Le Brésil dans la tourmente

Le Brésil dans la tourmente

Depuis plusieurs mois, le monde dérivait déjà vers les contrées les plus lointaines et les plus haineuses des mouvements d’extrême droite. Ce mois-ci, le Brésil, qui doit élire son prochain président, n’échappe pas à la tendance. Les chaînes d’infos ne parlent que de ça, ou plutôt de lui : Jaïr Bolsonaro, soutenu par le parti démocrate-chrétien brésilien et candidat à la présidentielle. Cet ancien militaire a recueilli près de 46% des voix au premier tour de l’élection le 4 octobre, ce qui lui a presque valu d’être élu au premier tour. Il affrontera le 28 octobre prochain le candidat de gauche, Fernando Haddad, héritier controversé de l’ancien président Lula, dont les différents mandats avaient été placés sous le signe de la corruption.
La corruption dans le pays justement, c’est ce qui révolte les brésiliens et semble expliquer leur vote en faveur de Bolsonaro. Depuis plusieurs années le pays est plongé dans une grave crise économique et politique, principalement due, selon le peuple, à l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva. En effet, les affaires de pots-de-vin, d’entrave à la justice et de contrats illégaux au sein même du gouvernement explosent dans le pays depuis la fin de la dictature militaire en 1985.

 

Le changement… c’est maintenant ?

Pour les brésiliens, Jaïr Bolsonaro semble être la seule solution possible pour enclencher un vrai changement, bien que pour le monde entier, ses prises de positions virulentes à l’égard des femmes et des homosexuels ainsi que sa nostalgie pour la dictature militaire, constituent de vraies raisons de s’inquiéter pour l’avenir du pays. Les dirigeants occidentaux s’alarment d’ailleurs d’une possible « gangrène » aux pays voisins, qui pourraient dans les prochains mois ou dans les prochaines années voir les candidats d’extrême droite monter en puissance au sein des gouvernements. Mais comment Bolosonaro peut-il bien avoir un tel impact politique et une telle aura auprès du peuple brésilien, pourtant déjà si blessé et torturé par le passé ?

 

L’insécurité, un sujet récurrent au Brésil

Comme la plupart des programmes des candidats d’extrême droite dans le monde, celui du brésilien se tourne principalement sur la sécurité intérieure. Alors que le pays est rongé par les trafics de drogues et d’armes, qui mettent en péril de nombreuses vies innocentes même dans les plus grandes villes, le candidat entend bien remettre de l’ordre dans les affaires du pays. L’ancien militaire propose notamment de donner l’accès au port d’arme à « tous les gens bien », mais aussi de renforcer la sécurité judiciaire en faveur des policiers, qui seraient moins inquiétés en cas d’utilisation de leurs armes de service sur un suspect.
De plus, n’ayant jamais été soupçonné ni pointé du doigt pour des affaires de corruption, le candidat se vante de pouvoir remettre de l’ordre au sein du gouvernement, ce qui séduit les brésiliens, trop souvent victimes de la corruption pratiquée sur l’échiquier politique. Il promet ainsi de reconstruire un « gouvernement décent », plus à l’écoute et apte à comprendre les problématiques du peuple. Alors que le pays compte près de 60000 homicides par an, le slogan du candidat « Un bon bandit est un bandit mort ! » fait mouche auprès des brésiliens, qui selon un sondage, seraient plus de 50% à avoir la même pensée.

Sur le plan économique, difficile cependant de pouvoir dessiner précisément le programme de Bolsonaro. Alors qu’il avouait publiquement en avril dernier ne rien connaître à l’économie, il promet cependant des mesures « chocs », inspirée très fortement de la vision ultra-libérale de l’économiste Paulo Guedes. L’une de ces grandes propositions serait de privatiser à tout va afin de réduire la dette brésilienne de plus de 20% (ce qui semble malgré tout quasiment impossible).

 

Et la planète dans tout ça ?

Sur le plan environnemental, le programme n’est guère plus précis. Alors que la forêt amazonienne représente plus de 60% du territoire, Bolsonaro n’a aucune intention de la protéger ni de s’inquiéter du changement climatique. Triste nouvelle pour l’Amérique du Sud donc, qui pourrait bien voir une fois de plus les intentions économiques passer au-dessus des questions planétaires de protection du climat…

 

Un candidat adulé par les uns, détesté par les autres

Il reste cependant à rappeler que les brésiliens sont nombreux à ne pas soutenir le candidat d’extrême droite. Depuis plusieurs mois, les femmes défilent dans la rue pour protéger leurs intérêts. Le candidat, qui ne cache pas son antiféminisme, son homophobie, son racisme envers les brésiliens noirs (nombreux par ailleurs, et faisant déjà l’objet d’une réelle discrimination au sein du pays) ou les autochtones, semble bien vouloir respecter le mythe de l’homme blanc raciste, peu ouvert d’esprit et partisan d’un modèle patriarcal. Il a d’ailleurs été poignardé en pleine manifestation de campagne par un ancien militant du parti de gauche PSOL au chômage, qui se serait senti « directement menacé » par le discours du candidat d’extrême droite (et on le comprend).

Le monde entier se tourne donc vers le Brésil pour ces 15 prochains jours, espérant un miracle de la part du peuple brésilien. Le candidat, qui ne cache pas son admiration pour Trump (décidément…), pourrait bien souffler un froid glacial sur l’Amérique du Sud et les gouvernements occidentaux frémissent déjà à l’idée de faire affaire avec des gouvernements d’extrême droite.

Environnement: Transition en panne ?

Environnement: Transition en panne ?

Mardi 28 août 2018, Nicolas Hulot annonçait sa démission, au grand étonnement des journalistes et auditeurs, faute d’une annonce préalable. L’ancien Ministre de la Transition écologique et solidaire dénonçait un manque d’ambition du gouvernement dans le domaine de l’écologie et plus largement un manque de soutien général pour la cause environnementale, pourtant urgente à l’heure actuelle. Nicolas Hulot énonçait alors un bilan écologique déplorable sur les grandes préoccupations, comme la réduction des gaz à effets de serre non amorcée, ou un modèle agricole nocif pour la nature. La raison principale à cette stagnation résiderait dans les contradictions des priorités économiques, financières et environnementales.

Devant ces contradictions pointées du doigt par Nicolas Hulot, devons-nous croire que nous sommes entrés dans une impasse écologique ?

La réponse est non. Nous avançons certes suivant une méthode bien connue des Européens, appelée les « petits pas », sans pour autant signer l’arrêt définitif des progrès écologiques. Si le gouvernement semble être à l’heure actuelle en panne sur la question, le secteur privé semble sérieusement commencer à se mettre « en marche ». Les grandes entreprises industrielles françaises, qui par leurs tailles et activités ont de lourdes responsabilités dans l’empreinte écologique semblent préparer la transition en mettant sur le marché des biens de consommation plus écologiques.

Le géant du stylo à bille se met au recyclage

C’est le cas du géant industriel français Bic, roi du stylo à bille présent sur les 5 continents et dans 162 pays, qui s’est récemment associé avec Terracycle, entreprise spécialisée dans le recyclage afin de lancer ensemble un programme de collecte et de recyclage d’instruments d’écriture pour la fabrication de nouveaux produits d’usage courant tels des pots à crayon, des corbeilles à papier, ou encore des arrosoirs.

Renault en transition ?

L’industrie automobile, longuement critiquée pour son impact écologique développe désormais les modèles de voiture électrique. Renault, par exemple, prévoit de faire de la France un pôle d’excellence dans ce domaine et lance un investissement d’1 milliard de dollars prévu à cet effet. Le constructeur envisage de produire 8 modèles électriques et 12 modèles électrifiés d’ici à 2022, de quoi offrir plus de choix au consommateur afin de l’encourager à acheter des véhicules électriques et participer à la réduction des gaz à effets de serre.

S’habiller à proximité 

Parmi les industries les plus polluantes, figure l’industrie textile qui émet l’équivalent d’environ une tonne de gaz à effets de serre chaque année. Une des raisons à cela est qu’avant d’être livré en magasin, le vêtement a déjà fait plusieurs fois le tour du monde. Faire attention à l’origine du vêtement est ainsi déjà un premier pas. Les labels France Terre Textile et Origine France garantissent que l’article a été produit à 75% en France pour le premier et 83% pour le second. Nous pourrons par exemple citer quelques marques fabriquant leurs vêtements en France comme les fameuses chaussettes alsaciennes « Labonal », les marques de prêt à porter « Rue de L’abbesse », « Mamouchka », les jeans de la marque 1083, le fabricants de pulls en matière recyclée « plus de pulls », « Le slip français » pour les sous-vêtements,…

La transition écologique est un processus qui nécessite nombreuses recherches et innovations afin de transformer notre économie et notre quotidien. Nous ne pouvons effectuer en une année les changements qui auraient sans doute dû être amorcés bien avant la prise de conscience écologique générale. Continuons ainsi d’encourager ces entreprises qui innovent et participent à l’élaboration des solutions de demain et ne baissons pas les bras, car l’heure est grave.

Corée du Nord/Corée du Sud : vers une normalisation des relations?

Corée du Nord/Corée du Sud : vers une normalisation des relations?

Les tensions sur la péninsule coréenne ont atteint des sommets en 2017. La Corée du Nord a marqué le début de l’été en annonçant avoir réussi son premier tir de missile intercontinental, en direction du continent américain, et plus particulièrement des Etats-Unis.

Pourtant… Janvier 2018 : Jeux Olympiques d’hiver de Pyeonchang… Une équipe de hockey commune aux deux Corées (une première depuis 1991). Différences de mots techniques, pom-pom girls et défilés nord-coréens dignes de l’URSS de Staline, hockeyeuses « sacrifiées » dans un intérêt politique pour les Sud-Coréens… face à cet événement, les divergences et critiques ont été nombreuses.

Mais comment la Corée du Nord est-elle devenue une menace ?

Frontalière de la Chine, de la Russie et de la Corée du Sud, la Corée du Nord subit un des régimes les plus répressifs au monde. Annexée par le Japon 1910, la Corée est divisée en deux Etats en 1945. Elle a subi la logique de la Guerre froide lors de la guerre de Corée (1950-1953). Aujourd’hui, la Corée du Nord est le seul pays dans lequel un véritable pouvoir dynastique, celui des Kim, est encore en place. Aujourd’hui, on dénombre entre 80 et 100 mille personnes détenues dans des camps de prisonniers politiques, situés dans des régions interdites d’accès, et dont l’existence est niée par le régime en place. Les purges sont plus que nombreuses et Kim Jong-un est accusé d’avoir exécuté plus de 70 hauts fonctionnaires du régime, y compris son oncle, numéro 2 du régime, son ministre de la défense et son demi-frère !!

En plus de cette répression interne à haut niveau, la Corée du Nord mène une politique extérieure particulièrement agressive. Tunnels destinés à une éventuelle annexion de son voisin, torpillages de bateaux Sud-Coréens, bombardements d’îles… La Corée du Nord tente à tout prix d’intimider ses voisins et de consolider son pouvoir.

Les différentes tentatives du pays de se doter de la bombe nucléaire constituent un point chaud (on pourrait même dire explosif !) des relations entre les deux Corée. Après s’être retiré du TNP (traité de non-prolifération atomique) en 2003, Kim Jong-il, puis son fils Kim Jong-un ont tenté de se doter de l’arme atomique. Après de nombreux essais, qui ont valu au pays sanctions économiques sur sanctions économiques, la Corée du Nord a finalement réussi son premier test l’année dernière. La Chine, seule alliée du pays voit cependant d’un mauvais œil la prolifération nucléaire dans une région où elle voudrait seule exercer son influence. Les Etats-Unis, quant à eux, s’inquiètent de cette menace posée directement sur eux. Depuis l’élection de Donald Trump, les tensions sont exacerbées et les menaces de moins en moins voilées (« Be careful Rocket Man ! » avait tweeté Donald Trump).

Le pays était isolé par la communauté internationale jusqu’à aujourd’hui. Après les premiers essais nucléaires nord-coréens (sans succès) en 2006, le Conseil de Sécurité de l’ONU a pris des sanctions économiques contre le pays : réductions des exportations de pétrole, interdiction d’accueillir des travailleurs nord-coréens envoyés par le régime à l’étranger, gels des avoirs et interdiction de voyager des proches de Kim Jong-un, embargo sur les armes… Pas moins de dix sanctions commerciales à l’encontre du pays ont été mises en place. Ces sanctions ont été qualifiées « d’actes de guerre » par le dictateur.

Vers la réconciliation… ou tout du moins une coopération

Cependant, depuis le mois de mars, les tensions semblent retomber. La Corée du Sud et la Corée du Nord se sont mises d’accord sur la tenue d’un sommet entre les deux pays, dans le village de Panmunjom, au milieu de la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux pays. Kim Jong-un et le président Sud-coréen Moon Jae-in ont traversé, main dans la main, dans un sens puis dans l’autre cette frontière.  Rencontre symbolique, mais pas que… L’espoir d’une réconciliation dépasse la péninsule coréenne, où la tension était encore à son comble il y a seulement quelques mois. Le risque de prolifération concerne la planète entière, et une guerre entre les deux pays aurait eu des conséquences désastreuses pour les Etats-Unis mais aussi l’Asie toute entière.

Il ne faut cependant pas être naïfs… Ce n’est en effet pas la première rencontre intercoréenne. L’entrée des Etats-Unis dans le jeu va peut-être pouvoir influencer dans le bon sens les négociations. Il est également possible que la Corée du Nord se place, dans ces négociations en position de force, étant donné qu’elle a réussi son programme nucléaire. Autre facteur possible : le poids des sanctions internationales qui pèsent de plus en plus sur l’économie du pays…

Si la déclaration de Panmunjom fait état d’une dénucléarisation complète du pays, rien n’est dit sur les mécanismes de vérification du démantèlement et aucun calendrier précis ne vient encadrer cette décision. Alors à quel point cette information est-elle fiable ? Lors de la rencontre, Kim Jong-un s’est engagé à fermer au mois de mai le principal site d’essais nucléaires, sous les yeux du monde extérieur. Il a en effet promis d’inviter des experts Sud-coréens et Américains, ainsi que des journalistes pour « révéler le processus à la communauté internationale de manière transparente ». Un problème important est soulevé cependant… Selon certains experts, ce site serait déjà hors d’usage et la coopération du dictateur Nord-coréen ne serait donc qu’une simple façade.

Pour continuer sur la voie de la coopération, Donald Trump a accepté de rencontrer son homologue Nord-coréen. Le sommet entre les deux chefs d’Etats a eu lieu à Singapour et a permis de montrer à la communauté internationale la volonté de compromis des deux parties prenantes. La Chine, seule alliée de Pyeonchang, a toujours poussé les Etats-Unis à dialoguer avec la Corée du Nord, et n’entend pas rester à l’écart pendant ces discussions.

En attendant, un sommet entre le Japon, la Chine et la Corée du Sud a eu lieu le 9 mai à Tokyo, pour « confirmer la coopération ». Les trois pays voisins ont des relations particulières avec Pyeonchang et sont impliqués dans la crise avec la Corée du Nord : la Corée du Sud en tant que voisin et ancien adversaire pendant la guerre de Corée de 1950-1953, le Japon en tant qu’allié-clé des Etats-Unis dans la région et cible potentielle des missiles nord-coréens et la Chine en qualité de principal partenaire diplomatique et commercial du pays. Et le rapprochement continue avec l’ouverture d’une ambassade commune aux deux Corées sur la DMZ…

 

 

Le véganisme : entre radicalisation et paradoxes

Le véganisme : entre radicalisation et paradoxes

Vitrines brisées, façades taguées de rouge, magasins vandalisés…depuis quelques mois, certaines boucheries et poissonneries sont victimes d’une mystérieuse série d’attaques. Les auteurs présumés, des adeptes du mouvement vegan, n’ont qu’une revendication : « stop au spécisme ». Mais le spécisme, qu’est-ce que c’est ? Une idéologie selon laquelle, le fait que l’être humain soit supérieur aux animaux justifierait le massacre de ceux-ci et leur présence dans nos assiettes. Si le fond mérite débat, la manière dont il est mené interroge.

Une montée en puissance du mouvement

Profitant d’une vague de surmédiatisation, le mouvement vegan mobilise les foules et s’en prend davantage aux petits commerces et aux monuments publics. Ce militantisme n’a pour but, à défaut de ternir l’image de ceux qui, libre d’adopter ce régime alimentaire et de se passer de tout élément animal, de terroriser et d’imposer ses vues sous couvert de bon sentiment. Il faut, selon les extrêmes, passer à l’action quitte à écoper d’une condamnation pour « apologie du terrorisme ».

Les défenseurs les plus radicaux de la cause animale rentrent parfois dans une logique extrémiste. En effet, l’usage de plus en plus croissant des réseaux sociaux a facilité sa dérive vers l’extrême.

« Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? Pas moi, j’ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice », ces quelques mots postés quelques jours après l’attaque terroriste du Super U de Trèbes ont suscité l’actualité en mars dernier, ce message posté quelques jours après l’attaque terroriste du Super U de Trèbes, a été suffisant pour condamné son auteur, une militante pour la cause animale à sept mois de prison avec sursis. Mais cela ne s’arrête pas là.

Depuis peu, les choix individuels d’une minorité tentent de s’imposer par la voix politique. En Belgique, DierAnimal prône une vision éthique et durable dont l’humain n’est pas le centre d’intérêt unique. Encore plus surprenant, le Parti des Animaux a remporté, en mars 2017, 5 sièges à l’Assemblée Nationale.

D’où vient le véganisme ?

Le mouvement, créé par le Britannique Donald Watson dans les années 1940 se voulait au départ pacifique. « Le véganisme est la doctrine selon laquelle les humains doivent vivre sans exploiter les animaux ». Ses adeptes adoptent un mode de vie à part entière : ils ne consomment aucun produit d’origine animale autant sur le plan alimentaire que vestimentaire et sanitaire (vêtements, médicaments etc).

Une radicalisation du mouvement qui prend de l’ampleur

Tous défendent la même idéologie mais les actions de sensibilisation divergent. Les sympathisants du mouvement se déchirent principalement en deux courants : les pragmatiques adeptes des petites actions, et les seconds, qui estiment que tous les moyens sont bons pour mettre fin à la domination des humains sur les animaux.

L’association la plus connue reste L214. Celle-ci fait reposer son action sur deux axes : la publication de vidéos chocs enregistrées dans des abattoirs tournées clandestinement et une négociation avec les élus et le monde industriel pour obtenir des avancées concrètes. Désormais considérée comme trop modérée et trop minimaliste, d’autres mouvements adoptent des méthodes plus radicales. Très connue en Angleterre et un peu moins dans l’hexagone, l’Animal Front Libération, née en 1970 est connue pour ses actions violentes (lettres piégées, sabotages, incendies) et va jusqu’à se définir comme mouvement ecoterroriste. En 1982, ils sont les initiateurs de l’envoi de lettres piégées aux quatre grands partis du Royaume uni ainsi qu’au Premier Ministre Margaret Tatcher. Mais l’ALF appartient au passé.

Encore plus contemporaine, l’association 269 Libération animale est connue pour ses actions assez excessives, et dont les pratiques sont à la limite de la légalité. « Quant aux bouchers, leur sort est réglé avec la même logique, vous participez à un système injuste, vous en subissez les conséquences » estime Tiphaine Lagarde, la présidente.

Un mouvement encore fragile

Ces deux associations ont pourtant le même but mais pas les mêmes moyens, ce que reproche Brigitte Gothière, président de L214 : « Nous nous attaquons à des pratiques, et à un système, pas à des personnes. Avec les vitrines, une ligne a été franchie ». Ce mouvement encore assez peu adopté population ne serait-il pas plus performant en adoptant un plan et des moyens uniques ? Et si possible, en toute légalité ?

N’est-il pas également surprenant que certaines associations arrivent à une lutte violente pour défendre un point de vue qui se veut, à la base, non violent ?

Au-delà d’une radicalisation croissante et de nombreuses divergences, les adeptes doivent faire face à d’autres critiques. Selon Marianne Celka dans Vegan Order, une minorité supporterait mal un fait paradoxal : le capitalisme actuel, dévoreur de chair animale dénoncé par les militants de l’anti-spécisme propose désormais des produits vegans : burgers, chili con carne etc. Certains vivent donc la hype végan comme une trahison aux idéaux de base. Tiphaine Lagarde admet d’ailleurs que le mouvement comporte beaucoup de dérives. La société commence à réagir. Mais concrètement il n’y a pas d’effet : les abattoirs fonctionnent toujours à plein régime, les grands groupes de l’exploitation animale annoncent des chiffres d’affaires en hausse ».

Le mouvement vegan doit donc faire face à de nombreuses critiques, non pas pour ses convictions mais pour les moyens menés. Les actions réalisées par certaines associations ne font que ternir l’image des adeptes, souvent stéréotypés et considérés comme à part. En France, pas moins de 4% des Français déclarent pratiquer un régime vegan dont 47% de moins de 6 mois selon une enquête du cabinet Harris. S’il est difficile d’évaluer leur nombre, la manière dont ils occupent le terrain médiatique laisse augurer que ce mouvement n’en est qu’à ses débuts.

 

Le mégot, nouvel ennemi public

Le mégot, nouvel ennemi public

Les mégots ne polluent pas que vos poumons… ils constituent aussi la première source de déchets mondiale et le 3ème déchet le plus mortel dans les océans.

Non seulement ces deux centimètres de plastiques envahissent par milliards les rues, mais il n’existe pas de réglementation à l’échelle de la planète pour leur élimination. C’est pourquoi une grande partie finit dans les mers et océans. Des scientifiques, universitaires, activistes écologiques et politiques ont décidé de se regrouper au sein de la Cigarette Butt Pollution Projet, une société à but non-lucratif qui tente de recentrer le combat pour s’attaquer à ce problème. Leur objectif : faire interdire les filtres à cigarettes aux États-Unis, et partout ailleurs dans le monde.

5 600 milliards de mégots

Les filtres des cigarettes ont été ajoutés dans les années 1950 pour réduire le taux de goudron et de nicotine dans les cigarettes. Le message de l’époque de l’industrie du tabac ? Les cigarettes avec filtre sont moins dangereuses pour la santé. Au final, cela s’est révélé totalement faux : les fibres de plastique dont sont constitués ces filtres sont dangereux pour la santé.

Un filtre : 2 cm et 4000 substances toxiques dont de l’arsenic, des métaux lourds, du goudron… A cause de tous ces composants chimiques, les filtres à cigarettes se dégradent très lentement (un à deux ans en moyenne). Et l’un de ses composants, l’acétate de cellulose, est un plastique qui met plus de dix ans à se décomposer ! Selon la Cigarette Butt Pollution Projet, la majorité des 5 600 milliards de cigarettes fabriquées chaque année sont dotés de ces filtres, et les deux tiers finissent dans la nature. Si l’on ajoute à cela le fait qu’un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau, l’ampleur du désastre est évidente. Autre exemple : ces 32 dernières années, 32 millions de mégots ont été ramassés sur les plages du monde.

En France, ce sont entre 30 et 40 milliards de mégots qui sont jetés chaque année, soit environ un millier par seconde. D’après le ministère de la Transition écologique, plus de 40% de ces détritus se retrouveraient dans la nature.

Un mégot, c’est jusqu’à 500 litres d’eau pollués.

Le recyclage des mégots, un problème fumant

Des initiatives se sont développées un peu partout en France pour organiser la collecte des mégots dans les villes. GreenMinded a par exemple mis au point la Borne to Recycle, un cendrier connecté destiné à lutter contre la pollution des mégots. Cette borne n’est pas qu’un simple cendrier mais un dispositif connecté qui affiche une question sur un écran. L’utilisateur peut y répondre en glissant son mégot dans l’un des deux trous situés en dessous. Le plus de la Borne to recycle, c’est de faire aussi de la collecte de données. Chaque fois que l’utilisateur jette son mégot dans la borne et répond à la question, il accumule des points sur une cagnotte virtuelle. Ils sont ensuite crédités à une association de protection de l’environnement ou de lutte contre le tabac.

La sensibilisation sur le sujet émerge : plusieurs villes comme Paris, Lille ou Cannes sanctionnent déjà par une amende les jets de mégots dans la rue. Le gouvernement a aussi annoncé la possible mise en œuvre d’une « écocontribution » visant les fabricants de cigarettes et servant à payer la dépollution et le ramassage. La ville de San Francisco a quant à elle imposé une « taxe de détritus » de 0,20$ par paquet vendu dans la ville.

Finalement, ce n’est pas tant la collecte qui pose problème, mais le recyclage de ces petits déchets aux énormes répercussions environnementales. Bourrés de près de 4000 substances chimiques, les filtres sont difficilement recyclables. Oubliés alors les plastiques de jouets, les films alimentaires … Mais alors que faire de ces mégots une fois collectés ?
Avant de pouvoir être recyclés, les mégots doivent être « dépollués » : en France, des entreprises comme EcoMégot ou MeGo ont commencé à s’attaquer au problème, et ont déjà recyclé plus de quatre tonnes de mégots (10 millions de filtres) grâce à un processus de broyage et de lavement dans des bains d’eau en circuit fermé. Un petit geste, néanmoins très loin d’être suffisant au niveau mondial.

Concours de la meilleure plume 2018 – Soyez jury !

Concours de la meilleure plume 2018 – Soyez jury !

Salut les jurys en herbe,

Aujourd’hui, TBS Press et Littosphère te proposent de voter pour le texte que tu as préféré pendant ce concours de la meilleure plume édition 2018.
Pour voter, rien de plus simple : Lis les textes, trouve ton petit chouchou-chéri, puis vote sur ce lien : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfZbLligvCcSSeaXFpRXCceFG0Z31FLjBfhtN6eXJ0-XrcB_w/viewform

A vos votes !

Voici les textes de vos petits camarades (classés par ordre alphabétique) :

 

Texte de Clem :

Nous (passion amoureuse)

Au tout début il y avait moi.
Petite, seule, abandonnée. J’avançais à tâtons et avec angoisse dans les couloirs de la vie.
Puis un jour, il y a eu toi.
Et très rapidement il y a eu nous.
Nous, c’était un peu comme une bouffée d’air pur dans un monde pollué. Nous c’était un peu le sourire d’un enfant. Nous
c’était ce soleil qui réchauffe les cœurs en hiver. Nous c’était un amour grandissant, flamboyant, extraordinaire. Nous c’était
un peu l’amour cliché de ces films à la con tu vois. Nous, c’était tout cela. Et tellement plus. Nous c’était aussi cette petite
flamme dans le regard. Ce rire omniprésent. Et cette envie de vivre chaque jour dans tes bras. C’était tout cela, nous.
Grâce à toi, j’ai vécu, en prenant de l’assurance. Si je tombais, tu me relevais. Mon angoisse s’était dissipée, plus rien ne
comptait à part ton parfum qui me guidait. Et puis un jour sur ma route, que dis-je, sur notre route, quelqu’un t’attendait.
Patiemment, comme s’il savait que tu ne pouvais pas lui échapper. Un sourire froid collé sur son visage, il t’attendait. Et quand
on est arrivé à sa hauteur, on a continué à avancer. La vie, c’est long comme route, et puis on ne voulait pas s’arrêter. On
voulait continuer à avancer. Main dans la main pour toujours. Et si nous étions le couple cliché par excellence, après tout on
s’en fichait. On était heureux, alors que demander de plus ? Bref je m’égare. On l’a donc croisé. Et insouciants, on l’a salué, et
on a continué à marcher. Toujours plus loin. Sauf que lui, il ne l’entendait pas de cette oreille. Alors, il nous a suivis. Au début
on l’a ignoré. Après tout, il se faisait discret, c’était presque comme si nous étions encore rien que tous les deux.
Presque.
Et puis de jour en jour, il a pris de l’importance. Il te harcelait, ne te lâchait plus…
Et un jour tu es tombé. Il t’a fait tomber. Et on l’a enfin vraiment remarqué. Il nous a alors offert son identité. Lui, il s’appelait
Leucémie. C’est un vilain nom. On l’a tout de suite détesté. Alors on a essayé de lui dire de partir. Mais il ne voulait plus. On a
rencontré des tas de nouvelles personnes. Il y eu Moelle Osseuse, Globule Blanc, Chimio aussi. Avec ce dernier, il s’est
beaucoup battu. Mais il n’a pas perdu.
Je disais donc qu’il ne voulait plus partir. Et pourtant, malgré toutes ses tentatives pour nous séparer, on est resté deux, unis.
Mais il prenait de plus en plus de place.
On a continué notre route. Et puis un jour, on est arrivé sur un lac glacé. Une vraie patinoire. C’est beau le chemin de la vie
quand même. Ça faisait plusieurs jours que l’on n’avait pas entendu Leucémie. On était bien. Et puis soudain, sans prévenir, la
glace sous toi a cédé. Tu n’étais pourtant pas bien gros, Leucémie t’avait volé de nombreux kilos. Mais elle a cédé. Tu as coulé
comme une pierre. Et d’un coup Leucémie était à mes côtés, te remplaçant. Il a murmuré : « Une rechute… C’est bientôt la
fin. ». Je n’ai pas compris. Je l’ai poussé de toutes mes forces et je me suis accroupie, en sondant l’eau qui sortait du trou qui
t’avait aspiré. Tu étais invisible. Je me suis mise à pleurer, à crier : « Où es-tu ? ». Je collais mon nez à la surface glacée. Et
soudain je te vis. A travers la glace, je te voyais, toi et ton petit manteau rouge. Je tapais sur la glace, il fallait qu’elle casse, il le
fallait ! Sinon… Les larmes ruisselaient sur mes poings qui cognaient de toutes leurs forces. Mais la glace ne bronchait pas.
Tandis que toi, tout doucement, tu sombrais, tu coulais, tu te noyais. Tu étais parti.
Mais tu m’avais oublié. J’étais là. Sans toi. Leucémie arriva, un sourire victorieux sur les lèvres. « J’ai gagné, me murmura-t-il.
Je gagne toujours. ». Je m’écroulai. Où étais-tu ? Et comment allais-je maintenant faire pour continuer ma route ? Pour me
relever quand je tomberai ? Je me sentais si impuissante face à cette eau glacée qui t’avait emportée, qui avait brisé ce
« nous » dont nous étions les fiers représentants.
Et pourtant j’ai continué ma route. J’ai croisé rapidement un nouvel ami. Alcool qu’il s’appelait. Un brave type qui m’a aidé à
oublier pendant quelque temps. Mais très vite après l’avoir quitté, j’ai connu Dépression. Moins chouette. Plus triste.
Pourtant on est resté longtemps ensemble.
Je me sentais tellement seule. J’avais tellement peur. Et je pleurais, tellement souvent. Et chaque jour, je détestais un peu plus
Leucémie. Je n’avançais plus sur ma route désormais. Soit je reculais, soit je prenais de mauvaises décisions, comme par
exemple, emprunter ces ruelles sombres où j’avais croisé Alcool et Dépression.
J’étais redevenue moi, petite, seule et abandonnée.
Tu te souviens quand il y avait toi et moi ? Dis, où que tu sois, tu te souviens de ce que l’on était ? Toi et moi contre la terre
entière.
Une journée, j’étais restée collée à Dépression. Je lui parlais de toi, tu me manquais et je n’arrivais plus à avancer sur mon
chemin. Alors il m’a présenté quelqu’un. Il m’a dit : « Tu n’es pas obligée de le suivre, mais réfléchis bien. Après tu ne pourras
plus faire marche arrière. »
J’ai donc rencontré Suicide. Il m’a proposé de l’accompagner. Sa route était belle, très tentante. J’avais même une chance de
te retrouver ! Mais pardonne-moi, je ne l’ai pas suivi. Il me faisait un peu trop peur.
Alors j’ai dit au revoir à Dépression et je me suis remis en route sur mon chemin. Je n’ai plus la force de dire « notre ». Et j’ai
décidé d’aller jusqu’au bout. Parce que je suis sûre qu’au bout de cette route, tu m’attends. Alors ne t’inquiète pas mon
amour, j’arrive. En marchant, courant, volant même ! J’arrive. Pour qu’on puisse enfin arrêter de marcher. Pour qu’on puisse
s’asseoir et se donner la main. Et collée contre toi, respirant ton parfum si particulier, tu me diras :
« Toi et moi contre la terre entière. Tu vois, on aura quand même réussi à se retrouver. Après tout, ça ne nous aura pris
qu’une vie. On a maintenant l’éternité pour redevenir nous.
Toi et moi. Nous. Tu vois je me souviens. Je dirais même que je n’ai rien oublié. »

Texte de EM²A :

Passion, de son étymologie latine patior, pati, signifie la souffrance et le supplice.
La passion est ce que l’on apprécie, adore, aime au plus profond de notre être. Lorsque celle-ci se concrétise, on est dans un monde à part, dans notre bulle, et plus rien autour ne compte. Tout comme l’amour, la passion nous pousse à la folie. Une folie douce et légère qui nous fait revivre les moments d’allégresse tant aimés et tant désirés, que l’on souhaite se réapproprier, afin de se sentir exister.
C’est là le maître mot de la passion : l’existence. La passion nous fait revivre, ressentir des émotions auparavant inconnues et que l’on ne peut nommer. Dans la recherche du désir, l’Homme souhaite donc réitérer cette activité afin de découvrir de nouveaux sens. Pris dans un tourbillon de recherche du plaisir, il se laisse enivrer par cette activité passionnelle ; comme tiré par un être invisible, qui souhaite l’attirer dans les profondeurs de la folie. La passion extrême n’est pas synonyme de raison et d’équilibre. L’Homme peut s’y perdre, y laisser sa raison d’être et toute sa tête.
« Toute passion et toute action s’accompagne logiquement de plaisir ou de peine », Aristote.
La passion est comme l’amour, elle est bipolaire. Soit on goute à une ivresse qui semble irréelle, soit on entre dans une phase de dépression.
L’adage annonce qu’entre l’amour et la haine il n’y a qu’un pas, il en est de même pour la passion.
« Il vaut mieux se perdre dans sa passion que de perdre sa passion », Augustin d’Hippone
La passion nous pousse à faire le meilleur de nous-même dans telle activité mais elle est perverse et dévastatrice. Si le but recherché n’est pas atteint, l’Homme se braque, s’énerve et transforme involontairement sa passion en dégoût voire en haine.
C’est un sentiment démesuré, passant d’un pôle à un autre sans difficulté mais en entraînant une souffrance extrême. Si la passion est rompue, l’être est perdu, noyé dans l’incompréhension et dans la détresse ; cherchant une main pour l’aider, le tirer vers le haut et non continuer de creuser son désespoir.
« Si je laissais la passion pénétrer dans mon corps, la douleur viendrait rapidement à sa suite », Michel Houellebecq.
La passion devient alors synonyme de rage et de désespoir. Il faut alors comprendre pourquoi cette source de passion nous dévaste, nous rend si faibles et désespérés. Il n’y a pas de juste milieu, ni de sagesse, simplement un désir d’assouvir cette passion. Elle procure un sentiment de bien-être et de joyeuseté ; en contrepartie, une fois brisée, elle apporte un dégoût à l’Homme, un dégoût tel qu’il en vient à se répugner lui-même et sombrer.
L’espoir fait vivre, malheureusement il ne faut pas oublier son supplémentaire : le désespoir fait mourir…

Texte de Gabodge :

Un instant à Florence

Sur le pas de la porte, elle sentie la chaleur de l’air, l’étouffante atmosphère florentine du soir. Elle décida de rentrer à pied, malgré l’heure. Aujourd’hui, elle se sentait la force pour cet exercice revigorant. Elle tourna à droite et pris la via Mazzini, puis longea les pavés de la via Stella. Elle écoutait les rires des bambini qui courraient les rues, les genoux rougis et les joues sales. L’un d’eux s’arrêta, et doucement, ramassa un gant au sol. Les yeux tout écarquillés du garçon se posèrent sur elle, et timidement, il le lui tendit. Elle le remercia d’un grand sourire, ce qui faisait délicieusement plisser les rides aux coins des yeux. Le bambin parti, elle reprit tranquillement sa route. Un gant… cela lui rappelait ses 17 ans. Comme si c’était hier. Il s’était inscrit au cours de couture, dans le seul but d’attirer son attention. Ce fût chose aisée. A l’examen, il réussit à coudre deux gants, certes, mais tous deux pour une main gauche. En remontant l’allée du marché, elle riait en repensant à ces jours lointains.

Devant l’église S Anastasia, elle fit une pause, un peu essoufflée. Quelle idée de rentrer à pied. Les souvenirs reviennent alors au gallot, et se bousculent. Elle admira les vitraux d’où émanait une drôle de lumière. Qu’il était beau dans son costume. Il ne le portait que pour les grandes soirées. Il n’en avait qu’un. Même s’il jouait de sa popularité auprès des filles, il n’avait pas un sou à l’époque. Elle s’assit sur un banc recouvert de mousse. Il était toujours aussi beau. Les sillons qui creusaient son visage rappelaient chaque détail de leurs soixante années de mariage. Certains s’étonnaient de cette tendresse passionnée qu’ils éprouvaient encore l’un pour l’autre. D’autre l’admiraient. Elle, elle n’y songeait pas souvent, finalement. Ils étaient devenus bien âgés. Leurs corps informent ne leur permettaient plus de finir une balade sans se sentir défaillir.

Elle s’arracha à l’allégresse de la foule, trop épuisante pour une octogénaire, et elle s’éloigna. Dieu avait fait un bien beau cadeau aux italiens : une grande imagination, et ce pour qu’ils ne voient pas le monde comme il était, mais comme il eussent aimé qu’il fût. Les larmes aux yeux, elle revivait la soirée de leur première étreinte. Tout le long de la fête, elle n’avait cessé de s’assoir sur ses genoux, pour montrer à toutes les jeunes filles présentes, qu’il était sous son emprise. Tard dans la nuit, quand l’air devenait davantage respirable, ils s’étaient promenés côte à côte. Enchanteresse, avait-il dit. Et il l’avait embrassé, tous deux émerveillés par ces émotions nouvelles. Elle gagna la piazza de Celestino, et s’engagea sur la costa S Giorgio. Sa main droite tremblait légèrement. Que cela pouvait l’agacer. Il ne valait mieux pas y penser. Elle levait les yeux et n’entendait rien perdre des détails architecturaux qui rendait la ville de Florence si prestigieuse. Lui aussi il aimait cet endroit. Avaient-ils tant de goûts en commun ? Oh non, se dit elle, esquissant un sourire. Il aimait à la contrarier sur un point, il cultivait une aversion toute particulière pour les plantes. Seules quelques-unes avaient pu s’épanouir sous la véranda, échappant aux scènes de ménage répétitives à ce sujet. Continuant sa route, elle salua d’un hochement de tête de vieil Angelo, encore plus âgé qu’elle.

Sa promenade s’achevait via Cosseria, où elle décida d’oublier sa nostalgie et se perdit dans les captivants problèmes qu’offrait sa perspicacité de gourmet. Les fragrances d’ail et de poisson n’avaient aucun secret pour elle. Elle reconnaissait la douce odeur du risotto cuisiné par l’homme dont elle était éprise. Elle avait d’ailleurs tout de suite distingué l’odeur lourde et entêtante que dégage le poivron cuit à l’étouffé. Seul un parfum lui échappait, elle en était confuse. Cependant, cela n’enlevait rien à l’enchantement de l’odorat qu’elle vivait au quotidien, aux côtés d’un mari cuisinier. Le plaisir de déguster de bons plats ne passe jamais. « Mia Cara, te voilà », murmura-t-il lorsqu’elle se montra dans l’encadrement de la porte. Il la contempla un instant, puis la serre dans ses bras, un énorme bouquet de coquelicots à la main.

« L’amour est une passion qui enivre et qui fait oublier tout ce qui n’est pas elle. » CJB Bonnin

Texte de MadWill :

PASSION

La Passion… La Passion, cette douce folie qui amène l’homme à n’être que chose sentimentale et destructrice. La Passion comme moteur de la mort de la raison, la passion comme arme contre les autres mais aussi comme moyen pour s’accomplir. La mienne, c’est l’écriture. Bonjour. J’écris, pour m’exprimer oui, mais surtout me délivrer de cette peur existentielle qui m’envahit à chaque moment difficile de ma vie. Écrire, ce n’est pas simplement jeter des mots sur le papier. Écrire, c’est réfléchir au présent, au futur comme au passé. Réfléchir sur des questions personnelles, philosophiques ou tout simplement sur des thèmes de la vie quotidienne. Réfléchir, en fait, à n’importe quel sujet qui me traverse l’esprit. C’est aussi parler avec moi-même, trouver des explications, faire jaillir mon inconscient sur la page blanche de mon ordinateur pour enfin savoir ce que cette partie si mystérieuse de moi-même pense.

La Passion est souvent synonyme de mort ou de déraison, mais elle me permet au contraire de vivre. Elle prend bien des formes, du génie à la folie en passant par l’amour. Elle peut n’être que rage destructrice si elle fait face à une force contraire mais peut également être un levier formidable engendrant une force qui n’est en nul point comparable aux autres. Car c’est bien de passion dont je parle : en amour, elle peut permettre d’avoir la force de faire des exploits pour l’autre, en écriture, elle donne l’envie de créer de jolis textes, d’écrire de belles choses dans cette langue magnifique qu’est mon français natal.

Bien sûr, je ne peux parler que de mes passions, passées ou présentes. J’ai commis des erreurs dans le passé, poussé par une envie fulgurante et passionnée, envie qui m’a dépassé et perdu. Seules les affaires du domaine de l’émotion, liées au cœur, peuvent être qualifiées de passion car elles vont souvent à l’encontre de ce que dit la raison. La définition même de la passion, à mon avis, réside dans cette confrontation entre le cœur et le cerveau, fidèle représentant de notre raison, qui réfléchit et analyse l’environnement, nos interactions avec les autres et finalement, notre propre personne. La passion ne fait jamais que détruire cette alliance avec cette partie de nous-même qui n’a de cesse d’être critique envers autrui. Cette division de l’être n’induit qu’erreur et folie, mais est parfois à l’origine de grandes œuvres. Chacun, à travers ses sentiments, se divise d’abord soi-même avant de diviser l’autre. Mais la plus forte, la plus redoutable alliance qui puisse être pour un être humain arrive lorsque la passion, c’est-à-dire le cœur et la raison s’accordent sur un sujet. Il en résulte une volonté sans faille qui doit désormais faire face à autrui. Une nouvelle épreuve pour cette alliance d’un être passionnée avec lui-même. La confrontation avec les autres stimule l’être grâce à l’échange et la communication. De nouveaux éléments, sur la concrétisation de l’objet source d’accord apparaissent et permettent son développement. Cette passion-là est pour le moins positive et se retrouve à l’origine de tout ce qu’il y a de plus beau sur notre planète.

Mais malheureusement, d’autres formes de passions existent. Des passions plus sombres, des passions plus violentes, qui font souffrir à la fois l’être qui les intègre et ceux qui l’entourent. Elle part bien souvent de la précédente forme, brillant de mille feux, rayonnant sur le monde et partageant la joie qu’elle procure. Mais un événement du quotidien, une pensée, une réflexion sont autant de petits éléments qui peuvent créer une ombre qui se transformera en crépuscule à mesure que la prise de conscience avance. Cette faille de la « passion joyeuse » est intrinsèque et se cache partout, quel que soit le domaine dans lequel la passion s’exprime. Une passion est une force de par son côté motivant, mais peut aboutir à une haine profonde, à une rage des plus dangereuses pour l’Autre. Cette passion devient alors une arme mortelle et engagée dans un but qu’elle n’avait pas avant. Elle se combine alors à la pulsion, qu’il faut impérativement évacuer. Et tous les moyens sont bons puisque les pulsions sont par définition, incontrôlables. De la violence cachée du sport à la concrétisation mortelle, il existe de

nombreux barreaux sur l’échelle de la catharsis. Tous ne sont pas égaux en efficacité. Le théâtre et le cinéma, comme les jeux-vidéos, vident la tête mais ne font que remettre à plus tard la recherche salvatrice d’une réponse à ces pulsions. Le sport fait que l’on se sent mieux, nous relaxe tout en nous fatigant. Mais par la suite la réflexion est bien plus efficace, bien plus concentrée et en fait, bien plus constructive. Le sport comme solution à la « passion noire », aux pulsions qu’elle engendre. La boxe canalise la violence brute par exemple, alors que la course à pied canalise la pulsion en faisant appel à une violence mentale.

Alors, le sport est-il le moyen ultime réunissant les parties contraires d’un même être, réussit-il à canaliser les pulsions ? Sans doute… Mais à mon humble avis, la musique répond bien plus aux attentes. Elle s’adresse en effet directement aux émotions tout en faisant appel à la réflexion, entre la mélodie et les paroles. La musique prend les émotions et les amplifie si bien qu’elles débordent de l’être en terrassant l’auditeur. Elle prend ses émotions les plus extrêmes pour ne lui rendre que les plus douces, les plus bénéfiques. Bien sûr, chacun a sa propre musique, il existe un nombre incroyable de genres différents et l’effet décrit précédemment ne fonctionne pas de manière systématique avec tous les styles ni avec toutes les personnalités. Il intègre beaucoup de paramètres différents, allant de la personnalité intrinsèque de l’être à la composition et aux paroles elles-mêmes. La musique, apparemment inutile – après tout, que produit-elle de concret ? – est en réalité essentielle à notre développement, à notre équilibre mental. La musique rassure, la musique nous grandit dans nos émotions. La musique nous aide au quotidien à surmonter les problèmes. Elle peut même être utile à la création dans d’autres domaines, par exemple en favorisant la concentration – les étudiants savent de quoi je parle.

C’est pourquoi l’on doit tant aux passionnés de ce domaine, que j’admire profondément. Les musiciens partagent leur passion de la meilleure façon qui soit : une passion, qui allie coeur et raison et communique une émotion à autrui. Cette passion rassemble bien plus que les autres ne le font : non seulement les passionnés d’un style se rassemblent entre eux, ce qui peut sembler normal, mais en plus leur musique est un pont vers ceux qui ne sont pas nécessairement passionnés par ce domaine. Elle convertit plus rapidement que les religions et aujourd’hui, elle est bénéfique dans ce monde où tout va toujours plus rapidement, dans ce monde en ébullition, où les messages arrivent de partout, par milliers, en permanence. La musique unit en créant une bulle protectrice qui nous isole du reste du monde, au moins pendant un petit moment.

La Passion prend des formes diverses et variées, ses conséquences sont innombrables et touchent tous les domaines. Elle a permis les plus grandes découvertes, a été à l’origine de bien des innovations utiles à l’Homme, à la société et à notre planète. Mais la Passion comporte un danger intrinsèque, la pulsion. Et c’est la raison qui nous pousse à l’utiliser pour en faire quelque chose de constructif. La musique reste un moyen efficace pour lutter contre les pulsions. Mais attention, Passion et Pulsion sont des moteurs qui peuvent être destructeurs mais qui ne vont pas nécessairement de pair. La passion raisonnée résiste à la pulsion, qui se canalise de plusieurs manières différentes, grâce à la musique ou au sport notamment. Vive les passionnés, qui font avancer le monde tout en lui permettant d’aller mieux. Vive la Passion, et vive la musique salvatrice…

Texte de Maya :

Passion

L’objet de toutes mes attentions est carré. Ou rond selon les saisons. Il se teinte de bleu, de jaune ou d’ambré, grossit, rétrécit, au gré de ses envies.
Parfois il se laisse approcher, souvent il reste caché, regarde le monde depuis là où il est.
Quand j’essaie de l’attraper, il s’enfuit. Et quand j’y parviens, comme du sable il se délite et glisse entre mes doigts. Quelle sensation extraordinaire ! Que donnerais-je pour ressentir ça une nouvelle fois !
Il est toutefois très attachant, presque séduisant parfois, il se joue de tout et de moi.
Mais je sais que jamais il ne me quittera, qu’il sera toujours auprès de moi quoi que je fasse, où que j’aille, qui que je devienne. Et je resterai moi, car il sera là. Et qu’il est une partie de moi, et que je donne tout pour lui.
Voilà ce qui m’anime dans la vie, ce qui me meut, ce dont je ris. Je ris de moi et de lui, je lui tends la main quand il me le dit, je ne vis que pour ça, que pour lui.
S’il veut devenir vert aujourd’hui, je lui donnerai tout le vert de mon cœur et de mon âme pour qu’il en soit empli. S’il change d’avis et qu’il opte pour le gris, qu’il en soit ainsi !
Et moi dans tout ça, qui suis-je ? Une partie de lui, et pourtant je vis. Mais je mets ma vie au service de ses envies, et si un jour il me le dit, j’offrirai ce qui me reste de forces et de vie pour sa vie à lui.

Texte de PV :

Si par hasard, tu me lis

La vie est une histoire d’arrachement. Elle apparaît en nous arrachant du ventre de notre mère. Elle nous apprend à vivre avec le manque, et nous dérobe ceux que nous aimons. Elle disparaît enfin dans le même fracas et nous arrache à nos proches. La passion nous permet de recoller les morceaux et d’oublier cette fatalité. Une force ineffable, comparable au vent qui plie les arbres, au grondement du tonnerre au loin. La passion vit en nous – dans nos pensées et nos actes – de façon paradoxale. Elle nous fait souffrir ou aimer, nous lie ou nous déchire.

Elle se nourrit des éclats de rire de la personne aimée, de ses mouvements et de ses mots. J’écris ces lignes pour essayer de la décrire, mais elle m’enveloppe peu à peu d’une ombre transparente qui trouble l’idée que je peux avoir d’elle. En réalité, voilà peut-être l’essence même de la passion : elle se vit mais ne s’explique pas. Nous l’observons, nous la fuyons ou nous la vivons, mais nous ne devons pas la décrire.

La passion est mobile mais s’inscrit considérablement dans le regard. Regardons-nous ! J’aime le regard de celle ou celui que nous retrouvons après des mois d’absence. J’aimais tant ton regard que je n’ai jamais su interpréter…

Texte de R.K. :

mon cœur distrait toute pensée

fait de ma folie

sa plus grande œuvre

mon monde redessine

sa gravité

autour de la courbe de tes lèvres

la violence de mes amours

nourrit et détruit

tes espoirs et ma vie

mon corps réclame une ile déserte

un calme glaçant

des retrouvailles

mais tu transperces

amour et raison

et tu embrases

cœur monde et corps.

Texte de Savinien :

Réflexion sur la passion

Il est assez incroyable de constater que lorsqu’on entend le mot « passion », la première chose que cela évoque en général est l’amour tendre, torride et tumultueux. La passion est souvent réduite dans l’imaginaire collectif à la fougue de la jeunesse – comble du glamour –, à cet emportement qui rend notre vie passionnante. Pourtant, l’étymologie raconte une autre histoire : la passion, c’est avant tout la souffrance. Et les exemples de passions malheureuses ne manquent pas vraiment.

Roméo et Juliette ? Le comble de la passion, me direz-vous. Mais pour rappel, Roméo se tue en croyant Juliette morte, et Juliette à son réveil se tue en voyant Roméo mort. Ou peut-être est-ce l’inverse, pour ce que cela change à l’absurdité du dénouement …

Cyrano de Bergerac, bel exemple de victime d’une passion interdite, se met sans cesse en danger pendant la guerre pour aller poster à Roxane des lettres qu’il ne peut même pas signer de son nom. Cyrano qui, lorsque le séduisant compère qui lui sert de masque décède, renonce pour toujours à exprimer ses sentiments et les étouffe pendant des années.

Les Hauts de Hurlevent ? Les passions n’ont même pas le bon goût de s’y revêtir entièrement des apparats de l’amour ; le roman est sombre, elles y sont essentiellement vengeresses.

Une dernière preuve si besoin est que le mot « passion » ne renvoie pas (uniquement) à d’extraordinaires histoires d’amour mais aussi à la douleur : « la Passion du Christ », c’est le récit des derniers jours de sa vie, depuis son arrestation jusqu’à son exécution en vue de racheter l’humanité. Et entre-temps, il n’a pas vraiment eu le loisir de faire des folies avec Marie-Madeleine. La passion au sens biblique du terme, c’est donc accepter la souffrance suprême qu’est la mort … par amour pour autrui. Est-ce là qu’il faut chercher le lien entre ces deux définitions a priori opposées, entre la passion passionnée et la passion qui suscite la compassion ?

Dans la religion chrétienne, Jésus aurait accepté de mourir pour sauver les Hommes. Quel rapport avec une banale histoire d’amour, quel rapport même avec la passion qu’on peut vouer à un sujet, à une activité, à une cause ?

Ce point commun, c’est la priorité donnée à une entité autre sur notre propre bien-être, sur notre personne, sur notre petitesse. Par ce sacrifice, l’humain s’élève subitement à une hauteur supérieure. C’est cela – la passion élève. Elle élève lorsqu’on se dévoue corps et âme à un objectif qui nous dépasse, lorsqu’on s’engage totalement et entièrement dans un combat, lorsqu’on se laisse guider par une force extérieure. Elle élève l’amoureux transi qui en acceptant un « On peut parler ? » interrogatif accepte sa conséquence potentielle, le « Il faut qu’on parle. » impératif. Elle l’élève d’autant plus qu’il sait que plus il goûtera à la plénitude des cimes sentimentales, plus la chute risquera d’être violente. Elle élève encore lorsque l’on met ses intérêts de côté pour satisfaire ceux d’un être aimé ou d’une cause supérieure.

La passion mêle en un même mouvement les hauts et les bas, l’euphorie et le désespoir, la plénitude et la souffrance ; mais toujours la passion, dans tous les sens du terme, nous rend plus grands, plus forts, plus nobles. Etre passionné, c’est finalement croire que lorsqu’on cesse de vouloir mourir d’amour (pour une personne comme pour une cause) alors la vie cesse de valoir la peine d’être vécue. Est-ce réellement un mal, dans un monde de plus en plus indifférent à tout ?

Texte de Skaikru :

L’ambiance était parfaite. Un mélange de musique, de rires et d’alcools semblait dire à cette journée de printemps qu’elle était là pour durer. J’allais le coeur léger au milieu de la foule. Le vent faisait voltiger mes cheveux, le soleil était comme un invité de marque après ces longues semaines de pluie.

La nuit tombait. Et je l’ai vu. Et la nuit s’est embrasée.

Elle était stupéfiante. Bien-sûr que je la connaissais, bien-sûr que j’avais déjà remarqué ses traits parfaits et ses lèvres couleur coquelicot. Mais à cet instant, à cet instant précis, c’était comme ouvrir les yeux sous l’eau et distinguer tout de même chaque détail. Quelle douce apparition pour moi, pauvre mortelle. Eussé-je montré ma stupéfaction, je serais tombée en extase à genoux sans pouvoir rien faire.

Ressaisis-toi

Je pensais connaître le feu de la passion, mais jamais je n’avais eu cette impression de plénitude totale, pourtant si exaltée. Et je jure que par deux fois en une vie je ne pourrais trembler aussi fort. Puis l’angoisse de l’inconnu

Qu’est ce qu’il m’arrive ?

J’en avais lu, des histoires d’amour, des lignes passionnées. J’avais ressenti tout ça ! Mais cette fois-ci, mes battements de coeur n’accéléraient pas. Le rouge ne me montait pas aux joues, je n’ai pas eu chaud, puis froid. Le sol était toujours bien là sous mes pieds. Je suis restée sans voix, ébahie, éblouie. C’était une soirée hors du temps, hors de celle que je pensais être et avais toujours été. Quelque chose était différent, sans que je sache quoi. Quelque chose avait changé sans crier gare. Ce n’était pas de la joie, c’était un shot de douleur béate. Une plaie béante qui laissait entrer en moi des émotions insoupçonnées. Et, je me rappelle quand plus tard j’ai réussi à trouver des mots assez puissants pour décrire cette douceur mélancolique, seule cette phrase m’est venue :

« Je ne sais plus qui je suis, ce que je suis, parce qu’à chaque fois que je la vois, j’ai envie de pleurer tant elle est belle.»