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RDVC rencontre Christophe BARBIER


Publié le 4 avril 2021

Le mercredi 20 janvier 2021, j’ai eu l’honneur et le plaisir d’interviewer le journaliste et éditorialiste politique, Christophe Barbier. Si vous ne parvenez pas à mettre de visage sur son nom, dès lors que nous évoquons l’homme à l’écharpe rouge, tout le monde sait parfaitement de qui il s’agit.

Au cours de sa carrière de journaliste, Christophe Barbier a toujours mis en avant ses compétences théâtrales et son talent dans ce domaine. Il a été critique-théâtre pour Europe 1, l’Express et le Point. Comme il l’a indiqué au cours de notre échange « j’ai toujours mené de front le journalisme politique et la critique-théâtre ». Depuis qu’il a quitté la direction de l’Express à l’automne 2016, Christophe Barbier met à profit son temps libre pour se consacrer à sa passion le théâtre mais cette fois-ci en tant que professionnel et non plus en tant que simple amateur. Il a joué des pièces au théâtre de Poche Montparnasse et a écrit des pièces qu’il a interprétées par la suite. Il a plus récemment créé une pièce portant sur l’épidémie de Coronavirus qui a été jouée à l’automne jusqu’au second confinement du mois de novembre. Christophe Barbier m’a confié avoir toujours pensé que la politique et le théâtre sont deux univers qui se complètent et sont interdépendants en précisant toutefois qu’il « ne faut pas confondre les deux. La vie politique n’est pas une pièce de théâtre, c’est la vraie vie. Les décisions qui sont prises ont des conséquences réelles. Les soldats qui se font tuer lorsqu’un président déclenche une opération sont des vrais morts, ce n’est pas comme au théâtre, ils ne se relèvent pas à la fin de la pièce. En revanche, dans les processus de sacralisation de la vie politique comme les campagnes électorales, nous retrouvons beaucoup de codes qui sont les codes du théâtre. Ceci n’est pas hasard puisque la démocratie et le théâtre ont été inventés au même moment et au même endroit c’est-à-dire au siècle de Périclès dans la Grèce Antique » Sur ce point très intéressant, j’ai poursuivi la conversation en demandant à Monsieur Barbier si le théâtre pouvait être utilisé comme un moyen de faire passer certains messages sur des sujets tabous ou délicats. Ce à quoi il m’a répondu « le théâtre est d’évidence une catharsis pour les sociétés. C’est-à-dire que l’on met en scène des choses qui ne peuvent être abordées de manière directe dans la vie. Il y a des sujets tabous. [Œdipe ,les Nuées, les Grenouilles, ce sont des pièces dans lesquelles les personnages sont d’évidence des caricatures de leaders politiques et philosophiques. Personne ne s’y trompe. C’est un peu comme aujourd’hui avec les marionnettes des Guignols de Canal +, tout le monde les reconnaît. »

Après ce passage passionnant sur le lien étroit qui existe entre la politique et le théâtre, j’ai interrogé Monsieur Barbier sur sa fameuse écharpe rouge. Il m’a confié « cette écharpe a une longue histoire, j’ai passé beaucoup plus d’années avec que sans. Elle constitue tout d’abord un signe de reconnaissance. J’ai beaucoup de gens qui m’abordent dans la rue parce qu’ils ont reconnu mon écharpe. Ils viennent vers moi et nous entamons la conversation. L’écharpe est un moyen de se montrer disponible pour les gens. » A chaque fois que Christophe Barbier se déplace à la rencontre des gens, il a pour coutume de raconter une anecdote sur son écharpe rouge. Voici celle qu’il a choisi de me conter. « L’histoire que je vais vous inventer à vous est une histoire toulousaine. Un jour, du temps où j’étais étudiant à Normale Sup et que je faisais partie du club de rugby de l’école, j’étais demi de mêlée et nous avions rencontré une équipe toulousaine. Autant vous dire que nous étant normaliens littéraires, nous étions tous maigrelets, les toulousains étaient tous des rugbymen avertis et dans cette école, ils étaient redoutables. Nous nous sommes battus comme des lions et j’avais fait le pari avec le capitaine de l’équipe adverse que si je gagnais, il me donnerait son écharpe rouge et noire aux couleurs du stade toulousain qui était l’écharpe du club professionnel. Nous n’avons pas gagné, nous avons fait match nul. J’ai donc négocié pour avoir la moitié de son écharpe. Il a gardé la moitié noire car il était très vexé de ne pas nous avoir battus et il m’a donné la moitié rouge. Depuis, j’ai gardé cette demi-écharpe toulousaine autour de mon cou. » C’est ainsi qu’il m’a dévoilé le mystère qui se cachait derrière cet objet fétiche.

Après cette petite parenthèse personnelle, nous avons poursuivi notre échange en changeant radicalement de sujet pour aborder la question de la crise sanitaire et plus précisément sa gestion et ses conséquences sur la société. La première question que je lui ai posée était de savoir si selon lui, nous étions en train de gérer la crise ou plutôt la pénurie de matériel. Selon Monsieur Barbier, la crise sanitaire est mal gérée mais pas seulement en raison de la pénurie de matériel. Il a récemment sorti un livre en librairie qui s’intitule Les Tyrannies de l’épidémie édité par la maison d’édition Fayard, dans lequel il décrit tout ce que l’épidémie révèle de l’Homme, de la société.

Il déclare que « bien entendu il y a un habillage politique de toute une série de pénuries : pénurie de masques, pénurie de tests, difficultés à avoir des vaccins, complication dans l’organisation de la vaccination. C’est parce que les politiques ont peur d’être traduits en justice qu’ils se comportent de la sorte. Ils se protègent tout en nous protégeant. Mais ça va plus loin. Ce que nous sommes en train de vivre, c’est la confrontation d’une civilisation qui refuse la mort, qui refuse le risque face à un péril ancestral. Mais ce qui est nouveau, c’est le fait que nous ne supportons plus l’idée de la mort. Dans les temps anciens, cela était accepté. Aujourd’hui on le refuse. On préfère arrêter l’économie que de voir des octogénaires mourir. On pourrait se dire, il faut penser à l’avenir, il faut préserver la solidité économique de la France, il faut laisser à la jeunesse une économie qui tienne debout, tant pis si cette épidémie nous coûte des morts parmi les personnes âgées et fragiles. C’est triste mais c’est comme ça. On a pas du tout eu ce réflexe-là. Dans dix ans, les personnes que l’on a sauvées du Coronavirus par le confinement seront mortes d’autre chose, de vieillesse mais dans dix ans, votre génération (la nôtre) travaillera encore pour payer la dette, redresser l’économie si l’on n’est pas complètement effondré et tombé sous la coupe des chinois ou d’une autre domination. Donc je pense qu’on a fait un très mauvais choix collectif, qui a été le choix de notre bonne conscience à court-terme. Ouf, nous avons sauvé des tas de gens, mais il y a des gens qui vont faire faillite et qui vont se suicider, il y a des jeunes qui sont en dépression et leur vie va être gâchée, ils ne trouveront jamais de travail, ils vont traîner les conséquences de cette crise comme un boulet toute leur vie. Je pense que l’on s’est trompé de stratégie. »  Selon lui, il ne faut pas tomber dans le piège de se focaliser uniquement sur le court terme. En effet, mobiliser les équipes médicales pour qu’elles ne s’occupent que des patients Covid pourrait sauver quelques vies mais beaucoup d’autres seraient sacrifiées sur le long-terme. Il faut penser à préserver le système de santé, il faut donc avoir une vision et une gestion sur du long-terme. Cette vision vaut aussi pour notre économie. Celle-ci a été très affectée par cette crise sanitaire et les générations futures vont en payer les frais. Christophe Barbier craint que les jeunes générations ne soient pas si gentilles que ça. Il y a ceux qui vont déménager. C’est-à-dire ceux qui vont aller faire carrière à Shanghai. Adieu la France, débrouillez-vous, je ne paierai pas la dette. Et il y a ceux qui vont démissionner.  C’est-à-dire refuser de travailler 40 heures par semaine et 70 ans dans leur vie, qui vont se mettre sur le canapé avec leurs pilules neuroleptiques et Netflix et qui vont demander le RSA ou le revenu universel. Ce pays risque donc à terme de s’effondrer »

Après avoir longuement échangé sur la gestion de cette crise sanitaire et ses conséquences, j’ai demandé à Monsieur Barbier ce qu’il en était de la responsabilité des gouvernements précédents et de la politique qu’ils ont menée en matière de santé (lits réanimation, notamment). Monsieur Barbier a évoqué une raison très simple pour laquelle nos dirigeants et gouvernements antérieurs n’ont pas pris la décision de prévoir des lits réanimation supplémentaires. Augmenter le nombre de lits nécessite des investissements extrêmement conséquents, que les contribuables auraient dû financer, via leurs impôts. Bon nombre de Français y auraient été réticents. Ce n’est donc pas un bon modèle de gestion.

Quid de la disparition des masques ? Le ministère de la santé avait à disposition 2 milliards de masques qui ont été répartis par les agences régionales de santé dans les hôpitaux. Ces derniers n’en ayant pas eu un usage immédiat, les ont stockés bien souvent dans des mauvaises conditions. Ces masques, au fil des années, sont devenus périmés ou ont moisi.

Et l’administration dans tout ça ?

L’administration est responsable de la lourdeur des procédures mises en place, des délais de livraison de masques, de matériels, de lancement de la campagne de vaccination interminable. Elle a pris le dessus sur le pouvoir des politiques. Avant de prendre leurs décisions, nos dirigeants se réfèrent aux conseils divulgués par les autorités et institutions de santé. L’administration fait porter une responsabilité judiciaire aux politiques. Si ces derniers ne suivent pas à la lettre ce que préconise de faire la Haute Autorité de santé, le conseil scientifique, si des personnes décèdent à cause d’un manque de protection sanitaire, ce sont nos dirigeants qui seront portés responsables devant la Justice.  Le gouvernement ne voulant pas courir ce risque, préfère appliquer scrupuleusement les consignes de l’administration de santé quitte à ce que tout prenne du temps à se mettre en place. Quand certains pays ont déjà reçu les doses de vaccins et ont pu démarrer leur campagne de vaccination, la France attend le feu vert de l’administration qui passe par la rédaction de protocoles.

Dans cette dernière partie, j’aimerais vous faire part de l’échange que nous avons eu avec Christophe Barbier concernant l’ampleur que prend le politiquement correct dans nos sociétés occidentales. Monsieur Barbier a récemment déclaré dans l’une de ses interventions sur les réseaux sociaux « le pire, en 2020, n’a pas été la Covid, mais la progression de la tyrannie du politiquement correct. » En effet, nous voyons de plus en plus émerger dans nos sociétés occidentales, des mouvances comme la cancel culture qui consiste à ostraciser, exclure une personne, un groupe de personnes parce qu’elle/il a par le passé pu dire ou faire des choses considérées comme étant offensantes envers une catégorie de personnes (communauté, ethnie, religion, identité sexuelle, etc…). Christophe Barbier m’a confié à ce sujet, qu’il ne pensait pas jusqu’à maintenant que cette dictature de la pensée unique prendrait le dessus en France, pays des Lumières, de la liberté des idées et de la liberté d’expression. « Il s’est passé plusieurs phénomènes très inquiétants qui me laissent croire, craindre en tout cas que de manière souterraine, cette cancel culture s’est infiltrée dans notre société de manière invisible et représentent aujourd’hui un danger. La première alerte est venue de notre isolement complet au niveau mondial lorsqu’il y a eu l’assassinat de Samuel Paty et que l’on a réaffirmé nos valeurs. En 2015, le monde entier est venu défiler pour défendre Charlie, le 11 janvier, 4 jours après l’attaque de Charlie Hebdo ». Autre exemple, dans les grandes écoles françaises comme Sciences Po, les blancs sont exclus des réunions portant sur des thèmes comme le racisme, car jugés comme n’étant pas légitimes pour parler du racisme et pouvant nuire à la qualité du débat. Il y a un communautarisme grandissant, à l’image de celui que l’on peut observer dans les universités américaines. Dans la même catégorie, Christophe Barbier m’a confié que certaines associations défendant les droits des personnes transgenres font pression sur les médias pour que ces derniers n’évoquent plus la première identité sexuelle de ces personnes qui aurait été imposée et qui en la rappelant, les ferait retomber dans leur identité d’origine et donc dans l’oppression. Comment raconter le combat de ces personnes si nous n’évoquons pas leur situation de départ ? Pour souligner le courage de ces personnes, il faut comprendre leur souffrance et donc la situation initiale. Or aujourd’hui, la cancel culture et autres dogmes de la bien-pensance veulent effacer un passé jugé comme offensant, gênant.

Je tiens une nouvelle fois à remercier Monsieur Barbier pour son accessibilité, sa disponibilité et son amabilité. C’était un plaisir d’avoir pu échanger avec lui sur un panel de sujets différents qui font ressortir des clivages sur certains points de société.

 

 

Par Nolwenn DALLAY

 

 

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