Top 5 des films sur la dictature

Top 5 des films sur la dictature

Parce qu’une dictature ce n’est pas seulement quand les gens sont communistes ou qu’ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair, et parce que les élections viennent de s’achever, le pôle ciné a concocté un petit classement des meilleurs films mettant en scène une dictature. À gauche comme à droite, des régimes se sont levés partout dans le monde en dirigeant leur pays d’une main de fer avec des méthodes plus ou moins éthiques. Certains cinéastes se sont emparés de ce thème et y ont vu un terreau fertile pour faire naître des œuvres d’une profonde sensibilité et d’une pertinence historique avérée. N’hésitez pas à mettre vos suggestions en commentaires. Nos suggestions : Fahrenheit 451, Z, Brazil, La jeune fille et la Mort, Le Dictateur, La Vague, La Chute, Bunker Palace Hotel, Hitler : La naissance du mal, I comme Icare, Orange Mécanique, etc.

(suite…)

R.K ou la rose fanée du monde

R.K ou la rose fanée du monde

Il est de ces préciosités frappées des grâces les plus transcendantales. Qu’elles soient exaltées ou sanctifiées, nappées de foudre ou de brasier, qu’on les nomme sylphides ou nymphes bien volontiers, le constat n’est autre que la plus parfaite implacabilité : ces douces créatures écrasent et subjuguent de leur splendeur. Dorées, auréolées de la plus iridescente lumière, de ces rares élues jaillit une puissance indicible : oui, la beauté physique, summum de la subjectivité et de la relativité des goûts, est parfois si pure qu’elle en devient incontestable. Oui, certaines de ces héritières sont en droit de tutoyer les divinités les plus harmonieuses. Oui, finesse et sublimité comptent bien parmi les lames les plus affutées d’un couteau suisse retors et raffiné que l’on appelle communément femme.

D’une de ces femmes je vous conterai l’histoire, d’une de celles qui a mis Le monde a ses pieds j’esquisserai le portrait (en référence à l’ouvrage de Géraldine Maillet dont je me suis grandement inspiré, cette ancienne mannequin devenue écrivain a retracé le parcours de celle qui nous intéresse aujourd’hui).

Été 1987, Ruslana Korshunova voit le jour à Almaty, triste ville du fin fond froid du Kazakhstan. Ajoutez les lettres g et h, changez le deuxième a en i et obtenez le mot « Almighty », synonyme de toute-puissance pour nos amis les anglophones. Mais de grâce, n’y voyez pas là ce que d’aucuns se plaisent à vulgairement nommer coïncidence. Non, voyez-y plutôt le dessein grandiose, limpide et flamboyant du Très-Haut.

Almaty disais-je donc ; car oui, au sud de la Russie, à l’est de la Turquie, au nord de l’Afghanistan, à l’Ouest de la Mongolie ; à l’enchevêtrement des mondes en somme, un astre brûle et irradie d’un rouge carmin la kazakhe pénombre. Enfance miséreuse et blême, depuis toute petite déjà, la belle au bois dormant rêve d’ailleurs plus chatoyants, de la Russie et de Moscou en particulier.
Mais ne serait-ce pas davantage la belle au sourire d’argent rêvant d’ailleurs plus chatoyants ? Aurais-je fauté ?
Non, enfin pas tout à fait. Il y’a de cela trente secondes (ou plusieurs minutes pour les plus piètres lecteurs) je laissais entrevoir que certaines femmes naissaient supérieurement belles. Mais vous autres pouilleux n’êtes pas sans savoir que des dents anarchiquement chevauchées ne forment jamais les sourires les plus ravageurs qui soient, seulement les plus tapageurs. Qu’à cela ne tienne, et qu’importe si toutes les économies de la famille doivent y passer, un détour dans une clinique dentaire de la banlieue natale et le tour est joué : voilà une ferraillerie clinquante dans la bouche d’une Ferrari ne demandant qu’à gronder. Cette Ferrari fera grand bruit, mais chaque chose en son temps.

La Rapunzel russe (Raiponce en français) – surnom glané grâce à sa dense et interminable chevelure – doit faire ses classes, prendre du galon. La vie n’est faite que de petits rien n’est-il pas ?
Lorsque la belle pose pour quelques brefs clichés d’un journal régional insignifiant, cette dernière est bien à mille lieues de savoir qu’elle fait éclore là, la fleur luxuriante d’une vie hors-norme. En effet, elle est repérée par Debbie Jones, travaillant pour le compte de la très célèbre agence de mannequinat britannique Models 1 ; agence des quelques Naomi Campbell, Kate Moss ou Linda Evangelista.
Ladite Debbie tombe instantanément sous le charme. Bien plus encore ; elle est envoûtée, emportée, comme électrisée devant l’un de ces trésors que l’on ne trouve guère qu’une ou deux fois dans la carrière d’un agent. Madame Jones voit tout en grand pour sa protégée, tout se doit d’aller très vite : aucun coup d’épée dans l’eau, pas plus de marivaudage, la jeune adolescente est arrachée à sa si triste Almaty et doit quitter sa mère, son frère et ses quelques amis pour la démesure, pour la frénésie d’une vie romanesque.

Dès lors tout s’enchaîne, de Londres à Paris, de New York à Milan en passant par Moscou ; la jeune kazakhe au sourire d’acier intrigue autant qu’elle hypnotise. Elle doit alors apprendre le métier, tous ses rouages et toutes ses complexités pour ne plus être la frêle et gracile mannequin des débuts. Non, elle doit être bien plus que cela ! Elle se doit d’être fulminante, de frapper quand il le faut, de se mouvoir comme une ombre cadavérique et insipide pour mieux éclater sous les feux saillants des projecteurs ! Et cela Ruslana l’a très vite compris. Oui, la belle n’est pas que belle, la belle est intelligente, lucide et clairvoyante. Elle ne s’y trompe pas, jamais, elle sait pourquoi elle doit briller : sitôt que l’argent afflue, celui-ci est envoyé à sa famille. Aucun coup d’épée dans l’eau disais-je. Mais très vite la voilà assaillie de glaciales interrogations : et si demain elle ne devenait qu’une chimère ? Et si demain les aveuglantes fumées de la gloire venaient à disparaître au loin ?
Oui, elle se voit désormais ceinturée par la peur. Crispée, angoissée qu’elle est devant la férocité d’un monde en perpétuelle effervescence, elle trouve alors refuge dans l’écriture ; et c’est sur les réseaux sociaux russes qu’elle aime à s’épancher, à lâcher prise pour mieux se recentrer, pour mieux tyranniser les podiums. Taraudée par les plus existentielles questions, elle voit sa conscience se diluer, s’estomper au gré des multiples succès et révérences. Les griffes sont maintenant plus qu’acérées, les ailes se déploient alors.

Car oui, paradoxalement traverse-t-elle ces brumes de flottement et d’anxiété avec un brio tout particulier. Et les plus prestigieux contrats de se multiplier comme autant de gages de reconnaissance du travail accompli. Christian Dior, Kenzo, Moschino, Vera Wang, Paul Smith, couvertures des Vogue russes et polonais, des Elle et Glamour français. Nouvelle coqueluche, nouvelle Hit girl d’un monde qui ne dort jamais, qui s’agite sans cesse comme les petites mains s’affairant aux dernières retouches. Splendeur et gloire, fureur et esclandres diverses, sa vie sentimentale en dents de scie, ses dents fraîchement délestées de l’appareil dentaire de jeunesse. Entre deux shootings photo Ruslana s’essaie aux flâneries, aux batifolages avec un serveur ukrainien à l’hôtel du palais à Biarritz. Entre deux défilés Ruslana tombe amoureuse d’un riche homme d’affaires moscovite. Entre deux essayages Ruslana pleure parce que ce dernier s’est sauvé, l’abandonnant lâchement, ne lui laissant que des ruines d’estime, des lambeaux de rancœur. Ruslana est anorexique, les antidépresseurs et les rails de cocaïne comme seuls alliés lorsque douleur et folie viennent insidieusement la submerger. Le nez fourré dans une poudre aussi blanche que sa peau slave, le cliché du top model drogué et désemparé est bien l’un des lieux les plus communs qui soit. Et lorsque le pinacle de sa carrière survient, lorsqu’elle est désignée égérie Nina Ricci pour le parfum Nina, les dés sont déjà jetés. La dépersonnalisation a opéré, son âme est sclérosée, presque noire, mutilée par les lacérations violentes de la solitude. En témoigne ce triste et énigmatique message posté sur son blog le 11 mars 2008 :

« C’est ma faute si mon cœur se brise. Je suis une pute. Je suis une sorcière. Peu importe ce que tu me dis. Si je m’occupe des autres alors qui s’occupe de moi ? Et si je m’occupe de moi, alors je sers à quoi ? Ça fait mal, comme si quelqu’un avait pris une part de moi, l’avait déchirée, piétinée sans relâche et dispersée de tous les côtés. »

« J’ai besoin de cette fille pour m’abîmer » disait Nicolas de Staël à propos de Jeanne Polge, la femme qu’il aura aimé jusqu’à son dernier souffle, sa continuelle source d’inspiration. Ruslana Korshunova, elle, semble bien avoir besoin de cette vie pour s’abîmer, pour se dévaster même. Plus les regards des autres se veulent contemplatifs à son égard et moins ose-t-elle se regarder ; le miroir de l’âme est devenu chancelant, fissuré comme le triste reflet d’une vie saccadée, incisée puis vidée de son essence même.

28 juin 2008,
14h02

130 Water Street
Financial District
New York

Aujourd’hui le ciel de New York s’est paré d’un bleu azur, cristallin et sans fêlure aucune. Ruslana déambule dans son grand appartement. Dehors la masse grouille, les voitures klaxonnent et les habitants pestent. Elle fume nonchalamment, comme pour laisser exhaler l’affliction qui l’aurait prise, rongée puis dévorée jusqu’à la plus substantielle moelle. Le cœur n’y est plus, et chaque geste semble être une épreuve pour celle qui, jadis, rêvait de cette vie aux contours grandiloquents. Mais qu’importe la luxuriance lorsque le cœur, lui, s’en est allé. Le silence se fait en réalité bien plus pesant que le tumulte de Manhattan, la Rapunzel russe n’a plus rien d’une princesse. C’est une reine déchue, violentée et meurtrie qui gît, affalée sur un Chesterfield teinté de magenta. C’est une enfant trahie qui écrit ces quelques mots, si tristement déchirée par l’aspérité la plus froide de notre monde : « Mon rêve est de voler… oh, mon arc-en-ciel est trop haut. »

Alors elle se lève une dernière fois, comme animée de l’ultime inspiration, la plus salvatrice qui soit. Les battements du cœur lancinants, les mouvements du corps erratiques et l’âme nécrosée à tout jamais.

Les ailes pleinement déployées
L’asphalte new-yorkaise prête à recevoir la plus sublime des offrandes
Les pieds ne touchent plus le sol

Princesse, demande à Dieu pardon !
Elégante comme Céladon
Agile comme Scaramouche
Je vous préviens, chers Myrmidons,
Qu’à la fin de l’envol, elle touche.

Karl SINGER

Liens complémentaires pour qui aimerait en savoir plus et, par la même, comprendre le titre de l’article :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ruslana_Korshunova

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2837415/The-desperate-days-Russian-supermodel-20-took-running-leap-New-York-apartment-building-joining-brutal-Rose-World-cult.html

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2841750/Fast-cars-extravagant-vacations-business-Lavish-lifestyle-cult-leader-linked-death-plunge-Russian-supermodel-New-York-revealed.html

Top 5 : film de musique classique

Top 5 : film de musique classique

TOP 5 : les plus beaux films sur la musique classique

1- Tous les matins du monde (1991) de Alain Corneau, avec Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle

Incontestablement l’un des plus beaux films français de tous les temps. Adapté du roman de Pascal Quignard il met en scène la vie de Marin Marais à la cour de Louis XIV. Typique de l’époque baroque cette œuvre vous plonge dans l’inconstance du XVIIème siècle, siècle de la guerre de 30 ans, des découvertes scientifiques, une inconstance qui prend forme entre la vie de Marin Marais à Versailles, une vie de faste et de luxe, celle d’un homme au sommet de sa gloire mais tiraillé avec l’admiration qu’il a pour son maître M. de Ste Colombe, janséniste austère, véritable symbole de piété, de simplicité et d’humilité dont la virtuosité semble inspirée par Dieu. « Tous les matins du monde » frappe également par le choix des acteurs, Gérard Depardieu incarnant l’homme vivant dans l’opulence et la célébrité et de l’autre Jean-Pierre Marielle, acteur à la carrière brillante mais bien plus discret, dont la voix caverneuse est l’incarnation parfaite de l’homme pieux, vivant à l’écart des flatteurs de la cour, vouant sa vie à la prière et dont la musique est un hommage au très Haut. Que l’on soit passionné de musique baroque ou pas, ce chef d’œuvre est un incontournable du cinéma français, immortalisant Gérard Depardieu comme un monstre sacré du 7ème Art, intemporel, accompagné des plus brillants partenaires, de Jean-Pierre Marielle à Anne Brochet en passant par feu son fils Guillaume.

Anecdote : Si Gérard Depardieu incarne incarne une bonne partie du film Marin Marais à l’âge adulte, c’est son fils Guillaume qui a été choisi afin de jouer le rôle du célèbre compositeur dans sa jeunesse. Marin Marais devient alors un véritable miroir, celui du père et du fils que Alain Corneau dirige à la perfection, ne reste alors que le Saint-Esprit résidant dans les accords envoûtants interprétés à la viole par Jordi Savall.

2- Le Pianiste (2002) de Roman Polanski, avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann

Si comme disait Lino « J’fais pas du Polanski, ma zik touche pas les petites » le réalisateur franco-polonais a réussi à merveille à nous toucher en portant à l’écran la vie de W?adys?aw Szpilman, musicien juif polonais survivant à l’occupation de Varsovie en se cachant avant d’être finalement découvert par un officier allemand. Ce dernier grand mélomane, vient en aide à W?adys?aw sachant la guerre perdue et bouleversé par la virtuosité de cet artiste, pianiste officielle de la radio polonaise. Auréolé par une pluie de récompenses (Palme d’or au festival de Cannes, Oscars, Césars, etc.) Le Pianiste est bien plus qu’un simple film autobiographique sur la guerre, il est le témoin d’une nation déchirée, humiliée dont seule la musique est un moyen de conservation. Elle est la transcription d’émotions indescriptibles, d’un chagrin profond. Des mélodies de Chopin émanent des pleurs, celle de la Pologne qui souffre, d’une terre souillée par les pires atrocités. Le piano engrange une métamorphose et développe une musique que tout le monde comprend, entend et ressent, est une langue universelle qui traverse les âges et les cultures. Roman Polanski confirme son statut de géant du cinéma mondial, après « La jeune fille et la mort » il nous démontre avec brio que la musique est l’âme d’un film.

Anecdote : Le Pianiste est le premier film à avoir remporté le César du Meilleur Film alors qu’aucun mot en français n’est prononcé dans l’œuvre.

3- Amadeus (1984) de Miloš Forman, avec Tom Hulce, F. Murray Abraham

Il n’y a que Miloš Forman pour pouvoir réaliser un film de 2h30 retraçant la vie de Wolfgang Amadeus Mozart et son ascension à la cour viennoise face au compositeur italien Salieri. « Amadeus » n’a pas vocation à être un résumé du compositeur Salzbourgeois mais plutôt le dessin de la vie d’un véritable prodige, animé d’un génie sans égal qui ridiculisera tous les compositeurs de son époque et restera dans les mémoires comme le plus éminent représentant de la musique dite classique. Forman ne manque pas de parsemer son film des plus belles créations de Mozart venant rythmer le scénario en donnant tout son sens à celui-ci. Plus que les ricanements de Tom Hulce, c’est le jeu de F. Murray Abraham qui marquera les spectateurs, celui du compositeur italien Antonio Salieri, assistant impuissant à la réussite de ce jeune homme impertinent pour qui il ne peut s’empêcher d’éprouver de l’admiration. Là encore la musique est mise en perspective dans une relation avec Dieu, qui pourtant ne récompense pas son ouaille la plus fidèle. Mozart conquiert littéralement le monde, en seulement 35 ans il laisse derrière lui un nombre incalculable de sonates, concertos, symphonies et opéras. Ce film est entré dans la postérité par son univers typique de Forman mais aussi l’image d’une époque, celle de l’empire austro-hongrois véritable brassage de peuples et d’artistes qui connaitra son apogée moins d’un siècle plus tard avec des compositeurs s’inscrivant dans la ligneé du Grand Mozart.

Anecdote : Tom Hulce s’entraînait au piano 4 heures par jour afin de pouvoir jouer le rôle de Mozart.

4- Le roi danse (2000) de Gérard Corbiau, avec Benoît Magimel, Boris Terral

C’est un retour à la cour de Louis XIV que nous effectuons avec « Le roi danse » et plus précisément dans les pas du compositeur italien Jean-Baptiste Lully. Ce dernier suscite bien les jalousies, de par la confiance que le roi lui adresse et surtout ses origines étrangères (impossible de ne pas faire le parallèle avec Amadeus). Fait intéressant, Gérard Corbiau ne se contente pas de traiter la vie à la cour sous le prisme de la musique mais aussi celui de la danse, dont le roi Soleil était un habitué. Entre rivalités, ambition, Lully est aussi amené à composer pour les pièces de Molière dont le roi est friand. Le 17ème siècle est celui des Arts qui florissant à Versailles et viendront pérenniser la réputation du Royaume de France, terre d’asile pour les artistes (peintres, musiciens, sculpteurs, etc.) qui trouvent en la personne de Louis XIV un mécène de choix. Ce film jongle sur ce trio artistique, l’un danse, l’autre joue, le dernier interprète. Entre ces trois personnages nait une complicité qui se délite alors que le roi vieillit, mais que les accords de Lully immortalisent pour que rayonne à jamais le roi soleil. Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute et Lully en fera la terrible expérience allant jusqu’à perdre tragiquement la vie après avoir contracté la gangrène en frappant son pied alors qu’il battait la mesure, il y a des jours comme ça…
Anecdote : Gérard Corbiau déclare à propos du film : « La musique est l’élément central du film. Elle est l’un des personnages fondamentaux du récit. En interrogeant l’une des composantes du langage cinématographique, la musique, je veux la mettre en avant pour la mettre sur le même plan que la fiction, et faire en sorte que les deux éléments – musique et fiction – puissent s’interpénétrer et fusionner sans que jamais l’un ne souffre de la cohabitation avec l’autre. »
5- La leçon de piano (1993) de Jane Campion, avec Holly Hunter, Harvey Keitel
« La leçon de piano » est une romance narrant la vie d’une jeune écossaise envoyée en Nouvelle-Zélande afin d’épouser un colon britannique vivant sur l’île. Ada est envoyée avec sa fille, issue d’un précédent mariage, et également un piano à la rencontre de son nouveau mari qui la prive bientôt de son instrument fétiche. Ce dernier est récupéré par un homme, qui, fasciné par la jeune femme, tentera de prendre contact avec elle en lui laissant jouer de cet instrument, seul moyen d’expression depuis qu’elle a mystérieusement décidé de ne plus parler. Ada est forcée peu à peu à faire des concessions de plus en plus terribles afin de pouvoir vivre sa passion musicale et ce sous les yeux jaloux de son nouveau mari. Histoire d’amour tragique, « La leçon de piano » est l’incarnation de la musique comme moyen d’évasion, comme une rêverie qui nous extirpe d’un quotidien froid et douloureux. Le piano est un langage pour Ada, qui privée de parole, n’en demeure pas moins désireuse d’exprimer toutes ses émotions, ses tristesses et ses espérances. La jeune femme déracinée trouve dans la musique ce cordon qui la rattache à son passé et sa fille, même à l’autre bout du monde.
Anecdote : Par souci de réalisme, les tatouages que portent le personnage d’Harvey Keitel ont été réalisés par un vrai tatoueur Maori.
Henri Fantin-Latour, Autour du piano
Si le cinéma a souvent mis en avant la musique classique et sa puissance artistique, il en va de même pour la peinture qui a su retranscrire en image la virtuosité des sons. Le pôle Culture a sélectionné ainsi le tableau « Autour du piano » du peintre Henri Fantin Latour réalisé en 1885. Grand habitué des tableaux de groupes, Fantin Latour en a composé plusieurs séries réunissant des artistes en tout genre de son temps (peintres, écrivains). « Autour du piano » rassemble pour sa part plusieurs amis et grands esprits de la deuxième moitié du 19ème siècle autour d’un homme interprétant une œuvre de Wagner. Henri Fantin Latour était en effet passionné par la musique en particulier celle de Wagner en Allemagne et de Berlioz en France. Il traduit ici son admiration pour les compositions pour pinao autour de personnalités diverses comme Emmanuel Chabrier dont l’aisance au piano traduit la puissance de Wagner, mais aussi Edmond Maître, Adolphe Julien (un critique de musique célèbre), Antoine Lascoux ou encore Vincent d’Indy. L’importance et la place des différents personnages est visible de par leur stature, les costumes et haut de forme, cannes, tous semblent absorbés par les mélodies allemandes donnant une harmonie à la scène. Le piano devient la muse de Fantin Latour, qui porté par la sensibilité des notes, exécute une œuvre grandiose, concentré de sobriété et de génie. Le peintre se mêle au musicien, l’un donnant à l’autre tout son sens afin d’accoucher d’une toile remarquable, baignée par une lumière jaunie telle les vieilles pages d’une partition. Dans cette symphonie de couleurs, de formes et de sons, émerge la grandeur d’une époque, d’une France amie des musiciens et à jamais liée au monde de l’Art.
Les miscellanées d’Hamza, jeune prince du hip-hop

Les miscellanées d’Hamza, jeune prince du hip-hop

Hamza, cinq lettres imprimées dans le froid bitume bruxellois. Cinq lettres, autant que dans futur, dandy, génie. La vie est ainsi faite, nul n’échappe à son destin. Ici point d’ergotage ou d’exhaustivité, nous éluderons bien volontiers la biographie du jeune héritier du trône de Belgique pour se concentrer sur son activité la plus illustre. Rappeur méconnu au sein du collectif bruxellois Kilogrammes Gang, Hamza déploie ses ailes de poète avec la sortie du projet gratuit sobrement intitulé H24. Là non plus le chiffre n’est pas anodin, il renvoie aussi bien à la quintessence de la pureté de l’or qu’au nombre d’heures que compte une journée. Comme un symbole en somme, H24 se compose de 24 titres aux reliures savamment dorées ; aux productions vaporeuses et éthérées vient se greffer la voix fluette d’un rappeur américain jusque dans le geste. L’auditeur avisé ne manquera pas de reconnaître çà et là les figures les plus influentes de la scène Houston/Atlanta : l’autotune et la désinvolture de Travi$ Scott, le phrasé monolithique de Future, l’explosivité et l’imprévisibilité de Young Thug. Entendons-nous bien, Hamza n’est pas le point de confluence de ces trois figures sacrées de la scène hip-hop, pas plus qu’il ne peut se targuer de jouir d’un centième de leur notoriété. Toujours est-il qu’Hamza est résolument moderne. C’est un esthète, un de ceux qui fait bouger les lignes avec une facilité déconcertante.
Révolutionnaire dites-vous ? Peut-être. Clivant ? Assurément.
Car s’il mélange la sauce comme personne (référence au morceau « La Sauce » issu de H24, morceau le plus connu à ce jour), jamais Hamza ne se mélange, jamais Hamza ne se travestit. Soliste dans l’âme, il ne navigue que très peu dans les eaux troubles d’un rap au torse bombé et à la violence exacerbée.
Le succès critique d’H24 fut total : les experts hip-hop de tous poils et de tous horizons saluèrent alors la prise de risque et l’avant-gardisme émanant du jeune prodige. Un bonheur n’arrivant jamais seul, il fut l’unique artiste francophone joué en playlist par les seigneurs Virgil Abloh et Olivier Khatib (bras droits respectifs de Kanye West et Drake, excusez du peu) sur la très prestigieuse OVO Sound Radio : un véritable tour de force. A titre de comparaison, imaginez Mesdames les ébauches de votre chère et tendre amie en école de stylisme reprises par les petites mains de Karl Lagarfeld et Olivier Rousteing. Peut-être comprendrez-vous mieux la hauteur du sommet gravi.
En Juin dernier, Hamza a permis à ses fans les plus assidus de se délecter d’une nouvelle sauce, d’un nouveau nectar dont lui seul a le secret : Zombie Life, projet payant cette-fois, rompt alors avec la spontanéité toute relative d’H24. Les mélodies sont complexes, discontinues, anguleuses ; les structures des sons toujours plus alambiquées. Hamza innove et déconcerte, jamais là où l’on attend, toujours là où il faut être. Dans la tendance plus que jamais, plus que personne d’autre dans le hip-hop francophone. Si d’aucuns ne voient en lui qu’un succès risible et éphémère, il n’en est rien. Si les puristes ne jurant que par Lunatic ou NTM (supposés pinacles indépassables du hip-hop français) font preuve à l’égard des fidèles d’Hamza de toute l’ire et de tout le mépris qui caractérisent les gens de bien nous leur répondrons nous ; infâmes béotiens, que nous avons un temps d’avance. Un pied, que dis-je, le corps tout entier plongé dans la modernité. Puissent les dieux du hip-hop seulement pardonner à ces justes dans l’erreur.
Afin de sceller dans le marbre cette faste et furieuse année 2016, le jeune artiste du piège (Bruxelles comme il aime à l’appeler) a sorti le 24 Octobre un nouvel EP 5 titres aux consonances dancehall et caribéennes : New Casanova. Là encore la prise de risque est pleinement assumée, le virage musical s’effectue à 180 degrés. Parmi les moments de virtuosité du projet on notera l’excellent El Dorado, en featuring avec son alter ego canadien : Ramriddlz, nouveau protégé de Drake. Ce dernier chante d’ailleurs en français (oui oui en français) une bonne partie du morceau, et ce non sans un certain panache. Le très bon Whine (à consommer sans modération aucune) vient clore le projet.
Ainsi, court mais concis, New Casanova ressemble à ces interminables journées d’été étouffantes de chaleur et de sensations, le soleil a son zénith sublimant les courbes des sirènes les plus ensorceleuses. Décidément, il semblerait donc que le jeune artiste soit prêt à jouer sur tous les tableaux, et ce par-delà toutes les latitudes : Hamza, cinq lettres comme un astre incandescent, cinq lettres pour braver l’éternité.
« J’suis au-dessus d’vous comme si j’avais des pouvoirs »
Hamza, Au Top, Zombie Life (2016)
                                                                                                                                                                                   Karl SINGER
Vos rêves bientôt au cinéma ?

Vos rêves bientôt au cinéma ?

C’est après avoir vu le dernier film de Tim Burton, « Miss Peregrine et les enfants particuliers », que l’idée d’écrire à propos des rêves m’est venue. En effet, parmi ces « enfants particuliers » se trouve Horace qui, non seulement fait des rêves prémonitoires, mais peut en plus les projeter aux yeux de tous grâce à son monocle-rétroprojecteur. Cela a toujours semblé être un grand fantasme de l’homme : pouvoir observer et enregistrer nos songes pour mieux les décrypter, si tant est qu’ils aient une signification. Que l’on trouve cette idée absurde ou non, le domaine onirique fascine, notre conscience n’ayant aucune maîtrise sur ces péripéties nocturnes, autant qu’il intéresse, dans le cadre d’études scientifiques ou psychologiques. Mais où en est-on aujourd’hui ? Visionner nos rêves et les contrôler reste-t-il de l’ordre du fantasme ou est-ce vraiment une réalité en devenir ?

·        Pourrions-nous enregistrer et visionner nos rêves sous forme de film ?

Nous pouvons tout d’abord définir les rêves comme étant une suite de phénomènes psychiques, particulièrement sous forme d’images, qui se produisent pendant le sommeil. Tout le monde en fait, même si l’on ne s’en souvient pas au réveil, et certains leur accordent même tellement d’importance qu’il existe une banque de rêves en ligne. Créé par William Domhoff, un spécialiste dans ce domaine, Dreambank.net regroupe déjà plus de 20 000 récits oniriques, partagés par des anonymes, et constitue une base importante pour l’étude scientifique des rêves et de leur nature.
En effet, à l’heure actuelle, les sciences cognitives (l’ensemble des disciplines scientifiques qui visent à expliquer l’ensemble des facultés et aptitudes mentales chez les êtres vivants) cherchent à comprendre l’activité du cerveau pendant les rêves grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) qui permet de mesurer l’activité cérébrale de zones particulières du cerveau grâce au flux sanguin. Les chercheurs utilisent également l’électroencéphalogramme, qui quantifie l’activité électrique dans le cuir chevelu, pour connaître le type d’activité cérébrale à un moment précis afin de déterminer dans quelle phase de sommeil se trouve le sujet. Ces études permettent, certes, de s’apercevoir de ce qui se passe dans notre corps lorsque l’on rêve, mais pas d’expliquer nos rêves eux-mêmes.
Mais grâce à différentes expériences, les scientifiques peuvent désormais les enregistrer et les retransmettre à l’aide des différents dispositifs technologiques que nous venons d’évoquer. Cela a permis de découvrir dans un premier temps que, bien que le fait de rêver soit souvent associé au sommeil paradoxal, un état lors duquel le corps est paralysé mais le cerveau est aussi actif que lorsque l’on est éveillé, nous pouvons aussi rêver durant d’autres phases de notre sommeil (notamment le sommeil profond). 
Ainsi, une première étude a été menée en 2011 à l’université de Brown aux États-Unis. Les chercheurs s’intéressaient alors à trois patients, qui devaient porter un casque en tissu équipé d’électrodes qui mesuraient leur électroencéphalogramme pendant qu’ils dormaient. Les scientifiques réveillaient ensuite les sujets, dans une phase supposée de rêve, et leur demandaient de quoi ils étaient en train de rêver. En associant les modèles statistiques utilisés par les machines et les propos des participants, ils étaient en mesure de reconstituer une partie des rêves sous forme d’objets et de formes floues.
Ce procédé a été répété 200 fois pour chaque sujet et toutes les images obtenues ont été compilées dans une base de données. Lorsque les participants étaient éveillés, les scientifiques leur ont montré d’autres images et ont scanné leur cerveau une nouvelle fois selon leur réponse. Puis les sujets de l’étude devaient dormir à nouveau, pendant que le scanner cérébral était à l’œuvre. Grâce à ce procédé, la machine était capable, au final, de prédire ce dont la personne rêvait ! A noter toutefois que nous sommes encore loin des inquiétants, mais non moins fascinants, scénarios de science-fiction où il deviendrait possible de lire directement dans les pensées de quelqu’un…
Mais l’université de Berkeley a poussé l’expérience bien plus loin que la première qui a été réalisée, en obtenant carrément des vidéos des pensées ou rêves des participants à l’étude. Cette fois, les sujets étaient reliés à un système d’IRMF (Imagerie par Résonnance Magnétique Fonctionnelle). Ils ont d’abord visionné des bandes annonces de film, pendant que l’ordinateur enregistrait les réactions de leur cerveau lors du visionnage des images, à l’aide du système IRMF. En effet, celui-ci mesure le flux sanguin qui circule dans le cortex visuel, la partie du cerveau qui s’occupe de traiter les informations visuelles. L’activité cérébrale enregistrée pendant que les sujets regardaient les bandes annonces a été soumise à un programme informatique qui a appris, seconde par seconde, à associer les images vues, à l’activité cérébrale engendrée.
Puis, les participants ont ensuite regardé des clips sur Youtube tandis que l’ordinateur essayait de reconstituer ce qu’ils voyaient, probablement, selon les réactions de leur cerveau qu’il enregistrait. L’ordinateur était ainsi capable de reconstruire les pensées du patient et les « objets » auquel il pensait, ou rêvait (même si pour cela il a besoin que ce dernier ait déjà vu auparavant la scène à laquelle il assiste). Les images sont plus ou moins floues à chaque séquence et bien entendu cela reste à un stade très expérimental mais c’est une énorme avancée dans les études portant sur la connexion entre machine et cerveau humain.
Ce n’est pas renversant à première vue, je vous l’accorde, mais c’est pourtant un pas énorme qui a été fait
L’idée de pouvoir explorer l’esprit humain d’une telle manière est renversante, à mon sens. Puisque du point de vue du divertissement et de la création, être en mesure de visionner nos rêves pourraient nous donner accès à un monde entier de pensées uniques et spontanées auxquelles dont nous n’aurions pas la clé à l’état éveillé.
Jack Gallant, un neuroscientifique de Berkeley et chercheur impliqué dans l’étude réalisée, affirme que « c’est un pas majeur vers la reconstitution des images mentales, nous sommes en train d’ouvrir une porte pour accéder aux films qui se passent dans nos esprits ». Mais pour la médecine, la portée de ces recherches est tout aussi importante car elles pourraient offrir aux personnes incapables de communiquer (à cause d’un handicap par exemple), une façon de se connecter au monde, ou elles permettraient encore de mieux comprendre ce qu’il se passe dans l’esprit d’un patient dans le coma.
Comme vous pouvez le constater, les avancées scientifiques dans le domaine des rêves progressent donc rapidement. Mais nous sommes encore loin de passer des soirées en famille à regarder les aventures oniriques de nos proches. Quel dommage me direz-vous, pourtant ne nous laissons pas abattre, car le monde des rêves offre de nombreuses autres possibilités…
·         Les rêves lucides, ou comment créer son propre scénario onirique

Après le succès du film de Christopher Nolan, « Inception », le concept de « rêves lucides » est devenu, si ce n’est populaire, du moins mieux connu du grand public. Outre la frustration engendrée par la dernière scène du film qui se termine par un suspense insoutenable (cette toupie s’arrêtera-t-elle de tourner ?!), le réalisateur interroge la notion de réalité dans le rêve. En effet, on peut voir à l’écran un groupe d’experts de la conscience qui manipule les rêves d’autres personnes. Et la toupie dont nous parlions sert de test de réalité au personnage principal, joué par Leonardo DiCaprio, lors de ses incursions dans le monde onirique. Si la toupie s’arrête de tourner, c’est la réalité ; sinon, c’est un rêve.
Cet objet du diable
Il vous est peut-être aussi arrivé de vous demander si vous étiez bien en train de rêver. Parfois, on se rend compte que ce que l’on vit n’est pas réel, parce qu’un événement incongru survient et n’a aucun sens par exemple, et c’est à ce moment que l’on peut parler de rêve lucide. Si certains rêveurs ont seulement conscience de rêver, d’autres sont capables d’influer le cours de leur rêve, tout en étant toujours endormi. Selon un article de Jean-François Marmion, journaliste et scientifique, pour le magazine Sciences Humaines, nous entendons parler pour la première fois de ces rêveurs en 1867. Un jeune marquis, Hervey de Saint-Denys, décrit ses rêves dans son ouvrage « Les rêves et les moyens de les diriger » et raconte qu’il s’éveille pendant ses rêves et parvient à en modifier le cours. Puis en 1913, Frederik Van Eeden, un psychiatre hollandais, utilise le premier le terme de « rêve lucide » pour décrire le phénomène.
Aujourd’hui, Brigitte Holzinger, psychothérapeute, l’explique ainsi : « Certaines personnes se rendent compte qu’elles rêvent et décident du déroulement de leurs rêves.?Elles composent la trame du songe, et ce qu’elles vivent est presque illimité : vols intersidéraux, amours passionnées, chevauchées fantastiques dans la steppe. Ces personnes sont des « rêveurs lucides » ».
Accéder à l’état de conscience suffisant pour parvenir à cela se fait en plusieurs étapes. Il existe de nombreuses méthodes sur internet pour devenir un rêveur lucide, mais aucune ne fonctionne à coup sûr, et il faut un certain entraînement pour en arriver à ce stade. Mais de façon grossière, il s’agit de prendre conscience que l’on rêve puis de reconnaître cet état de conscience particulier qui diffère de celui d’une personne éveillée. Ensuite le rêveur peut reprendre le contrôle de ses pensées, tout en dormant. Sachez toutefois que 8 personnes sur 10 auraient expérimenté cela, volontairement ou non, donc dans les faits tout le monde en est capable !
De façon plus scientifique, Brigitte Holzinger et son collègue Stephen Laberge, psychophysiologiste et précurseur dans l’étude des rêves lucides, ont placé des électrodes sur le crâne de volontaires et ont enregistré l’activité électrique du cerveau des rêveurs lucides pendant leur sommeil. Ils ont alors observé que les fréquences des ondes mesurées changent dans les rêves lucides : la zone active du cerveau est celle du lobe pariétal de l’hémisphère gauche, qui est également active chez les personnes éveillées lorsqu’elles discutent ou raisonnent alors que c’est le lobe pariétal de l’hémisphère droit qui s’active dans un rêve « normal ». Un constat est également frappant, lors d’un rêve lucide, le corps du rêveur agit comme il le ferait dans la réalité.
Localisation des différents lobes
De même, le docteur Ursula Voss qui officie à l’université Johann Wolfgang Goethe en Allemagne, a également réalisée une étude sur les rêves lucides, publiée dans Nature Neuroscience. Elle a constaté que les ondes cérébrales produites par les gens en état de rêve lucide se situaient entre le niveau de celles que l’on produit éveillé et celles que l’on produit lors de la phase de sommeil paradoxal. Les lobes frontal et temporal, que l’on associe à la pensée « supérieure » produisent des ondes gammas de basse fréquence (25-40 hertz), qui sont normalement associées à l’attention consciente.
Ursula Voss et son collègue Allan Hobson, neuropsychiatre, ont donc poussé la recherche plus loin en essayant de recréer ces fréquences cérébrales à l’aide de petites stimulations électriques sur 27 participants. Ils ont attendu que ces derniers s’endorment et atteignent le stade du sommeil paradoxal, puis ils leur ont envoyé de petits stimuli de différentes fréquences. Bien que les participants n’aient jamais, consciemment, expérimenté de rêve lucide, en leur envoyant des vibrations entre 25 et 40 Hz, il se trouve que leur activité cérébrale se synchronise sur ces fréquences. Ainsi, lorsque les sujets ont été réveillés, ils ont affirmé avoir été conscient qu’ils étaient en train de rêver.
« La principale découverte, c’est que l’on peut étonnamment influencer le cerveau par stimulation électrique. Et vous y parvenez de telle manière que le rêveur devient conscient qu’il rêve » explique Hobson. Il considère que ces travaux sont particulièrement intéressants dans le domaine de la psychiatrie, car ils permettraient de comprendre pourquoi et comment le cerveau créé des hallucinations par exemple.
Ainsi, les recherches sur les rêves lucides sont loin d’être inutiles et de ne relever que du divertissement, au contraire. Elles pourraient permettre de surmonter des cauchemars en apprenant à contrôler ses peurs, de travailler sur nos phobies voire d’aider des personnes en situation de stress post-traumatique. Le monde du rêve lucide, de ses mécanismes, de ses impacts reste donc à explorer.
·         Induire des rêves, une idée pertinente ?

Pour autant, induire des rêves lucides, on non dans un futur proche, est-ce forcément une bonne idée ? Car s’ils portent un message, comme nous allons l’expliquer après, alors il est peut-être essentiel d’écouter ce que notre subconscient a à dire. Car il est en effet amusant et intéressant de pouvoir faire ce que l’on veut dans nos rêves, mais la conséquence de cela est que l’on risque de se limiter à créer des choses « normales » plutôt que de découvrir ce que notre inconscient a à proposer. Combien d’écrivains ont été inspirés par un rêve par exemple (comme Stephenie Meyer à qui l’ont doit la légendaire saga Twilight) ?
Historiquement, dans le monde antique, le rêve était un message divin. Il devait être interprété mais avait autant de valeur qu’une idée émise en étant éveillé. Le rationalisme de la Renaissance a relégué le rêve au rang de fantasmagories indignes d’intérêts. Car à l’époque, seule la raison méritait d’être écoutée et donnait
à l’homme la maîtrise de soi et du monde. Mais le romantisme du 19ème siècle redonne sa place au rêve, vecteur d’idées nouvelles que la logique seule ne permettrait pas de découvrir. La psychanalyse, de Freud notamment, voit alors dans le rêve un moyen d’expression de l’inconscient qu’il faut d’interpréter.
D’ailleurs, depuis les travaux de Freud, une partie de la psychanalyse considère que nos songes sont l’expression de l’inconscient : quand nous dormons, notre cerveau met en images nos angoisses et nos désirs, de façon plus ou moins métaphorique. Les rêves accompliraient ce que nous n’osons pas penser tout haut, et notamment nos désirs sexuels. Ils permettraient d’accéder à une certaine connaissance de soi, qui se fait d’abord par l’introspection et l’interprétation de ces rêves, aussi absurdes soient-ils. Selon Freud, ces derniers seraient est la « voie royale » pour accéder à l’inconscient, dont il présume l’existence.
Ainsi, dans « L’interprétation du rêve », publié en 1900, il distingue un contenu manifeste et un contenu latent. Le contenu manifeste est le scénario du rêve tel qu’il apparaît dans le souvenir que le rêveur en garde. Le sens de ce contenu manifeste n’apparaît que lorsqu’on l’associe à un contenu latent caché dont il est la manifestation symbolique.
Le contenu latent, quant à lui et comme vous l’aurez compris, est l’ensemble des pensées refoulées qui sont à l’origine du rêve mais dont le rêveur n’a pas immédiatement conscience, il est le sens du contenu manifeste, il faut donc l’interpréter. Donc le contenu manifeste est ce dont parle explicitement le rêve et le contenu latent est l’ensemble des pensées, désirs, etc. qui cherchent à devenir conscients mais qui subissent la censure du refoulement et sont donc transformés pour apparaître sous la forme du contenu manifeste. Pour que l’équilibre de la personnalité soit conservé, il faudrait donc ramener à la conscience ces idées inconscientes qui sont responsables de souffrance et qui divise le sujet.
Si l’on empêche ce processus en n’écoutant pas nos rêves, ou en les modifiant, cela pourrait être néfaste, dans l’idée de Freud. Même si aujourd’hui sa méthode analytique est critiquée au regard des connaissances que l’on a en psychologie, sciences cognitives et neuropsychologie. Ce sont notamment des chercheurs que nous avons évoqué plus haut qui s’expriment. Par exemple, William Domhoff (le créateur de la banque de rêves) pense que les travaux actuels en psychologie expérimentale infirment l’idée selon laquelle la libre association permet d’accéder au contenu latent du rêve.
D’autant plus que, pour d’autres scientifiques ou psychanalystes, il semblerait que nos rêves ne soient souvent qu’une recomposition banale de nombreux éléments de notre quotidien. Bien que l’on puisse rêver de voler, de perdre nos dents ou de se retrouver nu en public (ce qui ne fait pas partie de votre quotidien je l’espère), ces rêves sont exceptionnels mais ce sont ceux dont on se souvient principalement car ils sont plus marquants.
Désormais, évoquons plus particulièrement les cauchemars, ces délires nocturnes dont l’origine et la signification échappent encore aux neuroscientifiques mais dont nous commençons tout juste à comprendre les raisons pour lesquelles nos peurs choisissent de se manifester dans nos songes.
Les cauchemars surviennent durant le sommeil paradoxal, à la fin d’un cycle de sommeil. Contrairement aux terreurs nocturnes qui n’ont pas de réel sens et réveillent juste la personne avec une intense sensation de peur, les cauchemars sont simplement des rêves avec une histoire effrayante. Il n’est pas inquiétant d’en faire et cela arrivera à tout le monde à un moment donné. Mais la question qui demeure est : pourquoi faisons-nous ces rêves désagréables ?
Le syndrome de stress post-traumatique a été identifié comme étant une cause majeure de troubles cauchemardesques, car les personnes qui subissent des expériences traumatisantes continuent à être anxieuse et apeurée même pendant leur sommeil. Ainsi, 80% des personnes souffrant de ce syndrome affirment faire très régulièrement des cauchemars. Il semblerait que cette propension à en faire plus soit liée à des anormalités dans l’activité neuronale, notamment au niveau de la région des amygdales, qui contrôle les peurs et qui est trop active chez les personnes atteintes par ce type de stress. Mais quoi qu’il en soit, pour aller vers la guérison, peut-être que les patients devraient accepter leurs cauchemars pour mieux les surmonter…
James Pagel, un professeur associé à l’école de médecine de l’université du Colorado pense justement que les cauchemars sont « fantastiques ». Selon lui les rêves sont un système qui nous indique comment notre cerveau fonctionne, et les cauchemars, par-dessus tout, nous indiquent ce qu’il se passe dans notre esprit. Ainsi, loin de nous vouloir du mal, ces derniers nous aideraient en fait à comprendre notre propre psychisme et pourraient, en cela, nous être extrêmement bénéfiques. Il ne faudrait donc pas chercher à les éviter en les contrôlant, car il serait dommage d’occulter un moyen de laisser aller notre esprit.
W. Robert, un scientifique allemand, considérait déjà au 19ème siècle que les rêves étaient un processus vital qui permet au cerveau de ne conserver que les données et images importantes. Il montrait que si l’on prive le dormeur de la capacité de rêver, celui-ci peut en décéder. Si nous sommes encore loin de réaliser des films de nos songes, nous pouvons toutefois leur accorder plus d’importance afin de mieux s’en souvenir et, qui sait, accéder à un monde entier d’idées que vous n’auriez pas soupçonnées !
Critique interactive n°4: the place beyond the pines

Critique interactive n°4: the place beyond the pines

« Un Drive à moto ou un vrai film d’auteur ? »

Retour en 2013. Sur le papier The place beyond the pines avait tout d’une pépite avec son casting de rêve : Ryan Gosling, Eva Mendes, Bradley Cooper, Dane DeHaan pour ne citer qu’eux et son réalisateur et co-scénariste :  Derek Cianfrance dont le talent avait été souligné par la critique à la sortie de Blue Valentine (2010). Pourtant il est loin d’avoir fait l’unanimité. Beaucoup lui reprochent une pirouette scénaristique osée que nous évoquerons par la suite et certaines « longueurs ». Pour ma part ce film m’a plu comme vous allez très vite le comprendre.  J’ai apprécié l’incroyable finesse du scénario, et la manière dont le réalisateur parvient à toucher nos  cordes sensibles en évoquant deux grands thèmes : le déterminisme et le rapport père/fils tout au long de ce drame, en lenteur. Place à présent à une analyse qui me permettra d’évoquer les ressorts émotionnels du film et ses coups de génie. 
Je précise que pour ce film, il était difficile de faire une critique sans spoilers donc si vous ne voulez rien savoir de l’intrigue avant d’avoir vu le film, je vous conseille de passer directement à mon 3.  
 
NB : pour faire référence aux personnages du film j’utiliserai le nom des acteurs. Si je dis « le fils de Ryan Gosling » comprenez donc  » le fils du personnage qu’il incarne dans le film » 🙂 

1) Un choix étonnant :

Le réalisateur adopte une approche pour le moins surprenante qui a l’inconvénient, ou le mérite, question de perspective,  de désarçonner  « les puristes ». En effet, il n’y a pas vraiment de personnage principal dans cette œuvre : Ryan Gosling au centre du récit les 50 premières minutes disparaît brutalement, tandis que Bradley Cooper prend le relais immédiatement sans qu’il nous ait été présenté au préalable, avant que le fils de Ryan Gosling ne monopolise la présence à l’écran jusqu’à la fin du film. Ce procédé scénaristique que l’on peut nommer « dilution de la fonction sujet» a notamment été employé dans le film Cloud Atlas (2013) où plusieurs personnages principaux se succèdent dans différents récits sans liens apparents entre eux ou encore dans Psychose (1960). Avec un tel choix on fait forcément des déçus parmi les membres du fan club de l’acteur de Drive qui voient leur coqueluche disparaître « trop vite »mais aussi on risque de perdre   les spectateurs habitués aux schémas traditionnels d’un récit unique, linéaire avec des héros bien définis. On peut être étonné de la facilité avec laquelle le réalisateur élimine un personnage clef de son récit (même si George R.R Martin nous a tous habitué à ce genre de  disparitions prématurées dans Game of Thrones). Pourtant il faut comprendre ici  la volonté du réalisateur : il  ne souhaite pas seulement  raconter un fait divers (un policier tuant un criminel lors d’une course poursuite), mais il souhaite surtout  nous placer en situation d’observateurs d’existences qui peuvent s’apparenter de près ou de loin aux nôtres. Dans une telle posture, le réalisateur nous invite à analyser les comportements des protagonistes et à questionner nos propres comportements. En nous empêchant de nous attacher à un personnage unique, il nous permet de mobiliser pleinement notre attention sur ce qui compte pour lui : la psychologie des personnages et l’émotion. 
2) Nos pères, nous pères :
Les personnages exposés semblent, à première vue, diamétralement opposés, on a : le criminel multi-récidiviste, le policier-justicier se lançant en politique, le fils du policier qui a grandi dans l’opulence et le fils du criminel qui a grandi dans une famille modeste recomposée. Pourtant le jeu de la mise en scène et la construction du récit nous font percevoir des similitudes dans leurs attitudes et ressorts psychologiques. Très vite on se départ de nos schèmes moraux (gentil vs méchant) : le criminel n’est pas si condamnable que cela, le policier-héros n’est pas si irréprochable  finalement. Mais surtout on prend conscience d’une « notion clef » ici : il semble qu’une forme de déterminisme commune régisse les vies des protagonistes. Chaque individu sur lequel le réalisateur s’attarde semble avoir une existence profondément influencée par son père. Explications :
– Il est sous-entendu que Ryan Gosling n’a pas eu de père pour s’occuper de lui. Ce déficit affectif l’a conduit à devenir instable psychologiquement (il est violent, et bien avant qu’il commette des braquages dans le film, on sent qu’il a déjà un lourd passif judiciaire).   Surtout, quand il apprend par Eva Mendes (son ex-copine), qu’elle  a eu un enfant de lui, il développe une véritable obsession pour son fils qu’il veut gâter par tous les moyens. C’est à ce moment-là qu’il se lance dans le banditisme et que va débuter la tragédie.
– Bradley Cooper quant à lui a grandi dans un milieu aisé et entretient une relation très proche avec son père : avocat renommé. Implicitement on sent qu’il admire son père et qu’il agit  pour le rendre fier. Son père va grandement influencer sa vie à deux reprises : la première fois lorsqu’il conseille à Bradley de parler des problèmes de corruption de la police au « procureur » et la deuxième fois lorsqu’il l’encourage vivement à s’engager en politique.
– On passe maintenant à la deuxième génération. Le fils de Bradley n’est pas aussi fringuant que son père et scolairement il semble à la traîne. Il est l’archétype de l’ado   « fils de » qui sombre dans la drogue, s’exprime le plus mal possible comme pour mieux se « détacher » de son milieu familial. Pourquoi s’est-il retrouvé dans cette situation ? Il souffre certainement de la comparaison avec son père : « le héros que tout le monde admire ». Dans certaines scènes brillamment exposées, on constate qu’il se passe quelque chose quand il regarde son père dans les yeux. Le fils est animé d’une envie de se rebeller contre son père mais aussi d’une certaine forme de rancœur bien visible. D’où vient ce sentiment et comment est-il visible? Voici mon interprétation : après avoir tué Ryan, Bradley qui s’en voulait terriblement ne parvenait plus à regarder son nourrisson dans les yeux car il savait qu’il venait de rendre un enfant orphelin de son père dans une autre famille. Une quinzaine d’années plus tard, on assiste sous nos yeux de spectateurs à ce premier échange de regard des deux protagonistes (du moins dans le film) dans une scène au bord d’une piscine, la tension est alors palpable dans les yeux du jeunes homme. On ne peut savoir comment Bradley a élevé son fils du berceau jusqu’à l’adolescence mais on peut penser qu’il n’a jamais vraiment réussi à s’occuper de lui entre son sentiment de culpabilité et le début de sa carrière politique. Encore une fois, le réalisateur nous montre que c’est le « père » qui a durablement impacté l’existence de son fils.
– Enfin, on passe au fils de Ryan. Il va de soi qu’il est perturbé puisqu’il a perdu très tôt son père biologique dont il n’a aucun souvenir (sauf que sans le savoir son père lui a laissé, à jamais le goût de la crème glacée). Sa mère lui a décrit son père comme une personne nuisible, indigne d’intérêt morte dans des conditions que cette dernière a inventé de toute pièce (ne souhaitant pas faire remonter le traumatisme à la surface). Il sombre aussi dans la drogue. Même si son beau-père ne cesse de lui répéter qu’il est son véritable père car c’est lui qui l’a élevé, son père biologique a laissé une empreinte indélébile dans l’esprit du jeune homme.  Toute sa jeune existence consiste à retrouver sa trace. « Qui était-il ? »  « Qu’aimait-il ? » Le film s’achève d’ailleurs sur une scène très émouvante, où il achète une moto ayant appris que son père était motard.
Le message à visée sociologique de Derek Cianfrance est là : nous sommes tous très fortement influencés par les actes de nos pères. En ce sens nous ne sommes pas pleinement les maîtres de nos destins et une certaine forme de déterminisme s’opère. Que nos pères soient présents ou absents on agit par rapport à eux : dans un rapport d’opposition, de mimétisme ou sous une autre forme. Qu’on soit d’accord ou non avec cette thèse, elle a au moins le mérite de nous faire réfléchir, on se pose naturellement les questions d’ordre métaphysique : qui sommes-nous (par rapport à nos pères), où allons-nous (sommes-nous soumis à une forme de déterminisme) ? On s’interroge aussi sur le rôle déterminant que l’on a en tant que père, même en pensant faire le bien de nos enfants comme Ryan, on peut parfois commettre de lourdes erreurs. Et c’est là que le film peut susciter l’émotion car si on adhère  en partie à la thèse de Cianfrance, on est instantanément saisi de sympathie pour les personnes (au sens grec de syn : avec, et pathos= souffrir), on souffre avec eux, on les comprend car ils sont comme nous.
Quid du rôle des mères ? Elles semblent plus en retrait dans le film. On remarque dans les choix de casting et de mise en scène que les femmes sont moins présentes à l’écran. Cianfrance a décidé de se focaliser sur le rapport père-fils. C’est d’abord un choix par défaut : on ne peut pas traiter tous les sujets à la fois dans un long-métrage. Mais selon moi,  il nous donne  tout de même un petit peu sa vision du rôle des mères. Dans le film, tous les pères pratiquement, commettent des erreurs et influencent leurs fils  par leurs actes tandis que les mères (Eva Mendes et Rose Byrne) élèvent véritablement les enfants, incarnant la raison et la stabilité du foyer dans plusieurs scènes. (Bien entendu, loin de moi l’idée que selon Cianfrance toutes les femmes sont des femmes au foyer qui réparent les pots cassés des pères, mais dans le film c’est pourtant le rôle qu’occupent les deux femmes au cœur de l’intrigue).

3) Une mise en scène naturaliste au service de la thèse :

Dans sa mise en scène le réalisateur semble poursuivre une démarche réaliste. Les histoires racontées n’ont ni début véritable, ni dénouement. On se retrouve donc face à un schéma semblable à nos propres existences qui, vous en conviendrez, ne suivent pas de schéma narratif. C’est comme si, à première vue, le réalisateur nous donnait à voir un documentaire, il prend les faits comme ils viennent. On en vient aussi à oublier la caméra grâce à différents procédés (des plans séquences qui épousent la démarche des personnages, des courses poursuites à moto filmées façon go pro). On entre d’ailleurs dans le film brutalement par un plan séquence suivant Ryan. Cette volonté d’être le plus réaliste possible m’a rappelé la manière dont Zola a traité en son temps la question du déterminisme et de l’hérédité au travers du cycle de romans naturalistes : les Rougon Macquart. Ce dernier voulait étudier l’influence du milieu sur l’homme et les tares héréditaires d’une famille sous le second empire. Influencé par le courant positiviste scientifique porté  par Auguste Comte, Zola tentait de faire de ces personnages des « objets d’expériences ». Son ambition : nous donner l’illusion que  sa plume décrivait les comportements de personnages réels qu’on aurait placé volontairement dans un milieu d’expérience. Pour mieux décrire le réel, Zola menait de véritables explorations  durant de longs mois comme un ethnologue et consignait minutieusement ces observations dans de petits carnets. L’écrivain, par cette démarche, nous dépeignait le destin et le combat du « bas peuple » pour accéder à la dignité sous le second empire.  Pour moi, le réalisateur opère de manière similaire dans son approche réaliste et nous dit  ainsi quelque chose de la société occidentale actuelle. Il traite selon moi plusieurs aspects intéressants :  le nihilisme ambiant de la société consumériste (en décrivant des personnes « paumées » à la recherche de sens à leur existence : dans un rôle de père, une carrière politique ou la drogue), et dans une moindre mesure la corruption du système judiciaire. 
Veuillez noter toutefois que  comme dans l’œuvre de Zola, il ne s’agit pas d’une démarche purement réaliste comme celle que peut adopter un ethnologue mais de ce qu’on nommera plutôt une approche naturaliste. Des éléments de mise en scène dépassent la pure description du réel et nous donnent comme « des indices » sur la tournure que va prendre le récit ou sur l’humeur des personnages. Le romancier et l’écrivain transfigurent ainsi le réel pour lui donner une épaisseur et pour plonger le lecteur/spectateur dans une certaine atmosphère faisant passer d’autres messages plus implicites. Ici c’est surtout la lumière qui va jouer ce rôle (il y a notamment un très beau clair/obscur sur le visage de Ryan Gosling lors de la scène inaugurale qui montre l’ambivalence du personnage). 
Bref je vous conseille vivement de voir ou de revoir The place beyond the pines qui est un vrai « film d’auteur » qui m’a donné matière à réflexion et m’a ému (ce que je recherche dans une oeuvre).
Pour finir je vous propose une petite anecdote. Je me suis demandé pourquoi le film s’appelait « The place beyond the pines ». J’ai d’abord pensé  que c’était pour faire référence aux multiples scènes qui se passent à la lisière d’une forêt de pins : la rencontre entre Ryan et son complice de cambriolage, les deux scènes où Bradley échappe de peu à la mort, et la scène finale. Mais le titre fait en réalité référence au nom de la ville de l’Etat de New-York où a été tourné le film : « Schenectady » qui signifie « beyond the pines plains » en mohak (iroquois). 
Cette fois c’est vraiment la fin! J’espère que cette critique vous a plu, n’hésitez pas me donner vos impressions en commentaires. Je serais ravi de discuter/débattre de vos interprétations du film (même si elles n’ont rien à voir avec les miennes) et de ma manière de traiter le sujet.
La bise cinématographique.
Sébastien Magne