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Pourquoi notre obsession pour les serial killers ne connait (presque) plus de limites ?


Publié le 1 octobre 2021

Dans une société à risque comme la nôtre, où les éventuelles causes de la destruction prochaine de notre civilisation sont multiples et bien réelles, les tueurs en série représentant une menace plus que marginale piquent bien plus notre intérêt. De véritables stars pour certains, ils sont aujourd’hui les protagonistes de notre pause « détente » devant Netflix. Ils apparaissent dans de nombreux documentaires et biopics, générant des millions de visionnages mais aussi de débats sur l’obsession presque malsaine mais pourtant largement partagée pour leurs horribles exactions. Pourquoi les serial killers sont-ils au cœur d’une si grande fascination pour le Mal avec un grand M ?

 

Des anti-héros que l’on connait tous

La fascination pour des gens apparaissant pour le public comme au-delà de l’humanité, des monstres dont l’esprit nous sera toujours indéchiffrable et incompréhensible, peut aller très loin. L’exemple le plus parlant démontrant cette obsession est le phénomène de collectionner des murderabilia. Il s’agit d’un mot valise entre les deux termes anglo-saxons murder (assassinat, crime) et memorabilia (souvenirs) et désigne tout objet ayant appartenu à un criminel. Tout le monde peut s’y adonner, ces objets n’ont même pas besoin d’être mis en vente sur le dark web, ils sont déjà présents sur Internet. Cette tendance peut concerner absolument n’importe qui, je pense vous apprendre quelque chose en vous révélant que Laurent Ruquier, célèbre animateur et chroniqueur de la télévision, possède chez lui le four crématoire dans lequel le criminel Landru a brûlé ses onze victimes. La raison de cette achat n’était autre que la « fascination qu’il nourrissait pour le personnage », cette même fascination qui l’a poussé à écrire une pièce de théâtre sur le même homme.

En effet, le crime ne passionne pas que des collectionneurs tordus, elle réveille ce besoin chez tout le monde de comprendre les causes de telles infamies, d’essayer tant bien que mal de ne jamais se reconnaitre entre eux mais en même temps d’admettre bien volontiers que ces personnages horribles répondent à notre passion pour l’horreur, l’inexpliqué et le mystère. Les tueurs en série et les mystères les plus sombres sont à l’origine de vrais pèlerinages souvent impulsifs de « fans » de morbide ; la disparition d’Elisa Lam et le passé pour le moins troublant du Cecil Hotel à Los Angeles ont donné lieu à un pic d’occupation record du bâtiment par de nombreux investigateurs du dimanche. Cette tendance à « aller vérifier soi-même », à enquêter seul et retracer les pas des victimes comme des bourreaux ne date pas d’hier. La maison d’Ed Gein, connu non pas pour son nombre de victimes mais pour les objets qu’il fabriquait avec des parties de leur corps, a attiré les curieux des quatre coins des Etats-Unis dans les années 1950. Encore plus loin dans le temps, en 1888,  Jack l’Eventreur, au milieu de la panique et de l’émoi que ses crimes ont causés, a suscité également beaucoup de curiosité morbide amplifiée par le développement rapide de la presse papier.

 

Les serial killer remis sur le devant de la scène par les films et séries

Bien que le terme « meurtres en série » existait déjà dans les années 1960, il n’a réellement commencé à devenir un sujet d’étude et de discussion que dans les années 1970 grâce au FBI et à son travail de profilage. Le terme est utilisé dans les médias de masse aux Etats-Unis seulement en 1983, lorsque le ministère de la Justice tient une conférence de presse sur les recherches menées par le FBI et délivre au public Américain des chiffres effrayants sur la proportion de meurtres perpétrés par des serials killers. L’information génère alors une vague de panique qui enflamme les foules et crée l’opportunité pour les forces de l’ordre comme pour les grands médias de capitaliser sur l’anxiété populaire : le FBI est alors en mesure d’acquérir des financements colossaux de la part du Congrès pour éradiquer la menace « serial killer » tandis qu’un genre culturel populaire autour de la criminalité émerge (films, shows tv, livres…) et inonde un tout nouveau marché de « serial killer goodies ».

Avec le recul, il est clair que l’ampleur et l’incidence des meurtres en série ont été grossièrement exagérées au cours de cette période (il s’agissait et demeure toujours aujourd’hui un crime statistiquement insignifiant) mais la réceptivité du public Américain peut s’expliquer par le fait qu’ils avaient désormais un nom pour se référer à ces crimes qui étaient souvent inexpliqués et dont les motifs étaient souvent inexistants. Mais surtout, ils avaient un (beau) visage à coller sur cette nouvelle tendance du crime : Théodore Ted Bundy.

Bundy, qui avait été reconnu coupable et condamné à mort en Floride en 1979, est rapidement devenu une tête d’affiche du meurtre en série, non seulement en raison du nombre et de la gravité de ses crimes (Il a avoué 30 meurtres mais était soupçonné d’avoir tué plus de 100 femmes dans plusieurs États pendant plusieurs années) mais aussi parce que, à première vue, il semblait personnifier l’idéal américain : il était beau, charmant, instruit et avait même des aspirations politiques. Le décalage entre l’apparence et la réalité est devenu un trait distinctif des tueurs en série et est l’une des principales raisons pour lesquelles les Américains les trouvent si fascinants.

Mais une autre raison pour laquelle des tueurs en série comme Bundy, Jeffrey Dahmer, John Wayne Gacy et Aileen Wuornos ont inspiré la fascination plutôt que simplement la peur et le dégoût sont les circonstances et le cadre général dans lequel ils ont été présentés au public. Dès le début de la vague de panique devant l’émergence de ces nouveaux tueurs sans motifs et sans pitié dans les années 1980, les forces de l’ordre en général et le FBI en particulier se sont attachés à créer une image d’autorité en matière de meurtre en série, de montrer un certain contrôle sur la situation. À côté de la figure emblématique du tueur en série est apparue la figure tout aussi influente du profileur du FBI ou «mind hunter », spécialement équipé pour faire face à la menace posée par ces criminels vicieux et mystérieux.

 

Des best-sellers inspirés des pires menaces

De nombreux livres et séries retracent les débuts du profilage et il est assez connu que Thomas Harris, auteur du silence des agneaux, travaillait en étroite collaboration avec le FBI pour écrire ses best-sellers. On comprend donc bien que par le biais de la culture pop, les forces de l’ordre ont cherché à partager un contenu sur les serial killers qui se voulait fascinant, authentique mais également éducatif. Si le public américain et plus généralement tous les consommateurs de documentaires et autres séries sur le sujet peuvent se sentir presque coupables de montrer autant d’intérêt pour des personnages aussi machiavéliques, les médias de masse rassurent toujours la population. En effet, cette fascination est acceptable puisque  cette consommation à outrance de contenu sur la criminalité permet au public de se tenir informé sur les nouvelles recherches sur la psychologie criminelle, les procédures pénales existantes contre ce type de crime, les gestes à adopter en cas d’attaque tout en leur permettant de participer presque en temps réel à l’appréhension et à la condamnation des criminels.

Il n’est pas non plus difficile à comprendre que dans un monde où les conditions préalables à la célébrité ne sont pas la méritocratie mais la visibilité, des tueurs comme Dexter, Bundy ou Dahmer sont mis sur de véritables piédestaux et font l’objet d’autant d’attention.

 

 

Par Sarah VAUTEY

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