Environnement: Transition en panne ?

Environnement: Transition en panne ?

Mardi 28 août 2018, Nicolas Hulot annonçait sa démission, au grand étonnement des journalistes et auditeurs, faute d’une annonce préalable. L’ancien Ministre de la Transition écologique et solidaire dénonçait un manque d’ambition du gouvernement dans le domaine de l’écologie et plus largement un manque de soutien général pour la cause environnementale, pourtant urgente à l’heure actuelle. Nicolas Hulot énonçait alors un bilan écologique déplorable sur les grandes préoccupations, comme la réduction des gaz à effets de serre non amorcée, ou un modèle agricole nocif pour la nature. La raison principale à cette stagnation résiderait dans les contradictions des priorités économiques, financières et environnementales.

Devant ces contradictions pointées du doigt par Nicolas Hulot, devons-nous croire que nous sommes entrés dans une impasse écologique ?

La réponse est non. Nous avançons certes suivant une méthode bien connue des Européens, appelée les « petits pas », sans pour autant signer l’arrêt définitif des progrès écologiques. Si le gouvernement semble être à l’heure actuelle en panne sur la question, le secteur privé semble sérieusement commencer à se mettre « en marche ». Les grandes entreprises industrielles françaises, qui par leurs tailles et activités ont de lourdes responsabilités dans l’empreinte écologique semblent préparer la transition en mettant sur le marché des biens de consommation plus écologiques.

Le géant du stylo à bille se met au recyclage

C’est le cas du géant industriel français Bic, roi du stylo à bille présent sur les 5 continents et dans 162 pays, qui s’est récemment associé avec Terracycle, entreprise spécialisée dans le recyclage afin de lancer ensemble un programme de collecte et de recyclage d’instruments d’écriture pour la fabrication de nouveaux produits d’usage courant tels des pots à crayon, des corbeilles à papier, ou encore des arrosoirs.

Renault en transition ?

L’industrie automobile, longuement critiquée pour son impact écologique développe désormais les modèles de voiture électrique. Renault, par exemple, prévoit de faire de la France un pôle d’excellence dans ce domaine et lance un investissement d’1 milliard de dollars prévu à cet effet. Le constructeur envisage de produire 8 modèles électriques et 12 modèles électrifiés d’ici à 2022, de quoi offrir plus de choix au consommateur afin de l’encourager à acheter des véhicules électriques et participer à la réduction des gaz à effets de serre.

S’habiller à proximité 

Parmi les industries les plus polluantes, figure l’industrie textile qui émet l’équivalent d’environ une tonne de gaz à effets de serre chaque année. Une des raisons à cela est qu’avant d’être livré en magasin, le vêtement a déjà fait plusieurs fois le tour du monde. Faire attention à l’origine du vêtement est ainsi déjà un premier pas. Les labels France Terre Textile et Origine France garantissent que l’article a été produit à 75% en France pour le premier et 83% pour le second. Nous pourrons par exemple citer quelques marques fabriquant leurs vêtements en France comme les fameuses chaussettes alsaciennes « Labonal », les marques de prêt à porter « Rue de L’abbesse », « Mamouchka », les jeans de la marque 1083, le fabricants de pulls en matière recyclée « plus de pulls », « Le slip français » pour les sous-vêtements,…

La transition écologique est un processus qui nécessite nombreuses recherches et innovations afin de transformer notre économie et notre quotidien. Nous ne pouvons effectuer en une année les changements qui auraient sans doute dû être amorcés bien avant la prise de conscience écologique générale. Continuons ainsi d’encourager ces entreprises qui innovent et participent à l’élaboration des solutions de demain et ne baissons pas les bras, car l’heure est grave.

Le véganisme : entre radicalisation et paradoxes

Le véganisme : entre radicalisation et paradoxes

Vitrines brisées, façades taguées de rouge, magasins vandalisés…depuis quelques mois, certaines boucheries et poissonneries sont victimes d’une mystérieuse série d’attaques. Les auteurs présumés, des adeptes du mouvement vegan, n’ont qu’une revendication : « stop au spécisme ». Mais le spécisme, qu’est-ce que c’est ? Une idéologie selon laquelle, le fait que l’être humain soit supérieur aux animaux justifierait le massacre de ceux-ci et leur présence dans nos assiettes. Si le fond mérite débat, la manière dont il est mené interroge.

Une montée en puissance du mouvement

Profitant d’une vague de surmédiatisation, le mouvement vegan mobilise les foules et s’en prend davantage aux petits commerces et aux monuments publics. Ce militantisme n’a pour but, à défaut de ternir l’image de ceux qui, libre d’adopter ce régime alimentaire et de se passer de tout élément animal, de terroriser et d’imposer ses vues sous couvert de bon sentiment. Il faut, selon les extrêmes, passer à l’action quitte à écoper d’une condamnation pour « apologie du terrorisme ».

Les défenseurs les plus radicaux de la cause animale rentrent parfois dans une logique extrémiste. En effet, l’usage de plus en plus croissant des réseaux sociaux a facilité sa dérive vers l’extrême.

« Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? Pas moi, j’ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice », ces quelques mots postés quelques jours après l’attaque terroriste du Super U de Trèbes ont suscité l’actualité en mars dernier, ce message posté quelques jours après l’attaque terroriste du Super U de Trèbes, a été suffisant pour condamné son auteur, une militante pour la cause animale à sept mois de prison avec sursis. Mais cela ne s’arrête pas là.

Depuis peu, les choix individuels d’une minorité tentent de s’imposer par la voix politique. En Belgique, DierAnimal prône une vision éthique et durable dont l’humain n’est pas le centre d’intérêt unique. Encore plus surprenant, le Parti des Animaux a remporté, en mars 2017, 5 sièges à l’Assemblée Nationale.

D’où vient le véganisme ?

Le mouvement, créé par le Britannique Donald Watson dans les années 1940 se voulait au départ pacifique. « Le véganisme est la doctrine selon laquelle les humains doivent vivre sans exploiter les animaux ». Ses adeptes adoptent un mode de vie à part entière : ils ne consomment aucun produit d’origine animale autant sur le plan alimentaire que vestimentaire et sanitaire (vêtements, médicaments etc).

Une radicalisation du mouvement qui prend de l’ampleur

Tous défendent la même idéologie mais les actions de sensibilisation divergent. Les sympathisants du mouvement se déchirent principalement en deux courants : les pragmatiques adeptes des petites actions, et les seconds, qui estiment que tous les moyens sont bons pour mettre fin à la domination des humains sur les animaux.

L’association la plus connue reste L214. Celle-ci fait reposer son action sur deux axes : la publication de vidéos chocs enregistrées dans des abattoirs tournées clandestinement et une négociation avec les élus et le monde industriel pour obtenir des avancées concrètes. Désormais considérée comme trop modérée et trop minimaliste, d’autres mouvements adoptent des méthodes plus radicales. Très connue en Angleterre et un peu moins dans l’hexagone, l’Animal Front Libération, née en 1970 est connue pour ses actions violentes (lettres piégées, sabotages, incendies) et va jusqu’à se définir comme mouvement ecoterroriste. En 1982, ils sont les initiateurs de l’envoi de lettres piégées aux quatre grands partis du Royaume uni ainsi qu’au Premier Ministre Margaret Tatcher. Mais l’ALF appartient au passé.

Encore plus contemporaine, l’association 269 Libération animale est connue pour ses actions assez excessives, et dont les pratiques sont à la limite de la légalité. « Quant aux bouchers, leur sort est réglé avec la même logique, vous participez à un système injuste, vous en subissez les conséquences » estime Tiphaine Lagarde, la présidente.

Un mouvement encore fragile

Ces deux associations ont pourtant le même but mais pas les mêmes moyens, ce que reproche Brigitte Gothière, président de L214 : « Nous nous attaquons à des pratiques, et à un système, pas à des personnes. Avec les vitrines, une ligne a été franchie ». Ce mouvement encore assez peu adopté population ne serait-il pas plus performant en adoptant un plan et des moyens uniques ? Et si possible, en toute légalité ?

N’est-il pas également surprenant que certaines associations arrivent à une lutte violente pour défendre un point de vue qui se veut, à la base, non violent ?

Au-delà d’une radicalisation croissante et de nombreuses divergences, les adeptes doivent faire face à d’autres critiques. Selon Marianne Celka dans Vegan Order, une minorité supporterait mal un fait paradoxal : le capitalisme actuel, dévoreur de chair animale dénoncé par les militants de l’anti-spécisme propose désormais des produits vegans : burgers, chili con carne etc. Certains vivent donc la hype végan comme une trahison aux idéaux de base. Tiphaine Lagarde admet d’ailleurs que le mouvement comporte beaucoup de dérives. La société commence à réagir. Mais concrètement il n’y a pas d’effet : les abattoirs fonctionnent toujours à plein régime, les grands groupes de l’exploitation animale annoncent des chiffres d’affaires en hausse ».

Le mouvement vegan doit donc faire face à de nombreuses critiques, non pas pour ses convictions mais pour les moyens menés. Les actions réalisées par certaines associations ne font que ternir l’image des adeptes, souvent stéréotypés et considérés comme à part. En France, pas moins de 4% des Français déclarent pratiquer un régime vegan dont 47% de moins de 6 mois selon une enquête du cabinet Harris. S’il est difficile d’évaluer leur nombre, la manière dont ils occupent le terrain médiatique laisse augurer que ce mouvement n’en est qu’à ses débuts.

 

Entretien de Jean-François Battesti

Entretien de Jean-François Battesti

Entretien de Jean-François Battesti
 Diplômé de l’ESC Toulouse en 1976 et Dirigeant Fondateur du Groupe RH PARTNERS

 

Jean François Battesti, est dirigeant fondateur du Groupe RH PARTNERS, spécialisé dans le recrutement, la gestion de carrière et les projets RH.
Je souhaite le remercier chaleureusement pour avoir accepté de se prêter au jeu des questions réponses.
La première partie de l’entretien est consacrée à son expérience en tant qu’étudiant à l’ESC Toulouse, la deuxième partie s’intéresse à sa vie professionnelle.
La vie à TBS
De quelle génération êtes-vous ?
Vous vous êtes de la génération Y, la génération Z arrive aujourd’hui, moi je suis de la génération ABC si je puis dire. C’est une génération assez traditionaliste qui a vécu les 30 glorieuses. On est né dans une période de forte croissance et quand je suis arrivé à l’ESC, c’était pour qu’on commence à nous parler du chômage, de l’inflation, de la crise du pétrole, de la crise économique.  Un monde qu’on ne connaissait pas. On m’a appris pendant 3 ans à l’ESC Toulouse à gérer la croissance et quand je suis arrivé sur le marché du travail il fallait que j’apprenne aussi à gérer la crise.
L’ESC Toulouse était-elle dans les mêmes locaux qu’aujourd’hui ?
L’ESC Toulouse était située depuis ses débuts au 32 rue de la Dalbade. Les bâtiments dans lesquels nous nous trouvions avaient servi d’hôpital au Moyen-âge avant de devenir l’hôtel Saint Jean, l’hôtel des chevaliers de Malte. C’était un monument classé historique qui était très vétuste mais très riche au niveau culturel. Aujourd’hui ils ont découvert qu’il était bâti sur un cimetière. Nous étions donc sans le savoir sur l’un des grands gisements de l’histoire.
Les promotions étaient-elles aussi importantes qu’aujourd’hui ?
Les promotions étaient de 100 personnes. Il y avait globalement une centaine d’étudiants par années plus les classes préparatoires qui étaient dans le même bâtiment mais à l’étage au-dessus.
En prépa nous étions environs 200 et quand nous avions la chance de réussir le concours nous descendions d’un étage pour nous retrouver à l’ESC Toulouse.
Comment était la prépa à l’époque ?
Moi j’ai fait ma prépa juste au-dessus de l’ESC Toulouse. A l’époque 90% des préparationnaires de ma prépa passaient uniquement le concours de l’ESC Toulouse. Il n’y avait pas 3 filières comme aujourd’hui (voie ECE, ECS ou ECT) mais une seule. Aussi les bacheliers des voies économiques et scientifiques se retrouvaient dans la même classe ce qui désavantageait les voies économiques à cause du décalage de niveau en math.
Les deux matières principales et vraiment importantes étaient les mathématiques et la philosophie. Il y avait aussi histoire-Géographie et les langues. La prépa ne durait aussi qu’un an même si nous avions le droit de redoubler.
Cela signifie que vous n’avez plus fait d’économie en prépa ?
Tout à fait.
Comment était la vie étudiant à l’ESC Toulouse ?
C’était de grandes vacances. Autant nous en avions bavé pendant la prépa autant l’ESC était la découverte d’un monde nouveau avec des exigences nouvelles. De plus nous étions devenus intelligents auprès des autres, nous étions nous disait-on les futurs cadres de la nation. On savait aussi un petit peu en jouer.
Y-avait-il comme aujourd’hui autant de femmes que d’hommes en école de commerce ?
Il n’y avait que 30% de femmes. Elles étaient sympas, il arrivait parfois qu’elles soient jolies. Quand je passe devant TBS aujourd’hui je me dis que c’est autre chose…
La vie associative était-elle aussi riche qu’aujourd’hui ?
Je ne saurai pas la comparer à aujourd’hui mais il y avait un certain nombre d’associations. Il y avait bien sûr la Corpo (l’équivalent du BDE), et puis il y avait l’AIESSEC qui était une association internationale qui avait pour but de mutualiser les échanges d’étudiants transnationaux. Nous avions pour charge de leur trouver des stages pour qu’ils puissent rester quelques temps en France et ils faisaient de même pour nous. Il faut savoir qu’à l’époque nous n’avions pas du tout cette connotation internationale qu’ont les écoles aujourd’hui. Il y avait aussi un certain nombre d’associations sportives.
Etiez-vous un étudiant studieux ?
En prépa j’étais obligé de l’être. Ensuite en école j’étais studieux juste ce qu’il fallait. Il y avait des cours qui me plaisaient comme la gestion, d’autre pas du tout comme la compta. J’ai d’ailleurs eu 4 en compta au concours de sortie. On faisait juste ce qu’il fallait.
Quels types de soirées aviez-vous ?
Les soirées officielles se passaient à l’intérieur de ce que nous appelions « La Cave ». C’était une salle au sous-sol, voutée et en brique rouge. Il y avait tout : le bar, la sono, une piste sur laquelle on dansait, des tables sur lesquelles nous jouions on tarot et autres. Ce n’était pas très grand mais très festif, très bondé et très enfumé (car nous fumions tous à ce moment-là).
La Cave était ouverte entre midi et deux. Après manger nous allions prendre un café ou une bière à la cave avant de repartir en cours à 14h.
La Cave était aussi ouverte certaines soirées. Il y avait alors de vraies boumes. Elle avait tellement bonne réputation que des étudiants d’autres filières y venaient.
J’imagine que le peu de jeunes filles à l’ESC Toulouse vous incitait à en inviter d’autres.
Il fallait bien nourrir le vivier ! Nous allions donc aux soirées d’infirmières et de droit ou nous les faisions venir à la Cave.
Vous aviez aussi alcool à volonté dans la Cave ?
Oui, il y avait des problèmes d’alcool mais il n’y avait pas de problème d’approvisionnement d’alcool.
On pouvait boire à volonté et on pouvait aussi conduire à volonté. Il nous est arrivé de conduire dans un état second. C’est quelque chose qui paraîtrait inimaginable aujourd’hui.
Aviez-vous aussi des campagnes ?
Oui, il y avait de vraies campagnes électorales, fort animées, avec les slogans, les programmes, les affiches et ensuite l’animation qu’il fallait pour convaincre le public.
Une tranche de vies des campagnes à nous partager ?
Nous étions une bande de copains, de déconneurs et nous avions décidé de nous présenter non pas pour gagner mais pour foutre le boxon et mettre la honte à tous ces coincés. Parce qu’il y avait des gens sympas mais il avait aussi des petits c*** arrogants, péteux et vraiment insupportables.
On avait un copain qui avait un coup de crayon fabuleux. Il nous a donc émaillé les campagnes de ses dessins. On passait des nuits entières dans l’école à produire nos slogans.  L’école étant fermé nous laissions les fenêtre le soir en partant et revenions la nuit en faisant le mur, mais pour rentrer dans l’école cette fois-ci. Le matin tous les étudiants voyaient nos affiches et slogans partout sans savoir d’où ça venait.
Le point d’orgue a été lorsque nous avons dû présenter notre programme dans la salle capitulaire. Une salle voutée et très élégante où se déroulait spectacles et discours. Lorsque notre tour est venu on a dit des trucs très cons avec un air très sérieux puis on a pris un tuyau d’arrosage et on a aspergé tout le monde.
Quels étaient les événements marquants de l’année outre les campagnes ?
Il y avait le bal de l’école. C’était une grande manifestation qui se déroulait une fois par an et qui au niveau toulousain était très réputée pour faire venir du beau monde. On faisait venir des artistes assez célèbres (nationaux du type Johnny), Il y avait 2000 ou 3000 personnes dans les locaux de l’ESC. C’était très chic, très prisé.
Il y avait aussi le bizutage qui était très sympathique. J’ai d’ailleurs été grand maître bizuth.
Une dernière anecdote sur l’ESC Toulouse ?
J’ai connu le premier professeur de marketing de TBS. Il faut savoir qu’à l’époque le marketing était tout nouveau pour nous et venait de débarquer tout droit des US. Notre professeur de marketing était quelqu’un de très brillant mais qui était complètement à l’ouest. Il avait une piaule à l’école et un matin il a été appelé et est descendu à l’école en pantoufle et en pyjama pas vraiment réveillé. C’était assez potache.
Pas mal d’étudiants trouvent que les cours à TBS ne leur apprennent pas beaucoup de choses qui leur seront vraiment utile dans le monde du travail. Qu’en pensez-vous ?
A votre âge je pensais exactement la même chose, mais en tant que chef d’entreprise il y a finalement eu peu de domaines qu’on m’a enseigné à cette époque-là que je n’ai pas eu à mettre en œuvre.  Dans l’entreprise et plus particulièrement dans les positions dirigeantes on a toujours des experts qui travaillent pour nous mais quand on dirige on se doit d’avoir une approche globale de l’ensemble des fonctions. Avoir étudié les différentes disciplines en détail ça aide.
Le réseau des anciens de TBS vous va-t-il été utile dans votre carrière ?
Je crois personnellement que dans la culture Sup de Co (école de commerce) il n’y a pas de vraie culture du réseau spontanée. Je n’en ai jamais usé. Ce n’était pas mon truc. On savait venir me chercher pour des services mais je n’en ai jamais demandé.
Attaquons-nous maintenant à votre parcours professionnel
Racontez-nous ce que vous avez fait au sortir de l’ESC.
J’ai fait Sup de Co pour devenir patron. Je détestais l’autorité alors je voulais être mon propre patron. Dans quel secteur je ne savais pas.
Lorsque j’ai été diplômé en 1976 j’ai fait le MIG qui est l’équivalent de la Junior Entreprise. C’était un groupe d’une dizaine de diplômés encadré par 3 profs et qui faisait pendant un an du conseil en entreprise.
Ce qui m’a plu c’est qu’on faisait encore la fête pendant 1 an tout en gagnant un peu de fric, et j’ai trouvé très sympa de commencer la vie active avec 10 copains.
Aujourd’hui Escadrille fait la même chose et il y a des stages associatifs, mais en dernière année ce stage pourrait nous paraître moins professionnalisant et donc plus risqué pour bien s’intégrer dans le marché du travail.
A l’époque en 1976 il y avait à peu près 3 propositions d’emplois par diplômé donc rien ne pressait. On pouvait donc poursuivre dans ce statut absolument délicieux qu’est le statut d’étudiant tout en gagnant du fric. Les risques étaient faibles et les avantages forts.
Et ensuite qu’avez-vous fait ?
A la sortie du MIG j’ai trouvé un boulot de consultant à Paris. L’objectif de la boîte était de me former à Paris pour ensuite m’envoyer avec un associé à Toulouse pour créer une succursale ici.
La société était spécialisée dans l’organisation industrielle et informatique des entreprises.
Et là je suis tombé exclusivement sur des centraliens, des gadzarts (étudiants des arts et métiers) et des ingénieurs informatiques. J’étais le petit de la bande qui arrivait de province avec un diplôme de commerce. Eux à quelque chose près ils ne savaient même pas ce que c’était un diplôme de commerce.
Là j’ai vécu huit mois qu’on ne vit plus aujourd’hui. J’ai été formé pendant huit mois en double commande avec un consultant senior. J’allais partout où il allait et l’épaulait dans ses tâches. En fait pendant 8 mois j’ai été en apprentissage, peu productif et bien payé.
Puis ils ont créé l’agence de Toulouse et j’y ai travaillé. J’ai alors vécu pendant 3 ans une vie de nomade sur la moitié Sud de la France où j’ai produit de manière intensive et très enrichissante des missions.
Et qu’avez-vous fait ensuite ?
Le 18 juin 1984 j’ai entendu l’appel si je puis dire et j’ai créé ma boîte de conseil en recrutement à Toulouse, dans un 2 pièces cuisine rue Bayard. Je suis parti avec mon téléphone et l’annuaire des pages jaunes et en 2 mois de prospection j’ai rempli la moitié de mon prévisionnel pour l’année. Très vite j’ai embauché une assistante et deux consultants.
2 ans plus tard, en 86, je déménageais dans de vrais bureaux du côté de Basso Cambo. J’y suis resté pendant 20 ans.
Assez rapidement j’ai été le premier franchisé à intégrer ce qui est ensuite devenu un des premiers réseaux nationaux en conseil en recrutement. A l’époque il n’y avait pas internet ni les réseaux sociaux. Tout passait par la presse. Vous ouvriez l’express, le Figaro ou le Monde et vous aviez 42 pages d’annonce. On mesurait l’audience des cabinets de recrutement à la surface des annonces qu’ils vendaient. Et nous en 92 on était le 7e annonceur national.
En 1992 moi et les autres franchises historiques avons décidé de créer notre propre, RH PARTNERS.
Nous étions des patrons régionaux sous la même enseigne bien implantés en province face aux grands cabinets parisiens.
Quelles vont être les évolutions de RH PARTNERS ?
Membre fondateur, je deviens en 2005 l’actionnaire majoritaire du groupe. Aujourd’hui, 10 ans après, je viens de revendre l’enseigne au réseau afin qu’elle soit la copropriété de tous et que la gouvernance soit collective. Ce sera aux nouvelles générations de développer le groupe.
Quels ont été les plus gros problèmes auxquels vous avez été confronté lorsque vous avez créé votre entreprise ?
Partir sans fond initiale. Comment faire en sorte que votre entreprise se développe suffisamment vite pour dégager un chiffre d’affaire suffisant pour rembourser les frais de départ ? Il faut savoir qu’à l’époque faire une levée de fond n’était pas du tout aussi facile qu’aujourd’hui.
En tant que chef d’entreprise quelle est la chose la plus gratifiante ?
J’apprécie énormément l’attachement des salariés à l’entreprise. Chacun est consciencieux et exigeant comme si l’entreprise était leur propre bébé.
Quels ont été vos motivations pour créer votre entreprise ?
J’ai créé ma boîte pour 2 raisons principales. D’une part je déteste l’autorité et j’avais envie d’être mon propre patron. D’autre part je voulais créer un espace de vie professionnel harmonieux où il puisse se passer des choses, où les gens se sentent bien.
Comment voyez-vous votre rôle de manager.
Globalement je suis le garant d’un certain nombre de choses. Les valeurs, le projet et le sens que l’on donne à celui-ci. Il y a peu d’événements où je suis interventionniste parce que d’abord ça m’ennuie profondément et ensuite les gens sont très autonomes et responsables. J’interviens seulement lorsque la ligne jaune est dépassée.
Cet espace de vie (chez RH PARTNERS) ne convient qu’aux gens autonomes. Je n’aime pas les perfusions.
Quelles sont les plus grandes différences que vous observez entre notre génération et la vôtre concernant les attentes professionnelles, la manière de travailler et le rapport à l’autorité au travail ?
Pour ma génération le rapport à l’autorité, l’engagement et la fidélité était fort. Quand on rentrait dans une boite c’était pour faire carrière. Une personne qui changeait de boite tous les 3 ans était perçue comme instable.
Aujourd’hui on est face à des générations Y (les trentenaires) qui ont un rapport à l’autorité totalement différent. Ils vont parler de l’autorité par la compétence, de l’exemplarité, de la notion d’engagement réciproque mais avec la liberté de partir dès qu’ils ne sont plus satisfaits. « Je bosse avec vous et plus si affinité ». Ils cherchent leur investissement et épanouissement au travail par rapport à des objectifs très personnels. Ils se détachent fortement de toute notion de carrière dans une seule et même entreprise. Ils n’ont aucun problème à partir quand ils ont mieux ailleurs ou tout simplement quand ils le veulent.
Ils sont plus intéressés par de vrais projets, notamment dans des structures plus petites et plus souples que les grandes boites.
En bref les jeunes sont souples, mobiles, non fidèles et intéressés par le sens des missions plutôt que par l’entreprise.
Quelles ont été les plus grands changements dans le recrutement entre le moment où vous y êtes rentré (1983) et aujourd’hui, c’est-à-dire 37 ans plus tard ?
J’ai épousé un métier qui était globalement papier crayon. C’était l’artisan, même dans les grosses boites. On est passé d’un métier d’artisan à un métier de cyber-recrutement, digitalisé (mais pas forcément impersonnel).
Il y a eu 2 grosses révolutions :
Il y eu d’abord la rupture technologique. L’apparition d’internet a permis aux entreprises de diffuser leurs propres offres et d’avoir leurs propres CV thèques. Les Job boards (Monster, Cadre emploi) sont devenus des pompes publiques de CV dans lesquelles n’importe quel quidam pouvait puiser. Finalement les réseaux sociaux ont explosé la donne verticale. Tout le monde peut désormais contacter tout le monde, y compris les recruteurs.
Le recruteur n’est plus le pape et le goulot d’étranglement auprès de qui on doit prêter allégeance. D’un monde vertical on est passé à un monde horizontal avec un maillage très complexe. Les annonces presse ont été remplacées par des big data où tous les cv sont partout et où par excès de matière on est dans une jungle de compétence qu’il faut savoir trier.
Ensuite il y a eu la venue sur le marché des Anglo-Saxon spécialisés et des entreprises de Travail Temporaire (ETT), type Hays Michael Page et Randstad. Une loi entérinée en 2005 leur a ouvert le marché des CDI.
Nous nous faisons du conseil en entreprise. On part de l’entreprise pour aller vers le candidat. On analyse le secteur, le contexte, l’organisation, les besoins spécifiques de l’entreprise et d’autres facteurs pour ensuite aller chercher dans la masse de candidats ceux qui répondent le mieux aux exigences de l’entreprise. C’est du sur-mesure, du chirurgical.
Eux Ils partent du candidat pour aller vers l’entreprise. En caricaturant à peine ils vous disent « Vous – voulez un comptable avec 3 ans d’expérience dans l’aéronautique avec des connaissances en Anglais ? », ils regardent dans leur data base, vous sortent 20 profils répondant a priori à ces critères et vous les envoie pour faire votre choix. En bref ils regardent leurs stocks et vous fournissent en conséquence.
Nous nous considérons que pour avoir de bons profils il faut d’abord avoir une bonne compréhension de l’entreprise, de sa culture, de son métier et de son environnement. Notre valeur ajoutée c’est nos consultants, la leur c’est leur data base.
Finalement quels enseignements liés à votre métier auriez-vous à nous transmettre ?
Il y a deux choses que j’ai retenu dans mon métier
D’abord il y a toujours des problèmes humains dans n’importe quelle entreprise, quel que soit sa taille, des problèmes dans l’embauche, l’organisation, les relations etc.  Ensuite il n’y a pas de métiers qui ne sont pas importants dans une entreprise. Si vous en tant que stagiaire faites du mauvais travail c’est un manque de valeur ajoutée pour l’entreprise. Si l’assistante gère mal les dossiers le cabinet se retrouve paralysé. Tous les salariés d’une entreprise sont importants et apportent leur pierre à l’édifice.
Propos recueillis par Nam Delespierre

 

L’ANAS

L’ANAS

Encore un acronyme, encore une association, encore de bons sentiments étouffés par la paperasse française, me direz-vous. Mais l’ANAS ce n’est pas que ça, l’ANAS c’est beaucoup plus et j’espère que mon témoignage vous permettra de changer d’avis sur les institutions françaises et les associations qu’elles soutiennent. Car oui, l’ANAS – ou association nationale d’action sociale des personnels de la police nationale et du ministère de l’intérieur – est une association rattachée au ministère de l’intérieur et non, elle est très loin d’être inutile.
      J’ai eu la chance de pouvoir effectuer quelques stages au centre du Courbat de l’ANAS au Liège en Indre et Loire (37) et c’est donc avec un regard loin d’être objectif –  parce-qu’ un témoignage ne l’est jamais, que je vais vous raconter ce que j’ai pu vivre et surtout observer lors de ces stages.
      En premier lieu, il convient de vous expliquer en quoi consiste cette association : l’ANAS s’occupe de toutes les prestations sociales relatives aux agents du ministère de l’intérieur, mais pas que, tout citoyen peut aussi prétendre à certaines de ces prestations. L’établissement de santé du Courbat est un établissement de « Soins de suite et de réadaptation » qui s’occupe de patients en situations d’addiction à l’alcool et de burn-out, souvent liées à leurs professions. Il accueille des citoyens, pas seulement des fonctionnaires, malades, blessés ou atteints par les accidents de la vie.

 

J’ai eu la chance de rencontrer le personnel de cet établissement et de travailler avec lui. Il m’est apparu de suite que ces gens étaient totalement dévoués à la cause qu’ils défendaient, à savoir le bien-être des patients. Là-bas, tout est fait pour qu’ils se sentent le mieux possible, qu’ils repartent du bon pied et qu’ils redonnent un sens à leur vie, pavée d’embûches et de blessures jusque-là. Ils réussissent petit à petit à retrouver confiance en eux à travers différents ateliers comme des ateliers d’equithérapie, de création, d’art-thérapie, etc. Retrouver une hygiène de vie décente et reprendre le goût au sport fait partie intégrante du processus et leur permet de redorer l’image qu’ils se faisaient d’eux.

 

      N’oublions pas que ces fonctionnaires, que l’on adore détester, consacrent leur vie pour le mieux-être de la société française. Il me semble donc justifié de leur rendre la pareille. Bien que cet article ne semble être ni plus ni moins qu’un éloge peu objectif, il me paraît fondé. On m’a toujours répété que lorsque l’on considérait que les choses étaient bien faites et méritaient d’être saluées, il fallait le faire ; c’est donc ce que je fais ici.

Loren Bousquet

L’égalité des sexes : où en est-on ?

 

We want to end gender inequality. And to do this, we need everyone involved.” Emma Watson. Emma Watson, connue principalement pour avoir interprété Hermione Granger, la meilleure amie d’Harry Potter au cinéma, a décidé de s’engager pleinement pour une cause qui lui tient à cœur : les inégalités de genre, et les discriminations que celles-ci peuvent entraîner. Dans son discours, prononcé en septembre dernier au siège des Nations Unies, elle appelle les hommes à devenir, eux aussi, les défenseurs de l’égalité des sexes et insiste sur le fait que l’inégalité des sexes concerne tout autant les hommes que les femmes.

            Les inégalités de genre sont-elles réelles ? Elles le sont, tout d’abord, à l’école. En France, bien que les filles soient plus nombreuses à l’école comme à l’université et y réussissent mieux, la fréquentation des différentes filières de l’enseignement témoignent d’une forte ségrégation. Les filles sont très nombreuses à étudier les lettres ou les sciences humaines. Les garçons, quant à eux, choisissent davantage les filières scientifiques ou technologiques. Pour justifier cela, les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet développent dans leur ouvrage Allez les filles l’idée selon laquelle ces dernières ont moins confiance en elles que les garçons, qui, eux, surestiment parfois leurs capacités. Bien sûr, il est toujours possible de nuancer ce propos en démontrant que les deux sexes sont représentés équitablement en école de commerce, par exemple. Mais les écoles de commerce ne représentent qu’une petite partie des formations dispensées dans l’enseignement supérieur et ne sont pas représentatives de la réalité. De plus, si le nombre de filles est sensiblement le même que celui des garçons en école de commerce, et qu’elles peuvent avoir de ce fait exactement la même formation que ces derniers, elles seront victimes de discriminations par le biais de leur salaire. Pour un même travail, et avec les mêmes capacités et la même formation, les femmes gagneront en moyenne moins que les hommes. Une partie de l’écart entre les deux salaires reste inexplicable, et pourtant, la discrimination est interdite en France.

            L’inégalité des sexes est aussi manifeste dans le partage des tâches ménagères. Selon une enquête de l’INSEE réalisée en 2009-2010, les femmes consacrent 3h52 par jour aux tâches domestiques. Les hommes, seulement 2h24. Les stéréotypes sont encore bien présents aujourd’hui, et difficiles à combattre.

            Mais la situation est bien pire ailleurs, comme au Pakistan par exemple. Le Prix Nobel de la Paix a été décerné cette année à une jeune femme de dix-sept ans, Malala Yousafzai, qui est le symbole de la lutte pour l’éducation des filles dans son pays. Victime d’une tentative d’assassinat en 2012, elle lutte malgré cela sans relâche pour défendre son droit à l’éducation.

            L’égalité des sexes est donc loin d’être acquise…

Les printemps arabes, un révélateur de la dissymétrie Occident-Orient.

 

Le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid (Tunisie), Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant, s’immole par le feu. C’est l’élément déclencheur de l’ensemble des phénomènes de révoltes dans la région que l’on nomme non par hasard « Moyen-Orient ». L’angle d’attaque sensationnel voire fantasmagorique des médias occidentaux face à ces évènements est potentiellement le catalyseur de nos idées reçues et préjugés sur cette région. De ce fait, Il parait légitime et opportun de se demander ce que disent ces évènements de la nature de la relation entre l’Occident et l’Orient.

Il convient de rappeler que le terme globalisant Moyen-Orient est utilisé par les occidentaux pour désigner un théâtre d’opérations stratégiques dans une zone géographique dont la délimitation par des critères ethniques, religieux et politiques est malaisée. Cette vision stratégique est entérinée par les accords Sykes-Picot en 1916 : la France et la Grande-Bretagne qui constituent les deux plus grandes puissances coloniales de ce temps se partagent les terres du feu empire Ottoman. Les frontières naissant de cet accord ne correspondront à aucunes réalités cohérentes en termes sociaux, ethniques, politiques. Ce découpage arbitraire ne sera pas le meilleur vecteur du bien-être des populations le subissant mais en termes de défense des intérêts stratégiques occidentaux, il est indubitablement efficient. L’efficacité de la soumission d’un régime politique étant inversement proportionnelle au nombre d’individus ayant effectivement le pouvoir, la promotion factice de la démocratie par la voie médiatique pouvait bien remplacer la défense de l’intérêt des peuples par un biais diplomatique dans les instances compétentes en la matière. C’est en cela que l’Occident propose un double discours : les régimes autoritaires n’ont pas reçu d’admonestation occidentale concernant leurs dérives liberticides en politique intérieure dans la mesure où ils ont permis la défense des intérêts géostratégiques qui ont poussé les occidentaux à pactiser avec eux. C’est indéniable pour l’Arabie Saoudite (via le pacte de Quincy), pour la Libye et la Tunisie, parce qu’ils servaient de rempart contre le terrorisme au sud de la méditerranée et ont été renforcés post 11 septembre, enfin pour l’Egypte en tant qu’elle était un rempart historique contre l’URSS puis garante de la sécurité du canal de Suez.

La projection de fantasmes liés à cet « ailleurs en mouvement » a gâté l’analyse scientifique des évènements. Il est aisé de constater que le facteur économique, essentiel vecteur de ces révoltes, a été oblitéré par l’immense majorité des médias européens. Et pour cause, il lui a été substitué un vecteur que l’ethnocentrisme nous enjoint à prêter aux révoltés : un désir soudain et inespéré de démocratie, un combat pour le pluralisme politique, le droit des femmes et des minorités. L’Histoire apprend à ceux qui daignent s’y intéresser que les révolutions s’inscrivent d’abord dans un contexte de crise économique et non idéologique. La situation économique d’un grand nombre de pays qui composent la région est désastreux au moment où éclatent les premières manifestations, notamment le chômage des jeunes, c’est ce qui justifie en premier lieu le profil sociologique des « meneurs » des révoltes. Les résultats des élections démocratiques qui porteront les islamistes au pouvoir en Tunisie (Ennahda) et en Egypte (Les frères musulmans) L’idéologie vient ensuite en ce que le  phénomène d’acculturation touche aussi ces jeunes, plus sensibles aux marqueurs sociaux que représente une paire de chaussures floquées d’une virgule qu’aux marqueurs religieux qui les séparent du monde occidental. En somme, les populations occidentales ont voulu croire que leur système de valeurs avait été enfin adoubé par des populations ayant désormais bien du retard sur le fameux printemps des peuples européen de 1848, dont les idées progressistes furent d’ailleurs anéanties dans l’année même de leur émergence.

La caractérisation même des évènements révèle un ethnocentrisme irréfutable. Le terme de « révolution » a été employé très tôt au détriment de « révolte ». Or, une révolution suppose une transformation profonde des institutions, de la société voire des valeurs fondamentales d’une civilisation, ce processus n’étant objectivement pas de mise. La révolte, quant à elle, implique un mouvement collectif de rébellion contre une autorité établie, un gouvernement, un ordre social, des institutions, ce qui est on ne peut plus proche de la réalité.  L’essentialisation si hâtive de ces évènements démontre un besoin profond de l’Occident de projeter un modèle, un système de valeurs sur cette partie du monde, sans tenir compte de la réalité objective de « l’autre » qui doit devenir le miroir réconfortant d’une morale inquisitrice.

Il est en fait question de l’impérialisme européen relatif à la représentation du monde : la projection de Mercator datant de 1569 propose une carte du monde qui ne respecte pas les dimensions des territoires (l’Afrique qui représente un quart des terres immergées du globe s’y trouve moins étendue que les Etats-Unis, la taille de l’Amérique du Sud et du Moyen-Orient étant aussi minorées au profit des grandes puissances de l’Hémisphère Nord). Cette représentation de l’espace est le premier substrat des conquêtes coloniales et des rapports de force engagés avec des territoires minorés. La projection de Peters, plus récente et respectant la dimension des territoires, promue par Willy Brandt dans le cadre de l’ouverture géopolitique de l’Allemagne à l’Afrique en 1973, n’est pas celle qui prévaut à la maison blanche, au palais de l’Elysée et au siège de l’ONU mais aussi dans les écoles. Doit-on pour autant estimer que le rapport de l’Occident à l’Orient est essentiellement guidé par une vision stratégique ? Yves Lacoste ne disait pas autre chose en affirmant « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre ».

Projection de Mercator
Projection de Peters