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Le metaverse de Facebook, c’est quoi ?


Publié le 26 novembre 2021

Le 28 octobre dernier Mark Zuckerberg a révélé les projets qu’il avait pour les années à venir, projets sur lesquels il travaille en réalité depuis plusieurs années. Dans un premier temps les médias ont seulement relayé que Facebook devenait Meta, ce qui peut porter à confusion : l’application Facebook garde le même nom, c’est la maison mère initialement Facebook, Inc. qui change de nom et devient Meta Platforms, Inc. Le projet Zuckerberg reste finalement flou pour beaucoup.

 

 

 

Qu’est-ce qu’un metaverse ?

Pour poser les bases, le terme « metaverse » est la contraction des mots « meta » faisant référence à une vision de quelque chose dans son intégralité, dans son ensemble, et de « univers ». Le metaverse apparait dans les années 90 pour mentionner des mondes virtuels dans lesquels des individus peuvent interagir.

On le retrouve en effet pour la première fois dans le livre de science-fiction de Neal Stephenson, « Le Samouraï virtuel » paru en 1992. L’histoire se déroulant dans un univers futuriste et dystopique, le roman ouvre une nouvelle branche de la science-fiction. En 2011 sort au cinéma « Ready Player One » réalisé par Steven Spielberg, un film de science-fiction se déroulant en 2045 dans un monde chaotique où l’Oasis, un monde parallèle accessible à l’aide de casque de réalité virtuelle, devient une société virtuelle, véritable exutoire de toute l’humanité.  Enfin, en 2003 est également sorti le metaverse Second Life, un logiciel dans lequel ses utilisateurs incarnent des personnages virtuels dans un monde qu’ils créent eux-mêmes. En résumé, le metaverse est loin d’être un phénomène nouveau ! On a même pu voir de grandes enseignes comme L’Oréal organiser des évènements virtuels. Mais alors, quel est le projet du créateur de Facebook ?

 

 

Créer « le successeur de l’internet mobile »

Pour revenir d’abord sur l’industrie de Facebook, Meta Platforms donc, elle fait partie des géants du Web, les GAFAM et regroupe chaque mois, sur ses différentes applications (Facebook, Facebook Messenger, WhatsApp, et Instagram) près de 2,89 milliards d’utilisateurs. Créée en 2004, l’entreprise devient Facebook en 2005 et rachète en 2012 Instagram créé 2 ans auparavant. En 2014, l’entreprise de Facebook va également racheter la filiale Oculus créant des casques de réalité virtuelle avant de s’en servir pour créer Oculus Rooms permettant aux utilisateurs de créer leurs propres chez-eux virtuels. En 2017, apparaît Facebook Spaces qui permet, avec un casque Oculus et des manettes Touch, de rencontrer ses amis Facebook dans un univers virtuel, et « de passer du temps avec eux dans un environnement interactif et fun, comme si vous étiez dans la même pièce » comme l’explique Facebook dans un communiqué. Des avatars pourtant peu réalistes en grandeur nature qui se déplacent et bougent les lèvres au son des paroles, permet un échange sympathique entre amis avec des fonctionnalités vous permettant de vous retrouver dans divers univers, malgré des interactions tout de mêmes limitées. Facebook Spaces, laisse place en 2020 à Horizon. Encore en version bêta, le slogan de cette nouvelle plateforme est « Créer, explorer, ensemble. » et se présente comme «une expérience sociale où vous pouvez explorer, jouer et créer de manière extraordinaire. À Horizon, vous n’êtes pas un simple visiteur. Vous faites partie de ce qui rend le monde formidable. » (inscrit sur la page d’accueil du site internet) La plateforme semble similaire à Second Life. Dernièrement, en septembre, Facebook s’est associé à la marque de lunettes Ray-Ban pour créer des lunettes connectées pour prendre des photos et se connecter à Facebook. C’est le même système de fonctionnement qui a échoué les dernières années chez Snapchat et même Google, mais que Facebook espère apporter à ses utilisateurs pour les familiariser avec le domaine des objets connectés.

L’objectif de Mark Zuckerberg est de créer d’ici les 5 prochaines années, un metaverse qui pourra rassembler les différentes plateformes de l’entreprise en une seule. Il s’agit alors, en développant un ensemble d’expériences maximalistes et interconnectées aux confins du réel et du virtuel, de favoriser l’avènement de l’Internet incarné. Le metaverse de Facebook est une nouvelle collection d’espaces virtuels offrant une autre façon de s’adonner aux activités courantes sur Internet. Il est présenté, comme son nom l’indique, comme une sorte d’univers conscient de lui-même à l’intérieur d’un autre. Concrètement ce serait un ensemble d’espaces virtuels où vous pourrez créer et explorer avec d’autres personnes qui ne se trouvent pas dans le même espace physique que vous.

Le projet du « successeur de l’internet » est alors basé sur une nouvelle utilisation d’internet, une utilisation immersive grâce aux technologies de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée.  Ainsi nos simples conversations par messages ou des appels en vidéos pourraient devenir, avec l’utilisation des accessoires nécessaires, une conversation en face à face dans un environnement simulé. Plus exactement, Mark Zuckerberg l’explique comme « un environnement persistant et synchrone où nous pouvons être ensemble, qui, je pense, ressemblera probablement à une sorte d’hybride entre les plateformes sociales que nous voyons aujourd’hui, mais un environnement dans lequel vous êtes incarné ».

Cependant, l’objectif ultime du créateur de Facebook pour donner vie à ce projet est d’obtenir une nouvelle réalité alternative, jusqu’à présent inconnue et difficilement représentable, qui ne serait donc pas nécessairement une réalité virtuelle augmentée ou en 3D. La comparaison aux metaverses existant déjà n’est donc pas tout à fait adaptée, pour cette nouvelle version d’internet et une toute nouvelle génération d’utilisateurs.

Néanmoins, créer un metaverse semble être le grand saut technologique dans l’évolution d’internet des prochaines années. D’après Le Monde, selon le cabinet IDC, “les dépenses dans ce secteur devraient être multipliées par six entre 2020 et 2024, pour passer de 12 milliards à 72 milliards de dollars”. L’entreprise Meta n’est pas la seule à avoir ce projet. Epicgame, le géant des jeux vidéo, a levé des fonds pour renforcer son metaverse lié à Fortnite et faire de ce jeu, encore considéré comme un jeu vidéo, un metaverse. Plateforme dans laquelle des concerts virtuels du rappeur américain Travis Scott ou d’Ariana Grande, apparaissant sous la forme d’avatars, ont déjà eu lieu. D’autre part, Roblox, le free-to-play sorti en 2004 qui permet de créer des jeux avec un langage de script libre, rassemble 42 millions d’utilisateurs dans le monde avec son metaverse. La plateforme qui, elle aussi, a organisé un concert du rappeur américain Lil Nas X en novembre 2020 peut également investir et faire face au projet Zuckerberg d’ailleurs contesté.

 

 

 

Un projet qui fait débat.

Si les dirigeants de Facebook Inc. ont opté pour un changement de nom afin de montrer leur objectif et ce vers quoi ils veulent se diriger, beaucoup accusent Facebook de changer de nom pour avoir l’apparence d’un renouveau alors que les divers problèmes de l’entreprise sont toujours là. Certains pensent notamment qu’évoquer le metaverse permet de faire oublier les outils de modérations vivement critiquables depuis que France Haugen, ancienne employée a fait fuiter des documents internes à la presse démontrant que la plateforme faisait passer « son profit avant la sécurité » de ses utilisateurs. La protection des données des utilisateurs dans le projet du metaverse questionne donc beaucoup. Dans le même esprit, le recrutement de près de 10 000 européens par Facebook pour mettre en place son projet dans les 5 prochaines années pourrait être une façon d’amadouer l’Union Européenne et donc Bruxelles quant à leur vision méfiante des GAFAM surpuissante dont Facebook fait partie. Certains consommateurs de jeux vidéo affirment également être réticents à un mode de jeu avec le port de plusieurs accessoires durant des heures et se disent adeptes de la simple manette. Si Facebook énonce la période du confinement où il était compliqué de se retrouver pour mettre en avant son projet, pouvoir s’immiscer dans un univers parallèle peut être très addictif et entrainer des conséquences négatives sur l’utilisateur, qui verrait cet espace comme un espace refuge. Cependant complètement déconnecté de la réalité, et de par ses possibilités et son réalisme, « le successeur de l’internet » pourrait amener à un isolement social et un renfermement sur soi-même surtout pour les jeunes utilisateurs qui pourraient, comme l’explique la plateforme Horizon, créer ce que l’on veut, faire ce que l’on veut, et être qui l’on veut, entrainant l’acceptation de soi dans la vie réelle plus compliquée.

Enfin, les possibilités qui nous sont offertes par internet que nous connaissons aujourd’hui (regarder un film, jouer en ligne, acheter en ligne, commander des vêtements, commander à manger pour ensuite se faire livrer…) impactant déjà notre activité physique, le metaverse de Facebook risque également d’y contribuer.

 

Le metaverse, qu’on le veuille ou non semble être le grand saut technologique auquel nous devrons nous adapter, comme les anciennes générations l’ont fait pour l’arrivée d’internet. Si Mark Zuckerberg arrive à mener son projet à terme, et si l’avenir d’internet est géré par une seule entitée et pas décentralisée, alors la société Meta Inc. deviendrait surpuissante et même, poussée à l’extrême, jouer de la dépendance de ses utilisateurs. Mais avant qu’on en arrive là, il faut réussir à faire un métavers accessible partout (téléphone, télé connectée, ordinateur…), techniquement attractif avec un important système de protection et de modération des données, le défi est de taille !

 

 

Par Léa MENARD

 

 

1 Commentaire

  1. Adrien Javoy

    Je n’ai pas pour habitude de suivre l’actualité des nouvelles technologies mais j’ai tout de même trouvé le sujet intéressant et bien expliqué.
    J’ai particulièrement apprécié la partie débat autour de cette technologie. Un article sur les questions que posent le progrès technologique au niveau éthique pourrait d’ailleurs être intéressant : avis à bonne entendeur 🙂

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