Elections législatives anticipées : quels sont les enjeux ?

Elections législatives anticipées : quels sont les enjeux ?

-Par le Pôle Presse des RDVC

La décision a pris tout le monde de court : à la suite du mauvais score obtenu par la majorité présidentielle lors des élections européennes du dimanche 9 juin, le Président de la République Emmanuel Macron a choisi de dissoudre l’Assemblée Nationale et de convoquer de nouvelles élections législatives, qui se tiendront les dimanches 30 juin et 7 juillet. Du fait du délai historiquement court entre les deux élections (3 semaines) et au vu des résultats des différentes forces politiques aux européennes, il est aisé de comprendre que ces législatives anticipées font partie des élections les plus attendues, et avec le plus d’enjeux de ce siècle. Mais encore faut-il saisir ces enjeux, et observer leurs différences selon les forces politiques. Petit tour d’horizons :

Une opportunité sans précédent pour le Rassemblement National

Ils ont été les grands vainqueurs de cette élection européenne. Le parti de Marine Le Pen, avec Jordan Bardella en tête de liste, a obtenu 31,30 % des suffrages et 30 sièges au Parlement Européen. Ce score est une véritable victoire fleuve : ils ont obtenu plus du double des votants de la deuxième liste la plus plébiscitée – celle de la majorité présidentielle – avec respectivement environ 7,7 millions de votants et 3,6 millions de votants. Ces chiffres illustrent la réussite de la stratégie du RN sur ces élections européennes : la nationalisation des enjeux. C’est l’idée de mettre en avant des thématiques propres à la France au cours de ces élections, notamment dans le but d’attirer aux urnes un électorat pas vraiment concerné par les thématiques européennes. Le parti a également profité du fait que les européennes soient la première élection au suffrage universel direct depuis la ‘’double élection’’ de 2022 (les présidentielles et les législatives) pour inciter à un réel vote de défiance de ceux qui sont critiques du gouvernement en place. En restant dans cet axe double de thématiques nationales et de critique du gouvernement, c’est donc en toute logique que le 9 juin au soir Jordan Bardella, arrivé en tête, a appelé à la dissolution de l’Assemblée nationale. Sauf que, contre toute attente, le Président a répondu favorablement à sa demande.

Pour la première fois de son existence, le Rassemblement National a donc une réelle chance d’accéder au pouvoir, ou en tout cas au pouvoir sur les politiques internes (les compétences du Premier Ministre). Cette opportunité est renforcée par le peu de temps entre les européennes et les législatives. En effet, il n’y a qu’une vingtaine de jours seulement pour investir des candidats puis pour faire campagne. De ce fait, il y a une réelle chance que l’opinion change peu et donc que les résultats ne soient pas si différents de ceux obtenus début juin. En partant en ballotage favorable, le RN a récupéré le soutien de Marion Maréchal et de certains élus Reconquête (dont la majorité des eurodéputés) ainsi que celui d’Eric Ciotti, actuel président de Les Républicains (en cours de destitution par les membres du bureau politique de son parti) et de ses proches. Si une union des droites paraît aujourd’hui impossible, un rapprochement des droites radicales s’est en tout cas amorcé.

A l’heure ou ces lignes sont écrites, le principal adversaire du RN semble être le Nouveau Front Populaire (NFP – l’union des gauches) et le parti a réadapté sa stratégie en conséquence, en critiquant notamment au sein de l’alliance le parti de La France Insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon est le porte-étendard. Les questions liées au RN sont ainsi nombreuses : vont-ils maintenir leur avantage sur le NFP ? En cas de victoire, réussiront-ils à obtenir la majorité absolue, soit 289 sièges ? Sinon, quel parti serait prêt à gouverner avec eux ? Et quid du climat social en France en cas de victoire du parti d’extrême-droite (classifié comme tel par le Conseil d’Etat) ?

Les Républicains, entre survie parlementaire et guerre civile

Les Républicains ont longtemps été le parti dominant dans la politique française, sous différentes appellations, comme l’UMP, le RPR ou l’UDR. Cependant, l’incarnation actuelle du parti perd continuellement de l’influence depuis l’élection présidentielle de 2017 (liée notamment à l’affaire Fillion). L’élection européenne de cette année n’a pas prouvé le contraire : avec seulement 7,25 % des voix, la liste LR n’arrive qu’à la cinquième place. Coincés entre une majorité présidentielle qui a attirée nombre des élus de droite modérée ces sept dernières années et un RN toujours plus important, et portant une image de parti historique, les Républicains ont aujourd’hui du mal à se faire entendre et donc à subsister.

Suite à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale et de la tenue d’élections anticipées, le parti n’a même pas eu le temps de se mettre en ordre de bataille et de définir une ligne claire que celui-ci a été devancé par son propre président, Éric Ciotti. Ce dernier a unilatéralement proclamé une alliance de son parti avec le Rassemblement National sous la bannière de Jordan Bardella. Les autres membres du bureau politique du parti ayant tous dénoncé cette décision prise sans leur aval, ils ont décidé de l’exclure du parti, provoquant de ce fait une scission au sein des élus et des adhérents entre les partisans d’une alliance avec les RN et ceux qui souhaitent maintenir une ligne indépendante.

Les conséquences de ce conflit interne au sein des Républicains peuvent être dramatique pour le parti et ses sympathisants : en effet, du fait de l’exposition médiatique de la scission, qui ne s’est pas faite en douceur, LR a pu perdre sa crédibilité auprès de l’opinion et n’a a priori pas convaincu d’éventuels abstentionnistes. De ce fait, ils ne risquent pas de briser ce plafond de verre qui s’abaisse à chaque élection. De plus, les sécessionnistes (les partisans de Ciotti, avec celui-ci) présentent des candidats, avec le soutien du RN contre LR, ce qui risque de diviser un vivier de votes déjà pauvre. Seul avantage pour le parti de droite : son implantation locale, qui pourrait aider des élus bien connus et appréciés dans leurs circonscriptions à se faire (ré)élire. Ainsi, il est légitime de se demander : combien de sièges le parti va-t-il réussir à garder sur les 64 de la précédente législature ?

Une gauche (ré)unie et en embuscade

La gauche française a eu une histoire récente pour le moins intense. Au pouvoir entre 2012 et 2017 sous le quinquennat de François Hollande, le Parti Socialiste, alors l’un des deux grands partis politiques français (avec LR – ex-UMP) a connu depuis une véritable décente aux enfers, notamment lors des élections législatives de 2017 où le groupe socialiste à l’Assemblée est passé de 295 députés à seulement 31. La chute du PS a alors laissé un vide à gauche et d’autres partis ont pu en profiter pour prendre de l’influence, comme Europe Ecologie les Verts en 2019 lors des Européennes (avec un score de 13,5 %) ou encore La France Insoumise, parti fondé par Jean-Luc Mélenchon sur la gauche du PS, en 2022 lors des présidentielles (avec un score de presque de 22 % au premier tour). C’est d’ailleurs à la suite de cette élection que LFI a un temps pris la primauté sur les autres partis de gauche, notamment au sein de la NUPES – Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale -, union des partis de gauche pour les élections législatives de 2022 (notamment au niveau de la proportion des candidats investis). Si cette alliance a enduré la majorité de la législature, elle a été suspendue (du moins pour le PS) à la suite de divergences liées aux attaques du 7 Octobre en Israël et aux évènements qui ont suivi. Les partis de gauche ont donc présenté des listes individuelles aux élections européennes, obtenant des résultats variant de la bonne surprise (PS – Place Publique) au raisonnable (LFI) et à la déception (EELV).

Mais le facteur commun qui a fait réagir la gauche française n’est aucun de leurs propres résultats, mais celui du RN, qui, à la suite de l’annonce d’élections anticipées, a une réelle chance d’accéder à Matignon. De ce fait, des appels à l’union ont été lancés, notamment par François Ruffin, élu apparenté LFI, mais qui a cependant pris ses distances avec la direction du parti. Cette union a été concrétisée dans la semaine suivante, et le Nouveau Front Populaire est ainsi né. Comparée à son itération précédente, le NFP parait plus équilibré : au vu des résultats des élections européennes, le PS et l’aile socio-démocrate de la gauche a obtenu une centaine d’investitures de plus qu’en 2022, aux dépends de LFI, qui a ainsi fait des concessions. De plus, des figures importantes à gauche de tous bords comme Carole Delga, François Hollande ou Philippe Poutou soutiennent le NFP alors qu’ils étaient les plus éloignés de la NUPES ; du fait du score du RN, perçu par ces élus comme un danger.

A 10 jours du premier tour des élections législatives, le Nouveau Front Populaire paraît indéniablement être la deuxième force politique du pays, entre le RN et la majorité présidentielle. Malgré la prouesse qu’a été la formation de cette alliance, des nombreuses questions subsistent, pour l’élection et pour le front. Le NFP réussira-t-il à dépasser le RN pour obtenir une majorité (relative voire absolue) ? Et en cas de score décevant, le front, fait de valeurs communes mais d’opinions souvent contradictoires parviendrait-t-il à survivre ? Quel parti prendrait l’avantage ? Quelle personnalité pourrait être nommée Premier Ministre en cas de victoire ?

Une majorité présidentielle en plein doute

Le parti du Président de la République Emmanuel Macron est le parti au centre de la vie politique française de ces dernières années. Très populaire à ses débuts car représentant un vent de fraicheur dans une arène politique dominée par une alternance entre le PS et LR, le président et son parti ont rencontré par la suite une baisse notable de popularité, dus à un véritable ensemble de facteurs comme des réformes impopulaires à l’instar de la réforme des retraites, des scandales comme l’affaire A. Benalla ou encore des évènements externes qui ont déséquilibré le monde et notamment la conjecture économique du moment (crise du Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie). Le président sortant à malgré cela remporté l’élection de 2022, mais son parti a perdu la majorité absolue à l’Assemblée, le bloc ‘’Ensemble’’ ne récoltant que 250 sièges, compliquant la tâche des gouvernements de ce second mandat, car les projets de lois devaient être votés par au moins une quarantaine de députés d’opposition pour être adoptés. Mais avec des mouvements sociaux comme celui des agriculteurs, ou encore le passage de la réforme des retraites à l’aide de l’article 49.3 de la Constitution, le parti présidentiel est arrivé en disgrâce sur les territoires lors de la campagne des européennes. De plus, Renaissance a adapté un ton très européen, certes en phase avec l’élection en cours, mais à l’opposé des principaux partis d’opposition comme le RN ou LFI.

Malgré une campagne mal engagée, un sursaut a longtemps été espéré par les cadres de la majorité. Il n’en a rien été. Seulement 14,60 % des votants se sont exprimés en faveur de Renaissance et de ses alliés, qui finissent juste devant la liste commune Parti Socialiste – Place Publique, menée par Raphaël Glucksmann. Devant ce score très décevant et avec une majorité relative sans alliés, car impopulaire, le Président (et le gouvernement) ne peut mener les réformes promises en 2022, lui donnant ainsi une image d’immobilisme, le rendant de ce fait encore plus impopulaire. Aujourd’hui, la majorité présidentielle n’est potentiellement que le troisième bloc en termes de popularité, derrière le RN et le NFP, et pourrait se retrouver dans l’opposition : la France pourrait vivre sa première cohabitation depuis Lionel Jospin sous le septennat de Jacques Chirac, entre 1997 et 2002.

Le pari du chef de l’Etat

Ainsi, comment expliquer cette décision de dissoudre l’Assemblée nationale ? Sans être dans les hautes sphères du pouvoir, on peut essayer d’appréhender une telle décision. Celle-ci semble être inscrite dans une stratégie à moyen terme. Le chef de l’Etat est sans aucun doute conscient de son impopularité et de celle de son parti à l’heure actuelle et il sait que regagner une majorité, même relative, relèverait du miracle – il essaye néanmoins en se présentant comme le vote raisonnable entre les extrêmes (le RN à droite et LFI dans le Nouveau Front Populaire à gauche).

Il parie entre autres sur la mauvaise conjecture actuelle (Ukraine, Moyen-Orient, incertitude liée aux élections américaines en fin d’année : tous ces facteurs créent une incertitude, notamment économique), qui pourrait restreindre la marge de manœuvre du futur gouvernement et ainsi le rendre rapidement impopulaire avec une rapide dissipation de l’effet de nouveauté pour rendre son parti de nouveau attractif pour les élections présidentielles de 2027. Il mise également sur d’autres facteurs, internes cette fois-ci.

Si le NFP venait à être majoritaire, la possibilité que l’union explose au cours des 3 ans est véritablement réelle selon les évènements (la NUPES peut être prise comme référence) et ainsi Renaissance pourrait se placer comme le parti à la fois ordonné (non-chaotique, à la différence de la gauche) mais « républicain » contre le RN.

Si le RN venait à être majoritaire, un réel clivage pourrait éventuellement être observé dans le pays (pour donner un exemple : après les européennes, l’extrême-droite est arrivée confortablement en tête mais de nombreuses manifestations contre cette même extrême-droite se sont tenues par la suite), qui pourrait créer une polarisation du climat social qui pourrait être défavorable au RN. Dans ce scénario, en 2027, Renaissance pourrait se présenter comme un parti rassembleur et moins clivant (à la différence du RN) mais plus libéral contre un candidat de gauche (unie ou non).

Cependant, dans les deux scénarios, le pari est audacieux mais pourrait tout à fait se retourner contre le Président et son parti, car il part du principe que du fait de nombreux critères, les changements apportés au pays seront forcément limités et donc impopulaires. Si le contraire venait à se produire, le bloc au gouvernement pourrait y rester en 2027 et le pari du chef de l’Etat pour son parti se transformerait alors en suicide assisté.

Dans tous les cas, cette élection législative très particulière représente pour la plupart des forces politique de notre pays un réel carrefour, entre union et scission, entre gloire et déchéance, entre gouvernement et opposition.

-Par le Pôle Presse des RDVC

 

Crise politique majeure en France

Crise politique majeure en France

-Par le Pôle Presse des RDVC

En 2024, la France est ébranlée par une crise politique profonde, catalysée par les résultats des élections européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron. Cette situation a exacerbé les tensions sociales et politiques préexistantes, révélant un mécontentement généralisé envers les institutions et les dirigeants du pays.

La France a une longue histoire de bouleversements politiques, de la Révolution française de 1789 à Mai 1968. La Cinquième République, instaurée en 1958, a apporté une relative stabilité, mais les tensions sociales et politiques n’ont jamais totalement disparu. Les récentes crises économiques, sociales et politiques ont ravivé ces tensions, conduisant à une situation de crise majeure.

Aux origines de la crise politique

Les inégalités économiques croissantes et la précarité grandissante sont des facteurs clés de la crise actuelle. Selon de nombreux rapports de l’INSEE, la richesse est de plus en plus concentrée entre les mains d’une petite élite, tandis que la classe moyenne et les travailleurs précaires peinent à joindre les deux bouts. Cette situation a engendré un sentiment de frustration et de trahison parmi une grande partie de la population, exacerbé par un contexte inflationniste qui a mis en difficulté économique de nombreuses familles. Le Secours populaire indiquait, dans un rapport de 2023, : « Du fait de la baisse de leur pouvoir d’achat, plus d’un tiers des Européens se restreint régulièrement sur les quantités de nourriture qu’il consomme ». En France, par exemple, « 38 % des sondés ne font pas trois repas par jour, 39 % renoncent à acheter de la viande et 10 % font appel à des associations pour se nourrir ».

Ces inégalités grandissantes contrastent avec les scandales politiques, qui ont également joué un rôle majeur dans la crise actuelle. L’affaire Fillon en 2017, où François Fillon a été accusé d’emploi fictif, et les multiples affaires judiciaires impliquant Nicolas Sarkozy, comme l’affaire Bygmalion, ont gravement entamé la confiance du public dans les institutions et les dirigeants politiques.

Les acteurs clés de la crise

Le déclin de l’influence du macronisme a ouvert la voie à la montée du Rassemblement National (RN). Ce dernier cherche à redonner confiance à tous les délaissés du macronisme en exacerbant les divisions sociales entre les plus démunis (souvent les immigrés) et les autres. De plus, la macronie a décidé de légitimer les discours du Rassemblement National, en votant, par exemple, la ‘’préférence nationale’’ dans le texte de loi asile et immigration. Marine Le Pen avait qualifié cette évolution de « victoire idéologique ».

D’autres partis, comme Les Républicains, ont également contribué à cette dynamique. Leur président, Éric Ciotti, a décidé de s’allier avec Marine Le Pen pendant ces élections législatives.
Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre les Républicains, comme les macronistes, d’utiliser des termes de l’extrême droite, comme le wokisme, le grand remplacement, et l’islamo-gauchisme. Cela participe ainsi à la dédiabolisation du RN et renforce son image de marque.

Les manifestations de la crise

Les élections européennes de 2024 ont été marquées par une montée significative de l’extrême droite en France. Le RN a capitalisé sur le mécontentement général, se positionnant comme une alternative aux partis traditionnels. En effet, au niveau régional, le RN arrive en tête presque partout, avec des records dans les Hauts-de-France et en Corse, où la liste de Jordan Bardella a dépassé les 40 %. Même des régions historiquement marquées à gauche, comme la Bretagne, basculent.

Ces élections sont le reflet d’un désaveu massif pour les politiques traditionnelles. Le faible taux de participation et les votes de protestation montrent une désillusion profonde envers le système politique et la macronie, au pouvoir depuis déjà sept ans. E. Macron, qui déclarait le soir de sa victoire présidentielle « ce vote m’oblige », n’a fait que pousser la population dans les bras de l’extrême droite. Beaucoup souhaitent aujourd’hui un changement de politique. En effet, de nombreux électeurs du RN déclarent souvent, « on a tout essayé, rien n’a bougé », ou encore « pourquoi pas essayer » afin de justifier leur position et leur vote. Cela est finalement le résultat d’une punition des partis traditionnels qui n’ont pas su améliorer leurs conditions de vie des Françaises et des Français.

Impacts de la crise

La dissolution de l’Assemblée nationale avant les Jeux Olympiques de 2024 à Paris pourrait entraîner un changement de gouvernement ; ce qui pourrait créer une instabilité politique qui complique la mise en œuvre des politiques et des réformes nécessaires. La crise politique en France a suscité un regard méfiant de la part de la communauté internationale. La BBC du 9 juin 2024 titrait, « Europe’s night of election drama capped by Macron bombshell”. Du côté des investisseurs, il existe aussi une méfiance sur les prochaines élections. La Bourse de Paris a connu une baisse significative, reflétant les inquiétudes quant à la stabilité économique et politique du pays. La Tribune du 14 juin 2024, parlait « La Bourse de Paris a clôturé en forte baisse de 2,66% vendredi et chute de 6,23% sur la semaine. »

Perspectives

Plusieurs scénarios sont envisageables pour l’avenir de la France :

Victoire du Front Populaire : L’instauration de politiques de justice sociale pourrait apaiser les tensions et restaurer la confiance publique. A l’instar des nombreuses réformes qu’ils veulent mettre en place comme le rétablissement de ISF, le blocage des prix des biens de première nécessité, l’augmentation des salaires, création d’un pôle public du médicament, conditionner les aides aux entreprises au respect de critères environnementaux. Reste à savoir s’ils pourront réellement financer toutes leurs promesses sans faire fuir les investisseurs et moteurs de l’économie alors que la dette française dépasse déjà largement les 3 000 milliards d’euros.

Victoire de l’extrême droite : Entre politique en faveur du pouvoir d’achat et crise dans nos relations possibles avec l’international et notamment l’Union européenne, une victoire du RN aux élections législatives plonge la France dans l’inconnue bien que le parti soit pour le moment le favori des sondages.

Victoire du bloc central : Alors que le monde connaît des bousculements géopolitiques majeurs et que la France s’apprête à accueillir le monde à l’occasion des Jeux Olympiques, le maintient de la majorité présidentielle permettrait une forme de continuité jusqu’à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron. Cependant, en cas de majorité relative, un tel scénario pourrait conduire à un pouvoir de plus en plus détaché des aspirations populaires à l’instar des nombreuses réformes passées à cout de 49.3.

La jeunesse française, comme en 2002, joue un rôle crucial dans les mouvements de protestation et les campagnes électorales. Les jeunes se mobilisent pour les questions de société et poussent pour la constitution d’un front uni de la gauche, espérant ainsi un changement significatif. Cela s’est vue dans la nuit de lundi 10 et Mardi 11, quand les parties de gauche se sont rassemblé, la jeunesse qui scandé « Front Unie, nous sommes là ».

La Jeunesse sera levier pour les prochaines élections alors même que « 3 jeunes sur 10 ont voté (soit 34 % des 18-25 ans) » selon France 3. Mais cette jeunesse, symbole de la population, est caractérisé par les deux extrêmes. Selon une étude de Science Po, « D’un côté, La France Insoumise capte 19 % des intentions de vote chez les 18-24 ans et 17 % des intentions de vote des 25-34 ans. C’est nettement plus que dans l’ensemble de l’électorat où LFI et la liste de Manon Aubry n’ont obtenu que 9 %. A l’autre bout du spectre, leurs intentions de vote s’alignent sur la population générale. Un tiers des Français (33 %) envisagent de voter pour la liste du Rassemblement national. Ils sont 30 % parmi les 18-24 ans et à 28 % parmi les 25-34 ans. ». Cette intention de vote chez la jeunesse est le résultat, d’une part d’une communication très millimétrée avec les réseaux sociaux et en particulier sur Ticktok qui montre un jeune, Jordan Bardella, parler à la jeunesse. Et d’autre part, d’un reciblage de la population. L’enquête disait : « La popularité de Jordan Bardella déborde les frontières de la jeunesse la plus démunie, la moins diplômée, la moins dotée économiquement, culturellement et socialement pour toucher d’autres segments : les étudiants, les jeunes de classes moyennes. Ce n’était le cas auparavant. ». La jeunesse sera le véritable tournant de ces élections et devra selon les sondages trancher entre le bloc de gauche et le bloc de droite. Deux politiques très différentes qui dans tous les cas marqueront des changements impactants pour les années avenirs.

En conclusion, la crise politique majeure en France appelle à une refonte profonde des institutions et des pratiques politiques. Il est crucial d’engager un dialogue sincère avec les citoyens et d’adopter des politiques qui répondent réellement à leurs besoins. La participation active de la jeunesse et des mouvements sociaux est essentielle pour construire une société plus juste et démocratique. Le rétablissement de la confiance publique passera par des réformes transparentes, inclusives et efficaces, visant à réduire les inégalités et à renforcer la représentativité politique.

– Par le Pôle Presse des RDVC

Comment expliquer la colère des agriculteurs

Comment expliquer la colère des agriculteurs

Un peu partout en Europe, notamment en France, aux Pays-Bas, en Roumanie, en Pologne ou encore en Allemagne, les agriculteurs se mobilisent pour protester contre des conditions de travail et financières trop difficile et contre un manque de reconnaissance.

Depuis quelques jours, les agriculteurs français bloquent certaines autoroutes et périphéries pour faire entendre leur colère face à une situation qui ne change pas depuis de nombreuses années Des autoroutes comme la A64, près de Toulouse, en Occitanie qui sont devenues en quelque sorte des QG des agriculteurs durant ces manifestations. D’autres agriculteurs et notamment des producteurs de lait manifestent devant les locaux des industriels comme Lactalis, dénonçant un prix d’achat du litre de lait bien trop faibles.

Une protestation avant tout européenne !

Comme dit précédemment, la colère des agriculteurs n’est pas seulement française, elle est avant tout européenne. La semaine dernière encore, Berlin était également bloquée par les agriculteurs et éleveurs allemands qui protestaient contre la fin progressive d’une aide fiscale sur le gazole à usage agricole et sur les véhicules agricoles.

Parallèlement, en Roumanie, les agriculteurs se sont également mobilisés contre un coût du carburant trop élevé, des normes environnementales trop strictes.

Et depuis quelques mois, il s’agit aussi des agriculteurs et transporteurs polonais qui bloquent les routes, notamment celles qui sont frontalières à l’Ukraine pour contester contre les importations de céréales ukrainiennes qui fragilisent les agriculteurs polonais qui ont contestés contre les aides de l’UE facilitant les importations ukrainiennes (suppression des droits de douane en mai 2022 pour un an), qui ont fait baissés le prix des matières agricoles.

Alors qu’aux Pays-Bas, la colère quant-à-elle était due à la volonté de l’ancien gouvernement de réduire les surfaces exploitables et interdire l’azote pour les usages agricoles à des fins environnementales.

Les raisons pouvant expliquer cette colère des agriculteurs français

Certes, les agriculteurs européens se mobilisent pour des raisons plus ou moins divergentes mais le cœur du problème reste le même. Nombreux sont ceux à se plaindre d’une surrèglementation européenne imposant beaucoup de normes et de restrictions les rendant non compétitif par rapport aux pays non membres de l’Union européenne qui sont bien souvent non contraints par de tels règlements mais aussi par les nombreuses importations de produits étrangers que l’on produit pourtant en France au détriment des agriculteurs français. Ils contestent également la libre circulation des marchandises et produits agricoles au sein de l’UE. Enfin… le problème n’est pas tant le marché unique mais l’absence d’uniformité normative tant sur la législation applicable, que sur le droit du travail ou les prix.

De plus, les agriculteurs demandent que les aides de l’État soient versées en temps et en heure ainsi que la fin de la hausse du gazole non routier (GNR). Mais les contestations des agriculteurs qui font la une de l’actualité depuis le début du mois de janvier 2024 ne vient pas de commencer, elle ne fait que prendre de l’ampleur car cette contestation a débuté en automne 2023 avec de nombreux panneaux de certaines villes retournés dans de nombreuses communes françaises.

Les difficultés financières sont flagrantes dans le milieu agricole avec notamment un taux de pauvreté des ménages agricoles proche des 20% alors qu’il est considéré comme proche des 9% pour l’ensemble de la population française.

Le gouvernement français veut agir

Les membres gouvernementaux se rappellent de la crise des gilets jaunes et veulent éviter qu’une nouvelle crise sociale apparaisse. D’autant que les agriculteurs bénéficient d’une belle popularité selon les sondages qui affirment que 85% des Français interrogés soutiennent cette mobilisation et estiment que les agriculteurs jouent un rôle central dans l’accès à l’alimentation.

Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, a annoncé vouloir repoussé le projet de loi sur l’agriculture. Ce projet de loi doit notamment répondre au manque d’agriculteurs en créant un Bachelor agro (Bac +3) mais aussi en créant un service qui permettrait un meilleur accompagnement des agriculteurs voulant s’installer à leur compte. Sachant que dans les 10 prochaines années, un tiers des agriculteurs devrait partir à la retraite, soit 166 000 exploitants sur les 500 000 actuellement installés, d’autant que les jeunes agriculteurs n’ont bien souvent pas les moyens financiers pour investir et s’installer et que le remboursement des emprunts serait trop élevé par rapport à la rentabilité aujourd’hui d’une exploitation agricole. Alessandra Kirsch, docteure en économie agricole affirme que les jeunes agriculteurs voulant s’installer doivent investir plusieurs milliers d’euros voire millions d’euros entre les véhicules, les équipements agricoles, les bâtiments, les terrains… La France aurait perdu 21% de ses exploitations agricoles en 2010 et 2020 soit 100 000 exploitations.

Vendredi 26 janvier 2024, le Premier ministre, Gabriel Attal s’est rendu en Haute-Garonne pour faire de premières mesures : réduction des délais administratifs et juridiques pour mettre en œuvre des projets agricoles, fin des acharnements juridiques, moins de normes et d’aberrations règlementaires, mieux protéger les agriculteurs par un meilleur respect de la loi EGAlim, qui a pour objectif de protéger les revenus des exploitants agricoles, remboursement à 90% des frais de vétérinaire conte 80% jusqu’à présent, 50 millions d’euros supplémentaires pour la filière bio, fin de la hausse du gazole non routier, aides dues remboursées plus rapidement… Malgré ces annonces, les agriculteurs sont globalement mitigés tout en soulignant des avancées. La capitale reste toutefois sous la menace d’un blocage prochain par les agriculteurs qui dénoncent toujours une concurrence déloyale vis-à-vis des autres agriculteurs de l’UE. Le gouvernement devrait annoncer la semaine prochaine de nouvelles mesures.

Par Maxence HRYWNIACK

Le nucléaire français, entre fausse indépendance et fortes inquiétudes

Relativement à sa population la France est le pays le plus nucléarisé. En valeur absolue la France se classe 2ème derrière les Etats-Unis. En effet la France dénombre 19 centrales nucléaires et pas moins de 58 réacteurs. Le nucléaire représente 71,6% de la production électrique Française selon EDF. Symbole de sa force et instrument sûr d’approvisionnement énergétique pour certains, le nucléaire semble davantage dangereux que durable.

Carte des centrales nucléaires et leurs risques en France, selon Green Peace

Par ailleurs les lobbies du nucléaire ont de beaux jours devant eux. Leurs arguments sont repris sans répit dans les médias dès que les débats portent sur la pertinence ou non du nucléaire. De plus ils sont présents dans la sphère politique, Edouard Philippe aujourd’hui premier ministre fut directeur des affaires publiques d’Areva entre 2007 et 2010. Pas étonnant que la ligne directrice une fois au pouvoir fut immédiatement de dire que l’objectif de réduction du nucléaire -de 75% à 50% à l’horizon 2025- était irréaliste (objectif qui plus est très peu ambitieux selon le milieu associatif). Caractère « irréaliste » également répété par les tribunes du Figaro. Cette diminution était pourtant inscrite dans la loi de transition énergétique depuis 2015 et était aussi une des mesures à laquelle Emmanuel Macron s’était engagé. Les partisans du nucléaire semblent donc en train de gagner le combat politique comme en atteste la trajectoire énergétique prise par la France -une transition molle- mais aussi le combat idéologique à la vue des idées que s’en font les Français « énergie propre » « seule solution pour l’indépendance énergétique » « ce serait trop long et trop compliqué d’en sortir ».

Tentons d’y voir plus clair sur les arguments en faveur du nucléaire, tantôt malhonnêtes tantôt trompeurs. Le nucléaire permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre (on peut d’ailleurs lire sur le site de la SFEN la Société France d’Energie Nucléaire que grâce au nucléaire la France répond à plusieurs objectifs dont « la diminution des émissions de CO2 »). Or non seulement les matériaux utilisés pour construire les centrales sont extrêmement énergivores, mais le transport des déchets radioactifs produit du CO2. D’ailleurs ce transport génère pour l’environnement un risque de dispersion de matière radioactive. Instrument de compétitivité et d’approvisionnement par excellence le nucléaire (SFEN) serait donc rentable, efficace et sûr, on est pourtant loin du constat observé par le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Pierre-Franck Chevet déclare en 2016 que « Le contexte en matière de sûreté et de radioprotection est particulièrement préoccupant », l’ASN étant chargée du contrôle technique et réglementaire de la sûreté nucléaire et de la radioprotection il est difficile de ne pas sortir apeuré de son discours détaillant ses inquiétudes. La présence de 1100 sites renfermant des déchets nucléaires, ou des résidus de l’exploitation minière d’uranium ne viendra pas non plus éteindre ces préoccupations.

La canicule ayant affecté la production des réacteurs nucléaires de St-Alban et du Bugey, ceux-ci ont dû être arrêtés le 3 août dernier

Qu’on se rassure l’énergie nucléaire nous permet d’accéder à de l’électricité peu coûteuse. Elle est donc l’amie de notre pouvoir d’achat. Difficile de s’en convaincre pour celui qui sait qu’en 2022 plus d’un tiers des réacteurs (22 des 58) auront plus de 40 ans. Dès lors « il faudrait donc un effort considérable d’investissements à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible » selon Didier Migaud, président de la Cour des comptes (entretien avec le Monde le 31 janvier 2012). Que reste-t-il donc d’intéressant lié au nucléaire sinon le maintien d’emplois industriels qualifiés et la dite indépendance énergétique qu’il confère à la France ? Pour le premier aspect bénéfique, il est peu aisé de le contredire (quoique les emplois liés aux énergies vertes exigent également un savoir-faire de qualité, ce serait un réel défi technique), le second quant à lui est une fois de plus erroné. Certes la France dispose d’un parc nucléaire qui alimente en électricité les ménages français, toutefois le nucléaire a besoin d’uranium. La dernière mine française ayant fermé en 2001 il convient donc d’en importer entre 8 000 et 9 000 tonnes par an pour alimenter les réacteurs (connaissances des energies.org) nombre rarement évoqué dans les débats.  Le Niger et le Kazakhstan sont deux des zones premières d’importation dans des conditions sanitaires et écologiques critiques sans parler du fait que ces importations ne rapportent quasiment rien aux populations locales. Pour clôturer le tout, les centrales nucléaires ne sont pas compatibles avec le changement climatique. Ne supportant pas des températures trop hautes un réacteur de Saint Alban et un autre de Bugey ont dû être arrêtés le vendredi 3 août par précaution.

Dimitri HAULBERT