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Clinton, Trump… et les autres


Publié le 7 novembre 2016

Clinton, Trump, Trump, Clinton… A force de matraquage des grands médias américains en quête d’audience, on en oublierait presque que des centaines de candidats seront en lice pour l’élection présidentielle américaine le 8 novembre. Alors que le D-Day approche à grands pas, il est difficile d’imaginer qu’il existe d’autres candidats dans la course à la Maison Blanche tant les deux représentants des deux partis majeurs américains monopolisent l’attention. Rapide tour d’horizon des forces en présence.

Au milieu d’une campagne parasitée par les énormes appareils de campagne des partis républicains et démocrates, les « third parties » essaient de faire entendre leur voix, non sans difficultés. Vous ne les avez pas vus aux trois débats présidentiels, ils n’ont en effet pas atteint la barre des 15% dans les sondages requis par la sacro-sainte commission des débats présidentiels, évidemment contrôlée par les partis républicains et démocrates. Cette situation, désormais largement acceptée par la population américaine, ne surprend pas dans un pays où la frontière entre politique, économique et médiatique est toujours plus fine.
Historiquement, les candidats des petits partis américains ont rarement pesé dans l’élection présidentielle. Ils font généralement campagne sur un problème spécifique, qui trouve un écho plus ou moins fort après de l’opinion publique selon l’actualité et les inquiétudes du moment. Anti-maçonnique, abolitionnistes, prohibitionnistes, constitutionnalistes et plein d’autres courants tout aussi -istes y sont passés. Le candidat le plus fameux d’un troisième parti est sans aucun doute Théodore Roosevelt à l’élection de 1912 qui avait décidé de former le Parti progressiste après que la nomination du Parti républicain soit revenue à William Taft au terme d’une bataille aux allures de duel entre Fillon et Copé, un siècle avant… Le bureau oval était alors facilement revenu à Woodrow Wilson à la faveur d’un partage des voix entre Taft et Roosevelt. Plus récemment, Ross Perot avait emporté 18% des votes en 1992 au terme d’une campagne fondée sur la réduction de la dette publique. Enfin, on se souviendra de Ralph Nader qui avait sûrement privé Al Gore des quelques voix qui lui manquaient pour être élu face à George Bush en 2000, changeant peut-être ainsi le cours de l’Histoire…
Quid des deux « beautiful losers » de cette cuvée 2016 donc ? On retrouve tout d’abord Gary Johnson, candidat républicain jusqu’en 2012, qui s’est depuis tourné vers le parti libertarien, petit parti formé en 1971. Souvent caricaturé par les médias américains, ne possédant pas une armada de communiquants à la hauteur d’Hillary Clinton, il s’inscrit dans la droite lignée des républicains les plus libéraux, en héritier d’un Ron Paul. On retrouve donc chez lui un programme très axé sur les libertés individuelles, par opposition à l’omniprésence du gouvernement fédéral, avec notamment une baisse drastique de la fiscalité mais aussi des mesures bien plus progressistes que celles que l’on peut retrouver chez les républicains traditionnels telles que le mariage homosexuel, la légalisation du cannabis, le droit de boire de l’alcool à 18 ans au lieu de 21 actuellement ou encore le renforcement du droit à l’avortement. Avec parfois aussi quelques propositions qui retiennent l’attention, comme la suppression de la NSA, coupable de surveiller d’un peu trop près la population américaine. Gary Johnson a d’ailleurs largement soutenu Edward Snowden.
Mais s’il y a bien un point qui le distingue des programmes traditionnels des candidats à l’élection présidentielle, ce sont probablement ses idées en matière de politique extérieure. Non-interventionnisme sauf en cas d’agression sur le territoire américain, désengagement total au Moyen-Orient, collaboration avec la Russie et la Chine… autant d’aspects sur lesquels il va beaucoup plus loin que ses concurrents. Johnson promet également l’interdiction des frappes de drone sans autorisation de conflit armé. On ne peut pas reprocher à Johnson de ne pas aller au bout de ses idées et c’est probablement ce qui explique son regain de popularité.
Face à lui, on retrouve la candidate écologiste, Jill Stein. Elle présente un programme finalement assez proche de ce qu’on peut retrouver chez les partis écologistes français, avec une dimension anti-système plus présente, mais qui passerait pour presque fou dans un pays où l’hypothèse d’un changement climatique inventé par la Chine pour nuire à l’économie américaine convainc plus de 40% des électeurs. Elle est finalement reléguée à la gauche de Bernie Sanders sur l’échiquier politique, lui qui passait déjà pour un communiste aux yeux d’une frange de la population… Difficile dans ces conditions de trouver grâce aux yeux des électeurs.

Et pour les autres, encore moins médiatisés ? En apparence il semble facile d’être candidat à l’élection présidentielle américaine ce qui explique la participation d’une multitude de personnalités, des plus sérieuses aux plus excentriques. Quatre critères à remplir : être âgé de plus de 35 ans, être citoyen des États-Unis à la naissance, avoir résidé aux États-Unis pendant au moins 14 ans et ne pas être candidat à un troisième mandat.

Dans les faits, bien sûr, la multitude de candidats qui décide de se lancer ne jouit que d’une très faible exposition médiatique dans un pays où une campagne peut coûter jusqu’à 2 milliards de dollars. Autre problème majeur : les candidats n’ont pas tous le droit à être présent sur les bulletins de vote. Les états requièrent de la part des candidats un certain poids dans les sondages, des signatures de pétition voire même une certaine somme d’argent pour inclure leur nom aux côtés des candidats dits traditionnels. Les autres sont condamnés à rester des « write-in candidates », c’est-à-dire que les électeurs doivent écrire leur nom sur le bulletin de vote s’ils souhaitent leur donner leur voix. Autant dire que tout est fait pour protéger un bipartisme qui menace toujours plus la déjà fragile vie politique américaine.

Malgré ces facteurs défavorables, la vacuité idéologique de la campagne et la faiblesse des profils des deux candidats des partis historiques a permis à Gary Johnson et Jill Stein de se tailler une part modeste dans les sondages, à 6 et 2% respectivement. C’est là l’un des paradoxes de cette élection. Si la méfiance envers les politiciens, les bourdes de Trump et Clinton, Washington et les partis traditionnels n’a jamais été aussi grande, les autres candidatures peinent à réellement décoller. Il reste difficile pour eux d’exister dans l’espace médiatique, monopolisé par les frasques de Trump et les accointances avec la dynastie Clinton. Leurs partis n’ont a fortiori pas les ressources des machines de guerre démocrates et républicaines, dans une campagne où Hillary Clinton a déjà dépensé près de 300 millions de dollars contre un petit demi-million pour Gary Johnson. De quoi faire pâlir d’envie Bygmalion…
Bien conscients de ce combat à armes inégales, les électeurs favorisent depuis toujours le vote utile, persuadés que donner leur voix à un petit candidat ne ferait qu’éparpiller les votes sans réelle finalité. Ce phénomène est particulièrement présent lors de cette élection, où les médias n’ont cessé d’appeler à empêcher Trump d’accéder à la présidence. On retrouve ainsi la loi de Duverger qui affirmait déjà dans les années 1950 qu’un scrutin majoritaire uninominal à un tour favorise fortement un système bipartite. A l’heure actuelle, une alternative aux partis démocrates et républicains semble bien improbable. Toutefois, une chose est sûre, la médiocrité constante des candidats à l’élection présidentielle et de leurs campagnes commence fortement à lasser l’électorat américain.
Alexandre Welcklen

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