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Bitcoin : trop beau pour être vrai ?


Publié le 4 avril 2021

Sa mort imminente est régulièrement prédite, sa crédibilité est remise par des prix Nobel d’économie (Joseph Stiglitz et Jean Tirole), des banquiers centraux ou encore des politiciens. Et pourtant, en dépit des critiques à son encontre et de l’enthousiasme des aficionados des cybermonnaies, le Bitcoin continue de défrayer les chroniques. Et il y a de quoi ! Retour sur l’insolite histoire du Bitcoin…

Tout d’abord, il convient tout d’abord de faire une distinction entre le Bitcoin et le bitcoin. Le Bitcoin (avec un « B » majuscule) désigne une blockchain : une base de données dupliquée sur un grand nombre d’ordinateurs, pratiquement infalsifiable, enregistrant au fur et à mesure toutes les transactions validées par les membres du réseau. Le bitcoin (avec un « b » minuscule) désigne le jeton numérique qui s’échange sur cette blockchain. Tout commence, le 3 janvier 2009 à 18h15, Satoshi Nakamoto créait le Bitcoin. Personne ne sait qui se cache derrière ce pseudonyme. Un groupe d’informaticiens ? Un hacker ? Mystère ! La date de la création du Bitcoin n’est pas un hasard : à la suite de la crise des subprimes de 2008, l’économie gît dans un marasme. Satoshi Nakamoto, se rendant compte que depuis belle lurette le citoyen lambda n’a plus prise sur son propre pécule, offre une alternative à la monnaie fiat (monnaie émise par une banque centrale).

Mais le bitcoin coche-t-il toutes les cases pour être considéré comme une monnaie à part entière ?
Rappelons ici les trois fonctions de la monnaie que tout bon préparationnaire en classe ECE a appris en cours d’économie : intermédiaire des échanges, unité de compte et réserve de valeur. Le bitcoin est devenu un intermédiaire lors de l’achat d’une pizza ! Pour l’anecdote, cette première transaction a eu lieu en mai 2010. La pizza a été achetée pour la modique somme de 10 000 bitcoins. Rétrospectivement, cette pizza est l’une des plus chères au monde puisqu’en prenant en compte le cours du bitcoin début 2021, ces 10 000 bitcoins valaient 328 millions de dollars ! Cependant, le bitcoin n’est pas un intermédiaire des échanges… pour l’instant. En effet, contrairement au dollar ou à l’euro, l’usage du bitcoin comme moyen de paiement reste toutefois marginal : on s’imagine mal payer sa place en SAT ou payer un verre au Foyer en bitcoins. Contre toute attente, un nombre croissant d’entreprises spécialisées dans le digital et le numérique accepte d’ores et déjà le bitcoin comme moyen de paiement. Fin octobre 2020, PayPal proposait à ses utilisateurs la possibilité d’acheter, de vendre et de détenir des bitcoins sur leur compte. Mais certains spécialistes montent en épingle la volatilité du bitcoin et se montrent sceptiques quant à l’usage de cette cybermonnaie comme intermédiaire des échanges. Et pour cause, rien qu’entre janvier et décembre 2017, le prix du bitcoin est passé de moins de 1 000$ à près de 20 000$. Pas mal, non ? Néanmoins, cette ruée vers le bitcoin s’est tassée l’année suivante et son prix est descendu à des niveaux plus « modestes ». Le bitcoin peut donc s’apprécier ou se déprécier en l’espace de quelques mois voire de quelques jours. C’est cette forte volatilité qui met en doute la capacité du bitcoin à être un moyen d’échange stable.

Mais c’est surtout comme réserve de valeur que le bitcoin présente du potentiel. Ce qui du même coup explique l’engouement aussi bien des particuliers que des investisseurs institutionnels pour cet « or digital ». Oui, l’expression est lâchée, le bitcoin apparaitrait comme un « or digital ». En effet, le bitcoin présente l’avantage d’être rare, divisible, portable. Rare car dès sa conception, le nombre de bitcoins a été limité à 21 millions d’unités : plus le bitcoin est miné, plus il est difficile d’en obtenir de nouvelles unités, ce qui assure sa rareté. Divisible car le bitcoin peut se diviser en « satoshi » (soit 0,00000001 bitcoin). On estime d’ailleurs que le dernier satoshi sera miné en 2140. Tout comme l’or, le bitcoin s’est révélé être une valeur refuge au cours du temps comme en témoigne l’histoire de Kristoffer Koch. En 2009, cet étudiant norvégien ayant entendu parler du bitcoin achète 150 couronnes norvégiennes (environ 18 euros à l’époque) pour acquérir 5000 bitcoins. Il laisse cette somme dormir sur son compte. En avril 2013, ces 5000 bitcoins valent désormais 5 millions de couronnes norvégiennes (615 000 euros à l’époque).

Récemment, des personnalités du monde des affaires et de la sphère financière s’intéressent davantage au potentiel du bitcoin. En 2017, Ray Dalio considérait que le bitcoin était une bulle spéculative. Récemment, il s’est rétracté. Il a affirmé sur son compte Reddit que « le bitcoin s’est stabilisé et est devenu un actif digital comparable et alternatif à l’or ».  En septembre 2020, MicroStrategy a acheté une 425$ million en bitcoin. Square, une entreprise de paiement situé à San Francisco, a acheté 50$ millions en bitcoin en octobre 2020.

Enfin, répondons aux objections des potentiels lecteurs qui seraient rester jusqu’ici sceptique sur le potentiel du bitcoin. Avant tout, je tiens à préciser que l’article que vous lisez ne constitue nullement des conseils d’investissements ou une incitation à acquérir du bitcoin.

En utilisant le bitcoin, les utilisateurs peuvent être victimes d’escroqueries ou d’arnaque. Oui, c’est un fait. Des utilisateurs malveillants peuvent abuser la confiance des particuliers en faisant miroiter des retours sur investissement alléchants. Ils utilisent ainsi des plateformes non agrées pour mettre en marche leur stratagème. Néanmoins, l’AMF (Autorité des marchés financiers) indique sur son site que le meilleur le plus sûr est de contacter leur service en cas de doute. Rappelons tout de même que les arnaques ne sont pas l’apanage du bitcoin puisque Bernard Madoff, célèbre gestionnaire de fonds, a sciemment escroqué ses clients qui lui confiaient leur pécule… en dollars !

Le bitcoin ne possède pas de valeur intrinsèque puisqu’il repose sur du rien ! Ce même raisonnement est valable pour les devises que nous connaissons bien. En effet, si autrefois, l’étalon-or garantissait la stabilité et la valeur des devises nationales, depuis 1976, les devises sont soumises au change flottant. En d’autres termes, la valeur des devises (yuan, yen, euro, dollar, etc…) repose… sur rien ! Exactement, la création monétaire dépend du bon vouloir des présidents des banques centrales qui peuvent injecter des liquidités sur le marché à loisir. A ce propos, la FED (banque centrale américaine) a injecté 500 milliards de dollars de liquidités mi 2020. Ce n’est pas le cas du bitcoin car il est une monnaie décentralisée (même si la Chine tend à concentrer le minage puisque l’énergie y est relativement bon marché). Et comme nous l’avons vu, miner un bitcoin devient plus difficile à chaque nouveau bitcoin miné. Aucun risque de voir la valeur du bitcoin baisser à cause d’une création massive de nouvelles unités (quantative easing).

Certes mais le bitcoin est une bulle spéculative et peut entraîner une crise. En effet, le bitcoin est volatile… tout comme l’est n’importe quel actif ! En 2000, les investisseurs qui s’étaient rués sur les entreprises de technologies ont perdu quelques plumes. Et pourtant quelques années plus tard, les entreprises les plus profitables étaient justement celles spécialisées dans les technologies (les fameux GAFA). En 2008, le marché immobilier s’effondre aux Etats-Unis avec la crise des subprimes. Et pourtant, des immeubles et des maisons sont toujours construits et le marché immobilier a su se redresser. Rien ne laisse à penser que si un jour le bitcoin venait à connaître une crise de la même ampleur que celles citées précédemment, il serait voué à disparaître définitivement. En outre, sur un actif quel qu’il soit est très risqué. Le bitcoin n’échappe pas à cette règle.

Les investisseurs qui veulent spéculer sur le bitcoin sur le court terme sont assurés de perdre des plumes. S’il est clair que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, voyons jusqu’où montera le bitcoin ces prochaines années.

 

 

Par JP Castorix

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