Concours de la meilleure plume 2018 – Soyez jury !

Concours de la meilleure plume 2018 – Soyez jury !

Salut les jurys en herbe,

Aujourd’hui, TBS Press et Littosphère te proposent de voter pour le texte que tu as préféré pendant ce concours de la meilleure plume édition 2018.
Pour voter, rien de plus simple : Lis les textes, trouve ton petit chouchou-chéri, puis vote sur ce lien : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfZbLligvCcSSeaXFpRXCceFG0Z31FLjBfhtN6eXJ0-XrcB_w/viewform

A vos votes !

Voici les textes de vos petits camarades (classés par ordre alphabétique) :

 

Texte de Clem :

Nous (passion amoureuse)

Au tout début il y avait moi.
Petite, seule, abandonnée. J’avançais à tâtons et avec angoisse dans les couloirs de la vie.
Puis un jour, il y a eu toi.
Et très rapidement il y a eu nous.
Nous, c’était un peu comme une bouffée d’air pur dans un monde pollué. Nous c’était un peu le sourire d’un enfant. Nous
c’était ce soleil qui réchauffe les cœurs en hiver. Nous c’était un amour grandissant, flamboyant, extraordinaire. Nous c’était
un peu l’amour cliché de ces films à la con tu vois. Nous, c’était tout cela. Et tellement plus. Nous c’était aussi cette petite
flamme dans le regard. Ce rire omniprésent. Et cette envie de vivre chaque jour dans tes bras. C’était tout cela, nous.
Grâce à toi, j’ai vécu, en prenant de l’assurance. Si je tombais, tu me relevais. Mon angoisse s’était dissipée, plus rien ne
comptait à part ton parfum qui me guidait. Et puis un jour sur ma route, que dis-je, sur notre route, quelqu’un t’attendait.
Patiemment, comme s’il savait que tu ne pouvais pas lui échapper. Un sourire froid collé sur son visage, il t’attendait. Et quand
on est arrivé à sa hauteur, on a continué à avancer. La vie, c’est long comme route, et puis on ne voulait pas s’arrêter. On
voulait continuer à avancer. Main dans la main pour toujours. Et si nous étions le couple cliché par excellence, après tout on
s’en fichait. On était heureux, alors que demander de plus ? Bref je m’égare. On l’a donc croisé. Et insouciants, on l’a salué, et
on a continué à marcher. Toujours plus loin. Sauf que lui, il ne l’entendait pas de cette oreille. Alors, il nous a suivis. Au début
on l’a ignoré. Après tout, il se faisait discret, c’était presque comme si nous étions encore rien que tous les deux.
Presque.
Et puis de jour en jour, il a pris de l’importance. Il te harcelait, ne te lâchait plus…
Et un jour tu es tombé. Il t’a fait tomber. Et on l’a enfin vraiment remarqué. Il nous a alors offert son identité. Lui, il s’appelait
Leucémie. C’est un vilain nom. On l’a tout de suite détesté. Alors on a essayé de lui dire de partir. Mais il ne voulait plus. On a
rencontré des tas de nouvelles personnes. Il y eu Moelle Osseuse, Globule Blanc, Chimio aussi. Avec ce dernier, il s’est
beaucoup battu. Mais il n’a pas perdu.
Je disais donc qu’il ne voulait plus partir. Et pourtant, malgré toutes ses tentatives pour nous séparer, on est resté deux, unis.
Mais il prenait de plus en plus de place.
On a continué notre route. Et puis un jour, on est arrivé sur un lac glacé. Une vraie patinoire. C’est beau le chemin de la vie
quand même. Ça faisait plusieurs jours que l’on n’avait pas entendu Leucémie. On était bien. Et puis soudain, sans prévenir, la
glace sous toi a cédé. Tu n’étais pourtant pas bien gros, Leucémie t’avait volé de nombreux kilos. Mais elle a cédé. Tu as coulé
comme une pierre. Et d’un coup Leucémie était à mes côtés, te remplaçant. Il a murmuré : « Une rechute… C’est bientôt la
fin. ». Je n’ai pas compris. Je l’ai poussé de toutes mes forces et je me suis accroupie, en sondant l’eau qui sortait du trou qui
t’avait aspiré. Tu étais invisible. Je me suis mise à pleurer, à crier : « Où es-tu ? ». Je collais mon nez à la surface glacée. Et
soudain je te vis. A travers la glace, je te voyais, toi et ton petit manteau rouge. Je tapais sur la glace, il fallait qu’elle casse, il le
fallait ! Sinon… Les larmes ruisselaient sur mes poings qui cognaient de toutes leurs forces. Mais la glace ne bronchait pas.
Tandis que toi, tout doucement, tu sombrais, tu coulais, tu te noyais. Tu étais parti.
Mais tu m’avais oublié. J’étais là. Sans toi. Leucémie arriva, un sourire victorieux sur les lèvres. « J’ai gagné, me murmura-t-il.
Je gagne toujours. ». Je m’écroulai. Où étais-tu ? Et comment allais-je maintenant faire pour continuer ma route ? Pour me
relever quand je tomberai ? Je me sentais si impuissante face à cette eau glacée qui t’avait emportée, qui avait brisé ce
« nous » dont nous étions les fiers représentants.
Et pourtant j’ai continué ma route. J’ai croisé rapidement un nouvel ami. Alcool qu’il s’appelait. Un brave type qui m’a aidé à
oublier pendant quelque temps. Mais très vite après l’avoir quitté, j’ai connu Dépression. Moins chouette. Plus triste.
Pourtant on est resté longtemps ensemble.
Je me sentais tellement seule. J’avais tellement peur. Et je pleurais, tellement souvent. Et chaque jour, je détestais un peu plus
Leucémie. Je n’avançais plus sur ma route désormais. Soit je reculais, soit je prenais de mauvaises décisions, comme par
exemple, emprunter ces ruelles sombres où j’avais croisé Alcool et Dépression.
J’étais redevenue moi, petite, seule et abandonnée.
Tu te souviens quand il y avait toi et moi ? Dis, où que tu sois, tu te souviens de ce que l’on était ? Toi et moi contre la terre
entière.
Une journée, j’étais restée collée à Dépression. Je lui parlais de toi, tu me manquais et je n’arrivais plus à avancer sur mon
chemin. Alors il m’a présenté quelqu’un. Il m’a dit : « Tu n’es pas obligée de le suivre, mais réfléchis bien. Après tu ne pourras
plus faire marche arrière. »
J’ai donc rencontré Suicide. Il m’a proposé de l’accompagner. Sa route était belle, très tentante. J’avais même une chance de
te retrouver ! Mais pardonne-moi, je ne l’ai pas suivi. Il me faisait un peu trop peur.
Alors j’ai dit au revoir à Dépression et je me suis remis en route sur mon chemin. Je n’ai plus la force de dire « notre ». Et j’ai
décidé d’aller jusqu’au bout. Parce que je suis sûre qu’au bout de cette route, tu m’attends. Alors ne t’inquiète pas mon
amour, j’arrive. En marchant, courant, volant même ! J’arrive. Pour qu’on puisse enfin arrêter de marcher. Pour qu’on puisse
s’asseoir et se donner la main. Et collée contre toi, respirant ton parfum si particulier, tu me diras :
« Toi et moi contre la terre entière. Tu vois, on aura quand même réussi à se retrouver. Après tout, ça ne nous aura pris
qu’une vie. On a maintenant l’éternité pour redevenir nous.
Toi et moi. Nous. Tu vois je me souviens. Je dirais même que je n’ai rien oublié. »

Texte de EM²A :

Passion, de son étymologie latine patior, pati, signifie la souffrance et le supplice.
La passion est ce que l’on apprécie, adore, aime au plus profond de notre être. Lorsque celle-ci se concrétise, on est dans un monde à part, dans notre bulle, et plus rien autour ne compte. Tout comme l’amour, la passion nous pousse à la folie. Une folie douce et légère qui nous fait revivre les moments d’allégresse tant aimés et tant désirés, que l’on souhaite se réapproprier, afin de se sentir exister.
C’est là le maître mot de la passion : l’existence. La passion nous fait revivre, ressentir des émotions auparavant inconnues et que l’on ne peut nommer. Dans la recherche du désir, l’Homme souhaite donc réitérer cette activité afin de découvrir de nouveaux sens. Pris dans un tourbillon de recherche du plaisir, il se laisse enivrer par cette activité passionnelle ; comme tiré par un être invisible, qui souhaite l’attirer dans les profondeurs de la folie. La passion extrême n’est pas synonyme de raison et d’équilibre. L’Homme peut s’y perdre, y laisser sa raison d’être et toute sa tête.
« Toute passion et toute action s’accompagne logiquement de plaisir ou de peine », Aristote.
La passion est comme l’amour, elle est bipolaire. Soit on goute à une ivresse qui semble irréelle, soit on entre dans une phase de dépression.
L’adage annonce qu’entre l’amour et la haine il n’y a qu’un pas, il en est de même pour la passion.
« Il vaut mieux se perdre dans sa passion que de perdre sa passion », Augustin d’Hippone
La passion nous pousse à faire le meilleur de nous-même dans telle activité mais elle est perverse et dévastatrice. Si le but recherché n’est pas atteint, l’Homme se braque, s’énerve et transforme involontairement sa passion en dégoût voire en haine.
C’est un sentiment démesuré, passant d’un pôle à un autre sans difficulté mais en entraînant une souffrance extrême. Si la passion est rompue, l’être est perdu, noyé dans l’incompréhension et dans la détresse ; cherchant une main pour l’aider, le tirer vers le haut et non continuer de creuser son désespoir.
« Si je laissais la passion pénétrer dans mon corps, la douleur viendrait rapidement à sa suite », Michel Houellebecq.
La passion devient alors synonyme de rage et de désespoir. Il faut alors comprendre pourquoi cette source de passion nous dévaste, nous rend si faibles et désespérés. Il n’y a pas de juste milieu, ni de sagesse, simplement un désir d’assouvir cette passion. Elle procure un sentiment de bien-être et de joyeuseté ; en contrepartie, une fois brisée, elle apporte un dégoût à l’Homme, un dégoût tel qu’il en vient à se répugner lui-même et sombrer.
L’espoir fait vivre, malheureusement il ne faut pas oublier son supplémentaire : le désespoir fait mourir…

Texte de Gabodge :

Un instant à Florence

Sur le pas de la porte, elle sentie la chaleur de l’air, l’étouffante atmosphère florentine du soir. Elle décida de rentrer à pied, malgré l’heure. Aujourd’hui, elle se sentait la force pour cet exercice revigorant. Elle tourna à droite et pris la via Mazzini, puis longea les pavés de la via Stella. Elle écoutait les rires des bambini qui courraient les rues, les genoux rougis et les joues sales. L’un d’eux s’arrêta, et doucement, ramassa un gant au sol. Les yeux tout écarquillés du garçon se posèrent sur elle, et timidement, il le lui tendit. Elle le remercia d’un grand sourire, ce qui faisait délicieusement plisser les rides aux coins des yeux. Le bambin parti, elle reprit tranquillement sa route. Un gant… cela lui rappelait ses 17 ans. Comme si c’était hier. Il s’était inscrit au cours de couture, dans le seul but d’attirer son attention. Ce fût chose aisée. A l’examen, il réussit à coudre deux gants, certes, mais tous deux pour une main gauche. En remontant l’allée du marché, elle riait en repensant à ces jours lointains.

Devant l’église S Anastasia, elle fit une pause, un peu essoufflée. Quelle idée de rentrer à pied. Les souvenirs reviennent alors au gallot, et se bousculent. Elle admira les vitraux d’où émanait une drôle de lumière. Qu’il était beau dans son costume. Il ne le portait que pour les grandes soirées. Il n’en avait qu’un. Même s’il jouait de sa popularité auprès des filles, il n’avait pas un sou à l’époque. Elle s’assit sur un banc recouvert de mousse. Il était toujours aussi beau. Les sillons qui creusaient son visage rappelaient chaque détail de leurs soixante années de mariage. Certains s’étonnaient de cette tendresse passionnée qu’ils éprouvaient encore l’un pour l’autre. D’autre l’admiraient. Elle, elle n’y songeait pas souvent, finalement. Ils étaient devenus bien âgés. Leurs corps informent ne leur permettaient plus de finir une balade sans se sentir défaillir.

Elle s’arracha à l’allégresse de la foule, trop épuisante pour une octogénaire, et elle s’éloigna. Dieu avait fait un bien beau cadeau aux italiens : une grande imagination, et ce pour qu’ils ne voient pas le monde comme il était, mais comme il eussent aimé qu’il fût. Les larmes aux yeux, elle revivait la soirée de leur première étreinte. Tout le long de la fête, elle n’avait cessé de s’assoir sur ses genoux, pour montrer à toutes les jeunes filles présentes, qu’il était sous son emprise. Tard dans la nuit, quand l’air devenait davantage respirable, ils s’étaient promenés côte à côte. Enchanteresse, avait-il dit. Et il l’avait embrassé, tous deux émerveillés par ces émotions nouvelles. Elle gagna la piazza de Celestino, et s’engagea sur la costa S Giorgio. Sa main droite tremblait légèrement. Que cela pouvait l’agacer. Il ne valait mieux pas y penser. Elle levait les yeux et n’entendait rien perdre des détails architecturaux qui rendait la ville de Florence si prestigieuse. Lui aussi il aimait cet endroit. Avaient-ils tant de goûts en commun ? Oh non, se dit elle, esquissant un sourire. Il aimait à la contrarier sur un point, il cultivait une aversion toute particulière pour les plantes. Seules quelques-unes avaient pu s’épanouir sous la véranda, échappant aux scènes de ménage répétitives à ce sujet. Continuant sa route, elle salua d’un hochement de tête de vieil Angelo, encore plus âgé qu’elle.

Sa promenade s’achevait via Cosseria, où elle décida d’oublier sa nostalgie et se perdit dans les captivants problèmes qu’offrait sa perspicacité de gourmet. Les fragrances d’ail et de poisson n’avaient aucun secret pour elle. Elle reconnaissait la douce odeur du risotto cuisiné par l’homme dont elle était éprise. Elle avait d’ailleurs tout de suite distingué l’odeur lourde et entêtante que dégage le poivron cuit à l’étouffé. Seul un parfum lui échappait, elle en était confuse. Cependant, cela n’enlevait rien à l’enchantement de l’odorat qu’elle vivait au quotidien, aux côtés d’un mari cuisinier. Le plaisir de déguster de bons plats ne passe jamais. « Mia Cara, te voilà », murmura-t-il lorsqu’elle se montra dans l’encadrement de la porte. Il la contempla un instant, puis la serre dans ses bras, un énorme bouquet de coquelicots à la main.

« L’amour est une passion qui enivre et qui fait oublier tout ce qui n’est pas elle. » CJB Bonnin

Texte de MadWill :

PASSION

La Passion… La Passion, cette douce folie qui amène l’homme à n’être que chose sentimentale et destructrice. La Passion comme moteur de la mort de la raison, la passion comme arme contre les autres mais aussi comme moyen pour s’accomplir. La mienne, c’est l’écriture. Bonjour. J’écris, pour m’exprimer oui, mais surtout me délivrer de cette peur existentielle qui m’envahit à chaque moment difficile de ma vie. Écrire, ce n’est pas simplement jeter des mots sur le papier. Écrire, c’est réfléchir au présent, au futur comme au passé. Réfléchir sur des questions personnelles, philosophiques ou tout simplement sur des thèmes de la vie quotidienne. Réfléchir, en fait, à n’importe quel sujet qui me traverse l’esprit. C’est aussi parler avec moi-même, trouver des explications, faire jaillir mon inconscient sur la page blanche de mon ordinateur pour enfin savoir ce que cette partie si mystérieuse de moi-même pense.

La Passion est souvent synonyme de mort ou de déraison, mais elle me permet au contraire de vivre. Elle prend bien des formes, du génie à la folie en passant par l’amour. Elle peut n’être que rage destructrice si elle fait face à une force contraire mais peut également être un levier formidable engendrant une force qui n’est en nul point comparable aux autres. Car c’est bien de passion dont je parle : en amour, elle peut permettre d’avoir la force de faire des exploits pour l’autre, en écriture, elle donne l’envie de créer de jolis textes, d’écrire de belles choses dans cette langue magnifique qu’est mon français natal.

Bien sûr, je ne peux parler que de mes passions, passées ou présentes. J’ai commis des erreurs dans le passé, poussé par une envie fulgurante et passionnée, envie qui m’a dépassé et perdu. Seules les affaires du domaine de l’émotion, liées au cœur, peuvent être qualifiées de passion car elles vont souvent à l’encontre de ce que dit la raison. La définition même de la passion, à mon avis, réside dans cette confrontation entre le cœur et le cerveau, fidèle représentant de notre raison, qui réfléchit et analyse l’environnement, nos interactions avec les autres et finalement, notre propre personne. La passion ne fait jamais que détruire cette alliance avec cette partie de nous-même qui n’a de cesse d’être critique envers autrui. Cette division de l’être n’induit qu’erreur et folie, mais est parfois à l’origine de grandes œuvres. Chacun, à travers ses sentiments, se divise d’abord soi-même avant de diviser l’autre. Mais la plus forte, la plus redoutable alliance qui puisse être pour un être humain arrive lorsque la passion, c’est-à-dire le cœur et la raison s’accordent sur un sujet. Il en résulte une volonté sans faille qui doit désormais faire face à autrui. Une nouvelle épreuve pour cette alliance d’un être passionnée avec lui-même. La confrontation avec les autres stimule l’être grâce à l’échange et la communication. De nouveaux éléments, sur la concrétisation de l’objet source d’accord apparaissent et permettent son développement. Cette passion-là est pour le moins positive et se retrouve à l’origine de tout ce qu’il y a de plus beau sur notre planète.

Mais malheureusement, d’autres formes de passions existent. Des passions plus sombres, des passions plus violentes, qui font souffrir à la fois l’être qui les intègre et ceux qui l’entourent. Elle part bien souvent de la précédente forme, brillant de mille feux, rayonnant sur le monde et partageant la joie qu’elle procure. Mais un événement du quotidien, une pensée, une réflexion sont autant de petits éléments qui peuvent créer une ombre qui se transformera en crépuscule à mesure que la prise de conscience avance. Cette faille de la « passion joyeuse » est intrinsèque et se cache partout, quel que soit le domaine dans lequel la passion s’exprime. Une passion est une force de par son côté motivant, mais peut aboutir à une haine profonde, à une rage des plus dangereuses pour l’Autre. Cette passion devient alors une arme mortelle et engagée dans un but qu’elle n’avait pas avant. Elle se combine alors à la pulsion, qu’il faut impérativement évacuer. Et tous les moyens sont bons puisque les pulsions sont par définition, incontrôlables. De la violence cachée du sport à la concrétisation mortelle, il existe de

nombreux barreaux sur l’échelle de la catharsis. Tous ne sont pas égaux en efficacité. Le théâtre et le cinéma, comme les jeux-vidéos, vident la tête mais ne font que remettre à plus tard la recherche salvatrice d’une réponse à ces pulsions. Le sport fait que l’on se sent mieux, nous relaxe tout en nous fatigant. Mais par la suite la réflexion est bien plus efficace, bien plus concentrée et en fait, bien plus constructive. Le sport comme solution à la « passion noire », aux pulsions qu’elle engendre. La boxe canalise la violence brute par exemple, alors que la course à pied canalise la pulsion en faisant appel à une violence mentale.

Alors, le sport est-il le moyen ultime réunissant les parties contraires d’un même être, réussit-il à canaliser les pulsions ? Sans doute… Mais à mon humble avis, la musique répond bien plus aux attentes. Elle s’adresse en effet directement aux émotions tout en faisant appel à la réflexion, entre la mélodie et les paroles. La musique prend les émotions et les amplifie si bien qu’elles débordent de l’être en terrassant l’auditeur. Elle prend ses émotions les plus extrêmes pour ne lui rendre que les plus douces, les plus bénéfiques. Bien sûr, chacun a sa propre musique, il existe un nombre incroyable de genres différents et l’effet décrit précédemment ne fonctionne pas de manière systématique avec tous les styles ni avec toutes les personnalités. Il intègre beaucoup de paramètres différents, allant de la personnalité intrinsèque de l’être à la composition et aux paroles elles-mêmes. La musique, apparemment inutile – après tout, que produit-elle de concret ? – est en réalité essentielle à notre développement, à notre équilibre mental. La musique rassure, la musique nous grandit dans nos émotions. La musique nous aide au quotidien à surmonter les problèmes. Elle peut même être utile à la création dans d’autres domaines, par exemple en favorisant la concentration – les étudiants savent de quoi je parle.

C’est pourquoi l’on doit tant aux passionnés de ce domaine, que j’admire profondément. Les musiciens partagent leur passion de la meilleure façon qui soit : une passion, qui allie coeur et raison et communique une émotion à autrui. Cette passion rassemble bien plus que les autres ne le font : non seulement les passionnés d’un style se rassemblent entre eux, ce qui peut sembler normal, mais en plus leur musique est un pont vers ceux qui ne sont pas nécessairement passionnés par ce domaine. Elle convertit plus rapidement que les religions et aujourd’hui, elle est bénéfique dans ce monde où tout va toujours plus rapidement, dans ce monde en ébullition, où les messages arrivent de partout, par milliers, en permanence. La musique unit en créant une bulle protectrice qui nous isole du reste du monde, au moins pendant un petit moment.

La Passion prend des formes diverses et variées, ses conséquences sont innombrables et touchent tous les domaines. Elle a permis les plus grandes découvertes, a été à l’origine de bien des innovations utiles à l’Homme, à la société et à notre planète. Mais la Passion comporte un danger intrinsèque, la pulsion. Et c’est la raison qui nous pousse à l’utiliser pour en faire quelque chose de constructif. La musique reste un moyen efficace pour lutter contre les pulsions. Mais attention, Passion et Pulsion sont des moteurs qui peuvent être destructeurs mais qui ne vont pas nécessairement de pair. La passion raisonnée résiste à la pulsion, qui se canalise de plusieurs manières différentes, grâce à la musique ou au sport notamment. Vive les passionnés, qui font avancer le monde tout en lui permettant d’aller mieux. Vive la Passion, et vive la musique salvatrice…

Texte de Maya :

Passion

L’objet de toutes mes attentions est carré. Ou rond selon les saisons. Il se teinte de bleu, de jaune ou d’ambré, grossit, rétrécit, au gré de ses envies.
Parfois il se laisse approcher, souvent il reste caché, regarde le monde depuis là où il est.
Quand j’essaie de l’attraper, il s’enfuit. Et quand j’y parviens, comme du sable il se délite et glisse entre mes doigts. Quelle sensation extraordinaire ! Que donnerais-je pour ressentir ça une nouvelle fois !
Il est toutefois très attachant, presque séduisant parfois, il se joue de tout et de moi.
Mais je sais que jamais il ne me quittera, qu’il sera toujours auprès de moi quoi que je fasse, où que j’aille, qui que je devienne. Et je resterai moi, car il sera là. Et qu’il est une partie de moi, et que je donne tout pour lui.
Voilà ce qui m’anime dans la vie, ce qui me meut, ce dont je ris. Je ris de moi et de lui, je lui tends la main quand il me le dit, je ne vis que pour ça, que pour lui.
S’il veut devenir vert aujourd’hui, je lui donnerai tout le vert de mon cœur et de mon âme pour qu’il en soit empli. S’il change d’avis et qu’il opte pour le gris, qu’il en soit ainsi !
Et moi dans tout ça, qui suis-je ? Une partie de lui, et pourtant je vis. Mais je mets ma vie au service de ses envies, et si un jour il me le dit, j’offrirai ce qui me reste de forces et de vie pour sa vie à lui.

Texte de PV :

Si par hasard, tu me lis

La vie est une histoire d’arrachement. Elle apparaît en nous arrachant du ventre de notre mère. Elle nous apprend à vivre avec le manque, et nous dérobe ceux que nous aimons. Elle disparaît enfin dans le même fracas et nous arrache à nos proches. La passion nous permet de recoller les morceaux et d’oublier cette fatalité. Une force ineffable, comparable au vent qui plie les arbres, au grondement du tonnerre au loin. La passion vit en nous – dans nos pensées et nos actes – de façon paradoxale. Elle nous fait souffrir ou aimer, nous lie ou nous déchire.

Elle se nourrit des éclats de rire de la personne aimée, de ses mouvements et de ses mots. J’écris ces lignes pour essayer de la décrire, mais elle m’enveloppe peu à peu d’une ombre transparente qui trouble l’idée que je peux avoir d’elle. En réalité, voilà peut-être l’essence même de la passion : elle se vit mais ne s’explique pas. Nous l’observons, nous la fuyons ou nous la vivons, mais nous ne devons pas la décrire.

La passion est mobile mais s’inscrit considérablement dans le regard. Regardons-nous ! J’aime le regard de celle ou celui que nous retrouvons après des mois d’absence. J’aimais tant ton regard que je n’ai jamais su interpréter…

Texte de R.K. :

mon cœur distrait toute pensée

fait de ma folie

sa plus grande œuvre

mon monde redessine

sa gravité

autour de la courbe de tes lèvres

la violence de mes amours

nourrit et détruit

tes espoirs et ma vie

mon corps réclame une ile déserte

un calme glaçant

des retrouvailles

mais tu transperces

amour et raison

et tu embrases

cœur monde et corps.

Texte de Savinien :

Réflexion sur la passion

Il est assez incroyable de constater que lorsqu’on entend le mot « passion », la première chose que cela évoque en général est l’amour tendre, torride et tumultueux. La passion est souvent réduite dans l’imaginaire collectif à la fougue de la jeunesse – comble du glamour –, à cet emportement qui rend notre vie passionnante. Pourtant, l’étymologie raconte une autre histoire : la passion, c’est avant tout la souffrance. Et les exemples de passions malheureuses ne manquent pas vraiment.

Roméo et Juliette ? Le comble de la passion, me direz-vous. Mais pour rappel, Roméo se tue en croyant Juliette morte, et Juliette à son réveil se tue en voyant Roméo mort. Ou peut-être est-ce l’inverse, pour ce que cela change à l’absurdité du dénouement …

Cyrano de Bergerac, bel exemple de victime d’une passion interdite, se met sans cesse en danger pendant la guerre pour aller poster à Roxane des lettres qu’il ne peut même pas signer de son nom. Cyrano qui, lorsque le séduisant compère qui lui sert de masque décède, renonce pour toujours à exprimer ses sentiments et les étouffe pendant des années.

Les Hauts de Hurlevent ? Les passions n’ont même pas le bon goût de s’y revêtir entièrement des apparats de l’amour ; le roman est sombre, elles y sont essentiellement vengeresses.

Une dernière preuve si besoin est que le mot « passion » ne renvoie pas (uniquement) à d’extraordinaires histoires d’amour mais aussi à la douleur : « la Passion du Christ », c’est le récit des derniers jours de sa vie, depuis son arrestation jusqu’à son exécution en vue de racheter l’humanité. Et entre-temps, il n’a pas vraiment eu le loisir de faire des folies avec Marie-Madeleine. La passion au sens biblique du terme, c’est donc accepter la souffrance suprême qu’est la mort … par amour pour autrui. Est-ce là qu’il faut chercher le lien entre ces deux définitions a priori opposées, entre la passion passionnée et la passion qui suscite la compassion ?

Dans la religion chrétienne, Jésus aurait accepté de mourir pour sauver les Hommes. Quel rapport avec une banale histoire d’amour, quel rapport même avec la passion qu’on peut vouer à un sujet, à une activité, à une cause ?

Ce point commun, c’est la priorité donnée à une entité autre sur notre propre bien-être, sur notre personne, sur notre petitesse. Par ce sacrifice, l’humain s’élève subitement à une hauteur supérieure. C’est cela – la passion élève. Elle élève lorsqu’on se dévoue corps et âme à un objectif qui nous dépasse, lorsqu’on s’engage totalement et entièrement dans un combat, lorsqu’on se laisse guider par une force extérieure. Elle élève l’amoureux transi qui en acceptant un « On peut parler ? » interrogatif accepte sa conséquence potentielle, le « Il faut qu’on parle. » impératif. Elle l’élève d’autant plus qu’il sait que plus il goûtera à la plénitude des cimes sentimentales, plus la chute risquera d’être violente. Elle élève encore lorsque l’on met ses intérêts de côté pour satisfaire ceux d’un être aimé ou d’une cause supérieure.

La passion mêle en un même mouvement les hauts et les bas, l’euphorie et le désespoir, la plénitude et la souffrance ; mais toujours la passion, dans tous les sens du terme, nous rend plus grands, plus forts, plus nobles. Etre passionné, c’est finalement croire que lorsqu’on cesse de vouloir mourir d’amour (pour une personne comme pour une cause) alors la vie cesse de valoir la peine d’être vécue. Est-ce réellement un mal, dans un monde de plus en plus indifférent à tout ?

Texte de Skaikru :

L’ambiance était parfaite. Un mélange de musique, de rires et d’alcools semblait dire à cette journée de printemps qu’elle était là pour durer. J’allais le coeur léger au milieu de la foule. Le vent faisait voltiger mes cheveux, le soleil était comme un invité de marque après ces longues semaines de pluie.

La nuit tombait. Et je l’ai vu. Et la nuit s’est embrasée.

Elle était stupéfiante. Bien-sûr que je la connaissais, bien-sûr que j’avais déjà remarqué ses traits parfaits et ses lèvres couleur coquelicot. Mais à cet instant, à cet instant précis, c’était comme ouvrir les yeux sous l’eau et distinguer tout de même chaque détail. Quelle douce apparition pour moi, pauvre mortelle. Eussé-je montré ma stupéfaction, je serais tombée en extase à genoux sans pouvoir rien faire.

Ressaisis-toi

Je pensais connaître le feu de la passion, mais jamais je n’avais eu cette impression de plénitude totale, pourtant si exaltée. Et je jure que par deux fois en une vie je ne pourrais trembler aussi fort. Puis l’angoisse de l’inconnu

Qu’est ce qu’il m’arrive ?

J’en avais lu, des histoires d’amour, des lignes passionnées. J’avais ressenti tout ça ! Mais cette fois-ci, mes battements de coeur n’accéléraient pas. Le rouge ne me montait pas aux joues, je n’ai pas eu chaud, puis froid. Le sol était toujours bien là sous mes pieds. Je suis restée sans voix, ébahie, éblouie. C’était une soirée hors du temps, hors de celle que je pensais être et avais toujours été. Quelque chose était différent, sans que je sache quoi. Quelque chose avait changé sans crier gare. Ce n’était pas de la joie, c’était un shot de douleur béate. Une plaie béante qui laissait entrer en moi des émotions insoupçonnées. Et, je me rappelle quand plus tard j’ai réussi à trouver des mots assez puissants pour décrire cette douceur mélancolique, seule cette phrase m’est venue :

« Je ne sais plus qui je suis, ce que je suis, parce qu’à chaque fois que je la vois, j’ai envie de pleurer tant elle est belle.»

Texte de « EOLE » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Texte de « EOLE » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

 Le jour où Dieu cessa de pardonner

 

Il est des plaisirs orgiaques et des jouissances abusives qui ne durent pas.
Le silence règne en maître sur les toits de cette auguste cité. Ce royaume, dont la puissance et la gloire étaient autrefois comparables au soleil, n’est désormais plus qu’un décor silencieux. Les justes qui y travaillaient au service de l’Eternel et au bénéfice d’un progrès moral universel ont perdu leur légitimité et furent chassés. La race bénie de l’Eternel n’a dorénavant plus le droit de siéger sur les trônes au côté de son Créateur.
Vidé de ses troubles, ce désert céleste se revêt aujourd’hui de débauche. Le fruit de la vigne pourrit sur son pampre, les arbres comestibles ont désormais le goût amer de l’apostasie et le tronc de l’arbre de la connaissance, qui apportait jadis à toute conscience morale le jugement du bien et du mal, est maintenant creux.
Quelles audaces ont ourdi une telle catastrophe ?
L’obscurantisme et les guerres, la cupidité et la violence, le maquillage de la vérité et la haine de l’autre.
Le jour où Dieu cessa de pardonner, le paradis devint vide.
Eole
Texte de « AVF » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Texte de « AVF » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Devinez, qui voilà ! Absence de matière ou excès de faux-semblants ? Quoi qu’il en soit, la vidéo gag a assez duré. Videz vos poches, et faîtes le plein d’humilité. Faire le vide intérieur, pourquoi pas, mais tourner dans le vide, je n’y crois pas. Débat vide de sens, ça c’est certain. Envie de quitter la France, allez-y un par un. Tu n’es pas venu(e) pour souffrir, ok, l’espoir est roi. Le client ? Peut-être pas. Pour l’étourdir, nul besoin de se cacher, il avance les yeux fermés. Mais pour se comparer aux autres c’est une autre affaire, il les lui faut grands ouverts. Les vis-ma-vie-de, j’en suis las, utilité proche de celle d’un vide ananas. Zappeurs compulsifs, tous les mêmes et y en a marre, arrêtez ce tintamarre. Le silence est d’or, encore plus aujourd’hui, un effort. Mais l’absence de sons n’exclut pas toute signification. Vide de paroles mais pas dénué de sens, ou quand l’être se détache de son apparence. Vide-ordures ou télé-réalité, et si le recyclage ne s’arrêtait pas aux émissions TV. Avoir un passage à vide c’est une chose, mais ne réduisons pas les filles au rose. Commençons par un vide sanitaire, mais restons terre-à-terre. Adieu les bactéries, adieu les soucis ? Faut-il encore identifier l’essence de leur prolifération, pour ne pas lutter en vain comme des cons. Les migrants sont tes amis, mais un like sur Facebook n’a pas suffi. Tu préfères une vie de chien ou une envie de rien ? En route pour le vide intersidéral, j’espère que tu as fait le plein.

avf
Texte de « DEAN MORIARTY » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Texte de « DEAN MORIARTY » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Les notes s’entremêlent quand ses doigts se cassent sur le piano et j’aperçois ses poignets se

tourner brusquement
Comme s’il essayait de rattraper une note comme on rattrape quelque chose qui nous
échappe des mains.
Mais le son s’exhale, indiscipliné, cacophonie indolore dont l’écho est dépourvu de
quelconques sentiments.
Et j’aimerais ressentir ces notes qui me prennent le cœur, qui arrêtent le temps, qui rendent
tout si soudain,
J’aimerais que tu joues sans t’arrêter pour qu’enfin je sente mon souffle se couper, mes
pensées se voiler, le décor s’obscurcir, mon ventre se serrer et que je ressente le poids, le
poids du vide.

 

Applique-­?toi, redresse-­?toi, courbe tes mains et caresse les notes, effleure le Do mais écrase
le La, une dualité si subtile vous direz,
Mais indispensable pour que les notes s’imprègnent des lieux et créent cette atmosphère
particulière où on peut s’abandonner,
Et pour que le creux s’installe, cette profondeur insondable qui permet de s’évader l’espace
de quelques mesures.
C’est le souffle de la main qui crée cet espace entre chaque note, si séduisant, un silence à
contre temps, une infime brisure
Qui écorche, oui, mais libère de cette obsession du bonheur, de ce cercle vicieux qui nous
pousse à courir en rond autour d’un questionnement continuel. Et si la réponse au bonheur
était cet espace, cet espace vide ?

 

Car là on tâtonne, on se lasse, on court sans jamais ralentir, on tourne sans jamais s’arrêter
et chaque jour qui passe on a l’impression qu’à tout moment on peut se prendre un mur.
Plus on cherche à être heureux, plus on y pense et moins on l’est, nourris par cette
impression frustrante d’être incomplet.
Comment être sûr de faire le bon choix, celui qui mène au bonheur, celui qui fait que le
tumulte de nos pensées se transforme en murmure ?
La valse des notes, cette virgule qui sépare les sens, s’abandonne alors à la tâche d’étreindre
ce creux dans nos ventres, si douce vacuité.

 

Du haut de ses subtiles sonorités, désireux de s’élargir, ce vide nous élève vers la réponse à
cette quête sans fin,
Il libère des préoccupations qui gangrènent l’esprit et, même si dans ce grand rien on croirait
se noyer, on arrive finalement à respirer.
Une question se dessine alors sur les notes blanches et noires, comment sait-­?on qu’on est
heureux ? Comment en être certain ?
Quand le pied bat l’air, que la main caresse les touches et que le silence relie les sens, la
vacuité de l’instant frappe alors l’inconscient. Le vide rend heureux car, sans miroir, il suffit
tout simplement, juste l’espace d’un instant, qu’on oublie de se poser la question.

 

Dean Moriarty
Texte de « VIDE CHIEN » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Texte de « VIDE CHIEN » – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Le vide

Ça faisait surement des mois que j’y vivais. Combien je n’en sais trop rien, le temps fuit dès qu’on y met un pied. Mon cancer m’avait imposé un nouveau cadre, blanc et stérilisé. L’hôpital était devenu mon quotidien, mon repère, mon entourage. Et là-bas plus l’on est cassé, plus l’on nous aime. Moi ça tombait bien j’étais devenue chauve et déprimée. Alors au moins à l’hôpital on m’aimait bien.
Mes journées se ressemblaient excessivement. J’appelais l’infirmière à mon réveil, davantage pour sa compagnie que pour m’aider à avaler la pilule. Car à défaut d’être en bonne santé, j’avais le temps. Le temps de me réfugier dans la littérature et d’oublier mes maux. Il y avait aussi quelques personnes à qui j’aimais parler à l’hôpital. Des copains de fortune avec qui je pouvais refaire le monde faute de retrouver le mien. Je n’étais ni heureuse ni malheureuse. Je vivais, et c’était tout. Mais j’avais peur que tout s’arrête, peur de disparaître.
Ça faisait surement des mois que j’y vivais. Combien je n’en sais trop rien, le temps fuit dès qu’on y met un pied. Et un beau jour j’ai eu le malheur de guérir. Pendant des mois j’avais ressenti la peur du vide. Maintenant il était temps de vivre ma peur. C’était paradoxale, je l’avais toujours associé à la mort.
Ça faisait surement des mois que j’y vivais. Combien je n’en sais trop rien, le temps fuit dès qu’on y met un pied. Et derrière lui, le vide.
Vide chien
Texte de « L.V.B. » – Lettre à mon Elise – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Texte de « L.V.B. » – Lettre à mon Elise – Concours de la meilleure plume TBS 2017

Blanc sali et sols oranges, grands couloirs et ascenseurs. Baies vitrées donnant sur l’extérieur, extérieur qui t’est interdit, pour ton bien, pour le leur. Sur la couverture d’or et d’argent, ton radeau de survie, tu reposes, si frêle dans cet immense lit. L’ombre de la longue perche inerte, ta compagne d’existence, filtre à travers les rideaux, cachant la minuscule ouverture qui te sert de fenêtre.

 

Un habitué se tient dans l’encadrement de la porte. Mince et droit, silencieux, presque digne, il nous observe souvent. Il lui arrive de te rendre visite en notre absence.

 

Ces derniers temps pourtant, il est là tous les jours.

 

Il t’a vu me confier que tu te sentais seule, inutile, que tu souhaiterais disparaître parfois.
Il était là ce matin où tu as déclaré que tu voulais rentrer.
Tu refuses de guérir, après tout à quoi bon.

 

Sur ce matelas si large et jonché d’édredons, tes grands cils résignés et ton menton têtu appuient un air boudeur.
Tu le contemples un peu, tu l’évoques à mi- mot.
Il nous effraie secrètement, mais avec les mois vous vous êtes rapprochés. Tu t’es prise d’amitié pour son regard sévère, sa présence un peu austère, l’atmosphère si spéciale qu’il fait planer sur ce petit endroit.
J’admets que même pour moi il devient familier.

 

L’horloge nous a surpris. Les lumières se font rares, la pénombre vacillante forme un curieux contraste avec ton vieux miroir, comme un manège funèbre sur la tenture des murs. Il me faut te quitter.

 

Quand je sors de la pièce, fendant automates blancs et pèlerins sans visages qui s’ignorent volontiers, il reste à mes côtés. Il se place derrière moi, tel un ami discret, promeneur inquiétant, et prend un air étrange entre cynisme et joie.

 

Soudain, il esquisse un sourire, et on comprend pourquoi. C’est mon jour aujourd’hui, je croise un autre cœur, un regard étranger, de ces regards voilés qui puent la solitude et surtout la souffrance.

 

Le passant l’aperçoit. Cet homme, mon suiveur, il le connait aussi. Ses pupilles se glacent. Ses paupières ombragées se tournant furtivement, il baisse lentement le front et passe son chemin.
Un froid poisseux me happe, me fige de l’intérieur, se répand amèrement à l’ensemble de mon corps. Car comme à chaque fois, l‘intrus m’escorte toujours, se rapproche, m’étouffe, envahit mon espace.

 

Dans cet univers immaculé, au milieu de toutes ces lassitudes qui s’étreignent si souvent qu’elles en forment un ballet, il trouve mieux sa place et se fait plus présent.

 

Il m‘inonde les yeux et me donne la nausée.

 

Je sais qu’en ce moment il veille à ton chevet, entre l’ampoule faiblarde et les roses fanées.
S’il te plait petite âme, ne te laisse pas tenter. Je sens la place qu’il prend, et, tous les jours plus fort, qu’il cherche à t’emporter.
Mais tu le connais bien, tu dois lui résister.

 

Cette ombre c’est le vide, et s’il en est qu’il apaise, il peut aussi tuer.
L.V.B.