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Baisse du niveau scolaire des Français : faut-il vraiment s’inquiéter ?


Publié le 26 mai 2021

L’enquête du Centre National d’Etudes des Systèmes Scolaires (Cnesco) témoigne d’une baisse non négligeable du niveau de français des élèves de primaire mais également des classes supérieures. Cependant, si différents classements internationaux démontrent un léger retard notable par rapport au niveau des élèves issus des pays ayant le même degré de développement, le niveau éducatif français n’est pas catastrophique. La place de la France est plutôt moyenne puisqu’elle arrive à la 23ème position, derrière de nombreux pays comme le Canada, la Finlande, l’Irlande, le Danemark, l’Allemagne, la Belgique et plusieurs pays d’Asie. Mais, d’après le classement PISA, visant à évaluer la validation des acquis des élèves, la France reste classée dans le groupe des pays de “niveau 3” (le 2ème niveau le plus élevé) où se situe la majorité des pays développés (seules quelques villes asiatiques sont au niveau 4). Il est pourtant reproché aux élèves français de moins bonnes performances dans les différentes disciplines scolaires que leurs camarades des pays voisins (d’après le classement TIMSS évaluant l’acquisition des compétences en mathématiques et en physiques et d’après le classement PIRLS évaluant le niveau de lecture où la France se place 34ème sur 50 pays).  Quels facteurs peuvent expliquer ces résultats ?

 

Différents problèmes peuvent être mis en avant :

Selon plusieurs classements et rapports (PISA, du CNESCO, du Conseil Economique, Social et Environnemental), les inégalités sociales sont responsables du niveau des Français. Pourtant, la France se classe parmi les pays les moins inégalitaires (avec un coefficient de GINI de 0,30, 0 étant l’égalité parfaite, et 1 l’inégalité totale). Généralement, même s’il existe des exceptions, moins un parent a de temps à accorder à son enfant, plus l’enfant a une probabilité élevée d’avoir des difficultés scolaires. Ainsi l’école a pour objectif de lisser ces inégalités, que chacun dispose des mêmes savoirs et compétences. Des pays moins égalitaires que la France obtiennent tout de même de meilleurs résultats scolaires, mais la France est parmi ceux où l’écart de réussite entre un élève défavorisé et un élève favorisé est le plus élevé. Cela peut s’expliquer par un second problème : l’identification des élèves en difficultés scolaires et, par conséquent, les difficultés que le système éducatif a pour les prendre en charge. En effet, un élève en difficultés nécessite plus de temps, plus de suivi : un suivi individualisé, du soutien scolaire, des devoirs et des apprentissages adaptés. Et ici, les élèves français sont parmi ceux qui déclarent que leurs professeurs les aident le moins et leur font le moins de retours individuels sur leur travail et leurs progrès. Cela se justifie puisque la France se classe parmi les pays de l’OCDE avec les classes les plus chargées, (20% de plus qu’en Allemagne) où le temps à accorder par élève est moindre. Le dernier problème majeur est celui de l’évaluation des acquis : en France, les notations ne sont pas harmonisées, l’évaluation des élèves est morcelée, elle change d’un établissement à l’autre, d’un enseignant à l’autre… Et surtout, l’objectif de l’évaluation des élèves n’est pas toujours très clair.

 

Quelles solutions apporter ?

Pallier les inégalités sociales est un premier challenge et pas des moindres puisqu’il n’est pas uniquement du ressort de l’école mais d’un problème socio-économique de mixité sociale lié à des phénomènes de gentrification (puisque les populations défavorisées sont souvent regroupées sur les mêmes territoires). Il faudrait alors pouvoir faire en sorte que les élèves défavorisés et les élèves privilégiés se mélangent, mais il faut surtout, pour mieux accompagner et obtenir de meilleurs résultats, plus de moyens : des moyens humains pour un meilleur suivi mais qui engage donc des moyens matériels pour permettre l’élaboration de classes moins chargées. Former les professeurs permettrait de pouvoir aider davantage les élèves, se former aux nouvelles méthodes pédagogiques et aux programmes scolaires qui évoluent sans cesse. Cependant, si beaucoup d’enseignants sont demandeurs de ce genre de formations, bien qu’elles ne soient pas toujours adaptées en pratique, ils ont peu de temps pour se former et la France demeure le pays de l’OCDE où les enseignants ont le moins de formations continues (la gestion de classe, l’identification et l’accompagnement des élèves en difficultés par exemple). Enfin, par manque de moyens au sein de l’établissement scolaire, les professeurs se retrouvent à gérer en plus des tâches administratives.

Par ailleurs, il faudrait réorienter les moyens financiers mais aussi humains pour les affecter prioritairement aux territoires, aux établissements et aux élèves en difficulté. Cependant, la complexité des mécanismes d’attribution masque la réalité des situations individuelles des établissements. Ce sont ceux qui connaissent un taux important de lacunes qui ont moins de moyens financiers que les établissements d’un meilleur niveau, d’après un rapport en 2017 sur la gestion des enseignants. En effet, les établissements souvent en zone d’éducation prioritaire (ZEP) ont le nombre d’enseignants débutants le plus élevé car, comme il y est plus difficile d’enseigner, c’est là que se trouve la majorité des postes vacants. Par conséquent, une fois un nombre de points acquis pour obtenir l’affectation de leur choix, les enseignants débutants quittent l’établissement souvent après seulement une ou deux années scolaires. Dans ces collèges et lycées en difficultés : les équipes changeant alors en permanence rendent la structuration d’un projet pédagogique cohérent et stable beaucoup plus complexe.

Enfin, apporter de nouvelles formes d’évaluation permettrait de mieux gérer l’ensemble du système scolaire. Ce dernier ayant un mécanisme de notation de liberté pédagogique, chaque enseignant est libre, dans le cadre des programmes fournis par l’Éducation Nationale, de choisir comment transmettre ce programme aux élèves. Cependant, cette hétérogénéité de notes d’une matière scolaire à une autre ne permet pas toujours d’identifier clairement les problèmes des élèves en difficultés. Bien que de meilleures méthodes de notation soient régulièrement envisagées par des équipes pédagogiques, un manque de temps et de moyen ne permet pas de les adopter. Il en est de même si elles sont imposées par une autorité supérieure car, fondées sur une vision théorique, elles ne sont pas adaptées à la situation réelle dans les collèges et les lycées.

Par conséquent, le niveau scolaire des Français est loin d’être catastrophique mais révèle des failles dans le système éducatif, que son amélioration permettrait d’atténuer. Un problème sociétal étant à l’origine d’une des parties du problème, complexifie alors les moyens d’y remédier par faute de ressources au sein d’un système scolaire qui, parfois, défavorise les élèves. Il semble alors nécessaire de mettre à la disposition des élèves et enseignants des ressources nécessaires visant à améliorer le processus éducatif d’autant plus en cette période de pandémie. Mesures que l’Education Nationale peine à prendre et s’attarde davantage sur une refonte des programmes, des rythmes scolaires ou encore du temps de travail plutôt qu’au manque de moyen financier : le vrai problème de fond.

 

 

Par Léa MENARD

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