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Les Particules Elementaires


Publié le 3 février 2015
Parce-que notre travail au sein du TBS Press n’est pas seulement d’écrire mais aussi de faire partager, je vais vous faire part une nouvelle fois d’un témoignage.
Le 17 décembre dernier au CDRT – Centre Dramatique Régional de Touraine – j’ai eu la chance de pouvoir assister à la meilleure pièce de théâtre que j’ai eu l’occasion de voir : Les Particules Elémentaires de Michel Houellebecq mise en scène et adaptée par Julien Gosselin. Cette pièce, grande révélation du Festival d’Avignon en 2013, fait le tour des théâtres et centres dramatiques de France depuis et sera jouée au TNT du 25 au 28 mars 2015 – à bon entendeur.
Petite mise au point : Les Particules Elémentaires de Michel Houellebecq est un roman publié en 1998 questionnant l’héritage de mai 68 et du mouvement Hippie en France à travers la narration de la vie de deux hommes – Michel Djerzinski, un scientifique de renom et Bruno, un professeur en quête perpétuelle du plaisir sexuel, deux frères qui ne le découvrent que plus tard et qui vont traverser cette période clé de l’Histoire. Ces deux biographies agiront comme révélatrices de l’état de la société française de l’époque : une société en quête de repères, perdue dans le vacarme d’une consommation toujours plus abrupte, refusant tout conformisme, toute aliénation et toute autorité et prônant la paix et la liberté absolue notamment la liberté sexuelle.
Ce roman et l’écriture de Houellebecq en général semblent réellement « fait[s] pour le théâtre » comme a pu le dire Julien Gosselin. Cela tombe sous le sens une fois le roman lu ; il y a de réelles coupures, des « phases » de description, de récits romanesques et de poésie. Le Prologue le met bien en évidence : en deux pages, on a droit à un récit romanesque que l’on pourrait facilement comparer à un hommage mortuaire et à un poème dont je vous fais part de la fin ici :
« Maintenant que la lumière autour de nos corps est devenue palpable
Maintenant que nous sommes parvenus à destination
Et que nous avons laissé derrière nous l’univers de la séparation,
L’univers mental de la séparation,
Pour baigner dans la joie immobile et féconde
D’une nouvelle loi
Aujourd’hui
Pour la première fois,
Nous pouvons retracer la fin de l’ancien règne. »
Loin de moi l’idée de vous révéler tous les détails de la mise en scène, je souhaite simplement attirer votre attention, éveiller votre curiosité et peut-être vous donner envie de voir une pièce de théâtre dépoussiérée, décalée – dû en partie à l’écriture de Houellebecq mais pas que, alliant moments descriptifs avec notamment les apparitions du personnage de Houellebecq interprété par un des comédiens de la troupe qui intervient au fil de la pièce, moments d’humour lorsque Bruno essuie refus sur refus de la part de la gente féminine, et moments forts en émotion. La Valeur Ajoutée de cette pièce de théâtre est l’utilisation de divers procédés de mise en valeur du texte : les nouvelles technologies avec l’utilisation de vidéos, de caméras filmant en direct et retransmises sur l’écran géant, la musique – la majorité des acteurs sont aussi musiciens– si présente que l’on peut avoir parfois l’impression d’être dans un concert et enfin divers procédés théâtraux comme par exemple l’utilisation du nu.

 

Pour ma part, le moment fort de la pièce est le long et fort monologue sur le projet « Tribute to Charlie Manson » et sur les massacres perpétués par un certain David Di Meola. Une musique très puissante et très violente accompagne ce monologue le chargeant d’autant plus en émotions. Celui-ci dénonce les dérives et les limites du mouvement Hippie en décrivant les horreurs commises par les sectes, américaines notamment, qui prirent naissance dans l’essence même du mouvement. Cela est d’ailleurs bien explicité dans cet extrait :
« Selon Daniel Macmillan, la destruction progressive des valeurs morales au cours des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt puis quatre-vingt-dix était un processus logique et inéluctable. Après avoir épuisé les jouissances sexuelles, il était normal que les individus libérés des contraintes morales ordinaires se tournent vers les jouissances plus larges de la cruauté […]. En ce sens, les serial killers des années quatre-vingt-dix étaient les enfants naturels des hippies des années soixante. »

 

La force de cette pièce est que l’on peut passer du rire aux larmes – ou du moins à l’émotion extrême en quelques minutes voire quelques secondes. Elle nous incite à nous questionner quant à l’héritage que nous, étudiants et personnes n’ayant pas connu mai 68, avons reçu et quelles conclusions sur nos droits fondamentaux, particulièrement celui de la liberté mis à mal à de maintes reprises ces derniers temps, nous devons en tirer.
Je ne peux donc que conclure par : Allez voir cette pièce !

 

Loren Bousquet

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