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Le snobisme


Publié le 17 janvier 2017
Vous êtes bien vous êtes peinard, une Stella dans la main droite, une Camel dans celle de gauche et un poteau en face. Vous naviguez tranquillement aux grès des tubes des années 90 dans ce doux panthéon de l’alcoolisme qu’est le foyer lorsque tout un coup une personne s’approche de vous et de votre pote, aborde ledit ami en le gratifiant d’une franche accolade et vous sert un regard froid qui vient heurter votre visage. L’attitude est distante, le regard transparent. C’est normal, c’est parce qu’il ne vous voit pas, ne vous effleure pas, ne vous reconnaît pas. Tout juste un bonjour poli et puis une franche ignorance suivie d’une discussion animée avez votre ami. Au moins vous reste-il votre bière…

Faites-vous une raison camarade, vous venez tout juste de vous faire snober !


Snobisme:
A. Ambition qui consiste à (désirer) fréquenter certains milieux sociaux jugés supérieurs et à se faire adopter par eux
B. Affectation qui consiste à priser ou mépriser quelqu’un ou quelque chose non en raison de sa valeur ou de sa qualité mais en fonction du choix des gens que l’on veut imiter.
Sources: CNRTL

Le Snobisme, représenté dans des proportions tout à fait honnêtes à TBS (bien que leurs représentants soient plus communément nommés à travers l’appellation « melon ») se traduit différemment selon les situations et les camarades qui le pratiquent:
– Il y a le snobisme décomplexé qui ne s’embarrasse pas de détails pour vous faire comprendre que vous n’êtes rien. Ou plutôt que vous n’êtes pas quelque chose de suffisamment important pour mériter une attention quelconque. Il n’y a ici que le silence assourdissant de l’ignorance.
– Constatons un Snobisme moins affiché mais tout à fait efficace qui consiste en un rapide « salut » suivi d’une ignorance polie.
– Le dernier mode du snobisme est peut-être le plus retort. Il consiste à vous faire la small talk, partager avec vous une ou deux blagues, se montrer amical tout en vous méprisant tranquillement.Le Snobisme s’incarne dans la certitude d’une supériorité. Supériorité de choix et d’expériences de vie (« sors de ta campagne camarade et commence à vivre »), de connaissances, de talent ou d’argent. Supériorité liée à la certitude de posséder la vérité. La vérité du bon goût et des couleurs, la vérité d’une vie bien menée. La vérité tout simplement.Ce sentiment de supériorité explique une deuxième facette du snobisme : Le mépris. Affiché plus ou moins subtilement il traduit le manque de considération que l’on a envers quelqu’un qui n’est pas notre égal. Ce mépris entraîne à son tour le mépris de la personne méprisée envers celle qui la méprise car son orgueil et son cœur d’enfant ne désirant qu’être aimé sont blessés.  Ceci nous est parfaitement illustré par la très subtile tirade de notre ami Sarko suite au refus d’une personne de lui serrer la main : « Casse-toi, pauv’ con ! »

 
Le Snobisme s’appuie sur la certitude d’avoir raison pour juger une personne, mais puisqu’il choisit d’ignorer cette personne il ne peut la connaître. Comment connaître quelqu’un qu’on ignore ? Comment ensuite juger cette personne sans autre connaissance d’elle que nos a priori ? Le snob juge donc avant de connaître, autrement dit il préjuge. Aussi pouvons-nous dire que « Nous ne voyons pas les choses mêmes, nous nous bornons, le plus souvent à lire les étiquettes collées sur elles ». Le Snobisme, alors qu’il tient sa légitimité de la certitude même de sa supériorité, ne fait pas l’effort de s’ouvrir à cet autre qu’il préjuge et n’est donc que l’expression d’une ignorance de l’autre.
Pourtant les plus snobs – souvent fiers des nombreux pays et soupes locales qu’ils ont eu l’occasion de visiter et de déguster- reprocheront à leurs camarades d’être trop étroits d’esprit.
L’ouverture d’esprit ne se mesure pas au nombre de pays qu’on a parcouru, ne se quantifie pas selon les tonnes de nourritures locales ingurgitées. On aura beau parcourir la terre entière trois fois, si on le fait à travers notre regard uniquement on aura visité en fin de compte que nous-même.
L’ouverture s’esprit n’est ni le jugement à tout va ni l’absence de jugement (qu’on appelle parfois à tort la tolérance. La tolérance n’est pas le refus de juger, c’est le fait de désapprouver quelque chose mais de choisir de le supporter et de ne pas chercher à l’interdire. Ainsi dire qu’on tolère la religion ce n’est pas dire que toute croyance et tout comportement en conséquence s’équivaut mais c’est dire qu’on ne croit pas qu’un Dieu existe et qu’il faille vivre selon ses préceptes et pourtant qu’on accepte que d’autres y croient et vivent en conséquence).
La véritable ouverture d’esprit c’est la capacité à vivre le moment présent hors de soi, de voir, de penser e de ressentir le monde à travers le regard des autres. Pour Raphael Enthoven « il s’agit de retrouver cette manière virginale de voir, d’entendre et de penser ». Pour moi la richesse du monde n’est pas vraiment dans la perception virginale que nous aurions du monde, ni dans le monde tel qu’il est véritablement mais plutôt ses innombrables perceptions.
L’homme réellement ouvert d’esprit n’est donc pas l’homme qui a voyagé à travers 10 000 contrées mais plutôt celui qui a voyagé à travers 10 000 regards, 10 000 cœurs, 10 000 histoires individuelles, 10 000 perceptions du monde, 10 000 croyances et systèmes de valeurs. Les a t’il tous adoptés ? Les a t’il même approuvés ? Très souvent non. Mais il les comprises, senties et ressenties.
Cette triple compréhension, de l’intellect, du corps et du cœur est selon moi à même de caractériser celui qui est véritablement ouvert aux autres, c’est-à-dire en position de s’effacer pour recevoir pleinement ce qu’ils sont. Le jugement, s’il a lieu d’être, vient après.
Là est le problème du snob. Enfermé qu’il est dans son sentiment de supériorité, ses certitudes sur la vie et le monde, le snob n’est pas ouvert à l’accueil de l’altérité. Il se condamne ainsi à ne vivre qu’à travers son propre regard.

Le snobisme c’est donc le refus de l’autre et à travers celui-ci une condamnation à une vie ennuyeuse, sans relief, sans surprise, sans autres couleurs que la sienne.

Etre Snob c’est choisir de vivre une vie d’une pauvreté tragique.

Le Snobisme a aussi ceci d’ironique que les Snobs le sont souvent par peur qu’on leur inflige leur propre traitement. Ils ignorent par peur d’être ignoré, méprisent par peur de l’être, restent en terre connue afin de ne pas être considérés comme un inconnu.
L’acte éclairé et courageux, acte de tous les instants, c’est donc celui qui consiste à refuser de préjuger des autres, à faire le premier pas quitte à s’exposer au rejet dans l’espoir d’une belle rencontre. Cette belle rencontre qu’elle est-elle ?
Parfois ce n’est qu’un échange de sourire, des regards malicieux qui se croisent, une petite discussion sur tout et rien une bière à la main.  En bref un petit moment d’humanité qui s’il ne change pas une vie représente tout de même un petit rayon de soleil dans une journée. Et parfois c’est la naissance d’une belle amitié.
Nam Delespierre

 

1 Commentaire

  1. Anonyme

    Merci pour cet article très riche et pour sa finesse d'analyse.

    Réponse

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