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La Turquie : nouvel acteur majeur des relations internationales ?


Publié le 18 juin 2021

Pour comprendre la politique de Recep Tayyip Erdogan, et donc de la Turquie à travers lui, il faut retourner aux origines du mal-être de la Turquie : le traité de Sèvres de 1920. Lors de la signature de ce traité, l’empire ottoman, nouvelle Turquie, a perdu plus de 1 million de km2, soit 60% de son territoire. Cela représente le point de départ d’un sentiment d’infériorité : les Turcs se sentent à l’étroit dans leurs frontières. Cela explique à la fois la politique agressive de Erdogan envers les Kurdes, qui veulent former un Kurdistan autonome en prenant une partie du territoire de la Turquie, et sa volonté de former une alliance avec la Russie pour s’imposer sur la scène internationale.

 

Que dire de la Turquie au PMO ?

Suite à une tentative de Coup d’Etat en 2016, soi-disant par un opposant au régime, Erdogan resserre son emprise sur le pays, qui est ainsi devenu une dictature. Il en profite pour se détacher de l’OTAN et se tourne vers la Russie dès aout 2016. En parallèle, la Turquie s’immisce petit à petit dans les affaires du Moyen-Orient. En effet, cela est du à plusieurs raisons : tout d’abord, la présence des Kurdes sur le territoire turc. La peur extrême de la Turquie est qu’un des trois autres pays où se situent les Kurdes (Irak, Syrie et Iran) leur accordent leur indépendance. Cela pourrait ainsi inciter la minorité kurde en Turquie à se soulever et réclamer, à son tour, son indépendance. Rappelons que le peuple turc se sent déjà à l’étroit au sein de ses frontières, donc il craint plus que tout de perdre à nouveau des territoires. Or, en 2005, un Kurdistan autonome est créé en Irak. A partir de cette date, la Turquie multiplie ses opérations militaires dans le nord de l’Irak, où se situe le Kurdistan autonome. Durant ces attaques, l’armée turque touche aussi des haut-gradés de l’armée irakienne. De plus, la Turquie se sert de l’excuse de la présence de Daesh dans la région, et plus particulièrement dans des camps kurdes, pour attaquer ces derniers. La Turquie veut donc apparaitre comme un arbitre régional, notamment en s’opposant contre Daesh ou en soutenant le président El Sarraj, légitimement élu et victime d’un coup d’Etat, en Libye.

Pour résumer les relations de la Turquie avec le reste du Moyen-Orient, un mot suffit : la peur. En effet, la Turquie fait peur : peur à l’Irak à cause de la présence du Kurdistan autonome, peur à la Syrie à cause de ses interventions militaires, peur au Yémen, puisqu’elle essaie de s’immiscer dans la guerre civile qui détruit déjà le pays, peur à l’Iran car elle essaie de s’imposer comme nouveau leader sunnite, et donc à l’encontre du chiisme. Mais la Turquie a aussi peur : peur de la Russie qui s’impose aussi sur son « pré-carré », peur de l’Union Européenne qui entretient des relations avec les pays du Caucase, peur des Etats-Unis qui la sanctionnent à cause de ses achats de missiles S-400 à la Russie. Cependant, si la Turquie est aujourd’hui une acteur majeur et incontournable au Moyen-Orient, ses relations au reste du monde sont bien moins claires, même si elle tend à s’imposer comme une nouvelle alternative face à l’american way of life qui s’est répandu dans le monde entier.

 

Que dire de la Turquie sur la scène internationale ?

Avant tout, il est important de noter la situation géographique de la Turquie. Cette dernière est un véritable carrefour entre l’Europe, le Moyen-Orient et la Russie. Cette position lui permet de bénéficier de certains avantages. En effet, la Turquie peut très facilement décider de se tourner vers l’une ou l’autre de ces régions pour commercer ou étendre son influence. Par exemple, pendant près de 50 ans, la Turquie a tenté d’intégrer l’Union Européenne. De 1964 aux années 2010, elle a renouvelé ses demandes d’entrer dans l’Union et oeuvré pour normaliser ses relations avec l’Europe. Cependant, lors de son arrivée au pouvoir, Erdogan a préféré se détourner de l’Europe pour se recentrer sur la Russie et le Moyen-Orient. Ainsi, Poutine et Erdogan sont aujourd’hui vus comme un duo incontournable du Moyen-Orient. Malgré des dissonances internes, comme la guerre civile en Libye ou les combats armés en Syrie, le duo Poutine-Erdogan gagne petit à petit en puissance et en résonance, notamment dans le Caucase (région correspondant à l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie). En effet, les deux pays essaient d’y imposer leur influence, afin de pouvoir remilitariser la région, et asseoir leur position de « troisième pôle » dans le monde multipolaire qu’ils prônent.

D’un point de vue commercial, il est primordial de noter que la Turquie est très dépendante de l’extérieur, et notamment de la Russie en termes d’importations énergétiques (la Russie fournit 11% des biens de la Turquie). De plus, la Turquie a plutôt un rôle de sous-traitant dans le commerce international : elle transforme des produits bruts, mais ne les accompagne pas jusqu’à leur statut de produits finis, ce qui fait qu’elle n’est pas indispensable dans le commerce, et ne possède surtout aucun monopole. A l’inverse, la Russie est indépendante en termes énergétiques, notamment au niveau du gaz, puisqu’elle possède 25% des réserves naturelles de gaz, et se situe donc en première ligne dans le cadre des exportations.

Ainsi, malgré un rattrapage significatif de la Turquie dans les relations internationales, elle possède encore des problèmes intrinsèques aux relations internationales qui l’empêchent de se positionner, pour l’instant, comme réelle puissance majeure du monde.

 

Par Elise CASADO

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