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Pain au chocolat ou chocolatine ?


Publié le 11 octobre 2021

Après une bonne matinée de pêche, je me promenais avec ma petite guitare mexicaine sur le bord de la mer, à quelques kilomètres de mon village. Comme la plupart des villages au bord de mer au Mexique, le mien est assez connu comme un endroit enviable pour la pratique de la pêche de loisir. Ainsi, je venais justement de faire honneur à cette réputation en ayant passé une matinée bien remplie, durant laquelle je me suis occupé à lire, jouer ma guitare et ne rien pêcher.

Il était donc l’heure de la sieste quand j’ai aperçu un radeau qui flottait sur le bord d’un quai. Dans ma famille, on a toujours dit qu’il n’y a rien de mieux pour s’endormir que le va-et-vient des vagues de l’océan. Je me suis donc allongé dessus, mon sombrero sur mon visage pour me protéger du soleil, ma guitare bien accrochée à côté de moi, et je me suis abandonné dans les bras de Morphée.

Imaginez donc ma surprise lorsque je me suis réveillé, quand je me suis retrouvé dans un monde plein de monuments en pierre et où tout le monde semble avoir le nez bouché. Mon radeau, emporté par un courant marin, m’avait déposé au milieu d’une rivière qu’on appelle ici La Garonne. Quelques minutes plus tard, je débarquais sur le Port de la Daurade dans une ville dont la prédominance de la couleur rose m’a émerveillé. Je vais vous raconter, très rapidement, quelques détails intéressants par rapport aux gens qui habitent dans cette ville, où le destin et les courants marins m’ont emmené par pure coïncidence.

 

Le confit de canard

Ma première rencontre de cet étrange séjour fut avec un groupe de jeunes qui se retrouvait à quelques pas du quai où je venais de jeter l’ancre. Même si je ne parlais pas leur langue, je me suis dit que ce serait une bonne opportunité pour connaître des coutumes locales. Mon costume d’étranger a dû bien leur plaire, puisque je me suis fait inviter pour manger une spécialité du pays, dans un restaurant quelques rues plus loin. On m’a donc appris que, dans ce pays qu’on appelle Toulouse, on boit le vin le moins cher et le plus bon que j’ai goûté de ma vie, et on mange du canard, dont on n’a pas voulu me spécifier la préparation et dont le résultat final ne ressemble pas aux canards que j’avais vus dans mon pays, mais qui est tout de même exquis.

 

La bise

Avec ce même groupe de jeunes, j’ai aussi appris que dans cette ville, il est habituel de se dire bonjour en faisant quelque chose qu’ils appellent la bise. Après une courte recherche, on pourrait être emmené à croire que la bise consiste à embrasser l’autre personne sur les deux joues, et c’est bien à ça que ça ressemble. Mais en réalité, il faut être bien attentif puisqu’il ne faut surtout pas embrasser autre chose que l’air autour la joue la personne pour ne pas être pris pour quelqu’un de très bizarre.

Les jours qui suivirent furent remplis d’extase et de nouvelles rencontres. Je suis devenu assez proche de ce groupe. J’ai donc décidé d’intégrer la culture locale, de laisser mon sombrero chez-moi et de sortir dans la rue avec un habit de marin que l’on trouve assez traditionnel dans ce coin du monde.

Étant donné que la Fortune m’avait emmené dans ce nouveau monde, j’ai décidé de chercher un gagne-pain qui me permettait de contribuer dans cette communauté, du moins pendant mon séjour. Avec le temps, j’ai fait de plus en plus de connaissances et j’ai commencé à me constituer un réseau. Par contre, il parait que mes compétences en pêche ne sont pas très appréciées dans ce côté de la planète, surtout quand je ne pêche rien pour des longues saisons. J’ai pourtant trouvé un métier dans une boulangerie de la région pour m’occuper pendant mon séjour.

 

Pain au chocolat ou chocolatine ?

Très inspiré alors par cette nouvelle opportunité, le soir avant mon premier jour de travail, je me suis acheté le livre d’un boulanger assez célèbre pour apprendre les détails les plus importants de mon nouveau métier. Quelle erreur, que de prendre le livre fait pour une région différente ! Si vous aviez vu la tête que la boulangère a faite quand je lui a demandé quelque chose par rapport à un pain au chocolat. Comment aurais-je pu savoir que ce qu’on appelle du pain dans le reste du pays n’était pas vraiment du pain et que ce genre de confusions lexicales avaient le potentiel de causer une guerre civile dans ce territoire ? Tous les pays sont différents, mais je n’avais jamais vu un peuple qui donne une telle importance politique à ce qu’on vend en boulangerie. Je ne me serais jamais attendu au fait que même le président se sente obligé de faire un point sur l’appellation d’une viennoiserie pour apaiser la colère des gens d’une région. Je ne sais pas si les histoires que j’ai entendues jusqu’ici sont vraies, mais quelqu’un m’a dit qu’il y a quelques années, les gens de ce territoire ont apparemment décidé de commencer une saison de décapitations avec leur instrument de prédilection – la guillotine alors – parce qu’une dame assez bien placée avait osé faire une remarque un peu déplacée par rapport à la brioche. Je comprends donc tout à fait leur président qui voudrait évidemment faire le diplomate.

 

Des vacances rémunérées

C’est aussi à ce moment que j’ai découvert la positive relation que ce peuple a avec le travail. Chez-moi, comme il est bien connu, il y a deux choix possibles quand on veut occuper ses journées : soit on devient pêcheur qui ne pêche pas très souvent, soit on fonde une famille et devient l’esclave d’un employeur ; c’est-à-dire qu’on se soumet à neuf heures de travail par jour, six jours par semaine, avec le droit à cinq jours de congés payés par an. Avec un peu de chance et beaucoup de compétences, on peut monter les échelons et devenir l’employeur. Ce n’est pas un mystère pourquoi j’ai choisi la première alternative. Mais imaginez ma surprise dans ce nouveau monde, quand j’ai découvert que dans ce nouveau pays j’avais le droit d’être payé pour partir à la plage pendant plusieurs semaines par an ! Et si jamais je perds mon travail, je toucherai encore des allocations pendant que je m’occupe à pêcher sans rien pêcher pendant une année, le temps que je trouve une autre boulangerie où travailler. Un mélange sublime entre les deux alternatives que l’on propose dans mon pays !

Je comprends mieux pourquoi mes collègues sont tellement contents de cette organisation du travail qu’ils font une parade tous les samedis avec des habits réflecteurs en couleur jaune et avec des instruments de percussion. On m’a évidemment invité à les rejoindre, car les gens avec qui je travaille sont bien gentils, mais cette tradition est trop animée pour mon âme calme. Tout de même, je profite de la parade depuis la fenêtre sécurisée de la boulangerie.

 

Faites bien attention à la prononciation !

Je ne sais pas combien de temps je vais passer cette région avant de reprendre la route sur mon vaisseau et de rentrer au Mexique, mais j’espère que si vous venez, vous pourrez profiter également de toutes les excentricités de cette culture. Si vous passez par ici, faites spécialement attention à la politique de boulangerie, profitez des parades de fin de semaine, et particulièrement dans cette région, faites attention au lexique des viennoiseries. Une petite note, pas très en rapport avec le reste des points ici traités, mais tout de même utile pour les nouveaux : si vous tâchez d’apprendre la langue locale, faites attention à la prononciation et apprenez la surtout la prononciation de la région où vous allez vivre. Ceci est spécialement important si votre langue ne fait pas de différence entre les sons « ou » et « u ». Il m’a fallu dix essais en boulangerie et plusieurs claques des jeunes clientes pour découvrir que « merci beaucoup » ne se prononce pas « merci beau cul » dans la langue assez complexe de ce beau pays. J’espère que ces recommandations vous seront utiles si jamais vous vous réveillez dans un monde différent après la sieste.

 

 

Par Alejandro Avila-Ortiz

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