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Le vote : quels patchs correctifs ?


Publié le 30 novembre 2016

Insatisfaction croissante des électeurs, abstention toujours plus élevée, élus toujours plus coupés de la réalité de ceux qui les portent au pouvoir : la démocratie est bel et bien le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres. Nombre des défauts imputés aux régimes démocratiques sont en fait dus aux modes de scrutin. Alors quels pistes pour améliorer le vote ?

Le vote obligatoire

Minorités présidentielles et autres bizarreries démocratiques.

Le 45e président des États-Unis d’Amérique a été élu avec 47 % des votants donc avec 26% du total des inscrits sur les listes électorales, cela relativise beaucoup la claque que le peuple américain aurait infligé aux élites. Il y a un problème à dire que le résultat du vote reflète réellement le choix des électeurs quand la majeure partie d’entre eux s’abstiennent et que la désignation du gagnant repose bel et bien sur une minorité.

Les abstentionnistes sont majeurs et vaccinés, il n’est pas utile de tenir un discours infantilisant sur l’abstention. Cependant, il faut garder cette idée en tête : en France comme aux États-Unis l’abstention est bien souvent “le premier parti”. En laissant en l’état cette situation on laisse bel et bien une minorité décider à la place d’une majorité. Pour corriger ce travers, il conviendrait peut-être de rendre le vote obligatoire.

L’idée d’un seuil de participation minimum

Dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, ainsi qu’en Australie et dans une poignée de pays européens, le vote est dit obligatoire. Cela signifie qu’il y a des sanctions – théoriques ou non – applicables aux personnes inscrites sur les listes électorales ne s’étant pas déplacé au aux urnes.

Ainsi, en Belgique ne pas voter est passible d’une amende allant de 25 à 250 € en cas de récidive. Il faut quand même souligner que ces sanctions ne sont, aujourd’hui, presque jamais appliquées. Cependant, le vote obligatoire fait partie de la tradition électorale en Belgique (ce principe date de 1894) et sans forcément y voir un lien de cause à effet, on remarque que la Belgique est l’un des pays européens avec la participation aux élections la plus élevée. Près de 90% des Belges se sont, ainsi, déplacés pour l’élection fédérale de 2014, la dernière élection en date.

Mais on pourrait aller encore plus loin. En effet, si ne pas voter est dans de nombreux pays passible de sanctions, dans tous les pays où ce type de mesure est appliqué, une élection avec une participation moindre serait théoriquement validée. Les tribunaux seraient “juste” débordés du fait du nombre de contribuables à sanctionner.

On pourrait imaginer un système de vote obligatoire où l’élection serait invalidée si la participation ne dépasse pas un certain seuil. Ainsi, cela contraindrait un maximum d’électeurs à aller voter. Le but ici ne sera pas de rebattre les oreilles de l’électeur avec la logique de “vote utile”. Le tout est que l’électeur donne son avis de manière systématique.

Réponses aux critiques du vote obligatoire.

D’aucuns auraient un problème à obliger les gens qui ne se reconnaissent dans aucun des candidats en lice à voter, mais le problème pourrait aussi être abordé de cette manière :

D’une part, il n’est pas non plus normal d’avoir un candidat élu par les voix d’une minorité d’inscrits comme c’est le cas actuellement. L’abstention peut exprimer un certain rejet de l’ensemble de la classe politique, lequel peut-être compréhensible, mais rejeter en bloc nos personnalités politiques actuelles en n’allant pas voter n’empêche rien à l’élection de l’un d’entre eux bien au contraire, puisque ce sont les votants qui choisissent ceux qui nous gouvernent.

D’autre part, on ne demande pas aux électeurs d’être encartés à tout prix ni de choisir un candidat qui les enchantent. On leur demande de faire le choix qui leur semblent être le moins mauvais. De sorte que l’ensemble des citoyens ne se retrouvent pas avec un candidat dont une majorité ne veulent absolument pas.

Mais on doit également considérer qu’une partie conséquente des abstentionnistes ne veulent clairement d’aucuns des candidats qui leurs sont proposés. Si ces personnes se retrouvent contraintes de voter, on devrait de fait leur donner une possibilité d’exprimer leur insatisfaction. Cela passe par une meilleure reconnaissance du vote blanc.

Donner une meilleure place au vote blanc

On pourrait imaginer une plus grande importance donnée au vote blanc dans les élections. Depuis le 21 février 2014, le vote blanc n’est plus comptabilisé en France comme un vote nul mais bénéficie de sa propre catégorie. Cependant, les votes blancs n’entrent pas pas en compte dans les suffrages exprimés. En rendant le vote obligatoire, on pourrait également imaginer un scrutin où le nombre de votes blancs auraient une véritable influence sur l’élection. On pourrait par exemple invalider les élections où le vote blanc dépasserait le score du premier candidat ou de la première liste.

Le vote unique transférable : remède miracle à l’insatisfaction des électeurs ?

Les deux objectifs inconciliables de l’élection d’une assemblée

Au delà des élections de type présidentielles, les élections législatives présentent de nombreux défauts et pas seulement en France. En fait, on considère qu’il y a toujours eu au moins deux objectifs inconciliables quand il s’agit d’élire une assemblée. Le premier est celui de la représentativité que l’on pourrait appeler “proportionnelle” – l’assemblée reflète-elle bien le vote des électeurs ? N’y a-t-il pas des courants ou des partis qui sont sous-représentés dans l’assemblée par rapport au nombre de voix qu’ils ont obtenu ? Le second est celui de la représentativité “locale” – Les citoyens ont-ils pu voter pour un candidat venant de leur région ou est-ce que lesdits candidats leurs ont été imposés par les partis, en plaçant des candidats “importants” en tête de liste ?

Dans les pays où l’on vote circonscription par circonscription on a plutôt une bonne représentativité locale mais une mauvaise représentativité proportionnelle – ex : en France (si on exclut les parachutages) ou au Royaume-Uni – et c’est l’inverse dans un pays où l’on vote à la proportionnelle – avec des listes par partis – comme en Espagne par exemple.

Pour preuve : voici le résultat des élections générales britanniques en nombre de votes et en nombre de sièges à la Chambre des Communes

On voit que UKIP bien qu’ayant engrangé 12,5% des voix n’a eu qu’un seul député sur 650 soit 0,2% du nombre de sièges.

L’Assemblée nationale française – celle qui fut élue en 2012 – ne comporte que 2 députés FN alors que le FN a fait près de 14% des voix au premier tour.

Principe du vote unique transférable

Le vote unique transférable – ou VUT – a pour but de répondre aux objectifs inconciliables de représentativité locale et proportionnelle. Son but est de permettre aux électeurs de voter pour des candidats locaux – donc par circonscriptions – mais que l’assemblée dans son ensemble représente le mieux le choix des électeurs.

Dans chaque scrutin avec le système du VUT, il y a nécessairement un tour. Le principe est que chaque électeurs a la possibilité de classer les candidats en lice dans des circonscriptions élargies où il y a plusieurs sièges à pourvoir plutôt que d’en choisir un seul. Comme il y a toujours plus de candidats que de sièges à pourvoir, on fixe un seuil minimum de premier choix au-delà duquel un candidat est automatiquement élu, et les candidats restants sont choisis en fonctions des deuxièmes choix – ou troisièmes ou quatrièmes selon le nombre de “tours” nécessaires pour que l’ensemble des sièges de la circonscription soient pourvus. Pour cela, on élimine le candidat avec le moins de premiers choix et on ajoute les deuxièmes choix de l’ensemble des électeurs aux premiers choix des autres candidats puis si on n’a toujours pas tous les élus on élimine l’avant-dernier puis on rajoute les troisièmes choix aux premiers et deuxièmes choix obtenus par les candidats encore en lice et ainsi de suite jusqu’à temps que l’on ait l’ensemble des élus pour la circonscription. Il y a d’autres élément dans le principe du vote transférable mais c’est le principe de base.

Comme le principe VUT est compliqué à appréhender, surtout quand l’explication est couchée uniquement sur papier, je vous conseille de regarder l’excellente vidéo -en anglais de CGP Grey -vidéaste américain- à ce sujet.

 

Avantages du vote unique transférable

La principale vertu du système est de permettre qu’une majorité d’électeurs soient représentés à la fois localement et dans leur vote. Le but est qu’il y ait un maximum d’électeurs satisfaits du résultat de l’élection, à la fois parce que ces derniers pourraient voter pour des candidats locaux en s’affranchissant – partiellement – des candidats imposés par les partis au niveau national et parce que les assemblées ainsi élues représenteraient mieux le scrutin dans son ensemble donc le choix d’un maximum d’électeurs.

Le deuxième avantage du VUT est qu’il rend stérile toute stratégie électorale. En effet puisqu’il n’y a qu’un tour et qu’il y a possibilité de classer les candidats l’électeur peut voter en exprimant réellement ses préférences. Ce dernier n’aura pas besoin de voter en fonction de ce qu’il pense que les autres vont voter, ou de penser qu’il pourra voter au second tour uniquement – prenant ainsi le risque d’avoir à choisir entre deux candidats dont il n’avait pas prévu la victoire et qui ne lui plaisent pas du tout.

Le dernier avantage du VUT est qu’il corrige un gros point noir du vote proportionnel qu’est l’absence de majorité claire dans une assemblée.

Une élection présidentielle au VUT ?

En extrapolant, le système du VUT s’appliquerait très bien à une élection présidentielle. Il n’y aurait ni premier ni second tour, le candidat avec le moins de premiers choix serait éliminé et on prendrait en compte les second et troisième choix jusqu’à temps qu’un candidat ait un minimum requis pour de 50% pour gagner.

On pourrait annoncer dans un premier temps le décompte des premiers choix puis les seconds, et ce jusqu’à ce qu’un candidat soit élu en ayant atteint un seuil de 50% des voix.

Inconvénients du VUT

Le vote transférable n’est pas parfait. En effet son principal défaut est qu’il est extrêmement compliqué. Il est complexe tant à appréhender pour les électeurs qu’à appliquer et à dépouiller. Le mettre en œuvre rallongerait ainsi considérablement le dépouillement et on aurait sûrement pas le résultat des élections dans la soirée pour ce qui est de la France mais probablement un jour plus tard au bas mot.

Cela poserait également beaucoup de problème à bon nombres d’électeurs si un candidat était élu si le candidat en question avait un écart trop élevé entre le nombre de premiers choix et le nombre total de choix obtenus.

Conclusion

Le scrutin parfait est à l’image de la démocratie idéale : il n’existe pas. Le but poursuivi dans cet article cet article était d’amener le lecteur à s’interroger sur les moyens d’améliorer notre démocratie, à se demander si rejeter en bloc la classe politique, les institutions et tout ce qui constitue un régime démocratique ferait nécessairement avancer les choses. Aussi voici un message à l’attention du lecteur : peu importe vos opinions politiques, peu importe le fait que vous en ayez ou non, ne laissez personne décider à votre place. Votez aux prochaines élections et au suivantes, si le cœur vous en dit.

 

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