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Les César du Cinéma représentent une cérémonie française qui récompense les œuvres cinématographiques de l’année qui vient de s’écouler. Elle existe depuis 1976 et est organisée par l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma. Elle est comparable à son cousin américain : les Oscars. 

Le 28 février dernier a eu lieu, dans la fameuse Salle Pleyel à Paris, la 45ème cérémonie des César. Cette année, les César ont été couronnés de succès ! Instagram, Twitter, Facebook, … On en parle partout. En effet, un évènement a fait déferler une vague de colère et d’indignation dans le monde du septième art : Roman Polanski, avec son film J’accuse (2020), a gagné le César du meilleur réalisateur et de la meilleure adaptation. À la suite de cette annonce, l’actrice Adèle Haenel a quitté la salle avec rage tout en levant la main et en s’exclamant « la Honte » tandis que le principal intéressé n’était pas venu chercher son trophée ; une absence délibérée justifiée par le fait qu’il «se doit de protéger son équipe, deux cents talents remarquables, comédiens, techniciens, production » et qu’il « doit aussi protéger sa famille, sa femme et ses enfants, à qui on fait subir injures et affronts, appliquant une responsabilité collective d’un autre âge” face aux lynchages et aux manifestations à son encontre qu’il savait qu’il allait subir en se rendant à la fameuse salle. 

Mais pourquoi tant de haine ? Qui est Roman Polanski pour s’attirer autant les foudres de la gente féminine ? 

Roman Polanski est un réalisateur Franco-Polonais qui a connu des moments difficiles non seulement durant sa jeunesse mais aussi dans sa vie d’adulte : il a survécu au ghetto de Cracovie alors que sa famille y a péri lors de la Shoah. En 1969, Sharon Tate, sa seconde épouse, se fait assassiner par des membres d’une des sectes de Charles Manson. Et cela, alors qu’elle était enceinte. C’est à partir des années 70 que les choses dérapent. Le 10 mars 1977, Polanski est accusé d’avoir violé une mineure de treize ans. Il se défend en affirmant que les deux parties avaient consenti à l’acte. Il finit par plaider coupable et est condamné à quatre-vingt-dix jours de prison (il n’en fera que quarante-deux pour bonne conduite). Par la suite, sous la menace d’un nouvel emprisonnement, Roman Polanski décide de quitter définitivement les Etats-Unis pour la France. Mais ce n’est pas la seule affaire qui le concerne. On peut compter au nombre de 10 les autres femmes qui ont été, dans les années 70, ses victimes. Cependant, la question de la véracité de ces témoignages reste d’actualité. Il y a de quoi se poser des questions ! Charlotte Lewis, l’actrice britannique, qui, en 2010, a accusé Roman Polanski d’avoir abusé d’elle, a fini par tourner dans l’un de ses films, faire son éloge et se perdre dans ses explications face aux journalistes. Tout cela sans oublier sa première victime qui dit lui avoir pardonné, affirme que « Si je devais choisir entre le viol et revivre ce qui s’est passé après, je choisirais le viol » et qu’elle entretient un contact régulier avec lui depuis 2009. Toutefois, si toutes ses accusations s’avèrent être juste, Roman Polanski est véritablement un violeur qui échappe à la justice depuis près de 43 ans par chance ou/et par calcul. Ces accusations lui ont déjà coûté des opportunités professionnelles comme en 2017, lorsqu’il avait été choisi et avait accepté de présider la cérémonie des Césars : ce qu’il n’a finalement pas fait en raison du mécontentement que cette annonce avait suscité et cela à juste titre.

En France, un viol est condamné par 15 ans d’emprisonnement voire 20 ans – s’il y a des circonstances aggravantes – tandis qu’aux Etats-Unis, la peine encourue pour le viol dépend des Etats mais elle varie entre 3 ans d’emprisonnement à perpétuité ou encore à la peine de mort. 

C’est un scandale que Polanski ait reçu cette récompense et cela pour plusieurs raisons. 

Tout d’abord, parce que les votants au César ont voté pour lui. Mais qui sont les votants ? Les votants représentent un groupe d’environ 4300 professionnels provenant de différentes fonctions du cinéma telles que les réalisateurs, les acteurs et les techniciens qui représentent la plus grande part de ce collège. Ce collège qui, on ne va pas se mentir, manque cruellement de parité et de diversité, a décidé de récompenser l’homme en lui-même en remettant ce César à Roman Polanski. Certains parlent du fait qu’il faudrait y avoir une dichotomie entre l’homme et l’œuvre mais le fait est que le César de la meilleure réalisation récompense l’œuvre et donc son réalisateur car sans lui, il n’y aurait pas eu une telle mise en scène. Or, il ne faut pas oublier que si Polanski avait purgé une peine normale pour son crime de 1977, comme tout homme « banal » sur cette terre, il n’aurait pas été le réalisateur de ce film et qui sait, ce film n’aurait surement pas existé. Par conséquent, J’accuse n’aurait jamais eu la chance de gagner un César.  

Ensuite, parce que c’est un affront pour toutes les femmes qui ont été ses victimes. C’est une insulte à toutes les femmes qui se sont faites violer ou agresser et c’est un message qui leur est envoyé et qui dit :« si vous avez été violées par une personne de pouvoir, vous ne comptez pas. Vous perdrez toujours. ». Charmant. 

Toute cette histoire démontre que le talent et la renommée passe avant la justice et la morale. 

Trois ans après la relance du hashtag #MeToo par Alyssa Milano, cette histoire montre encore le long chemin qu’ont les femmes pour arriver à l’égalité des genres et au respect de la femme dans nos sociétés. Alors que la parole des femmes continue de se libérer, des hommes et des femmes ne prennent toujours pas conscience de l’importance de cette problématique.

LA HONTE !

Mérédith Valgaire