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La guerre sans fin des générations ou la futilité de blâmer le boomer


Publié le 21 mai 2021

La chasse au boomer n’en a pas fini même en période de covid. En effet, il n’était pas rare d’entendre avant l’arrivée des variants, non discriminants, que le covid « ne touchant que les vieux, il était légitime qu’ils soient les seuls à être confinés ». Ou encore que les jeunes soient le futur du pays et que le sacrifice des plus âgés semble une évidence pour certains. Devant le dédain et la remise en question de l’utilité de la caste des boomers à notre société moderne, eux-mêmes ne tarissaient pas de remontrances à l’égard des « jeunes », de la « génération Z », à l’origine des vagues répétées de covid d’après eux et dont l’irresponsabilité a causé notre perte. La guerre des générations, même en temps de pandémie fait rage et ne s’arrêtera peut-être jamais, surtout quand il n’a jamais été autant question de diviser la société en catégories bien spécifiques.

Cette nouvelle tendance a fracturé la société, même sur le critère de l’âge entre dans le champ politique. Les nouveaux partis politiques qui se veulent jeunes et dynamiques et qui recherchent un électorat à leur image n’hésitent pas à nourrir cette tension. Le dernier exemple en date ? Un dénommé Julien Bayou, représentant d’Europe Ecologie Les Verts et candidat aux élections régionales face à Valérie Pécresse. Les visuels de sa dernière campagne ne laissent pas de doutes : si vous voulez vous battre pour le climat, allez aux urnes car les boomers, eux, seront bien présents. Plus qu’une simple campagne contre l’abstention et l’affaissement démocratique qui s’ensuit automatiquement, l’écologiste part d’un constat de base clair : les boomers voteront toujours contre l’écologie, contre la planète et sûrement plus implicitement contre le progrès et l’avenir. Au lieu de faire de la préservation de la planète l’affaire de tous, M. Bayou et plein d’autres avec lui, viennent puiser leur force dans la faiblesse des liens qui unissent fébrilement nos jeunes et nos vieux.

 

« OK boomer »

C’est d’ailleurs à partir de ce clivage des générations sur l’autel de l’écologie qu’est né le fameux « ok boomer ». Empreinte d’une certaine arrogance et d’une moquerie certaine, la phrase « ok boomer » est le signe d’abord d’un ras-le-bol surtout politique entre une caste de jeunes soucieux de la planète et de son prochain et d’une catégorie de vieux vivant encore dans l’ancien monde, ignorants des thématiques modernes et campés sur des positions conservatrices voire archaïques. Cela va même plus loin, les boomers nés entre 1945 et 1965 sont à l’origine de nos problèmes économiques, géopolitiques et climatiques. Leurs excès auraient conduit aujourd’hui à la dette que la génération Z sera la première à payer, aux jobs qu’ils ne peuvent plus avoir avec le même niveau de diplôme, à la maison et au train de vie qu’ils ne peuvent plus avoir au même prix. D’un autre côté, on reprochera aux milléniaux et sûrement à la génération Z de se poser en constantes victimes du système, d’en vouloir toujours trop, de nourrir de grandes ambitions et d’attendre du monde un simple diplôme. On leur parlera de leur arrogance à tout savoir mieux que tout le monde et surtout de savoir ce qui est mieux pour eux, une caractéristique universelle et intemporelle de la jeunesse. On leur parlera de leur insouciance, de leur hypocrisie, de leur Instagram et de leurs métiers où ils ne font plus rien mais pour lesquels ils gagnent quand même un pactole.

Il y aura toujours une génération pour en critiquer une autre. Figurez-vous que la génération Z commence déjà à s’opposer à celle qui la précède directement, la dénommée Y, les milléniaux. Pour l’instant au stade de moqueries puériles sur les styles dépassés des années 80 et 90, les différences politiques et les perspectives de vie et de carrière entre ces deux générations pourtant si proches sont clairement marquées et ne tarderont pas à faire des ravages. Un terme a déjà été créé, le boomer des milléniaux est désormais un « cheugy », terme d’ailleurs créé sur Tiktok. La génération Z est celle de tous les excès technologiques, de l’individualisme pur et du réalisme presque pessimiste d’un avenir qui pour eux, n’en est plus un.

 

Une guerre générationnelle

Mais être constamment à contre-courant des précédentes générations, ne représenterait-il pas un danger ? A force de poser la vieille génération comme source de tous les problèmes et jamais comme une solution, les enfants et les jeunes sont érigés sur un piédestal du changement et de la modernité. Ils sont utilisés sans relâche dans des agendas politiques où les jeunes deviennent non pas seulement des voix à prendre en compte, mais de vrais leaders politiques, comme l’exemple de Greta Thunberg a pu le démontrer. Ils représentent de parfaits idéaux, sûrs de pouvoir changer les choses pourtant sans l’expérience des plus anciens qui de leur temps, ont aussi vu pour beaucoup de leurs rêves de jeunesse se heurter à un mur. Cette guerre générationnelle crée un fossé dans notre propre vie, entre ceux que nous sommes et ceux que nous serons. Tout d’abord des forces de proposition et de créativité, il nous faudra alors grandir, se persuader qu’être un adulte c’est être un boomer réfractaire et sans ambition, content de ce qu’il a et puis c’est tout. Les jeunes sont confrontés à un paradoxe monstre. On leur demande d’être les architectes d’un futur compliqué tout en les maintenant dans l’idée que dans quelques années, ils deviendront à leur tour les parfaites répliques de ceux qu’ils voient aujourd’hui comme leurs ennemis idéologiques. Cette sempiternelle guerre qui nous enferme dans une spirale d’immobilité voire de déclin de notre société ne s’arrêtera pas tant qu’on opposera la sagesse de l’expérience et le courage de l’espoir.

 

 

Par Sarah VAUTEY

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