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Texte de « PREMIÈRE PLUME » – Concours de la meilleure plume TBS 2017


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Publié le 30 avril 2017
LE VIDE
Subjuguée par l’immobile, le regard vers le ciel, je scrute les étoiles une à une dans l’obscurité profonde de l’immensité. Toutes ces constellations lumineuses et rigoureuses offrent à mon esprit un champ infini d’interrogations. Que peut-il y avoir de l’autre côté de ce mur noir, à la fois si abrupte et impassible, et à la fois si grandiose et espiègle ? Parfois, je me sens si fatiguée, avachie comme dans un vieux canapé usé, affaissé sous le poids du monde, ce monde si lourd, si sourd, qui tourne, tourne, sans jamais s’arrêter, dans cet espace infini, à la fois si vide et beaucoup trop plein, de haine, de peur, de tristesse et d’infamie. J’interroge le ciel en criant de toutes mes forces, espérant recevoir une réponse à mes questions. Mais tout ce qui revient à moi tel un boomerang solitaire, est mon écho qui résonne comme une bille dans un bocal de verre. Ce son me rappelle combien je ne suis rien, juste un grain de sable dans un désert sans fin, une goutte d’eau dans une baignoire sans fond. Je me rends compte que ce vide n’existe pas uniquement autour de moi. Il est aussi en moi. Cette sensation latente qui rend l’esprit impuissant et le cœur dépouillé, asséché, épuisé. Et quand mon corps n’a plus le souffle pour avancer, n’a plus le goût pour grandir et vieillir, alors le vide s’installe et perdure. Il absorbe toute trace d’énergie restante qui pourrait encore faire marcher mes jambes, et pose ses valises chargées de plomb sur mon estomac. Alors le temps s’arrête. Ou peut-être le temps n’a-t-il jamais existé. Après tout, si l’espace qui m’entoure n’a ni début ni fin, plus rien n’a d’importance. Nous courons sans cesse après le temps, le regard suspendu aux aiguilles de la montre, qui tourne, tourne, sans jamais s’arrêter. Elle virevolte au rythme du monde dans lequel elle est née, un tempo effréné qui ne connaît pas de répit et se mord la queue à l’infini. Et mes yeux essaient difficilement de suivre la course folle des chiffres qui défilent, mais ils ne font qu’un tour et s’épuisent. Ils n’ont plus la force de regarder au-delà, ou peut-être n’ont-ils tout simplement pas envie de voir ce qui s’y cache. Cet espace sans barrière qui m’entoure me fait peur. Il est à la fois tout et rien. A la fois plein de merveilles et de monstruosités, et si vide de sens.
Aujourd’hui, devant ce rempart étoilé, je choisis de prendre une direction, mais où me mènera-t-elle ? L’incertitude du lendemain et de la destination m’angoisse et me rend vivante à la fois. C’est elle qui éveille en moi cette ardeur, cette envie de vaincre et de rompre le silence du vide, l’écho de mes pensées qui me revient à la gueule comme une gifle sourde et cassante. Je ne veux plus me poser de questions, juste marcher vers mon destin, sur cette Terre que je n’ai pas choisie, mais qui m’a accueillie. J’ai décidé de ne pas me retourner, non plus de regarder loin devant. J’ai simplement décidé de baisser la tête et de m’assurer que mes pieds touchent encore le sol. Et mon esprit ? Il est déjà loin.
Première plume

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