Top 5 des films sur la dictature

Top 5 des films sur la dictature

Parce qu’une dictature ce n’est pas seulement quand les gens sont communistes ou qu’ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair, et parce que les élections viennent de s’achever, le pôle ciné a concocté un petit classement des meilleurs films mettant en scène une dictature. À gauche comme à droite, des régimes se sont levés partout dans le monde en dirigeant leur pays d’une main de fer avec des méthodes plus ou moins éthiques. Certains cinéastes se sont emparés de ce thème et y ont vu un terreau fertile pour faire naître des œuvres d’une profonde sensibilité et d’une pertinence historique avérée. N’hésitez pas à mettre vos suggestions en commentaires. Nos suggestions : Fahrenheit 451, Z, Brazil, La jeune fille et la Mort, Le Dictateur, La Vague, La Chute, Bunker Palace Hotel, Hitler : La naissance du mal, I comme Icare, Orange Mécanique, etc.

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Top 5 : film de musique classique

Top 5 : film de musique classique

TOP 5 : les plus beaux films sur la musique classique

1- Tous les matins du monde (1991) de Alain Corneau, avec Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle

Incontestablement l’un des plus beaux films français de tous les temps. Adapté du roman de Pascal Quignard il met en scène la vie de Marin Marais à la cour de Louis XIV. Typique de l’époque baroque cette œuvre vous plonge dans l’inconstance du XVIIème siècle, siècle de la guerre de 30 ans, des découvertes scientifiques, une inconstance qui prend forme entre la vie de Marin Marais à Versailles, une vie de faste et de luxe, celle d’un homme au sommet de sa gloire mais tiraillé avec l’admiration qu’il a pour son maître M. de Ste Colombe, janséniste austère, véritable symbole de piété, de simplicité et d’humilité dont la virtuosité semble inspirée par Dieu. « Tous les matins du monde » frappe également par le choix des acteurs, Gérard Depardieu incarnant l’homme vivant dans l’opulence et la célébrité et de l’autre Jean-Pierre Marielle, acteur à la carrière brillante mais bien plus discret, dont la voix caverneuse est l’incarnation parfaite de l’homme pieux, vivant à l’écart des flatteurs de la cour, vouant sa vie à la prière et dont la musique est un hommage au très Haut. Que l’on soit passionné de musique baroque ou pas, ce chef d’œuvre est un incontournable du cinéma français, immortalisant Gérard Depardieu comme un monstre sacré du 7ème Art, intemporel, accompagné des plus brillants partenaires, de Jean-Pierre Marielle à Anne Brochet en passant par feu son fils Guillaume.

Anecdote : Si Gérard Depardieu incarne incarne une bonne partie du film Marin Marais à l’âge adulte, c’est son fils Guillaume qui a été choisi afin de jouer le rôle du célèbre compositeur dans sa jeunesse. Marin Marais devient alors un véritable miroir, celui du père et du fils que Alain Corneau dirige à la perfection, ne reste alors que le Saint-Esprit résidant dans les accords envoûtants interprétés à la viole par Jordi Savall.

2- Le Pianiste (2002) de Roman Polanski, avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann

Si comme disait Lino « J’fais pas du Polanski, ma zik touche pas les petites » le réalisateur franco-polonais a réussi à merveille à nous toucher en portant à l’écran la vie de W?adys?aw Szpilman, musicien juif polonais survivant à l’occupation de Varsovie en se cachant avant d’être finalement découvert par un officier allemand. Ce dernier grand mélomane, vient en aide à W?adys?aw sachant la guerre perdue et bouleversé par la virtuosité de cet artiste, pianiste officielle de la radio polonaise. Auréolé par une pluie de récompenses (Palme d’or au festival de Cannes, Oscars, Césars, etc.) Le Pianiste est bien plus qu’un simple film autobiographique sur la guerre, il est le témoin d’une nation déchirée, humiliée dont seule la musique est un moyen de conservation. Elle est la transcription d’émotions indescriptibles, d’un chagrin profond. Des mélodies de Chopin émanent des pleurs, celle de la Pologne qui souffre, d’une terre souillée par les pires atrocités. Le piano engrange une métamorphose et développe une musique que tout le monde comprend, entend et ressent, est une langue universelle qui traverse les âges et les cultures. Roman Polanski confirme son statut de géant du cinéma mondial, après « La jeune fille et la mort » il nous démontre avec brio que la musique est l’âme d’un film.

Anecdote : Le Pianiste est le premier film à avoir remporté le César du Meilleur Film alors qu’aucun mot en français n’est prononcé dans l’œuvre.

3- Amadeus (1984) de Miloš Forman, avec Tom Hulce, F. Murray Abraham

Il n’y a que Miloš Forman pour pouvoir réaliser un film de 2h30 retraçant la vie de Wolfgang Amadeus Mozart et son ascension à la cour viennoise face au compositeur italien Salieri. « Amadeus » n’a pas vocation à être un résumé du compositeur Salzbourgeois mais plutôt le dessin de la vie d’un véritable prodige, animé d’un génie sans égal qui ridiculisera tous les compositeurs de son époque et restera dans les mémoires comme le plus éminent représentant de la musique dite classique. Forman ne manque pas de parsemer son film des plus belles créations de Mozart venant rythmer le scénario en donnant tout son sens à celui-ci. Plus que les ricanements de Tom Hulce, c’est le jeu de F. Murray Abraham qui marquera les spectateurs, celui du compositeur italien Antonio Salieri, assistant impuissant à la réussite de ce jeune homme impertinent pour qui il ne peut s’empêcher d’éprouver de l’admiration. Là encore la musique est mise en perspective dans une relation avec Dieu, qui pourtant ne récompense pas son ouaille la plus fidèle. Mozart conquiert littéralement le monde, en seulement 35 ans il laisse derrière lui un nombre incalculable de sonates, concertos, symphonies et opéras. Ce film est entré dans la postérité par son univers typique de Forman mais aussi l’image d’une époque, celle de l’empire austro-hongrois véritable brassage de peuples et d’artistes qui connaitra son apogée moins d’un siècle plus tard avec des compositeurs s’inscrivant dans la ligneé du Grand Mozart.

Anecdote : Tom Hulce s’entraînait au piano 4 heures par jour afin de pouvoir jouer le rôle de Mozart.

4- Le roi danse (2000) de Gérard Corbiau, avec Benoît Magimel, Boris Terral

C’est un retour à la cour de Louis XIV que nous effectuons avec « Le roi danse » et plus précisément dans les pas du compositeur italien Jean-Baptiste Lully. Ce dernier suscite bien les jalousies, de par la confiance que le roi lui adresse et surtout ses origines étrangères (impossible de ne pas faire le parallèle avec Amadeus). Fait intéressant, Gérard Corbiau ne se contente pas de traiter la vie à la cour sous le prisme de la musique mais aussi celui de la danse, dont le roi Soleil était un habitué. Entre rivalités, ambition, Lully est aussi amené à composer pour les pièces de Molière dont le roi est friand. Le 17ème siècle est celui des Arts qui florissant à Versailles et viendront pérenniser la réputation du Royaume de France, terre d’asile pour les artistes (peintres, musiciens, sculpteurs, etc.) qui trouvent en la personne de Louis XIV un mécène de choix. Ce film jongle sur ce trio artistique, l’un danse, l’autre joue, le dernier interprète. Entre ces trois personnages nait une complicité qui se délite alors que le roi vieillit, mais que les accords de Lully immortalisent pour que rayonne à jamais le roi soleil. Tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute et Lully en fera la terrible expérience allant jusqu’à perdre tragiquement la vie après avoir contracté la gangrène en frappant son pied alors qu’il battait la mesure, il y a des jours comme ça…
Anecdote : Gérard Corbiau déclare à propos du film : « La musique est l’élément central du film. Elle est l’un des personnages fondamentaux du récit. En interrogeant l’une des composantes du langage cinématographique, la musique, je veux la mettre en avant pour la mettre sur le même plan que la fiction, et faire en sorte que les deux éléments – musique et fiction – puissent s’interpénétrer et fusionner sans que jamais l’un ne souffre de la cohabitation avec l’autre. »
5- La leçon de piano (1993) de Jane Campion, avec Holly Hunter, Harvey Keitel
« La leçon de piano » est une romance narrant la vie d’une jeune écossaise envoyée en Nouvelle-Zélande afin d’épouser un colon britannique vivant sur l’île. Ada est envoyée avec sa fille, issue d’un précédent mariage, et également un piano à la rencontre de son nouveau mari qui la prive bientôt de son instrument fétiche. Ce dernier est récupéré par un homme, qui, fasciné par la jeune femme, tentera de prendre contact avec elle en lui laissant jouer de cet instrument, seul moyen d’expression depuis qu’elle a mystérieusement décidé de ne plus parler. Ada est forcée peu à peu à faire des concessions de plus en plus terribles afin de pouvoir vivre sa passion musicale et ce sous les yeux jaloux de son nouveau mari. Histoire d’amour tragique, « La leçon de piano » est l’incarnation de la musique comme moyen d’évasion, comme une rêverie qui nous extirpe d’un quotidien froid et douloureux. Le piano est un langage pour Ada, qui privée de parole, n’en demeure pas moins désireuse d’exprimer toutes ses émotions, ses tristesses et ses espérances. La jeune femme déracinée trouve dans la musique ce cordon qui la rattache à son passé et sa fille, même à l’autre bout du monde.
Anecdote : Par souci de réalisme, les tatouages que portent le personnage d’Harvey Keitel ont été réalisés par un vrai tatoueur Maori.
Henri Fantin-Latour, Autour du piano
Si le cinéma a souvent mis en avant la musique classique et sa puissance artistique, il en va de même pour la peinture qui a su retranscrire en image la virtuosité des sons. Le pôle Culture a sélectionné ainsi le tableau « Autour du piano » du peintre Henri Fantin Latour réalisé en 1885. Grand habitué des tableaux de groupes, Fantin Latour en a composé plusieurs séries réunissant des artistes en tout genre de son temps (peintres, écrivains). « Autour du piano » rassemble pour sa part plusieurs amis et grands esprits de la deuxième moitié du 19ème siècle autour d’un homme interprétant une œuvre de Wagner. Henri Fantin Latour était en effet passionné par la musique en particulier celle de Wagner en Allemagne et de Berlioz en France. Il traduit ici son admiration pour les compositions pour pinao autour de personnalités diverses comme Emmanuel Chabrier dont l’aisance au piano traduit la puissance de Wagner, mais aussi Edmond Maître, Adolphe Julien (un critique de musique célèbre), Antoine Lascoux ou encore Vincent d’Indy. L’importance et la place des différents personnages est visible de par leur stature, les costumes et haut de forme, cannes, tous semblent absorbés par les mélodies allemandes donnant une harmonie à la scène. Le piano devient la muse de Fantin Latour, qui porté par la sensibilité des notes, exécute une œuvre grandiose, concentré de sobriété et de génie. Le peintre se mêle au musicien, l’un donnant à l’autre tout son sens afin d’accoucher d’une toile remarquable, baignée par une lumière jaunie telle les vieilles pages d’une partition. Dans cette symphonie de couleurs, de formes et de sons, émerge la grandeur d’une époque, d’une France amie des musiciens et à jamais liée au monde de l’Art.
Cinéma vs Séries : un combat déséquilibré ?

Cinéma vs Séries : un combat déséquilibré ?

Le cinéma serait-il en train de sombrer face à l’invasion des séries télévisées ?

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Le constat est aujourd’hui assez clair : force est de constater que les séries TV sont désormais bien plus populaires que le cinéma. Il suffit pour cela d’aller sur les réseaux sociaux et de voir le nombre de publications relatives aux séries, les fans s’empressant à tout prix, à chaque sortie d’épisode, d’essayer de le décrypter afin de prédire le prochain (quitte à inventer des théories plus que douteuses parfois). Certes, me rétorquerez-vous à juste titre, mais on ne parle pas du tout du même format : une série est faite en général d’une dizaine d’épisodes qui font naître chez le spectateur une forme de frustration est d’impatience, ce qu’un film ne peut évidemment pas faire puisqu’il s’agit d’un « one shot » …  Enfin pour la plupart, mais nous y reviendrons plus tard. Quoi qu’il en soit, il est désormais indéniable que le niveau des séries TV (tant au niveau de l’arc narratif, des acteurs, de la créativité ou de l’aspect visuel) n’a plus rien à envier au cinéma. Il y a encore quelques années, le cinéma arrivait toujours à se réinventer pour nous faire rêver (cf Avatar de James Cameron). Aujourd’hui, c’est au tour des séries. L’élève aurait-il dépasser le maître ?

Un peu de recontextualisation si vous le permettez. Tout d’abord, les séries ont presque toujours été un incroyable vivier d’acteurs en devenir que le cinéma s’empressait d’utiliser, parfois jusqu’à leur offrant la possibilité d’embrasser une carrière dont ils n’auraient même pas osé rêver. Ce fut par exemple le cas de Johnny Depp qui fut véritablement découvert dans la série 21 Jump Street en 1987 ou encore George Clooney dont la carrière pris un virage déterminant à la suite d’Urgences au milieu des années 1990. Bref, avant, la carrière du parfait acteur était série TV puis cinéma, et non l’inverse comme on le voit actuellement. En effet, aujourd’hui, on assiste à un attrait toujours plus important des acteurs confirmés vers les séries TV ou du moins pour certains, à un retour aux sources. Tel est le cas par exemple de Dustin Hoffman qui est à présent à l’affiche de la série Les Médicis : Maîtres de Florence, d’Anthony Hopkins dans Westworld ou bien de James Franco que l’on verra prochainement dans The Deuce. Mais que leur arrivent-ils ? Serait-ce à cause de contrats plus juteux que ce format peut leur offrir ? Peut-être. Mais il me semble qu’il faut envisager ce phénomène sous un aspect plus artistique.
Longtemps les séries ont été le rendez-vous hebdomadaire de millions de téléspectateurs heureux de retrouver les mêmes personnages, leurs aventures ou leurs enquêtes, tout cela dans un format laissant à chaque épisode son histoire, sans véritable fil conducteur les reliant ou presque. A présent, Il n’est plus possible de prendre une série en cours de route. Prenons aujourd’hui une série du type True Detective (8 x 60 min) : cela représente huit heures de show, soit l’équivalent de quatre films de deux heures ! Une série représente donc un potentiel énorme. Elle permet de dépasser les limites qu’un film impose et de sortir des sentiers battus des milliers de fois déjà. Les personnages et leur personnalité peuvent être approfondis afin de les rendre plus complexes, plus attachants ou plus détestables. Les scénaristes peuvent se permettre les plus grandes audaces afin de déstabiliser le spectateur un peu plus à chaque rebondissement. Quant à la photographie, elle rivalise désormais avec les plus grands films. Bref, une série est aujourd’hui du cinéma décuplé : tout devient possible. Et dans tous les genres de la fiction. Prenons les séries policières, genre pourtant très borné : True Detective a su briser tous les codes. Et étant donné que les budgets alloués aux séries sont de plus en plus conséquents, elles ont su s’attaquer à l’heroic-fantaisy (genre forcément très coûteux) avec Game of Thrones, à la science-fiction (Westworld), à l’histoire (Vikings, Les Tudors) etc… C’est pour cela qu’aujourd’hui les plus grands noms du cinéma s’invitent dans cet art : Martin Scorsese avec Vinyl, Woody Allen avec Crisis in 6 scenes… Finalement, plus rien ne semble arrêter l’expansion des séries.
Néanmoins, le nouveau souffle des séries TV doit à mon sens être également mis en parallèle avec l’essoufflement que traverse aujourd’hui le cinéma. En effet, le cinéma souffre depuis quelques années d’une profonde crise sans précédent : le manque de créativité. Et son origine est double : l’omniprésence des blockbusters et la multitude de suites, remake, spin-off etc… A l’heure où les films de super-héros se multiplient sur grand écrans, pouvant conduire à une véritable overdose (entre les Captain America, Spider-man, Justice League, Dr Strange et compagnie on arrivera bientôt à un film de super-héros par mois), les principaux studios misent aujourd’hui sur la rentabilité plutôt que sur la créativité. Alors, même si le box-office et les recettes engendrées sont en progression, les créations originales, elles, sont continuellement en baisse. Les films indépendants ou « d’auteurs » ont du mal à s’imposer. Prenons pour exemple l’année 2015 : cinq films ont dépassé le milliard de dollars de recettes, du jamais vu (Jurassic World, Star Wars, Fast and Furious 7, Avengers, Les Minions); aucun n’est cependant novateur. On peut donc aisément comprendre le choix des grandes personnalités hollywoodiennes de se tourner vers un format leur permettant de se confronter à de nouveaux défis, mais également le choix des spectateurs avides de nouveautés et de grands shows.
En définitive, les séries sont aujourd’hui le lieu incontournable de la créativité audiovisuelle. La qualité cinématographique semble s’étioler au profit de ces œuvres télévisuelles longtemps restées au second plan. Je ne suis pas pour autant en train d’annoncer la mort du cinéma, loin de là, mais si la stratégie entreprise par les studios majeurs hollywoodiens continue à promouvoir les blockbusters de super-héros, les remakes, les suites et les spin-offs au détriment de créations originales, alors le septième art a du souci à se faire. Quoi qu’il en soit, tout cela profite aux séries… pour notre plus grand plaisir !
Non La La Land n’est pas une comédie musicale niaise!

Non La La Land n’est pas une comédie musicale niaise!

A l’heure du reworking cinématographique

De nos jours, dans l’industrie hollywoodienne, le vintage a bonne presse. Il est plutôt lucratif de réutiliser des mécanismes du cinéma d’antan en témoignent le succès  de The Artist :version moderne du cinéma muet et maintenant La La Land ou une comédie musicale comme on en voyait plus dans notre cinéma occidental. Je lance un petit pari, prochain grand succès à Hollywood : un film faisant renaître le théâtre de marionnettes ! Mais trêves de  constations et de spéculations, passons plutôt à la critique.

J’attendais ce film  avec la plus grande  impatience faisant confiance à son réalisateur Damien Chazelle qui m’avait littéralement scotché avec son chef d’œuvre Whiplash (2014) et aussi car je ne louperais pour rien au monde un film avec Emma Stone (première page de ma bucket-list : « écrire un scénario pour Emma Stone », mais au-delà de cet objectif de vie, j’aime l’expressivité hors norme de son visage qui fait d’elle une magnifique actrice).
Si la critique est globalement des plus enthousiastes j’avais pourtant senti un scepticisme en France, lisant çà et là des titres  de critiques comme « La La Land, ode merveilleuse à la comédie musicale ou « Gna Gna Land » » (Le Figaro). 
En effet la question se pose face à la simplicité du scénario : une histoire d’amour  entre deux individus un peu paumés dans leurs quêtes respectives de succès à Hollywood, soit un sujet pouvant très facilement donner naissance à un nanar bien niais. Vous me voyez donc arriver avec mes grands sabots, je vais une nouvelle fois vous expliquer pourquoi j’ai adoré La La Land alors que d’autres peuvent sortir des salles obscures en disant « tout cet emballement médiatique pour une simple histoire d’amour, franchement pas si ouf ce film ». Et pourtant…

Une mise en scène réglée comme du papier à musique

Pardonnez-moi la facilité du jeu de mot, mais l’expression n’a jamais été aussi appropriée. Comme Whiplash, La La Land est un film musical de génie. Il est impossible selon moi de faire preuve d’un moment d’inattention car dès la scène d’ouverture, on est embarqué dans une folle farandole pour reprendre les termes de notre Edith nationale. Je m’explique : ce qui est frappant c’est qu’Il n’y pas que les passages chantés qui sont rythmés mais en réalité tout le film suit un « beat » entrainant. Les mouvements de caméra souvent en mode « caméra libre » semblent faire danser le décor et les personnages même quand ils sont immobiles. A d’autres moments des plans séquences géants nous exposent des scènes de danse spectaculaire qui nous donnent presque envie  de nous lancer dans un solo de claquettes. Les pas des personnages même quand ils ne dansent pas suivent un tempo bien précis, les transitions entre les plans et les dialogues ont également une certaine musicalité. Je me suis amusé à plusieurs reprises à battre la pulsation (dans ma tête, toutefois,  pour ne pas me faire virer du cinéma) et j’ai alors été d’autant plus admiratif face au travail réalisé. Quand ce n’est pas la musique qui donne le tempo, c’est l’apparition d’un nouveau personnage, d’un élément de décor ou d’une nouvelle couleur à l’écran qui va « tomber » au bon moment : à chaque battement du métronome. Je vous invite à faire l’expérience chez vous en prenant un métronome, vous verrez ainsi que chaque scène a une rythmique particulière même sans la bande originale du film. Le cut final est un modèle du genre car il tombe avec le timing parfait, au moment où on veut le voir et surtout car l’ultime réplique illustre parfaitement l’idée que je viens de développer. En effet le film s’achève sur Ryan Gosling qui bat la mesure « one two, one two, three four », une manière pour Chazelle de nous dire, « c’est la fin de ma partition  et le début d’une nouvelle que l’on ne verra pas à l’écran ».

La construction d’un univers : la symbolique des couleurs et l’amour de/à Los Angeles

Plusieurs éléments contribuent à créer un univers très plaisant à contempler. D’abord le  film suit un rythme atypique on l’a dit grâce aux séquences chantées et dansées mais aussi aux autre moments où s’impriment un certain tempo. Ensuite chaque plan du film  est selon moi très « photographique ». On retrouve une incroyable finesse  et un sens du détail dans le choix des décors, des costumes et des couleurs. Cette mise en scène accordant une place très importante à chaque détail du décor, car constituant autant de symboles venant enrichir la compréhension du film, m’a rappelé la minutie d’un autre réalisateur : Wes Anderson. Si vous avez aimé la manière dont l’univers de La La Land s’articule, vous aimerez sans doute The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.
Dans l’univers de La La Land  j’ai particulièrement apprécié la manière de filmer la « city of stars » :  Los Angeles  pour laquelle le réalisateur semble vouer une fascination qu’il tente de nous  transmettre. Souvent filmée à l’aube ou de nuit comme pour mieux la transfigurer. Les éléments a priori les moins « sexy » et originaux de la ville sont magnifiés, par exemple les embouteillages et les pool parties de Los Angeles. Par moment la manière de filmer rend aussi hommage aux premiers grands classiques hollywoodiens.

Spoiler alert : je vais dévoiler ici quelques éléments de l’intrigue 

Les couleurs en plus des thèmes au piano de la bande originale vont être de véritables « gimmicks » (soit des  codes couleurs et sonores qui vont se répéter) du film qui vont surgir à des moments savamment déterminés. Je pense notamment à un bleu turquoise qui saute vraiment aux yeux. N’avez-vous pas remarqué les multiples apparitions d’un  bleu très particulier dans de nombreuses scènes se retrouvant sur les tenues de Mia  ou dans des éléments du décor? J’y ai vu une certaine symbolique, pour moi : il évoque l’amour entre Mia et Sebastian et d’ailleurs le bleu sous ses multiples formes est souvent omniprésent dans les scènes introduisant les passages quasi oniriques. On le retrouve partout comme un clin d’œil. J’ai cherché à le repérer tout au long du film et j’ai compris qu’il servait de véritable fil conducteur au récit. Mon hypothèse s’est confirmée à nouveau quand peu avant la scène finale, j’ai retrouvé ce bleu sur la flèche en néon indiquant l’entrée du Seb’s Jazz Club. On peut ici avoir l’interprétation suivante :  Sebastian a choisi pour le code couleur de son jazz bar, une couleur qui lui rappelle Mia comme pour lui rendre hommage (puisque cette couleur est omniprésente dans de nombreuses scènes avec Emma Stone).
Bon il s’agit d’une pure interprétation mais on peut par ailleurs tous convenir que Chazelle est un fétichiste de certaines couleurs et que le mélange de ces dernières tout au long du film produit un très  bel effet esthétique. On gardera tous en tête ces images de robes et costumes multicolores se mariant dans des grandes chorégraphies collectives. Entre la musique, la couleur, les paysages nos pupilles et oreilles sont « impressionnées » (au sens qu’elles reçoivent une multiplicité d’impressions sensorielles), et comme le jeune amoureux (comme Mia et Sebastian) on se retrouve bien vite enivré.  La synesthésie s’opère parfaitement et on se laisse embarquer dans ce « land  de tous les possibles» comme à la lecture de l’invitation au voyage de Baudelaire (grand maître de la création de synesthésie par le langage). En sortant de la salle obscure mes yeux étaient d’ailleurs beaucoup plus sensibles aux lumières de la ville : effet réussi  pour le réalisateur!

Que nous dit cet univers ? Que veut nous faire ressentir le réalisateur ?

Je voulais ici revenir dans un premier temps sur l’intérêt des gimmicks que j’ai évoqués précédemment. Le klaxon délirant de la décapotable de Sebastian  ou encore la couleur turquoise sont des moyens pour le réalisateur de créer des instants de complicité avec les spectateurs car ils annoncent à chaque fois des séquences bien précises du récit qu’un œil attentif peut donc anticiper. Mais aussi,  Chazelle va créer des effets d’écho entre plusieurs scènes par la répétition de ces codes couleurs et sonores. Je pense notamment à deux scènes pour lesquelles l’effet de parallélisme est somptueux. Il s’agit de la scène où Mia entend Sebastian jouer du piano en rentrant par hasard dans un restaurant et de la scène finale où elle se rend sans le savoir au « Seb’s » avec son nouveau compagnon. Chaque fois un élément très précis va précéder (et précipiter ?) ces rencontres fortuites, il s’agit d’un éclairage rouge. Au début du film Mia rentre dans le  restaurant (où Sebastian est employé) comme attirée par la lumière d’un vieux néon rouge.  Plus tard, à la fin du film Mia et son mari se retrouve coincés dans un embouteillage (qui fait écho au premier embouteillage du film), et on a  de  nouveau un néon rouge : celui des feux arrière d’une voiture, qui éclaire le visage d’Emma Stone avant qu’elle ne  sorte de la voiture pour se rendre sans le savoir au Seb’s. Le réalisateur jalonne donc son récit de petites madeleines de Proust. Dans une autre scène, après une dispute ayant donné lieu à une brève séparation  avec Mia, on voit Sebastian, qui  joue le fameux thème qu’il a joué à Mia lors de leur première rencontre entouré de ballons de couleur… bleu turquoise ! Par le  biais des échos et autres madeleines de Proust, Chazelle nous figure la formation et la persistance du sentiment amoureux. Ce dernier  reposant souvent sur des impressions sensorielles multiples : un parfum, une couleur, un lieu qui rappelle l’être aimé dans des circonstances diverses.
Cette figuration de la psychologie amoureuse dans un univers à la frontière de l’onirisme m’a rappelé Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) de Michel Gondry. Il s’agit peut-être d’un ressenti purement personnel mais je trouve que ces deux films donnent à ressentir les mêmes choses : la construction puis la fin d’une histoire d’amour fusionnelle, qui fait naître un fort sentiment de nostalgie et des situations de « déjà vu ».  Ces deux films partagent aussi un aspect surréaliste et je trouve que le couple au centre de l’intrigue du film de Gondry a de mutiples points communs avec le couple Mia/Sebastian (une rencontre hasardeuse, une histoire fusionnelle, des personnages parfois maladroits mais charmants).

Au-delà de la réalisation de génie, un message pas si niais

Certes on est à Hollywood, Mia est une actrice et Sebastian un jazzman donc c’est un contexte culturel particulier pourtant cette histoire relève d’une certaine universalité (chacun peut s’y reconnaître en partie ).
Ce film nous dit en effet quelque chose de la quête d’épanouissement que chacun poursuit à sa manière.  Ce développement personnel passe en grande partie par  la recherche de formes d’amour diverses parfois incompatibles : l’amour de son/sa partenaire, son amour propre, l’amour de ses amis, sa famille. Hollywood cristallise toutes ses tensions et La La Land exploite parfaitement cet environnement. Mia et Sebastian sont des rêveurs, presque des marginaux et tout au long du récit on assiste en quelque sorte à leur passage à l’âge adulte. Ils tentent d’adapter leurs rêves à la réalité, en faisant certains sacrifices. Chazelle nous montre aussi (sans tomber dans gnagnaland) le caractère transcendant du sentiment amoureux. C’est sous l’impulsion de Mia que Sebastian va vraiment lancer sa carrière et c’est Sebastian qui emmènera Mia au casting qui sera décisif pour elle. De plus on n’assiste pas à un happy ending mais à une fin qui sonne très juste, et renforce l’effet de réalisme.
Chacun peut aussi s’identifier aux deux personnages fictifs : Mia et Sebastian. Ils sont tous deux loins d’être l’archétype du couple parfait qu’on trouve dans certaines comédies romantiques  ou encore  loins de l’extrême inverse type « Bridget Jones ».  Encore une fois pas de fausse note dans le dosage de ces éléments! Sebastian a sa maladresse, son klaxon lourdingue, son appartement où les cartons s’empilent, et son allure qui oscille entre celle du parfait gentleman et du gamin tantôt grincheux, tantôt rieur. Mia, c’est une enfant qui peine à grandir, en témoigne la décoration de sa chambre au début du film, pleine de maladresse, de mimiques lui donnant un charme fou mais ne lui permettant pas de décrocher le rôle de ses rêves. Elle est une artiste, qui cherche à être aimée et à faire sa place. Elle  se demande pourquoi elle mène cette vie jusqu’à son ultime casting où on lui demande d’improviser : elle se lance alors dans un monologue très introspectif qui semble agir comme une véritable thérapie pour elle (je fais référence ici à l’histoire de sa tante qu’elle  se met alors à chanter).
Le choix du casting est parfait dans la volonté de nous exposer un couple imparfait et donc réaliste. Bien que Ryan reste beau gosse je rassure ses fans, il s’est aussi beaucoup livré dans ce film. On voit qu’il a un peu vieilli, que certains de ses traits ne sont plus si parfaits mais surtout il n’a pas peur du ridicule.  En effet il m’a fait vraiment sourire dans son rôle du jazzman conservateur et maladroit.  Lorsqu’il joue du piano nonchalamment, haussant les sourcils vers ses partenaires musiciens pour leur faire croire qu’il adore ce qu’il joue alors qu’il s’ennuie fortement il m’a même parfois rappelé Gad Elmaleh jouant de la guitare sur scène.
Emma Stone, n’a pas non plus la perfection des traits d’une mannequin (ce qui ne m’empêche pas de vouloir l’épouser), elle a certaines petites imperfections et maladresses. Elle joue la carte du naturel dans sa démarche et ses gestes.  Les deux acteurs qui livrent une performance folle en matière de danse et de jeux d’acteurs ont aussi fait l’effort de se livrer à l’exercice du chant. Et là encore, le rendu final est des plus charmant mais est loin d’être impeccable. Ainsi chacun peut s’identifier à un des membres de ce couple et peut oser pousser la chansonnette à son tour.
Plus globalement La La Land est l’illustration parfaite d’une conception de notre société qui considère que la vie est un spectacle, et quoi de mieux qu’une comédie musicale emprunte d’un certain réalisme pour figurer ce qu’Erving Goffman appelait déjà en 1959 : la mise en scène de la vie quotidienne.

En somme pas si niaise que cela cette affaire…

NB : on aurait pu également analyser l’aspect référencé du film qui rend à chaque séquence hommage au cinéma hollywoodien  et au genre de la comédie musicale en multipliant les caméos, que je n’ai malheureusement pas pu tous recenser après un seul visionnage du film.

TOP 5 des meilleurs films sur la Première Guerre Mondiale

TOP 5 des meilleurs films sur la Première Guerre Mondiale

Le cinéma de guerre, vous connaissez ? Loin de se résumer au Soldat Ryan et autres blockbusters américains, ce genre est riche d’adaptations en tout genre jalonnant la longue et riche histoire du cinéma. Les TNA ont décidé de se focaliser en particulier sur les films traitant de la 1ère Guerre mondiale. Le mois de décembre 2016 a sonné le glas du centenaire de la bataille de Verdun, un hommage s’impose donc à nos poilus et à ces millions d’hommes sacrifiés à travers l’Europe et le monde dans un conflit d’une brutalité jusque alors inégalée. Laissez-vous guider dans ce classement des plus beaux films sur la Première Guerre Mondiale, la Grande Guerre narrée par le 7ème Art !
Ci-dessous une liste de films pour enrichir votre culture sur la guerre 14-18 :
Les Sentiers de la gloire (S.Kubrick), Joyeux Noël (C.Carion), Cheval de guerre (S.Spielberg), Capitaine Conan (B.Tavernier), À l’Ouest rien de nouveau (L.Milestone), La Vie et rien d’autre (B.Tavernier), Flyboys (T.Bill), Baron Rouge (N.Müllerschön)…
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1- Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet (2004) avec Audrey Tautou, Gaspard Ulliel

Film de guerre sur l’amour ou d’amour sur la guerre ? Toujours est-il que rarement une œuvre n’aura avec autant de sincérité décrit le traumatisme d’un conflit ravageur. Mené par un casting de haut vol, Jean Pierre Jeunet nous emmène tout droit dans les tranchées dans un univers qu’il décrit avec une esthétique qu’il maîtrise à la perfection. Ce film adapté d’un roman de Sébastien Japrisot narre l’histoire d’une jeune femme à la recherche de son amant qui aurait été condamné à mort par l’armée française pour s’être volontairement mutilé afin d’éviter de combattre. La jeune Mathilde part donc dans un périple à travers la France afin de faire la lumière sur les événements tragiques qui ont poussé à envoyer 5 soldats (dont Manech son amant) entre les tranchées françaises et allemandes afin de les punir d’avoir voulu vivre… Car bien que la plupart des gens cherchent à oublier cette triste histoire, Mathilde reste persuadée que quelque chose ne tourne pas rond : tous les condamnés sont-ils morts dans le no man’s land ? Pourquoi la plupart des témoins ne se manifestent ils pas ? Pourquoi certains gradés tentant d’étouffer l’affaire ? Que s’est-il passé entre ces tranchées exactement ce soir-là ? Guidez par un amour inébranlable, une flamme intérieure, la jeune Mathilde se lance dans un périple qui la confrontera à l’horreur de la guerre. Il n’est pas toujours bon de ressasser le passé et de terribles secrets sont enfouis dans la boue et les trous d’obus. Un long dimanche se profile, celui d’une rétrospection sur ce qui est à ce jour le conflit le plus ravageur que la France ait connu…

Anecdote : Pour les besoins du tournage, J-P Jeunet a recréé des lieux emblématiques de la capitale. Avec des procédés numériques sophistiqués, il a ainsi représenté la Place de l’Opéra, la Gare d’Orsay, les Halles de Paris, ou encore le Palais du Trocadéro comme ils étaient à l’époque.
2 Johny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo (1971) avec Timothy Bottoms, Katy Fields
Si vous pensez que votre vie est décidément triste et insupportable il convient de vous faire visionner ce chef d’œuvre de Dalton Trumbo. Johnny est un américain qui décide de s’engager dans la guerre 14-18, animé par la fougue et la témérité de son jeune âge. Envoyé sur le front français, il est gravement blessé par un obus perdant au passage l’usage de ses yeux, de sa langue et de ses oreilles. Il se retrouve donc propulsé dans un lit d’hôpital, amputé des bras et des jambes, autant dire qu’il n’a pas tiré un carré d’as… Tout le film suit le parcours de Johnny dans sa « convalescence » alternant entre plans en noir et blanc symbolisant le désarroi dans lequel il se situe et plans en couleur raccrochant le jeune homme à ses souvenirs de jeunesse. Johnny sait que sa vie est ruinée, il n’est plus qu’un morceau de viande, un ver au bout d’un hameçon, un pantin pour ses médecins dépassés par la gravité de ses blessures. Il ne vit qu’au travers des rêves qu’il fait et des souvenirs passés en compagnie de sa famille. Pourquoi s’être exilé si loin ? À quoi bon s’être engagé dans cette guerre ? Le malheureux n’a même plus ses yeux pour pleurer, isolé, incapable de raisonner, perdu dans l’espace-temps et le néant. Il cherchera donc à tout prix à communiquer avec cette infirmière qu’il ne peut voir afin qu’elle exauce son vœu le plus cher. Mais son désir d’en finir se heurte à la déontologie et l’éthique de quelques médecins et généraux. « Johnny s’en va-t-en guerre » est un récit chargé de sens, un appel à la paix, un hymne à la jeunesse d’où résonne l’écho de la chanson de Craonne : « Adieu la Vie, Adieu l’Amour, Adieu toutes les femmes. »
Anecdote : Ce film est adapté du roman éponyme écrit par… Dalton Trumbo. Ce sera la seule et unique fois que l’écrivain réalisera un film.
3 – La Grande Illusion de Jean Renoir (1937) avec Jean Gabin, Erich von Stroheim
Probablement un des premiers films sur la Grande Guerre mêlant un casting multiculturel et dont la résonance pacifiste s’applique aussi bien à la France qu’à nos voisins allemands. Vous suivrez dans cette œuvre l’histoire du Lieutenant Maréchal et de ses compagnons d’armes français faits prisonniers et envoyés dans des camps en Allemagne. Loin du tumulte de Verdun, ils tenteront de s’évader des différents établissements où ils sont internés avant d’être transférés dans une forteresse dirigée par un commandant allemand, qui se trouve être celui qui a abattu leur avion avant d’être fait prisonnier. Le film suit donc les péripéties de ces soldats qui inépuisés, cherchent à regagner la Suisse en traversant l’Allemagne. L’histoire fera jaillir des antagonismes, mais aussi des amitiés y compris entre le commandant allemand et un prisonnier français originaire d’une famille aristocrate. Et si « La Grande illusion » était l’acte fondateur de l’amitié franco-allemande ? Un film non pas sur l’horreur de la guerre, mais sur les relations qu’elle engendre, des relations tantôt hostiles, tantôt humaines. Un périple pour retrouver sa liberté, mais surtout s’éloigner de cette violence, ce désir de reconquête, cette Grande Illusion. Le destin de ces soldats Français n’est pas si différent de celui des Allemands, plaisante justice que cette rivière borne…
Anecdote : À la sortie du film en 1938, Jean Renoir déclarera : « Parce que je suis un pacifiste, j’ai réalisé La Grande Illusion. Pour moi, un vrai pacifiste, c’est un Français, un Américain, un Allemand authentique. »
4- La chambre des officiers de François Dupeyron (2001) avec Éric Caravaca, Sabine Azéma, André Dussolier
Là encore nous avons affaire à une adaptation de roman et pas des moindres. La chambre des officiers suit le parcours d’un jeune soldat français blessé très rapidement au début du conflit. Atrocement défiguré par les bombes, il est conduit dans un hôpital parisien réunissant les graves blessés au visage. Entouré d’hommes au faciès mutilé, il va devoir réapprendre à vivre, à parler, à manger, lui qui jamais plus ne sourira. Syndrome d’une jeunesse jadis rayonnante et condamné à vivre dans le regard horrifié des gens qui l’entourent, celui qui apparaît comme un monstre nous emmène dans cet hôpital où la chirurgie esthétique commence tout juste à expérimenter des opérations pour redonner un visage à ces hommes brûlés et disloqués. Dans un lieu où le seul miroir est le regard de l’autre, Adrien est devenu un Frankenstein des temps modernes, victime d’un conflit où les blessures évoluent en même temps que les armes. Mais comment aimer un homme à la chair déchirée et au sourire atrophié ? Ce film est un hommage à tous les mutilés de guerre, ces gens condamnés à vivre infirme et dont la seule consolation est de recevoir une médaille. La jeunesse est sacrifiée au nom du devoir dans cette chambre où se croisent ces jouets de la science, car qu’y à t-il de plus horrible que de ne plus être reconnu, pas même par sa propre famille ?
Anecdote : La Française des Jeux créée en 1933 sous le nom de Loterie nationale a vu le jour afin de venir en aide aux mutilés de la guerre 14-18.
5- Frantz de François Ozon (2016) avec Pierre Niney, Paula Beer
Vous avez dit absence de film ? Car si Frantz est une morne plaine, il n’en demeure pas moins une onde qui bout dans une urne trop pleine. Il serait cruel de juger cette œuvre de François Ozon sur l’absence d’action et le rythme volontairement lancinant imposé par le réalisateur. Jouant à la perfection avec la variation des couleurs, Ozon nous offre un film en deux parties à la symétrie parfaite. D’un côté c’est la France et de l’autre l’Allemagne, un pays délesté de plus d’un million de jeunes hommes, humilié par la défaite et le Diktat français. C’est alors que débarque dans un petit village allemand un jeune français venu se recueillir sur la tombe d’un soldat allemand : Frantz. La communauté s’interroge, les doutes émergent un à un. Un lourd secret pèse sur ce soldat français rongé par des tourments qui raviveront les souvenirs douloureux d’un conflit sauvage. Les parcours successifs des personnages à travers les villes et les villages laissent poindre des paysages ravagés, des cicatrices qui perdureront, un antagonisme ravageur annonçant l’émergence des mouvements nationalistes des années 20. Dans cette Europe post-apocalyptique il n’y a plus de joie, plus de bonheur, simplement l’impression d’un cycle interminable de douleur et de chagrin. Frantz mérite amplement sa place parmi les œuvres incontournables sur la Grande Guerre. Ozon réalise avec ce film une odyssée sur la recherche de vérité enrichie par des thématiques variées telles que la mémoire, la musique, mais aussi l’homosexualité.
Anecdote : François Ozon a déclaré avec Frantz vouloir faire un film sur le Mensonge, une œuvre contrastant avec notre époque qu’il juge obsédée par la vérité et la transparence.
Le Rêve, Édouard Detaille (1888)
Le pôle culture a décidé de sélectionner pour vous un tableau peint par Édouard Detaille, intitulé « Le Rêve ». Exposé au musée d’Orsay à Paris, celui-ci est tout à fait symptomatique de l’imaginaire français de la guerre et du désir de reconquête des territoires annexés par la Prusse en 1870. Plus de 10 ans après la débâcle le sentiment de revanche demeure fort dans l’opinion publique, tous rêvent de voir la République triompher du voisin allemand. C’est dans ce contexte particulier qu’Édouard Detaille réalise cette peinture patriotique, une période marquée par un élan de solidarité nationale que l’on retrouve dans la culture littéraire (avec le Tour de la France par deux enfants,) mais aussi dans la peinture (La Rue Saint-Denis de Monet).
Le Rêve représente donc un bataillon français bivouaquant au crépuscule dans la campagne française, tous les soldats sont endormis et transportés dans un songe profond. Au-dessus des képis et des fusils entrecroisés apparaissent dans les nuages les spectres d’un passé militaire glorieux, celui du soleil d’Austerlitz et de la Grande Armée, celui d’une France victorieuse et conquérante. Alors que le moral de l’armée est entamé par la défaite, le souvenir des victoires de Solferino et du Trocadéro vient redonner de la bravoure aux jeunes soldats, qui tels des enfants songent à devenir aussi immortels que leurs aînées. Le boulangisme de la fin des années 1880 cherche à insuffler un sentiment national de fierté qui indirectement atteindra son paroxysme à l’aube de la 1ère guerre mondiale. Tapis dans la campagne, ces hommes semblent captivés par leur rêverie et le soleil lointain apparaît comme un futur plein de promesses et annonciateur d’une revanche éclatante, un futur finalement plein de désillusions qui coûtera la vie à 1,45 million de Français…

 

Top 5 des films de science-fiction : un article du pôle ciné des Track’n’art

Top 5 des films de science-fiction : un article du pôle ciné des Track’n’art

Après t’avoir fait vibrer avec nos meilleurs recommandations sur le cinéma d’horreur, les TNA reviennent te proposer leur nouveau TOP 5 dédié aux films de Science Fiction. Tu pensais avoir fait le tour en regardant Star Wars ? Détrompe-toi, la SF est un genre aussi large que complexe et il est venu le temps pour toi d’explorer cet univers futuriste qui traverse les époques. Ci-dessous, une liste non exhaustive des films méritant d’être vus et qui hélas n’ont pas pu être retenus dans notre TOP 5.
Brazil (Terry Gilliam), Minority Report (Steven Spielberg), Solaris (Andreï Tarkovski), Stalker (Andreï Tarkovski), The Island (Michael Bay), Bienvenue à Gattaca (Andrew Niccol), Matrix (Andrew & Larry Wachowski), La planète des singes (Tim Burton), Origins (Mike Cahill),Le Transperceneige (Bong Joon-ho), Le Cinquième Élément (Luc Besson), Interstellar (Christopher Nolan), Le fils de l’homme (Alfonso Cuarón), Star wars (George Lucas), Her (Spike Jonze)
N’hésitez pas à donner vos suggestions en commentaires !
 
1 – 2001, l’Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick (1968) avec Keir Dullea, Gary Lockwood
Parce qu’un TOP 5 sans Kubrick, c’est comme un OB sans navettes retour, impossible de passer à côté de ce qui est à ce jour considéré comme le film de science fiction le plus sybillin jamais réalisé ! Séparé en 4 parties, ce film est un mélange incroyable de méditations sur l’humanité, l’évolution, la métaphysique mais aussi l’intelligence artificielle. Écrit dans un contexte de course à l’espace en pleine guerre froide, cette odyssée est celle de l’Homme face à l’infini qui s’offre à lui, si près et inatteignable. Dans une obscurité rythmée par Le Beau Danube Bleu, les vaisseaux flottent dans le néant, se mouvant aux rythmes des valses de Vienne. Si le réalisateur a toujours refusé de donner une version à la fin de son film c’est justement pour entretenir ce sentiment d’abandon qui hante le spectateur, l’impression que malgré les innombrables avancées scientifiques, notre rationalisme se heurte également à une finitude rendant impossible la compréhension de notre univers. Et si l’acceptation de notre échec à tout savoir était la condition d’accès à cette éternité symbolisée par le trajet quasi onirique et psychédélique réalisé par le cosmonaute à travers la galaxie ? Du premier singe, maniant l’os, au robot HAL, apogée de la science et de l’ingéniosité de l’Homme, l’Odyssée de l’espace vous transportera aux quatre coins de la Galaxie où se retrouve inlassablement ce monolithe que rien ni personne ne semble pouvoir expliquer : une preuve de vie extraterrestre pour certains, un signe manifeste de l’existence de Dieu pour d’autres, libre à vous d’interpréter ce chef d’œuvre dont l’écho résonne encore aujourd’hui avec des films comme Interstellar !
Anecdote : Grand méloman, Kubrick puise dans le répertoire classique afin de donner une âme à son film : Strauss Wagner, Katchaturian ou encore Ligeti ont composé des morceaux que l’on peut entendre dans l’Odyssée de l’espace. Mais plus étonnant encore, Kubrick aurait proposé à Pink Floyd de participer à la bande originale du film, proposition refusée par le groupe britannique qui déclare quelques années plus tard avoir regretté de pas accepter.
 
2- Blade Runner, Ridley Scott (1982) avec Harrisson Ford, Sean Young, Rutger Hauer
Ce film, considéré comme un epic fail à sa sortie, est maintenant cultissime et une inspiration constante pour la SF encore aujourd’hui. Cette adaptation du livre de Phllip K. Dick se situe dans un Los Angeles pluvieux et toxique, dont l’atmosphère rappelle les vieux films policiers américains. Les humains migrent vers d’autres planètes. Eldon Tyrell a créé une nouvelle race d’esclaves, des androïdes appelés les « réplicants », qui sont indifférenciables des humains. Un groupe d’androïdes dissidents, trop perfectionnés pour être laissés en vie, sont ainsi déclarés hors la loi et poursuivis par une brigade spéciale, les « Blade runner », bien qu’ils parviennent à venir à Los Angeles.

 

Deckart, le héros, un blade runner, est chargé de poursuivre et de « retirer » (de tuer, en gros) ces réplicants… devenant à son tour une épreuve personnelle plus profonde pour le héros.
Comme tout bon film culte de SF, les thématiques sont vastes et le symbolisme fort. Il pose des questions sur ce que c’est d’être humain : est-ce fait de chair ? Ou de sentiments ? de souvenirs ? Le héros se nomme d’ailleurs Deckart (Descartes ?). Le symbolisme du père créateur tout puissant dans sa forteresse, ici en forme de pyramide, n’est pas sans rappeler les mythes fondateurs des religions avec le rapport ambigu au père. Ce film, très riche, mérite plusieurs visionnages, à la fois pour ses messages, mais aussi pour sa mise en scène mythique.

 

Anecdote : Philip K.Dick, un des grands noms de la littérature SF, a vu nombre de ces livres adaptés au cinéma. Blade Runner mais aussi Total Recall, Minority Report, Planète hurlante, Confessions d’un barjo, Truman Show, etc.
3 – La Route, John Hillcoat (2006) avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McFee
Tiré du roman éponyme de Cormac McCarthy, ce film post-apocalyptique n’a rien a envié à Snowpiercer ou Madmax. Il met en scène un père et son fils traversant un pays ravagé par un mal dont on ignore la cause. Marchant en direction du sud avec un simple cadis, ils tentent de survivre dans ce tourbillon de poussière et de cendre où aucune espèce ne semble demeurer. La route est un voyage aussi long qu’incertain, où les instincts les plus primaires se manifestent. La terre est revenue à l’état de nature et chacun lutte dans ce monde hobbessien pour sa survie, par convoitise, et pour la gloire. Bouleversant de sensibilité, ce père poursuit inlassablement sa route, protégeant son fils de l’animalité régnant en chacun de nous. L’Homme est un loup pour l’Homme et la science-fiction est celle de la survie, de la violence, de la découverte d’une civilisation jadis rayonnante. Attachez votre ceinture, la route sera longue et animée dans ce film troublant à l’esthétique glaçante. Ce film est un hymne à l’espoir, celui de retrouver un jour un havre de paix. Le père et le fils poursuivent leur chemin, guidés par cette flamme intérieure, cette lumière céleste, ce sémaphore dans la tempête, ce fanal dans la nuit.
Anecdote : Le film est tiré du roman de Cormac McCarthy, véritable succès mondial, celui-ci s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires aux USA, recevant même le prix Pulitzer en 2007. Citons également le livre No Country for Old Men du même auteur adapté par les frères Cohen.
 
 
4- District 9, Neill Blomkamp (2009) avec Sharlto Copley, Vanessa Haywood
Un matin, un gigantesque vaisseau alien s’échoue au-dessus de Johannesburg, avec en son bord des aliens, nommés « crevettes », en difficulté et dans l’impossibilité de repartir. 20 ans plus tard, tous parqués dans le « District9 », les aliens sont pris en charge par le MNU (Multinational United, référence à l’ONU), une multinationale qui ne s’intéresse qu’à leur armement fonctionnant uniquement avec de l’ADN extraterrestre.
C’est dans ce contexte que nous suivons Wikus, un agent de terrain de la MNU, qui est chargé de l’évacuation (du génocide) du district 9, qui suite à un accident va se transformer en « crevette ». Devenant précieux pour la MNU, il va se réfugier dans le district 9, dernier endroit sûr pour lui, et va croiser le chemin d’un alien et de son fils, bien déterminés à quitter la Terre.
De nombreux thèmes sont évoqués dans ce film souvent dérangeant, avec un parallèle à peine voilé avec l’apartheid, où finalement, la xénophobie et la peur de la différence laissent peu de place à l’espoir quant à l’humanité. Dans le film, un étrange paradoxe né : Wikus devient plus humain à mesure qu’il se transforme en autre chose qu’un humain.
La critique porte aussi sur le capitalisme, qui cherche des profits partout (dans la sous-traitance des forces armées par exemples) et à n’importe quel prix (cf. la scène du labo, les vrais sauront). Ambivalent et pessimiste, avec une façon de filmer proche du documentaire, ce film est une vraie réussite.

 

Anecdote : Ce film a été produit par ni plus ni moins que Peter Jackson. D’ailleurs les créatures du film ont été développé par WETA Workshop, des artistes ayant travaillé sur la saga du Seigneur des anneaux.
5 – Ex_Machina, Alex Garland (2015) avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac
“Ex_Machina” est un film dans la lignée de “Her” cherchant à exploiter le thème du robot humanoïde et de sa capacité à émettre des émotions. Car si la science réussi à reproduire le corps, l’âme demeure depuis longtemps une caractéristique propre à l’être humain. Ce film au silence pesant et plongé dans un isolement quasi claustrophobique, narre l’histoire de Caleb, un jeune ingénieur sélectionné par le créateur d’un groupe informatique, Nathan et inventeur d’un système IA appelé Ava. Il va devoir se soumettre à un test de Turing, face au robot féminin, afin d’essayer de prouver que même les machines ont une conscience. Petit à petit des éléments viennent troubler Caleb, Ava le met en garde contre Nathan. Ce dernier a une attitude de plus en plus équivoque, ponctuée par son addiction à l’alcool. Caleb en vient à éprouver des sentiments pour ce robot féminin enfermée dans l’immense propriété de son créateur et destinée à être reprogrammée à la fin du test. Plus qu’une simple considération sur le progrès technologique et ses dérivés, “Ex Machina” sonde l’irrationnelle de l’âme humaine heurté à la mégalomanie d’un inventeur. Le cœur a ses raisons que la raison ignore, Caleb en fait les frais dans cette fiction ayant reçu l’Oscar des meilleurs effets visuels, incarné par un Oscar Isaac époustouflant dans la peau du savant fou, et Alicia Vikander dont la beauté et la plastique se retrouvent subjuguées par une fluidité des mouvements rendant son personnage plus humain que nature.
Anecdote : Afin de concevoir son personnage de l’effrayant scientifique, Oscar Isaac s’est inspiré de deux figures différentes symbolisant le génie mathématique et artistique, à savoir le joueur d’échecs Bobby Fischer et le réalisateur Stanley Kubrick. Il a puisé dans ces deux personnes un caractère à la fois colérique (pour le premier) et lumineux (pour le second) couplé à une mégalomanie et un besoin de tout contrôler. Le port de la barbe et des lunettes n’est d’ailleurs pas sans rappeler le réalisateur de 2001, l’Odyssée de l’espace.
La Tour de Babel (Peter Brueghel l’Ancien)
La peinture elle aussi a inspiré les plus grandes œuvres de science fiction ! Le pôle culture vous a ainsi sélectionné le tableau intitulé “La Tour de Babel” peint par Pieter Brueghel l’Ancien en 1563. Cette fois-ci pas de martiens, ni de catastrophe nucléaire ou de vaisseaux spatiaux, mais cette peinture à l’huile emprunte un thème biblique dont la portée dépasse la simple représentation religieuse. Le mythe de la tour de Babel fait partie des récits fondateurs de la tradition judéo-chrétienne. Les hommes voulant se hisser à la hauteur de Dieu entament la construction d’une tour gigantesque censée atteindre les nuages. Mais le démiurge sème la discorde entre les langues afin que les hommes ne puissent plus se comprendre et soient donc condamnés à arrêter la construction.
Métaphore de l’orgueil démesuré de l’Homme, “La Tour de Babel” témoigne de l’ingéniosité de chacun et du dépassement effectué. En s’affranchissant des contraintes terrestres, l’homme pense pouvoir rivaliser avec des puissances métaphysiques grâce au rationalisme et aux innombrables découvertes mathématiques, scientifiques, techniques qu’il effectue. Son imagination et son génie ne semble se heurter à aucune limite. L’éclat et la blancheur de la roche composant la tour est pourtant le reflet de l’hybris. Il est des barrières que l’on ne peut franchir et si la science nous permet d’aller toujours plus haut et plus loin, l’univers infini gardera toujours cette aspect insondable. Comme un canon des plus sophistiqués constamment hors de portée de sa cible, le savoir est voué à une sempiternelle frustration merveilleusement transcrite par Bruehgel. Ce dernier mélange les symboles du commerce et de la richesse (les navires marchands, la ville bourgeoise, les sculpteurs) avec une bâtisse à l’architecture amputée. La Tour de Babel perce les nuages mais l’horizon restera désert et inexploré.