois. Si selon les chiffres officiels du gouvernement chinois, qui d’ailleurs ne font pas consensus, l’épidémie est suffisamment maîtrisée grâce notamment à sa stratégie politique « Zéro Covid », la menace plane toujours, notamment avec le nouveau variant Omicron ou encore l’événement phare qu’est le Nouvel an chinois, qui aura lieu quelques jours avant les Jeux, c’est-à-dire le 1er février. Ces dernières semaines, la Chine compte près de 300 cas par jour, ce qui pour une politique zéro est relativement élevé. D’autant plus qu’il s’agit du record de nombre de cas depuis le début de la pandémie en mars 2020.

Autre problème que doit affronter la Chine : le défi du vieillissement de sa population. Même si la Chine affiche une croissance de l’ordre de 8% en 2021, l’économie chinoise ralentit puisqu’au dernier trimestre de 2021, elle enregistre une croissance de l’ordre de 4%. L’économie chinoise a été secouée par le scandale d’Evergrande, un géant immobilier lourdement endetté et menacé de faire faillite en septembre 2021. Le secteur immobilier représente ¼ de la croissance du pays. Mais le point de crispation provient d’une chute inquiétante de la natalité, qui est au plus bas depuis 45 ans. En effet, la politique de l’enfant unique, instaurée initialement en 1979 et qui a permis de réduire la croissance démographique chinoise, a crée un déséquilibre des sexes sans précédent du fait de nombreux avortements d’embryons de sexe féminin. Malgré son abolition en 2015, et l’annonce du gouvernement chinois en mai 2021 autorisant les familles à avoir jusqu’à trois enfants, la population chinoise ne cesse de décroître depuis 2010 notamment du fait de l’augmentation des coûts sociaux comme le coût des dépenses pour la santé ou encore le coût des retraites, ce qui désincite les familles à avoir plus d’enfants.

La question environnementale s’invite également lors de ces Jeux Olympiques d’hiver puisqu’ils auront lieu à Pékin, où seulement quelques centimètres de neige sont tombés sur les pistes de ski, ce qui laisse sous-entendre que la majorité de la neige sera artificielle, donc très consommatrice en énergie et en eau.

Mais le point de discorde le plus important reste la question du boycott diplomatique, initiée par les Etats-Unis en décembre 2021, et que subit la Chine depuis plusieurs mois. Il semble que l’Empire du Milieu ne pourra pas utiliser les Jeux comme il l’espérait…En effet, alors que les tensions sino-américaines ne fléchissent pas, les Etats-Unis ont mis des bâtons dans les roues à la Chine en faisant de la question des droits de l’Homme et plus particulièrement de la question de la région du Xinjiang, une affaire médiatique de premier ordre. L’Australie, le Royaume-Uni, le Canada ou encore le Danemark dernièrement (le 14 janvier) ont annoncé qu’ils n’enverraient pas non plus de représentants officiels à Pékin pour dénoncer la situation des droits de l’Homme et notamment des Ouïghours dans la région du Xinjiang. A contrario Poutine a affirmé qu’il se rendrait à Pékin pour la cérémonie d’ouverture des JO, montrant son soutien à Xi Jinping et renforçant leur entente. La Chine espérait donc laisser la question des droits de l’Homme sur le banc des JO, mais la réalité l’a rattrapé. De plus, ce boycott arrive à un moment où une autre affaire a secoué la Chine de Xi Jinping, l’affaire Peng Shuai : une joueuse de tennis qui a accusé en novembre 2021 un ancien dirigeant chinois être victime d’agressions sexuelles. Ces accusations ont été rapidement censurées par les autorités chinoises et l’athlète Peng Shuai a disparu pendant trois semaines avant de réapparaître et d’affirmer qu’elle n’avait finalement pas subit d’abus…Une histoire qui a évidemment suscité des doutes…

 

 

Quelles sont les conséquences d’un boycott diplomatique des Jeux Olympiques d’hiver pour la Chine ?

Le boycott diplomatique est un geste symbolique et politique fort donc, montrant la dimension géopolitique des Jeux Olympiques alors même que ces Jeux sont censés prôner la « neutralité politique » selon le principe numéro 5 de la Charte olympique. La Chine a menacé de lourdes représailles les chefs d’Etats qui cherchaient à politiser ces Jeux. Toutefois, si la « neutralité politique » est de mise, l’Histoire montre que les Jeux Olympiques ont pu être le théâtre de nombreuses confrontations politiques entre les nations. Par exemple, lors de la Guerre froide, l’URSS et les pays occidentaux s’affrontaient à travers les différents sports des Jeux Olympiques dans le but également d’affirmer leur puissance. De plus, de nombreux boycotts ont eu lieu entre 1956 et 1988 : le premier en date est celui des JO de Melbourne de 1956 qui sont boycottés par l’Égypte, l’Italie, l’Irak et le Liban et qui refusent d’y participer du fait de l’intervention franco-britannique sur le canal de Suez. Ces JO sont aussi boycottés par les Pays-Bas, l’Espagne et la Suisse en raison de l’invasion de la Hongrie par l’Union soviétique et la répression sanglante qui s’en est suivie.

Les limites de la politique chinoise se reflètent dans le boycott diplomatique des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin de 2022. La question de savoir si le boycott diplomatique sera efficace pour que la Chine décide enfin d’agir reste cependant incertaine. En effet, dans le passé, le boycott des Etats-Unis aux JO de Moscou de 1980, pour dénoncer l’invasion de l’URSS en Afghanistan, n’avait pas amené les troupes soviétiques à se retirer, puisqu’elles sont restées jusqu’en 1989. Néanmoins, cela avait permis d’envoyer un message politique fort. Toujours utile que le boycott diplomatique envers la Chine n’est pas passé inaperçu puisque les autorités chinoises ont réagi très rapidement à cette annonce en affirmant que ces pays « paieraient un prix fort ». Une menace directe mais qui reste floue : des sanctions économiques ? des rappels d’ambassadeurs ?…Le gouvernement chinois ne donne pas l’impression d’être particulièrement préoccupé par ces boycotts. En tant qu’hôte des JO d’hiver de 2022, la Chine se doit d’être crédible étant donné son poids économique et politique croissant. Les Jeux Olympiques et plus généralement le sport sont devenus des terrains géopolitiques majeurs pour les chefs d’Etats : depuis la deuxième moitié du XXe siècle, la course aux médailles (ou à la coupe) est devenue une illustration même de la puissance d’une nation. Si la Chine ne brillera pas autant qu’elle le souhaitait à l’international, la démonstration de sa puissance à la population chinoise, coupée du monde avec la censure d’internet et de l’information, lui permettra de consolider le pouvoir du Parti communiste chinois, priorité de Xi Jinping pour renforcer sa légitimité au pouvoir.

 

 

Par Jessica LOPES BENTO

1 Commentaire

  1. Adrien Javoy

    Super article très intéressant qui se lit facilement malgré la complexité du sujet.

    Réponse

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