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« C’est pas faux »


Publié le 9 décembre 2013

(Ou : sémantiquement parlant,  mais ça sonne moins bien)

«Contre-vérité » et assimilés se sont introduits l’air de rien dans la sphère politico-médiatique ces dernières années. Ainsi Nicolas Sarkozy rétorquait pendant sa campagne de 2012 « Ce que vous dîtes est inexact » face à ses journalistes et adversaires. Et, alors que Le Monde parlait de  « petits arrangements avec  la vérité » après une intervention de François Hollande, nombreux sont ceux ayant commencé à dénoncer les « contre-vérités»  énoncées par les acteurs de la sphère publique.  Ces éléments de langage n’ont qu’un objectif : ne pas utiliser le mot honni, effrayant, qu’est le mensonge. Chacun y va donc de sa petite formule pour critiquer sans trop froisser, afin de ne pas heurter la bienséance environnante.

  Toutefois, la tromperie, le mensonge, tout y est passé pour qualifier le comportement de Jérôme Cahuzac. Cette fois, oui, c’était terrible et on comprend que les termes employés aient été plus forts. D’ailleurs, il est certainement possible de graduer le mensonge. De celui de l’enfant cherchant à éviter une punition à celui du mensonge d’Etat se trouve en apparence un fossé infranchissable. Mais pour ce qui relève du domaine public, il n’y a pas de petit mensonge. Cette attitude, récurrente, d’envoyer au pilori une personne alors que d’autres se voient uniquement affublés de termes politiquement corrects laisse croire qu’il y aurait en fait un échelonnage simple : le mensonge, le vrai, l’unique, aussi immense qu’impardonnable, et les autres, insignifiants, qu’on ne prendra pas la peine de nommer de façon appropriée. 

  Ce foisonnement de qualificatifs version langue de bois est préjudiciable à la vie politique française, en cela qu’elle laisse à certains la possibilité de dénoncer des actes avec des mots qu’eux seuls utilisent. Cela vient renforcer leur discours. Car, en pointant du doigt un mensonge, ils peuvent ainsi donner l’illusion de prononcer la vérité, d’être les seuls à pouvoir ouvrir les yeux du peuple. Si Lapalisse et Captain Obvious étaient là, ils rappelleraient à tous que quand ce n’est pas vrai, c’est faux. Et inversement.

Timothée Sicot

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