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Épuisement des matières premières : la France sous dépendance


Publié le 4 juin 2021

La concentration des matières premières dans un nombre restreint de pays, à la situation politique souvent instable, crée une situation de dépendance vis-à-vis de la France, mise en évidence dernièrement par la crise sanitaire. Cette dernière a conduit à une prise de conscience des pays occidentaux sur leur assujettissement à l’égard des économies asiatiques et en particulier chinoises.

 

Les réserves s’épuisent

D’après une étude réalisée, sur 36 métaux analysés, plus de 10 d’entre eux deviennent rares en raison de gisements insuffisants ou de production concentrée sur une partie du globe. Ainsi, l’étain, le néodyme sont concernés, mais aussi le chrome dont les réserves devraient s’épuiser totalement dans les 17 prochaines années.  La situation pourrait devenir critique pour la production des cellules photovoltaïques ou des aimants d’éoliennes utilisant certaines de ces matières premières. De même, la rareté progressive du cobalt détenu à 58 % par la République démocratique du Congo et utilisé pour la confection des batteries des véhicules électriques pourrait ralentir le développement de celles-ci. En effet, d’après le 32ème rapport Cyclope sur les marchés mondiaux de matière première, le prix moyen du cobalt sur l’année 2017 s’est élevé à 61 200 dollars la tonne, soit une multiplication par 2,2 par rapport à 2016, et même 75 500 dollars la tonne fin 2017. Si en 2020, la chute du cours du pétrole due à la pandémie a entraîné  une chute de l’indice de 19 points, le Cyclope prévoit pour 2021 cette fois une hausse du prix de 19 points de nombreuses matières premières (aluminium, beurre, cacao, charbon, gaz, fer, laine, or, pétrole ou soja.) En effet, faute d’activité économique, le coût du transport a été augmenté par 6, et l’arrêt de la production américaine et la zone Pacifique préemptent alors tous les volumes à des prix bien plus élevés qu’en Europe. Nous arrivons à un stade où les importations vers l’Europe sont plus nombreuses que les exportations de l’Europe vers les pays étrangers. L’importation étant la variable d’ajustement des besoins en Europe, son arrêt a provoqué une crise amplifiée par la prise de mesures strictes pour arrêter la propagation du virus : le confinement.  La France a ainsi dû faire face à de grandes difficultés d’approvisionnement, ressenties à cause de modèles industriels et économiques basés sur de la désindustrialisation, une division internationale du travail, le tout rythmé par une mondialisation omniprésente. S’ajoute à cela les mesures drastiques prises pour tenter de freiner la propagation du virus qui a stoppé net les importations de nombreux produits et a donc amplifié le problème. Cependant, si en Chine, comme partout, de nombreux ports ont arrêté leur activité et la production a été fortement ralentie, la reprise industrielle de la Chine, contrairement à l’Europe, s’est faite bien plus rapidement, à la fin de l’année 2020. Par conséquent, les Européens ont pris conscience du poids du très fort développement économique de la Chine sur les échanges de matières premières, (le pétrole, les métaux, les terres rares, le gaz naturel), de ce pays devenu le premier importateur mondial de produits agricoles et en particulier les céréales.

 

Dépendance chinoise certes mais également européenne

La dépendance de la production française à l’égard de l’offre chinoise a presque été multipliée par 10 entre 1995 et 2014 (selon une récente étude du Centre d’Études Prospectives et d’Information Internationales), elle est passée de 0,09% à 0,85% dans la production française alors que la demande a été multipliée par 6, passant de 0,12 à 0,72.  La Chine n’est cependant pas le seul pays à détenir la majorité des ressources en matières premières. Si à elle seule elle contrôle ainsi plus de 80 % des terres rares, selon Alcimed, société de conseils (Pour le tungstène, par exemple, 90 % de la production est chinoise), la Russie et l’Australie concentrent beaucoup de gisements. Mais le Brésil possède 80% des réserves de niobium, l’Afrique du Sud détient la majorité du platine, la Turquie le marché du fluor et la République du Congo, le cobalt mentionné plus auparavant, matières premières souvent extraites dans des conditions contestables (enfants, dangereux…)

Si l’Union européenne est majoritairement dépendante de la Chine, ne serait-ce que pour les batteries électriques, l’économie française, finalement n’est parfois pas si dépendante que cela. D’après une analyse du Trésor, sur une catégorie de 121 produits considérés comme essentiels représentant “un risque élevé de pénurie en cas de choc” et concentrés sur un nombre faible de fournisseurs (lampes LED, couvertures en fibre synthétique…), seulement 12 viennent de Chine.  Ces produits ayant une alternative dans d’autres pays, la France pourrait s’approvisionner en dehors de la Chine.

L’étude montre cependant que la France reste avant tout dépendante des autres pays de l’Union européenne puisque la part de cette dernière demeure prépondérante même si elle a diminué. (En 1995 la part de l’Union européenne comptait pour 58% de la dépendance de la production française à l’offre étrangère, et pour 52% de celle à la demande et en 2014 comptait pour 50% et 47%). De plus, d’après une analyse faite sur les importations de 5000 catégories de produits, le Trésor, chargé de l’enquête, affirme que “la vulnérabilité des importations françaises hors-UE apparaît comme faible” puisque 4000 sont importés de l’Union européenne alors que seulement 1000 proviennent des pays en dehors de l’Union européenne.

 

Est-il possible de réduire cette dépendance ?

Dans notre économie mondialisée où les risques de ruptures d’approvisionnements sont nombreux, comme l’a prouvé la crise sanitaire, il est essentiel de sécuriser les approvisionnements. Gérer les risques liés à la chaîne d’approvisionnement de la Chine est un enjeu majeur et une préoccupation partagée par toute l’industrie. Ainsi, promouvoir le dual sourcing et ainsi disposer en permanence de deux fournisseurs homologués permet à l’acheteur, contrairement à une stratégie de mono-sourcing de modifier la répartition de ses achats et par conséquent avoir davantage de prise de pouvoir. Cette méthode permet aussi de faire face à une potentielle évolution critique de la relation commerciale. Par conséquent, le dual sourcing implique une phase d’homologation plus importante pour le client final, mais un gain en sécurité. Par ailleurs, doivent également être pris en compte des situations des fournisseurs et ainsi gérer les tensions des délais, des annulations ou reports. Cependant, certains économistes énoncent également que la chute de l’offre à cause de la crise sanitaire est surtout une question économique et n’a pas grand-chose à voir avec la sécurité des approvisionnements.

Le développement du recyclage peut aussi être une solution. En effet, le positionnement en local avec un coût plus élevé mais basé sur des critères écologiques est de plus en plus légitimé par les entreprises, les consommateurs et les circuits de distribution. Par exemple, Renault s’engage à stopper ses extensions à l’étranger et à développer sa voiture électrique sur le territoire français tandis que Sanofi souhaite créer une entité indépendante pour lesquels les sites de production seront basés majoritairement en France et dans quelques pays voisins. Dans l’avenir, la production de matière pour l’industrie devra davantage se tourner vers des ressources recyclées plutôt que des ressources dites vierges. Cela permettrait de rendre l’économie “circulaire” et ainsi ralentir l’épuisement des ressources, et donc promouvoir les filières de recyclage de déchets industriels. Pourraient donc également être développées des filières technico-économiques viables, en parallèle de celles du recyclage des produits post-consommation et donc réduire la quantité de déchets inutilisables. L’inconvénient est que le recyclage fonctionne bien pour certaines filières (étain, tungstène ou l’indium avec un tiers de l’offre provenant de matières recyclées), mais assez mal pour d’autres, souvent pour des raisons de faisabilité. Par ailleurs, l’Union européenne dépend beaucoup trop de pays non européens, comme la Chine, pour certaines matières premières nécessaires à sa transition numérique et verte et vient donc freiner le processus. Tout en sachant que la gestion de déchets en France reste grandement à améliorer, puisqu’une infime partie de ce qui est recyclable est réellement recyclée. Enfin, l’hexagone a néanmoins consacré avec son plan Relance à travers son volet “Relocaliser” plusieurs milliers d’euros au soutien à l’investissement sur certains secteurs stratégiques comme la santé, l’agroalimentaire, les télécommunications ou l’électronique. Un soutien public au développement de nouvelles capacités productives sur le territoire pourrait éventuellement contribuer à l’amélioration de la situation, mais une grosse partie reste à faire.

 

 

Par Léa MENARD

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