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Depuis ce mercredi 6 novembre, le président américain a annoncé que l’ambassade américaine en Israël ne serait plus à Tel Aviv, mais à Jérusalem.

Donald Trump, sans doute moins animé par une aspiration à la nuisance que par une volonté de détourner l’attention (coucou monsieur Flynn) a donc décidé que son pays allait considérer la ville de Jérusalem comme la capitale d’un état, l’état d’Israël.

Outre le nombre de décès que ce déplacement d’ambassade impliquera de manière directe, on peut seulement regretter que la décision de l’excentrique locataire de la maison blanche n’ait, selon les traités internationaux signés et ratifiés par son pays, aucun fondement juridique.

En effet Jérusalem, « la capitale unique et indivisible de l’état d’Israël », n’est pas sur le territoire israélien, pas plus qu’elle n’est sur le territoire palestinien. Depuis le plan de partage de la Palestine de 1947, toujours officiellement en vigueur, Jérusalem est un corpus separatum (ou corps séparé en français) autrement dit une forme particulière de ville sous statut international.

Le problème n’est donc pas que Donald se range à l’opinion du gouvernement israëlien dans une méconsidération totale des revendication de l’autorité palestinienne. Le plus litigieux dans ce transfert d’ambassade est que par ce geste, lui et son administration crachent ouvertement sur le droit international.

Et pourtant, une ville sous statut international en droit au onusien ça existe. En réalité le problème concernant ce statut réside surtout en ce qu’il n’a pas de définition officielle ; c’est pourquoi chacune de ces villes sont devenues internationales à la suite de négociations multilatérales, entre plusieurs pays ou entités politiques.

Toutes ces villes ont néanmoins un point commun : à un moment de leur histoire elles ne furent pas la propriété d’un seul et même état (contrairement à 99,9 % des villes du monde). Leur organisation politique fut le fruit d’une négociation, d’une cogestion entre plusieurs puissances politiques.

Revenons sur l’histoire de trois villes qui vécurent une partie de leur histoire sans appartenir à un seul et même pays.

Tanger

Peut-être y’a-t-il parmi vous des gens qui pensent qu’une ville effectivement administrée par deux pays ça serait le bordel. Imaginez alors vivre dans la ville de Tanger, Maroc, entre 1922 et 1956. La ville était alors co-gérée par la bagatelle de 9 pays distincts (La France, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Portugal, les États-Unis, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et la Suède).

Le Maroc, royaume puissant dont plusieurs villes prospéraient depuis longtemps grâce au commerce, suscitait depuis plusieurs siècles la convoitise des européens en matière de colonisation. On peut dire que les Espagnols avaient des prétentions sur le Maroc quasiment depuis la (re)conquête de la péninsule.

Seulement en ce début de siècle, les marocains sentent le vent tourner, et la convoitise des occidentaux grandir à mesure que la gâteau africain se réduit et que les colonisateurs tardifs se réveillent (coucou Kaiser Guillaume). Le royaume est à cet époque l’un des derniers états africains indépendant vis-à-vis des puissances européennes. Il sait qu’il ne pourra plus tenir très longtemps ainsi.

La ville de Tanger et sa gestion internationale est en réalité la caution du passage du Maroc sous protectorat français. Avec Ceuta et Mejilla, elle constitue en quelques sorte la « contrepartie » de la victoire des Français dans cette querelle entre occidentaux pour savoir qui colonisera le Maroc.

Tanger sera en effet jusqu’à la seconde guerre mondiale et son occupation par l’Espagne une zone franche, sans droit de douane, où les 9 pays trouveront leur compte en matière économique et commerciale.

Trieste

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Si Trieste est aujourd’hui une ville italienne à la frontière avec la Croatie, au sortir de la seconde guerre mondiale cela n’avait rien d’évident.

L’Italie, après la première guerre mondiale annexe les territoires qu’elles avaient obtenus suite au traité de Versaille, donc le Trentin (le nord est de d’Italie à la frontière avec l’Autriche), L’Istrie (actuellement en Croatie) et Trieste.

Dans la région de Trieste vivait une majorité d’italophones mais aussi beaucoup de yougoslaves, qu’ils soient croates ou slovènes.

L’accession au pouvoir de Mussolini, qui va être facilitée par la frustration des italiens d’avoir récupéré beaucoup moins de régions que ce qui leur avait été promis par l’Entente, va conduire à une stigmatisation des yougoslaves et une italianisation à marche forcée de la région.

Seulement après la Seconde Guerre mondiale, l’Italie est du mauvais côté, et ses prétentions sur la ville de Trieste sont menacées par la Yougoslavie communiste de Tito.

Les yougoslaves à cette époque soutenus par les soviétiques réclament que la ville et sa région passent sous leur contrôle.

Mais de leur côté les Italiens peuvent compter sur la guerre froide et à leur appartenance au bloc de l’Ouest pour appuyer leurs intérêts. En 1947, soutenus par les américains, les italiens obtiennent que la ville et sa région soient administrée par une instance indépendante de l’Italie comme de la Yougoslavie. Cette administration devait en principe être désignée conjointement par le conseil de sécurité de l’ONU et par les habitants de la région.

Dans la pratique le gouvernement de Trieste n’a jamais existé car l’URSS bloquait systématiquement les résolutions concernant sa désignation, et la ville et ses alentours fut partagée entre la zone d’occupation italienne à l’Ouest et yougoslave à l’Est.

Dans les années 50, le rapport de force entre l’Italie et la Yougoslavie commença à s’inverser sur la question. La rupture de Tito le dictateur yougoslave avec les soviétiques mit un coup d’arrêt au statut de ville internationale. Les deux pays ont fini par se partager la région en 1954 et la ville de Trieste est restée du côté italien.

Jérusalem

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Le statut international de Jérusalem a été décidée par l’ONU et inscrite dans le plan de partage de la Palestine entre juifs et arabes en 1947.

Ce plan de partage constitue l’aboutissement du mandat britannique en Palestine. Depuis la reprise de la région aux Ottomans en 1917 du fait des révoltes arabes, les Britanniques l’administrent, conformément aux accords secrets que ces derniers ont passés avec les Français (Accords Sykes-Picot). Parallèlement les Britanniques veulent aider les sionistes à l’établissement d’un foyer national juif.

Le sionisme est alors une idée de plus en plus en vogue dans la communauté juive de l’époque. Il est présenté comme la solution politique pour que les juifs puissent vivre en paix, et n’aient plus à subir l’antisémitisme : Si les juifs veulent en finir avec les persécutions et les crimes d’état perpétrés contre leurs communauté, la seule solution c’est d’être dans un pays peuplés majoritairement de juifs, gouvernés par des juifs. Cet État devait donc naître sur la terre d’Israël (ça c’est la caution religieuse du projet sioniste qui est avant tout un projet politique).

L’immigration juive en Palestine va donc se renforcer entre 1917 et le début de la seconde guerre mondiale. Les tensions entre les arabes et les juifs, alors près de 7 fois plus nombreux qu’avant le mandat britannique, vont culminer peu de temps avant le début de la seconde guerre mondiale. Les Britanniques vont alors acter le fait qu’un partage de la Palestine doit être réalisé entre les juifs et les arabes, et que cela aboutira nécessairement à la création d’un État juif et d’un État arabe en Palestine. La ville de Jérusalem étant une ville sainte à la fois pour les juifs et les musulmans, l’administration par l’ONU se présentait alors comme la solution qui engendrerait le moins de frictions entre les deux communautés.

Ce plan de partage n’a en réalité pas permis d’aboutir à une véritable administration co-gérée de la ville, que ça soit par le conseil de sécurité de l’ONU ou par une cogestion israélo-palestinienne.

Car si le plan a été adopté par l’ONU en 1947, il a été rejeté par l’ensemble des pays arabes de la région.

La formation de l’état d’Israël s’est alors vue rejetée catégoriquement par l’ensemble du monde arabe, ce qui aboutit à la première guerre israélo-arabe en 1948, remportée par les israéliens. Jérusalem Ouest est alors contrôlée par Israël et Jérusalem Est contrôlée par la Jordanie.