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De l’éducation sexuelle avec démonstration dès la maternelle, troubles dans la république


Publié le 5 février 2014
 

La rumeur s’est répandue parmi les parents à l’aide de sms et de mails anonymes. On leur a demandé ne pas envoyer leurs charmantes têtes blondes à l’école, une monstrueuse conspiration menée par la tyrannie socialiste avait cours : l’éducation de nos enfants allait être ultra-sexualisée avec des cours masturbatoires, on allait faire la promotion de l’homosexualité et apprendre à nos bambins qu’ils allaient pouvoir choisir leur sexe. Sur le banc des accusés, la « théorie du genre » et le programme abc, un programme gouvernemental visant l’égalité homme/femme le plus tôt possible. Aussi fantasques que puissent être ces accusations, beaucoup les croient sérieusement. Il faudrait sans doute y voir un effet pervers de la diabolisation du gouvernement de gauche, apparemment tellement satanique qu’elle chercherait à pervertir la jeunesse. Mais au sein de cette polémique, beaucoup de mauvaise foi, d’intox et d’idéologie.

L’école, cette invention du diable
 

Cela ne semble pas plaire à tout le monde, mais l’école est un lieu qui échappe au contrôle familial et permet de confronter les jeunes enfants au reste de la société, donc à leur faire découvrir des milieux et des opinions différents de ceux dont ils sont originaires, c’est une évidence. Cependant, il apparaît chez certains anti-théorie du genre, l’idée que l’école républicaine serait la responsable d’une grande part de la déconstruction familiale qui touche le pays (le mariage gay, évidemment). Certains prétendent même qu’il faudrait un retour à l’école de la troisième république, celle des hussards où l’on se contentait d’apprendre à lire, écrire, compter. Une école qui vient du pur fantasme et qui n’a jamais existé. Au contraire, les hussards avaient la tâche d’unir ces enfants autour des symboles d’une république fragile par le biais d’un patriotisme exacerbé et pas des plus impartial. L’école a toujours instruit les enfants à l’idéologie républicaine et au vivre-ensemble. Il est donc normal que cette même république, après avoir mis en place le mariage gay, éduque le plus jeune au respect d’une minorité. Si l’école se vide de son contenu idéologique, comment alors unir un pays ? Ce serait le triomphe de l’entre-soi, du mépris condescendant et lointain de chaque strate de la population envers une autre sans rencontre ni respect. Et par pitié, les formes de la famille ne sont pas fixes, ne l’ont jamais été et ne le seront jamais, comprenez-le bien.

La « théorie du genre », l’idéologie du mal

On ne dit pas théorie du genre, ça fait mauvais genre. C’est une tradition maladroite des gender studies américaines, une discipline universitaire à part et qui n’est donc plus au stade de la théorie depuis belle lurette. A vrai dire, les premières études qui traitent de l’apparition de la pensée d’un genre peuvent être datées des années 30. Margaret Mead, une anthropologue américaine, a remarqué en étudiant des tribus océaniennes une inversion des rôles traditionnellement prêtés à un sexe et à l’autre. Ainsi les femmes partaient à la chasse pendant que les hommes s’habillaient et se maquillaient pour attirer leur attention, contestant ainsi l’existence d’un éternel féminin tel que considéré dans les sociétés occidentales. Le genre est ainsi une pensée existentialiste (l’existence précède l’essence) et constructiviste (ce sont nos actes qui font ce que nous sommes) dont la dimension politique n’apparaîtra qu’avec l’œuvre de Simone de Beauvoir, le deuxième sexe. Le genre est donc loin d’être une pensée uniforme mais se nourrit également de la pensée d’auteurs tels que Michel Foucault ou même Pierre Bourdieu. Ce n’est que dans les années 90 que s’y ajouteront des idées queer et LGBT grâce à Judith Butler dans Troubles dans le genre. Cette dernière explique que les stéréotypes de genre aboutissent également à des normes sexuelles tels que l’hétéro-centrisme. Elle se pose ainsi la question de l’existence d’une identité politique humaine en dehors du genre. Il ne s’agit donc pas de remettre en cause l’existence d’un sexe biologique avec les différences qu’il implique mais les stéréotypes de genre auxquels ils aboutissent.

En bref, le genre est considérée comme un outil d’analyse sociologique pertinent depuis près de 20 ans. Il semble alors bien étrange que les traditionalistes ne s’y intéressent que maintenant. Mais il faut reconnaître que la communication de l’état à ce sujet a été déplorable. Mais ce dernier n’aurait pas dû empêcher certaines personnes de se renseigner un peu sur le sujet avant de descendre dans la rue.

« Pas touche à mon stéréotype de genre »

Dès lors, s’affirmer contre les études de genre, c’est participer à la mise en place d’une société aux normes strictes régies par le sexe biologique. Si une femme aime les sciences, le pouvoir et les belles voitures, est-elle toujours une femme ? Si un homme aime faire la cuisine, changer les couches et lire des romans à l’eau de rose, est-il toujours un homme ? Ce genre de stéréotype est dégradant, voire méprisant envers celles et ceux qui sortent un tant soit peu de la norme. Le genre, la sexualité et le sexe sont des notions bien moins évidentes qu’elles ne le paraissent et concernent bien trop de monde pour être limitées à des rumeurs simplistes et à de la désinformation.
On peut voir sur twitter parmi les réactions indignées un : « les pro-théorie du genre (sic) se remettront en question quand leur fils demandera une robe ». Si un jour mon fils me demande cela, une bonne claque et l’inscription à des cours de boxe. Ça lui fera les pieds à la petite tantouze. Non je plaisante. Je lui en achète une et je prends modèle sur Nils Pickert.

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