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¿ Qué pasa en Colombia ?


Publié le 14 mai 2021

Contexte : 

La Colombie est une nation déchirée depuis des décennies par des problèmes politiques et sociaux profonds. Depuis les années 1950 au moins, la corruption et la violence sont ancrées dans la société. Les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) et le cartel de Medellín (dirigé par Pablo Escobar) ont joué un rôle important dans le maintien, sinon la dégradation, de l’insécurité dans le pays. 

La criminalité exacerbée et la corruption des politiques sont un cercle vicieux dont la Colombie ne sort pas, comme en témoignent les récentes manifestations violentes. Les inégalités entre les classes sociales explosent, tant au niveau économique que social : ce pays est le 7e plus inégalitaire au monde, et le 2e d’Amérique Latine. A ces disparités sociales s’ajoutent les violences et l’oppression policières : les citoyens sont traités comme des criminels subversifs par les autorités. Ces deux facteurs créent une insécurité croissante, dont souffrent particulièrement la classe moyenne et les classes défavorisées. 

 

Manifestations : Que se passe-t-il exactement ?

Depuis une dizaine de jours, les réseaux sociaux pullulent de posts alarmants sur la situation de la Colombie. De nombreuses vidéos circulent, montrant les violentes manifestations de mai 2021 et les coups de feu meurtriers dans les rues. L’une des villes principalement affectées est Cali, où la violence atteint son paroxysme. 

Si les manifestations de mois-ci ont généré l’indignation internationale, cette situation dure en réalité depuis le 21 novembre 2019. La réforme fiscale a relancé ce mouvement cette année, mais l’insurrection du peuple colombien contre son gouvernement dure déjà depuis des années. 

 

Les causes ?

Voici les trois principales : 

  • Les violences policières qui déchirent le pays. 

Les forces de police dépendaient jusqu’à ce mois-ci de l’armée : les policiers sont donc toujours formés à combattre des criminels armés. Cela explique de nombreux abus de pouvoir constatés non-seulement pendant les manifestations, mais aussi dans la vie quotidienne. De nombreuses disparitions et morts injustifiées sont d’ailleurs à déplorer ce mois-ci, mais ce n’est malheureusement pas un phénomène isolé. Les luttes contre les FARC et le Cartel de Medellín avaient généré des exécutions de nombreu.ses.x citoyen.ne.s, accusé.e.s sans preuves de travailler pour ces organisations criminelles.

  • Le manque d’application de la JEP (Jurisdicción Especial para la Paz – Juridiction Spéciale pour la paix).

La JEP a été créée pour satisfaire les droits des victimes des guérillas FARC avant 2016. Son objectif est d’apporter des réponses sur les événements aux citoyen.ne.s, et de condamner ces crimes par la Justice et non la violence, afin de faire renaître la paix. Le problème est que cette juridiction est de moins en moins subventionnée par le Gouvernement, qui protège peu les victimes et qui continue les règlements de compte militaires plutôt que de passer par le Tribunal pour la Paix.

  • Le manque d’actions contre les inégalités et l’exclusion sociale.

Iván Duque est le Président de la Colombie, et est membre du parti démocrate de droite radicale. Son Gouvernement soutient donc le secteur privé et l’élite de l’économie colombienne, au détriment de tout le reste de la Nation. Sa réforme sur les taxes fiscales a généré une vague d’indignation nationale ce mois-ci, car elle remettait une fois de plus le poids des efforts économiques sur la classe moyenne. Selon l’orientation politique du Président, le prix du développement économique du pays est le sacrifice des classes moyennes et des populations discriminées.

 

Les requêtes des manifestant.e.s : 

  • Le peuple a obtenu que la police soit indépendante de l’armée. Toutefois, il réclame toujours une réadaptation de son organisation : les manifestant.e.s ne veulent plus traités comme des criminels, mais comme des citoyens jouissant de leur droit démocratique. 
  • Les colombien.ne.s désapprouvent cette applications très superficielle de la JEP. La réponse militaire armée favorisée par le Gouvernement enracine la violence et l’oppression dans le pays. Des innocents sont violentés voire torturés, et le manque de confiance envers l’Etat et les forces de l’ordre est croissant. Le recours à la JEP permettrait de pacifier les relations entre les cioyen.ne.s et le Gouvernement, ainsi que de rendre Justice au victime sans perpétuer une atmosphère de guerre dans le pays. Le peuple ne demande rien de plus que le respect de la JEP, pour le bien de la Nation. 
  • Les citoyen.ne.s réclament finalement la fin de la politique économique conservatrice du gouvernement. Son orientation élitiste doit laisser place à une vision démocratique et juste, pour mettre fin aux inégalités dont souffrent la classe moyenne et les populations marginalisées.

 

Quel avenir pour la Colombie ? 

Si les Nations Unies et l’opinion publique internationale ont ouvertement condamné la répression des manifestations ces dernières semaines, le problème perdure depuis des années déjà. Iván Duque gouverne avec des méthodes proches de la dictature, pourtant les médias internationaux ne relatent ces faits que depuis peu. 

A l’instar du Venezuela sur lequel l’Occident ferme les yeux depuis des décennies, la situation de la Colombie n’attire les regards que le temps d’une mode avant de retomber dans l’oubli. Les avantages géopolitiques des crises dans les pays d’Amérique Latine sont plus forts que les valeurs humaines : ainsi les gouvernements internationaux se servent du pétrole et des ressources locales en échange de leur inaction et de leur silence. Depuis plus de 50 ans le Venezuela se déchire, la Colombie continue de sombrer, et le Pérou risque de s’ajouter à la liste des pays en rechute vers la dictature. Mais que font les pays « gendarmes du monde », si ce n’est défendre leur domination impérialiste ? 

Chère Amérique Latine, nous espérons que tu guériras bientôt.

 

Par Iris DEVILLIERE

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