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Au-delà du sentimentalisme, un vrai engagement politique


Publié le 8 janvier 2014

Après les manifestations des 17 et 18 octobre ( 30 000 personnes dans toute la France selon l’Union Nationale Lycéenne ), le mouvement semble s’essouffler en cette période de vacances scolaires. Les principaux syndicats lycéens ( UNL et FIDL ) tentent malgré tout d’entretenir la mobilisation en cherchant du renfort du côté des étudiants qui sont appelés à descendre dans la rue aux cotés des lycéens le 5 novembre.

Cet élan de solidarité spontanée de notre jeunesse a surpris, ou du moins interpellé le président de la République. Comment ne pas voir dans la proposition de François Hollande à Léonarda un message, à peine subliminal, adressé aux lycéens ? En proposant à la jeune fille de revenir en France, François Hollande cédait à sa manière aux revendications de la jeunesse, tout en sachant pertinemment qu’elle ne reviendrait jamais sans sa famille.
Le président n’est pas le seul à avoir réagi aux manifestations. Outre les traditionnels refrains sur « les lycéens qui vendraient père et mère pour sécher deux heures de cours », certains responsables politiques se sont élevés pour soutenir les étudiants, notamment le sénateur EELV Jean-Vincent Placé et le président du FDG Jean-Luc Mélenchon. Accusés de récupération politique, ils s’en défendent à juste titre. En effet, ils ont raison de souligner que notre mouvement a des racines bien plus profondes que l’expulsion de Léonarda et Khatchik. Il exprime le mal-être d’une génération qui se décide enfin à sortir du silence.
En effet, si nous réclamons aujourd’hui le retour de nos camarades, c’est autant à cause de l’émotion qu’a suscité leur expulsion que par engagement politique.
On nous dit que la peine, l’empathie et la compassion que ressent la jeunesse pour ces deux adolescents ne sont pas des motifs valables pour les faire revenir, et qu’on ne peut transgresser la loi sous peine de tomber dans la dictature de l’émotion.
Mais ces sentiments – sincères et profonds chez beaucoup d’étudiants – proviennent de valeurs et de convictions bien plus larges qu’une simple sympathie à l’égard de Léonarda et Khatchik.
Ces expulsions ont choqué la jeunesse car elles vont à l’encontre de la société dans laquelle nous voulons vivre. Cette société que nous défendons, nous nous en éloignons jour après jour en piétinant les valeurs qui devraient au contraire la guider : solidarité, égalité des chances, droit à l’éducation… Ces valeurs, nous ne voulons pas les appliquer aux seuls français. Le monde a changé. Il est ouvert, connecté. Les jeunes français se sentent désormais citoyens du monde avant tout. L’égalité pour notre génération est une notion globale.
Nos détracteurs rétorqueront que nos valeurs n’ont pas leur place dans ce débat, et que la loi ne peut être bafouée. C’est précisément ce genre de discours qui nous a menés dans cette situation.
Les lois changent en fonction des cultures, elles fluctuent dans le temps et sont imparfaites car elles tentent de normaliser et rationnaliser des processus humains qui ne le sont pas. Nos valeurs quant à elle sont universelles, intemporelles et profondément humaines. Elles ont forgé l’histoire contemporaine depuis le mouvement humaniste jusqu’à la décolonisation et la révolution culturelle des années 60. Elles ont prouvé qu’elles pouvaient nous guider pour le progrès de l’humanité.
Malgré les horreurs qu’ont commises les hommes dans l’histoire, ne nous y trompons pas : notre époque est bien la plus violente et cruelle de toutes. La jeunesse s’élève aujourd’hui contre la violence systémique qui régit les rapports politico-économiques de notre monde. Cette violence, de plus en plus transparente et assumée à travers la montée des idées nationalistes, xénophobes et réactionnaires de l’extrême droite, prend aussi d’autres formes plus vicieuses. Elle réside par exemple dans la soustraction brutale de Léonarda à l’institution scolaire.
Mais c’est dans notre système économique qu’elle est poussée à son paroxysme. Délocalisation, restructuration, benchmarking : autant de termes qui ne désignent rien d’autre que l’expression de cette violence institutionnalisée. Par la mise en concurrence sauvage des acteurs et la réduction de l’homme à un simple facteur de production, notre système économique broie des vies entières.

Ainsi notre mouvement s’inscrit dans la continuité de tous les mouvements sociaux de ces dernières années, des indignés de Wall Street jusqu’aux manifestants brésiliens. Dans tous ces mouvements, un seul point commun : le rejet d’un système politico-économique qui piétine les droits fondamentaux des peuples depuis trop longtemps. La crise économique, sociale et politique que nous traversons ne peut qu’induire des changements de grande ampleur dans notre monde. Il n’appartient qu’à nous d’en dicter les règles.

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