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Le football, sport le plus médiatisé, occupe une place grandissante dans les relations internationales. Les Etats, conscients du rayonnement et de l’aura conférés par ce sport, lui accordent de plus en plus d’importance.

Le monde bipolaire, celui de la Guerre Froide, a cédé la place, lors de l’implosion de l’URSS, à un monde multipolaire. Les rapports de puissance entre les Etats, déterminés jusqu’alors par un positionnement vis-à-vis des deux grandes puissances de la Guerre Froide, ont dès lors changé du tout au tout. Dans un monde où la force militaire ne garantit plus la prédominance d’un Etat, mais peut conduire au contraire à l’enlisement dans des conflits coûteux et renvoyant invariablement une mauvaise image de l’Etat en question, il est devenu bien plus sûr, pour tout organisme voulant imposer sa volonté, de gagner l’assentiment des autres puissances. Ainsi, nous sommes passés d’un monde où une logique de « hard power » (comprendre : les moyens traditionnels, coercitifs d’exercer sa puissance, tels la puissance militaire ou commerciale) est suffisante pour asseoir sa domination, à un monde où le « soft power » (comprendre : la puissance par l’influence et la persuasion) est toujours plus important, plus sûr et souvent moins coûteux. Ces deux dimensions sont aujourd’hui nécessaires à l’exercice de la puissance, et les Etats en sont conscients. C’est pourquoi ils ont développé leur soft power, privilégiant la diffusion de leurs idées via le cinéma mais aussi le sport, et en particulier le sport-roi : le football.

Avec l’attention toujours plus importante accordée au soft power, il est logique de retrouver le football, le sport suscitant le plus d’engouement, quasiment universellement répandu, dans une dimension qu’on ne lui connaissait pas jusqu’alors : la géopolitique. Ainsi, le football est-il devenu un enjeu important de la géopolitique des Etats. Il suffit de voir les moyens que se donnent la Chine, les Etats-Unis, ou, dans une autre mesure, le Qatar, pour accéder à une place prépondérante dans ce sport. Si leurs moyens divergent, l’objectif visé est le même : accroître leur rayonnement et leur popularité.

Le rôle central et ambivalent de la Fifa

Commençons par l’organisme qui a le privilège de réguler le football, d’en établir les grandes lignes de développement, et de gérer les fédérations nationales et continentales : la Fifa. Celle-ci est une des plus puissantes ONG du monde, qui occupe une place non négligeable dans le théâtre des puissances. La Fifa dispose de moyens financiers conséquents, elle accueille en son sein les fédérations de 211 pays (soit plus que l’ONU, qui n’en comporte que 193), et organise l’événement planétaire le plus médiatisé du monde, avec les Jeux Olympiques, la coupe du monde.

L’attribution des coupes du monde de football par la Fifa a toujours été entachée d’affaires de corruption. Si l’attribution doit se réaliser, théoriquement, par un comité qui statue sur les qualités des différents candidats à la réception de l’événement, des scandales récents ont mis en lumière à quel point cette attribution était plus le fait de pots-de-vin que de critères objectifs. Les sommes brassées par l’événement et son impact médiatique sont tels qu’ils attirent les convoitises des Etats, qui espèrent des grandes retombées médiatiques, touristiques et financières de l’événement. En contrepartie, les capacités d’organisation et les infrastructures doivent être au rendez-vous pour assurer le bon déroulement de l’événement, et sa viabilité pour le pays hôte. Ces exigences ainsi que les gains immenses de notoriété que représente l’accueil d’une coupe du monde attisent la convoitise des Etats, qui n’hésitent pas à corrompre certains responsables de la Fifa pour obtenir l’attribution de cet événement. Les récentes attributions de l’organisation de la coupe du monde, bien qu’entachées de corruption dans la plupart des cas, recèlent une dimension géopolitique puisqu’elles avalisent les montées en puissance de certains pays sur la scène internationale : le Brésil en 2014, la Russie en 2018 sont des pays émergents. Le Qatar, hôte en 2022, est un géant médiatique. Gageons que la Chine obtiendra très vite l’organisation d’une coupe du monde, sans doute dès 2026. Ainsi, l’organisation d’un tel événement planétaire, qui requiert d’excellentes infrastructures et une organisation logistique d’envergure vient souvent couronner l’émergence d’un Etat et son accession au stade de grande puissance.

De même, les scandales liés à la Fifa ont d’autant plus d’ampleur que ce sont les intérêts des Etats, et non plus seulement des amateurs ou pratiquants de football, qui sont concernés. La destitution de Sepp Blatter, président de la Fifa, ainsi que celle de son second, Michel Platini, en 2015, n’a été possible que par l’immixtion du gouvernement américain dans les affaires de la Fifa. Cette immixtion résulte notamment du fait que l’Amérique avait, coup sur coup, perdu l’attribution de la coupe du monde 2022 au profit du Qatar, et la présidence de la Fifa briguée par un américain, obtenue finalement par Blatter. Les Etats-Unis ont employé des moyens conséquents (passant par, notamment, des extraditions depuis la Suisse) afin de protéger leurs intérêts dans les hautes instances du football.

Si la présidence de la Fifa attire tant de convoitise, c’est que cette instance est devenu un acteur international de premier ordre. Elle gère un sport en continuelle expansion, source de revenus qui paraissent inépuisables tant le football peut encore se développer en Asie, en Afrique ou en Amérique du Nord, et entretien des relations privilégiées avec nombre de pays africains et sud-américains (Mali, Venezuela) parfois en froid avec d’autres grandes instances ou Etats. La Fifa, qui gère le football dans tous les pays du monde, a notamment vocation à venir en aide aux fédérations nationales disposant de peu de moyens. Cela se traduit, par exemple, par la construction d’infrastructures footballistiques en Afrique, ou la création de réseaux permettant l’accession au monde professionnel de jeunes footballeurs talentueux venant de pays défavorisés. Dans des pays peu développés, le rôle de la Fifa est un rôle social, complémentaire à celui d’ONG. Le football est un exutoire pour nombre de populations jeunes dans des pays pauvres, et la Fifa l’a bien compris.

Le football pour accroître le rayonnement d’un Etat

Enfin, le football est un moyen qu’ont les Etats pour établir ou renforcer leur puissance et leur image. Le Qatar l’a bien compris : il s’agit d’un petit territoire qui, bien que riche, n’aurait aucune chance en cas d’invasion par son voisin saoudien. Dès lors, pour subsister dans le monde médiatique actuel, il est vital pour le Qatar d’être visible, internationalement parlant, et donc incontournable. Cela se traduit par l’investissement massif dans le football, que ce soit directement dans le club du Paris-Saint-Germain, en tant que sponsor du FC Barcelone, ou comme organisateur de l’édition 2022 de la coupe du monde. Cette visibilité internationale est censée assurer la notoriété internationale du Qatar, ainsi que l’amour qui lui est porté. Dès lors, il lui serait plus facile d’exprimer ses revendications dans des négociations internationales. Cet été a parfaitement illustré cette stratégie : le Qatar, accusé par nombre de ses voisins de financer l’Etat islamique, s’est défendu avec ses propres moyens : sur le plan médiatique. Cela s’est traduit par les 2 transferts les plus chers de l’histoire du football (222 millions d’euros pour acheter Neymar, 180 millions pour MBappé, qui donnent une visibilité sans équivalent au Qatar, et diminuent par là même les risques d’agression des pays proches : on ne s’attaque pas à un pays qui a un poids diplomatique important. Le Koweït avait pâti de son manque de visibilité lors de la guerre du Golfe, le Qatar souhaite éviter à tout prix une situation identique. Gageons de surcroît que la surexposition médiatique du Qatar, inouïe dans une région où beaucoup de pays (Iran, Arabie Saoudite) sont en froid avec les instances internationales et avec une majorité d’État occidentaux, a suscité des rancœurs de la part de pays plus grands et traditionnellement plus puissants. Cette amertume a été un des éléments qui a motivé certains de ces États à accuser le Qatar de financer le terrorisme islamique.

La Chine et les Etats-Unis procèdent différemment, assimilant tous deux le football à une pièce manquante de leur soft power. Dans un monde ultra-médiatisé, il n’est plus concevable que les deux grandes puissances mondiales n’occupent pas une place prépondérante dans le sport le plus populaire. Alors, la Chine et les Etats-Unis ont développé tous azimuts des infrastructures pérennes, des centres de formation à la pointe sensés faire éclore les futurs génies du football. Désormais, leurs championnats respectifs entendent attirer les meilleurs joueurs du monde (et plus seulement les joueurs en fin de carrière), pour des salaires mirobolants et des transferts astronomiques. Par exemple, Oscar, jeune joueur brésilien de 25 ans, faisant partie de l’élite du football et jouant jusqu’alors dans le club prestigieux de Chelsea, a été transféré en 2016 pour 70 millions d’euros et un salaire de 25 millions/ an à la clé, vers le club du Shanghai SIPG, inconnu des amateurs de football jusqu’alors. Cette stratégie vise à apporter la lumière sur ces championnats et, in fine, à les rendre compétitifs par rapport aux grands championnats européens. Par ailleurs, comme expliqué précédemment, la Chine, mais surtout les Etats-Unis, espèrent s’accaparer certains postes clés à la Fifa.

Dans certains pays, le rayonnement d’un footballeur peut être tel qu’il peut suffire à calmer (momentanément) un conflit. Didier Drogba, star ivoirienne, s’est engagé pour la cessation de la guerre civile dans son pays, organisant notamment un match de football international au sein du territoire rebelle. La grande popularité de Drogba en Côte d’Ivoire ont fait que son engagement a aidé à amorcer la fin du conflit.

Ainsi, si le rôle du football dans les relations internationales prend de l’ampleur, celui-ci reste moindre. Le football et le sport en général, par l’adhésion et l’engouement qu’ils provoquent, peuvent faciliter l’amorce de négociations ils ne peuvent en aucun cas les mener à bien.