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Le néo-obscurantisme ou comment la « morale » nous empoisonne


Publié le 14 novembre 2021

Vous l’avez sûrement remarqué, mais au pôle think-tank la mode est à la critique religieuse, et notamment dans son rapport à la modernité. L’influence néfaste de la religion sur le rapport de l’Homme à la Nature ainsi que le fanatisme religieux ont été dénoncés. Ces articles furent intéressants et je voudrais en poursuivre l’analyse. D’autant plus que Nietzsche a été cité…

Je vais donc en profiter pour faire une courte introduction à la philosophie nietzschéenne, souvent mal comprise. Pour ce faire, je vais partir du même point que Pierre Hognon dans son dernier article mais prendre un autre chemin :

« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous, les meurtriers des meurtriers ? » (Nietzsche, Le Gai Savoir)

En proclamant la mort de Dieu à la fin du XIXe siècle, Nietzsche ne fait que constater ce qu’aucun de ses contemporains n’accepte de regarder en face : Le Dieu chrétien autrefois si puissant s’est fait renverser par la modernité et ses avancées. Il a été tué par la foule moderne qui, encore aujourd’hui, se moque de lui. Le XXe siècle, ses deux guerres mondiales et le communisme, ne feront que confirmer ses dires : désormais, c’est au nom d’idéologies politiques et d’idéaux de sociétés parfaites que nous vivrons et perpétuerons des massacres.

La modernité tue Dieu et laisse les Hommes sans sens, sans guide, ils deviennent des « insensés ».

Maintenant que le constat de la mort de Dieu est posé, on est en droit de se poser une question : si Dieu, celui qui montre la voie et distingue entre « Bien » et « Mal », est mort, qu’advient-il de ces valeurs et de la société ?

Dans Généalogie de la morale, Nietzsche explique que ce que l’on prend aujourd’hui pour le « Bien » et le « Mal » en soi, ont été créés de toutes pièces par des êtres souhaitant s’en servir pour prendre le pouvoir. Le christianisme en étant l’archétype. Avec le christianisme, le faible, le malade, l’opprimé, le médiocre – aujourd’hui le discriminé, l’oppressé – sont les messagers du « Bon » et du « Bien ». Le faible éprouve de la haine pour le fort qui lui est supérieur, pour la vie qui a été injuste avec lui. En cela, Nietzsche est très critique du christianisme mais il lui reconnaît un point positif : la notion d’« arrière-monde », le paradis. En dénigrant le monde et la vie terrestre, les opprimés, les êtres du ressentiment, se tourne vers le Paradis dans lequel « les derniers seront les premiers » (L’Evangile selon Matthieu), et se parent de vertus comme l’humilité, la générosité, le pacifisme et tendent l’autre joue comme le préconise Jésus.

Cependant, la mort de Dieu à des conséquences graves : les êtres du ressentiment n’ont plus de paradis. Ils ne condamnent plus les « méchants » à l’Enfer s’ils refusent de les écouter et de se soumettre. Tout comme les valeurs véhiculées par le christianisme, le ressentiment s’est sécularisé.

L’analyse par la psychologie nietzschéenne permet de comprendre que derrière de grands préceptes comme l’« amour », la « justice » ou l’« égalité » se cachent en vérité haine, ressentiment et désir de vengeance. La Rochefoucauld ne disait rien de moins déjà au XVIIe siècle lorsqu’il écrit : « nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices cachés ». On peut ainsi avoir un regard neuf sur la société. On observe alors qu’un nouveau fléau est né du corps putride et en décomposition de Dieu : le nihilisme.

Nietzsche dit : le nihilisme, c’est la volonté du rien, car l’Homme préfère toujours vouloir le rien plutôt que de ne rien vouloir. Or, notre époque est ravagée par le nihilisme qui est semblable à un nouvel obscurantisme : haine de la vie et de la réalité, victoire des idéaux moraux abstraits, culpabilisation des peuples qui verse dans le masochisme, promotion du ressentiment et de la volonté de vengeance au nom de l’amour, de la justice et de l’égalité, pour finalement tout niveler, donc tout détruire.

En outre, alors que Dieu se réservait l’exercice de la « justice » au paradis : « C’est à moi qu’appartient la vengeance, c’est moi qui donnerais à chacun ce qu’il mérite » (Ancien Testament, Deutéronome 32.35), les êtres du ressentiment se confèrent eux-mêmes le droit d’exercer la « justice » selon leur propre « morale », une « morale d’esclave » dont le visage est double : assouvir le désir de vengeance au nom du « Bien ». C’est ainsi que l’on voit émerger des phénomènes comme l’antiracisme, le féminisme, le progressisme ou le socialisme, dont les partisans font preuve d’une intolérance rare : censure, condamnation professionnelle et judiciaire, lynchage médiatique et sur les réseaux sociaux, tout cela au nom de la tolérance, du « Bien » et du politiquement correct, comme ils auraient hier condamné les ennemis de Dieu.

Le grand secret de l’âme humaine que révèle Nietzsche, c’est le désir de vengeance qui sommeille au fond de chacun : le malade veut se venger de sa maladie, le faible de sa faiblesse et le laid de sa laideur. Le problème, c’est que ces malheureux ont besoin d’un coupable. Cependant, tenter de se consoler en s’imaginant faire partie des victimes ne fait pas disparaitre le malaise que ressent l’être du ressentiment. Le malade qui parvient à tuer l’homme sain ne guérit pas de sa maladie…

Les partisans de la justice sociale, de l’égalitarisme et du progressisme réclament réparation et s’inventent des coupables qu’ils vont jusqu’à fantasmer, jouant sur la corde – fort lucrative soit dit en passant – du pathos pour obtenir gains de cause dans leur quête de vengeance. Nietzsche compare les prêcheurs de la « morale » à des tarentules inoculant leur venin dans leurs victimes, les plongeants dans une profonde léthargie dont ils ne se réveillent pas.

Ces nouveaux prêtres sont semblables aux anciens voir pires encore. Ils sont prêts à sanctionner, punir et censurer s’ils entendent ou lisent des propos qui dépassent leur cadre « morale » étriqué qu’ils cherchent à imposer partout. Ils agissent au nom du « Bien » qu’ils nomment « valeurs », suivies d’un adjectif dont ils ne connaissent pas la signification : « républicaines », « démocratiques », « libérales » ou « humanistes ». G.K. Chesterton ne s’est pas trompé lorsqu’il écrit : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles »

Dans leur folie, les êtres du ressentiment sont tous les mêmes. Au fond, que ce soit le progressiste qui veut la déconstruction – autre mot pour dire destruction – de la civilisation occidentale pour la remplacer par une société parfaite, plus « juste », ou l’imam fanatique qui enjoint ses fidèles à se faire sauter pour l’avènement d’un monde parfait, celui de Dieu, les deux ont en commun un nihilisme profond. Seuls leurs « idéaux » diffèrent. Ils souhaitent simplement exprimer leurs pulsions les plus viles, ce qu’ils veulent vraiment c’est détruire, assouvir leur désir de vengeance.

Par Adrien JAVOY

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