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Il y a 7 ans jour pour jour, le Bengladesh était en deuil. Le Rana Plaza s’effondrait sur des ouvriers de l’industrie textile, faisant plus de 1000 morts et de nombreux blessés. 

Retour sur une tragédie qui a (légèrement ?) changé l’industrie de la mode. 

Le 23 avril 2013, des inspecteurs sont mandatés pour vérifier l’état du Rana Plaza, immeuble de 8 étages du faubourg ouest de Dacca. Ce bâtiment, propriété d’un homme politique local, était composé d’une banque et de commerces aux étages inférieurs, et de plusieurs ateliers de confection textile. Ces derniers employaient environ 5000 ouvriers, principalement des femmes, et fournissaient des géants de la mode comme Primark, Mango ou Benetton. Les inspecteurs constatent de nombreuses fissures suspectes sur les murs et conseillent d’évacuer l’immeuble. Immédiatement, les commerces, la banque et les ateliers ferment. Cependant, les ouvriers sont sommés de revenir travailler dès le lendemain. 

Le 24 avril au matin, les ouvriers se présentent face à l’immeuble mais refusent d’entrer, craignant pour leur vie. Mais la menace de la perte d’emploi est trop grande, ils décident pour la plupart de prendre leur poste. Vers 9h, une panne de courant inquiète les employés, et quelques minutes plus tard, le bâtiment tremble et s’effondre sur les milliers d’ouvriers présents ce jour-là. 

Alors, qui incriminer pour cette hécatombe ? Les dirigeants de l’usine ayant fait construire les 4 étages supérieurs sans permis ? Les autorités locales corrompues fermant les yeux sur les manquements aux règles sécuritaires ? Les grandes entreprises occidentales faisant produire leurs collections dans des conditions de travail déplorables ? J’ose à peine le dire, les consommateurs qui continuaient à acheter des vêtements « Made in ailleurs » sans se poser la moindre question ? 

Après la catastrophe, les rescapés ont certes reçu des compensations financières, mais la législation laborale du Bengladesh n’a que très peu changé. C’est en occident que le choc a été fort. Pour la première fois, la population des pays dits du Nord ont pris conscience des conditions dans lesquelles leurs vêtements étaient fabriqués. Cela n’a pas réellement fait évoluer leur manière d’acheter, mais les consommateurs ont pris l’habitude de mieux se renseigner, et une telle prise de conscience a obligé les grandes marques à se remettre en question. 

C’est ainsi que Zara lance une campagne de communication sur la RSE, H&M produit une collection « Conscious » et s’associe à une entreprise spécialisée dans le recyclage textile… Des efforts notables selon certains, de la poudre aux yeux selon d’autres. Les produits de ces 

marques sont toujours fabriqués pour la grande majorité dans les pays pauvres d’Asie et se vendent à des prix ridiculement bas. En bref, peu de réels changements sont à espérer de ces géants de la mode, construits justement sur un modèle incompatible avec une consommation durable, la fast fashion. 

Cependant, la tragédie du Rana Plaza reste l’évènement qui a mis en lumière les comportements des grandes marques, et le consommateur n’est plus dupe. Il achète en conscience ces produits et a le pouvoir de faire évoluer la mode. D’une part, de plus en plus de consommateurs sont adeptes de la slow fashion, une mode plus douce, plus durable et plus lente : ces dernières années, un nombre impressionnant de marques de vêtements, d’accessoires et de maroquinerie durable ont vu le jour. Textiles bio, recyclés, Made in France… Une variété de combinaisons est possible pour produire une mode plus responsable à des prix raisonnables. Sans parler du boom de la seconde main… Le choix est plus grand que jamais pour une consommation raisonnée. 

De plus, l’effondrement du Rana Plaza a été largement relayée à l’heure des réseaux sociaux, et les militants pour les droits humains en ont profité pour lancer un mouvement : tous les ans, le 24 avril, a lieu le Fashion Revolution Day, pour commémorer cette catastrophe et en faire un symbole de la toxicité de la fast fashion en l’état. Depuis 2016, la Fashion Revolution se tient sur une semaine avec des conférences, interviews et débats sur le thème des évolutions de la mode et de sa production, mais surtout un hashtag : #whomademyclothes, avec des millions d’internautes postant des selfies en brandissant les étiquettes de leurs vêtements. Repris sur tous les réseaux sociaux, il a servi à inonder les comptes des marques de fast fashion pour les interpeller sur leurs modes de production : où sont faits mes vêtements ? Par qui ? Dans quelles conditions ? 

Aujourd’hui, avec cette prise de conscience, un autre paradigme est possible. Le consommateur est maître de ses choix et de ses achats. Si les discours moralisateurs sont contreproductifs, le souvenir du désastre du Rana Plaza doit perdurer comme un symbole du danger de la surproduction et des alternatives que existent à notre mode de consommation actuel. 

Marie-Esther Duron 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Effondrement_du_Rana_Plaza 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/26/rana-plaza-la-mort-de-l- industrie_3417734_3234.html 

https://www.fashionrevolution.org/