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Peut-on allier préservation de l’environnement et surconsommation ?


Publié le 4 avril 2021

D’après Jacques DELORS « La société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être ». Au fil du temps, la consommation, caractérisant l’acte d’un agent économique qui utilise ou transforme des biens et services en provoquant la destruction immédiate ou progressive des éléments consommés et donc économiquement destructrice de valeur (s’opposant à la production) n’a cessé de croître. Si elle est bien-sûr liée à l’augmentation de la population et donc aux besoins croissants de biens et services économiquement parlant, la consommation ne cesse d’augmenter année après année comme le démontre le jour du dépassement. En effet, la date à laquelle l’Humanité a épuisé l’ensemble des ressources naturelles que la terre peut renouveler (les forêts, les terres cultivables ou les poissons)  arrive chaque année de plus en plus tôt. Cette date, mesurant l’impact de l’Homme sur son environnement, est calculée à partir de l’empreinte écologique des activités humaines, et donc, des surfaces terrestres et maritimes nécessaires pour produire des ressources consommées et pour absorber les déchets de la population. De plus, elle calcule la capacité des écosystèmes à se régénérer et absorber les déchets produits par l’homme, notamment la séquestration du CO2 appelée bio capacité. Si, en 1970 la date était fixée au 29 décembre, elle est fixée au 4 novembre en 1980, au 11 septembre en 1990, au 23 septembre en 2000, au 7 août en 2010 et au 1er août en 2019. Deux planètes seraient alors nécessaires par an si tout le monde vivait comme les Chinois et 2,2 planètes comme les Américains.

 

Ainsi nous vivons à crédit jusqu’à la fin de l’année. Cependant, l’impact de la Covid-19 (confinement et ralentissement économique) a permis de diminuer l’empreinte carbone mondiale de 14,5% en raison de la baisse de consommation d’énergie fossile dans plusieurs secteurs faisant reculer le jour de dépassement de trois semaines. Mais peut-on imaginer reculer cette date de manière durable ?

 

La France, comme de nombreux autres pays, a donc un niveau de consommation situé au-dessus de celui des besoins normaux ou d’une consommation moyenne : sa population surconsomme. Rien qu’en France plus de 2,3 millions de tonnes de nourriture seraient gaspillées dans la distribution, 1,5 millions de tonnes dans la restauration et 6,5 millions de tonnes au sein même des foyers.

 

Du côté du secteur de l’habillement, la « fast-fashion » (mode éphémère ou collection éclair) caractérisée par le renouvellement très rapide des vêtements proposés à la vente plusieurs fois par saison, plusieurs fois par mois est de plus en plus présente. Les vêtements sont produits dans des séries relativement petites et les stocks étant très peu renouvelés, ces habits sont ainsi destinés à être vendus à un coût suffisamment bas pour que la clientèle soit fortement incitée à renouveler fréquemment sa garde-robe et à ne pas surseoir son acte d’achat dans l’attente des soldes de fin de saison.

Si elle permet aux différentes marques des différentes industries d’augmenter leur clientèle, et par conséquent leur chiffre d’affaires, cette technique est bien évidemment néfaste pour l’environnement. En effet, prenons l’exemple du jean, (22 milliards produits chaque année dont 63 millions pour la France), le vêtement le plus porté au monde qui, avant d’arriver dans notre armoire peut parcourir jusqu’à 65 000 km (soit l’équivalent d’une fois et demie le tour de la terre) et nécessite des centaines de litres d’eau. Le coton du jean est cultivé en Ouzbékistan, filé en Turquie puis teint en Bulgarie, la toile peut ensuite être tissée à Taïwan et le jean assemblé en Tunisie avant d’être livré en France. A ce circuit doit être ajouté l’utilisation de nombreux colorants, une importante quantité d’eau pour cultiver le coton et une consommation de pétrole ainsi qu’une émission de gaz à effet de serre, qui sera multipliée pour éliminer le jean, une fois jeté.

 

Par ailleurs, de nombreux acteurs incitent des millions de consommateurs à dépenser toujours plus grâce à des techniques rapides et peu coûteuses.

En effet, le géant américain Amazon dirigé par Jeff Bezos et présent dans le monde entier livre chaque jour des millions de colis avec une rapidité déconcertante. Mais ce e-commerce est responsable de l’augmentation du transport aérien et donc des émissions de gaz à effet de serre puisqu’en 2018 l’activité d’Amazon en aurait générées 55,8 millions, soit l’équivalent des émissions du Portugal en un an. Si la firme a tenu à rappeler son investissement pour le développement durable au travers de programme innovant visant à expédier dans l’emballage d’origine, son engagement pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris 10 en 2030 plutôt qu’en 2040 ou encore l’investissement de 100 millions de dollars dans la reforestation et une commande de 100 000 véhicules de livraison entièrement électriques, cette dernière serait responsable de la destruction de 3 millions d’invendus neufs rien qu’en France en janvier 2019.

 

D’autres promotions saisonnières impactent grandement l’environnement. En effet, lors du Black Friday initié par les Américains et  arrivé en 2013 en France, la surconsommation bat des records. Attirés par des promotions alléchantes, les consommateurs n’hésitent pas à acheter, quitte à renvoyer, action qui peut paraître anodine mais multiplie par deux le nombre de kilomètres effectués par les sociétés de livraison et 30% des retours eux seront détruits car vérifier si le produit fonctionne toujours, le remballer et le remettre en ligne pour le renvoyer quelques semaines plus tard coûte beaucoup trop cher. Il en est de même pour l’espace de stockage, qui ne cesse de se développer. On assiste à une artificialisation des sols et à l’étalement urbain. En Île-de-France, par exemple, 120 entrepôts logistiques de 5000 m² se succèdent le long des autoroutes entre Gennevilliers et Tremblay-en-France et, en tout, ce sont 20 millions de mètres carrés qui sont occupés par des entrepôts dans cette région et qui  représentent un quart du parc immobilier français, selon France Nature Environnement.

 

Ainsi des solutions sont développées pour faire face à l’impact de la surconsommation à travers le monde et notamment en France.

Afin de pallier les plus de 650 millions d’euros de produits non alimentaires neufs et invendus qui sont jetés ou détruits chaque année, le Sénat a voté en 2019 l’interdiction de l’élimination des invendus non alimentaires à l’image des vêtements, produits d’hygiène ou électroménager et s’inscrit dans le projet de loi lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire. Cette mesure devrait s’appliquer à partir de fin 2021 pour les produits disposant d’une filière de collecte de recyclage dit RP et fin 2023 au plus tard pour les autres.

 

Pour faire face à cette surconsommation de nouvelles formes de consommation se sont développées. En effet, Blablacar en est un exemple et permet ainsi de réduire les émissions de gaz à effet de serre. De même, un engouement apparaît ces dernières années pour l’achat d’occasion : acheter des objets ou des habits déjà portés permet d’acquérir à un coût moins élevé pour l’acheteur et de réduire son impact environnemental tout en évitant au vendeur de jeter ce qui pourrait encore servir.

 

Se développent également des enseignes privilégiant l’achat en vrac permettant d’économiser les coûts d’emballage et de réduire l’impact environnemental causé par leur fabrication et leur destruction. Des commerces solidaires voient également le jour, avec des particuliers qui n’hésitent pas à vendre leur création à l’ère où le « fait-maison » bat son plein (cosmétiques, entretiens ménagers…) et où le réutilisable est privilégié (cotons et couches lavables par exemple) même s’il faut bien souvent compter un temps de livraison plus long et un prix plus élevé que les enseignes comme Amazon. Arrivent également sur le marché des produits éco responsables comme la production d’un jean issu d’une fabrication française et composé entièrement en coton bio. Cela reste néanmoins une solution envisageable et durable écologiquement parlant même si la fabrication demeure fragile car la production de coton bio requiert beaucoup d’eau et est de moins en moins rentable. De plus, si le « tote bag » en coton, réutilisable, qui permet de remplacer les sacs en plastique s’est maintenant développé depuis quelques années et paraît bénéfique pour l’environnement, la réalité est que l’ensemble des stades de sa production à sa commercialisation, est d’autant plus polluant qu’un seul « tote bag » correspond à l’impact de 150 sacs en plastique sur l’environnement.

 

Ainsi, il est nécessaire de trouver le bon équilibre entre notre façon de consommer et les choix adoptés pour réduire l’impact de l’Homme sur l’environnement puisque si certains pensent réduire leur impact en agissant sur leur façon de consommer, l’adoption de ce changement n’est pas toujours le bon. De même, le développement croissant des entreprises comme Vinted, Airbnb, Blablacar est notable, mais la bonne volonté de leurs utilisateurs sera-t-elle suffisante pour contrer les entreprises de renommée mondiale aux capacités de financement stratégiques indétrônables ?

 

Par Léa MENARD

 

 

 

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