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UTOPIA


Publié le 9 décembre 2013
L’Angleterre regorge de séries qui n’ont souvent ni le succès ni l’intérêt qu’elles méritent. Utopia en fait partie. Sortie l’année dernière et restée relativement discrète et méconnue, elle possède pourtant la qualité et ce caractère unique et particulier qui font d’elle une expérience à part dans le petit univers des séries.
Synopsis : Utopia est un roman graphique qui n’existe sous la forme d’un manuscrit. Très peu d’habitants connaissent son existence. Parmi eux, un groupe de fans persuadés qu’il cache un secret qui se retrouvent en possession d’une partie du dernier manuscrit. Mais ils ignorent la réelle portée de ce qu’ils ont entre les mains et se retrouvent traqués par une organisation tentaculaire.

Les traqués en question, estomaqués par un twist scénaristique.

Sur la forme, Utopia séduit par le soin extrême apportée à l’image. Les couleurs sont saturées à la manière d’une photo de David Lachapelle, l’image très lumineuse, ce qui offre un contraste entre le choix de la couleur jaune, un jaune joyeux, criard, et la violence qui émane de la série, une violence graphique, esthétique et immorale qui plonge le spectateur dans le malaise et la paranoïa : « Regarder Utopia doit être comme manger des bonbons : ça doit avoir l’air doux, plein de couleurs… mais filer la nausée. » confie l’un des créateurs à Télérama. L’image est portée par une bande-son exceptionnelle et originale qui instaure un certain malaise. La musique a été composée par un artiste chilien, Cristobal Tapia de Veer, avec des bruits de machine dans les années 60.

Utopia, le pays où l’herbe est vert fluo.

Il y a eu des douzaines de plaintes pour dénoncer la violence parfois extrême d’Utopia. Bien que brutale, une scène de torture presque insoutenable a lieu dès le premier épisode, elle n’a rien de gratuit et d’irresponsable. Au contraire, il s’agit de la dénonciation de moyens extrêmes instrumentalisés par une cause qu’un groupe de personne estimera, de manière arbitraire, supérieure. Impossible d’en révéler plus sans spoiler Utopia.

Wilson Wilson passe un sale quart d’heure.

Toutes ces particularités mènent finalement à une ambiance pesante et malsaine qui conduit à une certaine paranoïa. L’ennemi est partout, anodin et frappe fort et sans pitié au moindre faux pas. Ses desseins sont inimaginables et illisibles, cachés dans les dessins et les croquis d’un scientifique fou, les têtes pensantes cachées, dissimilées par des surnoms, des identités qui doivent démêler un petit groupe qui jusqu’à croiser le chemin d’Utopia était comme vous et moi. Mystérieux ? Utopia l’est aussi, énigmatique et ambigu, et c’est ce qui en fait une réussite qui la rapproche des œuvres de Lynch ou de Polanski. Elle est de facture captivante et exceptionnelle, une série bien trop rare pour que les amateurs du genre passent à côté. Un OVNI travaillé comme on en voit peu.

Enfin, il existe peut-être une clef de lecture qui m’est toute personnelle et qui peut sans doute expliquer certaines choses. En réalité, Utopia vient du grec Eu-Topos, qui signifie littéralement le lieu qui n’existe pas. Mais il ne s’agit pas contrairement à ce que l’on pense habituellement d’un monde ou d’une société parfaite, mais plutôt d’une société d’équilibre, qui possède un mal et un bien à juste proportion.

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