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Navrante est la réalité académique des écoles de commerce et si l’envie ne manque pas de se répandre en un flot ininterrompu d’injures en tous genres face à ces établissements responsables de nos 30 000 euros d’endettement et 3 ans d’abêtissement, ce serait fort improductif et ne rendrait pas compte des qualités indéniables des écoles de commerce. Aussi me contenterais-je dans cet article de constater dans un premier temps la réalité académique navrante des écoles de commerce pour ensuite en montrer les causes et finalement proposer quelques esquisses de solutions.

Table des matières

1) L’apport académique des écoles de commerce : un constat navrant 
A) 1er paradoxe : Comment des élèves à la fois bons et studieux deviennent-ils aussi indolents ?
B) 2e paradoxe : Comment des profs Bac+9 enseignent des cours de niveau collège à des étudiants Bac+3/5 pourtant « salués » pour leurs performances académiques
C) 3e paradoxe : Ordinateurs, PDF, Powerpoint et autres merveilles modernes au service de la décadence de l’esprit, ou comment les progrès technologiques modernes nous ont fait régresser dans l’apprentissage.

2) A qui la faute ? Des raisons fausses ou partielles : 

3) Rappel sur les particularités de l’enseignement en école de commerce et leurs quelques réussites 

4) Une ébauche de solution 
A) Les fausses croyances dont il faut se débarrasser
B) De la bonne utilisation des nouvelles technologies
C) Revenir aux classiques 9
D) Arrêter avec la manie de mettre des professeurs étrangers et des cours en anglais partout
E) L’enseignement des soft skills, une belle réussite
F) De l’importance de la notation dans le processus d’apprentissage : augmenter l’exigence et la régularité des examens
G) Structurer de manière plus pragmatique les emplois du temps :

5) Résumé et programme 
A) Rappel
B) Le programme :
C) Réponse à 2 critiques : l’infantilisation des étudiants et le manque d’accompagnement dans l’apprentissage

Conclusion : 

1) L’apport académique des écoles de commerce : un constat navrant

A) 1er paradoxe : Comment des élèves à la fois bons et studieux deviennent-ils aussi indolents ?

Il n’est ici point besoin de prouver les conséquences de trois ans d’école de commerce sur l’intellect de ses étudiants tant ceux-ci sont bien connus des lecteurs de cet article :
Intérêt proche du néant pour les cours dispensés ; oubli de la grande majorité des connaissances acquises en prépa ; connaissances apprise en école extrêmement limitées (la plupart des connaissances réelles sont acquises en stage ou, à la rigueur, en asso) ; mémoire et agilité intellectuelle dont l’évolution est inversement proportionnelle à la rapidité d’ingurgitation d’un CU ; une capacité de concentration limitée au visionnage des GIFS de 9gag lors du cours de compta, et, pire que tout, une curiosité intellectuelle qui s’effrite et se réduit à un néant, ou plus précisément à savoir qui passera au JT du dernier OB (pardon, SAT).

Ce qui est surprenant ici est moins le constat que le fait que celui-ci s’applique à des élèves auparavant bons, studieux et habitués à disserter pendant 4 heures sur les apories telles que « Le crépuscule de la vérité ».
Rappelons que la moyenne au bac des étudiants de TBS est de 16, qu’elle est de plus de 18 à HEC, que ces étudiants ont passé 2 à 3 années à bûcher 8 à 10h par jour, qu’ils ont dû comprendre et mémoriser des choses autrement plus compliquées que l’analyse SWOT ou que le PESTEL.

C’est donc à la lumière de l’origine et du passé des étudiants d’école de commerce qu’il faut saluer à sa juste mesure le travail effectué par les écoles de commerce. Réduire à néant, parfois en quelque mois seulement, tout intérêt et capacité intellectuelle de ses étudiants autrefois sérieux et travailleurs relève de l’exploit !

B) 2e paradoxe : Comment des profs Bac+9 enseignent des cours de niveau collège à des étudiants Bac+3/5 pourtant « salués » pour leurs performances académiques

N’avons-nous pas tous eu droit à ce même discours élogieux de rentrée de classe où la directrice du programme Grande Ecole louait notre « excellence académique » ainsi que notre réussite dans un « concours exigeant et sélectif » nous permettant d’entrer à TBS ? Encore pourrait-on remettre en question le niveau académique des étudiants de TBS, mais le double phénomène de désintéressement des étudiants et de cours superficiels se retrouve dans toutes les écoles, et notamment à HEC ( https://www.contrecouranthec.fr/hec-apprendre-a-desapprendre/)
N’est-il pas non plus vrai que nous recevons des cours de professeurs qui ont tous un doctorat et sont des chercheurs reconnus pour leur expertise dans leur domaine ?
Réunissez de « bon étudiants » et des professeurs experts dans leur domaine et le résultat ne peut être qu’éclatant ! Et pourtant… Les professeurs et étudiants se trouvent dans une même misère faite de powerpoints dont les titres font office de cours et de PDF où la moitié des mots se retrouvent en gras. A force d’avoir des PDF qui ne sont que des résumés de résumés faits de mots clés soulignés, on se retrouve sans contenu, sans matière à réflexion et sans contexte. S’il faut lire 100 pour mémoriser 10, alors on se retrouve à lire 10 pour mémoriser 1. Et lorsque le cours n’est pas médiocre il paraît souvent totalement abscons et déconnecté de la réalité. Les cours d’économie en sont un bon exemple. Très mathématisés, ils peuvent (et encore le débat fait rage au sein même des enseignants en économie) servir à former des économistes sur le long terme, mais pour des étudiants d’école de commerce qui n’auront qu’un semestre de cours en économie les équations demandées paraissent bien trop théoriques par rapport à leurs besoins pratiques. A cet égard des conférences thématiques sur l’économie paraîtraient bien plus pertinentes.

Un cercle vicieux commence à s’instaurer : Les étudiants, face à des cours triviaux et une vie étudiante somme toute fort attrayante se désintéressent des cours, les professeurs se retrouvent face à des étudiants devenus mauvais et désintéressés et s’adaptent en réduisant encore leurs exigences, les cours devenant encore moins complexes et intéressants les étudiants s’en désintéressent d’autant plus et ainsi de suite.
On se retrouve alors avec des professeurs très qualifiés donnant des cours de niveau collège à des étudiants anciens préparationnaires.

C) 3e paradoxe : Ordinateurs, PDF, Powerpoint et autres merveilles modernes au service de la décadence de l’esprit, ou comment les progrès technologiques modernes nous ont fait régresser dans l’apprentissage.

Ne voyez point ici de jugements moralisateurs, idéologiques, rétrogrades diraient certains, sur les nouvelles technologies et l’utilisation qu’on en fait aujourd’hui. C’est la science elle-même qui montre les effets néfastes de ces nouvelles technologies sur notre intelligence et notre apprentissage.

De la supériorité de la prise de note écrite sur la prise de note par ordinateur
Dans une étude de 2014 intitulé « The Pen Is Mightier Than the Keyboard: Advantages of Longhand Over Laptop Note Taking » (trouvable sur google en PDF, voici ici un lien résumant l’article : http://beyondiq.blogspot.com.es/2016/03/the-pen-is-mightier-than-keyboard.html) les chercheurs comparent les performances d’étudiants prenant des notes sur ordinateur et à la main selon 2 critères : Des connaissances factuelles sur le sujet étudié et des connaissances conceptuelles qui témoignent de la compréhension du sujet étudié par l’étudiant.
Les résultats sont les mêmes concernant les connaissances factuelles, par contre les étudiants ayant pris des notes à la main montrent de bien meilleurs résultats concernant les connaissances conceptuelles. Une des raisons avancées est que les ordinateurs permettent une écriture beaucoup plus rapide et facilitent la simple recopie d’un cours alors que l’écriture à la main, plus lente, demande déjà un premier effort de synthétisation et donc d’appropriation des connaissances.
Autrement dit il est totalement aberrant de prendre des cours sur l’ordinateur.
Et encore, l’étude ne prend même pas en compte les distractions liées à internet qui sont de loin les plus dramatiques…

De l’aberration des powerpoints
On l’a dit précédemment c’est la nécessité de discriminer les informations importantes des informations non importantes dans la prise de note qui permet d’effectuer un processus d’appropriation et de compréhension de la connaissance. L’usage des powerpoints est alors doublement absurde :
⦁ D’une part les powerpoints sont déjà des résumés, ainsi le processus cognitif d’appropriation de la connaissance disparaît. De même qu’une formule mathématique n’a de sens que si l’on a compris la démonstration derrière, un résumé n’a de sens que si nous avons compris le texte initial qu’il résume. Or avoir de simple résumés powerpoints en cours équivaux à avoir une somme de formules qui peuvent être vraies mais n’ont aucun sens pour nous.
⦁ D’autre part on ne peut se limiter à l’apprentissage d’une somme de formules de cuisine. Au-delà des résultats ce sont les raisonnements entrepris qui sont la réelle source du savoir et dont on tirera la plus grande plus-value en entreprise. En n’ayant que des résumés on passe littéralement à côté du savoir dont nous avons besoin.
On le voit bien ici on ne peut faire l’économie de la lecture et du processus d’appropriation de la connaissance par la prise de note et le résumé. Et cela dans un cadre propice à la concentration (sans internet). Autrement dit il faut ARRETER avec les ordinateurs et powerpoints.

2) A qui la faute ? Des raisons fausses ou partielles :

Arrivé à ce moment de notre réflexion, il nous faut expliquer d’une part de la légèreté et la faible plus-value des cours enseignés en école et d’autre part le désintéressement total d’étudiants auparavant, pour la plupart, fort sérieux.

3 raisons – extérieures à la responsabilité des écoles – sont souvent avancées pour expliquer cette déchéance intellectuelle en école.
⦁ les étudiants, harassés à la suite de 2 à 3 ans de dur labeur en prépa, n’auraient plus ni l’énergie, ni la volonté de travailler.
⦁ le caractère plus pragmatique des nouvelles disciplines enseignées expliquerait à la fois leur superficialité ainsi que le désintérêt des étudiants.
⦁ la vie étudiante extrêmement importante en école de commerce réduirait à la fois l’intérêt et les capacités des étudiants à suivre les cours.

Ces raisons ne sont que partiellement vraies.
L’épuisement et les velléités festives des étudiants après la prépa me semblent exagérées. Toute personne ayant des amis en médecine sait qu’ils triment pendant toutes leurs études (lors de la 1ere année et de la 6e année notamment, avec 2 concours fort ardus et sélectifs : la PACES et l’ECN) mais aussi ensuite lors de leur internat et finalement…tout au long de leur vie professionnelle. Cette étude montre ainsi qu’un médecin généraliste travaille en moyenne 46h/semaine. Cela monte à 52h/semaine dans le Nord-Est de la France…tombent-ils pour autant dans la même léthargie intellectuelle que nous ? Non.
De même il ne me semble pas que les tout récents normaliens arrêtent de travailler une fois admis…alors même que la sélection pour rentrer à l’ENS est autrement plus forte.
Cette non-volonté de travailler est pourtant bien réelle. D’où vient-elle alors ? Selon moi à la fois du manque d’exigence des écoles (l’étudiant s’adaptant au niveau requis) et de cette fausse croyance qui pollue à la fois l’esprit des étudiants et de l’administration. Les uns pensent que leurs efforts passés légitiment leur désœuvrement actuel, les autres pensent la même chose et adaptent les cours en conséquence.
Un double changement s’impose ici : Changer les mentalités et rehausser les exigences.

Le 2e argument n’est pas plus pertinent. Certes, les disciplines enseignées en école de commerce ne bénéficient pas de la noblesse de celles enseignées en prépa. Il ne s’agit plus de partir en quête de la vérité physique, économique, historique ou encore métaphysique. L’objectif des disciplines étudiées est dorénavant plus prosaïque : il faut créer de la valeur, autrement dit faire du bif.
Pour autant, si l’objectif est moins attrayant (et encore, l’argent est pour beaucoup la raison même de leur orientation en prépa/école de commerce), la complexité de ces nouvelles disciplines existe bien. Du marketing à la finance en passant par le contrôle de gestion et la comptabilité, chacune de ces sciences de gestion a été institutionnalisée, possède sa propre chaire, son propre langage, ses propres concepts et théories ainsi que ses chercheurs. Autrement dit ces disciplines ont atteint un niveau de complexité suffisamment élevé pour que leur enseignement soit à la fois poussé et intellectuellement exigeant.

Les efforts consentis en prépa ainsi que la nature des disciplines étudiées sont donc insuffisants pour expliquer le constat décrit précédemment. La vie festive en école de commerce expliquerait-elle donc à elle seule le désintérêt des étudiant et la faiblesse des cours ?
Les dégâts sont incontestables. 3 semaines d’intégration, 3 semaines de campagnes, Wei, semineige, OB, Oktoberfest et autres, de par leur fréquence et la consommation de substances néfastes sur notre cerveau qu’elles entraînent, constituent un frein non négligeable à la capacité d’apprentissage et à la volonté d’apprendre.
Mais ces festivités excessives sont-elles la cause ou la conséquence de cette perte d’intérêt et de la faiblesse de l’apprentissage réalisé ? Un peu des deux sûrement. La solution est encore double ici :
D’une part rendre les cours suffisamment intéressants et avoir un niveau d’exigence suffisamment élevé pour que les étudiants, par envie ou par nécessité, étudient plus. D’autre part accepter les tristes conséquences physiologiques de l’alcool et du manque de sommeil sur le cerveau et organiser le calendrier de manière plus pragmatique, c’est-à-dire en distinguant très nettement les périodes de festivités intenses où la vie associative bat son plein, et les périodes de travail académique intense.

3) Rappel sur les particularités de l’enseignement en école de commerce et leurs quelques réussites

La particularité des écoles de commerce est qu’elles ne forment pas des universitaires destinés à des carrières académiques mais de futurs cadres qui iront travailler dans le monde de l’entreprise où les connaissances requises changent constamment et se doivent d’être un outil tourné vers la création de valeur, où les soft skills sont souvent plus importants que les hard skills.
Autrement dit les écoles de commerce se doivent de transmettre 4 choses :
⦁ des connaissances et des savoir-faire, première porte d’entrée dans le monde du travail
⦁ une capacité à se former soi-même constamment et efficacement
⦁ la capacité à partir de connaissances pour créer de la richesse
⦁ un certain savoir-être (les soft skills)

Les différents projets de groupe et l’importante vie associative font clairement partie des grandes réussites des écoles de commerce car elles permettent le développement des soft skills (et le réseautage) ainsi que la mise en œuvre de connaissances théoriques à des fins pratiques. Les nombreux stages renforcent encore plus cela. De plus, et on ne saurait le sous-estimer, les 3 ou 4 ans en école de commerce permettent de développer un certain état d’esprit favorisant la réussite dans le monde du travail ainsi que la capacité à entreprendre. La prépa avait élargi notre champ intellectuel, l’école de commerce élargit notre champ d’action.

Le grand échec des écoles de commerces se trouve malheureusement dans son incapacité à transmettre de réelles connaissances concrètes aux étudiants. Connaissances tant techniques (excel, photoshop, comptabilité, contrôle de gestion etc.) que théoriques (toutes les analyses en stratégie, en finance ou encore en « comportement et organisation » que l’on peut avoir). On acquiert des connaissances, mais celles-ci sont bien souvent superficielles et bien en deçà de ce que l’on pourrait espérer. Rares sont ceux qui peuvent se targuer d’une réelle expertise en Excel, Microsoft word, powerpoint, photoshop, comptabilité ou analyse financière. Et pour ceux qui ont cette expertise, l’ont-ils grâce à TBS ou par leur travail personnel et leur stage ? Or, au-delà du poids du diplôme et du réseautage, c’est aussi sur ces compétences que nous serons jugés sur le marché du travail.

4) Une ébauche de solution

On a précédemment fixé 4 objectifs d’apprentissage à l’école de commerce :
⦁ des connaissances et des savoir-faire, première porte d’entrée dans le monde du travail
⦁ une capacité à se former soi-même constamment et efficacement
⦁ la capacité à partir de connaissances pour créer de la richesse
⦁ un certain savoir-être (les soft skills)

Comme on l’a dit, les écoles de commerce se débrouillent remarquablement bien (en comparaison avec la fac notamment) pour nous transmettre la capacité à partir de connaissances pour créer de la richesse ainsi que pour la transmission d’un certain savoir être bénéfique sur les relations de travail et le réseau mais aussi et surtout sur la « capacité d’action » qu’elle donne à ses étudiants.
Les difficultés des écoles de commerce se situent surtout sur la transmission de réels savoirs et savoir-faire ainsi que sur la transmission d’une réelle capacité à « apprendre à apprendre » c’est-à-dire à s’adapter constamment aux nouveaux savoirs et savoir-faire nécessaires en entreprise.
Il s’agit donc de proposer des solutions permettant d’améliorer les points 1 et 2 sans nuire à la transmission des points 3 et 4. Autrement dit un retour aux méthodes et à la quantité de travail en prépa n’aurait aucun sens. Mais il est à fait possible de combiner un apprentissage poussé des savoirs et savoir-faire nécessaires en entreprise au développement des soft-skills et à la « mise en action » des étudiants. Cela commence par une définition claire des savoirs et savoir-faire à acquérir.

À suivre