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Ils ne seront pas moins de 100 millions à être appelés aux urnes demain. C’est en effet ce week-end que les électeurs russes vont décider de la personne la mieux à même de diriger la fédération pour les six années à venir. Vladimir Poutine, occupe ce poste depuis 2000 (1) ; et devrait sans surprise rempiler pour un 4e – et probablement dernier – mandat. Si Poutine est assuré de rester au kremlin lundi prochain, on aurait tort de considérer que ce dernier prend ces élections à la légère. Parce que le président russe n’est pas seulement capable de foutre deux droites à un ours, il est également doté d’une certaine aptitude à l’abstraction, et d’un chouilla de jugeote ! Ainsi les services du kremlin s’emploient à booster la participation.

Comment gagner une élection russe ?

La question n’est pas aussi simple qu’elle ne le laisse entendre : Comment gagne-t-on une élection russe quand on s’appelle Vladimir Poutine ? Atteindre 50 % des voix au premier tour ? C’est tout sauf un enjeu, pour un président dont la popularité est de nouveau au beau fixe après un léger cou de mou durant la présidence Melvedev. Ce regain de confiance dans l’opinion est à porter au crédit de sa politique étrangère. Les russes sont en effet une majorité à soutenir l’action du président Poutine en en Crimée, mais aussi en Syrie. La victoire annoncée de Bachar Al Assad est un succès diplomatique supplémentaire pour Poutine.

Réunir une majorité de suffrage est d’autant moins un enjeu pour le président russe que ce dernier a pris soin d’écarter tous ses concurrents sérieux (pour rappel, Alexei Navalny son principal opposant a été frappé inéligibilité en décembre dernier du fait de sa condamnation pour corruption). Ainsi personne ne s’étonnera de ce que les candidats en lice pour la présidentielle russe n’aient aucune chance d’inquiéter l’ami Vladimir ! On y retrouve bien sûr, comme pour les précédentes élections, un « « challenger » » désigné par le parti communiste, en la personne de Pavel Groudinine, un député de Moscou qui s’est rapidement éloigné de Russie Unie, le parti de Poutine, pour se rapprocher du PC. Ce dernier est crédité de 10 % des voix. On y retrouve aussi une kyrielle de candidats plus ou moins exotiques ; chacun d’eux ayant une probabilité assez faible de dépasser 5 % des suffrages.

Certains voudraient se convaincre de ce que le président russe ne fait pas grand cas de la manière dont il sera réélu en se fiant à sa campagne électorale… ou plutôt à son absence de campagne. Il est vrai que Vladimir Poutine n’a participé à aucun débat télévisé organisé pour ces présidentielles, ne débat pas avec ses autres concurrents, apparaît à peine dans sa propre campagne.

Cependant d’aucun rétorquera que ne pas faire campagne quand on s’appelle Vladimir Poutine participe justement d’une stratégie électorale. Ainsi le président se place moralement au-dessus de ses adversaires en lice pour les élections : ne pas faire campagne à leur manière, c’est s’exempter de se mettre à leur niveau.

Poutine s’intéresse à la campagne, mais pas de la manière dont on pense. Il est probable que le président ne cherche pas dans ces élections à battre le record de suffrages exprimés en sa faveur. Il sait que sa popularité a suffisamment remonté pour lui permettre de gagner 10% de voix par rapport à 2012, où il n’avait obtenu « que » 63% des suffrages.

Enfin si certains oblasts (2) n’offrent pas le plébiscite attendu par le Kremlin, il suffira d’ « améliorer » les scores, comme pour les précédentes élections, en prenant quelques libertés avec les statistiques. Après tout, la majorité de la population n’a pas fait la majeure Big Data de TBS : ils n’y verront que du feu ! (3)

Poutine et la participation

Si l’on cherche le véritable objectif de Vladimir Poutine pour les élections de dimanche prochain, il serait peut-être de meilleur aloi de se détourner des scores, et d’aller regarder du côté de la participation.

Il apparaît en effet que la seule chose qui puisse entacher l’éclatante victoire de Vladimir dimanche prochain soit un taux de participation en deçà de la moyenne des autres présidentielles. Deux raisons crédibles premettent de l’envisager. La première est l’appel au boycott des urnes qu’a lancé publiquement Alexei Navalny en décembre dernier, alors que celui-ci se voyait confirmer le fait qu’il ne pourra pas participer aux élections. La seconde tient à ce que les électeurs de Vladimir Poutine – lesquels quoique nous Occidentaux puissions en penser sont majoritaires dans le pays – ne se mobilisent pas massivement dimanche prochain, puisque la victoire est acquise au président.

Le véritable enjeu pour Vladimir Poutine est donc de prouver urbi et orbi qu’en plus d’être le président incontesté de la fédération de Russie, il est capable de créer un un véritable engouement de la part des Russes quant à sa réélection, et par la même d’infliger un revers à Navalny qui compte sur une hausse significative de l’abstention. Partant de ce postulat, tout est bon pour les équipes de Poutine pour faire augmenter cette participation.

Regroupement des élections

Il est probable que certains électeurs n’éprouvent pas l’intérêt de voter pour une élection présidentielle dont l’issue est d’ores et déjà écrite, cependant il n’y a pas que les élections présidentielles en Russie ; il a aussi les élections locales ! Ainsi nombre d’oblasts ont subitement décidé de placer leur referendums locaux – lesquels ont par nature plus de chance de concerner plus directement les électeurs – le jour de l’élection présidentielle.

Racollage anti-abstention

Quoi de mieux que taper dans le racolleur pour pousser à l’action ? Depuis le début de l’année les russes ont eu le droit à plusieurs campagnes de communication dans les différents médias les incitant à voter.
La palme du racollage revient sans conteste à l’édition russe du magazine Maxim, qui vise donc spécifiquement un lectorat masculin tout juste en âge de voter. Dans sa dernière édition le magazines avait publié deux photos de mannequin seins nus dans un bureau de vote, avec la légende « Bienvenue dans le monde des adultes ! »

Un opportun regain des tensions internationales

On a rarement fait mieux que l’union sacrée pour fédérer un peuple derrière son prédisent. Très récemment le royaume uni, qui accuse le kremlin d’avoir orchestré l’empoisonnement d’un ancien espion sur son territoire, a renvoyé plusieurs diplomates russes soupçonnés d’être des espions. On peu noter que le kremlin a habilement instrumentalisé ces sanctions ; d’une part en promettant des représailles et d’autre part en appelant les russes à faire corps derrière l’exécutif. Ce regain de tension international arrive à point nommé pour mobiliser l’électorat russe.

(1) La constitution russe interdit au président d’effectuer plus de deux mandats consécutivement. C’est pourquoi Vladimir Poutine a laissé en 2008 sa place de président à Dimitri Melvedev, qui était alors son bras droit. Poutine a néanmoins continué à exercer le pouvoir de la même manière, mais en tant que ‘chef du gouvernement’, l’équivalent de notre premier ministre, de 2008 à 2012 avant de se représenter comme président en 2012 à l’élection présidentielle.

(2) les oblasts sont la forme la plus courante d’entité fédérée de Russie.

(3) https://www.nouvelobs.com/monde/presidentielle-russe/20120328.OBS4820/presidentielle-russe-ces-statistiques-qui-demontrent-une-fraude.htm

(4) http://www.liberation.fr/planete/2018/03/01/presidentielle-des-photos-et-videos-sexy-pour-appeler-les-russes-a-voter_1633128