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Texte de “VIDE CHIEN” – Concours de la meilleure plume TBS 2017


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Publié le 3 mai 2017

Le vide

Ça faisait surement des mois que j’y vivais. Combien je n’en sais trop rien, le temps fuit dès qu’on y met un pied. Mon cancer m’avait imposé un nouveau cadre, blanc et stérilisé. L’hôpital était devenu mon quotidien, mon repère, mon entourage. Et là-bas plus l’on est cassé, plus l’on nous aime. Moi ça tombait bien j’étais devenue chauve et déprimée. Alors au moins à l’hôpital on m’aimait bien.
Mes journées se ressemblaient excessivement. J’appelais l’infirmière à mon réveil, davantage pour sa compagnie que pour m’aider à avaler la pilule. Car à défaut d’être en bonne santé, j’avais le temps. Le temps de me réfugier dans la littérature et d’oublier mes maux. Il y avait aussi quelques personnes à qui j’aimais parler à l’hôpital. Des copains de fortune avec qui je pouvais refaire le monde faute de retrouver le mien. Je n’étais ni heureuse ni malheureuse. Je vivais, et c’était tout. Mais j’avais peur que tout s’arrête, peur de disparaître.
Ça faisait surement des mois que j’y vivais. Combien je n’en sais trop rien, le temps fuit dès qu’on y met un pied. Et un beau jour j’ai eu le malheur de guérir. Pendant des mois j’avais ressenti la peur du vide. Maintenant il était temps de vivre ma peur. C’était paradoxale, je l’avais toujours associé à la mort.
Ça faisait surement des mois que j’y vivais. Combien je n’en sais trop rien, le temps fuit dès qu’on y met un pied. Et derrière lui, le vide.
Vide chien

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